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Pôle Sud

2004/1 (n° 20)

  • Pages : 180
  • ISBN : 2841582590
  • Éditeur : ARPoS
  • Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr



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En France, à l’inverse d’autres pays européens, les partis politiques autonomistes ont jusqu’à présent connu une audience politique relativement marginale, à l’exception de la Corse contemporaine. Alors que plusieurs régions françaises présentent des caractéristiques identitaires équivalentes à certaines régions espagnoles, britanniques ou italiennes en terme de culture et de langue régionale, l’organisation et développement des partis ethno-régionalistes restent problématiques et leur visibilité politique limitée. La Bretagne est dans ce cas où l’on observe une très forte distorsion entre les manifestations de l’identité régionale [1]  Dans un sondage Ifop pour le quotidien Ouest-France... [1] à travers un mouvement culturel particulièrement visible et la faiblesse de l’expression partisane régionaliste dans cette région.

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L’explication de cette distorsion n’est pas aisée tant elle renvoie à l’histoire des relations centre/périphérie qu’à la trajectoire des organisations partisanes ethno-régionalistes en France (Pasquier, 2004a). L’analyse du développement de l’Union Démocratique Bretonne (UDB) peut permettre d’éclairer cette question. Structurée en Bretagne depuis le milieu des années 1960, l’UDB, parti autonomiste de gauche, est parvenue à inscrire son action dans la durée. Néanmoins son impact électoral reste faible compte tenu des caractéristiques identitaires de la Bretagne (persistance d’une culture et d’une langue vernaculaire) et de la vigueur du mouvement culturel breton depuis les années 1970. Ainsi paradoxalement, l’UDB apparaît toujours comme un mouvement politique en devenir. Elle dispose d’une organisation politique stabilisée, mais ne parvient toujours pas à capter une part véritablement significative de l’électorat breton. Depuis une dizaine d’années ce parti a entamé un profond aggiornamento idéologique et stratégique qui l’amène à renouveler ces stratégies d’alliances afin d’accéder à une représentation politique plus conséquente. Cette question est d’autant plus cruciale que plusieurs indices laissent supposer une régionalisation croissante du système politique français avec le transfert en 2004-2005 de nouvelles compétences aux régions françaises et un changement de mode de scrutin qui doit stabiliser le fonctionnement des conseils régionaux (Pasquier, 2004b). Après avoir étudié les conditions d’émergence de l’UDB, on s’attachera à analyser son impact électoral, son organisation, son évolution idéologique avant de conclure sur ses possibilités de développement.

Sociogenèse de l’Union démocratique bretonne

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La structuration de l’UDB au milieu des années 1960 est l’aboutissement de plusieurs vagues de mobilisations régionales, dont les projets et les stratégies varient assez nettement (Pasquier, 2003). Cependant, chaque mouvement contribue à façonner la "question bretonne" la faisant évoluer d’une revendication culturelle, puis politique, enfin économique.

Du régionalisme culturel à la disqualification du nationalisme breton

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En Bretagne, les mobilisations régionalises et nationalistes s’inscrivent dans un contexte régional périphérique, c’est-à-dire caractérisé par une forte dépendance économique et la permanence d’une identité culturelle et linguistique (Rokkan, Urwin, 1982). La position de la Bretagne à la croisée d’importantes routes maritimes d’Europe de l’Ouest lui assure une relative prospérité jusqu’à la fin du xviiie siècle. Cependant, la centralisation fiscale et douanière imposée par l’État à partir du xviie siècle, puis les changements dans les modes de production initiés par la révolution industrielle au xixe et xxe siècles contribuent à périphériser la Bretagne dans l’économie française. Le déclin des ports régionaux et des proto-industries qui leur étaient liés (Toile de lin) renforcent le poids de l’agriculture dans l’économie bretonne au cours du xixe siècle. La Révolution industrielle finit par transformer la Bretagne en réservoir de main d’œuvre non qualifiée pour les régions plus avancées sur le plan économique, en particulier la région parisienne.

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La première vague du régionalisme politique en Bretagne s’opère à la fin du xixe siècle sur la base d’une renaissance littéraire et culturelle [2]  Deux grands auteurs marquent ce mouvement : Hersart... [2] . Une élite culturelle animée par une idéologie catholique et conservatrice explore le patrimoine de la culture populaire et de la langue vernaculaire [3]  L’aire d’usage de la langue bretonne ne recouvre pas... [3] et "invente" progressivement un ensemble de représentations, de stéréotypes sociaux visant à distinguer la Bretagne des autres régions françaises (Bertho, 1980). Cette construction identitaire, semblable à d’autres régions européennes, a pour but de "préserver" la Bretagne des méfaits du capitalisme d’où la liaison entre la défense de la religion catholique et la défense de la langue bretonne (Guillorel, 1981). Un glissement progressif s’effectue entre revendication culturelle et revendication politique. En 1898, le marquis de l’Estourbeillon, député royaliste, créé une Union régionaliste bretonne (URB). Composée de notables et animée pour l’essentiel par l’aristocratie et l’église catholique, l’URB s’attache à la défense la langue et à l’obtention d’une certaine décentralisation administrative [4]  En 1911, une scission a lieu au sein de l’URB voit... [4] . Pour ces élites culturelles et économiques, c’est le plus sûr moyen de perpétuation de l’ordre social. Dans la première décennie du xxe siècle, ces élites traditionnelles sont contestées au sein même de l’URB par des groupes sociaux davantage liés aux activités industrielles et commerciales régionales. Cela débouche, en 1911, sur une scission de l’URB et la naissance de la Fédération régionaliste bretonne (FRB) qui met l’accent sur la nécessité d’une décentralisation économique en Bretagne, avant de péricliter dans les années 1920 [5]  Les notables de l’URB et de la FRB se retrouvent une... [5] (Nicolas, 1982).

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L’entre-deux-guerres est marqué en Bretagne par le renforcement du mouvement culturel et du nationalisme politique. Sur le plan culturel, de nombreuses maisons d’édition et de revues en langue bretonne se développent ainsi que de grandes associations culturelles catholiques et laïques. L’association catholique, Bleun-Brug, créée et animée en 1905 par l’abbé Perrot, développe l’emploi du breton par le catéchisme et l’enseignement privé. En 1933, Yann Sohier lance Ar Falz (la faucille) un mouvement d’instituteurs laïcs soucieux d’enseigner le breton. Enfin, de 1934 à 1939, sous l’impulsion de Yann Fouéré, 346 conseils municipaux adoptent un vœu répondant à l’association Ar Brezonec Er Skol (Pour le breton à l’école) pour que la langue régionale soit enseignée à l’école. Sur le plan de l’action politique, le mouvement breton se détache du régionalisme réactionnaire pour élaborer une doctrine plus nationaliste sans pour autant obtenir de visibilité dans la société régionale. Pour cette génération des années 1920, le nationalisme irlandais fait figure de modèle à suivre. À partir de 1919, la revue Breizh Atao (Bretagne toujours) [6]  Elle est fondée par des anciens militants du parti... [6] constitue le creuset intellectuel et politique du mouvement breton. Suite à l’indépendance de l’Irlande en 1921 et les agitations autonomistes en Alsace en 1926, un Parti autonomiste breton (PAB) voit le jour en 1927. Dominé un temps par une orientation fédéraliste, il présente sans succès, en 1930, des candidats à des élections partielles. Mais rapidement des divisions apparaissent au sein du PAB entre une branche modérée qui prône l’autonomisme dans un cadre fédéral, et une branche radicale qui prône l’indépendance [7]  Maurice Duhamel et Morvan Marchai sont les leaders... [7] . Cette dernière créée, en décembre 1931, le Parti national breton (PNB), organisation qui demeure groupusculaire, tant elle paraît déconnectée des réalités économiques et sociales de la société bretonne de l’époque. Après la défaite de 1940, cette situation marginale pousse quelques-uns des plus extrémistes du PNB à adopter des stratégies de collaboration active avec le régime de Vichy et l’occupant allemand, pour tenter d’obtenir un État breton [8]  À la Libération, les promoteurs de la collaboration... [8] .

