Revue philosophique de la France et de l'étranger
P.U.F.

I.S.B.N.9782130534525
128 pages

p. 323 à 336
doi: en cours

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Tome 128 - n° 3 2003/3

2003 Revue philosophique de la France et de l’étranger

Dans quelle mesure l’ontologie est-elle fondamentale dans la métaphysique allemande de Wolff ?

Thierry Arnaud
Le premier chapitre de la Métaphysique allemande ne comprend que neuf paragraphes et semble ne représenter qu’une sorte de préambule. De ce fait, on peut avoir le sentiment que la métaphysique ne commence à proprement parler qu’avec le § 10, lequel ouvre, avec l’énoncé du principe de contradiction, la partie ontologique de l’ouvrage.
Pourtant, Wolff fait figurer dans cette première partie des considérations qui concernent de très près le commencement de sa philosophie : il présente tout d’abord quelque chose comme un cogito. De plus, les acquis de ce premier chapitre sont repris à l’ouverture des cinq autres chapitres qui suivent : y aurait-il là matière à affirmer que la métaphysique wolffienne est fondée dans une expérience psychologique ?
Cette hypothèse est donc ici testée par l’examen successif des statuts de l’Ontologie, de la Logique et de la Psychologie empirique au travers d’une lecture conjointe de la Métaphysique allemande et de la Logique allemande.
The first chapter of the German Metaphysics gathers only nine paragraphs and seems to represent but some kind of a preamble. Hence one may feel that metaphysics begins only with paragraph 10 opening the ontological part of the text with the contradiction principle.
Yet Wolff already mentions a few considerations in this first part that are extremely close to the beginning of his philosophy : he presents from the start something very similar to a cogito. Moreover the assets of this first chapter are recaptured whenever every one of the five following chapters opens. Would there be therein sufficient matter at stake to evidence that the Wolffian Metaphysics is grounded in a psychological experience ?
Hence the author tests here such a hypothesis through the successive analysis of the status of Ontology, of Logics and of empirical Psychology, through a joint reading of the German Metaphysics and of the German Logics.
La métaphysique wolffienne [1] porte sur quatre objets : l’être (ontologie), l’âme (psychologie), le monde (cosmologie) et Dieu (théologie). La métaphysique est, en 1712, appelée par Wolff Hauptwissenschaft – science suprême [2]. À l’intérieur de celle-ci, on croit en général devoir désigner l’Ontologie comme « science première ». Wolff, en effet, écrit dans sa Logique allemande (Prolégomènes) de 1712 : « On nomme la partie de la Philosophie dans laquelle il est traité de la connaissance générale des choses l’Ontologie, ou Science fondamentale (Grund-Wissenschaft) » (§ 14). En 1728, alors qu’il s’apprête à rédiger sa Philosophie latine – laquelle comprendra de gros traités de métaphysique –, il écrit, par ailleurs : « L’ontologie ou philosophie première est définie comme la science de l’étant en général. » [3] De fait, si l’on prend sa Métaphysique allemande, il semble bien que l’Ontologie occupe la première place du système philosophique de Wolff, puisque, après un très court premier chapitre de neuf paragraphes, Wolff se met à exposer, en un chapitre de cent quatre-vingts paragraphes, tout ce qui traite « des premiers principes de notre connaissance et de toutes choses en général » (Von den ersten Gründen unserer Erkäntni und allen Dingen überhaupt), chapitre qui correspond à son Ontologia latine (1730), à laquelle il donne d’ailleurs le titre de Philosophia prima, sive Ontologia. Dans cette Ontologie latine, il explique que cette primauté tient au fait que « prima principia notionesque primas tradit, quae in ratiocinando usum habent » (§ 1, p. 1) : l’Ontologie traite des premiers principes et des premiers concepts dont on se sert quand on raisonne.
Dans une précédente étude, alors que nous cherchions à comprendre la démarche métaphysique du philosophe de Halle en nous interrogeant sur son critère du métaphysique, nous avions été conduit à souligner l’importance de sa Psychologie empirique à l’époque de la publication de sa Métaphysique allemande [4] (1719). Il nous apparaissait alors que la philosophie wolffienne faisait une large place à l’expérience et que les 9 premiers paragraphes du chapitre 1, dans lesquels Wolff présente ce que l’on a appelé un cogito remanié (il s’agit, à la vérité, d’un « cogitamus »), ne constituaient pas un chapitre mineur, ou préliminaire, de – ou à – sa métaphysique, mais que ceux-ci déployaient la source de toute sa philosophie, et ce à un point tel qu’il nous semblait nécessaire d’écrire : « L’expérience du cogitamus est [...] la racine de toute la métaphysique, et, par-delà, de toute la philosophie wolffienne, du moins pour ce qui concerne la position de Wolff à l’époque de la Métaphysique allemande. »
Notre présent propos consistera à mettre à l’épreuve cette précédente affirmation au sein d’une nouvelle question, laquelle se tournera cette fois-ci vers l’Ontologie, que Wolff met apparemment, comme on l’a vu, au commencement de la philosophie. Aussi nous demanderons-nous ici dans quelle mesure l’Ontologie est vraiment première à l’époque de la Métaphysique allemande. Nous le ferons tout en répondant aux remarques que J.-P. Paccioni nous a entre-temps amicalement adressées lors de son intervention à l’Université de Dijon [5], où il traitait de la constitution wolffienne d’une science psychologique.
