Perspectives économiques de l'OCDE
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.92-64-29161-X
314 pages

p. 1 à 4
doi: en cours

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no 71 2002/1

 
Une reprise s’amorce, mais avec une vigueur inégale suivant les régions
 
 
La croissance fait sa réapparition dans l’ensemble de la zone OCDE à mesure que s’estompent les causes du ralentissement récent. La résorption des stocks excédentaires semble en bonne voie dans beaucoup de pays. L’effondrement de l’investissement dans les technologies de l’information et de la communication laisse généralement la place à une reprise prudente. La confiance s’est raffermie plus rapidement qu’on ne l’avait prévu à la suite des attentats du 11 septembre, notamment aux États‑Unis. Les politiques économiques ont joué un rôle important, le faible niveau des taux d’intérêt réels ayant contribué à stimuler les achats des ménages tandis que la politique budgétaire est venue soutenir la demande. Après une contraction au second semestre de 2001, la croissance du PIB de l’ensemble de la zone OCDE devrait s’accélérer progressivement, pour atteindre près de 2 pour cent en 2002 et 3 pour cent en 2003. Cependant, dans un premier temps, la reprise ne sera probablement pas uniforme dans les grandes régions de l’OCDE et, bien que les risques baissiers aient diminué, les décideurs demeurent confrontés à des incertitudes non négligeables.
 
Un raffermissement de l’activité est manifeste aux États‑Unis…
 
 
Les États‑Unis ont été les premiers à s’engager dans la voie de la reprise. La réaction rapide et résolue des autorités monétaires, de même que diverses mesures de relance budgétaire, ont contribué à amorcer un redressement de l’activité dès la fin de 2001. La croissance est stimulée par la consommation, tant privée que publique, et par l’achèvement du cycle de déstockage, entraînant une expansion à court terme de la demande et de la production. Un redressement progressif de l’investissement des entreprises devrait soutenir la reprise au second semestre de 2002 et en 2003.
 
… et il faudra donc mettre un terme progressivement aux mesures de soutien de la demande
 
 
La reprise s’affermissant aux États‑Unis, le plus important est maintenant de déterminer à quel moment et à quel rythme il y aura lieu de mettre un terme aux mesures de soutien de la demande. A mesure que la marge de ressources inutilisées se résorbera sur les marchés de produits comme sur le marché du travail, la politique monétaire devra être réorientée pour devenir neutre puis, in fine, restrictive, l’ampleur et le calendrier du resserrement devant tenir compte d’une répartition plus équilibrée des risques. Sur le plan budgétaire, à la suite des mesures discrétionnaires de réduction des impôts et de stimulation de la dépense, un retour à plus de rigueur sera nécessaire pour permettre aux administrations publiques de dégager à nouveau un excédent et d’être ainsi mieux à même de faire face au problème du vieillissement. Ceci contribuerait aussi à réduire le déséquilibre extérieur.
 
Dans la zone euro, la reprise sera plus graduelle…
 
 
Dans la zone euro, la production a stagné au second semestre de 2001 et, à part les résultats des enquêtes sur les anticipations des entreprises, les signes de redémarrage sont encore assez ténus. La confiance des ménages et les dépenses de consommation restent atones et, en dépit de conditions monétaires favorables et du jeu des stabilisateurs budgétaires automatiques, l’activité économique sera sans doute encore peu soutenue au premier semestre de 2002. La croissance devrait s’affermir ensuite, à mesure que les dépenses d’équipement se redresseront et que la reprise aux États‑Unis induira une augmentation des exportations dans la zone euro. Il en sera de même au Royaume‑Uni où, bien que la croissance ait marqué le pas à la fin de 2001, la fermeté de la confiance des ménages et une expansion des dépenses publiques confèrent une plus large assise à la reprise attendue.
 