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Aussi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le bilan des revendications régionales en Bretagne est-il très mitigé. La culture et la langue régionales sont défendues par un mouvement désormais bien structuré. En revanche, sur le plan politique, le mouvement breton, qu’il soit régionaliste ou nationaliste, est complètement disqualifié (Denis, 2002).

L’UDB et l’héritage du néo-régionalisme de l’après-guerre

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Après la Seconde Guerre mondiale, la mobilisation régionale en Bretagne prend la forme d’une revendication économique sous l’impulsion d’une organisation inédite le Comité d’Etudes et de Liaison des Intérêts Bretons (CELIB). Dès 1950, le CELIB engage en effet un bras de fer avec l’État central afin qu’il enraye le sous-développement économique et social de la Bretagne par une décentralisation économique, un soutien à la modernisation de l’agriculture et un programme de désenclavement routier de la région. La stigmatisation du "retard breton" par rapport à la région parisienne constitue le cadre cognitif qui permet la mobilisation de tous les secteurs de la société régionale. Sous le leadership de René Pleven [9]  Le 22 juillet 1950, Joseph Martray et Joseph Halleguen,... [9] , le CELIB renouvelle profondément le répertoire régionaliste en se déclarant "apolitique" et en se réclamant d’un régionalisme "moderne" respectueux du cadre national à l’opposé du mouvement breton de l’entre-deux-guerres (Pasquier, 2003). À son apogée, au milieu des années 1960, le CELIB regroupe l’ensemble des parlementaires bretons, les quatre conseils généraux, 1200 communes dont les maires des grandes villes bretonnes, les syndicats paysans, l’ensemble des syndicats ouvriers (CGT, CFDT, FO, CFTC), les organisations patronales, les chambres de commerce et d’industrie, les chambres de métier, les universités et les associations de défense de la culture et de la langue bretonne [10]  Parmi les autres adhérents, on trouve une cinquantaine... [10] . La mobilisation du CELIB accompagne et entretient le très fort développement économique de la Bretagne durant les trente glorieuses. Elle devient la première région agricole française et bénéficie de la politique de décentralisation économique (secteurs automobile et électronique).

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Si le positionnement idéologique du CELIB est apolique [11]  Néanmoins les modes d’action de cette coalition sont... [11] , certains de ces membres, en particulier Joseph Martray son fondateur, cherchent à renforcer le mouvement culturel breton et à donner une nouvelle légitimité au régionalisme breton après les errements de l’entre-deux-guerres. Sur le plan culturel naît en en 1950 l’association Kendalc’h qui se donne pour but de "grouper tous ceux qui s’intéressent au maintien et à la diffusion de la culture et des traditions bretonnes" (Nicolas, 1982, p. 181). Cette association fédère rapidement plusieurs milliers de membres à travers le regroupement de Bleun-Brug, Ar Falz, puis la Jeunesse étudiante bretonne en 1952, la Fédération culturelle bretonne en 1955, la Fédération des Amis des Luttes et Sports Athlétiques Bretons en 1960. Tout en affichant son apolitisme Kendalc’h soutient à plusieurs reprises les combats du CELIB, ses dirigeants étant membres de cette organisation. L’action du CELIB a aussi des effets sur le plan de l’organisation du mouvement breton avec la naissance, en 1957, du mouvement d’organisation de la Bretagne (MOB), dirigé par Yann Fouéré [12]  Militant régionaliste dans l’entre-deux-guerres, Yann... [12] , et dont les membres fondateurs de l’UDB sont issus. Le MOB défend un régionalisme politique modéré favorable à une politique décentralisation avec l’instauration d’une assemblée régionale. Cependant, le MOB, qui ne s’émancipera jamais définitivement du CELIB [13]  En particulier Henri Ducassou, entrepreneur de travaux... [13] , présente une grande hétérogénéité parmi ses membres. En son sein, se côtoient des individus de tous horizons, des anciens du PNB, des partisans de l’Algérie française aussi bien que de jeunes militants influencés par les idées marxistes ou tiers-mondistes [14]  Après l’implosion de la SFIO à la fin des années 1950,... [14] (Nicolas, 1982). Ainsi, à partir de 1963, un groupe de jeunes étudiants [15]  Ces militants appartenaient à la faculté de lettres... [15] , militants du MOB, s’attache à relier la question bretonne à l’idéologie socialiste et à la situation coloniale (Monnier, 1998). L’opposition des dirigeants du MOB d’ouvrir les instances de direction à cette jeune garde d’obédience marxiste, le refus par la majorité des "mobistes" de condamner les actions terroristes de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) en métropole et en Algérie, l’organisation progressive du gauche bretonne précipite la scission au sein du MOB.

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Le premier congrès de l’UDB a lieu en décembre 1964 et un organe est créé, Le Peuple Breton. L’UDB se structure progressivement en rassemblant des militants de gauche sensibilisés à la question bretonne dans les années 1960-1970 [16]  "Je suis entré en janvier 1965 dans l’UDB, à vingt... [16] .

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L’objectif de l’UDB est de reconstituer la Bretagne historique [17]  La Bretagne actuelle compte quatre départements : les... [17] par l’intermédiaire d’une autonomie politique bras armé d’une reconquête culturelle et linguistique. Depuis les années 1970, l’UDB reste la principale organisation partisane régionaliste en Bretagne. D’autres organisations politiques régionalistes et nationalistes sont apparues couvrant l’ensemble du spectre droite-gauche [18]  Voir tableau n° 1. [18] (Charrier, Larvor, 2002). À droite, le Strollad Ar Vro (parti du pays) défend les couleurs d’un régionalisme de droite modéré jusqu’au milieu des années 1970 avec un certain impact sur l’électorat breton [19]  Voir tableau n° 2. [19] . Sans qu’il appartienne à une formation régionaliste, Jean-Yves Cozan a joué sur un répertoire proche, celui de la défense de la culture bretonne, lorsqu’il a pris la tête avec succès d’une liste dissidente de droite dans le Finistère pour les élections régionales de 1998. En revanche, à l’extrême droite (Parti pour l’organisation d’une Bretagne libre [POBL] créé 1982, ou Adsav apparu en 2000) comme à l’extrême gauche (Emgann) [20]  L’extrême gauche indépendantiste bretonne est proche... [20] , les organisations nationalistes et indépendantistes ne parviennent pas à sortir d’une logique groupusculaire sans aucun impact sur l’électorat breton. Ainsi, l’UDB reste aujourd’hui la seule formation autonomiste disposant d’une relative visibilité politique en Bretagne.

Source : élaboré à partir de Crettiez, Sommier, 2002. p. 63

Militantisme et insertion dans la société régionale

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Parti de militants, l’UDB participe à la structuration du mouvement culturel breton dans les années 1970. Cependant, son incapacité à peser réellement sur des choix politiques structurants concernant la défense de langue et de la culture bretonne l’a éloigné d’un mouvement culturel qui s’est autonomisé. Si ses militants s’impliquent dans ce mouvement, l’UDB ne parvient à traduire politiquement cette insertion dans un mouvement social particulièrement visible.

Les difficultés d’un petit parti

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L’organisation interne de l’UDB est marquée par sa genèse et le rejet du fonctionnement autocratique du MOB. Les fondateurs de l’UDB et leurs continuateurs ont cherché à éviter la monopolisation du pouvoir par un chef en privilégiant un fonctionnement collégial [21]  "ll y a eu des responsables de qualité à l’UDB mais... [21] .

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Ainsi, l’UDB ne dispose pas formellement de président ou de secrétaire général. Le bureau politique [22]  La moitié du bureau est élue par le congrès tous les... [22] , composé de 28 personnes, désigne pour deux ans un responsable des affaires internes et un responsable des affaires extérieures faisant office de porte-parole de l’organisation. Depuis 1994, le porte-parole de l’UDB est Christian Guyonvarc’h, adjoint au maire de Lorient. Ce dernier s’affirme progressivement, depuis une décennie, comme la voix et le visage de l’UDB mais il ne dispose que d’une influence limitée au sein du parti. Le programme électoral de l’UDB comme les candidatures du parti aux différentes élections ne sont pas arrêtés par le bureau politique mais par le congrès de l’UDB qui se réunit tous les deux ans ou par une convention spécifiquement réunie à cet effet. Cette organisation rétive au leadership personnel souffre par ailleurs en termes de visibilité politique de la faible institutionnalisation des espaces publics régionaux en France. Les médias, en particulier l’audiovisuel public, reste assez largement centralisés donnant peu de place à la vie politique régionale (Pasquier, 2004b). À l’exception de la campagne pour les élections régionales, et encore sur des tranches horaires tardives, il est rare que les médias rendent compte des activités de l’UDB.

