2001
Perspectives économiques de l’OCDE
I. Évaluation générale de la situation macroéconomique
Résumé de la situation actuelle et des perspectives
Des perspectives mondiales plus incertaines et plus sombres
Les contrecoups économiques des attentats du 11 septembre…
Les attentats terroristes du 11 septembre aux États-Unis ont infligé un grave choc à l’économie mondiale, entamant la confiance des agents économiques et rendant très incertaines les perspectives d’activité économique de par le monde. Les États-Unis, ɰicentre de ce choc, sont appelés à en subir les dommages le plus directement et le plus immédiatement, et sont considérés comme étant déjà en récession. Mais les autres régions seront également affectées et, dans l’immédiat, la croissance économique mondiale sera ramenée à des niveaux qu’on n’avait pas connus depuis le début des années 80.
… ont accentué le recul de l’activité dans le monde
Les attentats terroristes sont intervenus à un moment où l’économie mondiale était déjà faible et continuait à ralentir dans plusieurs régions, même si l’on pouvait également observer des signes de fin de ralentissement. Sous l’effet d’un recul dans le secteur de la haute technologie, la croissance de la production dans la zone de l’OCDE a stagné au deuxième trimestre et un grand nombre d’économies de marché émergentes, aussi bien en Asie qu’en Amérique du Sud, ont enregistré une forte baisse de leur production, la Chine étant l’une des grandes exceptions à cet égard. Au total, on estime aujourd’hui que la croissance dans l’ensemble de la zone de l’OCDE durant les deux derniers trimestres de 2001 est devenue négative pour la première fois depuis 1982.
Même dans un contexte politique propice, la reprise économique mondiale pourrait être retardée…
Dans ces conditions, les perspectives de croissance dans la zone de l’OCDE présentées dans cette publication sont tributaires de certaines hypothèses sur la manière dont les contrecoups économiques se feront sentir ces deux prochaines années. Premièrement, l’activité économique au cours de la période examinée est censée évoluer dans un environnement politiquement propice, c’est-à-dire dans lequel de futures initiatives politiques ou militaires n’ont pas d’effets négatifs très marqués sur le climat économique général. Deuxièmement, la dégradation de la confiance et l’aggravation de l’incertitude sont supposées créer une attitude temporaire d’attentisme chez les consommateurs et dans les entreprises du monde entier, retardant ainsi la reprise économique attendue.
… mais la croissance dans la zone de l’OCDE pourrait être assez rapide d’ici 2003
Dans ce contexte, la réaction des responsables de la politique macroéconomique a été rapide et forte, surtout aux États-Unis. A supposer que les attentats de septembre restent un événement unique en son genre et que la confiance se reconstitue à mesure que s’estompent l’incertitude et l’insécurité, les politiques monétaires et budgétaires expansionnistes, conjuguées à l’impact de prix du pétrole plus bas sur les revenus réels disponibles, devraient se révéler suffisamment stimulantes pour favoriser une reprise relativement forte au deuxième semestre de 2002 et en 2003 aux États-Unis et, à un degré moindre, en Europe. En revanche, l’économie japonaise serait appelée à rester en récession, au moins en 2002. Par conséquent, la croissance de la production dans la zone de l’OCDE pourrait se redresser courant 2002 et dépasser 3 pour cent en 2003 (graphique I.1). Du fait de l’accroissement global du chômage en 2001-2002 et d’un écart croissant entre production effective et potentielle, l’inflation demeurera faible au cours de la période examinée.
Graphique I.1
Perspectives pour la zone de l’OCDE
1.
Pourcentage de variation par rapport à la période précédente, taux annuel.
2.
OCDE moins la Turquie.
Source : OCDE.
Les aléas sont exceptionnels
Les aléas et les incertitudes sont exceptionnels, un choc négatif de grande ampleur ayant été infligé à une économie mondiale qui se trouvait déjà dans la phase descendante du cycle. L’un des risques est celui d’un long processus, ponctué de reculs, qui pourrait aboutir à des profils de croissance lente et incertaine. Mais, vu l’assouplissement très net des politiques, il est également possible que la reprise soit plus rapide. Les choix que confrontent les responsables de la politique économique – amplifier ou non la relance et quand y mettre fin – sont délicats. De plus, il ne faut pas qu’en mettant l’accent sur les mesures de stabilisation on néglige de réaliser les nécessaires réformes structurelles et de s’attaquer aux conséquences du surinvestissement et du surendettement dans certains secteurs.
Le contexte mondial et les facteurs à l’œuvre avant les attentats de septembre aux États-Unis
Les principaux facteurs à l’œuvre ont une dimension mondiale
Le recul économique s’est fait sentir aussi bien dans la zone de l’OCDE que dans les autres économies, du fait de la nature et de la dimension mondiales des facteurs à l’œuvre (voir l’encadré I.1)
- Les prix du pétrole ont fortement monté en 1999 et 2000, entamant les revenus réels et les dépenses des ménages et accentuant les tensions inflationnistes dans certains pays.
- Les politiques monétaires ont été durcies vers la fin de 1999 et en 2000 (partiellement en réaction à la forte hausse des prix du pétrole), surtout aux États-Unis, mais également en Europe dans une certaine mesure. Le renchérissement relatif de l’emprunt a freiné en particulier la formation de capital des entreprises.
- La bulle dans le secteur de la haute technologie a éclaté en 2000, entraînant une forte baisse des investissements mondiaux dans les technologies de l’information et des télécommunications (TIC) ainsi que des exportations et importations mondiales de ces produits, ce qui s’est traduit par la plus forte décélération des échanges mondiaux depuis le premier choc pétrolier.
- Malgré un rebond au cours des deux derniers mois, les cours des actions ont chuté depuis le début de 2000, car les investisseurs ont évalué plus sereinement les bénéfices potentiels des entreprises de haute technologie et, dernièrement, ont réagi plus généralement aux signes de contraction des marges bénéficiaires des entreprises.
- Le laminage des bénéfices des entreprises et le recul des anticipations de profit ont accentué la réduction des dépenses d’équipement, surtout aux États‑Unis, mais également ailleurs.
- Le fléchissement de la croissance de la demande mondiale a en outre provoqué dans de nombreux pays des ajustements de stocks et une diminution des nouvelles commandes et de la production.
- La confiance des consommateurs, en général plus résistante que celle des entreprises, s’est dégradée dans bon nombre de pays, souvent dans un contexte de licenciements accélérés et fortement médiatisés et de remontée du chômage.
Certains facteurs nationaux sont également à l’œuvre…
S’il est vrai que les principaux facteurs à l’origine du ralentissement mondial actuel sont synchronisés, l’ampleur de leurs effets sur les différentes économies ou le moment auquel ces effets se sont produits ont été fonction de la structure des échanges et des situations locales.
- Les pays les plus tributaires des exportations de TIC ont connu le ralentissement le plus immédiat et le plus marqué, en particulier en Asie, où le recul de l’activité reflète largement la forte part des TIC dans les exportations d’un grand nombre d’économies de la région.
- Au Japon, l’impact de la contraction du commerce extérieur lié aux TIC se superpose à une faiblesse économique d’origine essentiellement interne.
- En Europe, la crise bovine a eu des effets prix et volume défavorables sur l’agriculture et le tourisme.
- Les répercussions de la hausse des prix du pétrole ont varié selon que le pays était plus ou moins dépendant pour son énergie et selon que la modification des prix a été atténuée ou accentuée par les fluctuations du taux de change ; elles ont été en outre fonction des mesures prises dans le domaine de la fiscalité de l’énergie.
- Les difficultés rencontrées en Turquie ainsi que par un grand nombre d’économies d’Amérique du Sud sont essentiellement d’origine locale, bien que les problèmes que connaissent certains marchés émergents reflètent, de la part des investisseurs, une aversion de plus en plus grande au risque au niveau mondial, les capitaux se redéployant vers d’autres pays perçus comme des refuges.
Encadré I.1. Un cycle mondial plus synchronisé ?
Un ralentissement synchronisé.
L’une des caractéristiques frappantes du ralentissement actuel est son caractère synchronisé. En 2001, l’activité s’est ralentie dans presque tous les pays de l’OCDE et dans la plupart des pays non membres de l’OCDE également. Cette évolution contraste avec le début des années 90 : le ralentissement de l’économie des États-Unis en 1990-91 coïncida avec une croissance vigoureuse dans ce qui devait devenir la zone euro et au Japon, alors que la reprise ultérieure aux États-Unis alla de pair avec une récession caractérisée dans la zone euro et un fort ralentissement au Japon. Lorsqu’on examine les écarts entre production effective et potentielle pour un ensemble plus large de pays de l’OCDE, le diagnostic est identique : ces écarts ont eu tendance à diverger sensiblement au début des années 90 mais se sont récemment resserrés de concert (graphique ). Cette plus grande synchronisation tient-elle à la nature des chocs à l’origine du ralentissement ou reflète-t‑elle une transmission plus rapide et plus complète des chocsnationaux sous l’effet du renforcement de l’interdépendance ?
Dispersion de l’écart entre production effective et potentielle
Écarts de production nationaux : écart-type en points de pourcentage du PIB
Source : OCDE.
Chocs communs.