Ayant mis en avant, en accord avec notre interprétation, le rôle de l’expérience dans la métaphysique wolffienne, et en particulier celui d’une certaine expérience psychologique (le cogitamus), le propos de Paccioni était de « montrer comment celle-ci [l’expérience] est à la fois à l’œuvre et dépassée au cœur même de la Métaphysique allemande » [6]. Pour servir cette fin, pour montrer ce dépassement, Paccioni s’appuie notamment sur une analyse serrée du premier chapitre de la Métaphysique allemande, celui où il est question du cogitamus précédemment mentionné. Qu’y écrit Wolff ? Soulignons, tout d’abord, que le chapitre s’intitule « Comment nous connaissons que nous sommes et en quoi cette connaissance nous est-elle utile » (Wie wir erkennen, da wir sind, und was uns diese Erkäntni nützet). Wolff commence ainsi : « Nous sommes conscients de nous-mêmes et des autres choses, et toute personne qui n’est pas dépourvue de ses sens (Sinnen) ne peut en douter » (§ 1). Il demande ensuite « d’où vient cette certitude » (§ 3), faisant remarquer que la connaissance de cette provenance est d’importance puisque « nous avons ici l’intention de traiter de la philosophie ». Il souligne également (et en cela répond au titre qu’il a posé pour ce chapitre) que « cette recherche a une très grande utilité » (§ 4), ajoutant que, « si je sais pourquoi nous avons une si grande certitude du fait que nous sommes, alors je connais comment une chose doit être faite (beschaffen) pour que je la connaisse d’une manière aussi certaine que je connais que moi-même je suis » (ibid.). Le cogitamus wolffien confère ainsi à l’expérience – c’est ce que remarque Paccioni – « une place importante dans l’élaboration de la connaissance [...] : une connaissance à laquelle nous aboutissons en faisant attention à nos sensations et aux modifications de l’âme ». Or Paccioni fait remarquer que, contrairement à ce que ce tour apparemment cartésien peut laisser supposer, la science suprême (la métaphysique) ne doit pas se laisser confondre avec une inspection de l’esprit par lui-même et que celle-ci prend une tout autre direction. À l’appui de cette affirmation, il convoque principalement les § 5 et 6 dans lesquels Wolff explique que notre conviction relative à notre propre existence ainsi qu’à celle d’ « autres choses » implique un syllogisme. Les § 5 et 6 disent, en effet :
§ 5. « ... Il nous faut réfléchir plus précisément à la manière par laquelle nous connaissons que nous sommes. Si nous le faisons maintenant, nous trouvons que notre connaissance est constituée de la manière suivante : 1 / Nous éprouvons (erfahren) sans contredit (unwidersprechlich) [7] que nous sommes nous-mêmes conscients de nous et d’autres choses (§ 1 huj., § 1, chap. 5 de la Log.). 2 / Il est clair (klar) pour nous que celui qui est conscient de soi et d’autres choses est. Par conséquent, 3 / il est certain pour nous que nous sommes. »
§ 6. « Quel raisonnement (Schlu) fait apparaître cela ?
« Si nous voulons connaître distinctement (deutlich) comment nous sommes, par ces raisons, conduits devant le fait que nous sommes, nous devons alors remarquer que le syllogisme (Schluss) suivant est caché (steckt) dans ces pensées :
« Celui qui est conscient de lui-même et d’autres choses, celui-là est.
« Nous sommes conscients de nous-mêmes et d’autres choses.
« Donc nous sommes (also sind wir). »
C’est ici que le propos de Paccioni est le plus dérangeant pour la thèse que nous soutenions dans notre étude précédente : si, en effet, comme il l’affirme, cette proposition majeure du syllogisme par lequel, selon Wolff, nous posons notre être, « fait partie des propositions qui sont concédées sans démonstration (dès que l’on comprend les mots qui s’y présentent) [... et qu’]elle est un principe, clair par lui-même », alors il pourrait sembler qu’il faille voir ici, à côté de l’expérience, la seconde « source » (Paccioni) par laquelle on accède à la connaissance – en l’occurrence, la source purement rationnelle – et que cette source seule permette de poser quelque chose, c’est-à-dire l’être. Nous aurions ainsi une « analyse [qui] prouve[rait] que l’expérience, telle qu’elle figure au début de la Métaphysique allemande, nous permet seulement de connaître comment la démonstration acquiert sa certitude, en prenant la forme d’un syllogisme. Au-delà de Descartes, il s’agi[rai]t [ainsi] de montrer comment une expérience “sans contredit” engage une démonstration qui [implique] et dépasse cette dernière. Au-delà de Tschirnhaus, affirme encore Paccioni, il s’agi[rai]t d’établir que cette démonstration a la forme d’un syllogisme, [et donc] de partir de l’expérience pour s’élever aux notions [de] la philosophie première, de telle sorte que ces dernières puissent avoir leur autonomie par rapport à elle » [8].