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L’UDB se structure en fédérations qui, jusqu’au milieu des années 1980, adoptent comme cadre territorial le pays. Mais la baisse des effectifs ainsi que la volonté de l’organisation d’être plus en phase avec les circonscriptions médiatiques contraignent le parti à se réorganiser sur une base départementale, à l’exception des Côtes d’Armor ou deux fédérations de pays subsistent : Trégor-Goëlo et Rance-Penthièvre. Ainsi en 2002, l’UDB compte sept fédérations : Finistère, Morbihan, Ille et Vilaine, Loire Atlantique, Trégor-Goëlo, Rance-Penthièvre et une section de l’émigration bretonne dont le siège est à Paris. Des discussions sont néanmoins actuellement en cours pour revenir à une organisation territoriale en pays du fait de la remontée des effectifs et des perspectives d’une régionalisation accrue [23]  "Nous sommes susceptibles sur une période d’un an de... [23] .

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L’UDB compte aujourd’hui environ 720 militants. L’évolution du militantisme suit plus ou moins l’évolution électorale de l’UDB : progression pendant toute la décennie 1970, puis chute durant la décennie 1980 avant d’entamer une légère remontée depuis le début des années 1990.

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Sur le plan interne, cette organisation a connu plusieurs soubresauts provoquant à plusieurs reprises le départ de militants. La première dissension interne a lieu dans l’immédiat après 1968. Les années 1968-1969 marquent une crise de croissance de l’UDB. Le nombre de sympathisants de l’ UDB augmente considérablement tout en la gauchisant très sensiblement, en particulier la section parisienne très proche de la Ligue communiste révolutionnaire. Pour le bureau politique de l’UDB, en particulier pour ses fondateurs, se pose la question de la cohérence du parti, de ses bases, de ses finalités au regard du combat pour la Bretagne [24]  "Certains gauchistes remettaient en cause le combat... [24] .

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Cette crise se solde par l’exclusion des éléments gauchistes en 1969-1970 [25]  En particulier des leaders de la section de Paris-nord,... [25] . Mais cette crise ne remet pas en cause la croissance du militantisme dans la décennie 1970. L’UDB ne recrute plus majoritairement dans le milieu estudiantin mais également dans le milieu ouvrier à la suite de son investissement de plusieurs grands conflits sociaux bretons dans la première moitié des années 1970 (Dulong, 1975). De nouvelles dissensions internes se produisent à l’UDB au début des années 1980. L’UDB ne parvient pas à capitaliser son alliance avec les partis de l’Union de la gauche. Le vote des lois de décentralisation, certaines mesures pour la langue bretonne prises par le gouvernement de Pierre Mauroy privent momentanément l’UDB de son traditionnel terrain politique. Certains leaders prônent un positionnement critique par rapport au PS tout en s’ancrant dans un bloc progressiste. À l’opposé certaines fédérations, en particulier la fédération du Léon dans le Finistère, critiquent le positionnement prosocialiste de l’UDB et entendent la rendre tout à la fois plus indépendante et plus nationaliste. Lors du congrès de 1984, à Lorient, les divergences éclatent au grand jour. La fronde "nationaliste" échoue, mais l’UDB sort exsangue de cette crise. Certains des cadres historiques rejoignent le PS. Ainsi, Ronan Leprohon, un des fondateurs historiques de l’UDB, partisan une alliance préférentielle avec le PS finit par le rejoindre [26]  Il devient maire-adjoint de Brest et conseiller ré... [26] . D’autres, comme Jean Guéguéniat ou René L’Hostis en s’appuyant sur les fédérations finistériennes créent, en 1986, un parti dissident Frankiz Breizh. Cette crise met également à mal les finances du parti et souligne également sa relative fragilité structurelle. Les ressources financières de l’UDB proviennent en effet exclusivement de ses adhérents, de souscriptions auprès de ces sympathisants et de la vente de son organe mensuel Le Peuple Breton, publié par les Presses Populaires de Bretagne. La baisse des effectifs dans les années 1980 et la chute des ventes de son organe, Le Peuple Breton – les ventes chutes de 3500 à 1500 exemplaires de 1980 à 1983 – place l’UDB dans une situation financière délicate l’obligeant à se séparer de locaux et à restreindre les frais de campagne de ces candidats. La situation financière de l’UDB se stabilise dans les 1990 avec la remontée des effectifs et l’augmentation des ventes du Peuple breton qui atteignent aujourd’hui environ 6000 exemplaires [27]  Les presses populaires de Bretagne diffusent également... [27] .

L’UDB et le mouvement culturel

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Le militantisme de l’UDB s’appuie en partie sur le mouvement culturel breton qui, structuré depuis l’entre-deux-guerres, regroupe de multiples associations artistiques et de défense de la langue bretonne. Ainsi Kendalc’h, compte aujourd’hui 8 000 adhérents et regroupe 180 associations culturelles, artistiques et sportives. Sa revue Keleir Kendalc’h est publiée à 10000 exemplaires. De nombreuses associations enseignent également la langue bretonne comme Ar Falz, Diwan, Minihi Levenez, Skol an Emsav ou Stourm ar Brezhoneg. Les rapports entre l’UDB et le mouvement culturel ont évolué depuis les années 1970. Si les liens entre l’UDB et les associations culturelles apparaissent extrêmement forts dans les années 1970, ils sont aujourd’hui beaucoup plus distendus, le mouvement culturel breton allant bien au-delà du militantisme UDB.

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Dans les années 1970 les militants de l’UDB participent en effet très activement à la recrudescence de la culture régionale en Bretagne. Le parti organise dans les années 1970 la "Fête du Peuple Breton" [28]  De 1973 à ces fêtes rassemblent plusieurs dizaines... [28] qui accueillent nombre d’artistes de renom et donnent une audience inconnue jusqu’alors à des artistes bretons défendant la culture et la langue régionale (Glenmor, Xavier Grall, Gilles Servat, Alan Stivell, Tri Yann). L’UDB structure également le milieu associatif culturel. Ainsi, l’un des fondateurs de l’UDB, René L’Hostis, créé en 1977 la première école Diwan (Germe) prônant un enseignement du Breton par immersion. Cette association fait aujourd’hui fonctionner des écoles maternelles, primaires, plusieurs collèges ainsi qu’un lycée en Breton. Cette association qui scolarise plusieurs milliers d’enfants chaque année réclame aujourd’hui avec le soutien de l’UDB mais plus largement de l’ensemble des forces politiques bretonnes un statut public qui lui est pour le moment refusé du fait que le Conseil constitutionnel interdit au gouvernement français de signer la Charte européenne de défense des langues régionales et minoritaires. La mode de la musique celtique dans les années 1990 a encore accru la visibilité sociale du mouvement culturel breton que relaie journaux, maisons d’édition, émissions de radio et de télévision [29]  En 1999 est née la chaîne câblée TV Breizh, chaînée... [29] . Mais l’UDB a moins de prise sur ce mouvement. Depuis la charte culturelle de 1977 accordée par le gouvernement central nombre d’associations culturelles sont en partie subventionnées par l’État central dans les années 1980 et contraintes d’observer une neutralité politique.

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Ce décalage entre la forte visibilité sociale du mouvement culturel breton et le faible potentiel politique de l’UDB explique aussi qu’au sein du parti des voix s’élèvent chez certains leaders pour constituer un mouvement politique plus large regroupant l’ensemble des groupes- et individus qui souhaitent voir l’identité bretonne mieux défendue [30]  "Je crois que c’est maintenant qu’il faut traduire... [30] .