Au cours des trois dernières décennies, les ralentissements les plus marqués de l’activité ont souvent été associés à un renchérissement des prix du pétrole, qui constitue un choc négatif au niveau de l’offre mondiale
[1]. Cela vaut également pour le tassement actuel de l’activité, les prix du pétrole exprimés en dollars courants des États-Unis ayant triplé – par rapport à un très bas niveau – durant la période 1999-2000. Cependant, en 1990-91, des facteurs nationaux spécifiques avaient stimulé l’activité dans la zone euro (unification de l’Allemagne) et au Japon (dernière phase de la bulle des prix des actifs) et compensé l’incidence de la hausse des prix du pétrole. A la fin des années 90, il n’y a pas eu de facteurs spécifiques aussi puissants pour faire contrepoids. Au contraire, comme on le souligne dans le texte principal, le cycle de la fin du siècle a été caractérisé par une composante commune importante, à savoir le boom suivi du crash dans le secteur des TIC. Un autre élément, bien qu’un peu moins largement partagé, a été le resserrement de la politique monétaire à l’approche du point haut du cycle. Plus récemment, les attaques terroristes aux États-Unis ont porté un coup majeur à la confiance dans l’ensemble des pays de l’OCDE et au-delà. En résumé, le rapprochement actuel des cycles nationaux reflète en partie du moins le caractère mondial des chocs sous-jacents. Cependant, les chocs qui se produiront à l’avenir n’auront pas nécessairement une aussi large assise.
Cycles nationaux plus courts.
En outre, la réduction apparente de la dispersion des écarts nationaux entre production effective et potentielle, telle que mesurée par l’écart-type entre pays, peut induire en erreur. Elle tient pour partie à la moins grande amplitude des cycles nationaux plutôt qu’à leur rapprochement. Au fil des années, l’instabilité de la production a été réduite par plusieurs facteurs, dont :
i) la modification progressive de la composition de la valeur ajoutée, la part des activités manufacturières diminuant au profit de celle des services, qui sont en général caractérisés par des cycles de moins grande amplitude ;
ii) l’amélioration de la gestion des stocks, grâce notamment à la diffusion des TIC, qui a sensiblement réduit la contribution procyclique traditionnellement très importante de la formation des stocks ;
iii) des profils de consommation moins heurtés, grâce entre autres à la libéralisation financière, qui a facilité la substitution intertemporelle ;
iv) et, sans doute, de meilleures politiques macroéconomiques, les décisions de politique monétaire et les mesures budgétaires discrétionnaires étant davantage en phase avec les besoins de la conjoncture
[2].
Renforcement de l’interdépendance.
Même ainsi, plusieurs tendances de fond contribuent au rapprochement des cycles nationaux, notamment mais pas exclusivement au sein des régions en voie d’étroite intégration, comme l’Union européenne et l’ALENA. Sur le long terme, le commerce international se développe plus rapidement que la production, ce qui tend à resserrer l’interdépendance conjoncturelle
[3]. L’évolution de la structure des flux commerciaux, avec une augmentation de la part des échanges intra-entreprises, tend à accroître la vitesse de transmission des chocs par delà les frontières et peut jouer dans la même direction
[4]. Dans le même temps, les marchés de capitaux deviennent plus interdépendants, comme en témoignent l’augmentation des investissements de portefeuille et des investissements directs des non-résidents, la cotation d’un nombre de plus en plus grand de sociétés sur les bourses de différents pays et la corrélation croissante des rentabilités boursières entre les pays, en particulier dans le secteur des TIC. Concrètement, cela signifie, par exemple, que le coût du capital des entreprises européennes est plus sensible aux variations à la hausse et à la baisse du marché boursier des États-Unis que de par le passé et que les effets de patrimoine sont vraisemblablement plus simultanés qu’auparavant. Selon toute vraisemblance, la plus grande intégration économique a contribué à la synchronisation du ralentissement en cours. En outre, le rôle joué par l’investissement a sans doute accentué la vitesse à laquelle ce ralentissement s’est transmis par la voie du commerce.
Conséquences pour l’action des pouvoirs publics.
Une conséquence immédiate du renforcement de l’interdépendance commerciale et financière est que la politique menée dans une région peut avoir à réagir davantage aux chocs affectant une autre région. On peut citer comme exemple l’incidence sur la zone euro d’un affaiblissement de la demande intérieure aux États-Unis conjugué à une chute des cours boursiers dans ce pays et incitant les autorités monétaires américaines à réduire les taux d’intérêt à court terme. L’incidence sur l’activité et la nécessité d’un relâchement monétaire dans la zone euro sont sensiblement plus importantes si les cours des actions européennes diminuent en même temps que les cours des actions aux États-Unis. Les retombées globales sur l’activité dans la zone euro et, par conséquent, les mesures requises par les pouvoirs publics, pourraient en partie être atténuées par les liens existants entre les marchés obligataires, aussi longtemps que les taux d’intérêt à long terme dans la zone euro tendent à suivre les taux à long terme aux États-Unis
[5]. Cependant, de manière générale, si les cycles nationaux coïncident de plus en plus et si les chocs nationaux se transforment plus aisément en chocs internationaux, l’instabilité de la production globale augmente, ce qui signifie que la cohérence entre politiques économiques nationales sera plus importante que jamais.
1.
Voir, par exemple, Hamilton, J., «What is an oil shock? », Document de travail du NBER 7755, 2000, qui met en évidence une relation non linéaire : les hausses des prix du pétrole influent sur l’économie alors que les baisses ne le font pas et les hausses suivant une longue période de stabilité des prix ont un effet plus marqué que celles inversant des baisses antérieures (en outre, des travaux de régression donnent à penser que les variations des prix du pétrole dues à des conflits militaires exogènes sont les plus importantes).
2.
Voir Dalsgaard, T., J. Elmeskov et C.-Y. Park, « Ongoing changes in the business cycle – evidence and causes », document ronéoté, OCDE, 2001, qui peut être consulté sur le site
www. oecd. org
et où il est souligné également que, dans certains pays, mais pas dans tous, le commerce international a de plus en plus joué le rôle d’amortisseur conjoncturel, et Doyle, B., J. Faust et J. Gagnon, « Joint movements in G-7 output growth and the current slowdown », texte non publié, Conseil de la Réserve fédérale, document ronéoté, 2001.
3.
Voir, par exemple, Frankel, J. et A. Rose, « The endogeneity of the optimum currency area criteria », Economic Journal, no 449, 1998 et Clark, T. et E. van Wincoop, « Borders and business cycles », Journal of International Economics, à paraître.
4.
Voir Kose, A. et K. Yi, « International trade and business cycles: is vertical specialization the missing link? », American Economic Review,vol. 91, no 2, 2001.
5.
Pour une simulation détaillée de ces considérations, voir Dalsgaard et al. (op. cit.).
Toutefois, même si les différences de structure économique et de réponse des responsables de l’économie peuvent influer sur le calendrier et l’ampleur des effets subis par les différentes économies, l’interdépendance au niveau mondial fait qu’aucun pays n’échappe au ralentissement du commerce mondial.
… mais le recul de l’activité a été très synchronisé
Le résultat est que les tendances économiques au premier semestre de 2001 se sont révélées plus uniformes et en général moins dynamiques que celles auxquelles on pouvait s’attendre il y a seulement quelques mois.
- Aux États-Unis, l’économie s’est ralentie rapidement, tout en évitant la stagnation grâce à la résistance de la demande des ménages.
- La croissance dans la zone euro a fléchi à mesure que l’investissement et la formation de stocks des entreprises se sont affaiblis et que le freinage dû aux exportations nettes s’est accentué. L’activité au Royaume-Uni est toutefois restée relativement forte.
- L’activité a faibli au Japon, le recul touchant en particulier les exportations nettes et l’investissement résidentiel.
- Un grand nombre d’économies de marché émergentes étaient en récession (Singapour et Taipei chinois) ou sur le point de l’être (Malaisie et Thaïlande). En Amérique latine, la production se contractait en Argentine et le Brésil paraissait devoir subir la même évolution. Les grandes exceptions à ce sombre tableau étaient la Chine, la Russie et l’Inde, qui enregistraient une solide croissance.
- Le fléchissement de l’activité dans l’ensemble de la zone s’est accompagné d’une nette décélération de la croissance des échanges mondiaux, particulièrement marquée dans le cas des États-Unis, du Japon et des autres pays de l’OCDE de la zone Asie-Pacifique (à l’exception de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande).
Le choc du 11 septembre
L’impact économique des attentats du 11 septembre a été marqué…
Les conséquences des événements du 11 septembre ont plusieurs dimensions. Les coûts initiaux de destruction et de désorganisation ont été concentrés aux États‑Unis et – si l’on fait abstraction de l’aspect humain – seuls certains zones ou secteurs sont touchés. La désorganisation sectorielle a eu des retombées internationales significatives en termes de coûts de transaction et de transport qui pourraient être durables. Mais l’impact immédiat le plus important pour l’économie mondiale dans son ensemble tient à l’effondrement de la confiance et à l’aggravation de l’incertitude, qui pourraient avoir des répercussions négatives durables sur la demande globale.
… étant au départ essentiellement sectoriel…
L’impact immédiat des attentats a été la destruction d’une grande partie de l’infrastructure d’affaires du bas de Manhattan, entraînant des sinistres d’assurance sans précédent (pour les pertes humaines et matérielles)
[1]. S’y est ajoutée une désorganisation de grande ampleur, mais temporaire, de l’activité économique. Le secteur financier a souffert des graves dommages subis par les installations de télécommunication et les dispositifs de transaction, la Réserve fédérale réagissant en fournissant les liquidités nécessaires. Les ventes de détail et de biens durables ont chuté. Les secteurs les plus touchés ont été le trafic aérien et le tourisme. L’effondrement du trafic aérien s’est répercuté sur l’aéronautique, où des licenciements ont déjà été annoncés. Les inquiétudes relatives à la sécurité des voyageurs ont également affecté le secteur de l’hôtellerie et des loisirs.
