Revue philosophique de la France et de l'étranger
P.U.F.

I.S.B.N.9782130526681
144 pages

p. 521 à 521
doi: en cours

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Tome 127 - n° 4 2002/4

2002 Revue philosophique de la France et de l’étranger

Nécrologie

 
Jacques Merleau-Ponty (1916-2002)
 
 
Jacques Merleau-Ponty nous a quittés le vendredi 7 juin 2002.
Cousin germain de Maurice Merleau-Ponty, ancien élève de l’École normale supérieure, Jacques Merleau-Ponty fut mobilisé en 1939 avant la fin de ses études. Prisonnier de guerre, il s’évada et rallia les rangs de la Résistance. Arrêté par la Gestapo, il fut incarcéré à Fresnes.
Libéré en août 1944, Jacques Merleau-Ponty devint journaliste à l’Agence France-Presse et à Combat. Mais cet agrégé de philosophie devait regagner l’enseignement et la recherche. D’abord professeur au lycée de Beauvais puis au lycée Louis-le-Grand, Jacques Merleau-Ponty entra au CNRS. Il y prépara ses thèses de doctorat : Cosmologie du XXe siècle fut sa thèse principale soutenue en Sorbonne le 19 juin 1965 (publiée chez Gallimard). Nommé d’abord Maître de conférences à la Faculté des lettres de Besançon, Jacques Merleau-Ponty obtint une chaire de professeur d’épistémologie à l’Université de Paris X - Nanterre où il enseigna jusqu’à sa retraite.
Ancien président de la Société française de philosophie, Jacques Merleau-Ponty était, à l’instar des philosophes de l’Antiquité, habité par la passion de la cosmologie. Sa thèse fit connaître aux philosophes les révolutions cosmologiques du XXe siècle. Il la compléta en publiant, en 1983, une étude historique sur La science de l’univers à l’âge du positivisme (Vrin).
Historien des sciences, Jacques Merleau-Ponty fit revivre l’aventure intellectuelle d’Eddington dans sa thèse complémentaire (Les Belles Lettres). En 1974, il publia des Leçons sur la genèse des théories physiques consacrées à Galilée, Ampère et Einstein. Des affinités profondes le liaient au physicien allemand : Jacques Merleau-Ponty devait participer à l’édition, au Seuil, des Œuvres d’Einstein, écrivant en outre, en 1993, une étude magistrale sur le savant, en qui il reconnaissait aussi un philosophe, disciple de Spinoza.
Dans un article de la Revue philosophique1, Jacques Merleau-Ponty constatait l’indifférence des philosophes contemporains à l’égard des recherches cosmologiques. C’était, à ses yeux, d’autant plus injustifié que la cosmologie renouait avec la métaphysique. Pour l’épistémologue, la question de l’origine de l’univers était, du point de vue de la pensée rationnelle, aporétique : elle ouvrait donc sur ce mystère qui est la nourriture même de la pensée. La haute stature morale et intellectuelle de Jacques Merleau-Ponty constituait un appel pour ceux qui ont eu le bonheur de le connaître. Ce philosophe était un savant d’une rare qualité : animé par une passion intransigeante pour la vérité, sa droiture intellectuelle était irréprochable. Puissions nous entendre encore cet appel du héros.
Bernard RIGAUX.
 
NOTES
 
[1] 1994-3, p. 273-274.
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