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Cependant, cette tentation d’élargir le mouvement n’est pas sans poser de problème stratégique. Tout d’abord avec qui l’UDB peut-elle s’allier durablement ? Le mouvement culturel breton se compose d’organisations diverses et il n’existe pas d’autres partis politiques autonomistes en Bretagne qui pourraient permettre de couvrir l’ensemble du spectre droite-gauche. Par ailleurs, les alliances avec les partis de la gauche traditionnelle ne se font pas autour d’objectifs politiques durables de défense de la langue et de la culture régionale mais sur la base d’accords électoraux temporaire [31]  Ainsi, en novembre 2002, au dernier congrès de l’UDB,... [31] .

Un Impact électoral faible… mais persistant

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Engagée dans la compétition politique depuis plus de trois décennies, l’UDB ne parvient pas à capter une part significative de l’électorat breton que ce soit aux élections locales, régionales ou nationales. Le mode scrutin majoritaire à deux tours largement pratiqué pour les élections locales et nationales en France a considérablement limité la possibilité de l’UDB d’obtenir des élus dans les assemblées représentatives locales et nationales. Cette contrainte institutionnelle l’amène à rechercher des alliances avec d’autres partis de gauche, Parti socialiste (PS), Parti communiste (PCF) et Verts. Par ailleurs, l’UDB ne peut pas compter comme d’autres partis ethno-régionalistes en Europe sur une frange de l’électorat qui se sente "exclusivement" bretonne. Ainsi, une récente étude comparative montre que si 17 % des Bretons se sentent davantage bretons que français ce chiffre atteint 37 % chez les Gallois (Cole 2003). La double appartenance identitaire est largement assumée en Bretagne contrairement à d’autres régions européennes comme le Pays de Galles ou la Catalogne où les partis ethno-régionalistes disposent d’un impact électoral nettement supérieur à l’UDB.

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Comme le soulignent les tableaux 1 et 2, sur les résultats de l’UDB aux élections législatives et régionales, les décennies 1970,1980 et 1990 constituent pour ce parti des cycles électoraux bien distincts (tableau 1) avec également des stratégies d’alliances qui évoluent. La décennie 1970 apparaît comme la phase d’expansion. Au milieu des années 1960, les débuts électoraux de l’UDB sont difficiles. Aux élections municipales de mars 1965, elle n’obtient qu’un élu au conseil municipal du Guilvinec. Le décollage électoral de l’UDB s’opère au début des années 1970 où elle s’engage dans le combat social en soutenant plusieurs grands conflits sociaux en Bretagne, en particulier autour de l’usine du Joint Français à St-Brieuc qui voit se mobiliser une large frange de la société bretonne contre les écarts de salaire avec la région parisienne. L’UDB profite aussi de l’essor plus général du mouvement culturel breton qu’elle contribue à structurer. Ainsi aux élections législatives de mars 1973, les cinq candidats que présente l’UDB obtiennent en moyenne 1,8 % des voix [32]  Cependant lors de ces élections législatives, le MOB... [32] . En 1976, les élections cantonales du printemps voient une nouvelle progression de l’UDB. Les neuf candidats de l’UDB obtiennent en moyenne 5,27 % [33]  Le record historique pour un vote UDB est obtenu à... [33] .

Tableau 1 - Résultats électoraux des candidats UDB lors des élections législatives (1973-2002)Tableau 1
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Aux élections municipales de 1977, l’UDB participe aux listes Union de la Gauche et obtient 35 élus dans les conseils municipaux de Bretagne dont 11 dans sept villes de plus de 30 000 habitants (trois à Brest dont un adjoint au maire, deux à Rennes, un à Saint-Malo, deux à Lorient, un à Nantes, un à Saint-Nazaire). Les élections cantonales de 1979 les élections municipales de 1983 terminent le cycle électoral d’expansion de l’UDB. Aux élections cantonales de 1979, les 34 candidats de l’UDB (trois fois plus qu’en 1976) obtiennent en moyenne 5,63 % des suffrages exprimés, plusieurs candidats dépassant les 10 %. Quant aux élections municipales de 1983 l’UDB présente des candidats dans 130 communes et double son implantation dans les conseils municipaux de Bretagne avec 80 élus dans une soixantaine de communes.

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En revanche, la décennie 1980 est une période de reflux pour l’UDB. Le vote des lois de décentralisation par ses alliés de gauche, le "vieillissement" de ces mots d’ordre idéologiques ainsi que des dissensions internes l’affaiblissent électoralement. Déjà lors des élections législatives de 1978 l’UDB avait connu un net reflux. Alors qu’elle présente des candidats dans la moitié des circonscriptions de Bretagne ses candidats obtenant en moyenne un score de 1,91 %. L’électorat qu’elle touche sur des enjeux locaux aux élections municipales ou cantonales ne vote pas pour ses candidats aux élections législatives mais se positionne sur des enjeux nationaux de rapports droite-gauche. Par ailleurs, la victoire du Parti socialiste en 1981 place l’UDB dans une position difficile. Le PS sous l’impulsion de la gauche bretonne a repris certaines de ses revendications : les assemblées générales se dessinent, l’enseignement du breton progresse à l’université avec la création d’une licence. Pour Louis Le Pensec leader du PS en Bretagne "L’UDB n’a plus lieu d’être" puisque le PS applique son programme (Monnier, 1998 p. 28). Aux élections législatives de juin 1981 l’UDB passe un accord avec le PS et se noie dans la marée rose [34]  Le PS est majoritaire en nombre de députés en Bretagne... [34] . Aux élections cantonales de 1982 et surtout à celles de 1985, l’UDB connaît une baisse de son score. En 1985, ses candidats obtiennent en moyenne 4,2 % des suffrages exprimés contre 5,6 % en 1979. Elle souffre d’une bipolarisation de la vie politique locale et nationale et de l’augmentation du nombre de candidats Les premières élections régionales en 1986 sont également très décevantes pour l’UDB qui avec une rhétorique proche de celles des années 1970 (Bretagne = colonie) semble se déconnecter des réalités de la société bretonne. La Liste obtient 2,39 % dans les Côtes-du-Nord, 2,02 % dans le Morbihan, 1,01 % en Loire-Atlantique et 0,38 % en Ille et Vilaine où il y avait deux listes régionalistes. L’UDB n’est pas représentée à l’assemblée régionale. Ces résultats négatifs entraînent une profonde crise au sein de l’UDB et remettent en cause son alliance "naturelle" avec le PS et le PCF. À partir de la fin des années 1980, les alliances avec ces alliés de gauche ne sont plus automatiques et varient selon les scrutins.

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Une refonte organisationnelle et idéologique à partir de la fin des années 1980 permet à l’UDB de stabiliser ses positions au niveau communal et de progresser légèrement dans l’électorat breton en particulier aux élections régionales au début des années 1990 (tableau 2). Aux élections régionales de 1992, l’UDB obtient en moyenne 2 % des voix contre 1,5 % en 1986 et présente 7 candidats aux élections législatives de 1993 qui obtiennent en moyenne 2,57 % des suffrages exprimés. Aux élections législatives de 1997, elle présente 22 candidats avec une moyenne de 2 % dans un contexte de multiplicité de candidatures. En septembre 1997, l’UDB développe sa philosophie d’un fédéralisme social et adopte un programme de 44 propositions pour la Bretagne dans l’optique des élections cantonales et régionales de 1998. Aux élections régionales de 1998 l’UDB est en net progrès passant de 2,1 % des suffrages exprimés en 1992 à 3,1 % en 1998 mais ne franchit nulle part la barre des 5 % lui permettant d’être représentée à l’assemblée régionale. Durant cette période, elle initie de nouvelles stratégies d’alliances. C’est sous ce label – Régions et peuples solidaires (R & PS) - que l’UDB présente des candidats ou soutient des sympathisants de la culture régionale dans le but de couvrir l’ensemble des circonscriptions bretonnes. Ainsi, R & PS présentait des candidats dans 34 des 36 circonscriptions bretonnes. Cependant, le résultat est très décevant avec un recul net par rapport aux élections législatives de 1997 et 1993, 1,56 % des suffrages exprimés pour les candidats R & PS en moyenne contre 2 % et 2,57 % des suffrages pour les candidats UDB en 1997 et 1993. Ce renouvellement des alliances est davantage payant lors des élections régionales de mars 2004 où l’UDB, alliée aux Verts, au premier tour des élections régionales obtient 9,70 % des suffrages exprimés, score historique pour cette gauche alternative bretonne écologiste et régionaliste. La fusion avec la liste PS-PC-PRG lors du second tour des élections régionales de permet même à l’UDB d’obtenir pour la première fois de son histoire trois sièges au conseil régional de Bretagne avec la possibilité d’envisager une vice-présidence du conseil régional de Bretagne pour son porte-parole, Christian Guyonvarc’h.

