Politique étrangère
I.F.R.I.

I.S.B.N.2200920547
232 pages

p. 99 à 107
doi: 10.3917/pe.051.0099

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Armes biologiques : du XXe au XXIe siècle

Printemps 2005/1

2005 Politique étrangère Armes biologiques : du XXe au XXIe siècle

Armes biologiques : leçons soviétiques, réalités russes

Brad Roberts Brad Roberts est membre de l’équipe de recherche de l’Institute for Defense Analysis d’Alexandria, (Virginie, États-Unis). Il est aussi professeur adjoint à l’Université George Washington et président du Conseil consultatif de recherche du Chemical and Biological Arms Control Institute.Texte traduit de l’anglais (États-Unis) par  Dominique David
On a hésité en Occident à prendre la mesure des programmes d’armes biologiques soviétiques. Ils témoignent pourtant d’une volonté explicite de ne pas respecter la convention d’interdiction, et d’une conception militaire de leur utilisation. Les incertitudes demeurent sur la survivance de tels programmes en Russie. L’héritage soviétique pose plus généralement la question du fonctionnement des dispositifs d’arms control, et de la diffusion d’éléments d’armements biologiques à des entités terroristes.Mots-clés : armes biologiques, Russie, Union soviétique, terrorisme, arms control. The scope, sophistication, and ambition of the biological weapons programs of the Soviet Union were dramatic. Yet they were largely unknown outside secret circles in Moscow. In the early 1990s, Russian President Boris Yeltsin revealed the existence of these Soviet-vintage programs — and acknowledged his lack of success in closing them down. This experience is rich in lessons for Western security specialists. It is a reminder of the sometimes significant gap between perceptions and reality with regard to secret military programs. It illustrates the potential military utility of biological weapons as well as the potential impact of biotechnology on the BW threat. This experience also illustrates the limited success of arms control in dealing with especially willful violators. Russia’s current biological warfare activities remain a subject of concern.
Parmi les programmes développés en violation de la Convention sur l’interdiction des armes biologiques [1], les programmes de l’ex-Union soviétique furent de très loin les plus importants, et les plus ambitieux en matière d’usage de technologies avancées. Ils constituent en quelque sorte un testament qui témoigne de la possibilité, pour des tricheurs décidés, de développer des activités illicites ayant des conséquences militaires potentielles importantes, sans risque d’être repérés. Quant aux efforts jusqu’ici malheureux pour amener l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), puis la Russie, à ajuster ces activités aux obligations du traité, ils témoignent surtout de la faiblesse des instruments d’application existants, comme de celle des décisions politiques prises une fois découverte l’existence des programmes [2].
L’histoire des programmes soviétiques d’armes biologiques a été faite par d’autres, témoins ou chercheurs, au moins dans la mesure où ceux-ci purent combiner leur expérience personnelle à un accès lacunaire à des archives russes qui restent, en la matière, très largement fermées [3]. Les déclarations du président Boris Eltsine à Camp David en 1992, qui reconnaissaient l’existence des programmes passés et la difficulté de les clore, a fait l’objet de multiples analyses [4]. Les efforts postérieurement déployés pour amener la Russie à respecter ses engagements, et pour faciliter la conversion de programmes anciens ou actuels en activités commerciales licites ont aussi fait l’objet de nombre de commentaires universitaires ou médiatiques [5].
On s’attachera ici aux leçons qui peuvent être tirées de ces diverses expériences. Ce qui suggère une question tout aussi importante : des leçons pour qui ? Les contrôleurs du désarmement ? Les planificateurs militaires ? Les spécialistes russes ? On adoptera une vue générale, cherchant à identifier les leçons et implications pour la communauté des analystes et décideurs politiques concernés par le problème de sécurité soulevé par les armes biologiques, en gardant à l’esprit le problème particulier que pose aux décideurs la gestion des divers instruments dont ils disposent [6]. Dans cet ordre d’idées, six leçons majeures se dégagent.
 