… mais les perspectives de croissance sont affectées à court terme et à long terme
En dehors des perturbations initiales de l’offre et de la demande, qui auront des effets négatifs sur la croissance des États-Unis à très court terme, les conséquences de la perte de confiance, d’une plus grande insécurité et d’une incertitude accrue se feront également sentir. Dans l’immédiat, le choc du 11 septembre a grandement amplifié l’incertitude face à l’avenir, causant une nette réticence à prendre des engagements pour le futur qui inhibe la dépense des ménages et des entreprises. A plus long terme, les effets au niveau de l’offre vont de l’incidence du renforcement des mesures de sécurité sur le coût des transports au renchérissement de l’assurance en passant par des retards et une moindre souplesse pour les réunions d’affaires, autant d’éléments qui alourdiront les coûts de transaction et pourraient réduire la croissance potentielle.
Contrecoups économiques au niveau mondial et autres facteurs à l’œuvre
La dégradation de la confiance s’ajoute aux effets de patrimoine négatifs dus à la chute des cours des actions
Les dépenses de consommation représentant généralement les deux tiers environ du PIB, la chute de la confiance des consommateurs préfigure un recul significatif de l’activité économique mondiale (graphique I.2)
[2]. En effet, la forte baisse des cours des actions suivant les événements de septembre (graphique I.3) a fait craindre que les effets patrimoniaux négatifs des ajustements en cours ne s’aggravent, amplifiant la baisse des dépenses de consommation, surtout aux États-Unis, où les portefeuilles d’actions représentent près de la moitié de l’ensemble des patrimoines financiers. Cette baisse a cependant été inversée en l’espace d’un mois, mais l’évolution des indices est différente d’un secteur à l’autre. Les titres des secteurs les plus exposés comme l’assurance et les transports aériens ont perdu la moitié de leur valeur, alors qu’il s’est produit un net redressement dans d’autres secteurs, en particulier celui des communications. Vers la mi-novembre, les cours des actions étaient généralement inférieurs de 15 à 30 pour cent à leur niveau de début d’année, ce qui a souvent neutralisé les gains associés aux hausses de prix dans l’immobilier.
Graphique I.2
Confiance et activité économique
1.
Moyenne mobile sur trois mois pour les États-Unis et la zone euro.
2.
Pourcentage de variation en glissement annuel.
Source : OCDE, Principaux indicateurs économiques.
Graphique I.3
Évolution des marchés d’actions
Source : Datastream.
Les investisseurs et les consommateurs pourraient différer leurs dépenses
Au total, la perte de confiance, la contraction des patrimoines financiers et un climat économique plus incertain pourraient créer chez les consommateurs et les investisseurs une attitude d’attentisme qui risque de prévaloir une bonne partie du premier semestre de l’année prochaine. Ce comportement est analogue à ce qu’on a pu observer lors d’événements de nature similaire, notamment la Guerre du Golfe, qui vit les dépenses intérieures diminuer pendant deux à trois trimestres. Le marché de l’immobilier pourrait lui aussi s’affaiblir, érodant la contribution de la demande intérieure à l’activité observée à un stade antérieur du ralentissement.
L’investissement mondial dans les TIC poursuit sa baisse
La poursuite de la contraction du secteur des TIC pèse sur les perspectives mondiales. L’ajustement dans ce secteur n’est peut-être pas totalement terminé. De fait, les ventes de semi-conducteurs continuent de diminuer dans toutes les grandes régions du monde (graphique I.4), de même que les livraisons d’ordinateurs personnels. Il est difficile d’évaluer exactement l’impact que les attentats auront au total sur ce secteur. D’une part, il y aura un certain volume d’investissements de remplacement et les communications électroniques pourraient se substituer aux voyages ; d’autre part, si l’investissement reste atone, l’investissement dans les TIC en subira probablement les conséquences.
Graphique I.4
Les ventes de semi-conducteurs continuent de diminuer dans le monde
Ventes, pourcentage de variation en glissement annuel
Source : Semi-conductor Industry Association.
Éléments pour une reprise
La politique monétaire a été assouplie et la courbe des taux s’est raidie…
La politique macroéconomique est en train d’être ajustée pour soutenir l’économie mondiale. La politique monétaire a été assouplie dans toutes les grandes régions de l’OCDE. Aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, le principal taux directeur est à son niveau le plus bas depuis près de 40 ans. Les taux directeurs ont également été réduits en zone euro, quoique dans une moindre mesure. Les rendements des obligations d’État à dix ans ont baissé mais moins nettement et, début novembre, étaient de l’ordre de 4¼ pour cent en zone euro comme aux États-Unis (graphique I.5). De plus, après les attentats de septembre, les investisseurs ont délaissé actions et obligations à faible notation au profit d’actifs plus sûrs, ce qui a encore amplifié les écarts de rendement. Le coût du crédit pour les entreprises ne s’est pas totalement aligné sur l’assouplissement monétaire. Malgré tout, les investisseurs sont maintenant davantage incités à abandonner les placements monétaires à faible risque au profit d’actifs plus risqués.
Graphique I.5
Deux facteurs soutenant l’activité économique
1.
Les chiffres de septembre à octobre 2001 sont des estimations de l’OCDE.
Source : OCDE, Principaux indicateurs économiques.
Encadré I.2. Hypothèses de politique économique et autres hypothèses sous-tendant les prévisions centrales
Les hypothèses de politique budgétaire se fondent sur les mesures prises et sur les intentions déclarées des pouvoirs publics, dès lors que celles-ci s’inscrivent dans des programmes bien définis
[1]. Dans plusieurs pays, l’orientation budgétaire, mesurée par les variations du solde budgétaire structurel, devrait devenir expansionniste durant la période considérée. Aux États-Unis, les mesures prises au lendemain des attaques terroristes, y compris l’hypothèse de l’OCDE concernant le programme de stimulation qui n’est pas encore adopté, représentent environ 1½ pour cent du PIB. Au Japon, une orientation à peu près neutre est prévue pour 2001, une fois prise en compte l’augmentation exceptionnelle des recettes liée à l’imposition des revenus d’intérêts sur les dépôts postaux, et devrait être suivie d’un léger resserrement en 2002 et 2003. Dans l’Union européenne, plusieurs pays, notamment l’Allemagne et la France, mettent en œuvre des réductions d’impôts, alors qu’au Royaume-Uni des dépenses supplémentaires sont prévues. Néanmoins, l’orientation budgétaire, mesurée par le solde structurel, sera à peu près neutre durant la période considérée.
Les taux d’intérêt directeurs sont conformes aux objectifs déclarés des autorités monétaires en matière d’inflation et, le cas échéant, de soutien de l’activité ou du taux de change. Aux États-Unis, le taux cible des fonds fédéraux a été abaissé, en plusieurs étapes, de 450 points de base en 2001 pour atteindre son plus bas niveau en quatre décennies. On fait l’hypothèse qu’il restera à 2 pour cent jusque vers la fin 2002, lorsqu’il commencerait à être graduellement relevé, pour atteindre 3¾ pour cent fin 2003. Le maintien de la stabilité des prix à moyen terme demeure l’objectif essentiel de la politique monétaire en zone euro
[2]. Le taux principal de refinancement a été abaissé de 150 points de base depuis le début de 2001. D’après l’OCDE, l’inflation sous‑jacente en zone euro devrait être au‑dessous de 2 pour cent et l’hypothèse est faite que la Banque centrale européenne abaisse son taux de refinancement de 50 points de base avant la mi-2002. Celui‑ci commencerait à être relevé au courant du deuxième semestre de 2002 pour remonter d’un peu plus d’un point de pourcentage d’ici la fin de la période considérée. Au Japon, les taux d’intérêt à court terme devraient rester proches de zéro durant toute la période.
Les prévisions supposent que les taux de change restent inchangés par rapport aux taux en vigueur le 2 novembre 2001 ; en particulier, un dollar des États-Unis est égal à 121.9 yen et à 1.107 euro. Pour la Turquie, le taux de change est supposé se déprécier continûment, mais moins que le taux d’inflation prévu, de sorte qu’environ les quatre cinquièmes de la dévaluation récente seront compensés en termes réels.
Les prix du pétrole ont récemment diminué sensiblement pour tomber au-dessous des niveaux retenus dans les prévisions d’il y a six mois. La demande mondiale d’énergie devrait se contracter assez fortement sous l’effet du ralentissement économique mondial et les réductions de la production de l’OPEP depuis le début de l’année (représentant au total 3½ millions de barils par jour) pourraient ne pas empêcher les prix du pétrole de rester proches de la limite inférieure de la marge de 22 à 28 dollars fixée par l’OPEP jusqu’en 2002. Les prix des autres produits de base, après avoir augmenté dans la première moitié de 2000, s’affaiblissent de nouveau fortement en moyenne et, avec le ralentissement de la croissance de l’activité économique mondiale, ils devraient au mieux se stabiliser pendant le premier semestre de 2003.
Les prévisions ont été établies à partir des données collectées jusqu’au 8 novembre 2001.