Tableau 2 - Résultats des listes régionalistes lors des élections régionales dans les 5 départements de la Bretagne "historique"Tableau 2
28

Au-delà de ces cycles électoraux, on peut constater que l’UDB obtient les résultats les plus significatifs aux élections municipales et cantonales – les scores peuvent atteindre entre 5 et 10 % des suffrages exprimés – alors qu’aux élections législatives elle franchit rarement la barre des 3 % de suffrages exprimés, Jusqu’en 2004, des obstacles institutionnels (barre des 5 % pour être élu au conseil régional) ainsi que le refus d’alliances systématiques avec les listes de gauche avaient empêché l’UDB d’avoir des représentants à l’assemblée régionale. C’était essentiellement au niveau communal du fait de stratégies locales d’alliances que l’UDB parvenait à obtenir des élus dans les conseils municipaux de Bretagne ainsi que des postes de maires et de maires-adjoints [35]  L’UDB compte aujourd’hui une centaine d’élus municipaux... [35] . Depuis mars 2004, la donne a changé puisque le changement de mode scrutin ajouté a une alliance historique avec les Verts de Bretagne permet à l’UDB de faire son entrée pour la première fois au conseil régional de Bretagne [36]  Avant 1986 et la désignation des conseillers régionaux... [36] .

La construction européenne te l’aggiornamento idéologique et stratégique d’un autonomisme de gauche

29

Selon Robert Ladrech (2001), cinq dimensions des activités partisanes peuvent être affectées par le processus d’européanisation : le contenu des programmes, l’organisation, les cadres de la compétition politique, les relations parti/gouvernement et les relations au-delà du système national des partis. En ce qui concerne l’UDB, on peut identifier un effet très clair des enjeux européens sur la refonte de l’idéologie partisane mais également sur le développement de relations partisanes supranationales dans le cadre de l’Alliance libre européenne.

Du colonialisme intérieur au fédéralisme social

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L’objectif politique principal de l’UDB n’a pas évolué depuis les années 1970. Il s’agit d’obtenir par des voies pacifiques [37]  L’UDB condamne dès la fin des années 1960 les actions... [37] une autonomie politique pour la Bretagne. Pour l’UDB la Bretagne est le lieu d’un peuple Breton, celui-ci a une vocation nationale et son développement économique et culturel est subordonné à l’obtention d’un statut d’autonomie Pour l’UDB ce statut est le meilleur moyen d’atteindre d’autres objectifs politiques entre autres l’enseignement obligatoire de la langue bretonne, le rattachement du département de la Loire-Atlantique à la Bretagne, le développement durable de l’agriculture bretonne.

31

La justification idéologique par l’UDB d’une autonomie politique a néanmoins largement évolué depuis les années 1980. Cette autonomie politique est longtemps envisagée dans une perspective marxiste et tiers-mondiste comme le plus sûr moyen de mettre fin au colonialisme intérieur [38]  Le slogan de l’UDB était dans les années 1970 "Bretagne... [38] dont serait victime la Bretagne dans l’ensemble national français. Durant ces années de structuration, l’idéologie de l’UDB est fortement influencée par la gauche socialiste [39]  Ainsi l’UDB soutient à Rennes aux élections législatives... [39] en particulier le PSU de Michel Rocard. Ainsi, l’UDB participe activement aux côtés du PSU au colloque "Décoloniser la province" organisé en 1966 à St Brieuc qui marque l’évolution du régionalisme en France. Dès 1967, l’UDB propose à tous les candidats de gauche dans les cinq départements de la Bretagne historique un "Programme Minimum Démocratique" centré sur les institutions : démocratisation de la Commission de développement économique régionale, élections d’assemblées régionales au suffrage universel, découpage régional démocratique, suppression des préfets de département et de région, limitation de la croissance de la région parisienne et promotion d’une véritable culture populaire tenant compte des réalités bretonnes [40]  Près de la moitié des candidats de gauche donnent leur... [40] . De même, en février 1974, l’UDB signe la "Charte de Brest" avec l’Union do Poblo Galego (UPG) et l’Irish Republicain Movement, le Cym Goch (le Pays de Galles rouge) et Herriko alderni Sozialista (HAS), constituant une déclaration commune de lutte contre le colonialisme en Europe occidentale basée sur une analyse marxiste orthodoxe de l’évolution des systèmes politiques.

32

À partir du milieu des années 1980, un dépoussiérage idéologique s’opère au sein de l’UDB du fait notamment d’échecs électoraux et du constat d’une déconnexion avec la réalité bretonne. Cet aggiornamento idéologique se fait au contact d’autres partis autonomistes en Europe dans le cadre de l’Alliance européenne et du Parti démocratique des Peuples d’Europe, Cette remise à plat idéologique se réalise à travers la prise en compte de la construction européenne et des recompositions qu’elle risque de générer pour l’État-nation. Ainsi l’UDB entre en 1987 dans l’Alliance libre européenne autour d’une plate-forme commune : fédéralisme, refus du nucléaire, action par des voies pacifiques et démocratiques, désarmement, aménagement du territoire, égalité des langues et des cultures, politique agricole alternative [41]  Par l’intermédiaire de l’Alliance européenne les régionalistes... [41] . En 1999, l’UDB poursuit cette refonte idéologique en publiant un projet de statut particulier pour la Bretagne. Dans l’article 1 de ce projet de statut il est mentionné que "le peuple breton, pour garantir la pérennité de son identité et accéder à l’autogouvernement dans les domaines qui le concernent en propre, se constitue en communauté politique autonome dans le cadre de la République française sous le nom de Région autonome de Bretagne ’(UDB, 1999, p. 14). Dans ce projet de statut particulier l’UDB empreinte aux statuts d’autonomie des communautés autonomes de la Catalogne, du Pays Basque ou de la Galice et entend que la Bretagne exerce un pouvoir législatif sur toutes les matières qui ne relèvent pas des fonctions régaliennes de l’État (éducation, langue, développement économique etc.). L’UDB se positionne aussi clairement pour la fédéralisation de l’Union européenne sur le modèle allemand dans une région Bretagne très favorable à l’intégration européenne [42]  Rappelons que lors du référendum sur le Traité de Maastricht,... [42] .

Le renouveau des alliances

33

Cet aggiornamento idéologique depuis la fin des années 1980 entraîne également des conséquences stratégiques en termes d’alliances. À cet égard, la participation de l’UDB à l’Alliance libre européenne renouvelle son répertoire désormais davantage orienté vers des priorités politiques fédéralistes et de défense de la langue et de la culture que la solidarité indéfectible avec les autres forces de gauche. Cela n’exclut pas des soutiens ponctuels à des candidats de gauche mais l’UDB n’entend plus faire des alliances automatiques avec un parti socialiste désormais assez de ces positions politiques concernant la décentralisation ou la culture régionale. La question fédérale et celle de l’autonomie politique tendent à accroître le fossé qui sépare l’UDB et une partie du PS. Par exemple, l’UDB s’est montrée ouverte à l’approfondissement de la décentralisation impulsée depuis quelques mois par le gouvernement Raffarin. Ainsi, lors de la motion finale de son congrès en novembre 2002, l’UDB déclare ne pas autoriser le Parti socialiste "à s’exprimer en son nom quand il écrit de façon péremptoire et hégémonique que l’ensemble des forces de progrès continuera à combattre la logique fédérale et libérale du projet Raffarin" et précise que "la politique de Raffarin que nous refusons est une chose, la décentralisation en est une autre" [43]  Motion finale du congrès de l’UDB, Lannion, 10-11 novembre... [43] . Cette fracture idéologique par parti Socialiste est d’autant plus marquée que pour l’UDB l’enseignement et la sauvegarde de la langue bretonne passe par ce statut d’autonomie [44]  "À terme on envisage une régionalisation de l’éducation... [44] .

