2005
Politique étrangère
La question iranienne
La nouvelle présidence iranienne : un jeu à multiples inconnues
Michel Makinsky
Michel Makinsky assure un enseignement sur l’Iran et l’islam à l’École supérieure de Commerce et de Management de Poitiers (ESCEM), et est collaborateur scientifique à l’Université de Liège.
La victoire du maire de Téhéran s’explique par la division du camp réformiste, l’échec de ce dernier à s’attaquer aux problèmes sociaux et économiques, et la montée en puissance des ultras face aux conservateurs modérés. Elle traduit sans conteste un renforcement de l’aile dure du régime, et en particulier de l’influence des pasdarans, qui correspond au rejet populaire d’un régime corrompu. L’unité politique retrouvée du régime se traduira-t-elle par des choix, internes et extérieurs, clairs ?Mots-clés :
Iran, élections, conservateurs et réformateurs, pasdarans, négociations nucléaires.
The outcome of the Iranian presidential election has surprised many observers. In spite of obvious paramilitary, pasdarans and bassiji pressures, this is an unquestionable victory for the new conservatives. Mahmoud Ahmadinejad has managed to gain the support of the poor, lower middle-class people who harbor strong resentment towards Rafsandjani and corrupt politicians, and who have been disappointed by the lack of interest from reformist parties in improving their day-to-day lives. A new rift is becoming visible between rigid “neocons” and “pragmatists” led by Rafsandjani. Khatami’s successor’s ability and strategy remain open to debate. His ideological discourse may lead to internal constraints and uncomfortable dialogue with the European Union.
La victoire de Mahmoud Ahmadinejad a surpris maints analystes occidentaux… et iraniens, qui avaient tablé sur celle de l’ancien président Hachémi Rafsandjani. Le verdict des urnes est pourtant sans appel, le candidat ultra-conservateur ayant battu son adversaire par 61,69 % contre 35,92 % des voix. Même si, dès après le premier tour qui les éliminait, les réformateurs abasourdis avaient émis un tollé de protestations contre les pressions des Gardiens de la révolution, des bassiji
[1], les truquages des comptes, la subornation des électeurs, rien n’y a fait : quelle qu’ait été l’ampleur des fraudes, le corps électoral s’est prononcé. La plupart des observateurs, persuadés de la réussite de l’illustre président du Conseil du discernement, dont la stature politique et la personnalité dominaient largement celles de ses adversaires, avaient oublié un détail : les votants. Ces observateurs, convaincus que H. Rafsandjani serait élu, le souhaitaient, ce dernier étant vu comme seul capable de sortir l’Iran de négociations délicates du dossier nucléaire. Interlocuteur connu même si coriace, pragmatique, il n’avait pas hésité à s’opposer au Majlis (Parlement) néo-conservateur, et avait annoncé son intention d’
Å“uvrer à la normalisation avec Washington. En matière économique, le « requin » avait clairement affirmé que le développement du pays passait par les investissements étrangers. Tel ne fut pas le choix des Iraniens.
Équilibres internes et politique étrangère
Alors qu’il détenait à la fois la présidence et la majorité réformatrice au Parlement, Mohammad Khatami a vu, tout au long de son mandat, ses réformes politiques systématiquement bloquées par les religieux et les alliés du Guide (dont H. Rafsandjani), qui contrôlaient des institutions (Conseil des Gardiens de la Constitution, Conseil du discernement) pouvant censurer les lois, ainsi que la justice, l’armée, la police et la télévision publique. Les idéaux de démocratisation se sont envolés ; pire, le camp réformateur, divisé en groupes rivaux (qui vont des partisans de l’économie de marché à d’ex-marxistes socialisants en passant par les technocrates modernistes), a été incapable de s’attaquer aux vrais problèmes, le chômage, le coût de la vie. Alors que 800 000 personnes arrivent chaque année sur le marché du travail, il n’y a guère d’emploi que pour 350 000 d’entre elles. Le pays compterait 3 millions de chômeurs, et l’inflation y dépasse 15 %. Les Iraniens non fortunés survivent grâce aux « petits boulots », à l’économie informelle et à la solidarité familiale, clanique, provinciale. La véritable bombe à retardement iranienne est sociale, et elle a fini par exploser. Elle n’a pas pris la forme d’un coup d’état, en dépit des émeutes qui font régulièrement écho, en province, au mécontentement. Les plus fidèles soutiens des réformateurs se sont lassés ; les étudiants ont lâché un président qui n’a pas osé les défendre ; la population exaspérée par le contraste entre une classe politique corrompue (clergé compris) et son triste sort, a exprimé son rejet par le bulletin de vote.
