2001
Perspectives économiques de l’OCDE
III. Évolution dans un certain nombre d’économies non membres de l’OCDE
La détérioration de la situation économique dans la zone de l’OCDE a entraîné une dégradation des perspectives de croissance des économies non membres, et cette tendance risque fort de s’accentuer à la suite des attentats qui ont eu lieu le 11 septembre aux États-Unis. Les effets des différents facteurs en jeu – ajustements au niveau de l’offre, ralentissement des échanges avec la zone de l’OCDE et perte de confiance sur les marchés financiers – varient d’une région à une autre en fonction surtout de leur degré d’exposition sectorielle et régionale.
L’ajustement mondial qui s’est opéré dans le secteur des technologies de l’information et des communications a continué de peser sur les économies dynamiques d’Asie. La Chine et la Russie y ont pour l’instant échappé en grande partie étant donné leur présence limitée sur le marché des technologies de l’information et de télécommunications, mais leur taux de croissance devrait être plus modéré. Dans le cas de la Chine, la demande intérieure a été soutenue par une politique budgétaire expansionniste et l’investissement étranger est resté vigoureux dans la perspective de l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Étant donné sa grande dépendance à l’égard des exportations d’énergie, la Russie va commencer à ressentir les effets du ralentissement de la demande mondiale.
Le fléchissement de la croissance du PIB au Brésil est principalement imputable à des facteurs intérieurs et régionaux, notamment l’effet de contagion dû à la situation difficile de l’Argentine. D’autres pays d’Amérique du Sud, ayant des liens plus étroits avec l’économie des États-Unis, seront touchés par le ralentissement de l’expansion des échanges commerciaux. Globalement, c’est une réduction mondiale des flux de capitaux privés qui pourrait avoir les effets les plus graves pour les pays de la région.
Le ralentissement de l’activité dans la zone de l’OCDE a trois principales conséquences dans les régions non membres
La forte révision en baisse des perspectives de croissance de la zone de l’OCDE a trois principales conséquences dans les autres régions. Premièrement, des ajustements de l’offre dans le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC) et, par conséquent, une détérioration des perspectives des entreprises dans les autres secteurs de l’économie. Deuxièmement, un ralentissement généralisé des échanges commerciaux sous l’effet de la dégradation des perspectives dans la zone de l’OCDE. Enfin, l’incidence négative de la perte de confiance sur les marchés financiers. En effet, le ralentissement de la croissance et l’aggravation des risques se traduisent par des pressions sur les bilans des intermédiaires financiers. Face à cette situation, les investisseurs vont sans doute hésiter davantage à prendre des risques, d’où une diminution des flux de capitaux internationaux privés vers les marchés émergents. Ces trois mécanismes de transmission auront des effets plus ou moins prononcés dans les différentes régions non membres de l’OCDE.
Le fléchissement observé dans les Économies dynamiques d’Asie s’est accentué…
La situation dans les Économies dynamiques d’Asie s’est dégradée au cours des six derniers mois sous l’effet du tassement plus prononcé de l’activité mondiale dans le secteur des technologies de l’information. Face au recul des exportations et à un mouvement de déstockage, les importations ont fortement diminué au premier semestre de 2001 et devraient continuer de baisser jusqu’à la fin de l’année au moins. Les dépenses d’équipement sont pratiquement stationnaires et la croissance de la consommation s’est sensiblement ralentie. La croissance du PIB de la région dans son ensemble devrait être modérée en 2001, et Singapour et le Taipei chinois connaîtront probablement une récession.
… et une reprise est peu probable avant le milieu de 2002 au plus tôt
On ne peut guère s’attendre à une reprise de l’activité économique avant le second semestre de l’an prochain, à condition que la demande mondiale dans le domaine des TIC commence à se redresser. Dans les pays les moins présents sur le marché des TIC, comme l’Indonésie et la Thaïlande, de même que dans d’autres pays exportateurs de matières premières comme les Philippines, la situation économique va sans doute se ressentir du tassement général de l’activité dans les économies de l’OCDE et, par conséquent, du fléchissement des marchés mondiaux de matières premières. Les perspectives d’évolution de la demande intérieure sont particulièrement incertaines. La situation financière des banques et des entreprises ne s’est que partiellement redressée depuis la crise de 1997 et elle était encore fragile lorsque le ralentissement actuel s’est amorcé. Les dépenses publiques et l’augmentation de la dette publique après la crise de 1997 ont réduit les possibilités de relance budgétaire dans la plupart des cas. Les cours des actions ont continué de baisser pendant la plus grande partie des six derniers mois et les prêts bancaires improductifs sont encore importants en Indonésie, en Thaïlande et, dans une moindre mesure, en Malaisie. La perspective d’une reprise des flux de capitaux vers la région s’est probablement détériorée en raison de la situation internationale actuelle, ce qui va sans doute renforcer les inquiétudes suscitées par la situation politique dans plusieurs pays.
