Éternel retour et temps périodique dans la philosophie stoïcienne
Jean-Baptiste Gourinat
Selon les Stoïciens, à l’issue d’une longue période de temps l’univers entier s’embrase. Tout disparaît alors, sauf le feu divin lui-même. L’univers renaît ensuite à l’identique. Ce processus se répète à l’infini, d’où l’expression « retour éternel » (jamais employée par les Stoïciens). Mais comment certains événements peuvent-ils en précéder d’autres, s’ils doivent se répéter après eux ? Et comment le même individu peut-il renaître, si sa substance est détruite ? La première difficulté était probablement résolue par l’interruption du temps entre deux périodes de l’univers, et la discussion de la seconde inséparable d’un critère de l’identité qui ne tienne ni à la substance corporelle ni à des détails physiques inessentiels.
According to the Stoics, at the end of a long period of time, the whole universe turns into fire. It completely disappears, with the exception of divine fire itself. Then, the universe is reborn under its previous form. This process repeats itself indefinitely. This doctrine of « everlasting recurrence » (an expression not employed by the Stoics themselves) encountered two difficulties : how could some events be prior to other ones, if they reproduce themselves after those posterior events ? And how could the same individual reappear, if his very substance had been destroyed ? The answer to the first question was presumably an interruption of time between two periods. The answer to the second was inseparable from a criterion of identity distinct from continuity of material substance and from unessential bodily characteristics.
• I. La doctrine
— 1 . 1. Le vocabulaire
— 1 . 2. La doctrine selon Zénon de Citium
• 1 . 3. La doctrine selon Chrysippe
• II. Les problèmes de la doctrine et les débats à l’intérieur de l’école
— 2 . 1. Le problème du temps cyclique et du temps périodique
— 2 . 2. Le problème de l’identité numérique
— 2 . 3. Le problème de l’identité et de la différence
• Conclusion