2001
Perspectives économiques de l’OCDE
Éditorial
La croissance dans la zone de l’OCDE s’est pratiquement interrompue, mais il devrait y avoir un redressement vers le milieu de l’an prochain…
Le ralentissement économique qui a débuté aux États-Unis l’an dernier et a gagné d’autres pays s’est transformé en un recul mondial de l’activité économique, auquel peu de pays ou de régions ont échappé. Plusieurs facteurs ont concouru à une quasi-interruption de la croissance dans la zone de l’OCDE vers le milieu de 2001, en particulier l’ample mouvement de correction dans le secteur de la haute technologie et l’impact différé de la hausse des prix du pétrole. A la fin de l’été 2001, on pouvait observer les premiers signes d’un redressement possible aux États-Unis, susceptible de déboucher au début de 2002 sur une croissance modérée, à la faveur notamment d’une grande résistance des dépenses des ménages. Mais les attentats terroristes du 11 septembre et les perturbations en découlant ont fait subir un choc très rude à l’économie mondiale. Dès lors, on estime aujourd’hui que la production dans l’ensemble de la zone de l’OCDE se contractera légèrement au cours de la deuxième moitié de cette année – pour la première fois depuis 20 ans – et devrait demeurer très faible au premier semestre de l’an prochain. Si la confiance des ménages et des entreprises se raffermit par rapport à son bas niveau actuel, l’activité pourrait nettement rebondir durant la deuxième moitié de l’an prochain. En moyenne, le PIB réel dans la zone de l’OCDE progresserait de 1 pour cent environ en 2002 et de 3 pour cent en 2003. Le chômage dans l’ensemble de la zone devrait encore s’accroître durant une bonne partie de 2002 avant de diminuer légèrement. Il faut s’attendre à une inflation encore faible, notamment grâce au niveau modéré des prix du pétrole.
… l’incertitude se dissipant et les mesures économiques soutenant l’activité
Pour qu’une reprise intervienne, il est crucial que le sentiment d’insécurité qui sévit depuis septembre se dissipe. Sous l’effet d’une plus grande aversion au risque, les ménages et les entreprises se montrent plus prudents et diffèrent leurs décisions de dépenses. A supposer que les événements politiques et militaires futurs n’aient pas d’effets économiques négatifs, l’incertitude pourrait s’estomper au premier semestre de 2002. Ce raffermissement progressif de la confiance dans le secteur privé, en contribuant à restaurer un climat de « normalité », devrait largement contribuer à inverser le mouvement actuel de contraction des capacités de production en encourageant les entreprises à lancer de nouveaux projets d’investissement. On devrait également ressentir vers la mi-2002 les effets de la forte impulsion déjà donnée par la politique monétaire dans un grand nombre de pays et par la politique budgétaire dans certains d’entre eux. De plus, les niveaux modérés des prix du pétrole devraient concourir à la reprise.
Les risques baissiers sont très marqués
Dans la situation actuelle, toute prévision économique est tributaire des hypothèses retenues. Plusieurs évolutions négatives pourraient se produire, notamment une dégradation additionnelle de la confiance des consommateurs et des entreprises dans les pays de l’OCDE, un recul des importations de la zone hors OCDE, des prix du pétrole supérieurs à leur niveau actuel favorable et des fluctuations imprévisibles des taux de change. Au total, cela aurait tendance à aggraver davantage l’affaiblissement économique en cours et ferait douter de la perspective d’une solide reprise à brève échéance. Bien que les prévisions actuelles aient un caractère très aléatoire, elles n’en sont pas moins très utiles pour déterminer les conditions fondamentales qu’exige la reprise. A cet égard, elles permettent d’y voir plus clair dans certains résultats alternatifs et de fournir un cadre pour l’examen des politiques les plus adéquates.
L’économie des États-Unis s’est très fortement ralentie, mais elle pourrait se redresser vigoureusement…
L’économie des États-Unis a induit l’affaiblissement au niveau mondial. Au deuxième trimestre de 2000, la croissance de la production était encore supérieure à 5 pour cent, mais elle s’est ensuite fortement ralentie et on estime que l’économie se trouve aujourd’hui en récession. Plusieurs facteurs ont joué : les effets de contraction de la correction intervenue dans le secteur de la haute technologie, la chute corrélative des valeurs boursières, les mesures d’ajustement face à des stocks excessifs et l’impact décalé du resserrement antérieur de la politique monétaire. On s’attendait à un ralentissement de la croissance, mais pas d’une telle ampleur, et les attentats terroristes de septembre ont accentué l’incertitude et l’aversion au risque, ce qui a encore affaibli l’investissement des entreprises, la demande de consommation et l’activité économique. Ces influences récessives sont appelées à s’émousser graduellement, permettant à la demande et à la production de se redresser, de sorte qu’une reprise forte et pleinement visible est escomptée pour le second semestre de 2002.
