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S'inscrire Alertes e-mail - Pensée plurielle Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa construction sociale des rites funéraires. Une transaction affective essentielle
AuteurJulien Bernard[1] [1] Docteur en sociologie, Laresco/ Icotem. Université de Poitiers. ...
suitedu même auteur
Docteur en sociologieDans un sens large, la notion de « transaction affective » pourrait désigner des transactions entre individus ou groupes sociaux dont l’émotion serait une propriété analytique. Précisons comment se décline cette notion exploratoire :
- Des valeurs morales ou des logiques non rationnelles au sens strict (comme la « logique de l’honneur », les goûts, les convictions religieuses, etc.) peuvent se trouver dans les dispositions (i.e. leurs propensions à réagir de telle façon dans telle situation) des sujets et interférer dans leurs transactions.
- Les transactions peuvent donner lieu à des émotions dans leur déroulement (l’ambiance, la situation ou le contexte pouvant être « chargés » d’émotion) ou leur aboutissement (le résultat de la transaction pouvant ou non, et dans diverses mesures – provoquant diverses combinaisons affectives – aller dans le sens des préférences des acteurs en présence).
- Une forme d’action sociale sur les dispositions affectives d’un groupe social ou d’une population peut être l’objet ou l’enjeu même des transactions pour l’un ou l’autre des acteurs (songeons au politique où des transactions peuvent viser à calmer des velléités ou à momentanément satisfaire des mécontentements).
Cette ébauche de définition souligne que les mécanismes de construction sociale – parmi lesquels les transactions – sont rarement dénués d’émotions, tant celles-ci se mêlent aux représentations et aux pratiques sociales. Il ne faut pas pour autant donner trop de poids aux émotions dans l’explication des transactions, ni voir de l’émotion dans toutes les transactions, ni envisager que le paradigme de la transaction pourrait rendre plus intelligibles toutes les situations émotionnelles ; certaines situations, certains objets de la sociologie, se prêtent sans doute mieux que d’autres au rapprochement transaction / émotion.
2 La « construction » des rites funéraires comprend leur préparation, leur organisation et les séquences de leur accomplissement, ainsi que leur mise en scène et leur mise en sens (Bernard, 2007a). L’explication de cette « construction » nécessite d’identifier les individus ou groupes sociaux en présence et de comprendre les significations qu’ils donnent à leur action, l’enjeu et les formes que prennent leur action en commun et les systèmes de références ou de valeurs qui orientent leur comportement. Nous faisons l’hypothèse que les rites funéraires peuvent s’analyser comme un ensemble diffus de transactions (ou comme le résultat d’une transaction sociale protéiforme)[2] [2] Cette hypothèse ne figure pas dans ma thèse. Elle fait...
suite. L’analyse du travail des pompes funèbres montre que des émotions sont présentes dans les différentes lignes d’action et s’intègrent à leur compétence de réalisation des obsèques ou des funérailles (Bernard, 2007b). Le travail avec, face ou sur les émotions (tout comme l’influence des émotions elles-mêmes) s’avère crucial dans la coordination de l’action, c’est-à-dire « l’orchestration » du rite. La compréhension des émotions est nécessaire à l’analyse des rites funéraires, moments hautement symboliques, lourds d’enjeux sociaux et de sens anthropologique. Ils rappellent les « drames sociaux », au travers desquels « l’expérience collective se réalise en se représentant » (Duvignaud, 1971). Ils introduisent à une véritable « économie des échanges sociaux » (Blanc, 1992) et ils mettent en scène des individus dont l’état de deuil exige qu’ils négocient leur rapport au monde en tenant compte des contraintes sociales en vigueur dans la situation.
3 Cette réalisation (au sens littéral, « ce qui rend réel ») des obsèques constitue ou provoque, au niveau micro-sociologique, une épreuve de réalité qui ne se surmonte pas sans compromis ou ajustements avec ceux qui viennent objectiver la mort du mort, les marchands de pompes funèbres. Le rite funéraire peut être conçu comme une « transaction » entre les familles endeuillées et ces professionnels de la mort. Les modalités de cette transaction se trouvent jusque dans les détails du processus funéraire[3] [3] Cette contribution s’appuie sur une recherche sur les...
suite.
4 Dans cet article, nous soutiendrons d’abord l’idée que le rite funéraire est avant tout une transaction affective. Il comporte aussi une dimension marchande (partie 1) et une dimension symbolique (partie 2). Celles-ci s’intègrent pleinement à la tension affective de la transaction. La « personnalisation des obsèques » et le flou entourant les normes de conduites en matière de deuil dans notre société se trouvent au cœur de la problématique relationnelle du travail des pompes funèbres. Cet ancrage empirique permet quelques ponts entre la sociologie des émotions et celle de la transaction sociale. Autour de la notion de transaction affective, nous nous demanderons (partie 3) si les transformations des rites funéraires et du rapport social à la mort dans la société française contemporaine peuvent se comprendre comme des « effets de transaction » produits par le changement des pratiques concernant l’orchestration des obsèques. L’article se conclura sur quelques apports réciproques de la sociologie des émotions et de la sociologie des transactions.
