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Politique africaine

2004/3 (N° 95)

  • Pages : 214
  • ISBN : 9782845865783
  • DOI : 10.3917/polaf.095.0071
  • Éditeur : Editions Karthala

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Avril 2003. Rentrée parlementaire pour les députés fraîchement élus à l’Assemblée nationale du Bénin. L’élection des membres du bureau du Parlement est bloquée. Agissant en sa qualité de présidente par intérim du bureau provisoire, la doyenne d’âge, Rose-Marie Honorine Vieyra, épouse Soglo, paralyse l’institution parlementaire en faisant interrompre le processus électoral, en multipliant les suspensions et reports de séances et en exigeant au moins un poste pour son parti. Malgré les pressions et manœuvres de la majorité présidentielle, elle reste déterminée : il faudra une décision de la Cour constitutionnelle, le 10 mai 2003, pour débloquer la situation.

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Cet épisode parlementaire est révélateur de la personnalité et du poids politique de l’ex-Première dame du Bénin. Familièrement appelée Rosine, elle est devenue l’un des acteurs majeurs de la vie politique béninoise et le chef de l’opposition. Son parcours politique confirmerait ainsi la pertinence du proverbe africain enseignant que « la main qui tient le berceau gouverne le monde ».

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À la fin des années 1980, le régime de dictature militaro-marxiste, qui gouvernait le Bénin depuis 1972, avait conduit le pays à la ruine économique. Sous la pression de la rue, le président Mathieu Kérékou dut convoquer une Conférence nationale des forces vives de la nation [1][1] Voir A. Adamon, Le Renouveau démocratique au Bénin..... Réuni en février 1990, ce forum imposa au pouvoir en place une période de transition politique vers la démocratie pluraliste. Nicéphore Soglo, ancien administrateur de la Banque mondiale, est alors nommé Premier ministre et chef du gouvernement. À l’issue des douze mois de transition, il remporte, avec 67 % des voix, l’élection présidentielle de 1991 contre le général président Kérékou.

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Au cours de son mandat, Nicéphore Soglo s’est entouré de technocrates africains occidentalisés, issus, pour certains, des institutions internationales. Comme pour incarner cette « nouvelle modernité », son épouse, juriste de formation, s’est, elle aussi, résolument engagée en politique, à 58 ans. Le 24 mars 1992, elle créa un parti politique, la Renaissance du Bénin (RB), pour soutenir son mari et en prit les rênes. Aux élections législatives de 1995, la RB remporta un relatif succès, se positionnant comme la première force politique du pays avec 20 députés sur 83. Mais, contre toute attente, à l’issue de l’élection présidentielle de 1996, Nicéphore Soglo perdit le pouvoir face à Mathieu Kérékou, qui rassembla 52 % des voix. Se réorganisant après cet échec, la RB remporta un franc succès lors des législatives de 1999 où elle obtint près du tiers des députés (27 sur les 89 que compte le Parlement). Cependant, cette réussite ne servit guère Nicéphore Soglo lors de la présidentielle de 2001 qui échoua dans sa tentative de reprendre le fauteuil présidentiel à son vieil adversaire. Son parti subira un autre échec lors des législatives de 2003 en n’enlevant que 15 sièges. Ces défaites politiques sont en partie imputées à l’entrée rapide et résolue de son épouse en politique.

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Il est admis et même attendu, dans la plupart des pays, que la Première dame s’investisse dans le domaine social par le biais d’associations, fondations, organisations non gouvernementales (ONG) ou autres institutions de bienfaisance [2][2] A. Sage, « Premières dames et First Ladies : la femme.... Elle est également appelée à incarner à l’étranger l’image de la femme du pays, en accompagnant son époux dans les voyages officiels. L’engagement de la Première dame dans la sphère politique peut aussi consister à assumer la présidence d’honneur ou exécutive de la section féminine du parti de son époux, ou prendre la forme d’un engagement personnel dans la campagne électorale aux côtés de celui-ci. Cependant, les exemples de Premières dames jouant un rôle politique de premier plan sont, le plus souvent, le fait de femmes dont le militantisme avait précédé l’arrivée de leur mari à la tête de l’État [3][3] Simone Gbagbo était déjà militante et membre fondatrice.... Rosine Soglo, quant à elle, est la première femme de président sans passé militant devenue chef de parti politique alors que son mari exerçait le pouvoir suprême. Comment, de simple épouse sans expérience partisane, est-elle devenue la première femme chef de parti politique au Bénin ? Comment a-t-elle forgé son leadership politique ? Et quel type de militantisme incarne-t-elle ?

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À l’analyse, l’action politique de Rosine Soglo ressortit plutôt de l’entreprise politico-familiale, d’une transposition du modèle du couple sur la scène publique avec partage du travail politique entre les époux. Ce transfert de pratiques domestiques dans le champ politique a contribué à faire entrer le pouvoir démocratique de Nicéphore Soglo, engagé dans une stratégie de survie politique, dans une ère népotiste et clientéliste.

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Pour mieux saisir les ressorts, la nature et les enjeux de cette trajectoire politique, nous étudierons les conditions de formation de l’entreprise familiale avant d’apprécier le type de militantisme que développe Rosine Soglo.

Les conditions de formation de l’entreprise politique familiale

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« La politique a été pour moi un hasard, une nécessité, un mode de vie pour mettre à distance la vraie vie, pour donner un peu de bonheur individuel aussi [4][4] Allocution de Mme Rosine Vieyra-Soglo, doyenne d’âge.... » C’est par ces mots que Rosine Soglo explique son entrée en politique. Elle est loin, en effet, d’être une militante politique indépendante, et la matrice fondamentale de son nouvel engagement est la parenté. Les fondements de celui-ci et la stratégie déployée soulignent le caractère familial de son entreprise.

Les fondements du militantisme de la Première dame

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L’ascendance sociale de Rosine Soglo et son désir de défendre son époux en difficulté politique expliquent les raisons et les enjeux de son engagement.

• Origines « aristocratiques », occidentalisation et méconnaissance du savoir-faire politique intérieur

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Rosine Soglo est née le 7 mars 1934 dans la famille Vieyra, une famille de la communauté afro-brésilienne [5][5] Ces familles sont également appelées « aguda » dans... installée à Ouidah (l’ancien comptoir négrier, situé au sud du Bénin sur la côte atlantique). Ces descendants d’anciens esclaves revenus des Amériques faisaient partie de l’élite locale sous la colonisation. Ils constituaient une bourgeoisie de négoce qui avait réussi sa reconversion lors du passage du commerce de « bois d’ébène » à celui de l’huile de palme.

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le père de Rosine Vieyra, cadre des chemins de fer et propriétaire terrien, était suffisamment aisé pour permettre à ses quatre enfants (Rosine et ses trois frères) de poursuivre des études secondaires et supérieures en France. Contrairement à la majorité des Béninoises, Rosine Vieyra-Soglo a donc eu un père qui traitait de manière équitable ses enfants, fille comme garçons.

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Arrivée en France en 1946, elle fit la connaissance, l’année suivante, de Nicéphore Soglo quand ils étaient encore tous deux au lycée. Né le 29 novembre 1934 à Lomé (Togo), d’une mère togolaise, celui-ci est issu, par son père, de l’aristocratie de la cour royale d’Abomey. Rosine et Nicéphore se marièrent le 2 juillet 1958 alors qu’ils étaient encore étudiants. Ce mariage est en fait l’union d’enfants de deux « aristocraties » distinctes : l’un bénéficiant de la notoriété d’un passé royal glorieux; l’autre issue d’un groupe social prestigieux avec une assise financière conséquente.