La performance de la Chine diffère de celle des Économies dynamiques d’Asie
L’écart entre les résultats enregistrés par la Chine et ceux des pays dynamiques d’Asie s’est accentué ces six derniers mois. La Chine, qui est beaucoup moins présente que les autres pays de la région sur les marchés des TIC, a pu préserver une croissance soutenue grâce à la vigueur de sa demande intérieure. Le ralentissement général de la demande mondiale et un recul temporaire de l’investissement direct étranger à la suite des attentats de septembre aux États-Unis semblent devoir entraîner un ralentissement de la croissance l’an prochain, mais la confiance engendrée par l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce devrait provoquer une nouvelle accélération en 2003.
L’Amérique du Sud pourrait être touchée par une réduction des entrées de capitaux privés…
L’Amérique du Sud n’a pas été directement exposée au choc subi par le marché des TIC, mais elle se ressent déjà des effets de la baisse mondiale de la consommation et des investissements, qui pèse sur les marchés de matières premières. A cet égard, les pays les plus exposés sont le Venezuela, le Chili, la Colombie et l’Équateur. Le Brésil et l’Argentine sont plus épargnés, car les échanges commerciaux représentent une proportion beaucoup plus faible de leur PIB. Globalement, une forte réduction des flux de capitaux internationaux privés constitueraient un risque important pour les pays de la région. Bien qu’une amélioration des politiques macroéconomiques et structurelles leur ait permis de réduire leur dépendance, ces économies ont toujours un besoin chronique de financements extérieurs. Le Brésil a l’un des déficits de balance courante les plus élevés du monde (en dollars) et, globalement, la région a besoin de 40 à 50 milliards de dollars d’épargne extérieure nette chaque année. L’Amérique du Sud a de plus en plus recours à des émissions obligataires internationales pour se financer, mais cette source de fonds est devenue plus incertaine à la suite des attentats de septembre. En 2000, l’Argentine représentait à elle seule plus de 20 pour cent des émissions obligataires de l’ensemble des marchés émergents.
… qui pourrait accentuer les pressions financières au niveau intérieur et régional
Ces pressions financières potentielles au niveau international sont venues s’ajouter aux facteurs internes qui ont contribué à la détérioration de la situation financière depuis le début de l’année, notamment en Argentine et au Brésil. Les marges de taux ayant fortement augmenté, ces pays n’ont pas véritablement bénéficié de la baisse des taux d’intérêt internationaux. Simultanément, de vives pressions se sont exercées sur les taux de change, le real Brésilien se dépréciant de plus de 30 pour cent entre janvier et octobre. Ces évolutions ont eu des conséquences particulièrement graves pour l’Argentine, qui n’a pu préserver son système de caisse d’émission qu’au prix d’une profonde récession. Face au fléchissement de la croissance, la situation budgétaire encore fragile de la plupart des pays de la région ne laisse guère de marge de manœuvre au autorités pour mener une politique d’action conjoncturelle.
