Pensée plurielle
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4507-7
148 pages

p. 81 à 102
doi: 10.3917/pp.008.0081

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no 8 2004/2

2004

La trajectoire de la souffrance : Lydia, femme alcoolique

Emmanuel Jovelin  [1]
L'objet de cet article est de faire l'histoire d'une histoire concernant cette relation particulière entre un individu et l'alcool dans un contexte donné et de comprendre la souffrance qu'a causée l'alcool dans la trajectoire de Lydia. Il s'agit de comprendre comment cette femme est arrivée à l'alcoolisation et comment elle est parvenue à s'abstenir de toute consommation alcoolisée. Mots-clés : alcool, alcoolisme, alcoolisation, souffrance, abstinence, addictions, dépendance, alcoolodépendance. Emmanuel JOVELIN « The trajectory of suffering : Lydia, alcoholic woman »
This article aims at describing the history of the particular relation between a person and alcohol in a specific context and at understanding the suffering caused by alcohol in the trajectory of Lydia. We will try to understand how this woman who had become an alcoholic finally managed to abstain from any kind of alcoholic drink. Keywords : alcohol, alcoholism, suffering, abstinence, addictions, dependence, dependence on alcohol.
 
Introduction
 
 
Dans notre société, l'alcoolisation prend une forme sociale et culturelle, dont les normes définissent la consommation acceptable. Abuser de la consommation d'alcool est un comportement à éviter si l'on ne souhaite pas être stigmatisé d'alcoolique. S'écarter des normes sociales établies par le groupe d'appartenance, c'est prendre le risque d'être étiqueté comme déviant social.
Comme l'a souligné E. Goffman dans Stigmate(1975, p.51), la société établit des normes qui permettent aux individus de se référer à des valeurs et de se construire une identité acceptable ou inacceptable en fonction du groupe dans lequel on souhaite faire partie. Chaque groupe social a donc sa propre identité sociale. Se référer à cette identité permet d'adhérer au groupe et d'y être admis en tant que membre. L'individu adoptant un comportement non conforme aux normes sociales de son groupe d'appartenance peut faire l'objet d'une exclusion et de fait être porteur d'un stigmate, qui lui collera à la peau comme une marque de fer. Les règles de conduite des individus sont dictées par les valeurs sociales du groupe d'appartenance. Déroger à ces règles peut entraîner la mise à l'écart, voire l'exclusion du groupe d'appartenance. L'individu qui se trouve dans cette situation pourrait avoir le sentiment d'être anormal, voire d'être discrédité.
Cet étiquetage est difficilement supportable pour l'alcoolodépendant ; sa souffrance psychique est telle qu'il aura tendance à se replier sur lui-même, à s'enfermer dans son alcoolisme et à consommer encore davantage pour tenter d'oublier cet opprobre social. De là, s'installe un cercle vicieux.
Dans cette situation, l'entourage de l'alcoolodépendant peut avoir un rôle non négligeable pour lui redonner confiance et le soutenir. Mais bien souvent, l'entourage proche souffre aussi de cette situation, par honte, et ne sait pas réellement comment s'y prendre pour aider la personne.
Le conjoint essaie parfois de limiter la consommation de l'autre en le surveillant régulièrement. Il s'imagine ainsi l'intimider et réduire sa consommation. Or, c'est quelquefois l'effet inverse qu'il provoque. L'alcoolodépendant va alors redoubler de ruses pour mettre au point une stratégie pouvant se répartir entre l'individu, l'alcool et l'entourage. Ce jeu peut durer très longtemps, jusqu'à ce que l'un abandonne la partie.
Ne sachant comment agir pour changer cette situation, le conjoint (ou l'entourage) souffre autant, voire même davantage que l'individu alcoolodépendant. Il se sent impuissant et exclu du couple qu'ils formaient auparavant.
Dans son ouvrage, La Dépendance, A. Memmi [2] illustre la durée de la dépendance par ce qu'il nomme des « machines de survie ». Selon cet auteur, une relation ternaire s'installe entre le dépendant, l'objet de « pourvoyance » (l'alcool), et le « pourvoyeur » (entourage, conjoint). Pour supporter et accepter une situation de dépendance, l'individu a recours à des mécanismes de défense qui sont des aménagements de la dépendance : ce sont les « machines de survie ». Elles sont le moyen par lequel un grand nombre de phénomènes de dépendance sont installés et se prolongent. La dépendance apporte à la fois plaisir et souffrance. C'est ce que montre la trajectoire de Lydia retracée ci-dessous.
Selon J. Maisondieu, la dépendance psychique est le moteur de l'alcoolisation du malade, et s'installe généralement la première. Dans cette approche, on trouve la souffrance de l'alcoolodépendant : « Il ne suffit pas de lui faire passer le goût de la boisson par quelques pilules plus ou moins amères, ni de le déconditionner pour qu'il change sa conduite. Il faut d'abord le reconnaître comme un semblable [3].» C'est-à-dire dépasser ses propres préjugés sur l'alcoolisme, et reconnaître la maladie du sujet.
De plus, il explique que l'image qu'il a de lui-même, en terme d'estime de soi, renforce sa dépendance : « L'alcoolique devient aussi, et surtout, dépendant, parce qu'à la honte qui l'a fait boire, s'ajoute la honte de boire, qui le fait boire d'avantage et le rend plus dépendant encore. » (Maisondieu, 1998) Les conséquences comportementales de cet état de honte et de culpabilité, se manifestent par le « besoin irrépressible qui pousse la personne à consommer l'alcool, pour y trouver du plaisir ou fuir le déplaisir [4]».
Mais avant tout, précisons que l'image de l'alcoolique que notre culture nous a léguée est pour la grande majorité celle d'un homme. Tenter la description d'un alcoolisme féminin sous-entend qu'il y aurait une sous-variété parcellaire d'un alcoolisme dont le modèle masculin représenterait la norme, affirme Jean Rainaut [5]. La distinction entre l'alcoolisme féminin et masculin a commencé dans les années 60. Le rapport entre hommes et femmes, à cette époque selon le nombre ayant accepté ou sollicité une intervention thérapeutique s'établissait arbitrairement de 1 à 12 environ. En 1980, cette proportion était de 1 à 4 en Europe. On peut se demander si c'est le nombre de femmes alcooliques qui a augmenté ou le nombre de celles qui acceptent un traitement, lorsqu'on considère qu'en 1998, la proportion était proche de 1 à 3. Indéniablement, il ne sert à rien d'épiloguer trop longtemps, le nombre de femmes alcooliques est en augmentation. En effet, si dans les années 60, les études concluaient que l'alcoolisme masculin avait plutôt des origines sociales et celui des femmes des raisons plus psychologiques, aujourd'hui, on observe également davantage de psychopathologies chez la femme que chez l'homme.
D'ailleurs, dans notre échantillon d'anciens buveurs, nous constatons que femmes et hommes ont des motivations à s'alcooliser semblables. Des facteurs psychologiques expliquent leur alcoolisation, comme le montre le récit de vie de Lydia.
Au-delà de nombreux facteurs sociologiques qui aident à mieux comprendre les lois qui déterminent les alcoolisations des femmes, les représentations sociales de la femme mère, épouse, gardienne du foyer cadrent les normes de consommation des boissons alcooliques qui diffèrent considérablement dans l'un et l'autre sexe, car pour « la femme, il y a toujours ce qui se fait et ce qui ne se fait pas ; (or), l'homme, lui, peut faire ce qui lui plaît ou presque ».Il existe ainsi des jugements de valeur dévalorisants qui entraînent une moindre tolérance de l'alcoolisation de la femme. Cela incite d'ailleurs certaines femmes à passer d'une consommation publique à une consommation privée d'abord « dissimulée», puis « clandestine» (Rainaut, 2000, p.183-187).
Enfin, si la plus grande vulnérabilité de l'organisme féminin permet aux produits toxiques de l'alcool de s'exprimer plus ouvertement et rapidement que chez les hommes, on peut dire que « l'alcoolisation, en dehors des normes sociales avec recherche de modification rapide du vécu ou avec recherche d'un plaisir intime, paraît plus fréquente chez la femme », précise, J. Rainaut (2000), chez qui nous avons puisé pour développer cet aspect du problème. L'auteur ajoute toutefois que cette alcoolisation n'exprime pas toujours un comportement névrotique, même si elle peut s'exercer entre femmes désœuvrées pour passer le temps en attendant le retour du mari. Mais, il y a d'autres cas, où certaines d'entre elles absorbent des boissons fortes entre les repas, ou à d'autres moments de la journée, ce qui a pour conséquence d'accélérer la progression de l'alcoolémie dans un climat de dissimulation. Avant les années 80, l'alcoolisme féminin n'était pas tellement considéré comme une maladie à part entière, mais plutôt comme un syndrome d'une maladie psychiatrique. De ce fait, la prise en charge était pratiquement inexistante.
Bien qu'un malade alcoolique sur trois soit une femme, l'alcoolisme féminin reste donc, un sujet tabou. La femme alcoolique est montrée du doigt. Dans les mentalités courantes, la femme est avant tout la mère de ses enfants et la maîtresse de maison. En s'adonnant à la boisson, elle négligerait ses devoirs de femme et causerait préjudice à sa famille. Cela conduit Didier Nourrisson [6] à souligner que la femme comme l'alcool sont une construction historique, fruit d'une évolution, selon l'état de la société. À chaque temps sa femme, à chaque temps son alcool. Il fallut un siècle et demi pour que la femme se voie attribuer une identité et il faut le même temps pour que l'alcool soit identifié. La femme, nous dit Catherine Gross, est historiquement et successivement « victime, coupable, malade : emboîtement des identités, persistance des préjugés » (Gross, 2004). « La femme est tout d'abord victime parce qu'il ‘‘ est fait à l'histoire ‘’d'une famille heureuse car sobre, que l'alcool du mari fait basculer dans le malheur. » Ensuite, trois types de culpabilités sont décrites par rapport à la femme : « la femme vicieuse qui boit ; la mère indigne, la femme qui pousse à boire », et enfin deux types de femmes malades s'opposent :« malade de voir boire ; malade alcoolique elle-même »(Gross, 2004). Le constat en est que la société est plus sanctionnante devant une femme qui boit que face à un homme. Dans ce cas, le degré de sentiment d'indignité renvoyé à une femme est plus fort qu'à un homme. D'ailleurs, les hommes peuvent jouir d'un certain pardon, avec des circonstances atténuantes, car victime d'une femme qui leur en fait voir de toutes les couleurs. Voilà, c'est dire que le poids de l'histoire pèse encore sur les femmes. Quoi qu'il en soit, le nombre des femmes malades alcooliques a augmenté ces dernières années, au-delà des représentations négatives et il est important que le dépistage soit de plus en plus efficace.
 