Le fossé entre perceptions et réalités
 
 
Le fossé qui a séparé les perceptions occidentales des activités soviétiques en matière de guerre biologique de la réalité, peut à tout le moins être caractérisé comme profond… Certes, quelques analystes des services de renseignements occidentaux ont pu avoir, grâce à leur documentation particulière, à leur accès à des informations spéciales, une certaine vue sur l’ampleur et l’ambition des activités russes en matière d’armes biologiques. Ces analystes ont probablement suivi l’accident à l’anthrax de Sverdlovsk en 1979, avec toutes les questions qu’il posait sur la non-application de la Convention d’interdiction.
Si ces spécialistes avaient acquis une certaine connaissance des grandes lignes des programmes soviétiques, ils eurent pourtant peu d’impact sur les raisonnements de la plupart des Occidentaux travaillant sur les capacités militaires soviétiques. Ce fait est illustré par les données publiées sur ces capacités par l’Administration Reagan, et réunies dans le Soviet Military Power, un document conçu par le Pentagone – alors dirigé par Caspar Weinberger – comme un instrument destiné à persuader le public et les décideurs occidentaux de la véritable nature de la menace soviétique. La menace biologique soviétique ne représente guère plus qu’une note de bas de page, dans une publication qui s’attache à décrire de la manière la plus impressionnante possible la menace classique et nucléaire de l’« Empire du Mal ».
Au même moment, les Soviétiques mettaient sur pied une très lourde infrastructure, visant au développement, à la production, et à l’utilisation éventuelle, d’armes biologiques. Si les allégations de Ken Alibek et autres sont exactes, l’URSS a employé, au pic des années 1960, plus de monde dans ses programmes de guerre biologique que les États-Unis dans leurs programmes nucléaires.
Comment expliquer ce fossé perceptions/réalités ? Une partie de la réponse renvoie bien sûr à la redoutable efficacité de la culture du secret de l’ancienne Union Soviétique, et à sa compétence en matière de camouflage et de deception. Une autre explication renvoie aux conceptions mêmes de la plupart des analystes du temps de la guerre froide, massivement focalisés sur les questions d’équilibre nucléaire, et qui considéraient en gros les armes biologiques comme sans utilité pratique. Une telle expérience devrait nous rendre méfiants vis-à-vis des logiques de miroir, qui nous suggèrent de voir l’adversaire à notre image, ou de penser qu’il pense comme nous…
Cette première leçon a deux implications pour le futur. Tout d’abord, les analystes occidentaux devraient se montrer plus efficaces dans leur démontage des idées et informations reçues. Ce conseil prend tout son sens à la lumière des récentes révélations sur l’absence d’armes de destruction massive en Irak. De plus, si nous nous sommes tant trompés dans le passé, nous pourrions nous tromper aujourd’hui sur l’appréciation des programmes récents et actuels, soviétiques et russes, en matière d’armes biologiques. En fait, nous n’avons pas de vue claire sur les programmes passés, et une bonne partie des infrastructures de la recherche militaire actuelle nous demeure inconnue.
 