La stratégie de paralysie et d’asphyxie du camp réformateur voulue par le Guide a parfaitement fonctionné
[2], grâce à la suprématie du pouvoir religieux sur tout autre – principe du
velayat-e faqih. L’obstruction s’est aussi manifestée sur la scène internationale, où la politique de normalisation du président et de son gouvernement a été constamment battue en brèche par une véritable politique-bis menée par les alliés d’Ali Khameneï. Les pasdarans, les bassiji et les Fondations ne cessent d’appuyer les actions militaires du Hezbollah libanais, soutiennent, entraînent et équipent les extrémistes palestiniens du Hamas et du Djihad islamique. En Irak, le gouvernement de Téhéran (fort satisfait de la chute de Saddam Hussein et encore plus de la victoire électorale chiite) entend coopérer à la stabilisation du pays et profiter de ses marchés, mais pasdarans et services de sécurité se sont infiltrés et aident les milices de Moqtada al-Sadr. Le dossier Al-Qaida – les pouvoirs publics disent lutter contre le terrorisme, alors que des terroristes ont été aidés par la division Al-Qods des pasdarans – témoigne d’une ambiguïté qui a fini par décrédibiliser Khatami et son gouvernement, en particulier à Washington, passée du doute à l’exaspération. Alors que l’Iran comptait sur les dividendes de son appui au départ des Talibans, de sa neutralité positive en Irak, il s’est trouvé inscrit sur « l’axe du Mal », accusé de laisser planer une menace de nucléarisation et de promouvoir le terrorisme (surtout à l’égard d’Israël). Plus encore, M. Khatami est accusé d’avoir joué de son impuissance face aux menées des « organes sécuritaires », des Fondations et autres structures liées au camp du Guide : les conseillers de George W. Bush estiment ainsi que son double langage a tué sa crédibilité.
La compréhension des lignes erratiques de la politique étrangère iranienne passe par l’analyse des rapports de force internes. Or leur paysage n’est pas figé. Alliances et réseaux se font et se défont sur de byzantins échiquiers politiques, économiques, claniques. Il n’y a pas un pouvoir iranien, mais plusieurs, concurrents : la toute-puissance du Guide lui permet de doubler le gouvernement par les structures qu’il contrôle
[3].
En matière de politique étrangère, l’incohérence résulte aussi de la pluralité des organes intervenants, depuis les bureaux du Guide et le célèbre Conseil suprême de la sécurité nationale – au rôle-clé dans le dossier nucléaire
[4] –, jusqu’aux structures jouant leur propre jeu comme les Gardiens de la révolution. Les individus peuvent aussi avoir des stratégies de politique étrangère, à partir des institutions qu’ils dirigent ou sur lesquelles ils ont autorité, comme Hassan Rohani au Conseil suprême de la sécurité nationale, ou Hachémi Rafsandjani à la tête du Conseil du discernement. Ces derniers ont favorisé, en particulier concernant le nucléaire, des orientations qui ne coïncidaient pas toujours avec celles du ministère des Affaires étrangères. Le nouveau président pourrait changer la donne, et procéder à des nominations reflétant une ligne moins ouverte aux occidentaux et l’arrivée d’Ali Larijani est un signal fort. Aux côtés d’acteurs institutionnalisés dont la concurrence n’incite guère à la cohérence, s’agitent des acteurs informels : bassiji, organes de presse, individualités, etc.
[5], le dernier mot appartenant au Guide. La présidence Khatami s’est attachée à rationaliser la conduite de la politique étrangère, donnant une importance accrue au ministre des Affaires étrangères Kamal Kharrazi. Ce dernier, présent sur tous les fronts, a conforté le président en interprétant sa politique de normalisation extérieure, par laquelle ce dernier cherchait à asseoir son autorité
[6].
Dans le même temps, on assistait à une tentative de penser cette politique étrangère rationnellement, à partir d’une analyse de la posture du pays comme puissance régionale. Une analyse pas si éloignée de celle du Shah, mais avec une vision particulière de la menace d’encerclement américaine, et de l’hostilité israélienne. La stratégie iranienne
[7] apparaît ainsi comme un mélange nationaliste de visées régionales et de dissuasion contre certaines menaces, le tout associé à une tentative de créer un système coopératif d’alliances. Mais cette stratégie est perturbée du fait qu’elle est en même temps le fruit d’ambitions étatiques et d’enjeux théocratiques
[8]. La nouvelle présidence iranienne pourrait remettre en lumière cette contradiction.
À plusieurs occasions, les erreurs de perception de la diplomatie iranienne se sont avérées spectaculaires. Citons son extraordinaire aveuglement dans le dossier du partage de la Caspienne. La république islamique a exigé contre tout bon sens l’attribution de 20 % des eaux au nom des anciens traités historiques avec la Russie, alors même que Vladimir Poutine avait signé des accords bilatéraux avec la totalité des riverains. L’Iran a cru que le partenariat privilégié avec la Russie infléchirait la position du Kremlin, et surtout que les États voisins se laisseraient convaincre. Manifestement, K. Kharrazi et ses équipes avaient largement sous-estimé la volonté de Moscou d’affermir son autorité aux marches de son ancien empire, et la priorité accordée aux ressources énergétiques de la Caspienne. Autre cas emblématique, la position inflexible de l’Iran dans son contentieux avec les Émirats arabes unis (EAU) sur le sort des îlots d’Abu Musa, de la Petite et de la Grande Tomb, alors que Téhéran, plus isolé que jamais, aurait plutôt intérêt à ménager les susceptibilités de ses voisins du Conseil de coopération du Golfe.