1. La trajectoire de Lydia
 
 
Les trajectoires des femmes que nous avons interrogées (Jovelin, Oreskovic, 2002) montrent que leur période de malade alcoolique a débuté il y a plusieurs décennies. Or, jadis, les femmes abandonnaient très tôt leur profession, afin de se consacrer à l'éducation de leurs enfants et à l'entretien du foyer. Bien que comblées par leurs enfants, ces femmes ressentaient tout de même un manque. Ainsi, l'une des nos enquêtées, Lydia, dont la trajectoire est retracée ci-dessous, « buvait par ennui ». En effet, dès que son mari partait en déplacement professionnel, elle s'alcoolisait. Elle ne comprenait pas ces déplacements successifs et refusait d'admettre qu'il partait pour raisons professionnelles. Malgré son alcoolisation excessive, elle continuait à assumer pleinement son rôle de mère de famille et de maîtresse de maison, mais dans la souffrance.
Même si son mari ne lui reprochait rien parce qu'il ne savait pas quelle attitude adopter, elle avait honte et elle n'osait pas avouer son alcoolisation. Elle faisait preuve d'imagination débordante pour cacher dans un premier temps son état, puis ensuite nier son alcoolisme.
Ainsi, on peut remarquer que « l'alcoolisation masculine étant plus permissive est socialement acceptée, les hommes accèdent plus facilement à l'alcoolisation que les femmes. Très tôt, ils ont accès à davantage de lieux d'alcoolisation que les femmes ».
Nous l'avons vu dans notre recherche (Jovelin, Oreskovic, 2002), les récits de vie des personnes interrogées révèlent que la femme s'alcoolise plutôt chez elle et les hommes à l'extérieur, sur leur lieu de travail ou dans des lieux publics comme les cafés par exemple. Même si aujourd'hui la femme est dite « libérée », il est encore rare de voir une femme s'enivrer au comptoir d'un café. En revanche, une femme consommant seule une boisson non alcoolisée est bien acceptée, alors que c'était impossible il y a encore deux décennies.
L'objet de cet article est de faire l'histoire d'une histoire concernant cette relation particulière entre un individu et l'alcool dans un contexte donné et de comprendre la souffrance qu'a causée l'alcool dans la trajectoire de Lydia. Il s'agit de comprendre comment cette femme est arrivée à l'alcoolisation et est parvenue à s'abstenir de toute consommation alcoolisée.
Plutôt que de découper le texte, nous avons souhaité, dans ce document, restituer la trajectoire de cette femme afin de comprendre sa souffrance, de voir l'avant, le pendant et l'après alcoolisation.
À travers ce récit de vie, on peut saisir les éléments plus ou moins clairs qui ont permis à Lydia de cesser toute consommation d'alcool : la manière dont elle a pris la décision d'arrêter, le rôle de l'entourage, le projet de soins, la souffrance endurée, la construction de cet itinéraire d'alcoolique et de l'abstinence et enfin, la place des mouvements d'anciens buveurs.
Moi, je crois que j'ai commencé à boire… j'aimais déjà beaucoup le goût de la bière. J'aimais bien. Bon, chez nous, à part mon père qui buvait… Mais je l'ai connu sans boire. J'ai vu son alcoolisation à mon papa ! Et je l'ai vu progressivement. Après la guerre, quand on est revenu ici en…, euh… il a fait de la politique, lui, hein… et bien sûr, ça se déroulait dans les cafés. Moi j'ai connu la misère, petite, hein ! Donc euh… et je me disais toujours… il était très méchant à cause de l'alcool. Oui l'alcool le rendait méchant. Il battait pas ma mère, mais il était méchant. Je me disais toujours : « Moi quand je serai grande, j'aurais jamais un mari et jamais je boirai ! Parce que bon… je voyais ce que cet alcool provoquait. Déjà petite, hein ! Bon, et puis, nous on n'osait pas beaucoup sortir à cause d'un tas de choses, et puis l'argent n'était pas là. Et quand on a pu commencer avec des copains à faire des bals, on buvait quelques verres de bière, mais ça s'arrêtait là.
J'ai connu mon mari, donc j'avais 20 ans. Je buvais pas. On s'est marié, j'avais 21 ans, lui, 22. Et puis… eh bien ! il a commencé tout de suite à faire des déplacements. Et moi je me suis retrouvée à 22 ans avec un bébé. Et il a commencé à faire des déplacements : alors pour l'Espagne, le Venezuela, euh… New York. Il a fait le tour du monde, lui, pendant des années et des années. Et je lui disais toujours : « Quand tu t'en vas, tu fermes la porte, et tu oublies ta femme et tes enfants. Et puis bon, j'étais seule, je ne travaillais pas. Mes beaux-parents habitaient tout près, donc je manquais de rien. Mais je manquais de la principale chose… j'adorais mon mari. Bon ben, j'étais amoureuse ! Et puis, c'est vrai que je me suis mise sans m'en rendre bien compte à… C'est vrai que j'aimais bien le goût de la bière, donc je m'achetais de la bière. Bon, avec une bouteille, je faisais quand même 3, 4 jours. Là, je buvais pas.
J'ai vraiment commencé à boire quand j'avais une trentaine d'années. Cela faisait déjà 2, 3 ans que je consommais, mais modérément. J'étais pas ivre. Et puis on a déménagé d'ici, j'avais eu un troisième enfant, et on est parti sur Metz. Et là, je crois que… mon mari était jamais à la maison. Donc là je me suis mise à bien boire, pour oublier beaucoup. Parce que l'attente était longue. Pendant 15 jours, 3 semaines, il partait et pour oublier qu'il était pas là, je buvais. J'ai bu, j'ai bu, pendant des années. 5 ans après, Maman est morte, j'avais 30 ans. Alors là, c'était la dégringolade ! Vraiment, fort, fort. Je buvais seule et jamais quand il était là. Je cachais. Je cachais beaucoup. Et puis, euh… on a redéménagé. On est parti sur Marange-Silvange. Alors là, ça a été deux années de calvaire. Et mon mari se posait toujours des questions en se disant : « Mais qu'est-ce qui arrive à ma femme ? » Bon, bien sûr, je buvais pas quand il était là. Quand on allait chez des amis ou de la famille, je buvais pas. Alors comme on a le sang qui se liquéfie beaucoup quand on boit, moi j'étais toujours pleine de bleus. Alors il se posait des questions, il se demandait même si je me piquais pas ! Parce qu'y a des fois où j'étais pas bien, hein, pas bien du tout. Bien sûr, mes enfants en ont souffert. Quand le père rentrait, les enfants partaient, même tout petits. A l'époque, les enfants étaient en congé le jeudi. Maintenant c'est le mercredi. Alors je me suis posé pendant des années la question, pourquoi ma troisième gamine était toujours avec moi le jeudi. Elle me quittait pas. Et y a pas longtemps elle m'a dit: « Mais parce que Papa me disait quand il partait : « tu restes avec maman, tu la tiens bien pour pas qu'elle aille chercher de l'alcool ». Et ça je l'ai su y a pas longtemps. Parce que nous, l'alcool, on en parle beaucoup dans la famille. Je crois que je m'en suis sortie en partie grâce à ça.
Mais les enfants ont beaucoup souffert. Enfin, oui et non. Mon mari disait toujours que malgré l'alcool j'étais propre, les enfants aussi, et la maison bien tenue. Et moi, j'ai eu la chance, c'est que mon mari a géré lui-même. Donc moi, j'avais quand même un manque d'argent à moi. Parce qu'à moi, il me donnait au compte goutte. C'est ma sœur qui lui a dit que je buvais. Parce qu'il est monté un jour chez ma sœur et il lui a dit : « T a sœur, y a un problème, je sais pas ce qui se passe. » Elle lui a dit : « Mais tu vois pas que ma sœur boit ? » Alors bien sûr il est tombé des nues. Il s'est dit que c'était pas possible. Il a alors commencé à me surveiller… ouh là là… ça a été la … j'ose pas le dire… C'était des disputes, c'était la guerre, la galère. C'était les soirs où on mangeait le café au lait parce que j'arrivais plus à cuisiner. Mais maintenant je savais qu'il savait que je buvais. Mais je me cachais toujours pour boire. Mais je ne cachais plus mon alcoolisme, vous savez !
Il ne trouvait rien, hein, parce que je cachais bien, mais… il rentrait en me disant : « Bon ben, t'as vu comment tu es encore une fois aujourd'hui ? » Et alors là, les enfants partaient parce que c'était les disputes à la maison. Et puis, on est parti en vacances dans les Vosges.On avait loué un chalet. Et puis bien sûr, pendant 8 jours, bon ben, j'ai pas bu. Alors mon mari en a profité pour me dire : « Alors tu vois comme t'es bien. Regarde avec les enfants, tout se passe bien… il faut que tu arrêtes de boire ! » Alors bien sûr, moi, j'étais très têtue, hein. Parce que je lui en voulais. Je me disais que si j'en suis là aujourd'hui, c'est parce que lui il en est fautif. J'ai pas compris non plus, que quand lui partait faire ses grands voyages, c'était pas pour s'amuser, c'était pour le travail. Donc ça, ben moi, je voulais pas le savoir. J'étais pas tolérante. Donc, je me suis dit : « Si j'en suis là aujourd'hui, c'est par ta faute ». Et il m'a dit : « Il faut que tu te fasses soigner. Cela se soigne ». Et puis… bon ben, j'avais aucune réponse à lui donner puisque j'étais très, très butée, hein. Quand on est rentré à la maison, bon ben, j'ai reconsommé. J'étais très butée ! Et là, il m'a dit : « Je crois qu'on arrive au divorce. Il faut que tu fasses un choix : ou c'est nous, ou tu te fais soigner ! ou c'est l'alcool ». Tant qu'il me le répétait, y avait rien à faire. Je me disais qu'il voulait se débarrasser de moi.