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Les deux époux étaient d’autant plus conscients de leur appartenance à l’élite qu’ils s’étaient aussi dotés d’un capital culturel qui renforçait leur statut de privilégiés. Après le lycée Carnot de Cannes, Nicéphore Soglo fit, à Paris, des études universitaires sanctionnées par plusieurs diplômes en droit et en lettres. En 1962, il sortit diplômé de l’École nationale d’administration (promotion « Albert-Camus ») avec le grade d’inspecteur des finances. Quant à son épouse, après des études secondaires au lycée de jeunes filles de Caen, elle étudia le droit pour devenir huissier de justice, puis avocat.

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La socialisation de Rosine Soglo s’est donc faite en France où elle a effectué ses études et réalisé l’essentiel de sa carrière professionnelle. Elle n’a exercé comme huissier au Bénin que trois ans (1965-1968). Dans les années 1980, elle suivit son époux à Washington lorsqu’il devint administrateur à la Banque mondiale. Ce séjour américain lui a permis de se former en droit anglo-saxon des affaires (elle a pu voir également comment Nancy Reagan s’imposait comme Première dame).

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Sur le plan vestimentaire, Rosine Soglo se distingue par sa tenue très moderne et souvent raffinée. Elle porte rarement des pagnes – ou alors il s’agit de tissus de luxe –, sa préférence allant aux tailleurs habillés dont l’élégance est soulignée par des chapeaux à larges bords. Elle est d’ailleurs surnommée « la dame aux chapeaux » en raison de sa célèbre collection. Son allure quelque peu distante est renforcée par le port de lunettes concaves dû à sa myopie.

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Rosine Soglo fait ainsi partie de la fine fleur de la société béninoise. Pour elle comme pour son époux, leurs origines « nobles » et leur capital culturel et professionnel les prédisposent à l’exercice du pouvoir d’autant qu’ils sont porteurs des valeurs de la modernité occidentale remises au goût du jour après la faillite du régime marxiste-léniniste à la fin des années 1980.

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S’ils jouissent de ces privilèges, Rosine et Nicéphore Soglo, pourtant, ne maîtrisent ni la culture ni la grammaire politique locales en raison de leur long séjour à l’étranger et du manque de passé militant : ils n’ont jamais milité dans les organisations estudiantines ni les mouvements de jeunes de leur temps, le seul engagement que l’on connaisse à Rosine Soglo étant son adhésion, dans les années 1980, en France, au Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (MRAP [6][6] Voir « À la découverte de nos députés-femmes », L’Amazone,...). Ce militantisme tardif et passager n’a pas laissé de traces profondes dans sa vie. Les deux époux n’ont donc pas eu le temps de bien connaître les acteurs politiques, de tisser des réseaux relationnels et de se familiariser avec les mœurs politiques et les imaginaires locaux. Ce handicap se fera sentir dès qu’ils entreront dans l’arène politique béninoise.

• Enjeu de l’engagement : la défense d’un époux face à l’isolement politique

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La maladie du président Soglo a joué un rôle majeur dans l’entrée de son épouse en politique. Entre les deux tours de la présidentielle de 1991, Nicéphore Soglo tomba malade, d’une maladie cliniquement diagnostiquée comme une « embolie gazeuse », mais qui présentait également les signes dits symptomatiques de l’envoûtement tchakatou[7][7] Pour plus de détails, lire V. Topanou, « “L’état de.... Son épouse dut donc mener sa campagne électorale. Et pour que le président élu tînt debout lors de sa prestation de serment le 4 avril 1991, il fallut que sa femme et son fils aîné le soutiennent. Cet épisode tout à fait pathétique marqua profondément Rosine Soglo.

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En prenant les rênes du pays une fois rétabli, Nicéphore Soglo constata avec surprise que son emprise sur la classe politique était limitée. Il échoua dans sa tentative d’imposer le vieux routier de la politique béninoise Joseph Adjignon Kèkè comme président de l’Assemblée nationale, lors de la désignation du bureau après les législatives de 1991. Le groupe de partis qui l’avaient soutenu, appelé le G-19, lui tourna le dos et, sous la houlette d’Amoussou Bruno, imposa Adrien Houngbédji comme président. L’Assemblée se retrouva avec une « majorité à géométrie variable [8][8] S. Bolle, Le Nouveau Régime constitutionnel du Bénin.... », confirmant ainsi la fluidité et la versatilité des alliances politiques.

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Nicéphore Soglo a pris la mesure de son isolement politique lors des débats parlementaires de février 1992 relatifs à la privatisation de la société nationale de boissons La Béninoise.Ayant le sentiment d’avoir échappé à une destitution politique [9][9] Pour plus de détails, voir J. A. Badou, L’Interpellation..., le chef de l’État demanda alors aux formations [10][10] Il s’agit des partis suivants : Union démocratique..., qui avaient soutenu, dès le premier tour, sa candidature à la présidentielle, de se regrouper en un seul parti. Ce fut un échec, le projet achoppant sur la désignation du leader du regroupement. Excédé, Soglo constitua une équipe pour rassembler tous ses sympathisants dans un même creuset partisan. Une frange importante de cette équipe préféra cependant travailler à la formation d’un parti politique autonome qui pourrait, au besoin, se mettre à la disposition du chef de l’État.

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En lançant, un mois après l’interpellation à l’Assemblée, la Renaissance du Bénin, Rosine Soglo entendait doter le président de la République de son propre parti afin de mettre fin aux marchandages et chantages dont celui-ci faisait l’objet de la part de certaines personnalités politiques qui, tout en se disant proches de lui, l’affaiblissaient [11][11] L. Sèhouéto, La Démocratie commence à la maison… La.... La motivation première de son engagement politique était donc la défense des intérêts de son mari et, par-delà l’époux, ceux des familles Soglo et Vieyra, ainsi que la stabilisation des bases de son pouvoir dans un contexte de multipartisme intégral marqué par une très forte « transhumance [12][12] R. Banégas, La Démocratie à pas de caméléon. Transition... ».

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Rosine Soglo, par-delà son souci de conservation du pouvoir, se voulait l’incarnation d’un combat collectif au nom du pays. Mais l’action de la Première dame dissimulait mal la défense des intérêts personnels du couple, d’autant qu’elle ne semblait pas insensible aux honneurs et autres avantages attachés au pouvoir [13][13] F. Kpatindé, « Le parler vrai de Nicéphore Soglo »,.... On lui reprochait même de dépenser l’argent de l’État sans compter [14][14] F. Kpatindé, « Bénin. L’esprit de famille », Jeune..., notamment lors de ses déplacements à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, où elle était entourée d’une kyrielle de « dames de compagnie », choisies pour la consonance « aristocratique [15][15] Elles sont pour la plupart issues des familles afro-brésiliennes :... » de leur nom et leur maîtrise supposée des bonnes manières.

« Straddling associatif », redistribution clientéliste et ressources matrimoniales

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Rosine Soglo était donc décidée à jouer un rôle de premier plan. Pour y parvenir, elle a recouru à une stratégie mobilisant des ressources à la fois associatives et matrimoniales. Cette stratégie consistait à se faire un nom, à acquérir une notoriété dans un autre champ avant de l’utiliser comme tremplin vers la sphère politique. Elle s’est employée à combiner le chevauchement des positions politiques et associatives, exploitant le prestige personnel de son époux perçu comme un réformateur. Cette stratégie fait apparaître le parti comme une entreprise familiale, ayant pour finalité la poursuite d’un intérêt déterminé, celui-ci se situant à mi-chemin entre les intérêts propres des individus et celui de l’État, chaque membre du couple apportant sa « part sociale » (le couple reste d’ailleurs la principale source de financement du parti).