1 - Du marchand au symbolique : la préparation des funérailles
1.1 - Un « drame social du travail » : l’interaction entre les endeuillés et les agents de pompes funèbres
5 L’interaction entre les personnes endeuillées et l’opérateur funéraire ne constitue pas pour les endeuillés une expérience relevant de l’ordinaire ou du quotidien. Des statistiques professionnelles estiment que chacun a affaire à ce corps de métier environ deux fois dans sa vie. Les endeuillés ne disposent pas d’une somme d’expériences ou de connaissances dans et sur cette interaction. L’opérateur de pompes funèbres a au contraire pour « compétence » la préparation et l’orchestration des obsèques. La relation entre les pompes funèbres et les endeuillés relèvent alors d’autant plus d’un « drame social du travail » (Hughes, 1976) que les deux parties se situent dans des dispositions d’esprit différentes voire opposées (contexte du deuil pour les familles versus quotidien de travail pour les pompes funèbres).
6 Du marchand au symbolique, le rapport entre les endeuillés et les pompes funèbres marque une épreuve de réalité, un rapport marchand dans un moment déjà marqué par une autre épreuve de réalité, le deuil, en vue de construire un rapport symbolique au mort, la ritualisation de l’hommage s’imposant comme une nécessité culturelle, et comme devant produire « quelque chose », justement de l’ordre de la ritualité.
7 Les premières questions posées par les opérateurs funéraires ne manquent pas non plus de « planter le décor » (Qui est mort ? Où le corps repose-t-il ? etc.). La définition des rôles de chacun semble claire : les endeuillés sont dans une position de clients mandataires et demandeurs de la compétence des pompes funèbres ; ceux-ci se positionnent comme professionnels des obsèques et prestataires de services. Les endeuillés sont invités à formuler leurs « souhaits » (cérémonie religieuse ou non, inhumation ou crémation, initiatives particulières) tandis que les pompes funèbres proposent de « s’occuper de tout », c’est-à-dire des formalités administratives et logistiques, car l’organisation des rites funéraires nécessite de coordonner le réseau professionnel de ce secteur[4] [4] La coordination du réseau professionnel fait intervenir...
suite.
8 Cette prise en charge des démarches de coordination, proposée par les pompes funèbres et dont la pratique est inconnue des endeuillés, n’est pas anodine puisqu’elle constitue une raison justifiant la majoration du prix de certains produits, notamment du cercueil. Ces frais d’obsèques n’apparaissent pas ostensiblement dans la prestation de service, faute de relief théâtral (Goffman, 1973 : 38, à partir de Habenstein, 1954). On peut se demander, dans l’optique d’une réflexion sur la transaction, si ces démarches de coordination du réseau funéraire représenteraient des sources de pénibilité comprises comme des coûts de transaction pour les endeuillés si elles n’étaient pas intégrées par les pompes funèbres dans leur prestation de service. Quoi qu’il en soit, la nécessité d’acheter différents produits ou services fait clairement de l’entretien funéraire une transaction marchande : un échange commercial entre un marchand (le conseiller funéraire) et des clients (les « familles »). La loi prévoit un ensemble de dispositions obligatoires concernant l’organisation des obsèques, nommé « service extérieur » (cercueil, porteurs, corbillard). Mais en réalité, la transaction entre pompes funèbres et endeuillés se déroule dans un mode économique plus flou, la plupart des bénéfices réalisés par les pompes funèbres concernant le « service libre » (fleurs, faire-parts, soins de conservation, plaques, location de salons funéraires, présence d’un « maître de cérémonie », etc.).
9 Dans l’entretien funéraire et dans l’ensemble de la relation entre les personnes en deuil et les professionnels des pompes funèbres, la conciliation du « marchand » et du « sacré » est parfois malaisée. Cette transaction comprend une dimension sensible ou critique. Établir des devis ou rechercher l’entreprise offrant le meilleur prix représente déjà, avant la conclusion de ce qui s’apparente à la fois à un mandat et à un contrat[5] [5] Le mandat fait référence chez Hughes à une attribution...