Et puis un jour, courant janvier, un matin, je me suis levée et puis je me suis quand même regardée dans la glace, parce que je me regardais plus, hein, je me maquillais plus, je ne faisais plus rien. J'avais un chapeau vert que ma belle-mère m'avait tricoté au crochet, j'enfilais ça sur la tête, un blouson, et je filais chercher ce dont j'avais besoin. Et ça, ça a duré… Quand j'ai été bien, ce bonnet c'est la première chose que j'ai jeté ! Et puis ma décision sur-le-champ a été : « Je vais voir le médecin ». Il était pas loin de chez moi. Je me suis lavée, habillée. Me voilà arrivée dans la salle d'attente et puis bien sûr à ce moment-là, tous les gens me regardaient.T out le monde était au courant de mon alcoolisme. Tout le monde le savait. Et puis je me suis dit : « Mais qu'est-ce que je fais là ? Enfin, c'est dans mon esprit que les gens me regardaient. Mais c'est vrai que les gens qui étaient là me regardaient comme ils regardaient les autres, hein. Mais moi je le voyais pas du tout comme ça. Et puis je suis entrée chez le médecin. Je lui ai dit: « Voilà, je vois. Il faut que vous m'aidiez.» Il m'a dit : « Ah bon ? » Alors je lui ai dit: « Mais docteur, vous saviez que je bois ? ». Alors il m'a dit : « Ben, je voyais bien ».
T ous les médecins chez qui je suis allée ne m'ont jamais rien dit, alors qu'ils savaient. Alors bon, bien sûr, il m'a parlé de l'hôpital à Nancy. J'ai dit : « Non, je veux me soigner par moi-même. » J'avais 3 enfants en bas âge, je voulais pas partir. Il m'a parlé de la cure ; il m'a tout parlé… J'ai dit : « Non, je veux pas partir, mais j'ai envie de me soigner moi-même ! » Il m'a donné des médicaments, il m'a donné ce qu'il fallait. Alors moi toute fière, je suis rentrée à la maison et j'ai dit à mon mari : « T u m'emmènes aux médicaments. Il est rentré le soir et bon ben, il a pas été tendre avec moi parce que… y a des choses qu'on oublie pas même 20 ans après. Je suis allée à la pharmacie et après il me dit : « T'as pas honte de rentrer chez le pharmacien ? Alors sur le moment j'ai dit : « Ben non pourquoi? » « Parce qu'il va voir que tu bois. T ous des médicaments pour t'empêcher de boire ! » C'était la galère, hein !
C'est vrai que c'est lui qui me demandait de me faire soigner. J'attends, je prends la décision, et aujourd'hui, il m'en lance encore, hein. Bon, puis c'est vrai, je végétais parce que je prenais les médicaments, je prenais pas, je buvais, je buvais pas…et puis c'est vrai qu'il y a des jours où j'avais pas bu du tout, mais où j'étais tellement mal parce que j'avais tellement bu la veille que le lendemain c'était quand même les cris et il me disait que j'avais bu et c'était pas vrai. Après c'était une vengeance… Je m'en faisais une vengeance parce que… sans m'en rendre compte, je me faisais du mal, hein. J'ai fait beaucoup de mal autour de moi, les enfants… Mais j'ai quand même été aidée, beaucoup aidée par ma famille, ma belle-mère… Personne ne m'a jamais fait un reproche, jamais, jamais ; ça m'a beaucoup aidée. Le seul c'était toujours lui.
Bon c'est vrai, Monsieur B.l. (le directeur d'un centre de postcure, la Presqu'île) me disait toujours : « C'est parce que c'est votre mari, et il vous aime de trop. Et il vous aide mal. Il veut vous aider, mais il vous aide mal ». C'est vrai que j'ai pas tenu. Je suis retournée voir ce médecin et je suis allée à Nancy en alcoologie, chez le Professeur B. 4 semaines, je crois que c'était. Puis je suis sortie de chez lui, très bien. Bon, j'allais tous les 8 jours à Nancy avec mon mari; il m'y emmenait faire une visite, parler. Il faisait déjà un peu le travail de la Croix-Bleue. Enfin, moi je voulais pas entendre parler de la Croix-Bleue à ce moment-là. Alors il m'en a très peu parlé. Je voulais pas entendre parler de postcure.
Et puis ben au mois de mai, ben j'ai replongé hein. Alors moi je buvais que de la bière déjà d'une part. Mais là quand j'ai replongé, je buvais de tout ! Même de la goutte, du vin, du vin blanc, tout ce qui me tombait sous la main, je buvais. Moi, je peux dire que j'ai bu des tonneaux et des tonneaux de bière…(rire). J'en rigole maintenant mais… c'est vrai… Et puis, quand j'ai replongé, mon mari a tout de suite téléphoné au Professeur. Il a dit : « Ramenez-la tout de suite » ; ça a été la catastrophe. Je voulais pas y aller. Je voulais pas rester à l'hôpital. Et puis il m'a emmenée dans son bureau. Je me souviens encore qu'il m'a dit : « Si vous vous calmez pas, je vous mets une perfusion. » Et moi je lui ai dit : « Si vous me mettez une perfusion, je vous fais sauter, vous et votre perfusion avec ! » Oh, j'étais, j'étais… Et pourtant j'étais pas méchante. Mais quand j'avais bu, je pouvais voir n'importe qui et faire n'importe quoi. L'alcool, c'est vrai que ça nous fait faire des choses…
Non, puis moi j'étais une personne très timide. D'ailleurs, en plus, c'est vrai que je ne m'aimais pas… je ne m'aimais pas, je n'aimais pas mon corps… Je ne m'aimais pas, pas du tout. J'étais très mal dans ma peau. J'avais un mal être terrible… Donc euh… Donc moi, je me disais toujours : « Comment mon mari a pu faire pour me marier ? » C'est vrai, j'avais un mal être.
Et puis, ils m'ont fait signer et je suis partie en postcure ; ça s'est bien passé, mais pour moi c'était une cure obligatoire. Tellement j'étais butée, j'avais même pas lu les papiers pour me dire ce que j'allais faire là-haut (dans le Pas-de-Calais). J'ai pris des chemises de nuit, des robes de chambre… pour moi, j'étais couchée, on allait me piquer… Donc j'étais 3 mois à la Presqu'île… et ça s'est bien passé dans l'ensemble. Je crois… Et puis ben, à la sortie… bon ben, on a déménagé parce que mon mari a eu un poste dans la Meuse, hein. Et bon, ça a redonné la même chose : j'étais avec lui, il était à 2 km de la maison, mais il était jamais là.
Et puis, j'ai désiré un quatrième enfant, 9 ans après. J'ai voulu un enfant parce que je me culpabilisais en me disant que mes 3 premiers enfants n'ont pas eu tout ce que j'aurais dû leur donner. Donc cet enfant je le voulais pour… bon, je m'en suis aperçue qu'après… Mais sur le moment, je voulais un enfant parce que je voulais lui donner l'amour que j'ai pas pu donner aux autres, malgré qu'ils ne m'ont jamais fait de reproches. J'ai des enfants adorables, qui m'aiment. Mais c'est vrai que je voulais cet enfant. Et bon c'est vrai que cette enfant, elle a aujourd'hui 18 ans, elle a été pourrie, archi-gâtée. Bon alors, je me suis retrouvée enceinte, et la première occasion s'est passée… j'avais envie de boire de la bière alors que j'étais enceinte. C'était déjà une première tentative. Mais ça a duré très peu. 3, 4 jours ça a duré. Puis je me suis reprise tout de suite jusqu'à la naissance de la petite. Puis après la naissance, je suis repartie 4 fois là-bas avec mon bébé.
Mais là, je préparais mes rechutes parce que je voulais reconsommer normalement. Donc quand mon mari partait, je lui disais toujours : « Bon pour telle date je m'en vais . Je savais déjà qu'à ce moment-là, j'allais reboire. Bien sûr quand il rentrait avec le bébé… euh… je peux vous dire que c'était la galère, hein. Parce que… il téléphonait à Monsieur B. qui disait : « Allez, ramène-la-moi!» Et je repartais pendant 15 jours, 3 semaines, et je partais avec tout ce qu'il fallait pour le bébé. Et puis je revenais, j'étais très bien. Mais lui était mal parce que bon ben, il restait avec les 3 enfants. Parce que je suis partie en cure, parce que ma sœur m'a gardé mes 3 enfants. Elle en avait déjà 4 à elle, elle m'en a pris 3, hein. Alors, je peux vous dire qu'encore aujourd'hui, elle peut me demander ce qu'elle veut.
Et puis je suis donc repartie une dernière fois, et j'ai dit à mon fils : « Laurent, tu sais, ça va mieux, et maintenant c'est la dernière fois ». Il avait quand même 14 ans et il m'a dit : « Oui, tu nous le dis à chaque fois et tu tiens pas ta promesse.» Et je crois que ça m'a beaucoup marquée. Et mon mari n'était pas d'accord du tout. Il venait me voir à la Presqu'île mais il voulait jamais rester pour voir un peu comment les femmes vivaient, entendre un peu les autres femmes… Lui, ça l'intéressait pas. Donc il a pas profité des moments de la Presqu'île avec nous. Donc lui quand il rentrait, moi je rentrais, je buvais plus, j'étais bien, c'était le principal. Mais si j'avais cherché à dialoguer ou à… tout ça, ça me manquait. J'avais pas de permis, j'avais rien. Je ne dépendais que de lui… que de lui, que de lui ! Donc il a téléphoné à la Presqu'île et il a dit : « Je viens chercher le bébé, je demande le divorce ». Monsieur B.l lui a dit de venir et ils ont discuté. Moi j'étais guérie mais c'était lui qui était malade. Parce qu'il n'allait jamais au devant des médecins pour discuter, avancer. Moi j'avançais mais pas lui. Et puis moi j'allais voir une conseillère conjugale quand même. Et donc Monsieur B. nous a pris rendez-vous pour tous les deux pour aller voir une conseillère conjugale, pour voir ce qu'il en était.
On est donc allé le soir même voir cette conseillère ; c'était à Amiens. Et alors là, oh là là, j'oublierai jamais…Y a des choses comme ça, quand j'en parle ça me…Il a éclaté mon mari, il a hurlé, oh là… J'étais mal… Et elle, elle m'avait dit, vous ne direz rien, vous laisserez faire. C'est une femme extraordinaire ! Et quand il a fini de parler, elle lui a dit : « Bon, maintenant vous allez m'écouter ». Moi, j'avais déjà beaucoup parlé avec elle à la Presqu'île. Et au fur et à mesure qu'elle parlait, lui s'est rendu compte que c'est vrai qu'il avait beaucoup de torts… sans le vouloir. Il m'a dit : « Je t'ai fait du mal, mais sans le vouloir ».