L’achèvement de l’emprise conservatrice, l’effondrement des réformateurs
La victoire du maire de Téhéran s’inscrit dans un processus de prise absolue du pouvoir par les conservateurs et d’explosion des réformateurs. Les courants réformateurs n’ont pas disparu à jamais, mais les structures, et surtout les partis qui les représentent ont reçu un coup sévère, sinon fatal, qui les condamne à se renouveler. Leur élimination du 17 juin n’est que la conclusion d’un suicide annoncé.
Comment ne pas parler de suicide politique lorsque l’on voit que l’ensemble réformateur n’a tiré nulle leçon de ses échecs aux consultations précédentes ? Les élections aux conseils locaux de février 2003, sur fond d’abstention massive (surtout à Téhéran) mettent en selle de nouveaux élus (dont M. Ahmadinejad), curieux mélange de technocrates et de conservateurs. Au fur et à mesure qu’approchent les législatives, partis et formations réformatrices se paralysent, se divisent, incapables d’arrêter une stratégie, a fortiori un programme. On assiste à des débats surréalistes sur l’avenir des réformes tandis que les étudiants, hier soutiens fidèles du président, hésitent entre boycott et improbables calculs. Et pourtant les religieux qui prétendent la régenter insupportent une jeunesse avide de vivre, parfois tentée de se réfugier dans les paradis artificiels quand elle ne rêve pas aux modèles véhiculés par les antennes « paradiaboliques » et les sirupeux programmes télévisés de la diaspora californienne.
Les législatives de mars 2004 constituent bien une étape décisive vers le contrôle absolu du pouvoir par le Guide et ses alliés, autant qu’un test. Le Conseil des Gardiens inaugure une nouvelle tactique : alors que les réformateurs se perdent en palinodies, il élimine d’office une masse de candidats de leur camp. Adjuré par le Guide de faire preuve de justice et de rétablir un nombre conséquent de recalés, le Conseil fait mine de déférer à l’invitation et rétablit une mince poignée d’écartés. Malgré les protestations, le scrutin se déroule ainsi et les conservateurs font leur entrée à l’assemblée. Au premier abord, les figures du courant dit « de la coalition des Bâtisseurs » laissent croire à un pragmatisme désireux de promouvoir l’économie, tout en revenant à une certaine rigueur des mÅ“urs et à une reprise en mains des libertés publiques : on parle d’un « modèle chinois » – voire japonais – d’efficacité économique compensée par le muselage politique.
Or c’est bien là une étape décisive pour une prise de pouvoir bouclée par la présidentielle. Les néo-conservateurs – pour la plupart inconnus – se révèlent au cours des mois suivants plus idéologisés qu’on ne s’y attendait, et que leur discours ne le laissait paraître. Ils freinent toute réforme économique et paralysent l’action du gouvernement sur tous les plans, achevant ainsi de démontrer son impuissance. Tout est prétexte à défaire ce qui a été accompli. Et certains affrontements vont révéler de nouveaux rapports de force. L’occupation de l’aéroport Khomeyni en mai 2004 par les pasdarans, sous prétexte de sécurité, puis l’annulation du contrat de services aéroportuaires remporté par le groupe turc TAV, suivie de la révision du contrat de téléphonie remporté par le groupe Turkcell
[9] et du vote d’une loi rétroactive subordonnant à l’approbation (et donc à la censure) du Majlis tout investissement étranger majoritaire dans les aéroports comme dans la téléphonie, sont des symptômes qui ne trompent pas. Dans les deux cas, les pasdarans et leurs alliés des Fondations récupèrent une part des marchés dont ils ont été exclus, comme en témoigne la réinsertion d’entreprises filiales de la Bonyad. Le défi est frontal : les députés n’ont pas craint de placer le gouvernement dans une situation juridique ingérable (au risque de poursuites et d’indemnisations) et un imbroglio diplomatique ; sans parler du signal désastreux adressé aux investisseurs internationaux qui s’interrogent sur la sécurité de leurs opérations.
Ces épisodes révèlent d’abord la « militarisation » du régime : plus exactement la montée en puissance des pasdarans qui se constituent en force politique autonome, avec environ 80 députés plus ou moins proches de leurs intérêts. Les Gardiens sont ainsi devenus un véritable corps politique, économique et social, avec un patrimoine économique et industriel, des circuits financiers et d’échanges occultes, parallèlement à ses responsabilités militaires et miliciennes. Les Gardiens sont le bras séculier du Guide, qui leur garantit légitimité et impunité. Ils contrôlent aussi certaines installations nucléaires, ce qui suggère qu’ils ont aussi un rôle significatif dans la filière elle-même, au-delà de la sécurité de ces installations.
