Revue philosophique de la France et de l'étranger
P.U.F.

I.S.B.N.9782130534501
144 pages

p. 7 à 22
doi: en cours

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Tome 128 - n° 1 2003/1

2003 Revue philosophique de la France et de l’étranger

Bacon et la deductio ad praxin

Michel Malherbe Université de Nantes.
La question des fins de la philosophie dans la pensée baconienne a été souvent discutée et on a pu faire du Chancelier le héraut de la science technologique. Une telle interprétation se heurte à une lecture plus exacte des textes qui montre que, si le bonheur de l’humanité par une action sur la nature est la fin dernière de la philosophie, sa fin première est la connaissance métaphysique des formes ou des causes. La deductio ad praxin ne peut être comprise qu’à la lumière de la démarche inductive. The topic of the stakes of philosophy was often discussed with reference to Bacon’s thought. And it was often questioned as whether the Chancelor may have been the herald of technological science. Such an interpretation runs the risk of a more acute reading of the latter’s text showing that if humanity’s happiness through its action on nature is the final aim of philosophy, its primary one is the metaphysical knowledge of either forms or causes. The deductio ad praxin can only be understood with reference to the inductive approach.
Il est toujours difficile de juger de Bacon ; et la question des fins qu’il attribue à la philosophie fait partie de ces sujets souvent étudiés chez lui pour leur force idéologique, souvent aussi déplacés, au détriment de la lettre même des textes ou de leur sens le plus immédiat. La difficulté vient certainement de l’œuvre elle-même dont l’ambition déclarée dépasse les achèvements. Elle vient aussi de nous-mêmes qui sommes des Modernes et qui ne comprenons plus certaines choses ou qui comprenons d’autres choses que ce qu’entendait le Chancelier au tout début du XVIIe siècle.
Rappelons les analyses très représentatives et connues d’un Benjamin Farrington qui, dans un petit ouvrage déjà ancien, The Philosophy of Francis Bacon, an Essay on its Development from 1603 to 1609 (Liverpool University Press, 1964), tentait de saisir in ovo la nouveauté de la pensée baconienne ou, du moins, son originalité, qu’il exprimait dans un titre de chapitre : « From the imitation of nature to the dominion over nature ». La fin de la connaissance ne serait plus la contemplation de la vérité, mais l’utilité des hommes ; et l’art humain serait appelé à s’affranchir de l’imitation de la nature pour entrer dans l’ère de la technique et de la transformation de la matière.
Farrington peut appuyer son propos sur de nombreuses citations baconiennes. Le § 16 des Cogitata et Visa déclare que l’ambition la plus légitime est celle qui se trouve « chez ceux qui tentent d’établir et d’élever la puissance et l’empire de l’homme même » [1]. Le Temporis partus masculus a pour sous-titre : Sive instauratio magna imperii humani in universum. On invoquera encore le début du Valerius Terminus, sans doute le texte le plus significatif : la connaissance ne doit pas prétendre pénétrer la nature et la volonté de Dieu, « toute connaissance doit être limitée par la religion et rapportée à l’usage et à l’action ». La connaissance a été donnée aux hommes par Dieu pour le bienfait et le secours de leur condition et de la société, « for otherwise all manner of knowledge becometh malign and serpentine » et conduit l’esprit à s’enfler. Les fins de la connaissance ne sont pas le plaisir de la curiosité « but a restitution and reinvesting (in great part) of man to the sovereignty and power which he had in his first state of creation » [2].
La pensée baconienne illustrerait donc de manière exemplaire le passage d’une philosophie contemplative à une philosophie pratique, ainsi que le triomphe de la pensée biblique de la restauration de l’homme sur la pensée grecque de la vie contemplative ; mais triomphe déjà dépassé par ce qui s’annonce, je veux dire : le règne de l’homme par l’homme et pour l’homme. Car la restauration de l’homme par le salut et par la foi, dans un plan providentiel qui porte au-delà de ce monde, va désormais de pair avec la restauration, sinon l’instauration nouvelle du pouvoir de l’homme sur la nature, en ce monde. Aimer Dieu plus que soi-même ; mais aussi aimer son prochain comme soi-même, c’est-à-dire travailler au bien-être de l’humanité, autant qu’il est au pouvoir du philosophe intègre. Chez Bacon, il est vrai, le propos biblique reste ferme : les deux restaurations sont solidaires l’une de l’autre ; la nature transformée par l’homme reste la nature créée par Dieu et il serait sacrilège de porter atteinte à ce que le Créateur a jugé bon. Mais un lecteur pressé n’a pas de peine, quatre siècles plus tard, à discerner dans un tel propos les germes de la laïcisation de la science par la technique, le début de la subordination des fins théoriques aux fins pratiques, l’affirmation naissante du pouvoir de transformation de la nature par l’homme, etc. [3].
 