C'est vrai que j'aurais pu faire comme d'autres femmes quand il partait… j'aurais pu sortir, moi. Mettre les gosses au lit, faire garder les gosses, sortir, le tromper… et ben non, moi je buvais dans mon petit coin tranquille, pour oublier, pour m'endormir, pour plus avoir de soucis, pour me sentir bien.
Et puis, euh… ben on est rentré… on est rentré à la maison. On est rentré à Moulins-les-Metz. Je voulais plus habiter la Meuse parce que la Meuse ça a été pénible. C'est joli, mais c'était le désastre pour moi. Et là, à Moulins-les-Metz, mon mari m'a ouvert un compte en banque. Tout de suite, hein, le lendemain matin, il m'a ouvert un compte à moi, il m'a fait avoir un carnet de chèques… Il m'a fait avoir une autonomie totale, hein. Parce que la psy lui a quand même dit que j'étais pas un meuble ; j'étais quand même une personne qui a besoin de vivre, et besoin d'autre chose que d'avoir que les enfants à m'occuper. J'ai eu mon permis de conduire, et là je me suis sentie vraiment autonome. Mon mari n'arrivait plus à me joindre, c'était la catastrophe… Et c'est vrai que de ce jour-là, Monsieur B.l. nous a donné l'adresse de la Croix-Bleue, hein. Et puis bon, c'est sûr, moi je voulais pas appeler. Je voulais pas appeler parce que je me disais que je me sens bien, je suis bien dans ma peau. Puis lui, tous les jours, il rentrait en me disant : « T'as téléphoné ? T'as téléphoné ? ». Puis je dis : « Allez, je vais téléphoner, je vais lui faire plaisir, et puis on verra bien… » Parce que j'avais déjà été à la Croix- Bleue quand j'habitais Verdun, et euh… ça ne m'a pas plu du tout. Alors j'ai dit, si c'est ça les réunions Croix-Bleue, je n'y vais pas. Jusqu'à un point où un jour, la Croix-Bleue faisait une réunion près de chez moi, et où j'ai fermé tous les volets pour pas qu'ils viennent me chercher. C'est stupide mais c'est vrai. Et puis, j'ai donc téléphoné. Je suis tombée sur une dame et… cette dame… je lui ai demandé quand est-ce qu'il y avait la prochaine réunion Croix-Bleue et où ça se trouvait. J'ai pris note et mon mari m'a accompagnée. J'avais pas le permis encore. Il m'a accompagnée et puis j'ai eu très peur parce que je me suis dit, je connais beaucoup de gens de Metz, beaucoup de gens des environs. Je me disais : « Sur qui on va tomber ? » Mon Mari a dit : « Écoute, maintenant on y est, maintenant on y va ! » Et puis j'ai ouvert la porte. Je crois qu'ils étaient 7 personnes. Et puis bon, je me suis présentée. Et puis ben, je me suis installée, et c'est vrai, bon ben, il y avait Monsieur C., qui était le frère du grand directeur de mon mari. Bon ben, j'étais là, j'étais là, hein ! Et puis voilà.
Et puis je me suis sentie tellement bien avec ces gens… on a fait une réunion tellement extraordinaire… Bon ben bien sûr, ils m'ont fait un peu parler. Moi je leur disais que je buvais pas beaucoup, qu'il m'en fallait pas beaucoup pour que je sois ivre. Bon ben, j'osais pas dire, hein ! J'étais tellement timide. Et j'ai dit à Ch., j'étais assise à côté d'elle : « Vous aussi, vous avez fait 3 mois de cure alors ? » Alors elle m'a dit : « Ah non, moi j'accompagne mon mari ». Alors je suis la première femme en tant que malade alcoolique à la Croix-Bleue de Metz. Et puis Ch. m'a pris par la main, elle m'a emmenée partout où elle allait voir les gens qui avaient un problème d'alcool. Dès qu'il y avait quelqu'un qui appelait, elle m'appelait, elle venait me chercher et puis… euh… je crois que… je crois qu'à ce moment-là quand j'ai franchi la porte de la Croix-Bleue, j'ai descendu ces escaliers, j'avais trouvé quelque chose. J'avais trouvé ces gens où je me disais : « Je ne suis plus seule, ils sont là, ils ne m'ont pas jugée, ils m'ont accueillie ». J'ai plus jamais pensé à l'alcool pour y goûter. Bon, j'y pense encore aujourd'hui. Surtout quand on sort, quand on va dans des fêtes, des mariages, des choses comme ça, quand j'entends des gens : « Ah, il est bon le champagne ! » Je me dis : « Ils ont de la chance ». Mais bon, c'est comme un éclair. Je ne suis pas tentée ! Parce que pour moi tout était bon pour boire.
J'ai fait des choses avec mon mari ! Dans cette vitrine-là (elle montre un meuble), mon mari avait une collection de pleins de petites bouteilles… Et pour me venger de lui, parce que c'était une vengeance contre lui quand je consommais, et bien, j'ai bu toutes les petites bouteilles qu'il avait là-dedans. Parce que, il partait, il prenait toutes les bouteilles à moi. Il les trouvait, hein. Je me suis vue un jour où il me disait : « Descends au sous-sol ! » Et là, il avait mis sur une table toutes les canettes qu'il avait trouvées. Parce que moi, je vidais les bouteilles et je les remplissais d'eau, hein, et je les rebouchais. Il voyait pas que je les avais ouvertes. C'était quelque chose de terrible. C'est vrai… J'ai fait deux tentatives de suicide… J'ai fait deux appels au secours : une en habitant ici, et une à Metz. Mais attention, j'ai fait ces tentatives de suicide quand je savais qu'il allait arriver. Vous comprenez… Il revenait du travail… Je consommais, hein, j'étais pas bien… Je savais que pour telle heure je serais là, et j'ai pris des médicaments avec de l'alcool, et quand il est arrivé, il m'a trouvée, il m'a trouvée allongée sur la moquette. Il m'a mise à l'hôpital.
Bon ben, je me suis dit, à l'hôpital Bon Secours, ils vont me poser des questions… Oui, ils m'ont posé des questions. Je leur ai dit que j'avais consommé, que je buvais, euh… Ils m'ont dit : « Ca, c'est pas de notre ressort, voilà ! » Deux fois comme ça ! Je vous parle de ça, y a 20 ans, hein ! Ils ont rien voulu savoir. Mon mari est venu me chercher comme si…
C'était des appels au secours. Je me disais : « Y a bien des gens qui vont s'en apercevoir et qui vont me le dire ». Avant je me disais : « Oh, avant que les gens le voient, il y a encore du temps, donc j'ai largement le temps de boire ! » Mais ça a passé très vite. Plus le temps passait, plus je m'alcoolisais. Donc euh, pour moi, j'avais toujours du temps. Mais quand j'étais bien prise dedans, je me disais : « Mais maintenant, y a personne qui voit que je bois. Comment je vais faire maintenant pour m'en sortir? » Alors bien sûr tous les soirs c'était : « Bon, demain je bois pas, euh… je vais me coucher. Demain c'est fini, je bois plus ». Mais le lendemain était toujours là avec l'alcool présent. C'était mon ami ! C'était terrible…Et puis, tout prétexte était bon.
Même mon beau-père un jour m'a dit : « Attention, je crois que tu bois un peu de trop… Un jour P. (son mari) il va te laisser ! » Il était italien, il parlait dans son langage. Bon, parce que je me disais, le connaissant, il est trop famille, il aime trop ses enfants, il pourra pas laisser sa femme.
Alors bon, cette Croix-Bleue, ce jour-là, c'est vrai que je me suis sentie quelqu'un d'autre. Mais il a fallu que j'apprenne beaucoup de choses avec eux. Vous savez que j'ai appris à me connaître, à m'aimer, à m'aimer telle que j'étais, surtout telle que j'étais. Vous savez moi… y a très peu de temps -on est entre femmes, je peux en parler -jamais mon mari ne m'a vu nue. Jamais. Parce que quand je vois mes enfants, ils prennent leur bain ensemble, ils prennent leur douche ensemble. Moi je n'ai jamais voulu. Je ne m'aimais pas avant comme j'étais. Maintenant, il y a très peu de temps, 4, 5 ans, bon maintenant, je me sens bien dans ma peau. Je voudrais pas retourner 20 ans en arrière. Ce qui a changé ? Je sais pas. Moi je crois que c'est la Croix-Bleue qui m'a aidée. J'ai été des années, des années, à me trouver laide. Aujourd'hui c'est vrai que je suis bien telle que je suis. Même si je dis toujours que j'ai 20 kilos en trop. Je les avais perdus, je les ai repris. Mais ça ne me dérange pas. Il faut que je les perde parce que je suis pas bien, j'ai mal à une hanche, autrement je serais opérée. Mais comme je suis là, ça ne me dérange pas, même si je me promène en petite culotte ou en soutien-gorge devant mon mari.
À la Croix-Bleue, ils m'ont appris à être bien dans ma tête. C'est surtout ça, d'être bien dans ma tête. De me prendre comme je suis. Des fois je me disais que je pouvais pas converser avec des gens… c'est pas des gens comme moi. Mais c'est vrai aujourd'hui qu'on a des amis qui sont professeurs dans les hôpitaux, qui viennent au magasin, un avocat… On a des amis extraordinaires qui sont haut placés mais qui sont très très bien. Aujourd'hui je peux discuter avec eux parce que je me suis rendu compte que ces gens-là sont comme moi. Ils ont peut-être un niveau intellectuel plus fort parce qu'ils ont fait des études… Moi j'ai pas eu la chance, parce que j'ai pas pu le faire ; mon père était toujours en sana, il avait des problèmes de poumon, et en plus il buvait. J'ai dû travailler de bonne heure. Moi j'aurais voulu faire des études pour être assistance maternelle.
Malheureusement, mon père était en sana… On n'avait pas d'argent. Euh… Moi je peux dire que j'ai mangé même pas du pain avec de la margarine parce qu'y avait rien à la maison. C'était l'horreur.
Et bien… je perds le fil…