suite, un coût de transaction pour les familles qui n’ont pas souvent recours à cette pratique. Elles peuvent par conséquent se sentir « piégées » par les « dispositifs de captation » (Trompette, 2006) mis en place par les pompes funèbres pour attirer les clients et finaliser le marché. L’inscription marchande de l’interaction avec le conseiller doit s’estomper. La compréhension non explicite, l’informalité, peuvent être à la base même du contrat, et le faire tenir, l’explicitation de toutes les bases formelles, administratives, pratiques pouvant casser le contrat « moral » et la confiance qui tentent de s’établir dans la relation. De plus, pour certains, la mort ne devrait pas donner matière à profit et le travail des pompes funèbres est en quelque sorte illégitime (ce qui explique les noms d’oiseaux et autres insultes : « corbeaux », « rapaces », « voleurs », etc. – que les pompes funèbres reçoivent parfois). Certains professionnels les analysent comme des « transferts » vers un tiers, en l’occurrence eux-mêmes, de la frustration ou de la colère devant l’épreuve de réalité vécue par les endeuillés. À l’éclatement de conflits, l’opérateur funéraire s’emploie à « laisser s’essouffler » celui qui s’emporte (directeur, 53 ans) ou au contraire à « faire preuve d’autorité » (directeur, 36 ans) pour « marquer sa place ». Néanmoins, il faut bien préciser que la grande majorité des entretiens funéraires se déroulent sans heurts, dans des circonstances où le conseiller funéraire essaie de manifester l’attitude morale qui convient (paraître désintéressé, apaiser, comprendre, déculpabiliser, voire décharger l’émotion des endeuillés tout en ne montrant pas la sienne) afin d’établir une relative confiance. La régulation des émotions, qu’il y ait conflit ou non, occupe de fait une place centrale dans cette transaction.
1.2 - Les émotions comme « données » : (s’)ajuster pour réguler
10 Les opérateurs funéraires, doivent évaluer la nature et l’intensité de l’émotion des endeuillés pour construire avec eux la demande dans une ambiance aussi sereine que possible. L’émotion des endeuillés peut conduire ces derniers, en considérant que « le mort le valait bien », à dépasser le budget initial prévu, voire à s’endetter. L’objet de la régulation sera alors de limiter la pulsion dépensière des endeuillés[6] [6] Ils risqueraient alors de ne pas pouvoir payer !...
suite. La conscience professionnelle de l’opérateur funéraire est ici mise à l’épreuve. Certains (même si ce n’est pas la majorité) n’hésitent pas à « jouer » sur l’émotion des familles (en les culpabilisant d’en faire trop peu) pour accroître leur bénéfice. Les acteurs « stratégiques », dans la mesure de la « vulnérabilité des cadres » (Goffman, 1974), peuvent cacher leurs émotions, provoquer celles des autres, afin de définir la situation à leur avantage. Les émotions (ou plus généralement l’état affectif) des endeuillés se présentent pour les professionnels comme une donnée de l’interaction à maîtriser pour s’y adapter, qu’il s’agisse de simplement faire le travail dans les meilleures conditions ou d’apporter une réelle qualité à la relation de service.
11 Il importe aussi de réguler les émotions pour que le « travail émotionnel » des agents de pompes funèbres, le travail de mise en conformité de ses sentiments réels avec les sentiments attendus en fonction des « règles de sentiments » de la situation (Hochschild, 1975), ne soit pas trop délicat. Aux moments de leurs interactions avec les endeuillés, les opérateurs funéraires ne doivent pas rire ou être d’humeur joyeuse, ils sont tenus de respecter les émotions de leurs interlocuteurs (dépit, colère, tristesse…) et d’exprimer voire de ressentir une certaine forme de compassion (Bernard, 2008), même si elle se présente aussi comme un « piège » (Goffman, 1968). La recherche de la « juste distance » est souvent malaisée ou éprouvante sur le plan psychique. La part relationnelle et émotionnelle du travail des agents funéraires nécessite une série d’ajustements successifs. Mais c’est une première étape pour réintroduire le mort et la famille dans le cercle social. Les pompes funèbres ont alors une fonction de reliance qu’une certaine « compétence de gestion de l’émotion » peut activer. Se dévoile un cercle vertueux de régulation (régulation de soi – régulation de l’autre – régulation de soi).
12 Comme tout travail, le travail sur soi peut échouer. Au-delà de l’entretien funéraire, des situations telles que la mise en bière peuvent comporter une forte charge émotionnelle et mettre, malgré leur habitude de ces circonstances, les opérateurs funéraires en difficulté. Les émotions se produisent suite à une évaluation par le sujet de son état corporel, couplée à une interprétation de la situation ; mais celle-ci n’est pas purement subjective : les régularités entre l’éprouvé et l’exprimé sont socialement partagées[7] [7] Selon Hochschild, elles sont reconstruites par les individus...
suite (Hochschild, 2002). Les rares cas où les agents funéraires « craquent » (la mort des enfants, enterrer une connaissance, un cadavre en mauvais état, etc.) montrent ce qui peut être « légitimement émouvant » (gênant ou choquant) en matière funéraire dans notre société. Ils montrent a contrario la prégnance de règles de conduites souvent informelles d’expression des émotions : un opérateur funéraire trop gai ou trop détaché de la situation risque d’être étiqueté « déviant émotionnel » (Thoits, 1990). Ces cas limites permettent d’analyser les propriétés du cadre social dans lequel s’inscrit la relation ou la mise en scène de l’événement. Les émotions provoquent souvent une « tendance à l’action » (pleurer quand on est triste, fuir quand on a peur, etc.)[8] [8] Le philosophe et psychologue William James dit le contraire :...