Prix du pétrole et des autres produits de base
Variations en pourcentage
1999 2000 2001 2002 2003 Prix du pétrole à l’importation dans la zone de l’OCDE (caf) 37.3 62.1 –12.1 –12.6 16.3 Prix des autres produits de base a –7.1 3.0 –5.8 –7.3 1.7 Pour mémoire : Prix du pétrole à l’importation dans la zone OCDE (caf, dollar/baril) b 17.3 28.0 24.6 21.5 25.0 a) Indice global des prix des produits de base de l’Institut de Hambourg, hors énergie. Prévisions de l’OCDE pour 2001 à 2003. b) Les données historiques pour les prix à l’importation du pétrole brut dans la zone de l’OCDE sont des moyennes des prix unitaires caf calculées par l’Agence internationale de l’énergie. Sont inclus les coûts, l’assurance et le fret mais pas les droits à l’importation. Prévisions de l’OCDE pour 2001 à 2003. Sources : Institut de recherche économique de Hambourg (HWWA), Agence internationale de l’énergie et OCDE.
1.
On trouvera des précisions sur les hypothèses concernant les différents pays dans les notes pays.
2.
La stabilité des prix est définie par la Banque centrale européenne comme une hausse annuelle de l’indice harmonisé des prix à la consommation inférieure à 2 pour cent.
A mesure que l’assouplissement monétaire parviendra à créer une tendance en ce sens, les écarts de rendement devraient se resserrer. Et à mesure que la reprise s’engagera, la courbe des taux s’aplatira, avec une hausse des taux du marché monétaire et une progression plus faible des rendements obligataires (voir l’encadré I.2).
… mais l’assouplissement budgétaire a été plus sélectif
La politique budgétaire dans l’ensemble de l’OCDE, mesurée à travers le solde structurel primaire, devrait stimuler la demande à hauteur de 1 pour cent du PIB entre 2000 et 2002 (tableau I.1). Cela tient à l’action menée pour contrecarrer les effets récessionnistes des événements de septembre, surtout aux États-Unis, aux baisses d’impôts déjà programmées (États-Unis, Canada, Allemagne, France et Suède) et à l’augmentation des dépenses (Royaume-Uni). Aux États-Unis, les baisses d’impôts concentrées en début de période décidées par la nouvelle Administration, les crédits déjà affectés aux mesures d’urgence ainsi que les baisses d’impôts et les augmentations de dépenses envisagées devraient amplifier l’impulsion budgétaire, qui atteindrait quelque 2½ pour cent du PIB sur deux ans. En Europe, les mesures budgétaires sont pour l’instant bien plus limitées, en n’allant généralement pas au-delà du jeu des stabilisateurs automatiques. Au Japon, la marge de manœuvre disponible pour une action budgétaire compensatoire est faible vu le niveau très élevé de la dette publique.
Tableau I.1
Soldes financiers des administrations publiques
a
En pourcentage du PIB / PIB potentiel
2000 2001 2002 2003 États-Unis Solde effectif 1.7 0.6 -1.1 -0.6 Solde structurel 1.3 0.7 -0.5 -0.2 Solde structurel primaire 4.0 3.1 1.5 1.7 Japon Solde effectif -6.6 b -6.4 b -6.7 -6.6 Solde structurel -6.5 b -5.8 b -5.7 -5.5 Solde structurel primaire -5.2 b -4.5 b -4.4 -4.2 Zone euro c Solde effectif 0.2 -1.2 -1.3 -0.9 Solde structurel -0.9 -0.9 -0.6 -0.5 Solde structurel primaire 2.7 2.5 2.6 2.7 Union européenne c Solde effectif 0.6 -0.7 -1.0 -0.8 Solde structurel -0.3 -0.5 -0.3 -0.4 Solde structurel primaire 3.1 2.7 2.6 2.5 OCDE c Solde effectif 0.2 -0.7 -1.6 -1.3 Solde structurel -0.5 -0.7 -1.1 -1.0 Solde structurel primaire 2.2 1.8 1.2 1.2 a) Les soldes effectifs sont en pourcentage du PIB nominal, les soldes structurels en pourcentage du PIB potentiel. Les soldes structurels excluent les recettes ponctuelles provenant de la vente de licenses de téléphonie mobile. Les soldes structurels primaires sont les soldes structurels moins les intérêts de la dette. b) Inclut les paiements d’impôts différés sur les comptes d’épargne postaux s’élevant respectivement à 0.8 et 0.9 pour cent du PIB en 2000 et 2001. c) Les chiffres du solde effectif pour l’OCDE dans son ensemble ne comprennent pas le Mexique et la Turquie. Ceux du solde structurel excluent les pays précédemment cités, mais aussi la Corée, la Hongrie, le Luxembourg, la Pologne, la République tchèque et la Suisse. Source : OCDE.
La baisse des prix du pétrole et des matières premières devrait favoriser les revenus des ménages et les bénéfices des entreprises en termes réels
Les bénéfices des entreprises et le revenu disponible des ménages devraient profiter de la baisse des prix du pétrole et des matières premières, contribuant ainsi à une reprise de l’activité économique. Après être monté à plus de 30 dollars le baril pour le brut de Brent, les prix spot se sont nettement repliés. Début octobre, ils sont passés au‑dessous de la limite inférieure de la fourchette de prix de l’OPEP de 22 à 28 dollars, les marchés redoutant davantage une récession mondiale que des perturbations potentielles de l’offre (graphique I.5). Néanmoins, vu la multiplicité des facteurs influant actuellement sur les prix du pétrole – notamment les craintes de récession, les primes pour risque de guerre, la demande de stockage et l’activité spéculative – le cartel de l’OPEP a décidé peu après les événements de septembre de ne pas modifier les objectifs de production
[3]. Des réductions de la production pourraient intervenir à nouveau plus tard pour limiter la surproduction et soutenir les cours, mais l’hypothèse retenue est que ces réductions ne feront que maintenir les prix du pétrole aux alentours de la limite inférieure de la fourchette de l’OPEP (alors qu’ils sont maintenant quelques dollars en dessous) jusqu’à ce que l’activité économique mondiale commence à se redresser. Il pourrait y avoir une hausse des prix du pétrole au cours de 2003 vers le niveau visé de 25 dollars le baril en moyenne. Les prix des autres produits de base, et en particulier des matières premières industrielles, devraient sensiblement baisser au début de la période sous revue, à mesure que la récession s’accentuera dans l’industrie. Ce phénomène s’inversera à mesure que la reprise économique s’accélérera.
La confiance devrait se raffermir en 2002
L’expérience des chocs passés aide à juger quand et de combien la confiance se raffermira. Même si, comme on l’a noté, les circonstances sont à bien des égards très différentes, on a retenu l’hypothèse que la confiance suivrait un profil similaire à celui observé aux États-Unis durant la récession due à la guerre du Golfe, avec un redressement au deuxième semestre de 2002 (graphique I.6). Un scénario dans lequel l’incertitude et l’insécurité se dissipent lentement paraît bien plus plausible, dans la situation actuelle, qu’un rétablissement subit.
Graphique I.6
La crise du Golfe
Août 1990 – Février 1991
1.
Pourcentage de variation par rapport à la période précédente.
Source : OCDE.
Le commerce mondial devrait se redresser durant le deuxième semestre de 2002
Après sa forte décélération en 2001 et en présence d’une reprise de la demande, le commerce mondial devrait se redresser nettement durant la deuxième partie de 2002 (tableau I.2). Ceci serait compatible avec un rebond des achats au secteur des TIC et un renforcement des importations américaines à partir de la mi-2002, ce qui devrait créer une forte impulsion externe pour les pays spécialisés dans la production des TIC (graphique I.7).
Tableau I.2
Résumé du commerce international
Pourcentage de variation
2000 2001 2002 2003 Échanges de marchandises en volume Commerce international a 12.8 0.3 2.0 8.7 dont : Produits manufacturés 14.2 -0.4 1.5 9.1 Exportations de la zone de l’OCDE 11.9 -0.3 1.4 8.0 Importations de la zone de l’OCDE 11.9 -0.5 1.0 7.4 Exportations des pays non membres de l’OCDE 15.1 0.8 3.3 11.1 Importations des pays non membres de l’OCDE 16.1 4.2 4.9 12.1 Pour mémoire : Commerce intra-OCDE b 11.2 -1.1 0.2 6.7 Exportations de la zone OCDE vers les pays non membres de l’OCDE 15.6 3.6 5.7 11.7 Importations de la zone OCDE en provenance des pays non membres de l’OCDE 13.7 0.6 4.2 10.5 Prix du commerce extérieur Exportations de la zone de l’OCDE c -3.7 -1.5 0.0 1.4 Importations de la zone de l’OCDE c -0.9 -2.1 -0.7 1.7 Termes de l’échange de l’OCDE avec le reste du monde d -6.9 1.4 2.9 -0.8 Note: Les agrégats régionaux incluent le commerce intra-régional. a) Taux de croissance de la moyenne arithmétique des importations et exportations mondiales en volume. b) Moyenne arithmétique des importations et exportations intra-OCDE en volume, telle qu’elle ressort du volume du commerce total de la zone de l’OCDE et des flux commerciaux estimés entre les zones OCDE et non OCDE. Les données sont basées sur la structure des échanges en valeur de 1995. c) Valeurs unitaires moyennes en $ US. d) Les termes de l’échange de l’OCDE représentent le ratio des prix à l’exportation de l’OCDE sur les prix à l’importation de l’OCDE, à l’exclusion des échanges intra-zone. Source : OCDE.
