Politique étrangère 2005/3
Politique étrangère
2005/3 (Automne)
224 pages
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Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 2200920563
DOI 10.3917/pe.053.0585
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Vous consultezLes Pays-Bas, entre islam et populisme

AuteursJan Herman Brinks du même auteur

Jan Herman Brinks est spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Allemagne et des Pays-Bas. Il a été chercheur associé à l’American Institute for Contemporary German Studies de l’Université Johns Hopkins (1995-1996) puis à l’Université de Bath et au Birkbeck College de Londres (1997-1998). De 2002 à 2004, il a travaillé comme chercheur au Centre for German-Jewish Studies de l’Université du Sussex.

Texte traduit de l’anglais par 
Marc Hecker du même auteur



Le 3 novembre 2004, le réalisateur néerlandais Theo Van Gogh était assassiné par un extrémiste musulman à Amsterdam. L’assassin, de nationalités néerlandaise et marocaine, avait minutieusement préparé son crime et l’avait exécuté en plein jour. Une lettre laissée sur la dépouille menaçait de mort la femme politique libérale Ayaan Hirsi Ali. Le réalisateur assassiné avait tourné avec elle un court-métrage intitulé Submission Part 1, qui fustigeait certains passages misogynes du Coran. Ce film, diffusé à la télévision néerlandaise, provoqua un véritable tollé. Van Gogh et Hirsi Ali reçurent des menaces de mort. Cette dernière accepta une protection rapprochée que Van Gogh refusa. Les autorités néerlandaises n’avaient d’ailleurs pas insisté : depuis le meurtre du populiste d’extrême droite Pim Fortuyn, en mai 2002, les menaces de mort adressées aux hommes politiques étaient monnaie courante. Toutefois, il y eut une fuite d’information : l’agresseur savait que Van Gogh refusait de se laisser intimider et s’opposait à toute protection rapprochée. Peu de temps avant sa mort, le réalisateur semblait fataliste : « Si ça doit arriver, ça arrivera[1] [1] Interview de Theo Van Gogh, RVU Educatieve Omroep, 29 octobre 2004,...
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. »

2 Ce meurtre soulève plusieurs questions. Existe-t-il un lien entre l’assassinat de Theo Van Gogh et celui de Pim Fortuyn, ces deux hommes populaires étant très critiques envers l’islam ? Van Gogh a-t-il franchi la ligne rouge de la décence journalistique et de la liberté d’expression en usant d’un langage très incisif dans ses articles et ses interventions télévisées ? Quelle est au juste la position des musulmans dans la société néerlandaise d’aujourd’hui, et quelles leçons tirer de l’assassinat de Van Gogh pour la société néerlandaise tout entière ?

Van Gogh, Fortuyn : une problématique identique ?

3 Les similitudes sont frappantes entre les opinions de Theo Van Gogh et celles de Pim Fortuyn, qui étaient d’ailleurs amis. Van Gogh appelait Fortuyn « le divin chauve » et terminait un film sur ce dernier, où il dénonçait la coresponsabilité des hommes politiques néerlandais dans son assassinat. Tout comme Fortuyn, Van Gogh, qui aimait se définir comme un « vieux réac », jouait un rôle de premier plan dans le débat sur l’islam aux Pays-Bas. Mais alors que Fortuyn, qui avait enseigné notamment la « sociologie marxiste » à l’Université, qualifiait l’islam de « stupide » et de « rétrograde », Van Gogh allait bien plus loin, tentant de stimuler le débat sur le caractère multiculturel de la société hollandaise en usant souvent d’expressions injurieuses, avec un goût particulier pour les provocations à l’égard des musulmans.

4 Il qualifiait le voile d’« invention de connards désireux de restreindre nos libertés[2] [2] « Beledigen was z’n lust en leven. Citaten van Theo...
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 ». En mai 2004, dans un débat sur l’avenir de la Hollande organisé au théâtre municipal d’Amsterdam – comble pour l’occasion –, le président de la Ligue arabe européenne, Abou Jahja, se voyait traiter de « maquereau du prophète[3] [3] Voir le site Internet de Theo Van Gogh : < www. degezonderoker. nl>. ...
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 ». Quant à Fatima Elatik – d’origine marocaine, adjointe au maire d’Amsterdam Job Cohen, selon lequel elle a œuvré en coulisses et de façon positive pour la communauté marocaine –, elle suscitait ce commentaire : « Je n’ai pas une grande considération pour Mme Elatik et ce qu’elle représente. À mon avis, en 1947, elle aurait expliqué dans la rue que sa conception de la liberté s’accommodait des bottes et des têtes de mort. Si l’on pense que j’exagère, allez parler à ces femmes d’Afghanistan qui, sous leur voile, expérimentent les bienfaits des Talibans[4] [4] T. Van Gogh, Allah weet het beter (Allah sait mieux), Amsterdam,...
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. » La liste des citations injurieuses à l’égard de l’islam et des Néerlandais musulmans pourrait aisément être allongée.