suite. Mais les « règles de sentiments » rappellent qu’une injonction de contrôle est définie par le cadre normatif, la position sociale de l’individu et le type de relation (de pouvoir, d’amitié, etc.) dans laquelle s’inscrit l’émotion. Selon les cas, nous pouvons aller dans le sens que nous inspire notre conatus ou nous sentir contraints de « réviser » (Livet, 2002) notre engagement. Face à une situation particulièrement émouvante, les agents funéraires ne peuvent pas totalement faire abstraction de ce qui fait émotion dans la situation, ils ne peuvent pas, par exemple, « refuser des parents d’enfants parce qu’on sait qu’ça va être trop triste » (directeur, 47 ans). L’émotion s’impose ici comme une donnée[9] [9] Certains cas nécessitent que les opérateurs sortent de...
suite. Le travail de figuration (Goffman, 1973) varie entre l’entretien funéraire et le déroulement de la cérémonie. Les agents funéraires semblent tenus d’avoir un masque, « une tête d’enterrement » au double sens du terme, car la définition de la situation et le travail émotionnel qui en découlent s’imposent d’eux-mêmes : la relation doit rester professionnelle (ne pas pleurer avec les endeuillés), la courtoisie de rigueur (ne pas s’énerver contre des clients), etc.
2 - Hommage et voyage : la part affectivo-symbolique de la transaction funéraire
13 Marchande, la transaction entre les pompes funèbres et les endeuillés relève aussi d’une dimension symbolique, celle du « voyage » ou de l’accompagnement du mort et des endeuillés. Il s’agit là d’un implicite présupposant que les agents funéraires, d’une part, s’occuperont bien du mort, ce qui semble aller de soi, et, d’autre part, qu’ils fabriqueront un moment solennel, digne, sérieux, une véritable cérémonie d’hommage « pour la paix des vivants » (Thomas, 1985), en mobilisant leur « compétence d’orchestration » (Trompette, 2006). L’enjeu de la transaction est donc de produire un rite possiblement « beau » ou « efficace », ce que l’observation des obsèques confirme. Mieux, dans la lignée durkheimienne, on pourrait dire que l’enjeu même de la transaction funéraire est une forme d’action sociale sur les émotions. Cet enjeu est bien, en effet, de rendre hommage au mort parce qu’on l’aimait[10] [10] Notre socialisation est aussi émotionnelle et elle consiste...
suite. L’objet de la ritualisation est donc bien de créer le cadre permettant à l’émotion de se manifester et de prendre un sens[11] [11] A contrario, l’absence d’émotion signifierait un rejet...
suite. Or force est de constater que le travail des pompes funèbres joue un rôle dans la construction de ce moment, même si les formes émotionnelles de notre hommage dépendent plus fondamentalement de notre socialisation et de notre culture.
14 Le jour de l’enterrement ou de la crémation, la gestion des émotions des endeuillés lors des obsèques proprement dites continue de faire implicitement partie du « mandat » des pompes funèbres[12] [12] Les endeuillés estiment que leur état affectif est davantage...
suite. Le maître de cérémonie et les porteurs s’emploient à guetter les signes de faiblesse des membres de l’assistance et, le cas échéant, à proposer un verre d’eau, une chaise, un mouchoir, un sucre avec de l’alcool, etc. De plus, ils s’emploient à réaliser avec tact et minutie les séries de gestes correspondant aux séquences les plus sensibles du rituel. L’ethnographie du travail funéraire montre que, dans le cours du rite, les pompes funèbres interviennent pour changer de « phases » : mettre le corps en bière, fermer le cercueil, partir à l’église, mettre le cercueil dans l’église, le remettre dans le corbillard pour partir au cimetière, etc. Bien qu’il soit difficile de déterminer précisément quelles perceptions provoquent l’expression des émotions des endeuillés (la vue du cercueil, du corbillard, le discours du prêtre, la mise en terre, etc.), les « transitions de phase » (Livet, 2002) provoquent souvent des émotions (de déchirement). Elles peuvent « réaliser la réalité » et obliger à réviser ses préférences (c’est-à-dire que le mort ne soit pas mort). Les obsèques se présentent comme une transaction diffuse avec le réel se déroulant dans un modèle séquentiel. Si la souffrance naît de « failles transactionnelles » (Foucart, 2004) il est probable que celles-ci s’expriment dans ces décalages. D’où la nécessité pour l’ethnographe de s’intéresser aux « petits liens » (Laplantine, 2003), aux enchevêtrements ou aux ruptures entre séquences ; mais aussi au travail des pompes funèbres, pour comprendre les rites funéraires[13] [13] Parmi d’autres facteurs, le travail des pompes funèbres...
suite.