Examinons ces lignes à la lumière du problème plus général, si important dans la démarche wolffienne, des rapports de l’expérience et de la raison, le fameux connubium rationis et experientiae. Nous le ferons par une explication de ces concepts, par une application de cette explication aux premiers paragraphes de la Métaphysique allemande, enfin par une clarification quant au commencement de la philosophie wolffienne : la philosophie wolffienne commence-t-elle avec et dans l’Ontologie, la Logique ou la Psychologie ? Commence-t-elle avec l’expérience ou la raison ?
Nous tenterons, dans le même mouvement, de répondre à diverses questions suscitées par le propos de Paccioni :
1.L’expérience, dont il reconnaît la place importante dans la Métaphysique allemande, est-elle, ainsi qu’il le dit, « dépassée au cœur même de l’argumentation » (je souligne) de celle-ci ?
2.Wolff réduit-il la métaphysique à la connaissance de l’âme par elle-même, c’est-à-dire à une connaissance acquise par la seule expérience interne ?
3.Opère-t-il une « décomposition » de l’expérience du cogitamus dans le § 5 de la Métaphysique allemande et l’expérience en question se « disjoint-elle » dans les deux prémisses du § 6 ? Y a-t-il un « reste » d’expérience, comme le dit Paccioni, dans la mineure du syllogisme, laquelle énonce que « nous sommes conscients de nous et d’autres choses » ?
4.Wolff part-il « de l’expérience pour s’élever aux notions [de] la philosophie première, de telle sorte que ces dernières puissent avoir leur autonomie par rapport à elle » ? Y a-t-il une rationalité autonome chez Wolff ?
 
Où, et par quoi commence la philosophie wolffienne ?
 
 
La philosophie wolffienne commence-t-elle avec et dans l’Ontologie, la Logique ou la Psychologie ? Commence-t-elle avec l’expérience ou la raison ?
Si de telles questions paraissent ici nécessaires, cela tient principalement à l’existence d’une intrication, dans la philosophie wolffienne, de l’ontologie, de la logique et de la psychologie empirique. On trouve, en effet, dans la psychologie empirique, de nombreux paragraphes consacrés à la logique. La psychologie empirique, en effet, expose notamment (§ 198 à 403) ce qui ressortit à la faculté de connaître. À l’intérieur de ce massif, Wolff traite de la science et de la découverte (§ 361-367), et il y esquisse une théorie du syllogisme. Les paragraphes suivants (368-383) sont, eux, entièrement consacrés à la raison. Comment s’expliquer cette présence du logique dans la psychologie ? Comment expliquer que des éléments qui paraissent relever d’un discours ayant pour finalité de régler, ou de normer la marche de l’esprit dans le progrès de la connaissance puissent trouver place dans un propos qui concerne le factuel ?
De même, le principe de non-contradiction, qui ouvre l’ontologie de la Métaphysique allemande, est exposé à son tour dans la Logique (chap. 4, § 5) : quel est alors son statut ? Est-il logique ou ontologique ? Que viennent faire des considérations sur l’être dans une logique ? Réciproquement, que viennent faire des considérations logiques dans une ontologie ? D’autre part, sachant que la Logique est considérée par Wolff en 1712 comme la première partie de la philosophie, qu’est-ce qui doit être véritablement considéré comme premier dans cette philosophie ?