Les « ambiguïtés » de Bacon
 
 
Le discours de Bacon est-il aussi explicite dans cette promotion des fins pratiques de la sagesse humaine ? Les textes pris par le menu ne paraissent pas aussi nets que telle citation, plus ou moins artificiellement extraite, peut le suggérer. Déjà, dans les textes que nous venons d’évoquer, il conviendrait de souligner que la puissance reconnue à l’homme n’a de sens que par rapport à la puissance souveraine de Dieu et que la connaissance qui est interdite à l’homme est celle de la nature en elle-même, pour autant qu’une telle connaissance permettrait de pénétrer l’acte créateur divin.
L’aphorisme 81 du Novum Organum déclare certes qu’une des causes du peu d’avancement des sciences tient à ce que le but lui-même n’a pas été correctement posé : « Or le but véritable et légitime des sciences n’est autre que de doter la vie humaine d’inventions et de ressources nouvelles. » Mais l’aphorisme porte sur le peu de progrès des sciences et dénonce ici les professeurs plus soucieux de leur pratique mercenaire que d’augmenter la masse des arts et des sciences.
Dans l’aphorisme 73, il est rappelé que, « de tous les signes, le plus sûr et le plus noble est celui qui se mesure aux fruits ». Et de reprocher à la philosophie grecque de n’avoir pas fourni « une seule expérience qui ait en vue l’allégement et l’amélioration de la condition des hommes ». Et de reprendre la critique de Celse aux médecins de n’avoir jamais poursuivi que la recherche des causes à partir des expériences connues, et non d’avoir pris l’ordre inverse « selon lequel les expériences eussent été inventées et extraites de la philosophie et de la connaissance des causes ». Or ce n’est pas seulement l’utilité qui est ici invoquée, mais bien l’élargissement du champ de l’expérience. C’est pourquoi ce qui suit immédiatement est la critique des chimistes qui, à la façon des mécaniciens, se bornent à varier les expériences ou en pratiquent au hasard « et non par l’effet d’un art ou d’une théorie ».
Deux indices encore, parmi d’autres. L’une des causes de l’état présent du savoir est que « la philosophie naturelle s’est vu attribuer la plus petite part dans le soin des hommes » [4]. Et tout l’aphorisme 79 fait l’histoire de cet oubli. La philosophie naturelle a été traitée comme une servante. « Que personne n’attende alors de grands progrès dans les sciences (surtout dans leur partie opérative) tant que la philosophie naturelle ne se sera pas étendue jusqu’aux sciences particulières et inversement tant que les sciences particulières n’auront pas été ramenées à la philosophie naturelle. » Autrement dit, le développement des œuvres suppose une véritable philosophie naturelle, voulue pour elle-même et non subordonnée à des savoirs plus pratiques comme la théologie ou la philosophie morale. On n’est donc pas surpris que la Nouvelle Atlantide mette en parallèle les deux fins, spéculative et pratique, sans les subordonner : « The end of our Foundation is the knowledge of causes and secret motions of things ; and the enlarging of the bounds of human empire, to the effection of all things possible. » [5] La Delineatio est encore plus nette puisqu’elle distingue expressément entre le but de la science humaine qui est de connaître la cause d’un effet proposé à l’étude, et celui de la puissance humaine qui est de produire un effet quelconque ou d’apposer une nature sur une matière. « Mais pour peu qu’on ait de la pénétration et de la justesse dans les idées, on reconnaît aisément que ces deux buts, en apparence différents, ne laissent pas de coïncider ; ce qui joue le rôle de cause dans la théorie joue celui de moyen dans la pratique. » [6] Dans la condition présente des hommes et eu égard à l’infirmité de leur nature, les deux fins restent distinctes ; leur confusion complète dans le scire est posse supposerait et un achèvement du savoir et une entière maîtrise du pouvoir de la nature, qui ne feraient alors qu’un.
 