La croissance du PIB réel de la Chine reste soutenue mais se ralentit
Le PIB réel de la Chine a progressé à un rythme annuel de 7.6 pour cent (en glissement annuel) au cours des trois premiers trimestres de 2001, légèrement inférieur aux 8 pour cent enregistrés en 2000. La croissance s’est maintenue en dépit d’un vif ralentissement des exportations, qui n’a été que partiellement compensÉ par une plus faible augmentation des importations de biens de production. La fermeté de la demande intérieure a en partie contrebalancé la diminution de la contribution de la demande extérieure à la croissance. L’activité a surtout été soutenue par une accélération de l’investissement fixe sous l’impulsion des dépenses publiques, par le dynamisme de l’investissement résidentiel sous l’effet des réformes visant le secteur du logement, et par une augmentation des entrées d’investissement direct étranger (IDE) dans la perspective de l’entrée prochaine de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) (voir encadré III.1). La consommation privée est restée soutenue, grâce notamment aux augmentations de salaire intervenues dans la fonction publique et à la progression des dépenses de rénovation et de décoration des logements. Cependant, les indicateurs mensuels témoignent d’un ralentissement de l’activité économique depuis le deuxième trimestre, sous l’effet d’un nouveau fléchissement de la demande extérieure. Bien que les prix à la consommation aient augmenté de 1 pour cent au cours des neuf premiers mois de l’année, des pressions déflationnistes se font encore sentir dans de nombreuses branches manufacturières. Le processus de croissance se caractérise encore par des disparités et par des inégalités croissantes, l’investissement dans le secteur non étatique étant largement en retrait par rapport aux investissements des entreprises d’État, tandis que la consommation progresse beaucoup plus rapidement dans les zones urbaines que dans les zones rurales.
Tableau III.1
Prévisions pour la Chine
a
|
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
|
Croissance du PIB réel
|
8.0
|
7.4
|
7.2
|
7.7
|
|
Inflation
|
0.4
|
1.0
|
1.4
|
2.0
|
|
Solde budgétaire (en % du PIB)
|
-2.8
|
-2.4
|
-2.3
|
-2.1
|
|
Balance des opérations courantes (en milliards de dollars des États-Unis)
|
20.5
|
10.2
|
2.7
|
1.7
|
|
Balance des opérations courantes (en % du PIB)
|
1.9
|
0.9
|
0.2
|
0.1
|
a
Les données relatives au PIB et à l’inflation sont des pourcentages de variation par rapport à la période précédente.
Source : Les chiffres pour 2000 sont des données finales de source nationale. Les chiffres pour 2001-03 sont des estimations et prévisions de l’OCDE.
Encadré III.1. Conséquences de l’adhésion à l’OMC pour l’économie de la Chine
La Chine devrait être officiellement autorisée à entrer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) le 11 décembre 2001. L’adhésion de la Chine est l’aboutissement d’un processus qui s’est amorcé il y a près de 15 ans, et l’accord qu’elle a conclu est l’un des plus larges et des plus complets de l’histoire de l’OMC. L’entrée de la Chine à l’OMC intervient après une longue période d’ouverture progressive de son commerce extérieur et de ses investissements, à partir des années 80. Cette ouverture s’est traduite par une baisse du niveau moyen des droits de douane, qui est passé de 43 pour cent au début des années 90 à un peu plus de 15 pour cent aujourd’hui. Près de 350 milliards de dollars d’investissement direct étranger (IDE) ont été réalisés en Chine depuis 1979, ce qui en fait la deuxième destination de l’IDE après les États-Unis. L’adhésion de la Chine entraînera de nouvelles réductions des droits de douane, qui seront ramenés de 31.5 à 17 pour cent pour les produits agricoles et de 24.6 à 9.4 pour cent pour les produits industriels. Elle offrira aussi de nouvelles possibilités d’IDE en Chine grâce à l’ouverture de secteurs jusqu’ici largement inaccessibles aux investisseurs étrangers, comme les télécommunications et les services financiers, et grâce à une amélioration des conditions d’ensemble offertes aux entreprises étrangères. Cependant, étant donné que la Chine est déjà assez largement exposée à la concurrence internationale, son économie ne devrait pas connaître les difficultés rencontrées par la Russie ou d’autres pays d’Europe orientale à la suite de leur ouverture, à la fin des années 80.