• La part sociale de la femme : l’œuvre caritative

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Relativement discrète au début de la transition politique (mars 1990-février 1991), Rosine Soglo s’est progressivement muée en actrice omniprésente de celle-ci, en commençant par imposer sa présence aux côtés de son mari. Elle était de tous les voyages, de toutes les manifestations, officielles ou non. Cette omniprésence s’est intensifiée lorsque ce dernier est devenu président de la République. Rosine Soglo commença par revendiquer le titre de Première dame et les droits y afférents. Un bâtiment public lui fut donc affecté pour ses activités. Pour ses correspondances, elle utilisait un papier à en-tête portant les armoiries du Bénin. Les critiques fusèrent. L’attitude de Rosine Soglo tranchait, en effet, avec la tradition au sommet de l’État [16][16] P. Zantou, La Participation des femmes à la vie politique... et les représentations sociales traditionnelles de la femme.

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Pendant ses dix-sept ans de pouvoir (1972-1990), Mathieu Kérékou, il est vrai, n’avait pas habitué les Béninois à voir une Première dame aux côtés du chef de l’État [17][17] Après son divorce d’avec Béatrice Lakoussan, Kérékou.... D’autre part, au Bénin, la représentation sociale de la femme veut que celle-ci soit discrète, conciliatrice[18][18] Voir C. Drèkpo, « Problématique du positionnement des.... Comme les reines mères ou les femmes préférées des monarques des anciens royaumes béninois, elle peut être très influente, au point de contredire la volonté royale dans l’intimité de la nuit, mais elle doit demeurer très effacée en public [19][19] Voir P. Hazoumè, Doguicimi, Paris, Maisonneuse et Larose,.... L’omniprésence de Rosine Soglo contrariait donc cette conception qui, si elle ne méconnaît pas l’influence de la femme du prince, n’accepte pas qu’elle exhibe cette influence au grand jour.

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Rosine Soglo s’efforcera de rectifier cette image et, pour parer aux reproches, fera jouer la fibre associative. En juin 1991, elle crée Vidolé (L’Enfant est un trésor), une association caritative d’aide à l’enfance malheureuse et aux femmes démunies. Les fonds de départ sont principalement apportés par la communauté libanaise du Bénin. L’association bénéficiera ensuite des recettes issues des ventes de charité et des dons d’ONG européennes et américaines [20][20] Voir F. Soudan, « Rosine Soglo. Pourquoi nous avons.... Dans le cadre de ses activités, Rosine Soglo a sillonné le Bénin profond, les bras chargés de vivres, d’argent, d’outils agricoles et autres biens matériels qu’elle distribuait aux femmes et enfants. Elle en profita pour y installer des sections locales de son association, incorporant parfois des groupements féminins déjà existants.

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La surmédiatisation de ses activités a permis à Rosine Soglo de se valoriser et de mettre en relief son évergétisme [21][21] P. Veyne, Le Pain et le cirque. Sociologie d’un pluralisme... ; elle se montrait digne de son rang de femme de président par l’aide apportée aux populations les plus démunies.

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Pour les proches du chef de l’État, cette activité était censée pousser Rosine Soglo à ne s’occuper que du secteur social et à s’éloigner ainsi du champ politique. Or, à l’instar de nombreux autres politiciens, elle utilisa son association comme un tremplin politique. Avec le renouveau démocratique est apparue, en effet, une nouvelle filière d’ascension politique : les associations locales de développement sur la base desquelles plusieurs partis politiques ont été créés [22][22] N. Mèdé et al., Classe politique béninoise : évolution,.... Ce glissement des objectifs des associations de développement vers des buts politiques offre aux élites de « nouvelles possibilités de chevauchement (straddling) aux confins de l’économique et du politique, du rural et de l’urbain, du local, de l’international [23][23] R. Banégas, La Démocratie à pas de caméléon…, op. cit.,... ». « Ces espaces de solidarité locale vont constituer […] les premiers échelons de la légitimation des intellectuels qui forgent ainsi […] leur capital politique [24][24] N. Bako-Arifari, « Démocratie et logiques du terroir.... »

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Rosine Soglo va elle aussi utiliser ce que R. Banégas qualifie de « straddling associatif local ». Mais le chevauchement associatif de la Première dame s’est s’étendu à tout le Bénin. Elle a, en fait, inauguré une nouvelle forme de straddling associatif à dimension nationale [25][25] D’autres acteurs politiques ont emboîté le pas à Rosine..... Illustration parfaite de cette situation de brouillage des frontières politiques et associatives : le siège actuel de l’association Vidolé est en même temps celui du parti, la Renaissance du Bénin.

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En s’occupant des cadets sociaux (enfants et femmes démunies) sur toute l’étendue du territoire national, Rosine Soglo s’est créé une visibilité sociale qu’elle a, ensuite, actualisée en ressources politiques. Cette conversion a été facilitée par la mobilisation des ressources matrimoniales, qui peuvent être considérées comme la part sociale de l’époux dans le capital de l’entreprise politique.

• La part sociale de l’époux : le prestige personnel du président

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Rosine Soglo a mis en œuvre une stratégie d’ascension politique par emprunt matrimonial, usant du charisme personnel de son époux pour servir son entreprise politique. Au début des années 1990, Nicéphore Soglo a acquis, dans son pays, une réputation de réformateur ayant sauvé le Bénin du naufrage économique dans lequel l’avaient plongé les dix-sept années de régime militaro-marxiste de Kérékou. D’abord en tant que Premier ministre, puis en tant que président de la République, il a, en effet, engagé le redressement de l’économie béninoise, en mettant de l’ordre dans les finances publiques, en privatisant des entreprises d’État et en obtenant d’importantes aides étrangères. Il a également libéralisé l’économie et le marché de l’emploi. Une fois président de la République, il s’est illustré par la construction de grandes infrastructures : routes, ponts, bâtiments publics… Aux yeux de beaucoup de Béninois, il était le technocrate qu’il fallait pour remettre le pays sur pied. Avec lui, l’avenir était radieux.

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Rosine Soglo mobilisa donc cette image positive de son mari au service du parti qu’elle venait de créer et qui semblait d’abord être une « coquille vide ». Elle signala, d’emblée, que le parti avait été créé pour son mari. Cependant, les proches du chef de l’État poussèrent celui-ci à se démarquer de sa femme, d’autant plus qu’il était lui-même réticent à l’idée d’être l’obligé de son épouse. Des circonstances politiques permirent cependant à Rosine Soglo d’avancer ses pions.

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Suite à un remaniement ministériel, en 1993, le groupe parlementaire « Le Renouveau », qui soutenait l’action du président, éclata. Le parti présidentiel publia alors dans la presse, sous la signature de Rosine Soglo, un communiqué dans lequel il mettait en demeure tous ceux qui soutenaient l’action du président, à commencer par les ministres, de rejoindre la Renaissance du Bénin. Rosine Soglo joua sa carte décisive en juillet 1994 : au cours d’un meeting à Goho (Abomey), elle invita publiquement son mari à enjoindre à ses sympathisants d’intégrer le parti. Nicéphore Soglo prit la parole et lança une dernière sommation à tous ceux qui le soutenaient pour qu’ils adhèrent à la Renaissance du Bénin. C’est ce que la presse a appelé l’« injonction de Goho ». Pour bien montrer que la RB était le parti présidentiel, Rosine Soglo céda, en 1994, son poste de présidente à son époux.