La critique des empiriques
 
 
Il n’est donc pas difficile de présenter des textes où les fins spéculatives passent clairement au premier plan. À titre exemplaire, considérons l’aphorisme I, 70, qui bâtit de manière construite et graduée la critique des différents corps du « genre empirique ».
Les empiriques ont, d’une manière générale, pour caractère commun un mauvais emploi de l’expérience. Ils ont le souci d’expérimenter et prétendent ajouter aux sciences. Mais ils se précipitent et leur hâte à parvenir à un résultat n’est pas la moindre cause de leurs insuffisances. On commence par les mécaniciens qui accumulent tous les défauts. Leur mode d’expérience est stupide et aveugle. Ils partent des expériences les plus ordinaires, ne s’y attardent guère, s’empressent d’accumuler et de généraliser, allant du semblable au semblable et donc du connu au connu, sans possibilité de progrès. Si jamais, pour se singulariser, ils prennent le contre-pied des maximes reçues, ils le font imprudemment. Ils « n’ont pas su s’attarder le temps nécessaire auprès des choses mêmes ou de l’expérience » et ils pratiquent « une sorte d’enquête errante, sans l’appui d’une règle sûre ». La critique est double et circulaire : ils ne prêtent pas assez d’attention à l’expérience, faute d’une règle sûre ; et ils ne sauraient élaborer de règles sûres, faute d’être attentifs à l’expérience.
« Si d’aventure certains s’attellent aux expériences avec plus de sérieux... » (I, 70), ils ne font que creuser une seule expérience. La règle d’extension leur fait défaut. C’est le cas de Gilbert qui, ayant étudié l’aimant avec soin, pense que tous les phénomènes sont d’aimantation. C’est aussi le cas des chimistes, avec l’or. Toutefois, les chimistes font davantage : d’une expérience limitée et particulière, ils prétendent tirer des systèmes spéculatifs, encore plus chimériques que ceux qu’inventent les philosophes du genre rationnel : « À partir de quelques expériences faites dans les fours, ils ont forgé une philosophie entièrement imaginée et bornée. » Ils ont donc un désir de spéculation. Mais la règle leur fait toujours défaut.
« Et quand bien même, à partir d’expériences, ils réaliseraient un début de système, presque toujours, par un zèle précipité et inopportun, ils se détournent vers la pratique, pour l’usage ou le bénéfice de cette pratique » ou pour toute autre fin : faire du neuf et prouver le progrès de leur connaissance, pour se faire valoir, s’attirer des prébendes et les honneurs. « Ils ont cherché dès le début, par un souci prématuré et intempestif, des résultats fixés d’avance ; je veux dire, ils ont recherché des expériences fructueuses, et non des expériences lumineuses, n’imitant pas en cela l’ordre divin qui le premier jour créa la lumière seulement... sans rien produire qui relevât d’une œuvre matérielle, œuvre à laquelle il vint seulement les jours suivants. »
Résumons l’intention de tout l’aphorisme : la connaissance part de l’expérience ; mais l’expérience n’est pas à elle seule la connaissance et elle a une autre fin qu’elle-même. Accordons que la fin dernière soit le bonheur du genre humain ; il reste que la fin prochaine, c’est la connaissance. Et, pour Bacon, tout aussi importante et grave que la méconnaissance des fins véritables est l’ignorance des moyens d’y parvenir, le mépris de l’ordre d’invention et les anticipations qui font négliger les moments intermédiaires. C’est pourquoi les expériences doivent être lumineuses avant que d’être fructueuses. La première tâche à accomplir est donc la recherche de la vérité. « Le mécanicien, en effet, ne se met nullement en peine de la recherche de la vérité ; il ne tend son esprit ou n’étend sa main que vers ce qui seconde son ouvrage. Mais l’espoir d’un progrès ultérieur des sciences sera bien fondé quand dans l’histoire naturelle on recueillera et amassera une foule d’expériences qui par elles-mêmes ne sont d’aucun usage, mais qui prêtent à la seule invention des causes et des axiomes. » Et la suite de cet aphorisme 99 précise : ce n’est pas l’œuvre (l’expérience) qui cause l’œuvre (une expérience nouvelle), ou l’effet (le phénomène) l’effet (le résultat pratique), mais la cause naturelle que l’on découvre à partir de l’effet connu et qui peut produire d’autres effets encore inconnus.
L’ordre à suivre est donc le suivant : « Il faut espérer bien davantage de la lumière naturelle des axiomes, lorsqu’ils sont extraits des particuliers par une voie et une règle sûre ; axiomes capables à leur tour d’indiquer et de désigner de nouveaux particuliers. Car la voie à suivre ne se tient pas dans un même plan : elle monte et elle descend. Elle monte d’abord aux axiomes et descend ensuite aux œuvres. » [7]
 