Graphique I.7
La vigueur des exportations en 2003 et l’exposition aux TIC
Note : ANC : Pays dynamiques d’Asie, ASO : Autres pays d’Asie, LAT : Amérique latine, AFM : Afrique et Moyen-Orient, ECO : Europe centrale et orientale.
Source : OCDE.
Le profil de la reprise sera différent d’un pays à l’autre
L’activité dans la zone de l’OCDE devrait redémarrer vers le milieu de l’an prochain, lorsque prévaudra le sentiment de « retour à la normale ». L’orientation expansionniste de la politique monétaire, renforcée dans un certain nombre de pays par la politique budgétaire, commencera alors à produire tous ses effets. La croissance dans l’ensemble de la zone de l’OCDE pourrait éventuellement dépasser 3 pour cent en 2003 (tableau I.3), mais avec des profils de reprise très différents d’un pays à l’autre.
Tableau I.3
Croissance du PIB
Pourcentage de variation
2000 2001 2002 2003 États-Unis 4.1 1.1 0.7 3.8 Japon 1.5 -0.7 -1.0 0.8 Zone euro a 3.5 1.6 1.4 3.0 Union européenne 3.3 1.7 1.5 2.9 Total OCDE 3.7 1.0 1.0 3.2 a) La Grèce a intégré la zone euro le 1 janvier 2001. Afin que les données de la zone euro soient comparables dans le temps, la Grèce a été introduite dans le calcul des données agrégées pour la zone euro sur toute la période. Source : OCDE.
Une reprise différée, mais forte par la suite, devrait intervenir aux États-Unis…
Le redressement de l’économie aux États-Unis devrait être marqué, grâce au net assouplissement de la politique économique, au caractère prononcé du recul précédent de l’activité et à l’existence d’un fort potentiel de croissance
[4]. En dehors du sentiment de « retour à la normale », les principaux stimulants de la croissance devraient être le raffermissement de la confiance – à mesure que le marché du travail et les profits se stabiliseront – et l’impulsion résultant de la politique monétaire et de la politique budgétaire. En outre, le ralentissement actuel aura contribué à résorber d’éventuels surinvestissements. A la fin de la période examinée, le rythme de croissance du PIB pourrait être de 4 pour cent, bien au-dessus du potentiel.
… alors que le Japon paraît devoir rester enlisé dans la récession…
Les perspectives de croissance à court terme demeurent peu favorables pour le Japon. La récession devrait durer une bonne partie de 2002 avant qu’une légère reprise s’engage. Avec la récession aux États-Unis et le ralentissement en Asie – si tant est que cette région ne connaisse pas une récession pure et simple – l’économie japonaise ne sera guère stimulée à court terme par le commerce international. L’investissement intérieur de la part des entreprises poursuivra sa baisse. La consommation privée restera le seul élément stabilisateur. L’ampleur des créances douteuses dans le secteur financier et les mauvaises performances des marchés boursiers sont une source chronique de faiblesse. Ce qui pourrait surtout stimuler la croissance, c’est lorsque les marchés extérieurs du Japon commenceront à être de nouveau en expansion plus tard au cours de la période sous revue, et l’activité économique pourrait enregistrer une légère accélération en 2003, l’investissement des entreprises marquant un certain redressement. Après deux années de baisse pure et simple, le PIB réel pourrait augmenter faiblement, de 1 pour cent en 2003.
… et qu’une faible reprise pourrait se développer dans la zone euro
La croissance pourrait se redresser moins vigoureusement dans l’Union européenne qu’aux États-Unis, en raison d’un recul moins marqué de l’activité et d’une politique économique moins expansionniste en zone euro. Elle devrait passer à environ 3 pour cent en 2003, à la faveur de l’augmentation des importations américaines et d’une amélioration de l’investissement des entreprises. Les pays spécialisés dans les produits de haute technologie devraient bénéficier particulièrement du retournement du cycle mondial dans le secteur des TIC (Finlande et Irlande). Les profils de croissance resteront toutefois différenciés en zone euro. L’Allemagne et la Finlande devraient connaître la plus faible croissance en 2001, mais elles rejoindront la France et l’Italie en 2003 avec une croissance de 2½ à 3 pour cent. Dans certains petits pays comme la Grèce, l’Irlande, le Luxembourg et l’Espagne, le rythme de la reprise devrait être supérieur à la moyenne.
Dans le reste de la zone de l’OCDE, les perspectives de croissance sont inégales
Compte tenu de l’importance de leur commerce avec les États-Unis, le Canada et le Mexique sont fortement influencés par l’évolution de l’économie de leur voisin. Pour ces deux pays, après une quasi-stagnation en 2002, la croissance devrait nettement s’accélérer en 2003. Au Royaume-Uni, l’activité économique devrait marquer une inflexion, du fait du ralentissement de la demande extérieure et intérieure, mais avec l’assouplissement de la politique monétaire et budgétaire, l’amplitude de la décélération est limitée. Une croissance modeste sera enregistrée dans un certain nombre de petits pays comme le Danemark, l’Islande, la Norvège et la Suisse, pour diverses raisons, notamment une faible croissance des marchés à l’exportation et des facteurs intérieurs spécifiques se répercutant sur la confiance. La Turquie est un cas à part, compte tenu de la crise qu’elle traverse depuis quelque temps. En Europe centrale, certains des pays Membres de l’OCDE candidats à l’adhésion à l’Union européenne auto-alimentent leur croissance depuis un certain temps, le financement se faisant en partie grâce à l’investissement direct étranger (République tchèque et Hongrie ; Pologne à un moindre degré). L’activité économique se ralentira dans ces pays, de même que chez leurs principaux partenaires commerciaux européens, mais le recul de l’activité pourrait y être moins prononcé.
Les craintes d’inflation devraient s’atténuer…
Du fait de la faiblesse de la croissance dans l’ensemble de la zone en 2001 et en 2002 et compte tenu des prix du pétrole et des produits de base projetés, l’inflation devrait refluer dans l’ensemble de l’OCDE ces deux prochaines années, en tombant à environ 1½ pour cent (tableau I.4). Dans ces conditions, elle serait inférieure à 2 pour cent aux États-Unis et en Europe et resterait négative au Japon.
Tableau I.4
Chômage, écarts de production et inflation
2000 2001 2002 2003 En pourcentage Croissance de l’emploi États-Unis 1.3 -0.1 -0.6 1.4 Japon -0.2 -0.4 -0.8 -0.1 Zone euro a 2.1 1.1 0.3 0.9 Union européenne 1.9 1.1 0.3 0.8 Total OCDE 1.2 0.2 0.0 1.1 En pourcentage de la population active Taux de chômage États-Unis 4.0 4.8 6.2 6.0 Japon 4.7 5.0 5.5 5.4 Zone euro a 8.9 8.5 8.9 8.8 Union européenne 8.1 7.8 8.1 8.0 Total OCDE 6.2 6.5 7.2 7.0 Millions Niveaux de chômage États-Unis 5.7 6.8 8.9 8.7 Japon 3.2 3.4 3.7 3.7 Zone euro a 12.2 11.8 12.5 12.3 Union européenne 14.2 13.7 14.4 14.3 Total OCDE 31.8 33.3 37.0 36.3 En pourcentage Écarts de production b États-Unis 1.9 -0.5 -2.6 -1.8 Japon -0.6 -2.3 -3.9 -4.0 Zone euro a 0.2 -0.5 -1.4 -0.8 Union européenne 0.1 -0.5 -1.3 -0.7 Total OCDE 0.8 -0.8 -2.2 -1.6 Inflation c États-Unis 2.3 2.1 1.2 1.3 Japon -1.6 -1.6 -1.4 -1.6 Zone euro a 1.3 2.5 2.1 1.6 Union européenne 1.5 2.5 2.2 1.8 OCDE moins la Turquie 1.8 2.0 1.4 1.3 Total OCDE 2.6 2.9 2.3 1.7 a) La Grèce a intégré la zone euro le 1 janvier 2001. Afin que les données de la zone euro soient comparables dans le temps, la Grèce a été introduite dans le calcul des données agrégées pour la zone euro sur toute la période. b) Pourcentage du PIB potentiel. c) Pourcentage de variation de l’indice implicite de prix du PIB par rapport à l’année précédente. Source : OCDE.
… et le chômage pourrait de nouveau augmenter avant de se stabiliser en 2003
La baisse régulière du chômage enregistrée depuis sept ans dans la zone de l’OCDE devrait arriver à son terme. En 2001-2002, le nombre des chômeurs dans la zone de l’OCDE augmentera pour atteindre 37 millions et ne diminuera guère en 2003. Le taux de chômage aux États-Unis devrait s’inscrire en hausse à plus de 6 pour cent en 2002, un peu au‑dessus du taux de chômage structurel estimé. Au Japon, le taux de chômage pourrait atteindre le sommet historique de 5.5 pour cent en 2002, avant de fléchir légèrement en 2003. Il serait même supérieur si la population active ne se contractait pas si fortement. Dans l’Union européenne, le taux de chômage augmentera lentement à court terme, et diminuera marginalement en 2003.