J'ai pas pu faire ces études-là. Aujourd'hui je côtoie des amis que je reçois à manger… Des gens très bien, des gens de tous niveaux de toutes façons. Et là je me suis rendu compte que c'était des gens comme nous. Il fallait que je m'aime comme j'étais. C'est grâce à la Croix-Bleue que j'ai appris ça. Avec les réunions qu'on a faites, avec les gens qu'on a vus… Parce qu'à la Croix-Bleue, y a quand même des gens qui sont petits comme y en a qui ont un certain niveau. On a appris à être tous la même chose. Parce que là, on est tous égaux. Je pense que c'est notre section qui est particulière. Avant Roland (l'actuel Président), on avait Gérard qui était quand même très âgé. On avait une section qui tournait pas très bien, et je me souviens qu'avec J., une amie, on a décidé avec Roland de faire une Croix-Bleue jeune. Oui, c'est vrai, il faut évoluer dans de bonnes choses. C'est comme ça qu'un peu plus tard, on a proposé Roland. On le sentait bien. On sentait bien que c'était un homme qui… c'est vrai qu'il nous apporte des choses très bien. On est très très bien, mais… on apprend à être tous au même niveau. Par exemple, quand on se présente, celui qui dit qu'il a 10 ans d'abstinence, ou celui qui a 8 jours, eh bien, ils ont chacun autant de mérite que celui qui a 20 ans d'abstinence. Parce qu'il s'est déjà donné du mal pendant 8 jours pour devenir abstinent. En plus, il a fait un grand pas quand il a téléphoné, quand il a frappé à la porte. Il a demandé qu'on vienne le voir. Bon ben, il a autant de mérite que nous. Bon souvent, c'est vrai, quand on dit qu'on a 19 ans, on dit qu'on n’y arrivera jamais.
Je pense que tout ce que je désirais, la Croix-Bleue me l'a apporté.Vous savez ce que je dis toujours ? Je dis que l'alcool ne m'aime plus, et moi j'aime plus l'alcool. Non mais c'est vrai… Moi je le dis parce que… je ne l'aime plus… non, non, je ne voudrais plus repasser par où je suis passée. Jamais ! J'ai perdu beaucoup d'amis et d'amies… Parce que quand mon mari invitait des amis, il y avait toujours de l'alcool. Lui ne buvait pas, mais il y en avait toujours à la maison. Maintenant, on a aussi de très très bons amis à la Croix-Bleue. Oh oui ! Les autres malheureusement… c'était plus marrant quand on ne leur donnait que de l'eau. Faut plus y aller !
Je n'ai jamais vu ma mère avec un verre à la main. Elle n'a jamais bu de sa vie. Mon père oui, il buvait. Des fois, quand on dit qu'il n'y a quand même pas d'hérédité… des fois je me pose des questions. Parce que j'ai quand même vu la vie qu'on a eue avec mon père, à cause de cet alcool. Mon père il savait 7 langues couramment. Il était dessinateur industriel et travaillait dans une grande boîte sur la route de W. Un homme très intelligent, peut-être pas beaucoup de cœur, mais très intelligent… Non mais c'est vrai. Et j'ai vu mon père boire. Il manquait pas d'alcool mais on n'avait pas de pain. On mangeait du café au lait avec du pain trempé dedans. Des fois, même pas de lait, que le café chicorée. On allait dans les bois avec ma sœur pour ramasser des branches cassées pour qu'on puisse se chauffer. Moi, j'ai mangé du saindoux sur du pain. On n'avait rien à manger, c'est vrai. Mais lui, il avait son vin. Il distillait sa goutte, il avait des sous pour ça. Alors je me disais toujours, moi je ne boirai jamais, personne boira chez moi. Donc, c'est que je savais que c'était mal de boire. J'étais gosse quand même, mais ça m'a pas empêchée moi de devenir alcoolique. C'est venu progressivement, bon déjà parce qu'on boit parce qu'on aime quelque chose. Moi j'aimais bien la bière, son goût. Moi je n'aimais pas le vin. La bière, c'était pas fort en alcool. Il en fallait quand même pour être ivre hein. Bon après, on boit de tout, hein. Mais j'ai pas bu de tout pendant des années. C'est-à-dire que j'ai bu de tout pendant mes rechutes. Pendant 8 jours, 10 jours, et je repartais à la Presqu'île. Parce que la bière n'allait plus assez vite. Parce que mon corps me demandait tout de suite la quantité. C'est incroyable ce problème-là parce que… parfois je me demande aujourd'hui comment mon corps pouvait reprendre si vite le goût de cet alcool, hein ?
Une fois que j'étais à la Presqu'île, tout était bien. Du jour au lendemain. C'est sûr, ça nous donne à réfléchir. Ah moi, je dis toujours qu'à la Presqu'île, c'est une prison dorée. Parce qu'on est entouré, on est bien… Moi, je n'y ai jamais pensé à l'alcool… Même quand on sortait, on allait écrire nos cartes dans les bars, on faisait nos courses, on buvait pas. Mais je me suis toujours culpabilisée. Pendant des années, je me suis culpabilisée pour tout, pour plein de choses. Jusqu'à maintenant…Enfin maintenant j'ai quand même une autre vie. Je vais au cinéma, en ville, je sors. Même si mon mari ne vient pas avec moi. Il reste à la maison et tant pis. Il ne m'interdit rien. Et puis aujourd'hui, c'est vrai que la femme a quand même des droits. Heureusement…
Comment je voyais l'alcoolique avant ? Pour moi, un malade alcoolique c'était un ivrogne. C'était ce qu'on disait de moi. On disait que j'avais un vice, une tare. Un jour le médecin m'a dit : « Il faut que vous alliez en cure ». Mon mari aussi était de cet avis. J'ai tout de suite pensé qu'ils voulaient se débarrasser de moi. Pour moi, la cure, c'était ça : se débarrasser de moi. Une fois arrivée là-bas, j'ai dû demander à ce qu'on m'envoie des vêtements. Parce que comme je ne voulais écouter personne et n'en faire qu'à ma tête, j'avais pas pris d'habits. Je n'ai même pas lu le règlement. J'ai signé et je suis partie. Voilà… Je m'en suis beaucoup voulu.
Quand on s'est revu avec mon mari, après ça a été très dur pour moi. Reprendre la vie avec lui, ça a été très dur. Parce que moi j'étais bien dans ma peau, mais lui était mal. Je me disais : bon ben, qu'est-ce qu'il veut de moi ? Je bois plus, je suis bien, je vais en réunion ? Et lui ben… Et ça, ça a duré presque un an. J'avais même des angoisses au moment d'aller coucher. Et ça, lui ne s'en rendait pas compte. Et je me disais toujours que je crois que je n'arriverai plus à faire l'amour avec lui comme quand on était jeune… Pourquoi ? Parce que j'avais commencé à grandir, j'avais plein de choses qui changeaient et j'ai mis un an quand même… C'est vrai qu'on aurait dû voir quelqu'un pour nous aider tous les deux. Et comme je lui en voulais beaucoup pour tout, dès qu'il m'approchait c'était… c'était ma hantise d'aller me coucher. Mais il ne m'a jamais rien dit, du moins pas à cette époque-là. Après il m'a dit : « T'es plus comme avant ! » C'est vrai que l'alcool fait des effets totalement différents. Donc moi j'ai vécu comme ça des années, alors qu'après bon ben… Dans mes saoulographies y a des choses que j'ai faites mais dont je ne me souviens pas. Parce que j'ai aucun souvenir de choses… Mon mari, il sait mais il ne m'en a jamais parlé. Je crois qu'il ne veut pas me faire mal… Et puis, je ne veux même plus savoir. Je suis trop bien comme je suis. Ça ne m'intéresse plus maintenant. Non, maintenant je vais vers les autres, j'essaie de leur donner ce que je peux. Comme moi, on m'a aidée, moi je veux leur donner ce que je peux.
Pour moi, suivre d'autres malades alcooliques, c'est très important. Il m'est arrivé de suivre des dames, deux ensemble, dont l'une est décédée l'année dernière, c'était une amie de longue date, et puis l'autre dame s'en est très bien sortie. Pour moi la Croix-Bleue n'a jamais été une contrainte. Au contraire. Moi j'ai besoin d'eux, même si y a des choses que je ne sais pas encore. Moi je dis toujours que j'aurais pour ainsi dire plus besoin d'y aller, mais j'y vais parce que j'ai besoin. Dans moi-même, je me dis que je n'en ai plus besoin. Si demain, la Croix-Bleue s'en va, ça va m'embêter mais je suis guérie, je me sens bien… Mais d'un autre côté, j'ai besoin d'y aller parce que j'ai besoin de voir ces gens. C'est les gens que j'ai besoin. Moi, j'ai besoin des amis, j'ai besoin de sentir leur présence. Quand on a des problèmes, on a des problèmes au travail, des choses comme ça, eh bien, je me sens bien avec eux. Quand je suis là, je me sens bien avec eux… Et pourtant, on a des soucis, ça je peux vous le dire. Mais quand je rentre, j'ai tout oublié. Je suis avec eux, je suis là. Le temps que j'ai passé là, je l'ai passé tellement bien… J'ai besoin d'eux… Peut-être qu'ils ont besoin de moi aussi? Je pense, parce que…
Quand il m'arrive de ne pas pouvoir y aller, je suis malheureuse, ils me manquent. Et jamais ça ne m'est venu à l'esprit de me dire : « Oh celui-là, il m'embête, il m'énerve… » Il m'est déjà arrivé de baisser les bras avec une personne que je suivais, que j'allais chercher dans les bistrots, je lui faisais à manger en arrivant à la Croix-Bleue, je lui faisais le café avant de l'emmener en réunion. Mais il faut que je le fasse. C'est quelque chose que je dois faire.
Parfois je dis à mon mari : « J'en ai marre, je crois que je vais abandonner !» Alors il me dit que j'ai pas le droit, que quand on m'a aidée, j'étais bien contente. Donc voilà : moi j'ai besoin d'eux et je pense qu'ils ont besoin de moi aussi. Cela fait 18 ans que je suis membre actif.
On s'est aperçu à la Croix-Bleue que les gens qu'on suivait, on les assistait de trop. On les assiste dans les papiers, avec les médecins, etc. Mais si on les assiste de trop, ils n'ont plus de responsabilités. Pendant tout un temps, je les ai assistés. J'allais jusqu'à la Sécurité Sociale ramener les papiers, voir les médecins concernés pour eux. J'ai fait de l'assistanat jusqu'à ce que j'en aie eu marre.
À la Croix-Bleue, on s'est donc dit qu'il fallait qu'ils se prennent en main. Notre méthode, nous, c'est de les sortir sans postcure. Mais c'est très rare. Y en a qui y arrivent… mais pas beaucoup. On voudrait qu'ils s'en sortent avec nous, la Croix-Bleue. On va les voir, ils viennent en réunion, on les appelle. On va les voir, une fois, deux fois… Parce que si on les assiste trop, eux en échange, ils nous donnent rien. Voilà…
 