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« L’injonction de Goho » provoqua un choc dans la classe politique. Certains hommes politiques résistèrent, dans un premier temps, à l’idée de se soumettre à une femme, fût-elle l’épouse du chef de l’État. Mais, par la suite, plusieurs partis se sabordèrent, parfois à contre-cœur, pour se conformer à cet appel, ce qui conduisit à une reconfiguration de la carte partisane du Bénin autour des deux grandes figures politiques (Soglo versus Kérékou), autour desquelles gravitaient deux « faiseurs de rois » principaux, Bruno Amoussou et Adrien Houngbédji. Ce resserrement du jeu factionnel – et une personnalisation accrue de la vie politique – résultait, en partie, de l’affrontement entre le parti de Rosine Soglo et les amis politiques de son mari lors des législatives de 1995. À cette occasion, la plupart des partis proches du chef de l’État ont été défaits au profit de la Renaissance du Bénin.

Un militantisme au profit de la famille

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La famille est au cœur de la stratégie politique de Rosine Soglo. Cette empreinte de la sphère domestique se remarque tant au niveau de son action politique qu’au niveau de son leadership au sein du parti.

Une action politique dédiée à la famille

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Le militantisme politique de Rosine Soglo a, sans conteste, permis à son mari de se constituer une base populaire. Mais, dans le même temps, celle-ci a desservi le président par ses frasques et dérives patrimoniales.

• Agent électoral et esprit de famille

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Rosine Soglo est une femme de conviction. Elle croit fermement à l’action initiée par son époux à la tête de l’État. C’est parce qu’elle estime qu’une partie de la classe politique veut mettre des bâtons dans les roues de son mari qu’elle réagit pour lui faire barrage. C’est elle qui orchestre et coordonne les campagnes électorales. En 1996, elle est directrice de campagne de son époux. Si, en 2001, elle en laisse la direction à l’ancien ministre Paul Dossou, elle garde la haute main sur les finances, de sorte que toute initiative transite par elle. Le terrain, les estrades, le micro et la gestion des foules n’ont aucun secret pour elle.

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Rosine s’implique totalement dans la recherche d’une clientèle électorale favorable à son mari et à leur parti. Compte tenu de son engagement personnel en faveur de la cause féminine et de celle des enfants, la participation des femmes aux activités du parti est remarquable, avec des retombées électorales indéniables. En s’engageant en politique, elle permet également à son époux de faire la jonction entre l’électorat fon du plateau d’Abomey (région de Nicéphore) et celui des Fon et Xwéda de Ouidah, ville dont elle est originaire. Elle assure une sorte de représentation de cette ville et de ses « aguda » dans les instances du pouvoir, élargissant la configuration ethnorégionale du parti au-delà du Centre (région d’origine du mari) pour intégrer le Sud. L’engagement de l’ex-Première dame prive ainsi d’autres fils de Ouidah de l’influence nécessaire pour capter l’électorat de cet ancien comptoir négrier. C’est le cas de Séverin Adjovi [26][26] Depuis 1995, c’est la RB qui s’impose à Ouidah. Voir....

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Finalement, par son action, elle a aidé Nicéphore Soglo à élargir les bases régionales de son pouvoir et à trouver un soutien électoral dans les couches populaires, notamment les vendeuses et commerçantes des marchés et des zones rurales [27][27] L’une des femmes du marché de Dantokpa (Cotonou), Justine..., cette base féminine et populaire se montrant plus fidèle au couple Soglo que la classe politique, plus encline à satisfaire ses ambitions personnelles. Mais, dans un même temps, elle l’a privé d’une partie de l’électorat en raison de ses maladresses et des pratiques patrimonialistes et népotistes qui ont transformé le pouvoir de son mari.

• D’un pouvoir démocratique aux dérives népotistes

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Premier ministre, Nicéphore Soglo avait mis en place une administration de consensus national prenant en compte les équilibres régionaux, sociaux, religieux et politiques du pays, et un pouvoir démocratique.

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Les dérives devinrent perceptibles dès la fin de la transition politique. Pendant sa maladie, au lendemain des premières élections libres, le président Soglo fut immédiatement récupéré par le cercle familial. Il nomma son beau-frère, Désiré Vieyra, ministre d’État chargé de coordonner l’activité gouvernementale (et d’assumer l’intérim du président). Après le rétablissement de Nicéphore Soglo, Désiré Vieyra continua à jouer ce rôle de Premier ministre qui ne dit pas son nom. Saturnin Soglo, le frère de Nicéphore, qui était son chef de cabinet pendant la transition politique, devint ambassadeur en Allemagne. La garde présidentielle était commandée par le colonel Christophe Soglo, un cousin du président. Avec cette « division domestique du travail », l’administration Soglo entrait ainsi dans une ère résolument népotiste. Mais on ne peut affirmer, à ce stade, l’existence d’un projet dynastique. Il s’agissait de mesures de prudence (certains parleront de méfiance) d’un homme dont la famille était le premier recours face à l’épreuve (et aux rumeurs d’envoûtement qui avaient circulé à propos de sa maladie).

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La dérive clientéliste et népotiste s’est véritablement affirmée avec la création de la Renaissance du Bénin en 1992. Désiré Vieyra était au départ membre du bureau exécutif de la RB. Conformément aux vœux de Rosine, l’aîné de la famille Soglo, Lehady (né le 18 décembre 1960), fut nommé, en février 1994, chargé de mission à la présidence de la République et donc, à ce titre, s’occupait de la cellule de communication de son père (le seul antécédent professionnel qu’on lui connaissait avant cette nomination était un stage en gestion dans une succursale d’Hydro-Québec International à Montréal). Quant au cadet de la famille, Ganiou, il quitta, fin 1992, son poste de cambiste à la banque San Paolo à Paris, pour créer une association à but non lucratif dénommée Bénin-Communication et dont l’objectif affiché était de valoriser et de vendre l’image de son père auprès des bailleurs de fonds afin d’attirer les investisseurs au Bénin. Sur le plan local, il créa et dirigea, pendant l’administration de son père, une agence de communication et de publicité, « Sagacités ».

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Après les législatives de 1995, l’essentiel du gouvernement était formé des membres de la Renaissance du Bénin. De nouveaux préfets et sous-préfets furent nommés sans consultation des « partis amis ». Le secrétaire général de la RB ordonnait aux ministres de placer des cadres de son parti à des postes administratifs. Rosine Soglo, de son côté, intervenait auprès de certains ministres pour le déblocage ou le règlement de tel ou tel dossier [28][28] Lire les détails dans E. Adjovi, Une élection libre.... Patrice Talon, homme d’affaires et beau-frère de Désiré Vieyra, bénéficia des largesses du pouvoir, notamment pour la mise en place de trois usines privées d’égrenage du coton et pour son entrée dans le capital d’une banque et d’un grand hôtel de Cotonou. En violation des règles budgétaires, le ministre d’État Désiré Vieyra débloqua, en 1992, 10 millions de francs CFA pour une « évacuation sanitaire » vers la France de la Première dame.