La deductio ad praxin
 
 
Le propos est ancien. Aristote faisait déjà la différence entre le fait et le pourquoi du fait, entre la simple expérience qui, par le jeu des habitudes, des dispositions, est capable d’extension, et l’art qui requiert la science de l’universel. Le propos est tout aussi moderne : c’est un caractère évident de la technique que de passer par la construction théorique et même d’accorder à l’abstraction une autonomie relative pour mieux asseoir ses opérations. La différence fondamentale de Bacon avec Aristote est que, ne cherchant pas d’essence mais seulement des causes agissantes, il ne fait pas de l’art le supplément, indigne en quelque sorte, quoique utile, de la science contemplative. La différence de Bacon avec la science contemporaine est qu’il ne connaît pas l’abstraction mathématique et qu’il a encore l’ambition de connaître des causes, alors que la pensée moderne a renoncé à cette espérance et qu’elle se contente de corréler dans des modèles certains phénomènes et certaines théories axiomatisées. Chez Aristote, la fin pratique est seconde et de moindre prix et n’est pas fondamentalement liée à la fin théorique ; chez les modernes, la fin proprement théorique et la fin pratique sont conjointes, mais ne tiennent l’une à l’autre que par cet étrange opérateur qu’est l’abstraction. Chez Bacon, les deux fins sont liées dans l’étroite union de la connaissance et de la nature, réalisée au bénéfice de l’utilité et de la commodité des hommes.
Cela monte et cela descend, selon l’ordre : des expériences aux principes (aux axiomes, dans le langage baconien) et des principes aux œuvres. Le Chancelier nomme deductio ad praxin l’opération par laquelle l’esprit va des principes aux œuvres [8]. Le mot apparaît dans l’aphorisme II, 21, quand, après avoir traité des tables et fait la première vendange, Bacon annonce le programme des aides qu’il faut apporter à l’entendement dans l’interprétation de la nature : en premier rang, les instances prérogatives, qui occuperont toute la suite du livre II, et en septième rang (sur neuf) : Dicemus... septimo de deductione ad praxin, sive de eo quod est in ordine ad hominem ( « en septième lieu nous parlerons de l’application à la pratique, c’est-à-dire de ce qui a rapport à l’homme » ) [9]. L’expression in ordine ad hominem est remarquable, étant ici employée en valeur positive, alors que, touchant l’effort même de connaissance, elle apparaît en valeur négative, puisqu’il est requis de ne pas en rester à ce qui est in ordine ad hominem (ou ex analogia hominis), mais de passer à ce qui est in ordine ad universum ou ad analogiam naturae [10]. Selon donc qu’on a affaire à la connaissance ou à la pratique, à l’inductio ou à la deductio, le terme final n’est pas le même : la nature ou l’homme.
Les deux moments de l’inductio et de la deductio sont toujours distingués [11] ; et, à la différence d’autres modes de la pratique, la deductio vient toujours en second, du moins logiquement [12]. La deductio ne peut se passer de l’inductio. Livrée à elle-même, elle ne pourrait prendre que la forme d’un syllogisme qui part de principes n’exprimant que des notions vulgaires et qui, incapable de se donner le moyen terme que seule l’inductio peut mettre au jour, ne saurait mener à d’autre résultat qu’à l’invention d’arguments ou de formes spécieuses. En effet, le ressort de toute production est la maîtrise du moyen, c’est-à-dire de la cause vraie, c’est-à-dire du procès même de l’opération. Sans l’invention du moyen par l’induction, le syllogisme ne pourrait avoir aucune puissance et se contenterait de développer un savoir déjà contenu dans les prémisses. Il est intéressant de souligner que Bacon lie la forme de la théorie (la déduction syllogistique) à la production d’effets. Aussi la Delineatio rappelle-t-elle que « les hommes ne doivent pas oublier que la recherche active doit être exécutée à l’aide de l’échelle descendante, dont nous nous sommes interdit l’usage dans la partie contemplative » [13], échelle descendante qui ramène aux existences, c’est-à-dire aux individus, en repassant par tous les degrés parcourus dans l’échelle ascendante. Seule l’induction invente, seule elle représente le moment proprement spéculatif de l’interprétation de la nature ; la déduction expose le bénéfice de l’invention dans l’accomplissement à la fois systématique et pratique de cette interprétation.
La Distributio operis annonce le contenu de cette pars activa qui fait la dernière partie de l’Instauratio Magna, sous le nom de philosophie seconde ou science active, partie « à laquelle toutes les autres sont subordonnées » et qui sera l’œuvre de la philosophie enfin adulte [14]. Bacon n’est guère explicite sur son contenu et, ne s’accordant à lui-même que le mérite des commencements, il avoue : « Achever et mener à terme cette dernière entreprise surpasse nos forces et outrepasse nos espoirs. » Celles du Chancelier, et peut-être celles des générations futures les plus proches, quoique cette fin fasse légitimement l’espérance du genre humain. « Car il ne s’agit pas seulement ici du succès de la spéculation, mais de la condition et de la destinée humaine, et de toute la puissance des œuvres. »
Mais il faut lire, sans interrompre l’argument, la suite immédiate du texte où Bacon énonce quasi littéralement les aphorismes 1 et 3 par lesquels s’ouvre le Novum Organum et qui font de l’homme le ministre et l’interprète de la nature. L’idée générale est claire : dans la philosophie seconde se réalisera l’union de l’homme et de la nature par laquelle, connaissant les choses elles-mêmes grâce à l’interprétation de la nature, l’homme pourra étendre ses actions et réaliser ses fins. La nature est l’objet de la connaissance et de l’action humaine, mais elle en est aussi la limite ; de sorte que, bon interprète, l’homme est aussi le ministre de la nature. Certes, ce n’est plus l’idée que l’art humain permet de porter à leur achèvement certaines fins de la nature, car les choses mêmes sont l’œuvre de Dieu et nous ne saurions avoir de pouvoir que par le pouvoir de Dieu. « Il n’existe aucune force qui puisse arrêter ou briser la chaîne des causes ». Et si nous ne connaissons pas les causes nous ne saurions produire les effets. « On ne triomphe de la nature qu’en lui obéissant ». Et l’obéissance est dans le savoir. Mais le savoir étant la condition du pouvoir, elle est aussi dans le pouvoir. Bacon n’est pas un apôtre de la technique, mais fondamentalement un physicien. Et si, dans ces formules très célèbres, on a retenu surtout le mot « triomphe », une bonne lecture commande de voir que c’est l’idée d’obéissance qui importe et qui est, au demeurant, immédiatement explicitée : toute opération suppose une règle ; cette règle, l’homme ne saurait la tirer de lui-même ; la règle procède de la cause qui est connue dans la spéculation [15].
On peut renforcer le trait en remarquant que la connaissance des choses suppose que l’homme se déprenne de lui-même et passe de ce qui a proportion à lui à ce qui a proportion à l’univers, par un véritable procès d’effacement de la nature humaine, de la limitation humaine ; et en observant que les aphorismes qui viennent ensuite sont une critique des œuvres humaines, parce que trop humaines, parce que dépendant d’une méthode qui n’a pas de fidélité aux choses.
 
