2001
Perspectives économiques de l’OCDE
Éditorial
Les perspectives de croissance sont moins favorables que prévu…
La croissance économique ralentit dans la zone de l’OCDE depuis l’automne 2000, mais les facteurs pesant sur l’activité devraient se dissiper au cours du présent semestre. Dans l’ensemble de la zone, la croissance de l’activité devrait ralentir plus que prévu et n’atteindre que 2 pour cent en 2001, soit la moitié du taux observé l’an dernier, avant de se redresser légèrement l’an prochain, à un rythme compris entre 2½ et 3 pour cent. Parallèlement, le long mouvement de décrue du chômage que connaît l’ensemble de la zone devrait arriver à son terme. Le ralentissement de la croissance dans les pays de l’OCDE, conjugué à la baisse anticipée du prix du pétrole, devrait aussi contribuer à contenir l’inflation à un niveau faible.
… mais une reprise est probable dans les prochains mois
Les perspectives de reprise de la croissance reposent sur plusieurs facteurs. Les baisses de taux d’intérêt déjà décidées, des politiques budgétaires un peu plus expansionnistes et des prix du pétrole en baisse devraient stimuler la demande globale au cours des mois à venir. De plus, le rythme soutenu des gains de productivité aux États‑Unis, si remarquable au cours de la deuxième moitié des années 90, donne à penser que le système économique pourrait être devenu durablement plus efficace, ce qui augmenterait les chances de voir le processus s’étendre à d’autres pays. Enfin, on ne constate aucun signe de reprise des tensions inflationnistes dans la majeure partie de la zone, de sorte que les autorités monétaires de la plupart des pays disposeront, en cas de besoin, d’une marge de manœuvre pour soutenir encore l’activité au cours de la période à venir.
Cependant, les risques pesant sur les perspectives économiques ne sont pas négligeables…
La projection centrale est relativement optimiste, et les perspectives économiques pourraient manifestement se révéler moins favorables que prévu. Les marchés boursiers ont déjà enregistré une forte correction, qui a principalement concerné les valeurs technologiques et ne s’est pas limitée aux États‑Unis, les cours des actions se rapprochant de ce fait de niveaux probablement plus cohérents avec les valeurs fondamentales. Cependant, si cette correction devait se poursuivre, soit parce que les prévisions de bénéfices seraient de nouveau révisées à la baisse ou simplement en raison d’une sur‑correction baissière, la demande totale serait plus fortement affectée. Une telle évolution risquerait le plus de se produire aux États‑Unis, pays où le secteur de la haute technologie est particulièrement développé et où les cours boursiers jouent un plus grand rôle, mais le mouvement pourrait aussi gagner d’autres régions par le biais d’une baisse du cours des actions ou, plus généralement, d’une dégradation de la confiance.
De même, la nécessité de consolider les bilans financiers dans certains pays pourrait entraîner un ralentissement plus durable et plus marqué de l’activité mondiale. Aux États‑Unis, l’alourdissement de l’endettement des ménages et le poids des remboursement des dettes pourraient inciter les consommateurs à freiner leurs dépenses. L’économie du Japon est aux prises avec de graves problèmes d’endettement dont l’origine est bien antérieure au présent cycle conjoncturel, le secteur bancaire de ce pays restant handicapé par l’ampleur de l’encours de créances douteuses. De façon générale, les investissements des entreprises pourraient être moins vigoureux que prévu s’il s’avère que le récent boom des investissements a conduit à des capacités de production inutilisées ou que les niveaux d’endettement sont excessifs.
… et, si tel était le cas, le ralentissement de l’économie mondiale pourrait être sensiblement amplifié
Si ces risques venaient à se concrétiser, le ralentissement de l’activité dans la zone de l’OCDE serait naturellement plus accentué, et la politique monétaire pourrait devoir devenir nettement plus accommodante qu’on ne le prévoit ici. La nature exacte des mesures que devraient prendre les différentes banques centrales dépendrait aussi du comportement des taux de change. Par ailleurs, dans la mesure où les risques émanent du secteur de la haute technologie et des États‑Unis, la charge supplémentaire que devraient supporter les pays asiatiques serait relativement lourde, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’OCDE, en raison de la spécialisation de leur production et de l’orientation géographique de leurs exportations. En revanche, une réduction mondiale des taux d’intérêt serait bénéfique pour les pays en développement lourdement endettés, notamment ceux d’Amérique latine.