Réponses
Wolff présente la logique, dans les Prolégomènes à sa Logique allemande, comme la « première partie de la philosophie » (§ 10). En quoi la logique y a-t-elle une primauté ? Il commence par faire remarquer que, « si nous portons attention à nous-mêmes, nous sommes convaincus qu’il y a en nous [...] une faculté que nous appelons l’entendement (Verstand) », c’est-à-dire « une faculté de penser le possible ». Toutefois, nous ne savons, dans cette connaissance immédiate, ni « jusqu’où s’étend cette faculté », ni « comment on doit en user », ni « comment connaître par sa propre réflexion la vérité cachée » (on ne possède pas ce que Wolff appellera plus tard l’ « art d’inventer » [9]), ni, enfin, « comment juger rationnellement (vernünftig) celle qui a été portée à la lumière par d’autres ». Or, il apparaît à Wolff nécessaire d’entreprendre un « premier travail » – celui de la Logique – qui nous permette d’apprendre à « connaître les forces de l’entendement humain et son droit usage dans la connaissance ». Il y a donc une double visée principielle au nom de laquelle la Logique tient ici le premier rang de toute la philosophie : il s’agit, d’une part, d’énumérer ; d’autre part, de régler les éléments de cette énumération lorsqu’ils doivent être mis au service du progrès de la connaissance. L’idée étant que, si l’on ne connaît pas toute l’étendue de la « faculté de penser le possible », ni les règles, par l’application desquelles est rendu droit l’usage de celle-ci, il ne saurait être question de commencer à philosopher, sachant que « la philosophie est une science de toutes les choses possibles, à savoir comment et pourquoi elles sont possibles » [10], et qu’une science est définie comme « une disposition (Fertigkeit) de l’entendement (Verstandes) à établir (darzuthun) de façon inébranlable, et à partir de raisons irréfutables (aus unwidersprechlichen Gründen), tout ce que l’on affirme » [11]. Une science est donc préliminairement nécessaire à l’entreprise philosophique : il faut établir, de façon inébranlable, et à partir de Gründen (fondements ? raisons ? principes ?) irréfutables, tout ce que l’on affirmera de l’entendement, de ses forces, ainsi que des règles qui devront normer son droit usage dans le progrès de la connaissance. Or, puisque l’entendement fait partie des possibles, mais que la Logique ne dit pas « comment » ni « pourquoi » celui-ci est possible (ce que fera la Psychologie rationnelle) [12], la Logique n’est pas une science qui relève, à proprement parler, de la philosophie. On arrive ainsi à ce paradoxe : la philosophie dépend d’une science qui, à proprement parler, n’est pas philosophique, et cette science est la « première partie de la philosophie ». Il y a là comme un cercle, dans lequel se meut la démarche wolffienne à son commencement, cercle analogue à celui du Descartes du Discours de la méthode, qui pose les règles de la marche de l’esprit (IIe partie) dans son progrès vers la connaissance avant de véritablement commencer en philosophie (IVe partie).
Or, que se propose, de ce point de vue, la Psychologie empirique ?
Au § 191 de la Métaphysique allemande, Wolff se propose « simplement de décrire (erzehlen) ce que nous percevons [de l’âme] dans l’expérience quotidienne ». Il ajoute : « Je ne veux en outre rien convoquer ici d’autre que ce que chacun peut connaître par l’attention qu’il se porte. » Il s’agit, là aussi, d’énumérer, de faire un relevé. Mais, ici, il ne s’agira pas seulement, comme dans la Logique, des « forces de l’entendement humain », lesquelles ne constituent pas la totalité de l’ « âme », mais de tout ce qui relève des facultés de connaître (§ 198-403) et de désirer (§ 404-538). D’autre part, la finalité du propos n’est pas non plus la même que dans la Logique, et cela pas seulement à cause de son objet différent :
« Nous voulons chercher des concepts distincts de ce que nous percevons (wahrnehmen) de l’âme et prendre note çà et là de quelques vérités importantes que l’on peut démontrer à partir de là. Ces vérités, qui sont établies (bestätigt) par des expériences qui ne trompent pas (untrügliche Erfahrungen), sont le fondement (Grund) des règles selon lesquelles les forces de l’âme sont dirigées aussi bien dans la connaissance que dans la volonté et la nolonté, et, par suite, de la logique, de la morale et de la politique. » [13]
Il s’agit donc, ici, de procéder à une double fondation : fondation de la Logique et de la philosophie pratique. Notons qu’à ce titre la Psychologie empirique est, à son tour, mais d’une autre façon, au commencement de la démarche philosophique wolffienne et que le paradoxe se complique, au moins apparemment : si l’on avait pu dire que la Logique précède la philosophie elle-même au point de n’être pas, à proprement parler, philosophique, elle vient, à ce titre, avant la Psychologie empirique qui, elle, fait partie de la « science philosophique suprême » (métaphysique). Or, voilà que la Psychologie empirique fonde la Logique, c’est-à-dire qu’une partie de la philosophie est nécessaire à l’établissement d’une science qui vient avant la philosophie, laquelle, on s’en souvient, a besoin, elle aussi, de la Logique pour se développer. Au lieu de nous apporter la distinction dont Wolff se réclame sans cesse, l’analyse de ses écrits semble nous projeter dans un abîme de confusion.
Comment en sortir ?
Pour ce faire, on ne trouvera rien dans la Logique allemande ni dans la Métaphysique allemande. Wolff n’était-il pas conscient du problème dans les années 1710-1720 ? Il faut ici, quoi qu’il en soit, se reporter à ses remarques du Discursus praeliminaris.