34

À partir du début des années 1990, l’UDB entend rassembler les forces régionalistes. Ainsi, pour les élections régionales de 1992, l’UDB participe à une coalition de l’ensemble des partis régionalistes bretons autour du slogan "Peuple breton, peuple d’Europe". Plus largement, l’UDB participe en 1995 à la création de la Fédération Régions et peuples solidaires qui rassemble les principaux partis régionalistes français. Cette mutualisation des forces a pour objectif de bénéficier du financement public des partis et de présenter un plus grand nombre de candidats. Pour le moment, cette nouvelle stratégie d’alliances n’a pas débouché sur des résultats probants. D’autant que l’UDB se méfie des "dérives identitaires et ultra nationaliste" [45]  Motion du congrès de l’UDB, Lannion, 10-11 novembre... [45] de certaines composantes de ce rassemblement. L’objectif de l’UDB est d’ancrer définitivement R & PS dans une ligne idéologique claire sur le fédéralisme, l’écologie et le socialisme. Cette remise à plat des alliances permet également à l’UDB de soutenir des candidats qui ne sont pas membres de l’UDB mais sympathisants de la cause bretonne. C’est aussi un moyen de pénétrer à nouveau le mouvement culturel breton, souvent en marge des mobilisations politiques. L’UDB est également tentée de renouer avec la mouvance écologiste qui défend des positions politiques proches au-delà des thématiques environnementales, en particulier sur le thème du fédéralisme et des identités culturelles. Ce parti accorde également une place croissante à la question écologique dans son discours du fait des problèmes de pollution générés par l’agriculture intensive en Bretagne. Le rapport à l’écologie a longtemps été ambivalent au sein de l’UDB. Si elle manifeste dès les années 1970 contre le nucléaire civil, le bétonnage des côtes ou encore le remembrement, l’écologie ne fait pas l’unanimité au sein de l’UDB avec d’un côté les marxistes qui défendent une ligne scientiste, et de l’autre les environnementalistes. Cette dissension idéologique permet aux partis écologistes d’occuper le terrain en Bretagne à partir de 1983 alors que leur électorat recoupe en partie celui de l’UDB. Depuis le parti cherche à se repositionner en affichant sa volonté de voir changer les modes de production de l’agriculture bretonne vers une agriculture durable (Le Bec, 1990). Cette évolution a permis à l’UDB, pour la première fois de son histoire, de faire alliance avec les Verts de Bretagne au premier tour des élections régionales de 2004 avec le succès que l’on connaît. La liste menée par Pascale Loget, candidate écologiste et maire adjointe de Rennes et Christian Guyonvarc’h, porte-parole a obtenu 9,70 % des suffrages exprimés au premier tour des élections régionales et à la suite de la fusion avec la liste socialiste de Jean-Yves Le Drian elle obtient 10 sièges au conseil régional (7 pour les verts et 3 pour l’UDB) avec la possibilité d’occuper des fonctions exécutives d’importance.

Vers un nouveau souffle ?

35

Plusieurs facteurs ont freiné la progression politique de l’UDB. On peut en isoler cinq Le premier facteur est institutionnel. Le scrutin majoritaire à deux tours et les différents seuils pour accéder aux seconds tours des élections ont limité la visibilisation de l’UDB dans la mesure où seules des stratégies d’union avec les partis de gauche lui ont permis d’avoir des élus. Trois facteurs tiennent à la configuration politique et identitaire de la Bretagne. Jusqu’aux années 1980, l’UDB se heurte Bretagne à un électorat conservateur où le vote à gauche est minoritaire. Cette réalité n’est plus vraie aujourd’hui avec une société bretonne qui se tertiarise et s’urbanise. Aux élections législatives de 1997 et aux élections régionales de 1998 le vote à gauche était majoritaire en Bretagne. Le second facteur, peut-être le plus important, demeure, celui de l’identification nationale et régionale. Contrairement à d’autres régions européennes, la cohabitation entre identité nationale et identité régionale ne pose pas de conflits majeurs en Bretagne. Dans cette région, 90 % de la population se sent à des degrés divers autant breton que française. Ainsi en Bretagne un discours d’autonomisation par rapport à l’ensemble national est assez difficilement audible dans la mesure où un discours autonomiste ne rencontre que très peu d’individus se sentant exclusivement breton. Enfin le dernier facteur qui a limité la progression politique de l’UDB tient à son organisation même et à son déficit de leadership. Le troisième facteur tient à la déconnexion qui s’opère au début des années 1980 entre l’UDB et le mouvement culturel. Nombre de militants investissent l’action culturelle en Bretagne sans pour autant se positionner sur le plan politique. L’UDB n’a pas pour le moment profité de la structuration croissante du mouvement culturel dans la société régionale. Quatrième facteur, il faut attendre le milieu des années 1980 pour que l’UDB affiche clairement son intérêt pour la question écologique. Si bien qu elle -s’est longtemps retrouvée en concurrence avec les écologistes, en l’occurrence, les Vert, dont une partie de l’électorat recoupe celui de l’UDB. Enfin, dernier facteur, le fonctionnement collégial de l’UDB et son souci d’éviter toute personnalisation du pouvoir ont limité la mise en exergue d’un leader capable de créer une dynamique politique permettant à cette organisation de sortir d’une certaine marginalité électorale.

36

Les élections régionales de mars 2004 sont à marquer d’une pierre blanche pour l’UDB. Grâce à une alliance "historique" avec les Verts de Bretagne, elle est parvenue à accéder pour la première à la représentation politique régionale. Ainsi, avec l’accélération prévisible du processus de régionalisation en France dans les années à venir, l’UDB se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle dispose de quelques années pour traduire sur le plan politique la vigueur du mouvement culture breton et peser véritablement dans les institutions locales et régionales sur les choix politiques régionaux.


Références

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  • Winter L. (de), Türsan, H. (eds.), Regionalist Parties in Western Europe, London, Roudedge, 1998.

Notes

[1]

Dans un sondage Ifop pour le quotidien Ouest-France du 25 juin 2002, 57 % des personnes interrogées se déclaraient "autant Bretons que Français". Dans cette même enquête 85 % considèrent que la langue bretonne est un élément important de l’identité bretonne tandis que 62,6 % des personnes interrogées se disent favorables ou très favorables au rattachement du département de la Loire-atlantique à la Bretagne.

[2]

Deux grands auteurs marquent ce mouvement : Hersart de La Villemarqué qui publie en 1839 le Barzaz Breiz, un recueil de chants populaires, et Arthur de la Borderie qui occupe la première chaire d’histoire de Bretagne à l’Université de Rennes.

[3]

L’aire d’usage de la langue bretonne ne recouvre pas l’ensemble du territoire régional. La zone "bretonnante" se situe aujourd’hui à l’ouest d’une ligne St-Brieuc-Vannes. On estime qu’actuellement (en l’absence de chiffres fiables) que 200 000 personnes parlent couramment le breton et que 600 000 le comprennent (Skol Vreizh, 1993).

[4]

En 1911, une scission a lieu au sein de l’URB voit la création de la Fédération régionaliste bretonne animée par Jean Choleau. Que ce soit l’URB ou la fédération régionaliste, elles demeurent des structures de notables s’inscrivant dans des familles politiques conservatrices,

[5]

Les notables de l’URB et de la FRB se retrouvent une dernière fois en 1940 lorsqu’ils présentent conjointement au Maréchal Pétain un projet d’organisation provinciale de la France.