L’experientia literata
 
 
Deux difficultés surgissent rapidement. La première se tire immédiatement du plan de l’Instauratio Magna : si la philosophia secunda et activa suppose la connaissance des causes et des axiomes premiers, si Bacon avoue qu’il en est lui-même encore fort loin et que c’est une tâche pour les générations futures, comment peut-on espérer jamais améliorer le sort du genre humain, sinon dans des lendemains qui chantent ? Or la misère humaine est ici et maintenant. Et le devoir d’y remédier n’attend pas.
La seconde est sa symétrique : comment commencer ? On sait que c’est une question qui obnubile la pédagogie et la méthodologie de Bacon. Mais la question se pose à nouveau quand on en vient à la tâche elle-même. On peut faire la critique des empiriques sur le plan de la méthode, mais il faut bien commencer. On peut se donner une règle de méthode, mais il ne faut pas qu’elle ait la valeur d’une anticipation de l’esprit ou d’une prévention. Assurément, l’on commence par l’histoire naturelle, par le recueil des particularia ; et déjà la méthode inductive est à l’œuvre dans son travail, comme le déclare l’aphorisme I, 100 : il faut non seulement des expériences plus nombreuses et d’un autre genre (lumineuses), « il faut aussi introduire un lien méthodique, un ordre et un progrès tout différent, dans l’enchaînement et l’avancement de l’expérience... Selon une loi sûre... ». Mais si l’histoire naturelle est ainsi animée par l’induction, comment commence-t-on quand on est au plus près de la simple empirie ?
Revenons à la restriction de l’aphorisme 103 : il ne faut pas s’en tenir au procédé qui consiste à aller des œuvres aux œuvres, des expériences aux expériences, des particuliers aux particuliers. Cela dit, on peut bien commencer par cela et Bacon ne nie pas l’intérêt de ce procédé « horizontal » : il n’est pas inutile de s’adonner à la « simple transposition des expériences d’un seul art dans un autre ». Cette méthode a un nom : c’est l’experientia literata [16].
Le De augmentis (V, 2) développe plus longuement le thème, quand il divise l’art de l’entendement en quatre espèces distinctes : l’art d’invention, de jugement, de mémoire, et de transmission. Le texte distingue ensuite dans l’art de l’invention, qui est le plus important, entre l’invention des arts et celle des arguments (provision oratoire, topique) ; et dans l’invention des arts il compte celui de l’experientia literata, ou chasse de Pan (aut enim defertur ab experimentis ad experimenta), et celui du Novum Organum, instrument entièrement nouveau (aut defertur ab experimentis ad axiomata quae et ipsa nova experimenta designant) [17].
L’experientia literata, dûment enregistrée et écrite (sous forme de protocole, dirait-on aujourd’hui) n’est pas une procédure totalement aveugle ; en effet, le passage direct de l’expérience à l’expérience se fait selon des directives et en appelle à une sorte de sagacité dans l’invention, qui a ses régularités. Bacon énumère huit procédés différents auxquels il joint de nombreux exemples. Considérons le premier, à titre d’illustration : la variation de l’expérience. Elle peut se faire selon la matière (ainsi, pour la fabrique du papier, ayant fait des essais sur le linge, ne peut-on le faire sur la soie des Chinois ?), selon la cause efficiente (ainsi, les miroirs ardents concentrent les rayons du soleil et ont certains effets ; ne peut-on obtenir des effets semblables, quoique moindres, avec les rayons de la lune ?), selon la quantité de matière (ce qu’on appellerait aujourd’hui une recherche de doses, sachant qu’on n’augmente pas nécessairement l’efficacité en augmentant la quantité).
Il est facile de comprendre ce que Bacon a ainsi en vue. Ce sont toutes ces procédures expérimentales, communes, auxquelles on s’adonne dans beaucoup de laboratoires et qui, si indignes qu’on les juge, ne sont pas dépourvues d’efficacité dans la recherche. C’est, en quelque sorte, toute cette intelligence expérimentale, qui doit peu à la théorie, quoique ensuite on s’attache à en faire la théorie, mais qui est utile dans l’invention, quand on espère des résultats qu’on ne connaît pas encore ; intelligence pratique qui s’appuie sur le principe non énoncé de l’homogénéité et de la similitude des phénomènes de la nature, alors même qu’on n’en a pas encore déterminé les lois pertinentes. La seule condition posée est que l’expérience soit lettrée, c’est-à-dire publique et donc reproductible.
Ainsi est constitué tout un espace technologique procédant des effets aux effets, qui n’est pas totalement sans méthode (sorte de logique de l’expérience fructueuse), qui est étroitement lié aux conditions d’expérimentation et qui est directement motivé par l’espérance de résultats. Et c’est cette fin pratique qui justifie qu’on fasse l’économie de la recherche des causes, selon la voie légitime de l’interprétation de la nature.
Ce raccourci de l’experientia literata n’est pas le seul cas de raccourci : le De augmentis (III, 5) envisage même une procédure encore plus grossière, une mechanica mere empirica et operaria, qui repose sur le hasard et l’expérience acquise, mais qu’il ne faut pas totalement négliger, puisqu’il arrive qu’on obtienne ainsi des résultats. Mais on pourrait aussi évoquer dans le deuxième livre du Novum Organum (aphorisme 20) ce que Bacon appelle la première vendange, laquelle, sans que l’analyse ait été menée à son terme, livre une première définition de la chaleur, ébauche d’interprétation dont on peut dériver directement des conséquences pratiques (la partie opérative tire de la définition donnée une indication, une directive pratique).
D’où la question : Comment, s’il est vrai que la pars operativa est seconde et qu’à ce titre elle suppose que l’interprétation de la nature soit menée par la voie complète, de tels raccourcis sont-ils possibles ?
 