La présidentielle confirme également l’existence d’un clivage entre conservateurs « pragmatiques » incarnés par H. Rafsandjani, et ultras néo-conservateurs alliés du Guide et majoritaires au Parlement. H. Rafsandjani avait émis une véritable déclaration de guerre à l’égard des ultras quand le Conseil du discernement avait publié un texte réformant les articles 43 et 44 de la Constitution pour autoriser des participations étrangères majoritaires dans divers secteurs, à l’exception d’un amont pétrolier et gazier demeurant intouchable. Il se déclarait aussi en faveur de la promotion des investissements étrangers, pouvant seuls fournir à l’Iran les ressources, y compris technologiques, correspondant à ses immenses besoins. Les néo-conservateurs ont alors crié au bradage de la souveraineté et des intérêts nationaux. La fracture sépare ainsi deux groupes en cours de constitution : d’un côté les pragmatiques soucieux de la bonne marche des affaires, de l’autre les néo-conservateurs, qui ne forment pas un tout homogène, et rassemblent des religieux ultras, des petits bourgeois pieux, des bazaris (grands marchands) de l’ancienne génération contrariés par les réformes – en particulier depuis l’unification des taux de change sources de spéculations –, les Fondations (qui redoutent de rendre des comptes sur leur gestion opaque et, pire, de devoir céder des parcelles de leurs empires), et les pasdarans qui tiennent à poursuivre leurs activités hors de tout contrôle.
Ce clivage succède à la division qui séparait les conservateurs des réformateurs, et qui avait généré au plan extérieur les politiques-bis évoquées plus haut. Ce sont donc de nouvelles politiques-bis qui émergent entre les législatives et la présidentielle. Les pasdarans s’efforcent de protéger les programmes nucléaires clandestins que traquent les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), de limiter les engagements iraniens, et le Parlement vote un texte engageant l’Iran à poursuivre son programme nucléaire. De leur côté, H. Rohani et H. Rafsandjani tentent de gagner du temps jusqu’à la présidentielle, dont ils espèrent sortir avec les mains assez libres pour entamer une négociation globale.
Les réformateurs ne parviennent donc à s’entendre ni sur un candidat unique, ni sur une stratégie. Pire, au premier tour, les étudiants du Bureau de Consolidation de l’unité ne soutiennent personne, oscillant entre un mot d’ordre en faveur d’un improbable référendum sur les pouvoirs du Guide (on se demande par quel miracle il aurait pu être autorisé), et la tentation du boycott (Shirin Ebadi annonce qu’elle refusera de voter). Du côté conservateur, la situation n’est pas meilleure. Contrairement à ce que l’on pouvait croire, ce camp ne parvient pas à s’arrêter à un candidat unique : entrent en lice Ali-Akbar Velayati, Ahmed Tavakoli (qui se désiste ensuite), Mohsen Rezaï (ancien commandant des Gardiens), Ali Larijani, et surtout Mohammad Baqer Qalibaf, ancien haut-gradé des pasdarans puis chef de la police nationale ; enfin le maire de Téhéran, guère remarqué. H. Rafsandjani n’est candidat à rien, alléguant son grand âge (70 ans) et l’existence d’autres talents… Mais si personne de capable ne se présentait, il pourrait se sacrifier… La simple menace de sa candidature sème trouble et fureur chez les conservateurs désunis, alors qu’il sonde ses appuis et laisse entendre qu’il a des solutions pour sortir le pays de son isolement. Ses contacts avec les capitales occidentales pour savoir si son retour à la présidence serait bien perçu semblent avoir reçu des signaux positifs.
Le 10 mai Rafsandjani se déclare, suivi de plus de mille postulants dont plusieurs dizaines de femmes malgré l’interdiction qui leur est faite de se présenter. Le processus de laminage s’enclenche : le Conseil des Gardiens taille massivement dans la cohorte : seuls 6 candidats sont retenus : Qalibaf, Karoubi, Larijani, Rafsandjani, Ahmadinejad, Rezaï. Devant le tollé et les risques de manifestations, le Guide exige le repêchage de Moustafa Moïn et de Mohsen Meharlizadeh. Le désistement du conservateur Rezaï n’attire guère l’attention : c’est pourtant une étape de la manÅ“uvre. Beaucoup ont les yeux fixés sur Qalibaf. Celui-ci apparaît comme le principal rival de H. Rafsandjani : populaire, il s’est acquis malgré son passage chez les pasdarans une certaine réputation d’équilibre et de modernisme, et cultive un extérieur « jeune ».
