La pauvreté dans son rapport à l’espace : l’introuvable mixité sociale ?
Nicolas Bernard
L’exclusion est intimement liée au territoire. À l’heure de la mobilité triomphante, les groupes marginalisés sont souvent condamnés à stationner sur des espaces sous-intégrés. La répartition spatiale des exclus sociaux semble directement fonction de leur position dans le système économique. Si marginalisation sociale et ségrégation spatiale vont de pair, il semblerait même qu’elles se renforcent mutuellement. La pauvreté géographiquement concentrée redoublerait les effets de la pauvreté individuelle. La précarité prend un tour déterministe... De peur de perdre leurs – derniers – repères et d’abandonner ainsi toute espèce de solidarité informelle, les personnes démunies répugnent souvent à quitter leur quartier. Car, au-delà les limites du pré carré, ce sont les loyers élevés, les commerces chers et les voisins qui jugent, notamment. La ville tend donc à ne plus faire droit à cette exigence cardinale de mixité sociale qui fait l’essence de l’urbanité. L’état de précarité assigne littéralement les plus pauvres à demeure, entravés dans leurs besoins essentiels de mobilité, tandis que les classes aisées se regroupent en « entre soi », fuyant cette promiscuité jugée malsaine. Et cette frontière à la fois sociale et spatiale semble d’autant plus difficile à déplacer que l’assignation, d’abord bien réelle, qui frappe les démunis, est progressivement assumée puis fièrement revendiquée à de – légitimes – fins identitaires. Ce qui fait que l’assignation est aujourd’hui autant mentale que physique.Mots-clés :
pauvreté, territoire, mixité sociale, habitat, quartier.
Social exclusion is closely linked to territory. In these times of triumphant mobility, marginalized groups are often condemned to stay in underintegrated spaces. The spatial distribution of social outcasts seemed directly linked to their position in the economical system. Social marginalization and spatial segregation go hand in hand; indeed they seem to strengthen each other. Geographically concentrated poverty could make the effects of individual poverty double. Precariousness takes a determinist turn.
As they are afraid of losing their - last - references and so to leave all kind of informal solidarity, destitute people are often reluctant to leave their neighbourhood. Because, beyond the limits of their “pre carre” (famous French duelling field), rents are high, shops are expensive, neighbours judge. The city therefore tends to forget the cardinal demand of social mix that is the essence of urbanity. The state of precariousness literally puts the poorest under house arrest, blocked in their essential needs of mobility, while the well-off classes join together, far from that promiscuity which they consider unhealthy. And that social and spatial border seems even more difficult to move since that arrest striking the destitute, at first real, is progressively assumed and then proudly claimed for – legitimate – identity purposes. Thereby the arrest is now mental as well as physical.Keywords :
poverty, territory, social mix, housing condition, neighbourhood.
• L’exclusion sociale s’exprime sur un territoire et se nourrit de cette ségrégation spatiale
• L’habitat déborde les frontières du logement et fait signe vers l’espace
• Quand le frottement social s’émousse
• La pauvreté assigne littéralement à demeure
• Une assignation intégrée et fièrement assumée
• Conclusions