2. Le lieu d'alcoolisation
 
 
Le lieu de travail autorise certains salariés hommes à s'alcooliser régulièrement, mais pour les femmes, la maison constitue le lieu propice, comme nous l'avons dit plus haut, jusqu'à passer de la « phase rose », où l'alcool est le meilleur ami, on boit par plaisir, cela permet de cacher la fatigue, de diminuer la douleur, de faciliter les relations, de donner l'impression d'excitation, à la « phase noire», où l'alcool devient l'ennemi du malade qui boit par besoin, puisque même si au fond de lui-même, il refuse de prendre ce dernier verre, malheureusement son corps le réclame, il en a besoin, il le doit donc à son corps. C'est à partir de ce moment que l'individu néglige systématiquement les activités sociales auxquelles il s'adonnait auparavant. Nous arrivons à un contexte où l'alcool ne favorise plus les relations sociales, puisque celles-ci se sont détériorées du fait que l'individu est en recherche perpétuelle de l'alcool pour soulager les symptômes de manque et a des difficultés à consolider les rapports sociaux avec ses proches. Ceci montre que la consommation problématique touche tout autant l'entourage proche et surtout le conjoint et les enfants, et le coût à payer est tellement lourd que cela se solde par des divorces ou des séparations, avec toutes les conséquences que nous connaissons pour les enfants. Dans le domaine professionnel, lieu favorisant quelquefois l'alcool, le malade alcoolique devient peu fiable. Tout cela conduit à « la déchéance».
Le consommateur excessif peut, par la fréquentation régulière du café, sombrer dans la dépendance. Sans même s'en rendre compte, les moments de détente seront en fait des moments de non-liberté : l'individu ne pourra plus choisir entre la consommation d'alcool et l'abstinence. Les hommes fréquenteraient beaucoup plus les cafés que les femmes et y consommeraient également davantage d'alcools qu'elles.
Alors que les hommes s'alcoolisent essentiellement hors du foyer familial, les femmes s'alcoolisent essentiellement chez elles, loin des regards étrangers, à l'abri des jugements extérieurs comme le montre le récit de vie de Lydia. À l'abri car l'opprobre social dont est victime la femme alcoolodépendante la pousse encore davantage à cacher son alcoolisme au sein de son foyer.
En bonnes mères de famille, comme Lydia, les femmes s'alcoolisent hors de la présence des enfants et continuent ou tentent de continuer à assumer le bon fonctionnement du foyer. Pour les femmes, la clandestinité représente le moyen de se protéger des autres, elles préfèrent rester cloîtrées chez elles, plutôt que de rencontrer l'autre susceptible de leur renvoyer des choses qu'elles n'aimeraient pas entendre. Ce refus de discours moralisateur dont la clandestinité est la manifestation pose problème aux professionnels, qui ne peuvent intervenir face à l'absence de la demande.
« Moi, je buvais… dans mon petit coin, tranquille… pour oublier, pour m'endormir, pour ne plus avoir de soucis et me sentir bien. Je buvais seule et jamais quand mon mari était là. Et je cachais. Je cachais beaucoup. Malgré ça, mon mari disait toujours que bien que je buvais, j'étais propre, les enfants aussi et la maison bien tenue. » (Lydia)
Pour ces femmes au foyer, l'alcool devient un substitut qui sert à remplacer ce dont elles manquent et qu'elles ont parfois du mal à identifier, à exprimer.
 
3. Des ivresses à répétition à l'alcoolodépendance
 
 
Communément appelées les « cuites », les ivresses à répétition ont une influence significative sur la trajectoire individuelle d'alcoolisation. À travers ces ivresses, l'individu tente de dépasser son seuil de tolérance à l'alcool ou cherche à passer un moment euphorique en se coupant de la réalité.
Ces ivresses sont le signe d'un comportement à risques ; les phénomènes d'intoxication ont alors toutes les chances de s'installer. Plus les ivresses seront fortes ou répétées, plus la dépendance alcoolique approche.
Les ivresses à répétition s'observent beaucoup, certes, chez les adolescents ou jeunes adultes, notamment le week-end, lors des bals du samedi soir de jadis ou des sorties en discothèque d'aujourd'hui [7], mais lorsque la dépendance s'installe, boire peut devenir très vite un plaisir et une souffrance.
Ainsi, l'alcoolodépendance n'est pas tant l'ultime étape dans le processus d'alcoolisation que l'un des aspects possibles du rapport individu - alcool - environnement. À partir de ce moment-là, l'individu éprouve le besoin de s'alcooliser. Ce besoin se caractérise par des signes physiques, psychologiques et même sociaux.
L'apparition de la dépendance alcoolique dans les trajectoires d'alcoolisation est toujours imprévisible. Elle peut surgir n'importe quand, à n'importe quel âge et selon une période d'alcoolisation plus ou moins longue. Lorsque l'individu devient alcoolodépendant, il perd la liberté de ne pas boire d'alcool.
 