… à la faveur d’un assouplissement de la politique monétaire et d’une forte stimulation budgétaire
La politique monétaire a été considérablement assouplie, rapidement et au bon moment, tant avant le 11 septembre qu’après. Cela devrait largement contribuer à cette reprise. La Réserve fédérale a baissé cette année son principal taux directeur de 450 points de base, ce qui a ramené les taux d’intérêt à court terme nominaux (mais pas réels) à leur niveau le plus bas depuis le début des années 1960. Sauf imprévu, il est peut-être temps d’observer si l’assouplissement auquel on a procédé produit les effets escomptés. Sur le plan budgétaire, d’amples mesures ont été prises pour alléger la fiscalité et engager de nouvelles dépenses. Outre les baisses d’impôt adoptées au printemps, le gouvernement fédéral a mis en œuvre immédiatement après les attentats terroristes un ensemble de dépenses d’un montant de 40 milliards de dollars pour le financement des secours d’urgence et des opérations militaires, et 15 milliards de dollars supplémentaires sont destinés à aider les compagnies aériennes. De plus, le gouvernement et le Congrès négocient un nouveau programme budgétaire, dont on fait l’hypothèse dans les présentes prévisions qu’il s’élèvera à 90 milliards de dollars, et qui devrait s’étaler sur 2002 et 2003. Si l’objectif de ce nouveau programme est de soutenir à court terme l’économie, il faudrait que le choix entre les diverses options de baisse d’impôts et de dépenses supplémentaires soit fonction de la probabilité d’un renforcement effectif rapide de la demande intérieure. Il faudrait concevoir cette nouvelle initiative de façon à éviter des effets nocifs à plus long terme sur les finances publiques. Il faudrait aussi, dans la mesure du possible, qu’elle contribue à conforter le potentiel d’offre de l’économie.
En Europe, la croissance s’est fortement affaiblie et il s’en est suivi une baisse des taux d’intérêt à court terme et une dégradation des soldes budgétaires
On s’attendait à ce que le ralentissement mondial ne touche guère l’Europe, mais en fait la croissance dans l’Union européenne a très nettement fléchi en 2001. Sous l’effet d’un commerce mondial léthargique à cause d’un recul de la demande de biens d’équipement, la croissance des exportations a sensiblement ralenti et l’investissement des entreprises a cessé sa progression. Les attentats du 11 septembre ont aggravé cette dégradation en érodant la confiance. Dans ce contexte, depuis le début de l’année, le principal taux directeur de la Banque centrale européenne a été réduit de 150 points de base et celui de la Banque d’Angleterre de 200 points de base. Toutefois, les risques restent plutôt orientés dans le sens d’une baisse de l’activité, surtout pour la zone euro. Si le marché du travail et les marchés de produits devaient manifester de nouveaux signes d’affaiblissement, comme l’indiquent les prévisions, un assouplissement de la politique monétaire pourrait s’imposer. Sur le plan budgétaire, le déficit va se creuser dans un grand nombre de pays en 2001 et 2002. Cette dégradation, due principalement à l’affaiblissement cyclique des recettes, aura un certain effet de soutien conjoncturel. Mais les possibilités d’action budgétaire sont limitées face à la nécessité de préserver la viabilité des finances publiques à moyen terme. Les événements actuels montrent combien il est important de dégager des excédents budgétaires en période de forte croissance, afin de pouvoir les utiliser en cas de choc négatif.
Les réformes sur le marché du travail et sur les marchés de produits contribueraient à augmenter la croissance potentielle
Le retour à une croissance durable en Europe serait facilité par des réformes sur le marché du travail et sur les marchés de produits. Il reste beaucoup à faire, en particulier dans les pays à fort chômage, pour atténuer les rigidités, favoriser l’offre de travail, faire reculer le chômage structurel et améliorer l’esprit d’entreprise. En outre, les marchés de produits demeurent trop cloisonnés et les marchés financiers ne sont pas bien intégrés, en particulier pour les services bancaires et l’assurance. La faiblesse économique actuelle et la dégradation du marché de l’emploi sont de nature à remettre en cause certains acquis, en particulier la mise en œuvre d’une politique plus vigoureuse de la concurrence. Il sera crucial de résister à ces pressions, car on ne pourrait que difficilement revenir sur une augmentation des subventions de l’État, les avantages accordés aux entreprises en place le seraient en pure perte et les nouvelles rigidités aggraveraient d’autant les risques pour la croissance à long terme.