5 Fortuyn et Van Gogh n’ont cessé de mettre en garde face au danger d’un fascisme islamique qui, selon eux, allait mettre en cause les racines mêmes des valeurs occidentales. Tous deux exprimaient une peur profonde de l’islam, partagée par nombre de Néerlandais. Van Gogh redoutait même que n’éclate aux Pays-Bas une guerre civile comparable au conflit nord-irlandais.

6 Van Gogh n’insistait guère sur la dimension économique des craintes des Néerlandais, sur ce mécontentement socio-économique dû à des années d’austérité et qui a progressivement pris un parfum ethnique. La quasi-totalité des hommes politiques du pays prône en effet un néo-libéralisme agressif, les rares voix dissonantes ne faisant que chercher des boucs émissaires. Quant à Fortuyn, il avait appris à tirer parti de cette situation et son audience dépassait de beaucoup son propre parti. Ses idées constituaient un patchwork de slogans de gauche et – surtout – de droite, n’ayant en commun que leur caractère populiste. Contrairement à Fortuyn, récemment désigné « plus grand Néerlandais de tous les temps » lors d’une émission de télévision, Van Gogh n’avait pas d’ambition politique. Il se considérait comme un satiriste et proclamait sans cesse son amour des États-Unis, terre promise d’une totale liberté d’expression.

7 Dans ce rôle choisi d’amuseur public, Van Gogh pouvait se permettre d’aller bien plus loin que Fortuyn. Et pas seulement sur l’islam. Ses remarques antisémites lui valurent le surnom d’« éternel antisémite ». En 1984, il provoqua la colère de son collègue producteur Léon de Winter en le qualifiant de « messie sans croix » et en le critiquant pour avoir soi-disant utilisé la souffrance des Juifs pour promouvoir son drame Bastille. « Ça sent le caramel par ici ? Brûle-t-on des Juifs diabétiques[5] [5] K. Kuijpers, « Theo Van Gogh ; Rebel zonder reden »...
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 ? » demanda-t-il cyniquement. Van Gogh fut ainsi l’objet d’une plainte du Centre d’information et de documentation sur Israël de La Haye pour une remarque supposée antisémite, mais fut acquitté en 1993. À propos de Job Cohen, maire d’Amsterdam, il avait dit : « De tous les imposteurs qui essaient de nous faire croire que cette société multiculturelle est un enrichissement, Job Cohen est le plus sournois. […] Cohen gagne vraiment une grande renommée parmi les bouchers d’Allah : un Juif qui rend de petits services[6] [6] De Telegraaf, op. cit. [2]. ...
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. » Cohen s’était vu précédemment qualifié de « collabo par nature[7] [7] Cf. T. Van Gogh, « Steek ze in Brand of schop ze dood »...
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 ». Le politicien Thom de Graaf, qui avait critiqué Pim Fortuyn en se référant à Anne Frank, s’est vu rétorquer à la télévision : « M. de Graaf irait jusqu’à se taper le cadavre d’Anne Frank si ça pouvait lui rapporter un siège[8] [8] T. Van Gogh, op. cit. [4], p.  14. ...
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. »

8 Sans surprise, les déclarations de Theo Van Gogh entraînèrent poursuites judiciaires, démissions et conflits à répétition. Ses critiques ne se bornaient pas à l’islam, à la société multiculturelle ou à certains de ses compatriotes juifs. Ses insultes visaient aussi les homosexuels, les femmes, les chrétiens ou les noirs. Comme pour Fortuyn avant lui, il s’agissait de railler l’establishment politique et culturel néerlandais, trop « politiquement correct ». Van Gogh devint ainsi l’un des personnages favoris du grand public, non pas en dépit mais à cause de ses opinions polémiques. Le jour même de sa mort, des milliers de Néerlandais se réunirent à Amsterdam pour dénoncer un « assassinat d’opinion » et pour défendre la liberté de la presse. Alors que le Premier ministre Jan Peter Balkenende le qualifiait de « défenseur de la liberté d’expression » et parlait d’une « triste journée pour la liberté du débat aux Pays-Bas[9] [9] Cf. « Van Gogh was voorvechter van het vrije word »...
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 », le maire d’Amsterdam dut proclamer en urgence une sorte de « trêve des écrans », afin de prévenir tout débordement entre Néerlandais de souche et immigrés. Toutes les organisations islamiques condamnèrent immédiatement et de manière véhémente le meurtre, le Conseil islamique des Pays-Bas – organisation chapeautant les mosquées turques – allant jusqu’à affirmer que l’agresseur « ne pouvait être qualifié de musulman ni même d’être humain[10] [10] « Moordenaar lid terreurorganisatie » (« Le...
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 ». L’adjoint au maire chargé de l’intégration, des services sociaux et de l’éducation – le Néerlandais d’origine marocaine Ahmed Aboutaleb – provoqua quelques remous en appelant les fidèles d’une mosquée marocaine à respecter les valeurs néerlandaises ou à plier bagage. Toutefois Aboutaleb, qui bénéficie lui-même d’une protection rapprochée, ne put apaiser les sentiments de la population.