… si bien qu’il ne devrait pas être nécessaire de relever les taux d’intérêt à brève échéance…
 
 
La Banque centrale européenne est confrontée à une inflation demeurant supérieure à 2 pour cent, plafond qu’elle a retenu dans sa définition de la stabilité des prix. Cette situation est en partie due à des facteurs exceptionnels et, si l’inflation se ralentit comme prévu, il semblerait souhaitable de ne pas relever les taux d’intérêt avant que la reprise se confirme et que la marge de ressources inutilisées commence à se résorber. Dans la plupart des États membres de l’Union européenne, la politique budgétaire a soutenu la demande pendant le ralentissement de l’activité, principalement via les stabilisateurs automatiques, et les nouveaux progrès dans la voie de l’assainissement des finances publiques ont été différés. L’orientation de la politique budgétaire est certes assez différente d’un pays à un autre, mais plusieurs États membres importants devront renouveler leurs efforts d’assainissement lorsque la reprise s’accélérera, de manière à revenir à une situation qui leur permettra de mieux faire face, à moyen terme, au vieillissement de la population. La reprise du processus d’assainissement budgétaire permettrait aussi aux stabilisateurs automatiques de jouer pleinement leur rôle lors de futures phases de ralentissement de l’activité, qui pourraient être plus prononcées que celle que l’on vient d’observer.
 
… mais il faudrait s’efforcer davantage d’améliorer le potentiel de croissance
 
 
Au‑delà du redressement de l’activité à court terme, des décisions vont devoir être prises pour améliorer la productivité et renforcer la croissance potentielle des économies européennes, même si des progrès ont été accomplis dans certains domaines. Sur les marchés de produits, la concurrence se heurte encore à des obstacles à l’entrée (y compris dans les industries de réseau, en dépit de certaines avancées récentes), à une préférence excessive envers les entreprises résidentes dans les marchés publics et, dans certains cas, à des aides publiques généreuses en faveur d’entreprises nationales. Sur le marché du travail, des dispositions ont été prises pour réduire le poids des prélèvements obligatoires pesant sur le travail peu qualifié, mais des progrès sont encore nécessaires dans certains pays. Des mesures devront aussi être prises pour accroître le taux d’activité des travailleurs âgés. Enfin, malgré l’achèvement de l’unification monétaire, l’intégration des marchés financiers est encore incomplète à bien des égards.
 
Au Japon, une reprise tirée par les exportations s’accompagne d’une déflation sur le plan intérieur…
 
 
Au Japon, les exportations sont stimulées par la dépréciation du change et le raffermissement de la demande mondiale, les stocks sont revenus à des niveaux plus normaux et l’activité devrait donc bientôt cesser de se contracter. Néanmoins, la croissance de la production restera sans doute, au mieux, très faible. La demande d’investissement se ressentira encore des difficultés du secteur bancaire et des restructurations d’entreprises, tandis que les ménages hésiteront à accroître leurs dépenses face à la montée du chômage et aux incertitudes pesant sur leurs retraites. La déflation s’est semble-t-il enracinée, mais elle devrait se stabiliser à son rythme modéré actuel, les effets de la dépréciation du change étant contrebalancés par la montée du chômage et un écart de production important.
 
… d’où la nécessité de poursuivre une politique monétaire expansionniste, mais aussi de faire preuve d’une plus grande rigueur sur le plan budgétaire…
 
 
Le taux directeur étant pratiquement bloqué à zéro, la Banque du Japon a injecté des liquidités dans le secteur bancaire à un rythme de plus en plus soutenu. Cependant, en raison de leur faiblesse, les banques n’ont pas été en mesure de transformer cette impulsion monétaire en expansion de l’offre de crédit. Les autorités monétaires doivent continuer de fournir des liquidités abondantes, en recourant à une gamme plus large d’instruments, mais la normalisation du crédit bancaire ne sera possible que si le problème des créances improductives est résolu sans retard dans le cadre d’un programme visant à contenir les risques pesant sur le système financier. L’assainissement budgétaire doit se poursuivre dans le contexte d’une stratégie à moyen terme visant clairement à rétablir la viabilité des finances publiques. Il importe de mettre un terme à l’augmentation du rapport de la dette au PIB de manière à éviter que la prime de risque et les tensions financières qui en découlent n’atteignent des niveaux dangereux. Dans le cadre de ce processus, les efforts récemment déployés pour réduire les dépenses publiques et mieux en déterminer les priorités devront être résolument poursuivis.
 
… et de mener à bien des réformes structurelles
 
 
L’efficacité des politiques de régulation de la demande ayant manifestement atteint ses limites, il importe de mener à bien sans retard de vigoureuses réformes structurelles. Certains signes de transformation se font jour à la suite des actions déjà engagées. Dans le secteur des entreprises, les faillites ont atteint un niveau record, signe d’une restructuration absolument nécessaire. Les autorités ont décidé de privatiser ou de liquider un certain nombre d’entreprises publiques. Il reste qu’une plus grande transparence serait nécessaire lors de l’attribution des aides publiques, là où celles-ci sont justifiées. Sur le marché du travail, des règles plus souples sont introduites pour l’emploi des travailleurs temporaires. Il est maintenant nécessaire d’assouplir les règles concernant la protection de l’emploi des travailleurs permanents, mais en renforçant le filet de protection sociale, en améliorant l’intermédiation sur le marché du travail et en mettant en œuvre des politiques actives du marché du travail plus efficaces.
 