Les industries de main‑d’œuvre, qui constituent l’avantage comparatif de la Chine, sont les bénéficiaires les plus manifestes de l’entrée à l’OMC. D’après certaines études, la production textile de la Chine pourrait doubler, une fois que l’arrangement multifibres, qui réglemente les échanges mondiaux de produits textiles, aura cessé d’être en vigueur, en 2005
[1]. Certaines industries à forte intensité de capital et de technologie, comme la construction automobile, les télécommunications et certaines branches de la chimie et de la métallurgie, devraient perdre du terrain, du moins au début. Dans l’agriculture, les marchés des cultures extensives et grosses consommatrices d’eau, notamment le blé, le maïs, le soja et d’autres cultures produites principalement dans le nord de la Chine, vont être ouverts à des produits concurrents moins coûteux venant de l’étranger. Les cultures à forte intensité de main‑d’œuvre, comme la production de légumes et de fleurs, vont bénéficier de nouveaux débouchés extérieurs. Sur le marché des céréales, les effets seront limités tant que le système de livraison obligatoire à l’État, qui fixe un prix garanti à la production et qui est exclu de l’accord passé avec l’OMC, restera en vigueur. Cependant, l’augmentation des dépenses supportées par les pouvoirs publics, une fois que les mesures de contrôle des importations auront été levées, incitera fortement les autorités à modifier ou à supprimer ce système.
D’après certaines estimations, les entrées annuelles d’IDE pourraient plus que doubler à moyen terme à la suite de l’adhésion
[2]. Au niveau national, on craint surtout que l’entrée à l’OMC ne désavantage sérieusement les banques locales dans la mesure où la Chine s’est engagée à accorder aux banques étrangères des conditions équivalentes d’ici à 2005. Cependant, les banques étrangères seront vraisemblablement sélectives dans leurs activités et éviteront probablement de consentir des prêts aux entreprises locales tant que celles‑ci n’auront pas amélioré leurs performances.
Les effets directs de l’adhésion à l’OMC sur la performance macroéconomique de la Chine devraient être positifs à moyen terme. L’intensification des entrées d’IDE et l’amélioration de la confiance des entreprises locales devraient stimuler la croissance de la demande intérieure. Les exportations et les importations devraient augmenter, mais il est difficile de dire quels seront les effets de cette augmentation sur la balance commerciale. Toutefois, ceux‑ci ne seront pas immédiats et simultanés. Le système de contrôle des importations commencera à être démantelé immédiatement après l’adhésion, et ce processus devrait commencer à produire ses effets sur les importations en 2003. Quant aux effets sur les exportations, ce n’est sans doute qu’après la disparition de l’arrangement multifibres, en 2005, qu’ils se feront sentir.
Enfin, l’effet global de l’entrée à l’OMC et la mesure dans laquelle la Chine en tirera avantage dépendront de l’aptitude de l’économie à réaffecter ses ressources et à restructurer le secteur des entreprises pour corriger le manque d’efficience que l’on observe actuellement dans beaucoup de domaines3. Ces ajustements se heurtent actuellement à l’intervention de l’État dans la gestion des entreprises, aux faiblesses du système financier, au protectionnisme local et à d’autres problèmes. La résolution de ces problèmes permettra à certains secteurs initialement désavantagés, comme la construction automobile, de se restructurer afin de mieux tirer parti du faible coût de la main‑d’œuvre et du vaste marché de la Chine. Des progrès dans le domaine des réformes économiques devront donc être réalisés sur le plan intérieur pour que les avantages l’emportent sur les coûts d’ajustement à mesure de la libéralisation des échanges et de l’investissement.
Voir Zhai, F. et S. Li, The Implications of China’s Accession to the WTO on China’s Economy, Centre de recherche sur le développement, Conseil d’État, mai 2000.
1.
Voir par exemple, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Rapport sur l’investissement dans le monde, 2000 – Les fusions et acquisitions internationales et le développement, 2000.
2.
L’OCDE travaille actuellement à une étude importante intitulée « Tirer pleinement parti de la libéralisation des échanges et de l’investissement en Chine : les défis de politique économique intérieure », qui sera publiée en 2002.
La politique macroéconomique va continuer de soutenir la croissance
Le gouvernement continue de recourir à des mesures de stimulation macroéconomique pour soutenir la croissance. Des bons du Trésor pour un montant de 150 milliards de yuan (18.1 milliards de dollars ou 1.7 pour cent du PIB) seront émis en 2001 – comme en 2000 – pour financer des dépenses d’infrastructure et les autorités comptent émettre un montant comparable l’année prochaine. La plus grande partie des émissions de cette année sera dépensée au second semestre, ce qui devrait en partie compenser l’effet négatif de l’évolution du solde commercial sur la croissance. Cela étant, la contribution de la politique budgétaire à la croissance totale est moins importante qu’en 1998-99, période pendant laquelle une politique fortement expansionniste avait été mise en œuvre. Les conditions monétaires continuent elles aussi de soutenir l’activité. Si les taux d’intérêt inférieurs sont restés inchangés depuis le milieu de 1999, les taux réels ont continué de baisser du fait du recul des pressions déflationnistes.