9 À la suite de l’assassinat, des mosquées et des écoles islamiques furent attaquées. Des mesures de sécurité spéciales durent être décrétées et les quartiers à forte concentration d’immigrés firent l’objet d’une surveillance 24 heures sur 24. Quant aux sites de condoléances en ligne, ils durent être fermés quelques heures à peine après leur ouverture, submergés de messages racistes visant directement la population musulmane.

10 Pratiquement tous les médias et hommes politiques néerlandais ont apporté après ce meurtre leur soutien à Van Gogh, désormais icône de la liberté d’expression. Un rare commentaire critique fut celui du ministre de la Justice, Jan Piet Hein Donner. Peu de temps après le meurtre, il plaida pour la réactivation des articles 147 et 147a du Code pénal définissant un délit de blasphème. Ces articles, édictés dans les années 1930 par son grand-père Jan Donner, alors ministre, n’étaient plus appliqués depuis 1968. Donner s’offusqua du ton que prenait le débat sur l’islam aux Pays-Bas : « Tout comme personne ne devrait être attaqué pour ses convictions sur l’égalité entre hommes et femmes, ou l’égalité des droits pour les homosexuels, on ne devrait pas pouvoir offenser quelqu’un sur ses convictions religieuses[11] [11] C. Tiggelovern, « Discussie over godslastering barst...
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. » La proposition fut vite enterrée et le ministre Thom de Graaf dut se contenter de se référer à une note ministérielle renvoyant à un jugement de la Cour européenne des droits de l’homme selon lequel « un croyant ne peut s’attendre à être protégé contre toute critique de sa religion[12] [12] « De Graaf ziet geen reden hardere aanpak belediging »...
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 ».

Un malaise qui n’est pas conjoncturel

11 En 2002, un vent de soulagement parcourut le pays quand on découvrit que le meurtrier de Fortuyn était un militant écologiste, et non un extrémiste musulman. La bombe à retardement n’explosa pas pour l’assassinat de Fortuyn mais pour celui de Van Gogh. Brusquement, une petite minorité s’avisa de ce qu’une guerre avait, pendant plus de 1 000 ans, opposé chrétienté et islam. Sous les critiques de l’avènement d’une société multiculturelle, et de l’islam en particulier, on vit même apparaître quelques projets d’émigration…

12 Les sentiments islamophobes ne peuvent pourtant pas être liés au seul assassinat de Van Gogh. On doit certes considérer les sondages avec précaution, mais toutes leurs données tendent à accréditer l’existence, aux Pays-Bas, de tensions latentes entre musulmans et non-musulmans. Une enquête réalisée en 2003 par le Nederlands Instituut voor de Publieke Opinie en het Marktonderzoek (Institut de recherche néerlandais sur le marché et l’opinion publique [NIPO] montre que la majorité des musulmans ne se sentent pas chez eux dans la société néerlandaise : 85 % des personnes interrogées ne s’y sentent pas bienvenues, et 69 % sont d’accord avec la proposition selon laquelle un musulman restera toujours un étranger dans la société néerlandaise, quelles que soient ses facultés d’adaptation. Seuls 9 % des Néerlandais de souche pensent que les musulmans font suffisamment d’efforts pour s’intégrer, contre 52 % des musulmans. Parmi les non-musulmans, 51 % se déclarent inquiets en raison de l’augmentation du nombre de musulmans aux Pays-Bas. Près d’un quart des musulmans (24 %) pense que, d’une manière générale, l’Occident est porteur d’une influence néfaste[13] [13] E. Nieuwenhuizen, « Publieke opinie en de multiculturele...
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.

13 Depuis l’assassinat de Van Gogh, l’islam est souvent perçu comme un bloc monolithique, associé à l’extrémisme, au fanatisme religieux, à la suppression des droits de la femme, à la burka ou à la charia, bref à un ensemble de phénomènes incompatibles avec la démocratie libérale occidentale. Cette identification n’est pourtant pas « naturelle » aux Pays-Bas. Le pays accueille depuis bien longtemps des populations musulmanes très mélangées. Elles viennent le plus souvent des anciennes colonies du Surinam et d’Indonésie, et ont réussi, non sans difficultés, leur intégration dans la société néerlandaise. Il n’est pas surprenant que pour elles, il n’y ait pas d’opposition intrinsèque entre religion et liberté démocratique. Les principes fondamentaux de l’islam comprennent en effet plusieurs concepts qui peuvent être rattachés aux valeurs démocratiques contemporaines. Le concept de shura, par exemple, renvoie à la consultation mutuelle, et celui de bajat au contrat social.