La structure de l’induction
 
 
Reprenons l’ensemble du raisonnement. La puissance est la fin de la science, non point en ce sens que toute la science serait asservie à la production des œuvres, mais en tant que l’opération, qu’elle s’exprime dans des produits utiles aux hommes ou dans de nouvelles expériences, est l’accomplissement du savoir. Car la production des effets a pour condition la recherche des causes ou des principes, et le savoir des causes est le savoir de la puissance productrice de la nature elle-même. Toutefois cette expression de la science dans les œuvres suppose un état d’avancement dans la connaissance dont les hommes sont encore loin. Pressé par l’utilité, après avoir posé que l’ordre doit être ascendant, puis descendant, Bacon multiplie les procédés horizontaux qui sont autant de degrés d’un savoir pratique.
Pour résoudre ce qui donne les apparences d’une contradiction, il faudrait rappeler la structure de l’induction baconienne, véritable cheville ouvrière de la doctrine. Rappelons seulement les deux règles inductives de la certitude et de la liberté [18]. Soit une nature (par ex. la chaleur) à étudier, la règle de certitude énonce que, quand la forme (la cause) de ladite nature est posée, l’effet suit infailliblement, universellement et dans tous les cas. Tel est le fondement de l’efficience : il faut et il suffit que, connaissant la cause, je la mette en œuvre et l’effet s’ensuit. Par où l’on vérifie que l’ordre de l’efficience se confond bien avec l’ordre déductif ou descendant. Toutefois, cette corrélation entre la cause et l’effet, si efficace qu’elle soit, ne garantit pas que la connaissance de la cause soit véritable. Car on ne peut exclure de droit que le même effet (la même nature) puisse être produit par une autre cause (une autre forme) ; et une expérience élargie ne laisse pas d’en apporter la preuve. Autrement dit, la puissance humaine peut être efficiente sans que la science humaine soit encore suffisante. L’effet produit, même universellement, l’est toujours dans une matière donnée ; on ne peut donc considérer l’efficace sans tenir compte de son domaine d’application. Et ce domaine d’application est limité. D’où l’on comprend que Bacon associe toujours la cause efficiente et la cause matérielle, cette dernière devant être comprise comme bornant la précédente. Si l’on généralise, l’on dira que la puissance opérative est toujours finie, étant toujours relative au champ d’application. Mais ce qu’on appelle ainsi la matière, c’est le domaine d’expérience dans son degré relatif d’extension et d’analyse. Il faut donc élargir l’expérience, augmenter le champ phénoménal et de telle manière que non seulement la preuve soit faite de la limitation de la cause efficiente connue et maîtrisée, mais qu’un nouvel effort de connaissance, qu’un sursaut inductif permette une meilleure analyse de la cause qui la rende plus générale, moins restreinte par son domaine d’application. Et ce moment inductif, celui de la négative (alors que le moment de la puissance est celui de l’affirmative), est le moment proprement dit de l’invention spéculative, autonome dans son ressort, puisqu’il s’affranchit de la limitation de l’opération dont on est capable au moment considéré. Et la règle est simple, c’est celle de la liberté : il suffit d’exiger que, quand la cause est ôtée, l’effet soit toujours supprimé ; il suffit de demander que le caractère nécessaire de la cause soit établi en vérité. Assurément, si l’induction réussit, alors l’on accède à une meilleure connaissance de la cause qui permettra une efficience plus assurée, s’appliquant à un domaine plus vaste que le précédent. Ainsi, à mesure que la connaissance s’accroît en vérité (en universalité et en nécessité), par le moyen de l’analyse et de l’abstraction, et pénètre davantage les lois ou les actes de la nature, la puissance opératoire s’étend et s’affermit davantage. L’argument se répétant à chaque étage, l’esprit progresse dans la connaissance des formes (des opérations) de la nature, tandis que sa limitation initiale, qui tient fondamentalement à la source empirique de la connaissance, pèse de moins en moins. Il passe de la physique à la métaphysique. Et la puissance humaine elle-même s’affranchit peu à peu des restrictions de la matière ; elle passe de la simple efficience à la magie (au sens baconien). Supposez que l’on parvienne au plus haut point de l’induction, c’est-à-dire à la connaissance des principes, alors l’efficience ne serait plus bornée et la puissance opératoire aurait toute liberté de production.
Toutefois, Bacon refuse qu’on puisse affranchir totalement les formes de la matière et il reproche à Platon, dont il est proche, d’avoir franchi le pas, d’avoir fait basculer la métaphysique dans la théologie [19]. Et l’on comprend aisément cette critique, puisque le rapport de la forme à la matière fait l’efficience. La métaphysique doit rester la métaphysique d’une physique. Si l’on suivait Platon, alors il faudrait admettre que la fin ultime de l’esprit humain est la contemplation des formes, la pure spéculation. Mais l’objet à connaître est la nature, c’est-à-dire ce qui fait notre monde.
D’autre part, selon le vieux principe aristotélicien, les produits de l’art sont particuliers et il faut les inscrire dans le monde commun, si l’on veut être utile aux hommes. Il faut donc redescendre et, quand l’on redescend, restituer toutes les limitations de la matière. Mais elles sont désormais connues : ce sont les schématismes (les configurations de la matière) et les progrès (les mouvements ou les processus) latents, ces objets que Bacon donne à la physique. Quand l’on suit l’ordre ascendant, les limitations desquelles il faut se libérer sont liées à la faiblesse native de notre nature humaine ; quand l’on suit l’ordre descendant, les limitations sont proprement physiques, elles sont les conditions matérielles d’application des formes quand, par le savoir (universel et nécessaire), on produit, on crée une existence nouvelle.
La possibilité de passer horizontalement des effets aux effets se comprend aisément à partir de là. La solution est de ménager, à chaque degré de l’ascension inductive, la possibilité d’une déduction pratique, mais qui recevra sa définition du niveau où elle se tient. Si l’on est tout au point de départ, quand se fait le recueil empirique d’expériences hasardeuses, faute d’avoir un début de connaissance, l’on n’a d’autre possibilité qu’une mécanique simplement empirique et, en quelque sorte, enfouie dans des opérations aveugles. Puis vient le moment de l’histoire naturelle où se développe une méthodologie de l’expérience et de la classification des particuliers ; une telle histoire, qui relève encore du travail de la mémoire, se donne pour tâche de fournir à l’entendement ses matériaux, et déjà peut s’annoncer en elle la méthode des tables. Et l’on comprend que de cette histoire ordonnée, classée, comparée et enregistrée, de cette experientia literata, on puisse, en usant des divers procédés associatifs sur lesquels elle s’appuie, tirer des directives opératoires pour l’enrichir sur le mode expérimental et pour créer certains moyens utiles à le vie des hommes. Vient ensuite, quand le travail proprement dit de l’interprétation est engagé, le temps de la physique, laquelle est, dans l’affirmative, l’inquisitio causarum efficientium et materialum, connaissance plus ou moins approfondie selon le degré d’analyse et d’abstraction atteint par la négative, dans l’étude des formes, connaissance déjà opératoire qui donne une puissance mécanique aux hommes. Enfin, quand l’étude des causes est suffisamment approfondie pour se porter au-delà de la maîtrise encore aveugle de la mécanique, l’opération humaine est capable de s’affranchir des contraintes de la matière, au point même, dans la magie, d’appliquer les formes à n’importe quelle matière, tout en respectant les conditions d’efficience désormais pleinement maîtrisées et connues.
 