3 - Émotions et transactions aux niveaux méso- et macro-sociologiques
3.1 - Transaction et transformation des funérailles
15 Les entreprises de pompes funèbres constituent aujourd’hui une part importante du cadre social régissant le rapport à la mort et aux rites funéraires. L’analyse des « enjeux de sociabilité » permet de « passer de la micro-observation à la macro-interprétation, dans la mesure où les transactions mises au point par divers [groupes sociaux] ont un effet d’agrégation qui modifie les références évaluatives socialement disponibles », ce qui ferait émerger de nouvelles formes socialement légitimes (Rémy, 1992).
16 On peut s’interroger sur le lien possible entre le rite funéraire comme transaction et la transformation du « modèle » des funérailles, surtout dans un contexte où, suite aux désengagements successifs de l’Église et de l’État, ces entreprises (donc le marché) occupent une position centrale dans la configuration funéraire. Que le rite devienne une transaction est le signe d’une transformation du modèle des funérailles. Il faut souligner la singularité de la mort comme situation sociale et dans notre société. Si l’on pense que le rapport à la mort serait plus ambigu et compliqué aujourd’hui qu’hier, c’est-à-dire que la « modernité » aurait fait disparaître différents modèles de mise en sens de la mort, ou qu’elle aurait mis la mort à l’écart de la vie sociale ordinaire, on peut en déduire que l’émotion face à la perte d’un proche se complique à son tour. Le débat sur le « déni de la mort » étant loin d’être clos, il s’agit de dire que la mort constitue un objet extra-ordinaire, difficilement cernable sociologiquement, mais dont les enjeux intéressent la sociologie des émotions, qui est un des moyens de comprendre les émotions aux funérailles.
17 Les changements de mentalité face à la mort (le déni de la mort), le « nouveau régime de deuil » (l’individuation ou la « personnalisation ») et la privatisation du secteur funéraire (son ouverture à la concurrence) ont peut-être, en effet, favorisé l’orchestration d’obsèques plus personnalisées (projection de films personnels, prise de parole et témoignages intimes de proches, etc.) et peut-être plus émotionnelles ou émouvantes. « À la théâtralité du passé succéderait le partage des émotions » (Baudry, 2004). À y regarder de près, les funérailles sont de plus en plus standardisées (de nombreux signes ou petits rites ont disparu) et la provocation de l’émotion appartient peut-être à « une logique de gestion, de canalisation des affects et de réduction des émotions », qui aurait pour enjeu de fond la « désymbolisation progressive du rapport à la mort » et la fabrique d’un culte de l’individu (Baudry, 2004). Dans le même temps, on voit l’apparition d’une demande de simplicité et d’authenticité qui rompt avec le fond de commerce des pompes funèbres, la… « pompe » funèbre.
18 Deux tendances convergent et rendent plus important et plus ambigu le travail sur les émotions des agents des pompes funèbres : l’émiettement de la construction sociale du rapport à la mort conduit à des normes en matière de comportement aux funérailles plus « flottantes », moins clairement définies qu’à l’époque où l’expression des émotions liées au deuil était très codifiée. D’autre part, la tension structurelle entre la demande de cérémonies plus « simples » (à laquelle participe le boom des crémations) et les nouvelles stratégies marketing des pompes funèbres (surtout en milieu urbain), assez claire au niveau sociétal, trouve dans l’interaction entre les pompes funèbres et les endeuillés le point focal de sa mise en jeu. Les cérémonies doivent faire sens pour les endeuillés et l’émotion qui s’y manifeste faire preuve d’authenticité en révélant les liens et l’hommage des endeuillés au mort.
3.2 - Sociologies des émotions et de la transaction sociale
19 Nous aimerions ouvrir la discussion par quelques réflexions sur les potentiels apports réciproques entre la sociologie des émotions et celle de la transaction sociale. Telle que je la comprends, celle-ci s’intéresse aux mécanismes de construction de la réalité sociale et représente une sorte de troisième voie entre le holisme et l’individualisme méthodologique ; des acteurs sociaux socialement positionnés, dotés de ressources distinctes et ayant des intérêts particuliers doivent vivre et travailler ensemble, être en relation dans des séquences d’action (spatialement, temporellement et socialement bornées), exigeant des compromis représentationnels et pratiques, avec ou sans rapports de force, en lien avec les règles sociales en vigueur. L’accent est mis sur la nécessaire coopération des acteurs.
20 L’émotion, quant à elle, s’invite dans les transactions. Elle est une façon d’aborder la vie sociale. Il est indéniable que les émotions relèvent du domaine privé de chaque individu (mais pas seulement), et qu’elles sont des expériences corporelles et mentales qui redéfinissent notre rapport au monde. Cela pose un problème pour la sociologie puisque, pour analyser la vie quotidienne, « il importe de bien distinguer [même si les deux sont liés] les problèmes relevant de la dramaturgie personnelle et intime de tout ce qui relève de la mise en scène et du scénario social autour d’un enjeu commun », explique Rémy (1992 : 87), le souci du sociologue étant de « discerner une logique sociale parmi la diversité des réactions individuelles » (ibid.). La sociologie des émotions se trouve confrontée au même défi : en s’intéressant de trop près au vécu ou à la subjectivité des acteurs, elle court le risque de passer pour une sociologie émotionnelle (comme si elle pouvait être émue au même titre que son objet).
