2005
Politique étrangère
Éditorial
Dominique David
Politique étrangère fait peau neuve, présentant à ses abonnés, à ses lecteurs, une nouvelle couverture, une nouvelle maquette intérieure.
Voici dix ans que la couverture blanche et rouge assumait l’image de la plus ancienne revue française d’analyse et de débat sur les questions internationales et de politique étrangère – une revue qui entre, avec 2005, dans sa 70e année.
Sous sa forme nouvelle, Politique étrangère (PE) sera plus visible, plus lisible. Désormais coéditée, et diffusée, par Armand Colin, la revue entend tenir une place plus large dans le débat intellectuel, et tout simplement dans l’espace public. Lieu d’expression privilégié de l’Institut français des relations internationales (Ifri), de ses chercheurs et de ses partenaires de France et d’ailleurs, Politique étrangère se veut forum ouvert à toutes les dimensions de l’international. Ce premier numéro de 2005 en témoigne, dans un sommaire divers, pour partie inattendu.
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Pour le meilleur ou le pire, les relations Islam/Occident constituent l’un des paradigmes centraux des relations internationales actuelles. Au-delà des peurs croisées (les « menaces » sur les valeurs autour desquelles s’organisent les sociétés du sud ou du nord de la Méditerranée, par exemple), il est urgent d’éclairer l’islam comme une réalité multiple. Les relations entre politique et religieux sont complexes aussi dans les pays musulmans, y empruntent des formes très variées. Les impasses sociales ou politiques peuvent y suggérer des recherches d’identité qui empruntent le discours religieux, mais une fois encore selon des modèles très différents. Les rapports des États « du Sud » avec leurs communautés expatriées, les tentatives de les instrumentaliser, sont eux aussi divers. Bref, il n’existe pas de modèle unique des rapports islam/politique : ni ailleurs, ni ici. L’islam d’Occident n’est ni une extension de l’islam des pays d’origine, ni l’extension du Dar el islam que fantasment les islamistes, ni la victime consentante des réseaux multinationaux. Il a de multiples visages, et son évolution dépendra au plus haut point de sa sociologie, de ses modes d’organisation et d’insertion.
Le dossier « Islams d’Occident et d’ailleurs »
[1] choisit d’éclairer ces questions non par des énoncés idéologiques, des représentations, mais en suivant la manière dont l’islam, et l’islamisme, se font acteurs politiques dans des sociétés musulmanes (selon des modes très divers, avec les exemples iranien et marocain) ; ou les modes d’organisation spécifiques des communautés musulmanes dans certaines sociétés occidentales (en Europe de l’Ouest, aux États-Unis). S’il est vrai qu’on a, aussi, la politique étrangère de sa population (du dedans et du dehors), voici une thématique essentielle des échanges internationaux à venir.
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C’est peu dire que les problématiques de sécurité, démentant les espoirs déraisonnables des années 1990, demeurent centrales dans les débats internationaux, et récemment sous des formes de violences hélas classiques : terrorisme, guerres… PE installe cette actualité dans une autre perspective. La question des armes biologiques résume nombre des caractéristiques nouvelles du champ conflictuel actuel. De telles armes pourraient demain s’appuyer sur des technologies relativement peu complexes, à très forte potentialité de développement et de diffusion. Elles pourraient devenir utilisables par des groupes humains très limités (contrairement au nucléaire, par exemple). Les moyens internationaux de contrôle de la prolifération (accords, conventions, vérification) apparaissent décalés, face à une réalité très évolutive. Et même si l’effet destructif de telles armes ne peut être évalué, on sait qu’il serait massif sur le moral des populations et donc sur la stabilité des sociétés.
Le dossier « Armes biologiques : du
xxe au
xxie siècle
[2] », fait ainsi dialoguer un passé déjà lourd (les héritages des programmes soviétiques, sud-africains, irakiens), et d’inquiétantes perspectives (les percées technologiques de la bio-informatique, leur diffusion possible, la responsabilité des scientifiques…)
Et puis, la sécurité c’est aussi (surtout) la survie des peuples : le sida mine l’organisation sociale, les services publics, les systèmes de gouvernement, les armées, de nombreux pays ; il est désormais un élément central de la réflexion sur la sécurité régionale (en Afrique mais pas seulement), ou sur les opérations multinationales de l’Organisation des Nations unies
[3].
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Trois thèmes encore complètent ce panorama d’une actualité saisie à distance : les chances de transformer la « révolution orange » en succès politique durable (avec les trois facteurs, déterminants, que sont les dynamiques internes à l’Ukraine, ses relations avec la Russie, ses rapports avec l’Union européenne ou l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord) ; le débat euro-américain sur la modernité militaire (que nous disent de notre propre avenir militaire les derniers avatars américains, la fascination technico-tactique du Pentagone est-elle « vendable » à l’Europe ?) ; et la lente réinsertion du Japon dans la normalité internationale (Tokyo, qui participe déjà à des opérations internationales qu’il s’interdisait hier, serait-il en train d’abdiquer son pacifisme constitutionnel ?).
La diversité de ces thèmes témoigne de l’exigence de PE : décrypter l’actualité internationale grâce aux moyens que lui donnent les recherches de l’Ifri et la place de ce dernier comme animateur et support du débat international.
Politique étrangère assume avec fierté son héritage. La formule que nous inaugurons veut l’ouvrir à l’avenir. Plus novatrice dans ses thèmes et la manière de les aborder, PE rendra mieux compte du monde : des réalités à gouverner et des avenirs qui se construisent, ou s’imaginent.
[1]
Dossier coordonné par Khadija Mohsen-Finan. Sur la même thématique, on pourra se reporter à : R. Leveau, K. Mohsen-Finan, C. Wihtol du Wenden (dir.) :
L’Islam en France et en Allemagne - identités et citoyenneté, Paris, Ifri-La Documentation française, 2001.
[2]
Ce dossier fait partiellement écho à un séminaire qui s’est tenu à l’Ifri avec le soutien du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
[3]
Tous ces thèmes ont constitué le fond du séminaire réuni à l’Ifri en novembre 2004 sur : « Sida et enjeux de sécurité ».