[6]

Elle est fondée par des anciens militants du parti national breton (PNB), parti politique groupusculaire créé en 1911 par quelques jeunes intellectuels. Le directeur de Breizh Atao, Morvan Marchai, dessine en 1924-1925 le drapeau breton tel qu’on le connaît aujourd’hui (Skol, Vreizh, 1993). Jusqu’au début des années 1930, Breizh Atao est d’orientation fédéraliste et participe à l’effervescence intellectuelle de la France de rentre-deux-guerres où toute une génération d’intellectuels, comme l’a remarquablement décrit Jean-Louis Loubet del Bayle (1969) recherche une troisième voie entre droite et gauche, économie libérale et économie socialiste, Etats-Unis et URSS etc. Philippe Lamour, l’un des pères de l’aménagement du territoire en France dans les années 1950 et 1960 et figure intellectuelle de ces non-conformistes, collabore même à la revue Breizh Atao ainsi qu’aux activités du PAB avant sa scission (Le Couedic, 2002 ; Pitte, 2002). À la mort du PAB, le titre Breizh Atao est repris par le PNB qui donne un tout autre contenu à la revue, celui d’un discours fascisant et antisémite.

[7]

Maurice Duhamel et Morvan Marchai sont les leaders de la tendance fédéraliste. Olier Mordelle et François Debauvais les tenants d’un nationalisme d’extrême droite et fascisant. Ces deux derniers seront les fondateurs du PNB et le propulseront vers la collaboration active avec l’Allemagne nazie.

[8]

À la Libération, les promoteurs de la collaboration pro-vichystes ou pro-allemands sont condamnés mais parviennent à s’échapper. Les chefs de ceux qui sont allés jusqu’à s’engager sous l’uniforme allemand (quelques dizaines) sont condamnés à la peine de mort mais parviennent à se réfugier dans des pays tiers comme Olier Mordrelle, réfugié en Argentine (Fréville, 1979 ; Denis, 2002).

[9]

Le 22 juillet 1950, Joseph Martray et Joseph Halleguen, maire RPF de Quimper, lancent un appel à des centaines d’élus bretons, aux responsables des associations culturelles bretonnes, aux membres des assemblées consulaires et des organisations professionnelles. Le CELIB voit le jour. Cette organisation vivote pendant quelques mois avant que René Pleven n’en prenne la tête. Son leadership politique donne une impulsion décisive à la consolidation du CELIB en ralliant à la "cause régionale" l’ensemble des parlementaires MRP, formation politique dominante en Bretagne à cette époque. En effet, proche de Jean Monnet et du Commissariat général au Plan (CGP), Pleven est à une période phare de sa carrière politique. Plusieurs fois ministre et président du Conseil sous la Quatrième République, le parti politique qu’il dirige, l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), est l’un des partis charnières de la Troisième Force. René Pleven est président du CELIB de 1951 à 1972. Le dernier président du CELIB "historique" est Georges Lombard, sénateur-maire de Brest, de 1972 à 1974.

[10]

Parmi les autres adhérents, on trouve une cinquantaine de syndicats de producteurs ou de négociants en produits agricoles ou en produits de la mer, une trentaine de sociétés industrielles, une dizaine de banques. Mis à part les élus, tous sont représentants d’organismes économiques, sociaux ou culturels de Bretagne.

[11]

Néanmoins les modes d’action de cette coalition sont extrêmement politiques : constitution d’une commission parlementaire très active jusqu’en 1962 puis alliance avec le syndicalisme paysan pour qu’il relaie les objectifs de désenclavement de la Bretagne voulue par le CELIB.

[12]

Militant régionaliste dans l’entre-deux-guerres, Yann Fouéré dirige en Bretagne pendant la guerre deux journaux pro-vichystes, La dépêche de Brest et La Bretagne. Il préside également le comité consultatif breton créé par le régime de Vichy (Barrai, 1974 ; Fréville, 1979). Condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité à la Libération, il est acquitté lors de la révision de son procès en 1955 et revient en Bretagne.

[13]

En particulier Henri Ducassou, entrepreneur de travaux publics, une des figures socioprofessionnelle du CELIB et principal bailleur de fonds du MOB.

[14]

Après l’implosion de la SFIO à la fin des années 1950, plusieurs mouvements socialistes tentent de reconstruire la gauche française. En Bretagne, le Parti socialiste unifié (PSU), fondé en 1960 et dirigé à partir de 1963 par Michel Rocard, compte des soutiens importants en Bretagne, en particulier de la part d’une frange de la gauche bretonne sensible à la question de la décentralisation.

[15]

Ces militants appartenaient à la faculté de lettres de Rennes notamment les sections de géographie (Ronan Leprohon, Corentin Canévet Hervé Grall, Loeiz Le Bec), la section d’anglais (Yann Ber Piriou, Loig Kervoas et Roparz Debroise) ainsi que la section celtique (Monnier, 1998, p. 5).

[16]

"Je suis entré en janvier 1965 dans l’UDB, à vingt ans et demi. J’étais de sensibilité PSU, j’avais eu un professeur d’histoire géographie au lycée qui était un des fondateurs du PSU, il m’a beaucoup influencé. Et en même temps il y a eu tous les combats du CELIB à cette époque-là. Moi je me sentais partie prenante des deux combats. Le combat pour la démocratie et le socialisme et le combat pour la Bretagne. L’UDB m’a paru faire un peu la synthèse des deux", Entretien, militant UDB, 20/12/02.

[17]

La Bretagne actuelle compte quatre départements : les Côtes d’Armor, le Finistère, l’ille et Vilaine et le Morbihan. Ce découpage administratif ne correspond pas au territoire du Duché de Bretagne. Nantes, capitale historique des Duc de Bretagne et son arrière pays ont été intégrés au département de Loire-Atlantique qui fait partie de la région des Pays de la Loire. Aujourd’hui, la Bretagne administrative compte près de 3 millions d’habitants. Si l’on y ajoutait la Loire-Atlantique elle en compterait 4 millions.

[18]

Voir tableau n° 1.

[19]

Voir tableau n° 2.

[20]

L’extrême gauche indépendantiste bretonne est proche de l’Armée révolutionnaire Bretonne (ARB). L’ARB est la branche armée du Front de Libération de la Bretagne créé en 1966 en marge du MOB. Le FLB-ARB commet plusieurs dizaines d’attentats contre des équipements publics dans les années 1970 avant de baisser d’activité dans les années 1980. Elle reprend Faction à partir du milieu des années 1990 avec une série d’attentats de 1996 à 2000. Dans le cadre de l’enquête sur ces derniers attentats, en particulier celui d’avril 2000 contre le MacDonald de Quévert qui tua une employée de l’enseigne, plusieurs militants d’Emgann sont en détention dont son ancien porte-parole, Gaël Roblin.

[21]

"ll y a eu des responsables de qualité à l’UDB mais il n’y a pas de leader avec un grand L… C’est pas la culture de l’UDB, la personnalisation du pouvoir a toujours été un repoussoir, tout a été fait en sorte pour que cela ne puisse pas arriver", Entretien UDB, 10/10/02.

[22]

La moitié du bureau est élue par le congrès tous les deux ans, l’autre moitié est désignée par les fédérations à raison de deux représentants par fédération.

[23]

"Nous sommes susceptibles sur une période d’un an de rebasculer vers un système en pays pour deux raisons : sur le plan des effectifs cela va mieux qu’à la fin des années 1980 et la deuxième raison c’est qu’avec la régionalisation qui fait débat aujourd’hui nous pensons qu’il est plus facile dans le débat public de contester le département et de leur opposer comme alternative les pays. Pour nous c’est plus naturel on est pour la disparition des départements", Entretien Christian Guyonvarc’h, porte-parole de l’UDB, 10/10/02.

[24]

"Certains gauchistes remettaient en cause le combat nationalitaire, le combat pour la Bretagne. C’était surtout la section de Paris qui suivaient des leaders très brillants. Il y a eu une réaction stalinienne et brutale du noyau dur de l’UDB qui les tous exclus", Entretien, militant UDB, 20/12/02.

[25]

En particulier des leaders de la section de Paris-nord, J.-Y Guyomar et A. Le Guyader.