L’utilité militaire des armes biologiques
 
 
Le débat court depuis beau temps entre experts occidentaux sur l’utilité des armes biologiques. Nombre d’entre eux pensent que ces armes ne sont pas fiables, sont trop dangereuses à utiliser, et interprètent les décisions occidentales de désarmement unilatéral des années 1950 et 1960 comme une preuve supplémentaire de cette inutilité. D’autres estiment que les armes biologiques sont réellement des armes de destruction massive, mais tirent de l’expérience de ces décennies la conclusion que ce type d’armes peut être jugé redondant pour des États déjà en possession d’armes nucléaires.
L’échelle et l’ambition de leurs programmes en la matière suggèrent que les Soviétiques avaient pour le moins une haute idée de l’utilité militaire de ces armes. Ils semblent en fait avoir recherché la capacité d’utiliser de telles armes aux niveaux tactique, opérationnel et stratégique. Ils semblent ainsi avoir mis au point et raffiné un dispositif de forces pouvant s’attaquer à une société pour la détruire. Si l’on en croit K. Alibek, les objectifs stratégiques soviétiques incluaient l’usage planifié de ces armes dans un contexte d’échange nucléaire général, en appui à une attaque nucléaire, avec l’objectif que les survivants à une attaque nucléaire soient encore plus lents à recouvrer leurs forces.
Ceci est aussi gros d’enseignements pour aujourd’hui. Les Occidentaux débattent du rôle des armes nucléaires pour dissuader une attaque biologique – à la fois pour des raisons morales, et de prudence. Si les armes biologiques ne peuvent être employées de manière pratique et sûre pour l’initiateur, alors elles ne peuvent avoir de rôle dissuasif. Si elles sont utilisables, elles peuvent avoir un rôle de dissuasion. Ayant abandonné depuis longtemps l’idée d’une riposte de même nature – i.e. avec des armes biologiques –, nombre de pays devraient examiner de près le rôle des armes nucléaires – les leurs ou celles d’un protecteur – pour dissuader de l’usage des armes biologiques (dans le cas où d’autres acteurs les estimeraient utilisables, indépendamment de notre propre perception).
 
Biotechnologies et menaces futures
 
 
La révolution des biotechnologies lancée dans les années 1960 et 1970 a bien sûr donné un grand coup de jeune à des programmes soviétiques déjà vieux de plusieurs décennies. Avec plusieurs types d’implications. Certains adversaires potentiels techniquement développés ont désormais la possibilité de développer des agents différents de ceux auxquels nous sommes accoutumés, ou d’adapter ces anciens agents de manière à améliorer leurs performances. Les modes d’utilisation de tels agents ont aussi été élargis. Le fait que ces technologies soient duales – avec des applications à la fois civiles et militaires – complexifie le défi du contrôle et de la vérification, en accroissant les risques de camouflage et de déni de la part de ceux qui poursuivent le développement de ces technologies à double usage. Quant à la diffusion de ces dernières, elle renforce la possibilité que pays développés et en développement se retrouvent dans une même compétition militaire. En bref, le progrès technologique en matière biologique semble avoir de lourdes conséquences sur les aspects militaires et relevant de l’arms control.
Concernant l’impact des avancées biotechnologiques sur la menace, il faut se rappeler que les technologies des programmes soviétiques décrits par exemple par K. Alibek ont désormais plus de 20 ans. Depuis, les biotechnologies ont mûri, se sont transformées, et ont proliféré. Le résultat de cette dynamique technologique est clair : le futur a de bonnes chances de ne pas ressembler au passé… [7]
 