Au § 87 de celui-ci, Wolff énonce un grand principe d’ordre concernant la philosophie :
« L’ordre des parties de la philosophie consiste en ce que celles d’où les autres empruntent leurs principes viennent en premier. La philosophie est une science (§ 29) ; elle devra donc d’autant plus tirer de principes certains et immuables, au travers de raisonnements légitimes, les choses dont elle traite (§ 30). Donc les parties de la philosophie qui fournissent aux autres leurs principes doivent précéder ; celles qui, au contraire, y empruntent leurs principes doivent suivre. »
Puis il précise immédiatement (dans les paragraphes suivants) quelques points d’importance relativement à la place que doit occuper la Logique dans cet ordre. Il envisage deux cas possibles : celui où la Logique doit venir avant l’Ontologie et la Psychologie, et celui où, inversement, elle doit venir après. Il distingue ainsi entre ordo studendi et ordo demonstrandi.
Elle doit venir avant l’Ontologie et la Psychologie dans l’ordre de l’étude (§ 88) : puisque celui qui entreprend de philosopher ne doit pas ignorer les règles « par lesquelles la faculté de connaître est dirigée dans la connaissance de la vérité », il lui faut étudier, s’il veut « servir la philosophie avec profit, la Logique en tout premier lieu », laquelle Logique enseigne ces règles. De même, souligne Wolff, « il est également reçu par l’usage que ceux qui débutent en philosophie font leurs armes dans l’étude (studio) de la logique. [Or,] de cette coutume, on ne peut rendre aucune autre raison que celle que nous avons donnée. Assurément, qui n’est instruit d’aucune connaissance (notitia) de la Logique ignore par quelle démarche il faut examiner les définitions et les démonstrations, si elles supportent la rigueur, et, bien plus, admet facilement comme certaines des [choses] qui sont bien loin de l’évidence, voire s’estime très souvent comprendre ce qui n’est que sons dépourvus de sens (mente) ».
La Logique doit, par contre, venir après l’Ontologie et la Psychologie dans l’ordre de la démonstration. En effet, si les règles de la Logique doivent être démontrées (§ 89), cette dernière a besoin de principes qui sont posés dans l’Ontologie et de connaissances et de principes acquis dans la Psychologie. Étant donné que l’Ontologie traite de la connaissance générale de l’être et que la Logique expose « les règles grâce auxquelles l’entendement est dirigé dans la connaissance de tout être » (je souligne), il faut tirer les principes de cette dernière de l’Ontologie. De ce point de vue – j’y reviendrai –, le principe de non-contradiction (premier paragraphe de l’Ontologie de la Métaphysique allemande) joue un rôle de tout premier plan. D’autre part, puisque la Psychologie expose « ce que sont la faculté de connaître et ses opérations » et la Logique « la façon de diriger l’entendement dans la connaissance de la vérité », cette dernière a besoin de la première. C’est pourquoi le § 90 peut ainsi conclure :
S’il faut donc, en Logique, tout démontrer rigoureusement, en apportant les raisons authentiques, la Logique doit être disposée après l’Ontologie et la Psychologie. Elle tire en effet ses principes de l’Ontologie et de la Psychologie (§ 89). C’est un fait qu’il faut étudier les parties de la philosophie dans un ordre tel que celles qui précèdent soient celles dont les autres tirent leurs principes (§ 87). L’Ontologie et la Psychologie doivent donc précéder la Logique, s’il faut y démontrer rigoureusement les [choses] singulières, en apportant les authentiques raisons des règles.
Il semble, à ce point du propos wolffien, que la question envisagée du commencement soit réglé. Cependant, Wolff éprouve encore le besoin de préciser « cur Autor Logicam primo omnium loco pertractaverit » – pourquoi l’Auteur a traité, ou exposé, la Logique en tout premier lieu. Cette insistance est manifestement la marque de l’embarras dans lequel Wolff s’est trouvé relativement à ce problématique commencement que nous venons d’exposer. C’est pourquoi il écrit (§ 91) : « Utrique methodo satisfieri nequit » – il ne peut être satisfait aux deux méthodes, sous-entendu : « en même temps » : il faut choisir l’une ou l’autre ; l’ordre de l’étude ou celui de la démonstration. Il explique alors pourquoi il a choisi la méthode de l’étude :
« Les principes ontologiques et psychologiques dont elle [la Logique] a besoin se peuvent facilement expliquer dans la Logique elle-même. [Par conséquent,] nous avons mieux aimé accorder la préséance à la méthode de l’étude (studendi) plutôt qu’à la méthode de la démonstration. »
On comprend dès lors pourquoi certains éléments ressortissant à l’Ontologie ou à la Psychologie se trouvent exposés dans la Logique. Le principe de non-contradiction, qui ouvre l’Ontologie allemande (§ 10) par exemple, est ainsi exposé dans la Logique allemande (chap. 4, § 5). C’est pourquoi Wolff peut conclure :
« À vrai dire, cela pouvait être fait d’autant plus aisément que les principes ontologiques sont des définitions, que les [principes] psychologiques apparaissent par l’expérience et que, de plus, ils peuvent être compris et admis comme vrais, quand même les autres [choses] enseignées dans les [matières] Ontologiques ne seraient pas encore vues avec netteté. À cela s’ajoute que, dans la Logique, certaines [choses] peuvent être admises a posteriori, dont la démonstration se laisse produire dans la Psychologie. Dès que tu auras appris la démonstration [extraite] de la Psychologie, il en sera de même que si tu l’avais reçue comme ce qui est enseigné dans la Logique. »
Mais, en vue de répondre à la question de savoir si l’expérience est « dépassée au cœur (...) de l’argumentation » de la Métaphysique allemande, il faut encore savoir d’une part ce que l’on doit nommer expérience et, d’autre part, ce que Wolff dit des syllogismes. De surcroît, et c’est là le point le plus délicat, il faut savoir si l’on doit ranger à l’intérieur du champ de l’expérience l’impossibilité de penser contradictoirement, ainsi que Wolff le dit lorsqu’il en vient, au § 10, à exposer le principe de contradiction.