21 Or l’émotion sur le mode du « je » est une dimension essentielle mais pas totale de l’émotion. L’émotion peut aussi s’analyser comme des dimensions de l’interaction sur les modes du « je/nous », du « tu/vous » ou du « il/elle » (Bernard, 2007c). L’exposition au sensible dans cette anthropologie du proche a pour but de rechercher des logiques sociales ou collectives par-delà les individualités et les subjectivités, que ces logiques soient modifiées par les émotions ou qu’elles agissent sur nos dispositions sensibles, en les canalisant ou au contraire en les activant. Le fonctionnement social modèle nos émotions (et vice-versa) sous des formes qu’il s’agit de comprendre.
22 Pour le courant interactionniste, les émotions s’inscrivent dans des cours d’action ou des « zones émotionnelles » (Laflamme, 1995), qui sont presque toujours sociaux. Parallèlement, ces cours d’actions sont « scandés » par des émotions qui sont, en quelque sorte, des ponctuations de l’action sociale[14] [14] Cette idée fait suite à une discussion sur les « cadres »...
suite. Dans cette perspective, la sociologie des émotions serait une sociologie sectorielle, limitée à l’étude des situations avec émotions. Ceci dit, l’attention aux postures affectives peut faire penser que l’émotion, visible ou invisible, se trouve dans toutes les situations. De plus, l’apparente absence d’émotion peut masquer des choses et elle mérite d’être interrogée. Il n’y aurait pas, dès lors, de vie sociale sans émotions, même quand l’émotion est contrôlée ou refoulée (Elias, 1939). Cette « omniprésence » des émotions dans le social est un point de discussion ouvert à la discussion scientifique. Il ne s’agit certes pas de « voir de l’émotion partout ». L’émotion joue un rôle majeur dans certaines situations (comme la mort) et mineur dans d’autres. Néanmoins, cette position faisant de l’émotion une façon d’être au monde oblige à en tirer toutes les conséquences ontologiques pour l’analyse du social : le social n’est jamais « froid », l’émotion est inhérente à la vie sociale. L’émotion devient un « paradigme », au sens de Jean Rémy, au même titre que le conflit, les rapports sociaux de sexe ou de générations, la transaction, etc.
23 Dans cette perspective, toutes les transactions seraient marquées par une charge émotionnelle, latente ou active. Des sentiments peuvent précéder la transaction, modifier le cours d’action, donner lieu à des émotions, transformer l’issue de la transaction, donner lieu à de nouveaux sentiments, etc. Le paradigme de la transaction pourrait ainsi permettre à la sociologie des émotions « incarnées » de dépasser une des premières difficultés de la grounded theory, la surinterprétation des émotions contextualisées, en focalisant sur la cristallisation sociale des transactions affectives. Ce que nous semble désigner la notion d’« effets de transaction », qui n’est peut-être pas si loin de la notion interactionniste de conglomérat, servirait ainsi à « accrocher » les paliers méso- et macro-sociologiques.
24 De son côté, l’attention portée aux gestes, à la distance entre les corps, aux scènes d’interaction des analyses micro- et phénoménologiques, pourrait donner « chair » à l’analyse situationnelle des transactions. Le corps est en effet un point focal de la sociologie des émotions. Le degré variable d’ouverture et de fermeture des individus et des groupes sociaux aux enjeux de la transaction et dans le cours même de l’échange se trouve justement au cœur des transactions affectives. C’est parce que le corps est « exposé, mis en jeu, en danger dans le monde, affronté au risque de l’émotion, de la blessure, de la souffrance, parfois de la mort, donc obligé de prendre au sérieux le monde », explique Bourdieu (1997 : 168), qu’il est en mesure « d’acquérir des dispositions […] d’ouverture » alors même que « l’ordre social s’inscrit dans les corps à travers cette confrontation […] qui fait une grande place […] aux transactions affectives avec l’environnement social »[15] [15] Pierre Bourdieu souligne ici deux façons de concevoir le...
suite. Quelle dialectique se met en place, entre l’ajustement du corps à l’environnement (l’ouverture) et l’intériorisation, l’institution du corps par la culture (l’habitus)[16] [16] L’habitus en tant que répertoire d’actions intériorisées...
suite, lorsque nous sommes conduits à négocier notre place par des « micropolitiques des émotions », qui désignent les opérations de création et de négociation de la hiérarchie, du pouvoir, du rang, du prestige, de la « place sociale » dans les interactions quotidiennes (Clark, 1990) ? Il en va de même lorsque la « pression sociale et psychique » augmente ou diminue (Elias, 1993).