14 De nombreux experts s’accordent cependant pour reconnaître que la société multiculturelle hollandaise est devenue une illusion. Début 2004, Jacqueline Costa-Lascoux, membre de la commission Stasi, effectuait une visite de travail aux Pays-Bas, durant laquelle elle s’entretint avec nombre d’experts et de praticiens. Elle en rapporta de multiples inquiétudes sur la présence grandissante de fondamentalistes musulmans, sur la formation de ghettos et d’« écoles noires » – c’est-à-dire composées majoritairement d’enfants de familles immigrées –, et sur les tendances démographiques qui, si les évaluations les plus extrêmes se confirment, rendraient les musulmans majoritaires dans presque toutes les grandes villes des Pays-Bas d’ici à 2010. Costa-Lascoux rapporta que presque tous ses interlocuteurs lui avaient parlé, sans hésitation, d’un « échec total » de l’intégration. Membre du Haut conseil à l’intégration français et ancien expert auprès du Conseil de l’Europe, elle qualifia les Pays-Bas de « pays d’Europe le plus vulnérable à l’égard du fondamentalisme musulman ». Des musulmans français avaient d’ailleurs qualifié en sa présence les Pays-Bas de « cible facile[14] [14] P. Kottman, « Moslims zien Nederland als een pakje...
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 ». Les Pays-Bas sont un petit pays et une des zones les plus densément peuplées au monde. La société néerlandaise est très « ouverte », avec des infrastructures très vulnérables. Une minorité agissante, même de taille restreinte, pourrait y perturber la vie sociale assez facilement. De plus, contrairement à la France et au Royaume-Uni, les Pays-Bas n’ont quasiment aucune expérience de la lutte antiterroriste.

15 La société civile néerlandaise est-elle réellement menacée d’un « raz-de-marée islamique » ? D’après les statistiques de CBS, les musulmans représentent dans le pays près d’un million de personnes sur une population totale de plus de 16 millions. Au début de l’année 2004, environ 945 000 musulmans vivaient aux Pays-Bas – le double du chiffre de 1990 –, soit 5,8 % de la population néerlandaise totale. Les deux tiers des musulmans vivant aux Pays-Bas sont d’origine turque ou marocaine[15] [15] À la fin de l’année 2003, il y avait 453 mosquées aux...
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et habitent principalement les grandes villes. Ainsi, 13 % de la population d’Amsterdam et de sa banlieue est musulmane. Ce chiffre s’élève à 11,4 % pour La Haye et à10,2 % pour le quartier Rijnmond de Rotterdam[16] [16] Cf. CBS, Statitics Netherlands, disponible sur < ...
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. Les Turcs, comme les Marocains, ressentent une forte solidarité de groupe, renforcée par le fait que la législation néerlandaise autorise la double nationalité. Une récente recherche du Sociaal en Cultureel Planbureau (Bureau de planification culturelle et sociale [SCP]) montre que, en dépit d’une tendance à la sécularisation, la deuxième génération continue de s’identifier à l’islam et que beaucoup choisissent un conjoint de leur pays d’origine. Selon les chercheurs, 60 % de la population de souche (pour d’autres chercheurs, le chiffre serait seulement de 40 %) se réclameraient d’une affiliation religieuse précise. En revanche, pas moins de 95 à 97 % des Turcs et des Marocains se considèrent musulmans. Pour l’immense majorité de ces immigrés, ne pas être musulman est tout simplement impensable. Il est tout aussi évident que nombre de musulmans considèrent la religion comme un « marqueur ethnique[17] [17] SCP-Report, op. cit. [15], résumé p.  7 et 40. ...
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 ».

16 Le processus de sécularisation n’a bien sûr pas épargné les communautés islamiques ; mais la tolérance a des limites. L’« expérimentation sur la tolérance politique », menée par le SCP avant la mort de Van Gogh, démontre que dès lors que la religion est en jeu, et plus particulièrement lorsque des non-croyants se moquent de la religion, une majorité de personnes interrogées s’oppose à toute remise en cause de la liberté d’expression. Une immense majorité de jeunes de la population de souche (75 %) est favorable à la liberté d’expression pour les non-croyants, même si un quart a tout de même des objections. Seule une petite minorité des immigrés défend la liberté totale d’expression, y compris quand la religion est ridiculisée (17 % des jeunes Turcs et 7 % des jeunes Marocains, seulement 10 % et 6 % des Turcs et Marocains plus âgés)[18] [18] SCP-Report, partie C, SCP-werkdocument 106c, La Haye, 2004,...
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.

17 Peu après la mort de Van Gogh, ces opinions relativement rigides sur la religion furent confirmées par un autre sondage. Une grande majorité (71 %) des sondés déclara que les attaques contre l’islam devaient être traitées plus fermement, alors que 12 % s’opposaient à cette proposition. 51 % des musulmans néerlandais exprimaient alors leur soutien à la création d’un parti musulman, un sondé sur cinq s’y déclarant opposé. Plus de la moitié de ceux qui considéraient favorablement la création d’un parti musulman pensait que ce parti devait adopter la charia comme référence[19] [19] « Helft van moslims wil eigen partij » (« La...
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. La volonté d’introduire la charia, qui se trouve souvent en rupture avec les principes libéraux de l’Occident, peut donc aussi être vue comme un acte de défiance à l’égard de la culture néerlandaise.

