Perspectives économiques de l'OCDE
Ed. de l’OCDE

I.S.B.N.92-64-10059-8
298 pages

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no 73 2003/1

2003 Perspectives économiques de l’OCDE

Éditorial : une reprise graduelle mais peu spectaculaire

Depuis la dernière parution des Perspectives économiques de l’OCDE, il y a six mois, la croissance au sein de l’OCDE s’est révélée décevante. La reprise américaine reste fragile et un peu plus faible que prévu, alors que la croissance de la zone euro n’a pas été à la hauteur de prévisions pourtant modestes. Au Japon, des exportations et un investissement fluctuants n’ont pas débouché sur une véritable reprise.
Il y a de nombreuses raisons à ce nouvel accès de faiblesse, et il n’est pas facile de les hiérarchiser.
Inquiétudes quant au prix du pétrole, anxiété face à la guerre, peur du terrorisme et des épidémies, perte de confiance dans la gouvernance internationale… La liste des facteurs géopolitiques et psychologiques est longue. Et leur rôle dans l’affaiblissement récent de la confiance des entreprises et des consommateurs est bien tangible.
En dépit de leur omniprésence dans le débat public, ces turbulences ne devraient pas masquer cependant la dimension proprement économique des problèmes actuels et son importance pour l’avenir de la reprise mondiale. Cette reprise se révélera en effet d’autant plus solide et durable que les déséquilibres passés (surinvestissement, actions survalorisées, fragilité des bilans…) auront été résorbés, dans un contexte où les politiques économiques continuent à soutenir la croissance. Pour utiles qu’ils soient, une reconstruction rapide en Irak et le retour progressif à plus de sécurité dans le monde ne sauraient se substituer à une authentique dynamique de croissance économique.
Malgré les incertitudes ambiantes et l’atonie actuelle de l’activité, ces Perspectives tablent toujours sur une reprise graduelle quoique peu spectaculaire de l’activité. Un tel scénario semble le plus probable même si une rechute dans la récession ne peut être totalement exclue.
Ce scénario lent mais nullement catastrophique s’appuie sur une analyse de risques soigneuse. Sur le versant géopolitique, le risque le plus aigu s’est maintenant largement dissipé. Avec la fin de la guerre et la sécurisation des gisements de pétrole irakiens, la menace d’une crise pétrolière plongeant l’économie mondiale dans la récession a en effet perdu en actualité. Toutefois, la perception plus diffuse d’un environnement économique encore incertain pourrait prévaloir un temps, prolongeant un certain attentisme en matière d’investissement et d’achats de biens durables.
D’un point de vue strictement économique, certains obstacles à la reprise ont été progressivement levés. C’est le cas notamment pour la demande des entreprises. Aux États-Unis, le stock de capital n’est plus surdimensionné et l’investissement a cessé de baisser, ce qui supprime un frein à la croissance. Les entreprises sont maintenant mieux placées pour prendre le relais des consommateurs. En Europe, les stocks qui sont jugés le plus souvent légers pourraient contribuer à amorcer une « reprise technique ». Plus largement, les conditions budgétaires et monétaires restent suffisamment accommodantes au sein de l’OCDE pour soutenir une reprise naissante.
Il faudra probablement du temps, en revanche, pour que la demande des ménages accélère, dans un contexte où les salariés s’inquiètent de l’évolution des marchés du travail et les propriétaires de logement – au Royaume-Uni et aux États-Unis notamment – redoutent les risques de baisses de prix de l’immobilier.
La nécessaire consolidation de bilans, fragilisés par une longue période de surinvestissement et de surendettement, pourrait également peser sur la reprise. Cette phase de transition concerne tout autant les ménages américains et britanniques que les entreprises européennes, dont les profits sont souvent médiocres et l’endettement élevé. Un exemple frappant de surendettement est fourni par le secteur des télécommunications, analysé en détail dans l’un des chapitres spéciaux des Perspectives. Dans ce secteur, les difficultés financières présentes, aussi considérables soient-elles, ne doivent pas servir d’excuse pour différer les réformes économiques et ouvrir davantage les marchés de télécommunication.
L’exemple des Télécoms vient à point pour illustrer le défi que doit aujourd’hui relever la politique économique : avancer résolument, et sans attendre, avec les réformes alors même que la reprise est à peine esquissée. Pour relever ce défi, une stratégie à « double détente » est nécessaire combinant le souci affiché de soutenir, en tant que de besoin, la conjoncture et la capacité de fixer fermement un cadre de long terme propice au rétablissement de la confiance.