La croissance du PIB devrait se redresser en 2003
La croissance du PIB réel devrait être de près de 7½ pour cent en 2001, en raison d’un nouveau fléchissement de la demande extérieure au second semestre. Elle se ralentira sans doute encore quelque peu en 2002, par suite d’une accentuation de l’effet de freinage du solde extérieur, mais la demande intérieure devrait continuer à progresser vigoureusement. L’économie devrait ensuite se redresser en 2003, sous l’impulsion de la reprise prévue de la demande extérieure et de l’accélération des entrées d’IDE en réponse à l’entrée de la Chine à l’OMC. La croissance des importations devrait rester soutenue pendant la période considérée, grâce à une expansion persistante de la demande intérieure et à une baisse progressive des droits de douane et d’autres obstacles à l’importation après l’entrée à l’OMC. En revanche, l’effet positif de l’entrée de la Chine à l’OMC sur ses exportations ne devrait pas se faire sentir avant l’expiration de l’arrangement multifibres, en 2005. La contraction de l’excédent commercial qui en résultera, jointe à une détérioration de la balance des invisibles, devrait entraîner une dégradation de la balance des opérations courantes au cours des deux prochaines années. Les entrées d’IDE pourraient se ralentir temporairement à la suite des attentats de septembre, mais elles devraient néanmoins progresser sur l’ensemble de la période considérée. Cette progression, conjuguée aux achats étrangers d’actions chinoises, devrait au moins compenser la dégradation de la balance des opérations courantes, tandis que la balance des paiements devrait rester favorable.
La croissance s’est à nouveau accélérée en Russie
La croissance économique semble s’être à nouveau accélérée en Russie. D’après les chiffres révisés publiés par la Commission statistique d’État (Goskomstat), le PIB et la production industrielle de la Russie auraient augmenté respectivement de 8 et 12 pour cent en 2000. Si la croissance semble s’être ralentie au quatrième trimestre de 2000, des données préliminaires donnent à penser qu’elle s’est à nouveau accélérée depuis février 2001. La fermeté des prix à l’exportation, notamment ceux du gaz naturel, et l’augmentation de la demande intérieure ont contribué à la croissance. D’après des estimations préliminaires, au premier semestre de 2001, le PIB et la production industrielle étaient respectivement en augmentation de 5 et 5.5 pour cent par rapport à la même période de 2000. Compte tenu de ces tendances, la croissance du PIB devrait se situer aux alentours de 6 pour cent en 2001.
L’augmentation des importations laisse présager une diminution de l’excédent de balance courante
La croissance des importations a finalement commencé à s’accélérer en Russie sous l’effet du raffermissement du rouble et de la demande intérieure. Depuis le dernier trimestre de 2000, les importations russes exprimées en dollars ont augmenté à un rythme annuel de près de 20 pour cent. En dépit de cette augmentation, la fermeté des prix à l’exportation a empêché le solde commercial de trop se réduire au premier semestre de 2001. D’après des estimations préliminaires, l’excédent de balance courante pour les six premiers mois de l’année serait de plus de 20 milliards de dollars, chiffre comparable à celui du premier semestre de 2000. Cependant, la croissance des importations et la baisse des prix de l’énergie devraient entraîner une légère diminution de cet excédent au second semestre de 2001 et en 2002.
Un important excédent budgétaire a permis d’atténuer les pressions inflationnistes potentielles
Des pressions se sont exercées sur la politique monétaire. Face aux entrées importantes en compte courant, les autorités monétaires ont cherché à résister à l’appréciation du rouble en termes nominaux en intervenant activement sur le marché des changes. L’inflation mesurée par l’indice des prix la consommation sur les neuf premiers mois de l’année atteignait déjà l’objectif annuel de 14 pour cent. Cependant, un excédent budgétaire important, déposé auprès de la Banque centrale, a permis d’atténuer les pressions inflationnistes potentielles. Gonflé par les recettes d’exportation, le budget fédéral s’est soldé par un excédent de 4 pour cent du PIB au premier semestre de 2001. Pour l’avenir, les autorités envisagent un système de fonds de stabilisation qui empêchera d’utiliser les « excédents » de recettes pour financer des dépenses courantes. Ce fonds pourra en partie être utilisé pour le remboursement anticipé de la dette extérieure. De fait, la Russie envisage de dégager des excédents budgétaires en 2001 et 2002 en prévision de l’augmentation des charges d’amortissement de la dette. En raison de ces charges et des nouveaux engagements en matière de politique sociale, les excédents budgétaires de la Russie devraient être résorbés en 2003.