18 La défiance semble pourtant réciproque. Dans le cas des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne par exemple, le fossé est profond entre hommes politiques et opinion publique. Les hommes politiques sont en général favorables à la future adhésion turque, alors que l’opinion publique est divisée. Les résultats d’un sondage montrent que 48 % des Néerlandais soutiennent les négociations, 46 % s’y opposant. Seuls 35 % sont favorables à la perspective de voir la Turquie rejoindre l’Union d’ici 10 ans ; 55 % s’y opposent. Il est également intéressant de noter que nombre de Néerlandais pensent que leur opinion est sans importance, puisque 58 % estiment que, de toute façon, la Turquie deviendra membre de l’UE[20] [20] Cf. « Peiling : Nederland verdeeld over EU-besluit (« Sondage :...
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. Les arguments les plus courants contre l’adhésion de la Turquie sont que le pays ne fait pas partie de l’Europe, et que son adhésion représenterait un fardeau pour les contribuables. En outre, beaucoup pensent que l’adhésion de la Turquie s’accompagnerait d’un flot de migrants, qui pourrait engendrer une montée du terrorisme islamique en Europe.

19 Ajoutons que, si 2005 correspond au 400e anniversaire des relations entre le Maroc et les Pays-Bas, les relations entre les deux pays ne sont pas aussi cordiales qu’on le souhaiterait. En décembre 2004, lors de la cérémonie d’ouverture de l’année des célébrations, le ministre marocain de la Culture, Mohamed Achaari, crut bon de souligner que le fait que l’assassin de Theo Van Gogh ait « la nationalité marocaine ne signifie pas que nous lui ayons demandé de le tuer[21] [21] Cf. « Marokko : Moord v.  Gogh niet onze zaak » (« Maroc :...
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 ». Son collègue Mohamed Bouzoubaa, ministre de la Justice, expliqua alors que son pays n’était pas à l’origine d’« actes de terreur » aux Pays-Bas. Le 16 décembre 2004, il s’opposa dans le quotidien Aujourd’hui Le Maroc, à l’image d’un Maroc « nid de terroristes[22] [22] Cf. « Marokko neemt afstand van terrorisme Nederland »...
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 ».

Une remise en cause nationale ?

20 La minorité musulmane confronte les Pays-Bas à des questions et à des dilemmes souvent déjà « résolus » dans le passé par sa population de souche. La nation hollandaise est fondée sur une tradition marchande et en majorité calviniste. C’est seulement à la suite d’un laborieux processus d’émancipation que les catholiques, longtemps considérés comme des citoyens de seconde zone, ont obtenu l’égalité des droits. En 1848, la Constitution de Johan Rudolf Thorbecke établit enfin la démocratie constitutionnelle. La liberté de culte est proclamée, ainsi que la séparation de l’Église et de l’État. En 1917, toutes les congrégations religieuses se voient garantir la liberté d’éducation. La liberté d’expression est protégée par la loi, tout comme le principe de non-discrimination. Alors que les chantres de l’intégration graduelle des musulmans dans la société néerlandaise font référence au processus d’émancipation des catholiques, les opposants à cette évolution soulignent que les catholiques, à l’inverse des musulmans qui viennent pour l’essentiel de Turquie ou du Maroc, ne sont jamais allés à l’encontre des valeurs judéo-chrétiennes et humanistes qui sont à la base de la culture néerlandaise.

21 Il existe aux Pays-Bas un subtil équilibre entre liberté religieuse et séparation de l’Église et de l’État, entre liberté d’expression et rejet des discriminations, entre liberté d’éducation et protection des élèves contre l’endoctrinement, entre égalité des droits pour tous les citoyens et dérogations pour les minorités religieuses. Il est bien évidemment impossible pour le législateur de codifier tous les éléments qui composent cet équilibre subtil ; il faut dès lors s’en remettre aux coutumes, aux règles implicites et aux codes culturels cachés. En mai 2001, l’imam El-Moumni, qui vit aux Pays-Bas, provoqua un vif émoi en décrivant l’homosexualité comme une maladie dangereuse et contagieuse. El-Moumni se défendit en invoquant la liberté d’expression, mais son argumentation se heurtait à l’article 1 de la Constitution néerlandaise qui énonce le principe de non-discrimination. C’est Pim Fortuyn en personne, homosexuel déclaré, qui entendait faire abolir l’article 1, ce qui lui aurait permis de critiquer plus facilement les immigrés. Les musulmans auraient pu engager des poursuites contre Van Gogh pour avoir insulté la population musulmane mais ils s’abstinrent de le faire : un éventuel acquittement aurait jeté de l’huile sur le feu.

22 Ces dilemmes juridiques furent davantage mis en avant à propos des questions éducatives. De nombreux Néerlandais, musulmans ou non, scolarisent leurs enfants dans des établissements religieux. Après la mort de Van Gogh, les principaux leaders libéraux recommandèrent l’abolition de l’article 23 de la Constitution qui définit le droit pour chaque religion de fonder ses propres écoles et de recevoir des subventions publiques. D’après les libéraux, une telle abrogation éradiquerait l’islam politique. Inutile de dire que les hommes politiques chrétiens se sont battus pour maintenir un article de la Constitution chèrement acquis.