25 Une partie de la réponse réside dans l’idée que notre positionnement dépend de nos « transactions » avec l’environnement social, opérations de jugement de l’espace des possibles et mise en œuvre d’actions conséquentes ; celles-ci sont fortement prédéfinies par le fait qu’elles se déroulent en commun. Les transactions affectives proviennent de la dialectique entre la pression sociale définissant les « règles de sentiment » et les « déplacements de cadres » induits par les émotions ou les sentiments qui débordent ou dépassent le cadre initial. Le cadre précède donc la « définition de la situation » (Goffman, 1974) mais les ajustements qui s’en suivent relèvent d’un processus cognitif social : chacun des membres de la relation adapte sa procédure en fonction de l’évaluation qu’il fait de son propre état et de celui de son partenaire ; la relation peut être publique, observable, et sujette à des jugements moraux. Le rôle joué par la notion de « tiers » dans la sociologie de la transaction sociale ressemble alors au rôle joué par les membres extérieurs à la relation mais présents dans le cours d’action ou par les références, conscientes ou inconscientes, à l’autrui généralisé.
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27 Malgré le problème de double herméneutique posé par la constitution de l’objet « transaction affective » (comprendre les émotions et comprendre comment les acteurs comprennent les émotions qui se passent dans le cours d’action), cette notion pourrait intéresser à la fois les sociologues des émotions et ceux de la transaction sociale.
28 La préparation et l’orchestration des rites funéraires montrent que certaines formes de transactions sont marquées par des émotions et que tant la gestion que la fabrication des émotions sont objets de transaction. D’abord, la dimension sensible de la situation constitue une propriété de la transaction. La formulation des « souhaits » de la famille et l’explication par les pompes funèbres de ce qu’il est obligatoire, courant ou souhaitable de faire nécessitent une compréhension mutuelle pour coordonner l’action à venir. Or, sans qu’elle soit forcément conflictuelle, celle-ci ne va pas de soi, y compris à l’intérieur même des familles, qui ont parfois peine à trouver une position commune. Le fait d’être exposé aux drames sociaux que représentent les funérailles constitue sans nul doute une charge mentale pour les agents funéraires qui revendiquent un surcroît de reconnaissance au nom de la dimension « psychologique » de leur travail. Si le travail des pompes funèbres représente une épreuve de réalité pour les endeuillés, on peut penser que ceux-ci accepteront d’autant mieux la transaction marchande que les agents funéraires auront tendance à amorcer un travail relationnel adéquat. Ainsi, le « travail émotionnel » des agents funéraires, les micro-compromis de régulation des émotions, l’intelligence des situations, la « compétence corporelle » (Brohm, 1983), voire le savoir pratique sur le « langage des émotions » que les agents funéraires mobilisent font penser à des ressources au service de la transaction marchande et symbolique que représente le rite funéraire. Alors que les endeuillés doivent passer « l’épreuve » des pompes funèbres, le travail émotionnel de ces agents serait ainsi, en quelque sorte, leur participation au compromis de la transaction. Il s’agit là d’une hypothèse de consensus. La régulation des conflits, l’impact des émotions sur l’action ou la manière dont les individus évaluent les émotions des autres (et selon quelles références) s’intègrent dans la transaction au niveau situationnel. L’élargissement au palier historique suggéré par le questionnement du mouvement de personnalisation des obsèques interroge, quant à lui, la possibilité d’analyser la cristallisation de formes sociales à partir de leur assise empirique. Dans d’autres sphères d’activité ou à propos d’autres objets, il peut ainsi s’agir de mieux comprendre, dans une perspective dynamique, les influences réciproques entre contextes sociaux et expression des émotions.
Bibliographie
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Notes
[ 1] Docteur en sociologie, Laresco/Icotem. Université de Poitiers.
[ 2] Cette hypothèse ne figure pas dans ma thèse. Elle fait suite à mon intervention au colloque Transactions sociales et sciences de l’homme et de la société (Dunkerque, décembre 2007), dont ce texte est une version modifiée.
[ 3] Cette contribution s’appuie sur une recherche sur les émotions dans le travail des pompes funèbres, à partir d’une observation participante et d’une investigation sur les modalités pratiques de réalisation des funérailles, l’expression des émotions pendant les obsèques, la relation entre les agents funéraires et les endeuillés, le travail émotionnel ou encore les transformations contemporaines de leur métier. Elle s’appuie également sur les ressources essentiellement bibliographiques de la sociologie des émotions.
[ 4] La coordination du réseau professionnel fait intervenir différents registres : la gestion administrative (mairie, bureau des cimetières, police), le financement (banques, mutuelles), le monument (marbrerie), l’annonce (presse locale), la cérémonie (officiants), le transport (en véhicule spécialisé ou en ambulance lors des transports de corps avant mise en bière, corbillard après mise en bière), etc.