[26]

Il devient maire-adjoint de Brest et conseiller régional.

[27]

Les presses populaires de Bretagne diffusent également depuis le début des années 1990 des dossiers thématiques annuels (écologie, système institutionnel) dans le Cahier du peuple breton permettant une plus large publicité des propositions politiques de l’UDB.

[28]

De 1973 à ces fêtes rassemblent plusieurs dizaines de milliers de personnes.

[29]

En 1999 est née la chaîne câblée TV Breizh, chaînée dédiée exclusivement à la Bretagne et à sa culture.

[30]

"Je crois que c’est maintenant qu’il faut traduire sur le plan politique et électoral l’identité bretonne (…) il faut qu’on fasse un saut qualitatif, il faut que toutes les personnes partageant en Bretagne des idées proches en terme de mise en valeur de l’identité, d’aménagement, de solidarité entre les personnes, de respect de l’environnement, sur l’Europe, tous ces gens-là se réunissent dans un mouvement commun. L’UDB aujourd’hui n’est pas en mesure de le faire parce qu’il y a au fur et à mesure des générations trop de querelles personnelles. Je pense à ceux qui dans le mouvement culturel sont convaincus que pour donner à la langue bretonne un vrai statut la solution est politique et qu’elle passe par un rapport de force électoral entre la Bretagne et Paris, par l’affirmation d’une force politique bretonne indépendante des états-majors parisiens.", Entretien UDB, 15/10/02.

[31]

Ainsi, en novembre 2002, au dernier congrès de l’UDB, la motion finale lance un appel d’ouverture et de rassemblement à tous les militants bretons engagés dans Faction culturelle et le développement durable mais sans proposer d’alternative organisationnelle et stratégique.

[32]

Cependant lors de ces élections législatives, le MOB présente également des candidats dans 24 circonscriptions de Bretagne qui obtiennent en moyenne 2,6 % des suffrages exprimés. Ainsi aux élections de 1976, le vote régionaliste représente 4,8 % des suffrages exprimés. En ce qui concerne l’UDB, le meilleur résultat est obtenu dans la circonscription du Faouët avec 3,2 % (Monnier, 1998).

[33]

Le record historique pour un vote UDB est obtenu à cette occasion par Marie-Hèlène Mélou dans le canton de Huelgoat avec 11,7 % des suffrages exprimés.

[34]

Le PS est majoritaire en nombre de députés en Bretagne (19 sur 33).

[35]

L’UDB compte aujourd’hui une centaine d’élus municipaux en Bretagne, dont plusieurs adjoints, à Nantes, Saint-Nazaire, Orvault, Rennes, St Malo, Lorient, Carhak, Saint-Nolf, Lanester, Quimperlé, Saint-Ivy, Douarnenez, Lannion, Paimpol.

[36]

Avant 1986 et la désignation des conseillers régionaux au suffrage universel direct, un membre de l’UDB, Ronan Leprohon avait représenté la communauté urbaine de Brest au conseil régional.

[37]

L’UDB condamne dès la fin des années 1960 les actions terroristes du FLB-ARB. L’UDB s’affirme néanmoins solidaire des prisonniers politiques bretons à suite du démantèlement de ces groupes.

[38]

Le slogan de l’UDB était dans les années 1970 "Bretagne = Colonie". Thématique que l’on retrouve sous la plume de Morvan Lebesque (1970) lorsqu’il écrit son essai Comment peut-on être breton ? qui devient la bible du régionalisme breton des années 1970.

[39]

Ainsi l’UDB soutient à Rennes aux élections législatives de mars 1967 Michel Phlipponeau, un des grands animateurs du CELIB qui se présente sous l’étiquette de la Fédération de la Gauche socialiste et démocrate.

[40]

Près de la moitié des candidats de gauche donnent leur accord à l’UDB dans un contexte politique et idéologique favorable à la régionalisation avec la publication cette année-là de deux livres jalons dans l’histoire du régionalisme en France, La gauche et les régions de Michel Phlipponeau (1967) et La Révolution régionalise de Robert Lafont (1967).

[41]

Par l’intermédiaire de l’Alliance européenne les régionalistes français obtiennent également une place d’éligible sur la liste conduite par Antoine Waechter aux élections européennes de 1989. Max Simeoni, leader de l’UPC, troisième sur la liste est élu. Selon l’accord passé entre l’UPC et l’UDB, un membre de l’UDB, en l’occurrence Christian Guyonvarc’h devient pendant cinq ans l’assistant parlementaire de Max Simeoni.

[42]

Rappelons que lors du référendum sur le Traité de Maastricht, la Bretagne est avec l’Alsace la région qui a approuvé le plus fortement cette nouvelle étape de la construction européenne avec 59,85 % des suffrages exprimés pour le oui contre 51,04 % pour l’ensemble de la France.

[43]

Motion finale du congrès de l’UDB, Lannion, 10-11 novembre 2002.

[44]

"À terme on envisage une régionalisation de l’éducation comme en Galice ou en Catalogne. Nous n’irions jusqu’à imposer une épreuve de breton pour entrer dans la fonction publique en Bretagne car la situation n’est pas la même. Il faut être étapiste. Partout où un enseignement est demandé il faut que les pouvoirs publics fassent en sorte d’y répondre. Dans un deuxième temps nous souhaitons que l’offre d’enseignement bilingue soit généralisée ce qui veut dire que les familles qui ne souhaiteraient pas que leurs enfants reçoivent un enseignement du breton le signalent mais que la règle soit renseignement du breton puis bilingue généralisé. Dans les administrations publiques en contact avec la population nous voulons qu’il y ait un référent sachant parler breton. Chaque service public devra être en mesure de répondre à quelqu’un en breton", Entretien Christian Guyonvarc’h, porteparole de l’UDB, 10/10/02.

[45]

Motion du congrès de l’UDB, Lannion, 10-11 novembre 2002.

Résumé

Français

La Bretagne est un exemple frappant d’une forte distorsion existant entre un potentiel identitaire affirmé et une faible influence des partis ethno-régionalistes. En effet, les organisations partisanes régionalistes ne sont jamais réellement parvenues à sortir de la marginalité politique. Seule l’Union démocratique bretonne (UDB) a réussi à structurer, depuis le milieu des années 1960, un pôle régionaliste de gauche. Si son impact électoral demeure limité, elle opère depuis une dizaine d’années un aggiornamento idéologique et stratégique qui l’amènent explorer de nouvelles alliances afin d’accéder à une représentation politique plus conséquence dans la société régionale.

Mots-clés

  • autonomisme
  • Bretagne
  • décentralisation
  • régionalisme

English

Brittany is a good example to understand the distortion between the existence of an identitary potential and the weak influence of ethno-regionalist parties. In this region, regionalist forces have never succeeded to obtain significant political results. In this way, the "Union démocratique bretonne" (UDB) appeared as an exception because this party structured a left regionalist movement until the mid of the 1960’s. Even if its electoral impact remain weak, the UDB has implemented since ten years an ideological. By renewing its traditional alliances, the UDB tries actually to increase its political representation in the regional society.

Keywords

  • autonomism
  • Brittany
  • devolution
  • regionalism

Plan de l'article

  1. Sociogenèse de l’Union démocratique bretonne
    1. Du régionalisme culturel à la disqualification du nationalisme breton
    2. L’UDB et l’héritage du néo-régionalisme de l’après-guerre
  2. Militantisme et insertion dans la société régionale
    1. Les difficultés d’un petit parti
    2. L’UDB et le mouvement culturel
  3. Un Impact électoral faible… mais persistant
  4. La construction européenne te l’aggiornamento idéologique et stratégique d’un autonomisme de gauche
    1. Du colonialisme intérieur au fédéralisme social
    2. Le renouveau des alliances
    3. Vers un nouveau souffle ?

Pour citer cet article

Pasquier Romain, « L'Union Démocratique Bretonne ou les limites de l'expression partisane autonomiste en Bretagne », Pôle Sud 1/ 2004 (n° 20), p. 113-132
URL : www.cairn.info/revue-pole-sud-2004-1-page-113.htm.

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