23 Les observateurs étrangers se demandent pourquoi les Pays-Bas, parmi tant d’autres pays, semblent expérimenter les premiers le « clash des civilisations ». L’étonnement se nourrit de l’image exagérément positive dont jouit traditionnellement le pays. Contrairement à cette image trop souvent répandue, les Pays-Bas n’ont jamais constitué un modèle de tolérance[23] [23] La collaboration néerlandaise avec l’Allemagne nazie...
suite
. On devrait beaucoup moins parler d’une tolérance réelle des Néerlandais de souche à l’égard des immigrés, que d’une sorte d’indifférence organisée.

24 Un des résultats du relativisme culturel dominant a été la mise sous silence, de la part de l’establishment politique et culturel, de nombre de problèmes opposant les Néerlandais de souche aux immigrés. Une telle politique a d’ailleurs été facilitée par le fait que, d’une manière générale, les Néerlandais ne possèdent pas un sentiment d’identité nationale très structuré. D’où, sans doute, l’adoption si enthousiaste de la « pensée européenne » par les hommes politiques néerlandais. Les « valeurs européennes » en gestation ont encore un contenu artificiel et font en fait souvent référence, de manière implicite, à l’« idéologie occidentale ». Les rivalités européennes, qui pourraient interférer avec les intérêts économiques et politiques, sont au contraire éludées. L’extrémisme islamique peut être une vraie source d’inquiétude pour certains ; mais d’autres peuvent s’en servir pour détourner l’attention des problèmes économiques et sociaux, et cimenter l’« idéologie européenne ».

25 La question cruciale est bien entendu de savoir si les communautés musulmanes souhaitent ou non développer un sentiment de loyauté envers l’État-nation néerlandais. Les jeunes Marocains et Turcs des deuxième et troisième générations ne se sentent souvent ni étrangers, ni néerlandais. En outre, la participation politique et le système de représentation laissent largement à désirer. Beaucoup d’immigrés se sentent peu ou pas représentés par les hommes politiques, et tentent d’échapper à tout engagement envers l’État en s’impliquant dans des réseaux transnationaux. Leurs critiques de la représentation politique sont au demeurant partagées par beaucoup de Néerlandais de souche.

26 Fortuyn était très populaire non seulement parce qu’il critiquait l’Islam, mais aussi parce qu’il décriait la culture politique néerlandaise. Sur ce point, la plupart des experts du pays l’approuvaient. Deux jours avant son assassinat, ces derniers se plaignaient de l’état déplorable de la démocratie néerlandaise. Pour certains chercheurs réputés, les Pays-Bas ne seraient qu’un mirage démocratique, avec un système politique bouclé par l’administration et des partis politiques qui ne sont guère plus que des tremplins pour des carrières personnelles. Hans Daudt, un des meilleurs politologues néerlandais, souligne que les Pays-Bas sont un pays où les droits fondamentaux sont respectés, mais, ajoute-t-il, « il ne faut pas prétendre que la Hollande est ce qu’elle n’est pas : une démocratie avec de vrais représentants du peuple ». Pour Daudt, les Pays-Bas sont en fait gouvernés par une « classe dirigeante » qui ressemble fortement « à la République du xviie siècle » : « La différence avec le passé est que, tout au plus, les positions dominantes ne sont plus héréditaires et ne sont plus réservées exclusivement à l’aristocratie puisqu’elles sont désormais accessibles à la bourgeoisie. » Le politologue Peter Mair de Leiden parle même d’une « démocratie de cartel », et son collègue de Maastricht Nico Baakman va plus loin encore : les responsables politiques doivent « prouver que, quelle que soit leur couleur politique, ils ont été socialisés à l’intérieur du système. Ils doivent pouvoir s’adapter, faire des compromis et garder le silence. Le système ne peut donc pas bénéficier aux éléments non-conformes[24] [24] G. Van Westerloo, « De illusie van democratie »...
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. »

27 Pour beaucoup de Néerlandais, Fortuyn et Van Gogh incarnaient ces éléments hors-système, ces personnalités difficiles à contrôler. Tous deux étaient les produits radicaux d’une culture du consensus empêchant tout débat ouvert sur l’intégration et la loyauté à l’égard des valeurs néerlandaises, entre autres sujets. Van Gogh se qualifiait lui-même d’« enfant professionnel », se comportant comme tel. Tout comme Fortuyn, il critiquait la complaisance d’artistes, de médias et surtout d’hommes politiques qu’il jugeait déconnectés de la réalité. Il flirtait avec les limites de la liberté de la presse, et contribua d’ailleurs à les repousser. Dans sa dernière interview, il assurait qu’il n’avait pas besoin de s’inquiéter pour sa vie : son « arrogance » le protégerait – « je crois que l’arrogance est un tel vecteur de charisme que la balle n’arrivera pas jusqu’à moi[25] [25] Interview de Theo Van Gogh réalisée le 29 octobre 2004. ...
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. » Il s’est trompé.