Les déséquilibres régionaux de balance courante subsistent
Le déficit de balance courante des États-Unis, dont l’ampleur ne se dément pas, devrait rester inchangé à environ 4 pour cent du PIB, en raison d’une faible croissance des marchés extérieurs se conjuguant à une vigueur persistante du dollar (tableau I.5). L’excédent de balance courante du Japon devrait tomber à environ 2 pour cent du PIB en 2001 (son niveau le plus bas depuis dix ans), à cause surtout d’une diminution de la demande dans un grand nombre d’économies voisines. Il devrait de nouveau augmenter lorsque les exportations redémarreront sous l’effet d’une plus forte demande en provenance des États-Unis et de l’Asie. La balance courante de l’Union européenne reste proche de l’équilibre au cours de la période examinée.
Tableau I.5
Balances des opérations courantes
2000 2001 2002 2003 En pourcentage du PIB États-Unis -4.5 -4.1 -3.9 -4.0 Japon 2.5 2.1 2.9 3.5 Zone euro a -0.2 0.0 0.3 0.4 Union européenne -0.4 -0.2 0.0 0.0 OCDE -1.3 -1.2 -1.0 -1.0 En milliards de dollars États-Unis -444.7 -413.6 -404.1 -438.0 Japon 116.7 86.8 117.7 140.5 Zone euro a -10.4 1.9 22.1 27.1 Union européenne -27.8 -13.6 1.0 3.0 OCDE -335.9 -295.0 -255.5 -261.8 Pour mémoire : Chine et autres pays d’Asie hors OCDE 9.5 -2.1 -10.8 -12.3 Économies dynamiques d’Asie b 75.0 76.6 77.9 75.4 Amérique latine -29.1 -40.3 -44.5 -43.2 Afrique et Moyen-Orient 61.8 27.1 -17.2 -7.6 Europe centrale et orientale 42.9 29.9 21.8 19.4 Monde -175.9 -203.8 -228.3 -230.1 a) La Grèce a intégré la zone euro le 1 janvier 2001. Afin que les données de la zone euro soient comparables dans le temps, la Grèce a été introduite dans le calcul des données agrégées pour la zone euro sur toute la période. b) Hong-Kong, Chine ; Indonésie ; Malaisie ; Philippines ; Singapour ; Taipei chinois et Thaïlande. Source : OCDE.
En dehors de la zone de l’OCDE, la croissance se ralentit également, bien qu’elle demeure solide en Chine et en Russie
En dehors de la zone de l’OCDE, la situation dans les Économies dynamiques d’Asie s’est dégradée à mesure que s’est accentué le recul mondial des investissements dans le secteur des TIC et il n’y a guère de perspectives de reprise avant la deuxième moitié de 2002. La Chine, bien moins sensible aux marchés des TIC, a préservé une vive croissance grâce au dynamisme de sa demande intérieure. Mais cette croissance devrait fléchir en 2002, la demande mondiale s’affaiblissant plus largement et l’investissement direct étranger subissant un recul temporaire. L’économie russe, qui a échappé jusqu’à présent au ralentissement mondial parce qu’elle est peu tributaire des TIC et qu’elle dégage un fort excédent de balance courante, devrait se ralentir légèrement en 2002 et en 2003, le rythme de progression de ses exportations d’énergie restant faible. L’Amérique du Sud subit les effets négatifs de la décélération des échanges et de l’atonie des mouvements de capitaux. Le ralentissement au Brésil a été aggravé par des facteurs internes et par la crainte d’un défaut de remboursement de la dette en Argentine, qui a eu un effet de contagion.
Quantifier les risques
Les risques sont à la baisse et la situation pourrait s’écarter sensiblement du scénario central pour plusieurs raisons :
Le scénario central décrit dans les présentes Perspectives économiques de l’OCDE doit être interprété comme celui qui est le plus probable compte tenu des hypothèses présentées dans l’encadré I.2 et de l’information disponible début novembre 2001. Toutefois, les risques entourant ce scénario central sont principalement à la baisse. Ce fort degré d’incertitude conduit à s’interroger sur les conséquences d’une évolution d’un certain nombre de variables clés sensiblement différente de celle prise en compte dans le scénario central. Les chocs simplifiés examinés ci-après reposent sur des simulations du modèle macroéconomique international INTERLINK de l’OCDE. Comme l’explique l’annexe, le but est de prendre en compte le profil et l’ampleur d’un certain nombre de chocs intervenus dans le passé, même si celui du 11 septembre n’a pas de précédent direct. L’analyse met l’accent sur les États-Unis, la zone euro et le Japon, qui représentent au total 77 pour cent du PIB de l’ensemble de la zone de l’OCDE.
• recul plus marqué de la consommation et de l’investissement ;
Le scénario central comporte une ample décélération de la demande intérieure finale, mais, par rapport aux récessions passées, la consommation et l’investissement fixe, excepté au Japon, sont censés résister mieux. A cet égard – en retenant l’hypothèse de taux d’intérêt et de taux de change inchangés ainsi que de dépenses constantes des administrations publiques en termes réels – on a simulé une baisse temporaire supplémentaire de la consommation de 1 pour cent dans la zone de l’OCDE, se conjuguant à une diminution temporaire supplémentaire de 2 pour cent de l’investissement fixe. Il en résulterait une croissance du PIB inférieure d’un point environ en 2002, dans chacune des grandes régions de l’OCDE.
• affaiblissement de la demande d’importation de la zone hors OCDE ;
Les exportations de marchandises de la zone de l’OCDE à destination du reste du monde représentent 4 pour cent du PIB de la zone. Dans le scénario central, ces exportations sont censées se redresser vivement après le ralentissement très marqué de 2001. Mais, à deux reprises ces deux dernières décennies – au début des années 80 et durant la crise asiatique de la fin des années 90 – le volume des importations de la zone hors OCDE a stagné. Avec les mêmes hypothèses techniques que celles indiquées ci-dessus pour les taux d’intérêt, les taux de change et les dépenses des administrations publiques, on a simulé un tel accès de faiblesse en 2002-2003. L’impact négatif sur la croissance de la production se situerait en 2002 entre 0.3 pour cent aux États-Unis et 0.6 pour cent dans la zone euro, plus exposée. Cet impact serait plus de deux fois plus prononcé en 2003 du fait d’effets secondaires.
• choc sur le prix du pétrole ;
Dans le scénario central, les prix du pétrole sont censés rester modérés. Certes, ils sont en baisse depuis le 11 septembre, mais les crises précédentes donnent à penser qu’une hausse ne peut être exclue. A supposer que les taux de change nominaux restent inchangés, de même que les dépenses réelles des administrations publiques, et que les taux d’intérêt nominaux s’alignent en suivant exactement l’évolution de l’inflation, on a simulé une hausse permanente de 10 dollars du prix du baril de pétrole (c’est-à-dire un prix supérieur de 40 à 50 pour cent à celui retenu dans le scénario central). Il en résulterait un choc négatif très marqué sur l’offre et les termes de l’échange. Compte tenu du degré respectif de dépendance des États-Unis, du Japon et de la zone euro pour leurs importations nettes de pétrole, le Japon serait deux fois plus touché sur le plan de l’activité économique (0.4 pour cent) que les États-Unis, la zone euro se trouvant dans une situation intermédiaire. L’accélération de l’inflation pourrait atteindre ½ point, malgré un sous-emploi des ressources de plus en plus prononcé. Mais, au fil du temps, la perte initiale de production serait récupérée par le biais de plus fortes exportations à destination des pays producteurs de pétrole.
• réalignement des taux de change
Le scénario central repose sur l’hypothèse de taux de change nominaux inchangés. Ces taux nominaux ne se sont guère modifiés en 2001 (graphique I.8). Mais, vu la configuration actuelle des positions de balance courante, on ne saurait exclure un réalignement des taux de change. A cet effet, on a simulé l’impact d’une dépréciation de 10 pour cent du dollar des États-Unis en termes nominaux effectifs, sous l’effet d’une dégradation durable de l’attitude des marchés
[5], dans un contexte de taux d’intérêt nominaux et de dépenses réelles des administrations publiques demeurant inchangés. Favorisant les exportations américaines, ce réalignement se traduirait par une croissance supplémentaire du PIB de 0.7 point aux États-Unis en 2002 et entamerait quasiment d’autant l’activité dans la zone euro. Avec le temps, l’impact sur l’inflation rétablirait progressivement les positions sur le plan de la compétitivité, mais dans l’intervalle les soldes de balance courante auraient quelque peu convergé.
Graphique I.8
Évolution des taux de change effectifs nominaux
1
1.
Une augmentation dénote une appréciation et vice versa.
Source : OCDE.
Les chocs peuvent être atténués dans une certaine mesure par la politique monétaire…
L’hypothèse technique de taux d’intérêt nominaux inchangés par rapport au scénario central ne cadre guère avec le comportement des banques centrales observé en 2001. On a simulé une baisse de 100 points de base des taux d’intérêt à court et long terme dans les pays de l’OCDE, sauf au Japon, par rapport aux taux retenus dans le scénario central, dans l’hypothèse de taux de change nominaux et de dépenses réelles des administrations publiques inchangés. L’activité serait plus forte dans toutes les régions, y compris au Japon, du fait des effets de multiplicateur au niveau mondial. C’est dans la zone euro que l’impact serait le plus marqué. L’inflation augmenterait à peine en 2002 et un tout petit peu plus en 2003. La stimulation monétaire serait de grande ampleur : elle suffirait pour compenser les effets d’une éventuelle stagnation de la demande d’importation de la zone hors OCDE. Dans le cas de la zone euro, elle serait suffisamment forte pour contrecarrer une dépréciation effective de 10 pour cent du dollar des États-Unis.