Conclusion
 
 
Peut-on faire de Bacon le héraut de la science technologique, comme on avait fait de lui, à une certaine époque, le héraut de la science expérimentale ? D’un côté, on ne peut nier qu’il y ait assez de force idéologique dans sa philosophie pour qu’on l’emploie à cette fin. Mais, d’un autre côté, rien ne lui est plus contraire que les fondements de la technologie contemporaine : il récuserait avec autant de vigueur l’idée d’une science formalisée et axiomatisée que celle d’une science simplement phénoménale. Et parler de l’abstraction de la technique n’aurait pour lui aucun sens, d’abord parce que la technique suppose, dans sa philosophie, la connaissance des causes réelles et véritables et qu’elle descend jusqu’à produire les particuliers dans notre monde commun ; ensuite, parce que le pouvoir de l’homme ne s’étend au bénéfice de l’homme que dans et par la nature. Il n’y a qu’un seul monde, celui de la nature créée par Dieu. Si donc l’on veut en faire un héraut, ce ne peut être qu’un héraut paradoxal et pourtant capable de nous instruire. Les critiques qu’on avance aujourd’hui du monde technologique sont tout aussi modernes que ce qu’elles dénoncent. Le mérite de la philosophie de Bacon, s’il faut lui en trouver un autre qu’historique, c’est d’être resté en deçà d’un tel débat par sa force d’espérance ; c’est de n’avoir pas été sceptique, ni sur la capacité de l’homme à connaître la nature, ni sur sa capacité à l’aménager à son avantage. Il faut toujours y revenir : on ne triomphe de la nature qu’en lui obéissant. Il n’y a pas de ruse dans ce propos. Le scire est posse suppose l’union de l’homme et de la nature. « Ces réfutations faites et une fois qu’aura été clairement distingué ce qui relève de la nature des choses et ce qui relève de la nature de l’esprit, alors, oui, nous le pensons, nous aurons apprêté et orné la couche nuptiale de l’esprit et de l’univers, avec l’assistance de la bonté divine. Et voici notre vœu pour le chant nuptial : puisse cette union engendrer des aides pour les hommes et constituer une souche d’inventions assez fortes pour dompter et maîtriser, autant qu’il se peut, les nécessités et les misères humaines. » [20]
 