28 Son arrogance a apparemment peu servi l’intégration de la population musulmane dans la société néerlandaise. Elle a au contraire polarisé et dramatisé la situation. Les communautés musulmanes, dont la majorité rejette toute violence religieuse, doivent savoir si elles veulent réellement respecter les règles de la société néerlandaise, et comment elles peuvent traiter leurs propres éléments violents. On a pu entendre aussi, du côté musulman, quelques réactions inquiétantes : « Après ce qui s’est passé pour Fortuyn, il aurait dû savoir ce qui allait arriver », commentait, menaçante, une jeune fille musulmane sans voile à la télévision…

29 Une sorte de guerre froide semble s’installer durablement aux Pays-Bas entre musulmans et non-musulmans. Sybrand van Hulst, chef du Algemene Inlichtingen en Veiligheidsdienst (Service général de renseignement et de sécurité [AIVD]) insiste : « Nous ne devons pas considérer le meurtre de Van Gogh comme un incident isolé et continuer comme si de rien n’était : c’est hors de question[26] [26] R. Schoof et M.  de Waard, « Het ronselen voor de...
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 ! » Triste constat, largement approuvé dans le pays.

 

Notes

[ 1] Interview de Theo Van Gogh, RVU Educatieve Omroep, 29 octobre 2004, disponible sur < www.rvu.nl/rvu.php?i=1&l=0&n=426> (tous les sites Internet ont été consultés le 2 août 2005).Retour

[ 2] « Beledigen was z’n lust en leven. Citaten van Theo Van Gogh » (« Insulter était son passe-temps favori. Citations de Theo Van Gogh »), De Telegraaf, 3 novembre 2004.Retour

[ 3] Voir le site Internet de Theo Van Gogh : < www.degezonderoker.nl>.Retour

[ 4] T. Van Gogh, Allah weet het beter (Allah sait mieux), Amsterdam, XTRA Producties, 2003, p. 109.Retour

[ 5] K. Kuijpers, « Theo Van Gogh ; Rebel zonder reden » (« Entretien avec Theo Van Gogh ; Rebelle sans cause »), Algemeen Dagblad, 20 novembre 1993.Retour

[ 6] De Telegraaf, op. cit. [2].Retour

[ 7] Cf. T. Van Gogh, « Steek ze in Brand of schop ze dood » (« Brûlez-les ou piétinez-les jusqu’à la mort »), < www.degezonderoker.nl/elatik_nova.html>.Retour

[ 8] T. Van Gogh, op. cit. [4], p. 14.Retour

[ 9] Cf. « Van Gogh was voorvechter van het vrije word » (« Van Gogh était un défenseur du monde libre »), site du gouvernement néerlandais, < www.regering.nl/actueel/nieuwsarchief/2004/11November/02/0-42-1_42-50266.jsp>.Retour

[ 10] « Moordenaar lid terreurorganisatie » (« Le tueur est membre d’une organisation terroriste »), Trouw, 3 novembre 2004, p. 1.Retour

[ 11] C. Tiggelovern, « Discussie over godslastering barst los » (« Le débat sur le blasphème éclate »), Radio Netherlands, 16 novembre 2004, disponible sur < www2.rnw.nl/rnw/nl/achtergronden/nederland/nederlandsepolitiek/act20041116_godslastering?view=Standard>.Retour

[ 12] « De Graaf ziet geen reden hardere aanpak belediging » (« De Graaf ne voit pas pourquoi on devrait durcir la politique sur les insultes »), De Telegraaf, 15 novembre 2004.Retour

[ 13] E. Nieuwenhuizen, « Publieke opinie en de multiculturele samenleving in Nederland » (« L’opinion publique et la société multiculturelle aux Pays-Bas »), Landelijk Bureau ter Bestrijding van Rassendiscriminatie (Bureau national contre la discrimination raciale), Rotterdam, 6 septembre 2003, disponible sur < www.lbr.nl/?node=1926>.Retour

[ 14] P. Kottman, « Moslims zien Nederland als een pakje boter » (« Les musulmans considèrent les Pays-Bas comme une cible facile »), NRC-Handelsblad, 2 février 2004.Retour

[ 15] À la fin de l’année 2003, il y avait 453 mosquées aux Pays-Bas : 206 étaient liées aux Turcs, 92 aux Marocains et seulement 6 aux Surinamiens. Cf. K. Phalet, J. Ter Wal, C. Van Praag, « Moslim in Nederland. Een onderzoek naar de religieuze betrokkenheid van Turken en Marokkanen. Samenvatting » (« Musulman aux Pays-Bas. Une enquête sur l’engagement religieux des Turcs et des Marocains. Résumé »), Onderzoeksrapport (« rapport de recherche »), Sociaal en Cultureel Planbureau, « SCP-Report », La Haye, 2004/9SCP, p. 35.Retour

[ 16] Cf. CBS, Statitics Netherlands, disponible sur < www.cbs.nl/nl/publicaties/artikelen/algemeen/webmagazine/artikelen/2004/1543k.htm>.Retour