Voyons tout d’abord ce qu’il dit au sujet de l’expérience.
Au § 325 de la Métaphysique allemande, Wolff définit l’expérience :
« Nous avons coutume de nommer expérience la connaissance à laquelle nous parvenons lorsque nous prêtons attention à nos sensations (Empfindungen) et aux modifications (Veränderungen) de notre âme. »
Wolff indiquait, dans sa Logique allemande : « Nous faisons l’expérience de tout ce que nous connaissons lorsque nous prêtons attention à nos sensations (Empfindungen). » Apparemment, Wolff a ajouté les « modifications de l’âme » dans la Métaphysique allemande. S’agit-il pour autant d’une définition différente ? Non. La définition donnée dans la Métaphysique allemande est simplement plus développée. Wolff s’en explique au § 222 de celle-ci :
« On s’étonnera peut-être de ce que je compte les sensations entre les idées de l’âme, et l’on objectera qu’elles appartiennent au corps. Nous répondons que cela est vrai. [...] [Mais,] quoique le son frappe nos oreilles pendant le sommeil, ou que l’odeur parvienne à notre nez, et que les mêmes modifications se produisent dans ces organes que lorsque nous veillons, nous ne disons pourtant pas que nous entendons ou que nous sentons, parce que nous n’avons aucune connaissance interne [je souligne] de ce qui se passe. Il est donc clair que nous rapportons principalement la sensation au sentiment interne, qui appartient incontestablement à la pensée. Mais comme d’un autre côté nous savons que nous n’avons aucun sentiment interne des objets, à moins qu’ils ne causent des modifications sur les organes de notre corps, nous avons coutume d’appeler ces modifications sensations, en altérant un peu la signification du mot. » [14]
Ainsi l’expérience est-elle, très manifestement, indissociablement liée aux sensations, c’est-à-dire au corps, même si nous ne sommes à proprement parler conscients de celles-ci qu’au travers des modifications de l’âme, dues, en dernier ressort, à l’harmonie entre l’âme et le corps (§ 222). Ajoutons enfin, au sujet de l’expérience, ceci :
« Je nomme jugement fondamental (Grund-Urtheil) un jugement formé grâce à une expérience, à la différence des autres, auxquels on parvient au travers de syllogismes, et que je nomme jugements conséquents (Nach-Urtheile). » [15]
Ce point nous permet de qualifier un peu mieux les premiers paragraphes de la Métaphysique allemande : le jugement porté par Wolff « nous sommes » est ainsi un jugement fondamental et sa valeur fondamentale, fondatrice, est redevable à l’expérience car l’expérience de notre être est le sol sur lequel s’élève toute connaissance, même s’il est vrai que, comme nous allons le voir, toute connaissance d’entendement est acquise par la voie syllogistique.