[ 5] Le mandat fait référence chez Hughes à une attribution légitime de compétence à un groupe professionnel par l’État. Il renforce la « licence », le droit à exercer, en lui donnant toute sa valeur sociétale. Ainsi, les pompes funèbres n’auraient pas seulement le droit de « faire » les enterrements, ils auraient pour fonction de définir le préférable en matière funéraire. Dans notre acception du terme, le mandat par les familles, et non par l’État, se rapporte à un contrat moral concernant l’attribution du travail à faire. Celui-ci renforce le contrat socio-économique, légiféré, en ce qu’il sous-entend que confier un proche défunt aux pompes funèbres ne représente pas un échange commercial ou professionnel habituel.
[ 6] Ils risqueraient alors de ne pas pouvoir payer !
[ 7] Selon Hochschild, elles sont reconstruites par les individus selon les situations. Cette approche a hérité du tournant cognitif, et elle a le mérite de combiner le versant déterministe de l’approche durkheimienne des émotions (la régulation, le contrôle social, ou l’expression obligatoire des sentiments) et un questionnement sur la manière dont les individus différencient leurs sensations.
[ 8] Le philosophe et psychologue William James dit le contraire : « Nous avons peur parce que nous fuyons ; nous sommes tristes parce que nous pleurons, etc. ». Church (1995) ébauche les liens entre émotions et actions.
[ 9] Certains cas nécessitent que les opérateurs sortent de la pièce un moment, ou se concentrent sur les gestes à accomplir pour éviter de penser à ce qui se passe et minimiser le risque d’erreurs, mais la plupart du temps ils contiennent leur émotion.
[ 10] Notre socialisation est aussi émotionnelle et elle consiste pour partie à nous attacher à nos proches.
[ 11] A contrario, l’absence d’émotion signifierait un rejet du groupe et serait vécue par celui-ci comme une offense (Durkheim, 1912).
[ 12] Les endeuillés estiment que leur état affectif est davantage pris en compte au cours des obsèques que lors de l’entretien funéraire (Martin et al., 1999).
[ 13] Parmi d’autres facteurs, le travail des pompes funèbres modèle la disposition à s’émouvoir des endeuillés. L’observation participante de longue durée incite à penser que les agents funéraires considèrent plus ou moins consciemment qu’un niveau « moyen » d’émotion est requis aux funérailles. Trop d’émotion peut être gênant ou signifier une douleur à canaliser. Pas assez (par exemple, un trop grand détachement) ou des émotions déplacées (colère entre deux membres de la famille) signifient un manque de décence ; il arrive qu’ils interviennent pour marquer la solennité de la situation.
[ 14] Cette idée fait suite à une discussion sur les « cadres » de Goffman, avec Patricia Paperman.
[ 15] Pierre Bourdieu souligne ici deux façons de concevoir le rapport du corps à la pratique dans Les techniques du corps de Marcel Mauss : « l’ordre social s’inscrit dans le corps » et « le corps habitué, faisant avec les contraintes objectives de la situation ». Bourdieu a peut-être privilégié la seconde, plutôt que « le côté plus souple et moins déterminé de l’adaptation écologique » (Thévenot, in Barbier, 1999).
[ 16] L’habitus en tant que répertoire d’actions intériorisées permet à l’individu d’avoir une « connaissance par corps » le conduisant à effectuer les actions les plus probables.
Résumé
L’article analyse l’orchestration des rites funéraires sur la base du travail des pompes funèbres. Il montre que les émotions s’intègrent dans les circonstances pratiques du processus de construction du rite funéraire tant du point de vue des familles endeuillées que des professionnels habitués. Cette co-construction peut s’analyser comme une transaction affective, notion que l’article défriche en dialogue avec la sociologie des émotions et la sociologie de la transaction sociale. L’article montre ainsi la place des émotions dans la transaction funéraire. Les émotions sont des données entrant dans la transaction et, en même temps, elles modulent le cadre social normé régissant la transaction.
Mots-clés
pompes funèbres, rite funéraire, construction sociale, émotions, transaction affective, « effets de transaction »The article analyses the orchestration of funeral rites on the basis of the work of the undertakers. It shows that emotions integrate into the practical circumstances of the building process of the funeral rite from the point of view of the families in mourning as well as the accustomed professionals. This co-building can be analysed as an affective transaction, a notion on which the article sheds light through a dialogue between the sociology of the emotions and the sociology of social transaction. The article shows in that way the place of emotions in the funeral transaction. Emotions are data which come into the transaction and in the same time modulate the normed social frame that governs the transaction.Keywords
undertaker’s, funeral rites, social building, emotions, affective transaction, “transaction effects”
PLAN DE L'ARTICLE
- 1 - Du marchand au symbolique : la préparation des funérailles
- 2 - Hommage et voyage : la part affectivo-symbolique de la transaction funéraire
- 3 - Émotions et transactions aux niveaux méso- et macro-sociologiques
POUR CITER CET ARTICLE
Julien Bernard « La construction sociale des rites funéraires. Une transaction affective essentielle », Pensée plurielle 1/2009 (n° 20), p. 79-91.
URL : www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2009-1-page-79.htm.
DOI : 10.3917/pp.020.0079.