Le premier tour, marqué par une participation plus forte que prévue (63 %), élimine tous les réformateurs ; Rafsandjani se retrouve face à Ahmadinejad. Moïn paie une campagne plutôt terne et Meharlizadeh le fait qu’il est inconnu ; l’échec de Qalibaf surprend ; et le maire de Téhéran n’était guère attendu. Après des torrents de protestations contre les fraudes et pressions diverses, Karoubi démissionne du Conseil du discernement et obtient le recomptage de 100 bureaux de vote – sans incidence sur le résultat. Une étonnante mobilisation se déclenche : les partis réformateurs oublient, comme les étudiants, leurs griefs à l’encontre du « requin », hier considéré comme corrompu et fossoyeur des droits de l’homme : un front hétéroclite suggère que l’erreur du premier tour peut encore être corrigée. Le second tour enterre ces chimères, et rappelle à quel point Rafsandjani est impopulaire à l’échelle du pays.
Quelques leçons d’un scrutin
En réalité, le résultat dissipe le brouillard : le maire de Téhéran a bien été élu par une masse de citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la bourgeoisie évoluée. Ces électeurs ont voulu rejeter une classe politique corrompue, qui parle de réformes, de démocratie, de libertés culturelles quand la population demande qu’on s’intéresse à ses problèmes de tous les jours. Plutôt terne, Ahmadinejad a cultivé son style de vie modeste, et mené au moins au premier tour une campagne très discrète. Ce choix a rendu plus violent le contraste avec la campagne spectaculaire de Rafsandjani. Le spectacle de jeunes femmes portant des bandeaux Hachémi, la débauche des moyens utilisés, ont hérissé un peuple de défavorisés pieux, qui ont apprécié à la fois le rappel aux « vraies valeurs » et le message social du maire de Téhéran. Paradoxalement, Qalibaf a été aussi victime des excès d’une campagne trop moderne pour son camp. La victoire de Ahmadinejad – qui n’est pas un clerc – traduit la montée de la seconde génération de la révolution islamique, comme l’échec de H. Rafsandjani scelle l’effacement de la première. C’est aussi d’une certaine façon le retour de l’homme ordinaire en politique, alors que les partis représentaient plutôt les élites. Ahmanidejad a su trouver les mots et les thèmes qui touchent : l’emploi, les moyens de subsistance, la lutte contre la corruption
[10].
Un autre élément retient l’attention : l’omniprésence des pasdarans (dont il a fait partie), qui ont pesé lourdement, avec les bassiji, sur le scrutin. Nul doute que le nouveau président devra préserver leurs intérêts, tout comme ceux des « Bâtisseurs » qui sont son principal soutien au Majlis. Mais la campagne a aussi montré que la participation politique était plus intense que jamais. Et que la modernisation de la communication politique (voir les moyens de Rafsandjani
[11]) avait fait un bond en Iran
[12], sans pour autant garantir le succès, comme Moïn peut en témoigner
[13]. Les religieux n’ont pas hésité à se servir d’Internet tout en multipliant les tentatives de brouillage, la traque aux internautes et aux sites « non corrects
[14] ». Rarement la dimension ethnique et régionale aura été aussi présente
[15]. Depuis les émeutes d’Ahvaz au Khouzistan arabe en avril dernier, il apparaît que le facteur tribal, comme les réseaux d’allégeances personnelles (
açabiyâ
[16]), constituent des données politiques importantes. Enfin, on remarquera l’engagement grandissant des femmes, qui ont organisé des manifestations, affiché leur militantisme politique tout comme leur présence active lors de rencontres sportives.
Au plan économique, le nouveau président s’est engagé à baisser les taux d’intérêt et à favoriser les petites et moyennes entreprises. Il a également manifesté quelque réserve à l’égard des entreprises étrangères, et demandé que la priorité soit accordée aux sociétés iraniennes. Il a vitupéré les « mafias opaques » qui captent les revenus pétroliers (H. Rafsandjani était peut-être visé). On devine aussi que les compagnies pétrolières qui espéraient sortir du carcan des contrats
buy-back
[17], ne peuvent plus compter sur la remise en cause de ce dispositif (que Rafsandjani avait défendu). La bourse de Téhéran, qui a chuté à l’annonce des résultats, s’inquiète des critiques contre les « spéculateurs ». L’investissement étranger ne sera certes pas bloqué, mais priorité sera donnée aux entreprises nationales ; il reste que le nouveau pouvoir devra tenir compte des engagements déjà pris, et des orientations du Quatrième Plan. Conforté par les rentrées financières dues à la montée du baril à 50 puis 60 dollars, le président mènera sans doute une politique (ruineuse) de subventions « sociales » aux produits de première nécessité, comme au prix de l’essence. Une politique d’État rentier évitera ainsi les réformes attendues ; et les privatisations pourraient stagner.
Au plan de l’équilibre des pouvoirs, le système dual et les politiques-bis devraient s’atténuer, du moins au niveau institutionnel, dans la mesure où existe, en principe au moins, une large concordance entre Khameneï et le président. Ce nouvel équilibre plus coopératif est-il à l’abri de toute ambition concurrente ? Les plus durs des religieux ne manqueront pas de presser l’Exécutif de réprimer plus fermement les tentations libertaires et « dépravées ».