Les perspectives à moyen terme restent tributaires de la mise en œuvre de réformes structurelles
Les perspectives à moyen terme de la Russie restent tributaires de l’indispensable programme de réformes structurelles. Selon certaines estimations, près de la moitié du très important excédent de balance courante est investi à l’étranger, de façon légale ou illégale, ce qui signifie que l’environnement local est encore peu propice aux entreprises et aux investissements. En entraînant un fléchissement des prix à l’exportation, un ralentissement plus durable de l’activité économique dans les pays de l’OCDE pourrait avoir de sérieuses conséquences pour la Russie.
Tableau III.2
Prévisions pour la Fédération de Russie
a
|
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
|
Croissance du PIB réel
|
8.3
|
6.0
|
5.0
|
5.0
|
|
Inflation
|
20.2
|
20.0
|
12.0
|
10.0
|
|
Solde budgétaire (en % du PIB)
b
|
2.0
|
2.0
|
2.0
|
0.0
|
|
Balance des opérations courantes (en milliards de dollars des États-Unis)
|
46.3
|
37.0
|
26.0
|
23.0
|
|
Balance des opérations courantes (en % du PIB)
|
16.0
|
11.0
|
7.0
|
6.0
|
a
Les données relatives au PIB sont des pourcentages de variation par rapport à l’année précédente. L’inflation est mesurée par l’indice des prix à la consommation en fin d’année.
b
Ce chiffre inclut les budgets des administrations fédérale, régionales et locales.
Source : Les chiffres pour 2000 sont des données finales de source nationale. Les chiffres pour 2001-03 sont des estimations et prévisions de l’OCDE.
Les perspectives de croissance se sont détériorées sous l’effet de chocs externes et de la crise de l’énergie
Au Brésil, la croissance du PIB s’est sensiblement ralentie au deuxième trimestre de 2001 et ce ralentissement semble se confirmer d’après des données récentes concernant les ventes et la production industrielle. L’augmentation de l’investissement et de la consommation s’est ralentie à la suite de la hausse des taux d’intérêt et le pays a dû faire face à la perspective d’une pénurie d’énergie. Compte tenu de ces divers facteurs, les prévisions de croissance pour 2001 ont été nettement révisées à la baisse. La production industrielle mensuelle diminue depuis février, mais en juillet dernier, elle était encore en progression de 4 pour cent par rapport à la même période de 2000. Il est à noter que les effets de la crise de l’énergie sur l’industrie ont été moins prononcés qu’on ne le craignait, car la plus grande partie de l’ajustement a pris la forme d’économies d’énergie dans l’administration publique et parmi les ménages. Réagissant fortement à l’augmentation du coût du crédit, les ventes au détail ont reculé de près de 8 pour cent (en termes réels désaisonnalisés) entre mars et juin. L’emploi (dans le secteur formel) était encore en augmentation de 3.3 pour cent en mai par rapport à la même période de l’année précédente, mais son taux de croissance s’est stabilisé. La balance commerciale a enregistré une légère amélioration, un peu plus limitée que prévu compte tenu de la dépréciation du taux de change. Globalement, le solde des opérations courantes devrait se dégrader pour atteindre 5 pour cent de PIB sous l’effet de l’augmentation du service de la dette.
Face aux pressions sur le taux de change, la politique monétaire a été durcie
En mars, la banque centrale a décidé de relever ses taux directeurs face aux répercussions potentielles de la dépréciation du taux de change sur l’inflation. Le taux de base a été porté, en plusieurs étapes, de 16.25 pour cent en mars 2001 à 19 pour cent en septembre. Il est probable que les tensions inflationnistes ont commencé à s’atténuer sous l’effet du ralentissement de l’activité, mais l’objectif fixé pour la fin de 2001 (4 ± 2 pour cent) va sans doute être dépassé. C’est la raison pour laquelle la banque a annoncé, en septembre, le maintien d’une orientation neutre, tout en durcissant les règles concernant les réserves obligatoires.