[ 17] SCP-Report, op. cit. [15], résumé p. 7 et 40.Retour

[ 18] SCP-Report, partie C, SCP-werkdocument 106c, La Haye, 2004, p. 76.Retour

[ 19] « Helft van moslims wil eigen partij » (« La moitié des musulmans veut son propre parti »), Het Parool, 11 décembre 2004. Ces résultats sont le produit d’une enquête menée par le bureau Foquz Ethnomarketing et commandée par l’émission de télévision Nova, disponible sur < www.parool.nl/nieuws/2004/DEC/11/bin2.html>. Ils doivent être comparés à ceux obtenus lors d’une enquête menée par le Bureau de planification culturelle et sociale (SCP-Report, op. cit. [15], résumé, p. 21) avant la mort de Van Gogh et selon lesquels « la grande majorité des Turcs (95 %) et des Marocains (82 %) ne sont pas favorables à l’introduction de la loi islamique pour les musulmans aux Pays-Bas ».Retour

[ 20] Cf. « Peiling : Nederland verdeeld over EU-besluit (« Sondage : Les Pays-Bas divisés à propos de la décision de l’UE »), Nos Nieuws/Achtergronden, 23 novembre 2004, disponible sur < www.nos.nl/nieuws/achtergronden/europeseunie/turkije_peiling_dehond.html>.Retour

[ 21] Cf. « Marokko : Moord v. Gogh niet onze zaak » (« Maroc : le meurtre de Van Gogh n’est pas notre affaire »), disponible sur < www.nos.nl/nieuws/artikelen/2004/12/16/marokkomoordvgoghnietonzezaak.html>Retour

[ 22] Cf. « Marokko neemt afstand van terrorisme Nederland » (« Le Maroc prend ses distances vis-à-vis du terrorisme aux Pays-Bas »), disponible sur < www.elsevier.nl/nieuws/nederland/nieuwsbericht/asp/artnr/16979/versie/1>.Retour

[ 23] La collaboration néerlandaise avec l’Allemagne nazie est à cet égard un bon exemple. Cf. J. H. Brinks, « The Dutch, the Germans and the Jews », History Today, vol. 49 (6), juin 1999, p. 17-23, disponible sur < www.sussex.ac.uk/Units/cgjs/publications/hbdutgerjew.html>.Retour

[ 24] G. Van Westerloo, « De illusie van democratie » (« L’illusion de la démocratie »), M NRC-Handelsblad, mai 2002, p. 30-36.Retour

[ 25] Interview de Theo Van Gogh réalisée le 29 octobre 2004. RVU Educatieve Omroep, disponible sur < www.rvu.nl/rvu.php?i=3&l=0&n=221>.Retour

[ 26] R. Schoof et M. de Waard, « Het ronselen voor de jihad gaat volop door ; Politiek sloeg volgens Sybrand van Hulst (AIVD) waarschuwingen te lang in de wind » (« Le recrutement pour le djihad se poursuit sans relâche. Selon Sybrand van Hulst (AIVD), les politiciens ont négligé les avertissements depuis trop longtemps »), NRC Handelsblad, 31 décembre 2004, disponible sur < www.minbzk.nl/wwwaivdnl/actueel_publicaties/ander_nieuws/interview_met_hoofd>. En juillet 2005, le Pew Research Center aux États-Unis indiquait qu’aux Pays-Bas, la majorité des personnes interrogées avaient une opinion défavorable des musulmans (51 %). Les élections ont montré que les Pays-Bas étaient en tête des 17 pays interrogés (voir <pewglobal.org/reports/display.php?PageID=809>).Retour

Résumé

Pim Fortuyn et Theo Van Gogh auraient-ils, en définitive, posé la même question: la limite de la liberté d’expression face à la liberté culturelle et religieuse? La violence de leurs interventions traduit un malaise de fond de la société néerlandaise, confrontée à l’échec de son modèle d’intégration. Mais plus largement, c’est le fonctionnement même du système politique et culturel des Pays-Bas qui est très durement mis en cause par les deux assassinats, et leurs prolongements.

Mots-clés

Pays-Bas, intégration, émigration, Islam



The murder of Dutch film maker Theo van Gogh by a Muslim extremist caused a world-wide commotion and brought several problematic issues to the surface that demand answers. Firstly, are there any parallels between the killing of Van Gogh and that of right-wing politician Pim Fortuyn, both of them being popular critics of Islam, and secondly, did Van Gogh, who used very offensive language in speaking about Islam, cross the line of journalistic decency and freedom of speech? A third question deserving attention concerns the position of Muslims in Dutch society and, finally, what the assassination of Van Gogh and its aftermath say about Dutch society. The author examines these questions, which are not only important to the Netherlands, but may also stimulate debates elsewhere.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Jan Herman Brinks et Marc Hecker « Les Pays-Bas, entre islam et populisme », Politique étrangère 3/2005 (Automne), p. 585-598.
URL :
www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2005-3-page-585.htm.
DOI : 10.3917/pe.053.0585.