L’application des accords d’arms control
 
 
Les Soviétiques ont, selon toute apparence, violé dès le début les accords signés. Et, apparemment, les Russes continuent. Ce qui signale un sérieux échec du régime d’arms control. Mais les régimes de sécurité ne sont pas en eux-mêmes des mécanismes aptes à vérifier leur propre application. Les régimes sont constitués d’États reconnaissant un objectif commun : en l’occurrence la nécessité de réaffirmer et d’élargir la prohibition d’armes de guerre biologique. Ce sont les États qui sont responsables de l’application des accords, et doivent répondre aux soupçons de non-application. Et pour cela, la volonté politique est fondamentale. Dans le cas qui nous occupe, la volonté de s’opposer à Moscou, et de mettre en place un processus s’assurant de l’application des accords, a manifestement fait défaut. À l’Ouest, on redoutait sans doute de s’opposer aux Soviétiques sur la question de l’anthrax après Sverdlovsk. En réalité, les accusations de l’Administration Reagan dénonçant la non-application des accords furent traitées avec au moins autant de dédain que les Soviétiques eux-mêmes.
Les accusations de la fin des années 1970 et des années 1980 selon lesquelles les Soviétiques et/ou leurs alliés auraient utilisé des armes biologiques en Asie du Sud-Est et en Afghanistan – l’affaire des fameuses « pluies jaunes » – semblent n’avoir suscité aucun échange substantiel avec les Soviétiques. Le processus mis sur pied après les déclarations de Boris Eltsine – dit « processus trilatéral » en raison de la participation des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Russie comme dépositaires de la Convention sur les armes biologiques – « connut un échec retentissant », selon les termes de l’inspecteur britannique David Kelly, « chacun choisissant de continuer [8] »… L’Administration Clinton choisit quant à elle de ne pas fouiller la question avec Moscou, ayant, selon les termes « non-attribuables » d’un officiel du Conseil national de sécurité, « d’autres chats à fouetter ». L’Administration Bush elle-même, dont les spécialistes de l’arms control sont censés tant insister sur l’application des accords, n’ont guère fait état publiquement de ce défaut d’application de Moscou, alors même que le secrétaire d’État adjoint Bolton dénonçait régulièrement des défaillances à cet égard des « États voyous ».
Le problème est sans doute trop lié au dilemme politique général posé par la Russie, pour justifier d’une solution spécifique. Il pourrait peut-être être réglé, mais en sacrifiant des priorités jugées dominantes. Mais, quoi qu’il en soit, le manque de volonté politique a un coût, déjà visible. Une crise de confiance dans l’arms control s’est lentement diffusée tout au long de la dernière décennie ; elle n’est pas totalement explicable par cette inaction, mais n’est pas non plus indépendante de cette dernière. Cette crise se manifeste bien sûr aux États-Unis, où l’opinion est assez répandue que l’arms control ne pouvant leur apporter les dividendes de sécurité attendus, les États-Unis doivent s’en éloigner, et ne plus le considérer comme un instrument de leur politique de sécurité. Cette crise touche également des pays petits ou moyens, qui dépendent pour leur sécurité d’un système collectif censé garantir leurs intérêts, qu’ils ne peuvent contrôler.
 
Poutine : l’incertain avenir
 
 
Le secret gardé à Moscou sur le passé et le présent, et l’apparent refus de plier les activités en matière d’armes biologiques aux obligations du traité constituent des signes préoccupants des tendances à l’Å“uvre dans la Russie de Vladimir Poutine.
Il est important de rappeler l’optimisme fondamental qui a déterminé la politique occidentale vis-à-vis de Moscou depuis l’effondrement de l’URSS. Les Occidentaux ont misé sur le changement de Moscou « d’ennemi en allié ». La National Security Strategy de 2002 de l’Administration Bush expose clairement l’espoir présidentiel d’un partenariat avec la Russie, et d’une nouvelle relation, basée non plus sur l’équilibre des forces mais sur des intérêts communs, et de plus en plus, des valeurs partagées.
L’obsession constante du secret à Moscou, comme le maintien de certaines activités, vont d’évidence contre cet objectif. Ils suggèrent que Moscou n’est pas crédible dans ses engagements, que les institutions secrètes et les anciennes méthodes n’ont pas complètement disparu, que la Russie se prépare encore à des modes de guerre que le reste du monde considère comme absolument illégitimes. L’incapacité du leadership russe à répondre aux préoccupations occidentales semble dénoncer la rémanence de son ressentiment, et fixer les limites d’une coopération stratégique.
Il y a en réalité deux explications possibles à l’attitude actuelle de Moscou. Ou le président Poutine ne peut pas stopper les activités illicites ; ou il ne le veut pas. Peut-être Poutine a-t-il eu aussi peu de succès qu’Eltsine pour mettre un terme à des activités qui semblent avoir une forte dynamique propre, pour des raisons politiques, économiques, et militaires. Ce qui semblerait contredire la perception occidentale d’un renforcement du contrôle de l’État dans d’autres domaines. Et si Poutine choisissait de ne pas mettre fin à ces activités ? Quelle serait la logique stratégique d’un tel choix ? Des experts russes ont suggéré en privé que les planificateurs militaires russes pouvaient penser que les armes biologiques auraient quelque utilité dans des opérations de contre-insurrection devenant plus intenses. D’autres, toujours en privé, suggèrent que ces planificateurs sont toujours motivés par la peur d’un bouclier antimissile américain efficace ; l’accord Bush/Poutine sur l’abandon du traité ABM [9] ne faisant que renvoyer à plus tard le problème central : comment la Russie répondrait-elle à un bouclier susceptible d’intercepter sa force résiduelle de missiles ? Dans cette logique, arguent ces experts, la Russie aura besoin de moyens plus asymétriques pour contrer la puissance américaine, et dans ce cadre les armes biologiques paraissent aussi utiles qu’elles le semblaient au milieu des années 1980 pour contrarier la «guerre des étoiles » de Reagan.
Les implications de ce type de raisonnement semblent assez claires : le pire (du développement des armes biologiques russes) n’est peut-être pas derrière nous, aussi improbable que cela puisse paraître aujourd’hui. Il ne s’agit pas là d’une prédiction. Mais de l’implication de certains raisonnements, qui mérite un sérieux débat.
 