… et par la politique budgétaire
L’expérience montre que, pour une série de raisons, le réglage fin dans le domaine budgétaire devrait généralement être évité, mais les évolutions récentes conduisent à s’interroger sur l’impact d’une hausse durable de la consommation publique et d’une baisse des impôts. Des simulations antérieures sur le modèle INTERLINK à taux de change nominaux et taux d’intérêt réels constants montrent qu’une augmentation à hauteur de 1 pour cent de PIB de la consommation publique non salariale se traduit par 1 point supplémentaire de croissance du PIB à court terme aux États-Unis, avec d’importantes retombées sur l’activité dans les autres régions
[6]. En fait, sur le plan mondial, c’est lorsque l’impulsion provient des États-Unis que la stimulation globale est la plus forte. L’impact à court terme sur le PIB réel d’une baisse de l’impôt sur le revenu des personnes physiques est plus de deux fois plus faible, car les ménages épargnent une partie du revenu disponible supplémentaire. Ces deux types de mesures budgétaires aboutissent à une dégradation du solde des opérations courantes des États-Unis et font monter l’inflation intérieure.
La réalité est plus compliquée
Dans la réalité, les chocs observés ne seront probablement pas conformes à ceux, simplifiés, qu’on vient d’évoquer. La situation la plus probable est celle d’une conjonction de chocs d’ampleur différente et de signe opposé. Certes, les effets décrits précédemment peuvent être remis à l’échelle pour quantifier l’impact de perturbations observées ou supposées, mais il faut garder à l’esprit que les relations prises en compte ne sont pas parfaitement linéaires et risquent de l’être encore moins dans la réalité. Par exemple, une hausse des prix du pétrole peut influer davantage sur l’économie qu’une baisse, et une hausse des prix après une longue période de stabilité peut avoir davantage de répercussions qu’une hausse annulant une baisse antérieure. De plus, non seulement les risques systémiques ne sont pas considérés dans les simulations, mais les chocs examinés ne s’additionnent pas nécessairement : par exemple, une contraction de la demande intérieure due à une dégradation de la confiance entraînerait de façon endogène une diminution de la demande hors OCDE (via son impact sur le revenu des partenaires commerciaux de l’OCDE), une baisse des prix du pétrole et, éventuellement, une modification des taux de change.
Impératifs de politique économique
Les politiques ont été ajustées rapidement, mais doivent rester tournées vers l’avenir
En réaction au ralentissement mondial et au choc du 11 septembre, l’orientation de la politique macroéconomique a été nettement assouplie pratiquement partout. Le rythme et l’ampleur du changement de politique ont néanmoins varié d’un pays de l’OCDE à l’autre, en partie du fait de marges de manœuvre différentes. De plus, si la reprise devait tarder ne serait-ce que d’un trimestre, la croissance pour l’année 2002 toute entière serait nettement plus faible que la projection de 0.7 pour cent pour les États-Unis et de 1.0 pour cent pour la zone OCDE. Compte tenu des risques de détérioration des perspectives à court terme, et la Réserve fédérale et l’Eurosystème pourraient avoir à réduire les taux d’intérêt au-delà de ce qui est inscrit dans le scénario central ou à attendre plus longtemps avant de commencer à les relever. Mais au-delà de la récession en cours, l’une des principales questions est de savoir de combien et à quel rythme il faudra resserrer les politiques, la difficulté étant de ne pas empêcher la reprise tout en évitant une recrudescence de l’inflation du type de celle observée à diverses occasions dans le passé.
Quelle est la marge de manœuvre pour des mesures supplémentaires de politique monétaire ?
La politique monétaire a été grandement assouplie presque partout…
Face à un ralentissement synchronisé de l’activité, la plupart des banques centrales avaient commencé de réduire les taux directeurs à court terme dès le printemps 2001. Au 11 septembre, on avait déjà abaissé ces taux très nettement en dehors de l’Europe continentale, en particulier aux États-Unis (tableau I.6). Immédiatement après les attentats du 11 septembre, la Réserve fédérale, l’Eurosystème et la Banque du Japon ont procédé à des injections massives de liquidités, afin de préserver le bon fonctionnement des marchés et la stabilité du système financier. A cet effet, certaines des grandes banques centrales se sont également consenti des crédits croisés temporaires. En définitive, les transactions et les règlements ont pu se faire sans défaillance systémique, malgré la fermeture des bourses américaines pendant quatre jours. Au cours des semaines suivantes, un grand nombre de banques centrales de la zone de l’OCDE et du reste du monde ont abaissé leurs taux directeurs à une ou plusieurs reprises. En outre, les normes prudentielles applicables aux institutions financières ont été temporairement assouplies dans un certain nombre de pays.
Tableau I.6
Les mesures de politique monétaire prises depuis le début de 2001
Taux d’intérêt officiel Variation cumulée depuis le début de l’année 11 septembre Niveau au 9 novembre 2001 Pour mémoire : Point bas sur la période 1996-2000 b Points de base Pourcentage États-Unis Taux visé pour les federal funds -450 -150 2.00 4.50 Zone euro Taux minimum de refinancement à 15 jours -150 -100 3.25 2.50 Japon Taux en blanc au jour-le-jour -25 -1 0.00 0.08 Royaume-Uni Prise en pension -200 -100 4.00 5.00 Canada Taux visé au jour-le-jour, marché monétaire -300 -125 2.75 3.00 Australie Taux visé au jour-le-jour, marché monétaire -175 -25 4.50 4.75 Nlle-Zélande Taux cash officiel -125 -50 5.25 4.50 Danemark Taux de prêt de la banque centrale -180 -105 3.60 2.90 Norvège Taux au jour-le-jour 0 0 7.00 3.25 Suède Prise en pension -25 -50 3.75 2.90 Islande Prise en pension -50 0 10.90 6.50 Suisse Milieu de la fourchette visée pour le libor à 3 mois sur le franc suisse -125 -100 2.25 0.50 Rép. tchèque Prise en pension à 15 jours 0 0 5.25 5.25 Hongrie Prise en pension à 15 jours -100 -25 10.75 10.75 Pologne Taux d’intervention à 28 jours -600 -150 13.00 13.00 Rép. slovaque Prise en pension à 15 jours -25 0 7.75 8.00 Corée Taux visé au jour-le-jour -125 -50 4.00 4.75 Mexique a Taux de financement -1070 -85 8.09 12.75 a) Prises en pension à 24 heures et achats/ventes fermes de certificats de dépôt, billets de banque et acceptations bancaires. b) Depuis mars 1999 pour la Nouvelle-Zélande, mai 2000 pour la République slovaque et mars 1998 pour le Mexique ; taux d’escompte pour la Suisse. Source : Banques centrales nationales.
… et les conditions de crédit sont très favorables
La croissance de la masse monétaire au sens large dans les grandes économies est vive et s’accélère depuis le début de 2001, alors même que les taux d’intérêt sur le marché monétaire sont déjà très faibles et ont accusé une baisse très rapide. Même si les banques centrales ont réagi rapidement et vigoureusement et si les taux d’intérêt à court terme se situent à un niveau historiquement bas, les participants aux marchés attendent encore un nouvel assouplissement, en particulier aux États-Unis. Il peut en effet dans quelques cas y avoir encore une marge de baisse des taux si certains des risques baissiers susmentionnés se matérialisent et s’il s’avérait que la stimulation monétaire déjà donnée ne devait pas suffire à les contrer.
Encadré I.3. Impact sur la production potentielle de la révision de 2001 des NIPA
La révision annuelle de 2001 des National Income and Product Accounts (NIPA) des États-Unis a apporté de nouvelles informations sur plusieurs points importants, en particulier l’évolution de la productivité et les mouvements de la rentabilité et du revenu du travail durant les dernières années de la plus longue expansion qu’aient connue les États-Unis. La révision, publiée en juillet 2001, tenait compte de données nouvelles et plus complètes et s’appuyait aussi sur des méthodes d’estimation améliorées.
Une croissance encore forte mais moins qu’auparavant.
A certains égards, la situation de l’économie américaine durant la période couverte par les estimations révisées (1998-2000) est semblable à celle ressortant des données publiées précédemment : l’activité économique s’est fortement accrue, sous l’impulsion de l’investissement des entreprises, et l’inflation est restée faible. Cependant, la croissance du PIB a été révisée sensiblement à la baisse pour 2000, pour être ramenée à 4.1 pour cent, c’est-à-dire 0.9 point de pourcentage au‑dessous de l’estimation précédente (tableau ci-dessous, ligne 1). Pour 1998-2000, la croissance annuelle moyenne du PIB a été ramenée à 4.2 pour cent, contre 4.7 pour cent. Environ la moitié de cette révision à la baisse a touché les investissements en matériels et logiciels (ligne 2), conduisant à une réduction notable de l’estimation de la croissance du stock de capital dans le secteur des entreprises (ligne 3). Ce sont essentiellement les investissements dans les logiciels qui ont été révisés à la baisse.