4. La souffrance du malade alcoolique
 
 
Jellinek compare la trajectoire du malade alcoolique à un « U » [8]. D'après cet auteur, son parcours se compose d'une phase descendante, d'un fond et d'une phase ascendante, qui implique des effets dans la vie sociale du malade. Nous pouvons en retenir quelques-uns : « comportements grandiloquents, incontrôlés ou agressifs », « abandon progressif de tous les centres d'intérêts antérieurs », « retrait de la vie sociale et amicale », « soucis de travail et d'argent en relation avec l'alcoolisation », « incapacité à prendre une décision » et « perte des critères de morales sociales (multiplications des dettes…) ». Les effets de l'alcoolisation sont donc multiples sur la vie sociale du malade et progressivement, ils bouleversent son organisation. Il est dans l'engrenage de la dépendance psychologique, de l'ordre du réflexe conditionné auquel finit par s'ajouter celui de la dépendance physique. Il ne peut plus s'arrêter. Plus la dépendance s'installe, plus le malade a besoin de doses de plus en plus fortes pour atteindre un certain état de bien-être. Néanmoins, le degré de dépendance varie d'un individu à l'autre, pour des raisons physiologiques, mais aussi psychologiques.
Enfin, il est essentiel de s'attarder sur l'isolement que génère l'alcoolodépendance. Le sujet néglige ses relations sociales, il reste seul pour s'alcooliser, ou du moins change de relations. Il est attiré par des personnes qui consomment comme lui beaucoup d'alcool. Pour les femmes qui boivent généralement en cachette, l'isolement est d'autant plus important, et quand apparaissent les symptômes de dépendance, tel que le manque, le malade ne participe plus à ses activités habituelles. Ces différents effets ont également des conséquences sur la vie familiale du sujet.
Au-delà du fait que le déséquilibre financier, l'isolement social du malade ont des conséquences pour sa famille, d'autres difficultés existent pour l'entourage du malade. Même si Lydia arrivait encore à assumer son rôle d'épouse et de mère, généralement, les rôles familiaux sont déséquilibrés. Le buveur a des difficultés à assumer ses responsabilités habituelles : l'éducation des enfants, la prise de décision, le partage des tâches domestiques.
De plus, l'attitude du malade au quotidien, ses ivresses, son silence, ses crises de larmes, de colère perturbent les habitudes de vie. Les repas ne sont plus pris en famille, les sorties et invitations diminuent. Généralement l'incertitude et l'angoisse sont constantes dans ces familles. On constate aussi que l'alcool est généralement un facteur déterminant dans les problèmes conjugaux et les violences domestiques.
Il est clair que l'alcoolodépendance engendre d'importantes perturbations au niveau du système familial et génère d'énormes difficultés dans l'entourage.
En effet, un conjoint qui assume toutes les responsabilités est de moins en moins disponible sur le plan affectif et matériel pour le reste de la famille. Les enfants peuvent ne pas comprendre pourquoi, il est le seul annonciateur de mauvaises nouvelles. Ces multiples tensions émotionnelles et psychologiques conduisent des membres de certaines familles à souffrir d'angoisse ou même de dépression Quoi qu'il en soit, ce déséquilibre des rapports familiaux engendre la culpabilité du malade alcoolique. H. Gomez (1993) considère que cette culpabilité est renforcée par la honte sociale, honte d'être faible, d'avoir besoin de boire, honte des écarts de conduite, honte d'être objet de pitié, de dérision, de mépris, de dégoût. Cette honte apparaît comme le moteur de sa souffrance, et surtout l'une des raisons qui nécessite de laisser le temps au malade dans l'acceptation de sa dépendance.
L'alcoolodépendance reflète donc un mal-être individuel. N'importe qui ne devient pas alcoolodépendant. L'alcool apparaît comme une solution pour la plupart des sujets « compatibles », certainement nombreux, parce que c'est un produit licite, mis en avant par la culture et la publicité, bon marché par rapport aux drogues dures, disponible à toutes heures dans le premier supermarché qui se présente.
 
5. Du déni à l'acceptation
 
 
S'identifier comme alcoolodépendant ne signifie pas s'accepter comme tel. S'accepter en tant qu'alcoolique équivaut à l'idée de ne plus prendre du tout d'alcool. Surtout, il convient de situer le choix de l'abstinence qui n'est qu'un choix de nécessité, un choix de survie parfois, comme un préalable à la possibilité de changer sa trajectoire de vie. Accepter de devenir abstinent, c'est en quelque sorte accepter de grandir et ne plus fuir la réalité quelles qu'en soient les raisons invoquées. Or cette acceptation peut passer par une manifestation possible du déni.
1. Le déni
Le déni [9] est un terme employé en alcoologie et en toxicomanie pour définir un stade de la dépendance à un produit où la personne dépendante, nie, soit consommer le produit (toxicomanies), soit consommer plus que la normale (alcool). Au Québec, ce stade est appelé « stade de précontemplation », où nous nous situons dans une dénégation à l'évidence qui pourrait ressembler à un mensonge, voire à un vice et provoquer la réprobation de l'entourage. Le déni fait partie des symptômes des maladies de la dépendance et en particulier de l'alcoolisme.
Selon les Canadiens, les techniques de déni les plus courantes sont :
  1. Renforcement du déni.- Le sujet déclare n'avoir aucun problème. Le toxicomane dira qu'il n'a jamais consommé de toxique et l'alcoolique dira ne pas boire, ou boire normalement, voire comme tout le monde : « Je n'ai aucun problème. »
  2. Minimisation.- Le sujet admet sa maladie mais en diminue la gravité, ainsi que la quantité réelle de produit consommé. Il donne l'impression qu'il peut se maîtriser : « Ce n'est pas grave, je m'en sortirai tout seul, je bois juste un tout petit peu. »
  3. Hostilité. - Le sujet se défend contre ceux qui le stigmatisent, en se mettant en colère ou en faisant des menaces.
  4. Diversion.- Le malade change de sujet de conversation ou l'évite en se servant des faux-fuyants.
  5. 5.Blâme.- Le sujet se positionne en tant que victime innocente, en accusant les autres : « Ce n'est pas de ma faute, c'est la faute des autres ou de la société. »
  6. 6.Rationalisation.- Le sujet utilise des excuses ou des justifications pour consommer ou avoir consommé. Il se présente comme victime de circonstances ou d'événements le poussant à consommer.
  7. Intellectualisation.- Le sujet analyse le problème, cherche les causes ou rejette sa part de responsabilité dans sa maladie. Il peut entreprendre une thérapie individuelle, mais va refuser les thérapies spécifiques des addictions et les groupes de parole : « Je bois parce que je suis dépressif. » Dans ce cas, le malade tentera de soigner sa dépression mais pas son addiction, espérant être guéri avant d'envisager d'arrêter ou de diminuer sa consommation. Il peut se servir de son psychothérapeute pour renforcer son déni.
  8. Fabulation. - Le sujet invente des histoires et les croit.
  9. Dramatisation. -Le sujet se donne bonne conscience en utilisant le drame pour justifier sa consommation. C'est l'étape de la plainte à outrance, pour être plaint par l'entourage.
  10. Manipulation.- Le sujet emploie tous les moyens pour arriver à ses fins. La personne peut avouer clairement sa dépendance, en faisant croire qu'il n'y a plus de déni, mais ce sont des déclarations qui consistent à « faire plaisir » à l'équipe soignante ou à l'entourage, pour leur dire ce qu'ils veulent entendre. En réalité, le patient est toujours dans le déni.
La liste n'est pas exhaustive, ces manifestations peuvent s'interpréter, se combiner chez le même sujet ou passer de l'une à l'autre au cours du temps. Le comportement des proches peut aussi renforcer cette attitude auprès des malades alcooliques. En effet, si le malade est dans le déni, l'entourage peut se trouver dans le « co-déni ». Les manifestations peuvent être les mêmes que pour le déni. L'entourage cherche dans ce cas à ce que le membre dépendant soit bien perçu à l'extérieur du cercle familial, en donnant l'illusion de relations harmonieuses sans problèmes, ce qui évite la remise en question collective et la culpabilisation. Le co-déni s'intègre dans la notion plus générale de la codépendance.
Éric Durca précise que le « déni a un sens pour la personnalité du sujet dépendant, et ce sens est lié à sa tentative de valorisation sociale. Il véhicule un sentiment, une émotion insoutenable, la honte, qui persiste souvent au début d'une abstinence totale ». Cela exige un véritable travail au patient pour qu'il s'accepte tel qu'il est et non plus par rapport à ce qu'il croit que les autres attendent de lui.
2. Du déni à la prise de conscience
On distingue classiquement trois stades pour que le sujet dépendant prenne conscience de son problème (Éric Durca, op. cit.).
1. Le déni au début: durant ce stade appelé au Québec « précontemplation », il n'y a pas de reconnaissance de la consommation de produits comme sources des difficultés, mais plutôt comme sources de plaisir. Le sujet ne reconnaît pas sa dépendance et se dit en capacité de maîtriser sa consommation.
2. L'état d'ambivalence : ce deuxième stade, appelé par le Québécois « contemplation », est celui du « peut-être… mais ». C'est le stade de l'incertitude, de la culpabilisation où il existe une reconnaissance par le sujet des difficultés entraînées par la consommation des psychotropes, malgré l'intérêt qu'il peut encore manifester aux produits. Il peut se poser des questions sur son incapacité à changer.
3. L'étape de la motivation: appelée au Québec « détermination », est celle où le sujet exprime une volonté de changement, après soit un événement marquant, soit à cause d'une accumulation d'événements mineurs, amenant une prise de conscience ou le « déclic ». Ici, c'est le « moment de vérité préalable à l'action véritable pour obtenir le changement, en général par l'abstinence totale de consommation des substances psychotropes » (Éric Durca, op. cit.).
3. La reconnaissance de son alcoolodépendance
Le travail avec ce type de public impose la reconnaissance du déni comme partie intégrante des pathologies addictives. Éric Durca va jusqu'à dire : « Si nous avons du mal à accepter le déni, nous devons alors nous former aux addictions ou s'occuper d'autre chose, car le déni nous interpelle négativement et le risque serait d'adopter une attitude de rejet vis-à-vis de la personne dépendante. » Mais pour cela, il faut aussi faire attention à ne pas renforcer le déni du patient en allant dans son sens par peur de le décevoir, parce qu'il est facile de tomber dans le piège de la manipulation. C'est pour cela qu'il est important d'écouter le sujet et de développer une relation de confiance par empathie, de compréhension réciproque pour l'amener à prendre conscience de son alcoolodépendance.
Au début d'une abstinence totale, il y a souvent un certain déni manifesté sous forme d'orgueil (à différencier de la fierté) ; et ce n'est que le jour où un événement particulier vient perturber la vie de l'alcoolodépendant que celui-ci se rend compte de sa consommation excessive.
Les menaces de la famille font parfois l'effet d'un électrochoc à l'alcoolodépendant. Selon sa personnalité, il choisira de poursuivre son alcoolisation ou de tout mettre en œuvre pour en sortir.
La maladie alcoolique de l'un ou l'autre des conjoints dans un couple n'est jamais un sujet facile à aborder. À une certaine honte, s'ajoute un véritable malaise dû au manque d'informations sur le sujet. Le conjoint du malade alcoolique hésite entre surveillance, remontrance ou encore ignorance. Il ne sait pas comment l'aider à prendre conscience de son état dans le but de le faire arrêter.
En ce qui concerne Lydia et d'autres personnes rencontrées dans le cadre de notre recherche, le cas où le conjoint surveillait le malade alcoolique était plus fréquent. Malheureusement, cette attitude du conjoint vite décelée par le malade alcoolique incite ce dernier à redoubler de ruses pour encore mieux dissimuler son alcoolisation. À la longue, c'est un réel jeu de cache-cache qui s'installe entre le malade alcoolique, l'alcool et le conjoint. Mais la dépendance aidant, tôt ou tard, la vérité est connue et souvent c'est l'heure de rendre des comptes, le moment où le malade est contraint d'accepter son état et d'engager une démarche de soin, sinon c'est la rupture avec l'entourage.
En outre, les problèmes de santé sont fréquents chez les alcoolodépendants. Dans certains cas, la souffrance est telle que le malade comprend que l'alcool est le seul responsable. Le choix qui s'offre à l'individu paraît simple : souffrir et boire ou s'abstenir et recouvrer la santé.
« Un jour, je suis tombée malade. Ben, l'alcool avec les médicaments, c'est sûr, ça va pas ensemble. Un matin, j'arrivais pas à faire surface jusque midi… j'avais les yeux et la tête dans un état… j'ai dit alors à mon mari, il faut qu'on s'en sorte. Par pitié, appelle la Croix-Bleue. » (Odette)
Le recours à une association d'anciens buveurs peut être un moyen de vaincre sa dépendance et de redevenir abstinent ; Lydia en un exemple.
Admettre sa dépendance au produit alcool exige un effort considérable de la part de l'individu, car il admet par là une certaine faiblesse psychologique. Il se rend compte que toute son existence tourne autour de l'alcool. Cela explique la grande difficulté qu'éprouvent les alcoolodépendants à admettre leur dépendance. L'abstinence leur paraît impossible à vivre et de ce fait, ils se sentent encore plus affaiblis et impuissants. Dans un premier temps, l'individu continuera à s'alcooliser jusqu'à un point limite qui, s'il est franchi, peut être très destructeur. Dans le pire des cas, la seule issue envisageable est le suicide.
Toutefois, la prise de conscience de l'alcoolisme est, pour beaucoup de personnes, au-delà des « éclairs » que certaines ont eus, le fait de l'entourage immédiat.
4. L'aide apportée par les associations néphalistes
Toutes les personnes interrogées (Jovelin, Oreskovic, 2002) affirment ressentir un grand bonheur en allant dans les associations néphalistes, comme l'exprime Lydia. En effet, tous ensemble, les membres des associations pensent former une grande famille : la deuxième pour l'abstinent. Le groupe qu'ils forment est un élément sécurisant pour l'individu. Chacun est au même niveau de l'autre quelle que soit son origine sociale ou son abstinence. L'amitié, réconfortante, redonne confiance aux membres de l'association. Cette amitié, semble-t-il, serait naturelle, puisque chacun des membres est passé par l'enfer de l'alcoolisme ; l'un est à même de comprendre l'autre, du fait qu'il partage en commun une souffrance passée et une expérience d'abstinence présente.
Fréquenter les associations des abstinents signifie aussi pour ces personnes se sentir utiles, car étant toutes souvent membres actifs, elles aident d'autres malades alcooliques à devenir abstinents en leur assurant un suivi personnalisé. En aidant les autres, elles s'aident elles-mêmes. L'aide apportée à d'autres malades alcooliques revêt une grande importance pour ces personnes : elles trouvent un nouveau centre d'intérêt à leur vie, reprennent confiance en elle du fait qu'elles sont « capables de ».
Enfin, ces associations sont considérées comme des lieux de fraternité, de partage, où règne une ambiance très chaleureuse. Les personnes interrogées s'y sentent bien et tirent un grand bénéfice des réunions et de l'ambiance qui en découle.
 