Les États sponsors de la menace biologique
 
 
La leçon finale des programmes soviétiques et russes biologiques est liée au terrorisme. L’Administration Bush a provoqué un intense débat sur la menace de terrorisme biologique, en répétant que tôt ou tard États voyous et terroristes en viendraient à collaborer sur leurs ambitions biologiques, dans la mesure où, pour reprendre l’expression de Condoleeza Rice, « ils représentent les faces différentes d’un même mal » [10]. Le débat s’organise en partie autour de la volonté supposée de dirigeants d’États voyous de transférer des capacités biologiques à des terroristes, une partie des commentateurs relevant que cela n’est jamais arrivé et n’arrivera pas dans l’avenir, l’autre partie arguant qu’il s’agit simplement d’une question de temps.
L’expérience soviétique éclaire d’une manière particulière ce débat. L’Union soviétique a été un sponsor du terrorisme, à un niveau notable. Elle possédait au même moment de significatives capacités en matière d’armes biologiques. Elle semble avoir scrupuleusement évité de donner accès à ces armes à ses partenaires.
Il y a peut-être eu une exception. La secte Aum Shinrikyo est supposée avoir bénéficié d’un soutien à haut niveau des structures de sécurité russes au début des années 1990, et aurait pu obtenir des moyens de mise en Å“uvre, ainsi que d’autres technologies, de la part d’officiels corrompus, ou même d’autres acteurs des institutions de sécurité. L’histoire demeure mystérieuse, la lumière n’ayant pas été faite complètement sur les activités de Aum en Russie (ni même au Japon) [11].
La principale leçon de ces attitudes passées est qu’au moins certains sponsors de la terreur conçoivent l’existence de lignes rouges à ne pas dépasser en matière d’aide au terrorisme – et particulièrement concernant les armes de destruction massive. Dans la lutte contre le terrorisme, le renforcement de cette ligne rouge doit être une priorité.
***
L’expérience soviéto-russe en matière d’armes biologiques est riche en leçons et implications pour les décideurs politiques concernés, et pour ceux qui s’intéressent aux instruments politiques et militaires disponibles pour gérer le problème. Nombre de ces leçons renvoient à la complexité de ce problème et à la faiblesse de ces instruments. On trouve bien peu de réconfort dans cette expérience, à part le fait que nous ayons, au temps de la guerre froide, échappé à une terrible guerre qui aurait pu impliquer l’utilisation de telles armes, avec des conséquences difficilement imaginables.
Mais on ne peut en rester là. D’abord parce que trop d’éléments de ce passé demeurent cachés. Et parce que les inquiétudes demeurent pour le présent. Mais nous savons aussi que cette expérience peut orienter le débat international sur la manière de gérer le problème des armes biologiques dans les années à venir.
 