Révisions de 2001 du NIPA
Variation en pourcentage par rapport à la période précédente
1998 1999 2000 PIB et mesures connexes 1. PIB réel 4.3 4.1 4.1 Chiffres précédents 4.4 4.2 5.0 2. Investissement privé en matériels et logiciels 14.6 11.8 11.1 Chiffres précédents 15.0 14.1 13.7 3. Stock de capital – secteur des entreprises 4.0 4.0 4.2 Chiffres précédents 4.0 4.4 4.9 Revenu intérieur brut et mesures connexes 4. Revenu intérieur brut 6.3 6.0 7.1 Chiffres précédents 6.4 6.3 7.2 5. Rémunération des employés 7.3 6.4 7.6 Chiffres précédents 7.2 6.3 6.4 6. Bénéfices des entreprises a –6.8 6.1 6.2 Chiffres précédents –2.3 5.0 10.5 PIB potentiel et mesures connexes b 7. PIB potentiel 3.6 3.7 3.7 Chiffres précédents 3.7 4.0 4.0 8. Contribution du stock de capital 1.3 1.3 1.3 Chiffres précédents 1.3 1.4 1.6 a) Bénéfices des entreprises ajustés pour tenir compte de l’évaluation des stocks et de la provision pour amortissements. b) Estimations de l’OCDE.
Un marché du travail plus tendu.
Si le niveau du PIB a été révisé à la baisse de près 1 pour cent en 2000, le niveau du revenu intérieur brut n’a été réduit que de ½ pour cent (ligne 4). Parmi les composantes du revenu en 2000, la progression des gains salariaux a été majorée de 1.2 point de pourcentage et la croissance des bénéfices a été minorée de 4.3 points de pourcentage, ce qui a accru le niveau des gains de 1.4 pour cent et réduit celui des bénéfices de 7.4 pour cent. Les tensions du marché du travail ont donc exercé une pression à la hausse sur le niveau de rémunération et les coûts unitaires de main-d’œuvre supérieure à celle perçue précédemment. L’augmentation des gains salariaux a dopé en 2000 le taux d’épargne des ménages, qui a atteint 1 pour cent, contre -0.1 pour cent estimé précédemment. La progression de ces gains est sans doute imputable à un recours accru à des formes flexibles de rémunération à la fin des années 90, en particulier les stock options. La plus grande flexibilité à la baisse de cette composante des revenus sera testée cette année, avec la dégradation de la rentabilité des entreprises due au ralentissement de l’économie.
Conséquences pour la croissance potentielle.
Un aspect important de la révision est son incidence sur les estimations du taux potentiel de croissance de l’économie. Une mesure de la croissance potentielle – utilisée dans les estimations de l’OCDE – est fondée sur le taux de croissance du stock de capital net, les estimations des apports potentiels de main‑d’œuvre (c’est-à-dire ceux compatibles avec des taux d’activité et de chômage aux niveaux d’équilibre) et la croissance tendancielle de la productivité totale des facteurs. Cette approche est souvent dite basée sur une fonction de production ou sur la comptabilité de la croissance. Étant donné que la croissance de la production et du stock de capital ont été révisées à la baisse, les nouvelles estimations de la croissance potentielle de la production en 1998-2000 sont aujourd’hui un peu plus faibles également (ligne 7). La révision à la baisse de la contribution de la croissance du stock de capital en 2000 est particulièrement importante, reflétant l’effet cumulé des nouveaux chiffres d’investissement susmentionnés (ligne 8). Cependant, les estimations de la croissance potentielle restant assez robustes par rapport à l’expérience passée, on peut penser que la « nouvelle économie » de la fin des années 90, bien que moins dynamique que certains optimistes l’avaient espéré, a été en fait marquée par une croissance potentielle rapide. A terme, le rythme peu dynamique de l’investissement prévu pour 2001 et 2002 et la faible croissance correspondante du stock de capital jusqu’en 2003 génèrent un ralentissement de la croissance potentielle estimée sur la période considérée, qui s’établirait à 3 pour cent environ. Cependant, la croissance potentielle devrait se redresser à mesure que la reprise de l’investissement s’affermit et son taux à long terme devrait probablement rester supérieur à 3 pour cent par an.
Contribution du secteur des TIC.
Un aspect de la nouvelle économie qui devra être réévalué ultérieurement est la contribution du secteur des TIC au taux potentiel de croissance de l’économie. La révision annuelle des NIPA a abaissé quelque peu le niveau de l’investissement dans le matériel informatique et les communications. La question de savoir si cette contraction a conduit à une révision à la baisse de la part de ces activités dans la valeur ajoutée globale ne pourra être précisée que lorsque de nouvelles données sur la composition du PIB par secteur seront disponibles. Compte tenu des avancées technologiques particulièrement rapides qui les caractérisent, la part du secteur des TIC dans la valeur ajoutée et la part des produits correspondants dans les apports totaux de capital peuvent affecter sensiblement les estimations du taux potentiel de croissance de l’économie. A l’avenir, ce taux est donc fortement tributaire de la mesure dans laquelle le ralentissement conjoncturel récent de l’investissement dans les TIC est suivi par un retour à un investissement dynamique dans ces biens d’équipement.
Un stock de capital plus cyclique.
Les actifs sous forme de TIC tendent à se déprécier plus rapidement que les autres composantes du stock de capital. Leur part augmentant, l’évolution du stock de capital total net pourrait commencer de suivre plus étroitement celle du cycle économique. Les estimations de la production potentielle fondées sur la fonction de production et incorporant des estimations du stock de capital annuel deviendront donc de plus en plus sensibles à l’évolution conjoncturelle. Par rapport à une mesure hypothétique de la production potentielle, qui serait fondée sur une estimation plus lisse du stock de capital tendanciel, la mesure utilisée par l’OCDE met en évidence un écart moins important entre production effective et potentielle. Lorsqu’elle est utilisée pour corriger les soldes budgétaires des évolutions conjoncturelles, la mesure du potentiel établie par l’OCDE fait donc apparaître une amélioration plus importante de la situation budgétaire structurelle lorsque la conjoncture est favorable et une dégradation plus importante lorsque la conjoncture est défavorable, que ne le ferait l’autre mesure. Il serait difficile, toutefois, d’établir empiriquement une telle mesure.
Le plein effet des baisses de taux d’intérêt aux États-Unis ne s’est pas encore fait sentir
C’est aux États-Unis que la politique monétaire s’est modifiée le plus radicalement, avec une baisse cumulative de 450 points de base, à 2 pour cent, des taux d’intérêt, dont 150 points après le 11 septembre. En termes réels, les taux d’intérêt à court terme ont davantage baissé que lors de la dernière récession et ils se sont rapidement rapprochés de zéro. La stimulation monétaire est déjà de très grande ampleur, même si elle a été en partie compensée par l’effet restrictif concomitant dû à la baisse des marchés boursiers et à la vigueur persistante du taux de change. Manifestement, l’assouplissement monétaire a contribué à faire baisser les taux des emprunts hypothécaires et a favorisé le refinancement des prêts au logement, soutenant ainsi la consommation des ménages durant l’été 2001. Réduire davantage les taux est une option si l’économie demeure déprimée, mais le fait que la réduction des taux n’ait pas encore produit tous ses effets, en raison des décalages habituels, milite en faveur d’une pause dans les baisses. Une autre raison de faire une pause dans la baisse des taux est que le volume des capacités inutilisées est très incertain. De fait, les révisions des comptes nationaux publiées en juillet 2001 impliquent des estimations de la production potentielle nettement plus faibles (encadré I.3)
[7].
Les taux d’intérêt ont moins baissé en Europe…
En Europe, les banques centrales ont baissé les taux d’intérêt, bien que moins agressivement. Malgré la bonne tenue persistante du marché immobilier, la Banque d’Angleterre a réduit son taux de prise en pension de 200 points de base au total, en le ramenant à 4 pour cent, niveau qui n’avait pas été observé depuis les années 50. L’Eurosystème a abaissé son taux minimum de refinancement de 150 points de base au total, dont 100 après le 11 septembre, à 3¼ pour cent. S’il n’a pas agi plus tôt et plus fortement, c’est notamment parce que jusqu’à la mi-2001, il prévoyait que la croissance en zone euro résisterait, et parce que l’inflation générale s’est orientée à la hausse au premier semestre de 2001, atteignant un sommet de 3.4 pour cent pour l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), alors que l’inflation tendancielle passait à environ 2 pour cent en milieu d’année (graphique I.9).
Graphique I.9
La zone euro : inflation générale et sous-jacente
Pourcentage de variation en glissement annuel de l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH)
1.
IPCH excluant les produits alimentaires, l’énergie, le tabac et l’alcool.
Source : OCDE.
… et il reste encore des possibilités d’assouplissement
Les risques ont clairement basculé au cours du troisième trimestre de 2001. Comme l’Eurosystème l’a reconnu durant l’été, l’écart de production paraît s’être creusé, et non resserré, en 2001 et on ne s’attend plus à ce qu’il se résorbe à court terme (tableau I.7). Dans le même temps, le taux de change effectif de l’euro s’est raffermi, les prix du pétrole se sont stabilisés et la hausse antérieure des prix des produits alimentaires a commencé de s’estomper, ce qui a contribué à un reflux de l’inflation générale, dont le rythme pourrait toutefois être légèrement influencé par la mise en circulation de l’euro numéraire (encadré I.4). En outre, la modération salariale a encore prévalu. Les informations dans ce domaine ont toutefois tendance à être tardives et il serait souhaitable que les prochaines négociations salariales évitent d’aboutir à un rattrapage en termes réels après une longue période d’inflation supérieure aux anticipations.
Tableau I.7
Zone euro : résumé des prévisions