Les pauvres et laissés-pour-compte de l’emploi risquent fort d’être déçus
[18]. Les classes moyennes plus aisées, qui aspirent à plus de libertés, n’apprécieront pas le rétablissement de l’ordre moral, en particulier le retour à l’islamisation de la société ; et la fuite des cerveaux risque d’augmenter.
Si la pratique des politiques extérieures-bis a quelque chance de s’atténuer, il serait présomptueux de prétendre qu’elle disparaîtra complètement. Ni le gouvernement, ni la présidence ne détiennent le monopole de la politique étrangère
[19]. Le Conseil suprême de sécurité nationale reste un élément autonome. Il faudra suivre le sort de Rohani, comme celui de Rafsandjani. Ce dernier espère fédérer les réformateurs et créer un nouveau pôle politique. Y arrivera-t-il et son retour au Conseil du discernement est-il durable ? Si oui, le successeur de Khatami peut s’attendre à quelques obstacles.
Les pasdarans, qui ont acquis au fil des ans une large pratique des politiques-bis, pourraient profiter des rapports de force actuels pour s’affranchir quelque peu du contrôle institutionnel, ou faire payer leurs allégeances. Certaines investigations sur le marché noir ou les importations clandestines pourraient contrarier les Gardiens. De nouvelles formes de politiques-bis pourraient donc voir le jour, mais acceptées et non plus subies.
C’est évidemment le dossier nucléaire qui retient l’attention. M. Ahmadinejad a jugé que les responsables précédents avaient trop cédé aux Européens, que l’Iran avait le droit de poursuivre ses activités nucléaires à des fins pacifiques, mais il a dit souhaiter la poursuite des négociations. On ne peut prévoir le sort du « package européen » découlant de la réunion du 25 mai. Le président envisage-t-il une stratégie de la tension, un blocage ? Il sera malaisé de persuader l’Iran de renoncer durablement au nucléaire militaire sans garantie de sécurité
[20]. Mais il est une autre question : si l’Iran signait par extraordinaire un accord sur la cessation de l’enrichissement, pourrait-il le faire respecter ?
***
L’élection de M. Ahmadinejad révèle un paysage politique et social nouveau dont bien des leçons restent à tirer
[21]. Elle met aussi en lumière le parachèvement du contrôle du Guide et la montée de l’emprise des pasdarans et de leurs alliés bassiji et Fondations sur le pouvoir et les « bénéfices » qui s’y attachent. Le bloc conservateur est moins monolithique qu’on pourrait le croire, comme le montre le rejet par le Conseil des Gardiens d’une loi autorisant les investissements étrangers, votée par les parlementaires conservateurs
[22]. Le dossier des droits de l’homme reste accablant, avec le blocage sur la mort de la journaliste canadienne Zahra Kazemi, la répression musclée des manifestations, la grève de la faim de Akbar Ganji, et alors que l’appareil judiciaire a reconnu la pratique de la torture dans les prisons.
La posture extérieure de l’Iran dépend au premier chef des négociations sur le nucléaire. Leur issue incertaine autorise tous les scénarios
[23] alors qu’une tension est perceptible dans les relations entre l’Iran et plusieurs pays européens (dont l’Allemagne et la France). M. Ahmadinejad, dont l’expérience internationale est modeste, a déclaré vouloir poursuivre le dialogue européen à condition que les « intérêts nationaux iraniens soient préservés », tout en s’opposant à toute négociation avec l’Amérique… Mais les vraies cartes sont dans les mains du Guide.
On notera, dans la foulée des félicitations de V. Poutine, la confirmation du partenariat avec les Russes y compris dans le domaine militaire, et l’accentuation de l’axe asiatique de la politique iranienne, avec un renforcement de la coopération énergétique et stratégique avec l’Inde et le Pakistan (projets qui préoccupent Washington
[24]), comme avec la Chine. En rejoignant le groupe de Shanghaï avec un statut d’observateur, l’Iran s’est associé en juillet aux démarches de ses membres visant à écarter les « puissances étrangères » (les États-Unis) de la région. À cet égard, la perspective de l’installation d’une base américaine en Azerbaïdjan inquiète fort Téhéran.
L’Irak est une priorité stratégique : le nouveau pouvoir avance ses pions comme l’a montré la visite à Téhéran du chef de gouvernement irakien en juillet, une visite à haute importance politique, et une étape vers la normalisation des relations bilatérales. Tout n’est pourtant pas réglé
[25], en dépit de la signature d’importants accords pétroliers et économiques. Les deux pays vont coopérer en matière de défense et de sécurité, ce à quoi Washington ne peut objecter, sauf si les deux « alliés » s‘entendent pour écarter l’Amérique. Ceci n’empêchera pas les ultras iraniens d’utiliser les « services sécuritaires » pour mener des « opérations parallèles ».