NOTES
 
[1]La Convention sur l’interdiction des armes biologiques (CIAB), entrée en vigueur en 1972, engage les États parties à ne pas mettre au point, fabriquer ou stocker des armes bactériologiques (biologiques) ou à toxines, et à détruire les armes existantes (NDLR).
[2]Le défi de l’application des traités face à des violations avérées constitue un des thèmes les plus anciens de la littérature de l’arms control. Voir F. Ch. Iklé, « After Detection, What ? », Foreign Affairs, 39, janvier 1961, p. 208-220, et B. Roberts, « Revisiting Fred Iklé’s Question : After Detection : What ? », Nonproliferation Review, été 2001.
[3]K. Alibek (avec S. Handelman), Biohazard, New York, Random House, 1999, ainsi que I. Domaradsky et W. Orent, Biowarrior : Inside the Soviet/Russian Biological War Machine, Amherst/New York, Prometheus Books, 2003.
[4]A. Devroy et R.J. Smith, « US Russia Pledge New Partnership », Washington Post, 2 février 1992. Voir aussi les déclarations d’Anatoly Kuntsevich, qui donnent d’autres informations sur la non-application de la Convention par les Soviétiques (AP Executive News Service, 23 septembre 1992).
[5]D.C. Kelly, « The Trilateral Agreement : Lessons for Biological Weapons Verification », in T. Findlay et O. Meier (dir.), Verification Yearbook 2002, Londres, The Verification Research, Training and Information center, 2002, p. 93-109 ; S. Ben Ouaghram et K. Vogel, « Conversion at Stepnogorsk : What the Future Holds for Former Bioweapons facilities », Cornell University Peace Studies Program, « Occasional Paper », n° 28, février 2003 ; et A. Rimmington, « From Offence to Defence, Russia’s Reform of its Biological Weapons Complex and the Implications for Western Security », Journal of Slavic Military Studies, vol. 16, n° 1, mars 2003, p. 1-43.
[6]L’auteur est ici redevable aux commentaires de Julian Perry Robinson, ainsi qu’à ceux de Thérèse Delpech et Roger Roffey, formulés à l’occasion du séminaire organisé par l’Ifri et le CEA, à Paris, en octobre 2004.
[7]Pour une vue des menaces nouvelles, très différentes de celles du passé, voir Steven M.Block, « Living Nightmares : Biological Threats Enabled by Molecular Biology », in S. Drell et al., The New Terror : Facing the Threat of Biological and Chemical Weapons, Stanford, Hoover Institution Press, 1999, p. 39-75.
[8]D. Kelly, op. cit. [5], p. 93-102.
[9]Le traité ABM (Anti Balistic Missile) conclu en 1972 entre l’URSS et les États-Unis est le fondement du désarmement et de la non-prolifération nucléaires. Il est implicitement respecté par les trois autres puissances atomiques déclarées, la Grande-Bretagne, la France et la Chine. Mais le 13 décembre 2001, George Bush a officiellement annoncé le retrait des États-Unis, qui devient caduc. Les États-Unis sont désormais libres d’effectuer des essais en vue de déployer un bouclier antimissile sur le territoire américain après 2004-2005 (NDLR).
[10]National Security Strategy of the United States of America, Condoleeza Rice discusses the national security strategy, Hôtel Waldorf Astoria, New York, 1er octobre 2002, disponible sur <www. whitehouse. gov>.
[11]La plus sérieuse synthèse sur l’expérience Aum ne fait qu’allusion à ces activités russes. Voir D.E. Kaplan et A. Marshall, The Cult at the end of the World, New York, Crown Publishers, 1996.
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