Conclusion
 
 
Pour conclure, nous pouvons dire que l'analyse du récit de vie de Lydia a permis de mettre en lumière le passage du premier verre à l'usage excessif d'alcool. Nous avons vu que si l'alcool est synonyme de détente, de convivialité, et surtout d'oubli qui permet de « panser » momentanément la douleur psychologique, la souffrance qu'il induit est sans commune mesure et, par ricochet, la rupture avec l'alcool n'est pas un long fleuve tranquille. La construction d'une abstinence durable comme celle de Lydia est donc possible mais au prix de grands efforts, pour lesquels le soutien d'un réseau social de qualité est important. Enfin, l'adhésion à un mouvement d'anciens buveurs est aussi une expérience bénéfique. Le groupe d'entraide est un réel soutien moral pour chacun d'eux. Le sentiment d'égalité, d'amitié et de fraternité est partagé par tous les individus interrogés. Mais ce qui semble le plus important aux yeux de ces individus est l'impression qu'ils ont de se sentir utiles en aidant d'autres malades à se sortir de l'enfer de l'alcool. Pour terminer, nous pouvons avancer l'idée que la qualité et le statut des personnes constituant le réseau de sociabilité influent sur la trajectoire de l'abstinence.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  DURCA E., « Le déni », Revue internationale des médecines non conventionnelles(document non référencé, voir aussi doc. de travail, ronéo).
·  GOFFMAN E., Stigmate, Éd. Minuit, 1975.
·  GOMEZ H., La personne alcoolique, Éd. Privat, 1993.
·  GROSS C., Y a-t-il des spécificités pour les femmes vis-à-vis de l'alcool?, in Françoise FACY et alii. , Addictions au féminin,Éditions Médicales Scientifiques, 2004.
·  JOVELIN E., Jeunesse, drogue et fête. Faut-il des drogues pour faire la fête ?revue « Vues d'ensemble », n° 21, avril, 2004.
·  JOVELIN E., ORESKOVIC A., De l'alcoolisme à l'abstinence,Éd. ASH, 2002.
·  MAISONDIEU J., Les alcooléens,Éd. Bayard, 1998.
·  MEMMI A., La dépendance,Seuil, 1979.
·  PELLEGRI C., Soigner le malade alcoolique, Éd. Lamarre, 1994.
·  RAINAUT J., La femme et l'alcool, quelques idées reçues, revue « Autrement »,n° 191, 2000.
 
NOTES
 
[1] Emmanuel JOVELIN est sociologue. Responsable du Master du Travail Social en Europe, du DESS Développement Social Urbain et du Groupe d'Études et de Recherche en Travail social, Institut Social Lille-V auban, Université catholique de Lille, Campus Saint-Raphael, 83, Boulevard V auban, 59044 Lille Cedex, France. Il est par ailleurs membre associé au Laboratoire PROFEOR (Université de Lille 3). Courriel : emmanuel. jovelin@ icl-lille. fr / Secrétariat : Sylvie Gama sylvie. gama@ fupl. asso. fr Tél. : 00 333 20 21 93 93.
[2] MEMMI A., La dépendance, Seuil, 1979.
[3] MAISONDIEU J., Les alcooléens, Éd. Bayart, 1998.
[4] PELLEGRI C., Soigner le malade alcoolique, Éd. Lamarre, 1994.
[5] RAINAUT J., La femme et l'alcool, quelques idées reçues, revue « Autrement », n° 191, 2000.
[6] GROSS C., Y a-t-il des spécificités pour les femmes vis-à-vis de l'alcool? « Addictions au féminin», in Françoise FACY et alii, Éditions médicales et scientifiques, 2004.
[7] JOVELIN E., Jeunesse, drogue et fête. Faut-il des drogues pour faire la fête ?revue « Vues d'ensemble », n° 21, avril, 2004.
[8] GOMEZ H., La personne alcoolique, Éd. Privat, 1993.
[9] Voir essentiellement Éric DURCA, « Le déni », Revue internationale des médecines non conventionnelles, document non référencé.
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