NOTES
 
[1] Nous citons dans la traduction de Georges Rombi et Didier Deleule : Francis Bacon, Récusation des doctrines philosophiques et autres opuscules, Paris, PUF, 1987, p. 193 (Sp. III, 611, dans l’édition d’Ellis et de Spedding).
[2] Sp. III, 221-2. L’argument est constant puisqu’on le retrouve à la fin du Novum Organum, II, 52, trad. de Michel Malherbe et Jean-Marie Pousseur, Paris, PUF, 1986, p. 334.
[3] On pourrait retrouver le même accent porté, quoique en valeur inverse, dans l’ouvrage plus récent d’Antonio Pérez-Ramos, Francis Bacon’s Idea of Science and the Maker’s Knowledge Tradition, Oxford, Clarendon Press, 1988, Le thème en est la compréhension du scire est posse, ressort fondamental de cette industrial science. Thème capital pour la pensée moderne, ce serait aussi, selon l’auteur, l’objet d’une tradition où to know is to make.
[4] Novum Organum, I, 79. Cf. I, 87.
[5] Sp. III, 156.
[6] Sp. III, 554. Nous citons dans la traduction de Buchon (Paris, 1840), p. 269 a.
[7] Novum Organum, I, 103.
[8] Le mot est difficile à traduire en français ; l’expression application à la pratique est commode, mais beaucoup trop faible.
[9] Voir aussi l’aphorisme II, 50 (trad., p. 316), qui, traitant des instances polychrestes comprises dans les instances pratiques, ajoute : « Pour ce qui est des instruments eux-mêmes et des appareils ingénieux, il sera plus opportun d’en parler lorsque nous traiterons des applications à la pratique et des méthodes d’expérimentation. » On notera que sont compris dans la praxis tous les modi experimentandi ; autrement dit, que la pratique scientifique dont les fins sont plus étroitement de recherche n’est pas séparée de la pratique technologique dont les fins sont l’usage et la commodité des hommes.
[10] Novum Organum, I, 41 ; II, 13 ; II, 20 (p. 228) ; etc.
[11] Ainsi, dans l’aphorisme II, 10, les directions pour l’interprétation se répartissent en deux genres : le premier, qui traite de l’extraction des axiomes à partir de l’expérience ; « le second, de la déduction et de la dérivation de nouvelles expériences à partir des axiomes ».
[12] Selon l’ordre d’exposition, c’est plus ambigu. Ainsi, dans l’aphorisme cité (II, 10), les directives pratiques sont incorporées à l’interprétation de la nature, qui est ordinairement l’objet du moment inductif.
[13] Op. cit., 270 b.
[14] Novum Organum, 86-87.
[15] Même remarque pour le § 16 des Cogitata et Visa (Sp. III, 611 ; trad., p. 193) : les philosophes tentent « d’élever et d’établir la puissance et l’empire de l’homme même, c’est-à-dire du genre humain, sur la totalité des choses... Hominis autem imperium sola scientia constare ; tantum enim potest quantum scit ». Tout le pouvoir de l’homme réside dans la science seule.
[16] Lasalle, le premier traducteur du Novum Organum, traduit par « l’expérience guidée ». Cette traduction est un commentaire, mais elle est juste.
[17] Voir aussi la Recusatio philosophiarum (Sp. III, 573 ; trad., p. 115). La Delineatio compte l’experientia literata au nombre des trois doctrines de la partie active : « Route glissante et peu sûre à la vérité, mais qui méritait néanmoins que nous en fissions quelque mention » (op. cit., Sp. 557, trad. p. 271 a et b).
[18] Novum Organum, II, 4. Nous commentons ici les aphorismes 1 à 10 du second livre du Novum Organum, dont le contenu avait été partiellement présenté dans le chapitre XI du Valerius Terminus. Pour la division entre physique et métaphysique, on se reportera au De augmentis, III, 4. Voir, à titre de présentation synthétique, notre article « Expérience et induction », dans Francis Bacon. Science et méthode, éd. par M. Malherbe et J.-M. Pousseur, Paris, Vrin, 1985, p. 113-133.
[19] Novum Organum, I, 65 ; I, 96 ; etc.
[20] Distributio operis, Sp. I, 139-140 ; trad., p. 81.
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Voir aussi l’aphorisme II, 50 (trad., p. 316), qui, traita...
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Ainsi, dans l’aphorisme II, 10, les directions pour l’inte...
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Selon l’ordre d’exposition, c’est plus ambigu. Ainsi, dans...
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