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Cette « privatisation » du bien public suscita de vives critiques [29][29] R. Banégas, La Démocratie à pas de caméléon…, op. cit.,.... L’opposition dénonçait un « pouvoir familial et clanique ». Même certains amis politiques de Nicéphore Soglo n’hésitèrent pas à fustiger cette confusion des sphères publique et privée. L’exemple le plus mémorable est celui de Florentin Mito-Baba, secrétaire général de la présidence puis ministre pendant l’administration de Soglo, qui, en pleine campagne électorale pour les législatives de 1995, rompit avec le chef de l’État.

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Avec l’engagement politique de Rosine Soglo, on constate donc que des hommes politiques comme Florentin Mito-Baba et Roger Ahoyo (qui avaient pourtant guidé les premiers pas politiques du Premier ministre) ont perdu de leur influence sur le président Soglo au profit de Désiré Vieyra, Rosine Vieyra-Soglo et Lehady Soglo. À l’inverse, les conseillers qui ont opté pour le camp de la Première dame, comme Raphaël Posset ou Guy Adjanohoun, ont renforcé leur position au sein de l’appareil d’État.

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La dénonciation unanime du pouvoir familial et clanique a contribué à éroder le capital politique de Soglo [30][30] C. Mayrargue, « “Le caméléon est remonté en haut de.... Les alliés politiques régionaux du chef de l’État qui se sentaient exclus ou marginalisés dans la gestion du pouvoir se sont vite découragés. La sanction tombe avec les élections présidentielles de 1996, que Nicéphore Soglo perd contre toute la classe politique [31][31] Voir J.-B. Koli, « Les caprices de Rosine », Jeune....

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Après la perte du pouvoir en 1996, Rosine Soglo, désormais animée par un désir de revanche, a changé de stratégie en recherchant des alliances avec des partis de l’opposition. En 1999, la RB réussit à constituer une coalition avec le Parti du renouveau démocratique (PRD) d’Adrien Houngbédji (un homme influent du sud-est du pays qui s’était fâché entre-temps avec Kérékou) et l’alliance Étoile (regroupement de trois partis dont le principal est l’Union pour la démocratie et la solidarité nationale [UDS] de Sacca Lafia, un leader du Nord-Est). Cette coalition remporta les législatives de 1999. Mais Rosine ne tarda pas à renouer avec les pratiques népotistes. Quand il s’est agi, pour le parti, de désigner l’une des trois personnes que le bureau de l’Assemblée nationale envoie à la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication, c’est à Saturnin Soglo qu’échut cet honneur.

48

Lorsqu’en 2001 Nicéphore Soglo échoue dans sa tentative de reprendre le pouvoir, on assiste à une radicalisation du repli familial. Au congrès du parti, en janvier 2002, Nicéphore Soglo et son épouse sont confirmés respectivement aux postes de président d’honneur et de présidente de la RB. Le beau-frère Désiré Vieyra, quant à lui, fait son retour au sein du bureau exécutif. Les deux enfants sont cooptés bien sûr au sein de ce même bureau [32][32] Devant le tollé suscité par cette présence massive.... Rosine Soglo assume, sans fard, son sens de la famille : « Quel est ce pays où les parents oublient les enfants tout en ayant les moyens de les aider ? » s’interrogeait-elle, avant d’ajouter qu’elle ferait tout pour placer son second fils aux législatives de 2003 [33][33] Interview de Rosine Soglo, émission radiophonique « Planète.... Elle tient parole : Ganiou est élu député aux côtés de sa mère. Après quelques mois d’exercice, il remplace le vice-président du groupe parlementaire RB, contraint de démissionner. Rosine, quant à elle, reste la présidente du groupe. Par ailleurs, depuis avril 2003, Lehady est le premier adjoint au maire de Cotonou, qui n’est autre que Nicéphore Soglo. La mise en selle politique des fils Soglo peut être analysée comme une incubation en vue de la création d’une dynastie politique – un phénomène qui s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement mondial où des leaders allient facilement famille et politique.

Parti personnalisé et gestion autoritaire

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La Renaissance du Bénin oscille entre personnalisme et néopatrimonialisme. Sa gestion autoritaire révèle la forte personnalité de Rosine Soglo, mais elle masque aussi une technique de pouvoir dont le but est la survie politique.

• Parti personnaliste ou parti néopatrimonial ?

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De l’analyse des conditions de création et du fonctionnement de la Renaissance du Bénin, on peut conclure qu’elle est un parti personnaliste, c’està-dire « un rassemblement d’hommes et de femmes autour d’une personnalité marquante [34][34] M.-P. Roy, Les Régimes politiques du tiers-monde, Paris,... ». En effet, cette organisation n’est pas fondée sur la base d’une idéologie, mais en réponse au souhait d’une Première dame décidée à défendre son mari et sa politique. Tout est centré sur la personne du leader. Le parti et une partie de la presse le présentent comme le « leader charismatique » de la RB. Obsédé par la dignité de l’homme noir et sa réhabilitation après la tragédie de l’esclavage, Nicéphore Soglo a incontestablement de la prestance, mais il est loin d’être un tribun qui s’impose par le magnétisme de son discours sur la foule. Son charisme se fonde surtout sur la croyance de ses sympathisants en ses compétences à bien gérer l’État. Le principal fonds de commerce du parti est donc l’image ou la réputation de Nicéphore Soglo. Autrement dit, ce sont le style et le savoir être politique de Soglo qui font la particularité de la RB.

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La Renaissance du Bénin n’est pas qu’un parti personnaliste. Elle est aussi un parti patrimonialisé, fondé sur l’appropriation privée des biens publics, l’exercice arbitraire du pouvoir et la confusion entre la fonction d’autorité et son titulaire [35][35] J.-F. Médard, « L’État patrimonialisé », Politique....

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La RB est considérée comme la propriété privée de la famille Soglo. Situation anecdotique, mais révélatrice de la confusion entre sphère privée et sphère publique : Rosine Soglo se fait appeler « maman » au sein du parti, dans lequel il est fait référence à la métaphore paternelle du pouvoir ; Nicéphore et Rosine Soglo sont « le père et la mère du parti ».

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L’arbitraire est érigé en mode de fonctionnement. C’est le couple qui choisit les candidats aux élections ou à des postes de responsabilité politique, et les militants ne sont pas toujours traités en fonction de leur mérite, mais sur la base de leur allégeance aux Soglo. Quant au critère relatif à la personnalisation de l’autorité, la famille Soglo est quasiment confondue avec la présidence du parti. À chaque congrès, la question qui se pose à propos de la présidence est celle de savoir qui, du mari ou de la femme, sera le président. D’ailleurs, depuis sa création, ce sont « le père et la mère du parti » qui se sont succédé à la tête du bureau exécutif.

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Par la suite, la RB a pris, comme les grands partis béninois, une dimension ethnorégionale. Mais cette base n’a pu être conquise que grâce à la notoriété et à l’équation personnelle de Nicéphore Soglo qui avait l’avantage de tenir les rênes du pouvoir. Or, cette popularité est réversible, comme on l’a vu en 1996 et 2001. C’est peut-être la raison pour laquelle les proches de l’ancien président ont lancé, en mai 2004, une Fondation Nicéphore-Soglo avec pour objectifs de « dégager ce qu’il conviendrait d’appeler sa pensée politique, économique et sociale, d’initier des projets de développement qui tirent leur fondement de la déclaration de candidature de Nicéphore Dieudonné Soglo à l’élection présidentielle de mars 2001 [36][36] F. Kpochémè, « Pour pérenniser les actions de l’ancien... ». La création de cette fondation peut également être interprétée comme un désaveu du parti, qui serait incapable de pérenniser les idées et les actions de Soglo. Il s’agirait, dans cette hypothèse, d’une remise en cause du style de leadership du premier responsable du parti.