Du côté des politiques de stabilisation conjoncturelle, il apparaît que les marges de manœuvres budgétaires pourront difficilement aller au-delà du simple jeu des stabilisateurs automatiques. Les déficits publics pour la zone OCDE dans son ensemble devraient atteindre 3½ pour cent du PIB en 2003. Cette forte détérioration reflète la faiblesse conjoncturelle des recettes fiscales, mais également une dégradation structurelle des déficits budgétaires dont le redressement demandera du temps et des efforts. Cette plongée dans les déficits est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit le plus souvent dans un contexte où les déficits à venir seront considérablement alourdis par les effets du vieillissement démographique et la lenteur avec laquelle sont réformés les systèmes de retraite et de santé. De fait, un certain nombre de pays n’ont désormais plus d’autre choix que d’entamer sans attendre l’assainissement de leurs finances publiques. Une certaine prudence budgétaire est également essentielle pour éviter des relèvements prématurés des taux d’intérêt à long terme et contribuer à stabiliser l’économie dans la durée.
Dans ce contexte, la politique monétaire est la mieux placée pour accompagner la reprise. Si à ce jour les conditions monétaires semblent adaptées à la situation conjoncturelle des États-Unis, une baisse significative des taux apparaît souhaitable dans la zone euro, où la croissance devrait rester en dessous du potentiel pendant les prochains trimestres alors que l’inflation sous-jacente ralentira. Au Japon, il serait souhaitable d’agir plus vigoureusement pour accroître la liquidité tout en accélérant la restructuration du secteur financier.
Renouer avec une dynamique de croissance nécessite dans bien des pays de l’OCDE un nouvel engagement en faveur des réformes économiques. Cette nécessité est particulièrement claire dans les grands pays européens et au Japon, où le PIB par tête a d’abord cessé de rattraper celui des États-Unis pendant les années 80 avant de reperdre du terrain pendant les années 90, marquant ainsi une rupture par rapport à l’expérience de l’après-guerre. Les domaines où les réformes méritent la plus grande attention sont bien mis en évidence dans le chapitre V des présentes Perspectives.
Les réformes destinées à stimuler la croissance potentielle sur le moyen terme peuvent aussi, à court terme, améliorer la résilience des économies face à des chocs conjoncturels. Ce n’est sans doute pas pure coïncidence si, comme le note ce rapport, les pays ayant crû le plus rapidement au cours de la décennie passée sont aussi ceux qui ont le plus facilement résisté aux chocs, alors que les pays affichant la performance la plus médiocre sur le long terme sont également ceux qui ont divergé le plus fortement de leur trajectoire de long terme au cours des trois dernières années.
Dans nombre de pays, c’est la mise en route de plans d’action ambitieux en faveur de la croissance qui permettra de redonner aux agents économiques un ancrage de long terme. Ces « agendas pour la croissance » peuvent avoir des objectifs variés, allant d’une meilleure gouvernance d’entreprise aux États-Unis, au relèvement de l’emploi et de la productivité au Japon et en Europe. En Allemagne, où des faiblesses structurelles font obstacle à une reprise robuste, un programme ambitieux de réformes centré sur les institutions du marché du travail et de sécurité sociale est en cours de discussion. Un tel programme, appliqué dans son intégralité, aiderait à libérer le potentiel de croissance de l’économie allemande.
En ces temps de frictions diplomatiques et de perte de confiance dans la gouvernance collective, il est important que les négociations commerciales progressent. Plus généralement, des efforts pour maintenir et renforcer l’intégration économique internationale demeurent essentiels à la prospérité mondiale. Des travaux empiriques menés récemment à l’OCDE, et résumés dans les chapitres VI à VIII des présentes Perspectives, montrent comment un meilleur cadre réglementaire peut promouvoir l’investissement direct étranger. Préserver le système économique mondial en améliorant la sécurité est certainement d’une importance centrale, mais des mesures actives facilitant les mouvements de capitaux et donc ceux de la connaissance et de l’expertise sont elles aussi vitales.
16 avril 2003
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Jean-Philippe Cotis
Chef économiste
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