La situation budgétaire est toujours maîtrisée
Jusqu’à présent, la réalisation des objectifs budgétaires n’a pas posé de difficulté. Sur la période janvier-juillet, les impôts et les cotisations de sécurité sociale recouvrés étaient en augmentation de 3.6 pour cent par rapport à la même période de 2000. Au premier semestre 2001, le produit de l’importante taxe sur la valeur ajoutée était en progression de 20 pour cent en termes nominaux par rapport à la même période de l’année précédente. Un meilleur recouvrement des prélèvements fiscaux a permis d’atteindre un objectif révisé de 3¼ pour cent pour l’excédent primaire consolidé (soit ¼ pour cent de plus que l’excédent initialement programmé). Cependant, la situation pourrait devenir plus difficile en 2002 du fait d’une diminution des recettes fiscales. Sur le plan des dépenses, les risques sont limités, puisque le cadre législatif (notamment la loi sur la responsabilité budgétaire) interdit tout nouvel engagement de dépenses important pendant les 12 derniers mois du mandat d’un gouvernement. C’est dans ce contexte que le Fonds Monétaire International a conclu l’accord de stand-by portant sur une ligne de crédit de 15 milliards de dollars. Le gouvernement s’est par ailleurs efforcé d’allonger l’échéance moyenne de la dette publique. Toutes ces mesures sont indispensables pour maîtriser la dynamique de la dette publique, qui pourrait encore être alourdie par la prise en compte de dettes non encore comptabilisées dans les comptes des administrations publiques.
Tableau III.3
Prévisions pour le Brésil
a
|
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
|
Croissance du PIB réel
|
4.5
|
1.7
|
2.0
|
3.0
|
|
Inflation
|
7.0
|
7.0
|
6.0
|
4.0
|
|
Solde budgétaire (en % du PIB)
|
-4.6
|
-7.0
|
-5.0
|
-4.0
|
|
Solde budgétaire opérationnel (en % du PIB)
b
|
-1.2
|
-3.0
|
..
|
..
|
|
Solde budgétaire primaire (en % du PIB)
|
3.5
|
3.3
|
3.5
|
3.5
|
|
Balance des opérations courantes (en milliards de dollars des États-Unis)
|
-24.6
|
-26.0
|
-22.0
|
-25.0
|
|
Balance des opérations courantes (en % du PIB)
|
-4.1
|
-5.5
|
-4.3
|
-4.5
|
a
Les données relatives au PIB et à l’inflation sont des pourcentages moyens de variation par rapport à la période précédente. L’inflation se réfère à l’indice des prix à la consommation (IPCA).
b
Sur la base d’un nouveau concept harmonisé qui ne tient pas compte des réévaluations de la dette publique dues aux variations du taux de change.
Source : Les chiffres pour 2000 sont de source nationale. Les chiffres pour 2001-2003 sont des estimations et prévisions de l’OCDE.
Les perspectives du Brésil sont assombries par des facteurs intérieurs et internationaux
Bien que le ralentissement de l’activité économique soit principalement attribuable à des causes intérieures et régionales, une réduction des flux de capitaux internationaux pourrait rapidement accentuer la dégradation de la confiance dans l’économie. En raison de la structure de la dette du Brésil, le pays a besoin d’un volume important de capitaux venant de l’étranger pour assurer le service de la dette existante tout en finançant le déficit de balance courante. C’est en continuant à exercer des pressions sur le taux de change que cette situation a le plus de chances de répercuter sur le Brésil les risques de ralentissement de l’activité dans la zone de l’OCDE. Un calcul rapide permet de penser que, compte tenu du rythme de dépréciation actuel du taux de change, le ratio de la dette publique au PIB pourrait augmenter de 4 à 5 points d’ici à la fin de l’année. En outre, en dépit des efforts déployés pour améliorer la structure de la dette publique en termes d’échéances, les comptes budgétaires restent très sensibles aux taux d’intérêt à court terme. Enfin, le Brésil entre actuellement dans une période d’incertitude politique liée aux élections présidentielles qui doivent avoir lieu à la fin de l’an prochain. Il semble donc difficile d’engager des réformes importantes avant 2003.