• Gestion du parti et leadership : l’autoritarisme comme technique de pouvoir

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Rosine Soglo a une conception très engagée du rôle des femmes en politique. Son combat participe de la quête d’égalité des femmes africaines [37][37] K. Adjamagbo-Johnson, « La politique est aussi l’affaire.... Elle regrette la marginalité de leur présence sur la scène politique et n’attaque jamais une femme députée ou ministre, même si celle-ci se trouve dans un camp opposé au sien.

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L’ex-Première dame a pourtant une réputation de femme dure, qui ne fait aucune concession, une battante dont les prises de position frisent parfois le jusqu’au-boutisme. On ne lui connaît ni sens aigu du compromis ni intelligence stratégique. Elle est plutôt réputée pour ses déclarations fracassantes, voire incendiaires (comme : « Si on touche à un cheveu de mon mari, le pays sera à feu et à sang [38][38] Elle avait tenu ces propos suite à un incident survenu... »). Si, avec le temps, elle a appris à encaisser les coups, elle sait aussi en donner.

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Son intransigeance est comparable, à bien des égards, à celle de Simone Gbagbo, la Première dame de la Côte d’Ivoire qui s’illustre par une défense radicale du pouvoir de son mari. Toutes deux sont d’ailleurs considérées par les Ivoiriens comme des « Premières dames-garçons ». Elles ont en commun de présider le groupe parlementaire de leur parti. Mais, à la différence de Mme Gbagbo, l’ex-Première dame du Bénin concentre aussi entre ses mains les rênes de sa formation politique.

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Dame à poigne, Rosine Soglo régente tout dans la gestion de son parti, distribue les rôles et les privilèges, décide des ascensions et des disgrâces. Une démocratisation de la RB entraînerait inéluctablement son éviction ou celle de la famille Soglo. Pour tenir dans la durée les rênes du parti, Rosine use de divers moyens d’allégeance, dont le but principal est de fragiliser les barons et non de gagner de nouvelles bases électorales. Elle fait la promotion de certains dirigeants en les cooptant à de hauts postes à responsabilités s’ils cessent d’entretenir des relations privilégiées avec leur base militante d’origine. « Soit elle vous coupe de votre base en prenant à charge directement vos sympathisants, soit elle vous amène à faire des déclarations ou à avoir des postures qui vous séparent de votre parti d’origine », confie, sous anonymat, un responsable du parti. Dès lors, ces leaders deviennent ses otages, sa clientèle. Lorsqu’elle n’a plus besoin d’eux, elle s’en sépare ou les met dans des positions si inconfortables qu’ils sont obligés de démissionner. Son comportement et ses méthodes politiques frustrent l’ego de nombre d’hommes politiques ou militants éduqués dans une logique sociale qui n’accorde pas une telle marge de manœuvre à la femme. Ils se taisent pourtant et subissent ce qu’ils considèrent comme des humiliations tant qu’ils sont dans les bonnes grâces de Rosine Soglo. Le jour où ils se rendent compte qu’elle commence à les lâcher, ils n’hésitent pas à renouer avec la « fluidité des alliances ».

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Les conséquences de ses méthodes autoritaires se font sentir depuis la perte du pouvoir en 1996. Face à l’incapacité du parti à satisfaire la majorité des cadres préoccupés par les dividendes de leur militantisme ou par des luttes pour la succession ou la récupération de l’héritage politique de Soglo, l’application de méthodes jugées non démocratiques provoque des crises régulières au sein du parti, lesquelles entraînent des départs cycliques de militants. Par exemple, l’ancien vice-président Nathanaël Bah et d’autres barons ont tenté, en 2002, de créer une dissidence au sein de la RB; cette action a abouti à leur exclusion pour « tentative de destruction et non-soumission à la discipline » du parti. De même, lors des législatives de 2003, le couple a évincé de la liste des candidats trois anciens députés dont le vice-président, Georges Guédou, au motif qu’après avoir passé huit ans dans l’hémicycle, il était opportun qu’ils laissent la place à d’autres [39][39] F. K., « Soglo donne les raisons de l’écartement de... – mais Rosine Soglo avait déjà, elle aussi, rempli deux mandats… Les démissions régulières qu’enregistre le parti s’expliquent aussi par son manque de souplesse dans la gestion des militants et des barons, par son incapacité à faire preuve de flexibilité tactique.

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L’autoritarisme de l’ex-Première dame a fait dire à certains observateurs qu’elle était la « vraie patronne [40][40] S. D., « Les forces en présence », Jeune Afrique économie,... » de la Renaissance du Bénin, même lorsque Nicéphore Soglo en était le président. Pour signifier cette ascendance de Rosine Soglo sur son époux, nombre de Béninois soutiennent que c’est elle qui « porte le pantalon à la maison ». Cette situation est interprétée dans l’opinion publique comme une faiblesse congénitale, une incapacité de ce dernier à contrôler son épouse [41][41] V. Hodonou, « L’étrange présidence », Nouvel Afrique-Asie,.... Cela a certainement contribué à l’affaiblissement de l’autorité de Nicéphore Soglo : dans l’imaginaire populaire, celui qui ne peut « domestiquer » sa femme ne peut gouverner les autres.

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Face à cette thèse, il s’en est développé une seconde soutenant, cette fois, que Rosine Soglo serait instrumentalisée par son mari. Elle serait chargée de dire ce que le président ne peut ou ne veut pas dire publiquement. Ainsi, ce serait le mari qui, connaissant son tempérament volcanique, la manipulerait et l’enverrait « au charbon ».

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Face à ces deux thèses nous préférons opter pour une hypothèse intermédiaire : celle de la complicité et de la complémentarité. Le couple s’entend si bien que Nicéphore n’est pas gêné de voir son épouse prendre la parole et agir en ses lieu et place. « Lui sans moi et moi sans lui, nous ne sommes rien ou pas grand-chose [42][42] F. Soudan, « Rosine Soglo… », art. cit., p. 19. », a assuré Rosine. Même si Nicéphore Soglo ne partage pas certaines de ses idées, il la soutient en public. Il est un « libéral » en matière de femme. Aux Béninois qui lui reprochaient l’influence de son épouse, il répondait : « Ils veulent des femmes du genre “sois belle et tais-toi ”. Ce n’est pas ma conception de la femme [43][43] Voir E. Adjovi, Une élection libre en Afrique…, op....… » En général, le mari béninois est autonome vis-à-vis de son épouse. La femme ne doit pas se mêler de sa vie professionnelle et politique. C’est seulement quand le mari sollicite son avis qu’elle peut le lui donner. Ce n’est pas le cas ici des époux Soglo qui ont été socialisés en France ; ils partagent tout. Certes, si Nicéphore fait part de ses soucis politiques à son épouse, celle-ci, en revanche, s’autorise à agir sans lui demander son avis.

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Ils se complètent, en outre, par leur différence de tempérament. La femme fait montre de plus d’énergie que l’homme. Rosine est une femme de décision ; Nicéphore est calculateur, plus froid. Rosine sait parler au cœur, raconter des histoires drôles, citer des proverbes du cru; Nicéphore, par ses propos, cherche plutôt à séduire la raison, usant, pour cela, d’arguments convaincants. Ainsi y a-t-il une sorte de répartition des rôles entre les deux membres du couple en fonction du caractère et du savoir-faire de chacun. Le mari n’a jamais porté dans son cœur les hommes politiques et leur système de partis, qu’il appelle dédaigneusement « microcosme politique », aussi laisse-t-il parfois le soin à son épouse de s’occuper d’eux.