Les perspectives de reprise au Japon sont plus lointaines et les responsables de la politique macroéconomique n’ont qu’une marge de manœuvre limitée
L’économie japonaise était entrée dans une nouvelle période de faiblesse avant les événements de septembre, et les perspectives à court terme vont dans le sens d’une atonie persistante. Le Japon a souffert des retournements dans la haute technologie, qui se sont étendus à d’autres secteurs de l’économie. La déflation persiste tant sur les prix des biens et services que pour les actifs financiers et dans l’immobilier. Dans ce contexte, la politique monétaire traditionnelle n’a guère de marge de manœuvre pour soutenir l’activité, puisque les taux d’intérêt à court terme sont proches de zéro. Les autorités japonaises ont récemment essayé d’injecter des liquidités supplémentaires dans le secteur bancaire, mais le crédit bancaire s’est encore contracté. Il reste encore quelques possibilités d’action à la Banque du Japon : elle pourrait notamment élargir l’éventail des actifs qu’elle est à même d’acquérir, sans exclure les actifs extérieurs. Du côté budgétaire, les possibilités de soutien direct de la demande globale sont elles aussi très limitées. Le Japon a déjà le rapport dette publique/PIB le plus élevé parmi les pays de l’OCDE, et les mesures budgétaires discrétionnaires risquent d’être neutralisées par un accroissement de l’épargne des ménages lié à des craintes d’autant plus fortes quant à la viabilité à long terme de la situation budgétaire. Il faudrait donc définir une stratégie très claire pour rendre plus efficiente la dépense publique et rétablir en définitive des finances publiques saines, ce qui pourrait renforcer la confiance et soutenir ainsi la demande.
Des réformes structurelles déterminées contribueraient à restaurer une croissance durable, mais non sans coûts dans l’immédiat
Les possibilités limitées qu’offrent les instruments macroéconomiques traditionnels ne sauraient justifier l’inaction. Au contraire, il faut d’urgence mettre en place des amples réformes structurelles pour créer les conditions d’un retour à la croissance. Il faudrait traiter en priorité le problème des créances bancaires douteuses, ce qui pourrait avoir certains coûts macroéconomiques à court terme ; mais il est impératif de restaurer un système bancaire solide et de favoriser la restructuration des entreprises. Ne pas agir dans ce domaine accentuerait la fragilité financière et la perte de crédibilité. Des réformes structurelles en dehors du secteur financier pourraient stimuler temporairement la demande en créant de nouvelles opportunités. A cet égard, il faudrait prioritairement supprimer les réglementations d’urbanisme superflues et les impôts qui restreignent le développement dans l’immobilier. Il est également essentiel de renforcer la politique de la concurrence, en particulier dans les services d’utilité publique, où les entreprises en place empêchent l’entrée de concurrents.
Faire en sorte que les marchés restent ouverts et concurrentiels contribuera à limiter les répercussions négatives à long terme des attentats terroristes du 11 septembre
Au-delà du court terme, l’enjeu est de remédier aux répercussions économiques à long terme des attentats du 11 septembre. Les attaques terroristes ont eu pour résultat un sentiment d’insécurité, un renforcement des contrôles aux frontières et des coûts de transaction plus élevés pour les échanges internationaux. Les sociétés d’assurance ont relevé leurs primes et, dans certains cas, résilié les contrats jugés trop risqués. Les entreprises devront sans doute supporter des coûts supplémentaires pour la protection de leurs installations, dupliquer leurs systèmes informatiques essentiels et accroître leurs stocks, ce qui pourrait avoir des effets négatifs sur la productivité et la croissance. Dans un tel contexte, il faudra soigneusement évaluer et contrôler les coûts supplémentaires et les risques pour l’ouverture des échanges. Il importe également que les pays continuent à œuvrer en faveur d’un système commercial mondial ouvert, de la libre concurrence entre entreprises et d’une stricte limitation des interventions de l’État en cas de défaillance du marché. L’accord récent pour poursuivre le processus de réforme et de libéralisation de la politique commerciale, ainsi que pour lancer un ample cycle de négociations, est une expression pertinente de cet engagement. Tous les pays pourraient y gagner, y compris ceux en développement, qui ne pourront que bénéficier d’une plus grande ouverture des échanges de produits agricoles et textiles. Enfin, il est impératif de poursuivre les efforts déployés pour plus d’efficacité dans les autres actions de lutte contre la pauvreté.
15 novembre 2001.