L’adoption de nouvelles mesures monétaires significatives aux États‑Unis dépendra de la persistance des facteurs responsables du ralentissement,…
Le ralentissement de l’économie des États‑Unis au cours du second semestre 2000, ralentissement devenu évident à la fin de l’année, avait été largement anticipé et, compte tenu des pressions sur les capacités de production, s’est révélé opportun. Il a cependant été plus rapide qu’on ne l’avait généralement prévu. La croissance de l’investissement et de la production ayant fortement chuté au quatrième trimestre, la confiance des consommateurs s’est effondrée et la baisse des cours des actions s’est nettement accentuée. Face à cette situation, la Réserve fédérale a baissé son principal taux directeur de 200 points de base depuis le début de cette année pour le ramener à 4½ pour cent. La prévision pour l’économie des États‑Unis est fondée sur l’hypothèse d’une nouvelle détente modérée, qui, conjuguée aux réductions antérieures, devrait permettre une reprise de l’activité plus tard cette année. Si cependant le fléchissement de la conjoncture devait persister, il pourrait être nécessaire de réduire plus fortement les taux d’intérêt pour relancer la croissance.
… tandis que la politique budgétaire devrait se détendre
A supposer que la législation adoptée par le Congrès sur la base des propositions fiscales de l’Administration se traduise par des allégements d’impôts dès les derniers mois de cette année, la politique budgétaire des États‑Unis devrait commencer à devenir plus stimulante au cours du second semestre. Le changement ainsi opéré ne sera toutefois pas suffisant pour neutraliser totalement les effets de l’orientation actuelle de la politique budgétaire, et celle‑ci restera globalement restrictive cette année. En revanche, le soutien de la politique budgétaire à l’activité deviendrait plus manifeste l’an prochain (et au‑delà). Les révisions à la hausse de la croissance potentielle aux États‑Unis semblent autoriser une telle détente, mais la stratégie budgétaire à long terme de l’Administration ne peut comporter, pour être viable, que des augmentations très modérées des dépenses publiques. Il reste à voir si ces augmentations, qui semblent nettement inférieures au taux prévu de croissance du PIB et aux taux antérieurs de croissance des dépenses discrétionnaires, se maintiendront à ce rythme alors que le budget continuera de dégager des excédents.
Au Japon, la politique macroéconomique dispose d’une marge de manœuvre limitée pour stimuler l’activité,…
L’économie japonaise s’essouffle et risque de s’engager dans un engrenage à la baisse. La faible embellie de l’an dernier a été de courte durée, la lenteur de la restructuration des entreprises et les nouveaux problèmes du secteur financier ayant empêché la croissance de s’installer durablement. La situation est désormais aggravée par le tassement de la demande extérieure. Parallèlement, les politiques macroéconomiques traditionnelles ne disposent actuellement que d’une marge de manœuvre assez limitée pour soutenir davantage l’activité : l’ampleur de l’endettement public exclut toute nouvelle expansion budgétaire importante, et les taux d’intérêt directeurs étaient déjà bas avant même l’adoption récente par les autorités d’une politique fondée sur une cible d’inflation et des objectifs de liquidité. Il faut au minimum que la politique monétaire reste détendue aussi longtemps que l’économie ne sera pas durablement sortie de la déflation. Le degré actuel d’expansion budgétaire devrait être maintenu cette année, mais les autorités ne pourront pas tarder beaucoup plus longtemps avant d’entreprendre l’assainissement des finances publiques. Selon les prévisions de l’OCDE, ce processus débute en 2002 et pourrait à terme représenter l’équivalent de 10 pour cent ou plus du PIB en 2010, simplement pour stabiliser l’endettement public (à un niveau très élevé). La mise en place d’un plan cohérent d’assainissement des finances publiques à moyen terme aiderait le secteur privé à se préparer à ces ajustements inévitables.