Que dit Wolff, en effet, des syllogismes ? Dans sa Logique allemande, il écrit, au chapitre IV (Des syllogismes), que, par leur moyen, « on découvre tout ce qui peut être tiré de l’entendement humain » (§ 20) : le syllogisme est la voie royale pour accéder à la connaissance. Par ailleurs, dans le paragraphe suivant, il caractérise la « nature (Beschaffenheit) d’une juste preuve (Beweis) » (§ 21) :
« On ne doit (...) pas s’imaginer qu’une preuve puisse être menée à son terme à l’aide d’un seul syllogisme. Car, puisque l’on n’admet la conclusion qu’à cause des prémisses, l’on ne peut pas être assuré de sa certitude avant d’avoir saisi la justesse des prémisses. C’est pourquoi les prémisses doivent être prouvées par de nouveaux syllogismes jusqu’à ce que nous parvenions à un syllogisme où les prémisses soient ou bien des définitions (Erklärungen), ou bien des axiomes (Grund-Sätze), ou bien de justes (richtige) expériences (Erfahrungen), ou bien encore des propositions déjà démontrées. »
Et, ici, Wolff effectue une distinction entre preuve (Beweis) et démonstration (Demonstration) :
« On nomme cela une démonstration lorsque l’on peut conduire ses syllogismes jusqu’au point où l’on n’a, dans le dernier syllogisme, rien d’autre que des définitions, de claires expériences et des propositions identiques (leere Sätze) pour prémisses [...]. Mais [...] peu connaissent correctement la majesté de ce mot [démonstration] [...]. Tout le monde convient [pourtant] qu’une démonstration doit être telle qu’il ne subsiste en elle aucun doute. C’est pourquoi aucun principe (Grund) ne doit être admis dont la certitude ne soit pas encore assurée. Or il n’y a aucun principe (Grund) de cette nature en dehors des définitions, des expériences et de ce que l’on appelle les propositions identiques. Et chacun doit convenir que, si l’on procède dans les syllogismes contre leurs règles, ceux-ci ne produisent aucune vérité. »
Quelle est la différence entre preuve et démonstration ? Pour le savoir, il faut encore dissiper une obscurité : qu’est-ce qu’une proposition identique ? Wolff, curieusement, ne l’indique pas dans sa Logique allemande, mais dans sa Métaphysique allemande :
« Dans la proposition Tous les envieux sont envieux, le dernier membre est le même que le premier et par conséquent celle-ci fait partie de celles que l’on peut nommer propositions identiques, car dans les faits elles ne disent rien (weil sie in der That nichts sagen) [...]. Ce sont les seules propositions qui soient claires par elles-mêmes et qui n’exigent aucune autre démonstration. Car qu’une chose soit précisément cette chose elle-même est tout aussi clair que le principe de contradiction. »
Dans sa Logica, il précisera que les propositions identiques, par exemple les définitions (cf. § 214), sont des axiomes (axiomata) (§ 270) : « Propositiones identicae sunt axiomata », c’est-à-dire des propositions théorétiques indémontrables (§ 267). Les axiomes (Grundsätze), quant à eux, sont des « propositions théorétiques (Erwägungs-Sätze), que l’on tire d’une définition (Erklärung) » (Logique allemande, chap. III, § 13). Les définitions, enfin, sont ainsi présentées (ibid., § 36) :
« Lorsqu’un concept distinct est complet, c’est-à-dire tel que qu’il ne convienne qu’à des choses d’une seule espèce et que l’on puisse, conséquemment, les différencier, en tout temps, de toutes les autres, je le nomme définition, car il me rend en effet la chose claire au point que je la connais. »
Ainsi, on peut admettre pour prémisses dans les preuves des propositions déjà prouvées (erwiesene), alors qu’on ne le peut dans une démonstration. Celle-ci exige que l’on remonte à trois types seulement de prémisses : soit des définitions, soit de claires expériences, soit, enfin, des propositions identiques ou axiomes. Autrement dit, une démonstration exige une remontée complète jusqu’aux prémisses ultimes, qui ne sont que de ces trois types, alors qu’une preuve peut se contenter de propositions déjà prouvées. C’est ici de la fameuse méthode démonstrative dont il est question.
Appliquons maintenant ces considérations à ce qui nous occupe depuis le début de cette réflexion : quel est la nature du commencement wolffien dans les premiers paragraphes de sa Métaphysique allemande et quel est le statut du principe de contradiction qui ouvre l’Ontologie allemande ?
Revenons aux §§ 5 et 6 que nous avons cités ci-dessus, p. 325.326.
La première proposition du syllogisme du § 6 (majeure) est un axiome (Grundsatz), ou proposition identique : «  Le dernier membre [de cette proposition] est le même que le premier » : celui qui est [conscient], celui-là est. La mineure est, quant à elle, un jugement portant sur une expérience claire – c’est un Grund-Urtheil : un jugement fondamental, un jugement-point-de-départ : c’est à partir de lui que peut s’élancer une série démonstrative par voie syllogistique.
Puisque nous recherchons quel est le point de départ de la philosophie wolffienne et que l’alternative, ainsi que nous l’avons expliqué au début de ce propos, est celle de l’ontologie ou de la psychologie empirique (qui commencerait en fait dans le premier chapitre), il faut ici préciser que les deux prémisses sont tout aussi indispensables à assurer ce commencement à partir duquel devra ensuite s’effectuer une démonstration : il faut la matière d’une expérience et la forme d’un principe.
On peut ainsi répondre aux quatre questions suscitées par le propos de Paccioni :
1.L’expérience est-elle dépassée au cœur même de l’argumentation ?
Réponse : Si l’on peut être d’accord avec Paccioni quand il dit que l’expérience du cogito est dépassée dans l’argumentation qui lui succède dans la Métaphysique allemande, il semble que cela implique qu’il s’agisse d’un dépassement qui conserve ce qui est sous-tendu. Ainsi nous semble-t-il nécessaire d’affirmer que le commencement est double et que la philosophie wolffienne commence dans le psychologique (empirique) et dans l’ontologique (principe de non-contradiction). Dès le commencement, nous sommes dans le connubium rationis et experientiae.