L’activité se raffermit en dehors de la zone de l’OCDE
 
 
L’activité dans les pays non membres dans leur ensemble devrait s’accélérer au cours de la période de prévision. En Chine, la croissance devrait se maintenir aux alentours de 7 pour cent et l’activité de l’ensemble de la région Asie‑Pacifique semble devoir se raffermir sous l’effet d’un redressement des investissements dans les secteurs de haute technologie. L’économie russe, même si elle a connu un ralentissement, a relativement bien résisté. En l’Amérique latine, la situation est contrastée, mais en général la crise en Argentine n’a eu que des retombées limitées dans les autres pays de la région. Globalement, sous l’effet de la reprise dans la zone OCDE et à l’extérieur de celle‑ci, le rythme d’expansion des échanges mondiaux devrait passer de 2½ pour cent en 2002 à plus de 9 pour cent en 2003.
 
L’éventualité d’une reprise plus rapide incite à la prudence…
 
 
Abstraction faite de l’éventualité de nouveaux attentats, les incertitudes qui entourent l’évolution à court terme de l’économie mondiale sont plus équilibrées. A la hausse, si le raffermissement de la consommation publique et privée induit par les vigoureuses mesures monétaires et budgétaires se traduit par une augmentation des investissements, la reprise aux États‑Unis et dans le reste du monde pourrait se révéler plus rapide que prévu. Au second semestre de 2002, presque toutes les économies de l’OCDE devraient connaître une croissance relativement rapide, alors que les écarts de production ne se sont guère creusés. Étant donné les conséquences inflationnistes que pourrait avoir une croissance encore plus soutenue, le calendrier du resserrement des politiques économiques mérite une attention toute particulière.
 
… mais des à-coups pourraient aussi se produire à court terme…
 
 
Des risques baissiers pèsent aussi sur la reprise à court terme, notamment dans la mesure où l’envolée récente des dépenses des ménages aux États‑Unis a été financée par une expansion rapide du crédit. La hausse du taux d’épargne sera sans doute modérée, mais un ajustement relativement prononcé pourrait néanmoins se produire en cas d’augmentation des taux d’intérêt et du service de la dette. En dehors des États‑Unis, on peut surtout craindre que la dégradation du marché du travail ne fasse obstacle à la normalisation attendue de la confiance des ménages en Europe et qu’elle ne renforce la propension déjà perceptible des ménages japonais à différer leurs achats. Un autre risque à court terme est lié à l’évolution du cours du pétrole, qui pourrait dépasser le niveau retenu comme hypothèse pour les prévisions au cas où la situation politique viendrait à se détériorer dans les pays producteurs de pétrole ou dans les pays voisins. Une telle évolution pourrait provoquer, comme en 2000, une augmentation de l’inflation, une baisse des revenus, une dégradation de la confiance des consommateurs et un affaiblissement de la reprise.
 
… et des tensions pourraient se manifester à moyen terme
 
 
A moyen terme, des tensions pourraient aussi se manifester dans un certain nombre de domaines et compromettre la viabilité de l’expansion. En premier lieu, la croissance dans les économies de l’OCDE et les économies non membres est tributaire de la demande américaine, si bien que les déséquilibres commerciaux sont appelés à s’accentuer. Rien ne permet pour l’instant de penser que les entrées de capitaux nécessaires pour financer le déficit de la balance courante américaine pourraient se tarir, mais il faudra que l’épargne privée et publique augmente aux États‑Unis afin d’éviter une hausse éventuelle des taux d’intérêt à l’échelle mondiale. L’expansion pourrait également être menacée par de nouvelles pressions protectionnistes, dans la mesure où la décision américaine d’appliquer des mesures de sauvegarde à une large gamme de produits sidérurgiques risque de donner lieu à des représailles. Dans le même contexte, la fragilité financière d’un certain nombre de pays émergents constitue une menace supplémentaire. La crise en Argentine a pu être contenue géographiquement, mais ses effets de contagion pourraient bien être plus graves si les échanges internationaux ne se redressaient pas comme prévu.
19 avril 2002.
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