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En réalité, Rosine est une femme de devoir qui défend bec et ongles les intérêts de sa famille. Les militants de la RB ne sont que des agents qui travaillent au service de son entreprise familiale. Plusieurs barons ou militants du parti l’ont compris tardivement, et à leurs dépens [44][44] Voir les déclarations de Raoul Klégbaza, qui a démissionné.... Pour nombre d’entre eux, l’autoritarisme de Rosine Soglo puise ses racines dans la haute idée que son époux et elle ont d’eux-mêmes. Il leur est reproché d’afficher sans gêne une allure « aristocratique ». Certains opposants parlent même d’« arrogance ». « Je suis née les souliers aux pieds [45][45] J.-B. Koli, « Les caprices de Rosine », art. cit.,... », a-t-elle d’ailleurs l’habitude de répéter pour rappeler son enfance et son éducation privilégiées. Du discours de son mari ne transparaît pas non plus une grande modestie. Par exemple, à ses adversaires qui l’accusaient de népotisme, Nicéphore Soglo rétorquait : « Ce n’est pas ma faute si depuis l’époque du roi Béhanzin, ma famille a toujours produit des cadres d’excellent niveau dans tous les grands corps d’État […] [46][46] Voir E. Adjovi, Une élection libre en Afrique…, op..... » Leur façon de faire en a choqué plus d’un. Sûrs des valeurs occidentales qu’ils incarnent et de leur ascendance aristocratique, les époux Soglo ne semblent pas avoir assimilé des principes comme l’humilité, la ruse et la dissimulation qui font pourtant partie des règles informelles du jeu politique béninois [47][47] T. Vittin, « Le caméléon et le technocrate : paradoxes....

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Sans être féministe, Rosine Soglo incarne une modernité qui invite à une plus grande égalité entre les hommes et les femmes dans le champ politique. Elle a contribué à un changement social en matière de participation des femmes béninoises aux affaires publiques. Après l’ex-Première dame, deux autres femmes sont devenues chefs de parti politique [48][48] Il s’agit de Ramatou Baba-Moussa du Rassemblement démocratique.... En 2001, Marie-Élise Gbèdo s’est présentée pour la première fois à une élection présidentielle. Même si les femmes ne sont pas encore massivement présentes dans les instances de décision, leur engagement dans la vie politique ne se limite plus à un militantisme d’auxiliaires de la gent masculine.

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Grâce à sa pugnacité, Rosine Soglo a également réussi à imposer au Bénin la notion de Première dame. En 2003, le Conseil des ministres a annoncé la nomination d’un directeur de cabinet auprès de l’épouse de l’actuel président de la République. Cette reconnaissance implicite du statut de Première dame est peut-être le premier pas vers son institutionnalisation.

67

En s’engageant dans la vie politique avec la double casquette de Première dame et de chef de parti politique, Rosine Soglo s’est révélée être un entrepreneur politique atypique. Elle incarne le pouvoir d’un clan (celui des Soglo-Vieyra) qui n’a pas su faire les compromis nécessaires pour conserver le pouvoir ou le reconquérir. Elle est peut-être allée trop loin dans une pratique pourtant partagée de la classe politique qui consiste à privilégier les siens : dans la plupart des cas, les grands leaders politiques donnent la priorité aux ressortissants de leur région dans la redistribution clientélaire, sans toutefois oublier de réserver une part à l’entretien des alliances interrégionales. En faisant reposer leur pouvoir sur la famille au vu au su de tous, le couple Soglo en a rétréci la base. L’expérience de Rosine Soglo confirme que le transfert du domestique dans l’espace public est une entreprise risquée dont le succès n’est pas garanti

Notes

[1]

Voir A. Adamon, Le Renouveau démocratique au Bénin. La conférence nationale des forces vives et la période de transition, Paris, L’Harmattan, 1995.

[2]

A. Sage, « Premières dames et First Ladies : la femme du chef est-elle le chef du chef ? », L’Afrique politique, Paris, Bordeaux, Karthala, CEAN, 1998, p. 51-52.

[3]

Simone Gbagbo était déjà militante et membre fondatrice du Front populaire ivoirien (FPI) avant l’élection de son mari à la magistrature suprême. Winnie Mandela en Afrique du Sud, Graça Machel au Mozambique, Sally Mugabe au Zimbabwe étaient des figures emblématiques de la lutte de libération nationale dans leur pays avant la prise du pouvoir par leur mari. Dans certains cas, comme ceux de Sally et de Graça, la première dame du parti a précédé la Première dame du pays.

[4]

Allocution de Mme Rosine Vieyra-Soglo, doyenne d’âge de l’Assemblée nationale, à l’occasion de l’élection du bureau de l’Assemblée. Voir Le Républicain, n° 599, 15 mai 2003, p. 3. http://www.lerepublicain.org/politiques/poli11505034.

[5]

Ces familles sont également appelées « aguda » dans les langues locales.

[6]

Voir « À la découverte de nos députés-femmes », L’Amazone, n° 2, 30 avril 1999, p. 20.

[7]

Pour plus de détails, lire V. Topanou, « “L’état de bo ” au Bénin : réflexions sur la dimension culturelle de l’État et de la démocratie béninoise », inédit, à paraître dans la revue de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) du Bénin.

[8]

S. Bolle, Le Nouveau Régime constitutionnel du Bénin. Essai sur la construction d’une démocratie africaine par la Constitution, thèse de doctorat en droit public, université Montpellier-I, 1997.

[9]

Pour plus de détails, voir J. A. Badou, L’Interpellation parlementaire sur la privatisation de La Béninoise, mémoire de maîtrise en droit des affaires, Cotonou, Université nationale du Bénin-FASJEP, 1994.

[10]

Il s’agit des partis suivants : Union démocratique des forces du progrès (UDFP), Mouvement pour la démocratie et le progrès social (MDPS) et Union pour la liberté et la démocratie (ULD), regroupés au sein de l’Union pour le triomphe du Renouveau (UTR).

[11]

L. Sèhouéto, La Démocratie commence à la maison… La question de la démocratie au sein des partis et des associations au Bénin, Cotonou, Friedrich Ebert Stiftung, 1997, p. 67.

[12]

R. Banégas, La Démocratie à pas de caméléon. Transition et imaginaires politiques au Bénin, Paris, Karthala, 2003, p. 250 ; M. Ahanhanzo-Glèlè, Naissance d’un État noir. L’évolution politique et constitutionnelle du Dahomey : de la colonisation à nos jours, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence (LGDJ), 1969.

[13]

F. Kpatindé, « Le parler vrai de Nicéphore Soglo », Jeune Afrique, n° 1528, 16 avril 1990, p. 29.

[14]

F. Kpatindé, « Bénin. L’esprit de famille », Jeune Afrique, n° 1730, 3-9 mars 1994, p. 27.

[15]

Elles sont pour la plupart issues des familles afro-brésiliennes : Mmes Marie-Ange Leroux, épouse Ligan ; Euphrasie Nicoué, épouse Taniféani ; etc.

[16]

P. Zantou, La Participation des femmes à la vie politique (1960 à 1990), mémoire de maîtrise en histoire, Cotonou, Université nationale du Bénin, 2001.

[17]

Après son divorce d’avec Béatrice Lakoussan, Kérékou a eu des enfants de plusieurs femmes sans se marier avec elles.