2.Wolff réduit-il la métaphysique à la connaissance de l’âme par elle-même, c’est-à-dire à une connaissance acquise par la seule expérience interne ?
Réponse : Conséquemment non, à condition toutefois que l’on ne puisse pas réduire le principe de contradiction à une expérience interne de l’impossibilité de penser contradictoirement. Mais, compte tenu de la définition wolffienne de l’expérience que nous avons examinée plus haut, rien ne nous permet d’aller dans ce sens.
3.Opère-t-il une « décomposition » de l’expérience du cogitamus dans le § 5 de la Métaphysique allemande et l’expérience en question se « disjoint-elle » dans les deux prémisses du § 6 ? Y a-t-il un « reste » d’expérience, comme le dit Paccioni, dans la mineure du syllogisme, laquelle énonce : « Nous sommes conscients de nous et d’autres choses » ?
Réponse : L’expérience du cogitamus n’est pas décomposable et elle n’est pas décomposée ni disjointe dans les deux prémisses du § 6, puisqu’elle ne forme qu’un des deux éléments de départ de ce syllogisme, l’autre élément étant de nature principiel (principe de contradiction). Il n’y a donc pas non plus de « reste » d’expérience dans la mineure mais une expérience pleine et entière.
4.Wolff part-il « de l’expérience pour s’élever aux notions [de] la philosophie première, de telle sorte que ces dernières puissent avoir leur autonomie par rapport à elle » ? Y a-t-il une rationalité autonome chez Wolff ?
Réponse : Étant donné le caractère conjoint du commencement wolffien (l’expérience et la raison), il serait inadéquat de répondre ici par l’affirmative à la première partie de cette question. C’est d’emblée, et continûment, que la philosophie wolffienne est marquée par l’expérience et la raison. Il serait inapproprié de chercher à donner la prééminence à l’une ou à l’autre de ces deux voies. Il n’y a pas de processus d’autonomisation du rationnel à partir de l’expérience (par abstraction, par exemple). Le rationnel est autonome d’emblée, comme l’expérience. La synthèse est effectuée par Dieu, dans le cadre de l’harmonie préétablie.
 
NOTES
 
[1] Nous reprenons ici, en les remaniant légèrement, un exposé réalisé lors de la réunion du 10 novembre 2001 du Groupe de travail sur La philosophie allemande au XVIIIe siècle du CERPHI. Nous remercions la Maison Heine, qui accueille, pour la troisième année consécutive, les réunions de travail de ce groupe.
[2] Prolégomènes à la Logique allemande, 1712.
[3] Cf. § 73 du Discursus praeliminaris de philosophia in genere.
[4] « Le critère du métaphysique chez Wolff. Pourquoi une psychologie empirique au sein de la métaphysique ? », Archives de philosophie, t. 65, cahier 1, janvier-mars 2002, p. 35-46.
[5] Cf. J.-P. Paccioni, « Wolff et la constitution d’une science psychologique », publié dans les Annales doctorales, no 4 de l’Université de Dijon, 3e trimestre 2001, p. 67-85.
[6] Nous soulignons.
[7] Cette traduction, judicieuse, est proposée par Paccioni. Elle a le mérite de souligner le lien qui unit cette démarche initiale de Wolff avec le principe de contradiction dont l’importance, bien que faisant partie du problème qui m’occupe ici, est manifeste dans la constitution de la métaphysique wolffienne.
[8] Nous soulignons.
[9] Cf. Discursus, § 74.
[10] Logique allemande, Prolég., § 1.
[11] Ibid., § 2.
[12] Cf. Métaphysique allemande, § 727 (début de la Psychologie rationnelle) : « Maintenant, nous devons rechercher [?] comment ce que nous percevons [de l’âme] et que nous avons noté plus haut [dans la Psychologie empirique] trouve ici sa raison. »
[13] Métaphysique allemande, § 191.
[14] Nous citons ici la traduction de Formey.
[15] Deschamps (1736) traduit ainsi cette phrase : « Je nomme jugement intuitif ou simple celui que nous formons en vertu d’une expérience, pour le distinguer de celui que j’appelle discursif ou raisonné, et auquel on parvient par des syllogismes » (p. 127 de sa traduction).
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Cette traduction, judicieuse, est proposée par Paccioni. E...
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Cf. Discursus, § 74. Suite de la note...
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Logique allemande, Prolég., § 1. Suite de la note...
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Ibid., § 2. Suite de la note...
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Cf. Métaphysique allemande, § 727 (début de la Psychologie...
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Métaphysique allemande, § 191. Suite de la note...
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Nous citons ici la traduction de Formey. Suite de la note...
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Deschamps (1736) traduit ainsi cette phrase : « Je nomme j...
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