Armes biologiques : quelques leçons irakiennes
Johnathan B. Tucker
Traduction de l’anglais (États-Unis) par
Caroline Caumes
Les programmes d’armes biologiques irakiens avaient pour ambition la dissuasion extérieure et l’intimidation interne. Ils ont été cachés avec constance aux équipes d’inspection de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui ont dû user de méthodes complexes pour en découvrir l’essentiel. Cette clandestinité a conduit les responsables occidentaux à d’importantes erreurs d’appréciation. Les reliefs de ces programmes, qui demeurent dangereux, doivent encore être suivis avec attention.Mots-clés :
armes de destruction massive, armes biologiques, Irak, ONU.
Eight years of inspections and monitoring by UN weapons Inspectors and the Iraq Survey Group (reporting to the U.S. Central Intelligence Agency) have yielded extensive information on the Iraqi biological weapons program and some useful lessons. Iraq’s pursuit of biological weapons during the 1980s was shaped both by geostrategic factors and by the unique characteristics of the Iraqi regime, including the personal idiosyncrasies of Saddam Hussein. For Saddam, biological weapons served multiple strategic functions : pre-conflict deterrence, intraconflict deterrence, and escalation dominance. Iraqi BW use doctrine and command-and-control arrangements were influenced both by external threats and domestic factors (such as Saddam’s fear of a coup d’État) and evolved over time in response to crisis. The UN investigation of the Iraqi biological weapons program demonstrated the effectiveness of an approach combining multiple methodologies, including aerial surveillance, on-site inspections, import monitoring, interviews, and sampling and analysis. Contrary to conventional wisdom, Iraqi defectors provided little useful information and, indeed, were often a source of deliberate distortions.
• L’évolution doctrinale en matière d’utilisation des armes biologiques
• Leçon 1 : les armes biologiques ont de multiples objectifs stratégiques
• Leçon 2 : le système de commandement et de contrôle des armes biologiques dépend des menaces extérieures et de facteurs internes
• Leçon 3 : les agents biologiques peuvent être produits dans des usines à usage dual, sans autre mesure élaborée de dissimulation
• Leçon 4 : une enquête usant de diverses méthodes (surveillance aérienne, contrôles commerciaux, inspections, entretiens, tests, analyses) peut donner de bons résultats
• Leçon 5 : contrairement à une croyance répandue, les transfuges irakiens n’ont fourni que peu d’informations inédites
• Leçon 6 : le désarmement biologique requiert des efforts et une volonté politique permanents, ainsi qu’un Conseil de sécurité uni
• Leçon 7 : les proliférateurs sont généralement rationnels ; ils peuvent donc être influencés par un changement de l’équilibre coûts/profits
• Leçon 8 : les lacunes de l’information humaine et la dépendance excessive vis-à-vis de transfuges d’une crédibilité douteuse mènent à des erreurs de perception de la menace
• Leçon 9 : l’action militaire contre un proliférateur biologique peut accroître le risque de diffusion de matériels et de savoir-faire vers d’autres États ou des groupes terroristes, si elle ne s’accompagne pas d’un effort systématique de sécurisation des sites et personnels liés aux armes biologiques