… mais il est urgent de restructurer l’économie japonaise
Compte tenu de ces contraintes, les pouvoirs publics devraient concentrer leurs efforts sur les problèmes structurels fondamentaux. Ils doivent agir sans tarder pour remédier aux déséquilibres du système financier. Une telle action pourrait entraîner de nouveaux coûts à court terme, bien qu’il soit possible que cet effet négatif soit partiellement compensé par une amélioration de la confiance. Un certain nombre de mesures pourraient être prises en vue de restructurer le système financier : une évaluation détaillée de la qualité des portefeuilles de créances bancaires ; une estimation réaliste des fonds propres des établissements bancaires ; une annulation des créances ou une réalisation des garanties ; et une volonté de liquider les banques insolvables, de remplacer les dirigeants défaillants et d’utiliser des fonds publics pour couvrir les pertes des déposants (mais non des actionnaires). De plus, des réformes de la réglementation s’imposent, notamment dans les domaines où une modification des textes créerait de nouvelles opportunités pour les entreprises. De telles réformes pourraient faciliter les ajustements rendus nécessaires par l’effort de désendettement.
Dans la zone euro, un certain degré d’assouplissement de la politique monétaire est attendu…
La croissance de la zone euro s’est également ralentie au second semestre 2000 mais elle devrait rester satisfaisante à condition que l’économie mondiale ne s’affaiblisse pas plus que prévu. Cette analyse est fondée sur l’hypothèse d’une certaine détente de la politique monétaire au cours des mois à venir. Le raffermissement du taux de change de l’euro depuis novembre et la baisse des prix du pétrole, conjugués au moindre dynamisme de l’environnement international, devraient réduire les tensions inflationnistes à court terme. De plus, même si l’on prévoit que le retard de demande sera comblé au cours de la période de prévisions, les réformes structurelles passées et le développement des nouvelles technologies pourraient accroître la capacité productive de l’économie et atténuer les pressions internes sur les prix. Étant donné la faiblesse des tensions inflationnistes, la politique monétaire pourrait être plus nettement assouplie si le ralentissement de la croissance devait s’accentuer.
… l’assainissement des finances publiques pourrait dans certains cas être plus ambitieux…
En ce qui concerne la politique budgétaire, les positions structurelles continuent de diverger sensiblement selon les pays. Dans les trois plus grands pays, des mesures discrétionnaires ont été prises pour alléger les impôts ou augmenter les dépenses. Les entrées inattendues de recettes et l’alourdissement spontané de la fiscalité ont dans une certaine mesure neutralisé l’incidence de ces mesures sur les positions structurelles. Néanmoins, étant donné l’existence de déficits budgétaires structurels supérieurs à 1 pour cent du PIB ou l’ampleur de l’endettement public, un effort plus ambitieux d’assainissement des finances publiques pourrait se justifier pour ramener les budgets à une position proche de l’équilibre ou l’excédent, comme cela a été convenu dans le cadre du Pacte de stabilité et de croissance. En revanche, dans certains des petits pays de la zone euro, le taux élevé d’inflation semble provenir de l’excès de demande davantage que du processus de rattrapage, ce qui conduit à se demander si la politique budgétaire ne pourrait pas jouer un rôle plus important pour réduire les tensions. Néanmoins, avec des excédents budgétaires structurels déjà supérieurs à 2 pour cent du PIB, l’ajustement nécessaire pour absorber l’excès de la demande devra probablement être très largement laissé aux forces du marché. Celles‑ci déplaceront progressivement l’activité au sein des économies nationales du secteur des biens échangeables vers le secteur des biens non échangeables.
… et les réformes doivent être poursuivies sur les marchés des produits, du travail et sur les marchés financiers
Des réformes visant à accroître la souplesse des marchés du travail aideraient au bon déroulement de ce processus. De plus, dans l’ensemble de la zone euro, les réformes du marché du travail doivent être poursuivies, parallèlement à l’adoption de mesures propres à intensifier la concurrence sur les marchés de produits et à remédier au cloisonnement des marchés financiers. La poursuite des initiatives engagées pour mieux « valoriser » le travail, assouplir l’organisation du travail et améliorer la productivité des travailleurs peu qualifiés contribuera à développer les gains déjà réalisés ces dernières années en termes d’emploi et allégera le fardeau que le vieillissement démographique fera peser à l’avenir sur le financement des retraites.
27 avril 2001