Enfin, Israël, très soucieux de la désignation du nouveau président, multiplie les discours sur le caractère inacceptable de la menace nucléaire iranienne et sur l’appui financier et militaire que consent Téhéran au Hezbollah libanais et aux extrémistes palestiniens. Mais la donne est nouvelle : après avoir engrangé avec les chiites d’Amal 35 des 128 sièges du parlement libanais, le Hezbollah a obtenu pour la première fois un portefeuille, et un allié est devenu ministre des Affaires étrangères. Ceci pourrait être la première étape d’une reconversion politique du Hezbollah, qui pourrait contrarier les vues des ultras iraniens. La prompte rencontre de Scheikh Naszarallah avec le Guide (qui lui a confirmé son appui) est un signe des enjeux en cours, comme la visite du président syrien au nouvel élu.
Les attentats terroristes d’Al-Qaïda de l’été 2005, et surtout l’activisme que ses réseaux déploient en Irak, sont désormais perçus par Téhéran comme une menace (sunnite) contre sa sécurité, ce qui devrait conduire à quelques inflexions. Mais la république islamique pourrait elle aussi recourir à des attentats si une opération militaire était menée contre elle par Washington, ou Israël
[26]. En rejetant comme inacceptable, le 6 août 2005, la proposition d’ensemble (qui comprend un important volet de coopération nucléaire civile) des trois Européens et en reprenant les opérations de conversion à Ispahan le 8 août, l’Iran inaugure une phase de défis et de blocages ; le calcul de Téhéran est de pousser la négociation à l’extrême, quitte à buter devant les échéances qui se présentent à l’AIEA ou au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies. Rude tâche pour A. Larijani, successeur de Hassan Rohani. Le Guide, vrai pilote de la nouvelle politique étrangère, s’est assuré d’un consensus à ce sujet
[27]. Il a d’ailleurs nommé le brigadier général Mohammad Jafar Sahraroudi responsable du nucléaire des Gardiens de la révolution. De son côté, M. Ahmadinejad devra rechercher à l’intérieur un point d’équilibre entre la satisfaction de ses alliés (le groupe Abadgaran, les pasdarans), ses challengers, et les nécessités économiques. L’exercice complexe de composition du gouvernement porte la marque des ultras et des proches du « clan municipal téhéranais » et certains membres n’ont pas l’expérience directe du domaine qui leur est confié. Mais le nouveau paysage politique requiert une analyse plus vaste. Ne reflète-t-il pas une crise du système, comme une ultime tentative de restaurer la défunte révolution islamique – non cléricale, mais populiste et autoritaire – avec un État fort, « purificateur » à l’intérieur, défiant à l’extérieur, et aveugle sur ses vraies vulnérabilités (avec l’aide du prix du baril de pétrole)
[28] ? De fait, si à l’intérieur le Kurdistan iranien connaît de graves violences, Téhéran a tenté de mettre l’AIEA devant le fait accompli par la reprise des opérations de conversion d’uranium, avant une saisine éventuelle du Conseil de sécurité
[29] et alors que George W. Bush a rappelé que l’option militaire restait ouverte malgré les réserves de l’Allemagne et de la Russie. L’horizon demeure ainsi chargé de lourdes incertitudes dans un contexte de négociations difficiles.
[1]
Les bassiji sont une milice constituée de volontaires entraînés par les Gardiens de la révolution (NDLR).
[2]
M. Makinsky, « L’Iran, un pouvoir paralysé »,
CEMOTI, n°33, janvier-juin 2002.
[3]
Voir les réflexions toujours actuelles de W. Buchta,
Who Rules Iran? The Structure of Power in the Islamic Republic, Washington DC, Washington Institute for Near East Policy, 2000.
[4]
A. W. Samii, « Order Out of Chaos, The Mad, Mad World of Iranian Foreign Policy »,
Hoover Digest, n°3, été 2004.
[5]
Voir l’excellente étude d’A. A. Nourbakhsh,
Iran’s Foreign Policy and its Key Decision-Makers, The Tharwa Project, 18 avril 2005, disponible sur <
www. tharwaproject. com>.
[6]
J. Roshandel, « Evolution of the Decision-Making Process in Iranian Foreign Policy »,
in E. Hooglund (dir.),
Twenty Years of Islamic Revolution, New York, Syracuse University Press, 2002.
[7]
K.L. Afrasiabi, A. Maleki, « Iran’s Foreign Policy After 11 September »,
Caspian Studies, vol. IX, n°2, hiver-printemps 2003. Voir aussi B. Rajaee, « Deciphering Iran: The Political Evolution of the Islamic Republic and US Foreign Policy After September 11 »,
Comparative Studies of South Asia, Africa, and the Middle-East, vol. 24, n°1, 2004.