[18]

Voir C. Drèkpo, « Problématique du positionnement des femmes sur les listes électorales », communication n° 4, Les Actes du séminaire national sur femme et politique communale, Porto-Novo, 9-11 novembre 2000, Konrad Adenauer Stiftung, p. 65-67.

[19]

Voir P. Hazoumè, Doguicimi, Paris, Maisonneuse et Larose, 1978, p. 28.

[20]

Voir F. Soudan, « Rosine Soglo. Pourquoi nous avons perdu », Jeune Afrique, n° 1884, 12-18 février 1997, p. 18.

[21]

P. Veyne, Le Pain et le cirque. Sociologie d’un pluralisme politique, Paris, Le Seuil, 1976.

[22]

N. Mèdé et al., Classe politique béninoise : évolution, enjeux et perspectives. Études nationales de perspectives à long terme (NLTPS-BENIN 2025), Cotonou, Pnud et MECCAGDPE, novembre 1999, p. 34-35.

[23]

R. Banégas, La Démocratie à pas de caméléon…, op. cit., p. 267.

[24]

N. Bako-Arifari, « Démocratie et logiques du terroir au Bénin », Politique africaine, n° 59, octobre 1995, p. 13.

[25]

D’autres acteurs politiques ont emboîté le pas à Rosine. On peut citer l’exemple de Marie-Élise Gbèdo qui dirige l’Association des femmes juristes du Bénin tout en intervenant aussi dans le champ politique.

[26]

Depuis 1995, c’est la RB qui s’impose à Ouidah. Voir les résultats des élections législatives de 1995 à 2003 : Institut national de la statistique et de l’analyse économique (INSAE), Législatives 1995, statistiques des résultats définitifs, juin 1995 ; Commission électorale nationale autonome (CENA), Législatives 1999. Rapport général, mai 1999.

[27]

L’une des femmes du marché de Dantokpa (Cotonou), Justine Chodaton, est députée à l’Assemblée nationale depuis 1999 sous la bannière de la RB.

[28]

Lire les détails dans E. Adjovi, Une élection libre en Afrique. La présidentielle du Bénin (1996), Paris, Karthala, 1998, p. 129.

[29]

R. Banégas, La Démocratie à pas de caméléon…, op. cit., p. 193.

[30]

C. Mayrargue, « “Le caméléon est remonté en haut de l’arbre ” : le retour au pouvoir de M. Kérékou au Bénin », Politique africaine, n° 62, juin 1996, p. 126-127.

[31]

Voir J.-B. Koli, « Les caprices de Rosine », Jeune Afrique, n° 1841, 17-23 avril 1996, p. 27-29.

[32]

Devant le tollé suscité par cette présence massive de la famille dans le bureau exécutif, le fils cadet démissionne quelques jours après de son poste.

[33]

Interview de Rosine Soglo, émission radiophonique « Planète 7/7 », station Planète, 12 janvier 2003; extraits retranscrits dans Le Matinal, n° 1458, 14 janvier 2003, p. 4.

[34]

M.-P. Roy, Les Régimes politiques du tiers-monde, Paris, LGDJ, 1977, p. 311.

[35]

J.-F. Médard, « L’État patrimonialisé », Politique africaine, n° 39, septembre 1990, p. 25-36; S. Eisenstadt, Traditionnal Patrimonialism and Modern Neo-Patrimonialism, Bervely Hills, Sage, 1973 ; J.-F. Médard, « L’État néo-patrimonial en Afrique », in J.-F. Médard (dir.), États d’Afrique noire : formation, mécanismes et crise, Karthala, 1991, p. 323-353.

[36]

F. Kpochémè, « Pour pérenniser les actions de l’ancien président, la Fondation Nicéphore Soglo est née », Le Matinal, n° 1852, 27 mai 2004.

[37]

K. Adjamagbo-Johnson, « La politique est aussi l’affaire des femmes », Politique africaine, n° 65, mars 1997, p. 62-73.

[38]

Elle avait tenu ces propos suite à un incident survenu en 1999 entre Nicéphore Soglo et des policiers qui avaient intercepté sa voiture pour non-respect du code de la route.

[39]

F. K., « Soglo donne les raisons de l’écartement de Houédjissin », Le Matinal, n° 1506, 13 mars 2003, p. 3.

[40]

S. D., « Les forces en présence », Jeune Afrique économie, n° 192, 13 mars 1995, p. 84.

[41]

V. Hodonou, « L’étrange présidence », Nouvel Afrique-Asie, n° 110, novembre 1998, p. 16.

[42]

F. Soudan, « Rosine Soglo… », art. cit., p. 19.

[43]

Voir E. Adjovi, Une élection libre en Afrique…, op. cit., p. 130.

[44]

Voir les déclarations de Raoul Klégbaza, qui a démissionné du parti en juillet 2004, dans L’@raignée, 25 juillet 2004, http://www.laraignee.org/.

[45]

J.-B. Koli, « Les caprices de Rosine », art. cit., p. 28.

[46]

Voir E. Adjovi, Une élection libre en Afrique…, op. cit., p. 128.

[47]

T. Vittin, « Le caméléon et le technocrate : paradoxes et ambiguïté des élections présidentielles de mars 2001 au Bénin », in L. Monnier et Y. Droz (dir.), Côté jardin, côté cour : anthropologie de la maison africaine, Paris, PUF, « Nouveaux cahiers de l’Institut universitaire des études de développement (IUED) », 2004, p. 41-70.

[48]

Il s’agit de Ramatou Baba-Moussa du Rassemblement démocratique pour le développement (RDD-Nassara) et de Sabirath Adjbi du Forum pour le développement, la démocratie et la moralité (FDDM).

Résumé

Français

Pour aider son mari Nicéphore Soglo, élu président de la République du Bénin en 1991, à sortir de son isolement politique, Rosine Vieyra-Soglo, femme sans passé militant, a créé, en 1992, un parti politique, la Renaissance du Bénin. En entrant dans la vie politique avec la double casquette de Première dame et de chef de parti, elle s’est engagée aux côtés de Nicéphore soglo dans un projet d’« entreprise politique » et a imprimé une orientation patrimoniale et népotiste au pouvoir démocratique initial de son mari.

English

Rosine Soglo : family and political enterpriseIn order to help her husband, Nicéphore Soglo, elected President of the Republic of Benin in 1991, overcome his political isolation, Rosine Vieyra-Soglo, a woman without any previous activist commitments, created a political party in 1992 : the Renaissance of Benin. With this engagement in political life under the double hat of First Lady and Party Leader, Rosine Soglo proved to be an exceptional political entrepreneur. In the end, she has given patrimonialism and nepotism a pride of place in her husband’s democratic regime.

Plan de l'article

  1. Les conditions de formation de l’entreprise politique familiale
    1. Les fondements du militantisme de la Première dame
      1. • Origines « aristocratiques », occidentalisation et méconnaissance du savoir-faire politique intérieur
      2. • Enjeu de l’engagement : la défense d’un époux face à l’isolement politique
    2. « Straddling associatif », redistribution clientéliste et ressources matrimoniales
      1. • La part sociale de la femme : l’œuvre caritative
      2. • La part sociale de l’époux : le prestige personnel du président
  2. Un militantisme au profit de la famille
    1. Une action politique dédiée à la famille
      1. • Agent électoral et esprit de famille
      2. • D’un pouvoir démocratique aux dérives népotistes
    2. Parti personnalisé et gestion autoritaire
      1. • Parti personnaliste ou parti néopatrimonial ?
      2. • Gestion du parti et leadership : l’autoritarisme comme technique de pouvoir

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