[8]
A. M. Haji Yusefi, « Iranian Foreign Policy »,
Sisayat-e Khareji, vol. XVII, hiver 2004. Voir aussi : B. Ganji,
Main Currents in Iranian Strategy Since 9/11, Camberley, Conflict Studies Research Centre, « Middle East Series », n°05/13, mars 2005.
[9]
M. Makinsky, « L’Iran entre brouillards et tempêtes »,
CEMOTI, n°37, janvier-juin 2004.
[10]
B. Samii, « Iran, a New Paradigm and New Math »,
RFE/RL, 26 juin 2005.
[11]
S. Peterson, « In Iran, a Campaign ad is High Art »,
Christian Science Monitor, 24 juin 2005.
[12]
B. Savin, « Internet Boom Alters Political Process in Iran »,
USA Today, 13 juin 2005 ; N. Milaninia, « Building a Community by Blogging », 23 juin 2005, disponible sur <
www. payvand. com/ news>.
[13]
N. Milaninia, « A Tehran Bias: Why the Iranian Bloggers Were Wrong », disponible sur <freethoughts.org/>, 24 juin 2005.
[14]
C. Boyd, « Iran Targets Dissent on the Net », BBC News, 24 juin 2005. Voir l’étude de OpenNet Initiative, « Internet filtering in Iran, 2004-2005 », disponible sur <
www. opennetinitiative. net/ Iran>.
[15]
B. Samii, « Iran: Ethnicity and Regional Interests Play Out in Vote »,
RFE/RL, 23 juin 2005.
[16]
O. Roy, « Groupes de solidarité, territoires, réseaux et État dans le Moyen-Orient et l’Asie Centrale »,
in H. Dawod (dir.),
Tribus et pouvoirs en terre d’islam, Paris, Armand Colin, 2004. Voir aussi l’appel de M. Rezaï à tenir compte du facteur ethnique dans les nominations gouvernementales, fermement rejeté par le nouveau président,
cf. Iran-Daily, 17 juillet 2005.
[17]
Contrat à durée limitée où le contractant s’engage à financer, à construire, à commissionner et à mettre en service les installations nécessaires au développement d’un projet (NDLR).
[18]
S. Haeri, « Iran’s Street Sweeper Sweeps into Power »,
AsiaTimes OnLine, 27 juin 2005.
[19]
K.L. Afriasabi, « The Ayatollah New Reign »,
AsiaTimes OnLine, 28 juin 2005.
[20]
M. Makinsky, « L’Iran sous les chocs, la République islamique entre crises internes et menaces extérieures »,
in J.F. Daguzan et P. Lorot (dir.),
L’Asie centrale après la guerre contre la terreur, Paris, L’Harmattan, 2004.
[21]
Voir notamment : « What Is To Be Expected from Iran’s New President?,
Iran Focus, vol. 18, n° 7, juillet-août 2005 ; M.K. Bhadrakumar, « Revisiting the Iranian revolution »,
Asia Times OnLine, 29 juin 2005 ; M. Gaziorowski, « The Causes and Consequences of Iran’s June 2005 Presidential Election », 12 juillet 2005 (version provisoire à paraître dans
Strategic Insight) et A. Akbar Mahdi, « Iran’s Reformers: a Future that Works », disponible sur <
www. OPenDemocracy. org>, 14 juillet 2005. Voir aussi ICG,
What does Ahmadi-Nejad’s Victory Mean?, Téhéran/Bruxelles, ICG, « Update briefing » n° 18, 4 août 2005.
[22]
Iran-Daily, 20 juillet 2005. Le Conseil du discernement (présidé par H. Rafsandjani) pourrait être saisi du dossier.
[23]
M. Leonard,
Crunch Time on Iran: Five ways Out of a Nuclear Crisis, Londres, Center for European Reform, « Policy Brief », juillet 2005.
[24]
« India to Continue Iran Pipeline Talks Despite Deal with US », AFP, 24 juillet 2005.
[25]
S. Haeri, « Iraq Goes Courting in Iran »,
Asia Times OnLine, 19 juillet 2005.
[26]
« Islamic Republic to Export 40.000 “Human Time Bombs” », Paris, IPS, 15 juillet 2005.
[27]
K. Nazer asin, « Iran’s New Government May Defy Expectations »,
Eurasia Insight, 3 août 2005.
[28]
Voir les réflexions stimulantes d’Ardeshir Mehrdad et de Mehdi Kia, « New-Conservatives, Regime Crisis and Political Perspectives in Iran »,
Iran Bulletin - Middle-East Forum, juillet 2005, disponible sur <
www. payvand. com/ news>, 15 août 2005. Voir aussi M. Khalaji et M. Sazegara, « Challenges Facing Iran’s New Government », The Washington Institute for Near East Policy, « Policy Watch » n°1022, 11 août 2005.
[29]
Th. Delpech, « Iran : août, le mois crucial »,
Le Figaro,19 août 2005.