Politique étrangère 2007/1
Politique étrangère
2007/1 (Printemps)
240 pages
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Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 2200923761
DOI 10.3917/pe.071.0123
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Un dialogue transatlantique sur la Russie

Vous consultezLa politique russe de la France : fin de cycle ?[*] [*] La version anglaise de ce texte est publiée sous le titre...
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AuteurThomas Gomart du même auteur

Thomas Gomart dirige le Centre Russie/Nei (nouveaux États indépendants) de l’Ifri et enseigne à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (Coëtquidan).

La politique russe de Paris se trouve aujourd’hui à la fin d’un cycle. En 1998, le lancement du « triangle d’Ekaterinbourg[1] [1] Le « triangle d’Ekaterinbourg », du nom de la ville...
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 » visait à reconnaître la position particulière de la Russie dans un contexte d’incertitude sur la viabilité de sa transition. Avec cette ambition, le couple franco-allemand pensait alors disposer d’une capacité d’entraînement suffisante pour stabiliser la « Grande Europe ». Huit ans plus tard, la situation s’est profondément modifiée.

2 Replacé dans un cadre transatlantique, ce « triangle » s’est opposé à l’intervention anglo-américaine en Irak, provoquant de fortes tensions avec les nouveaux pays membres. Des trois pays, la Russie a le plus profondément évolué. Sa forte croissance, ainsi que son désir de puissance, lui ont permis de rehausser ses ambitions internationales et de quitter un statut d’assistée. Signe des temps, en 1998, c’était la dette qui retenait l’attention ; en septembre 2006, c’est la participation russe dans EADS.

3 Pour Jacques Chirac, Moscou est un « partenaire stratégique » indispensable à sa conception d’un « monde multipolaire ». Il s’est donc employé à nouer une relation directe avec Vladimir Poutine[2] [2] L’arrivée de Poutine s’est d’abord traduite par un...
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. Pour Paris, le président russe incarnait, dès son accession au pouvoir, celui « qui était prêt à aller le plus loin possible, de manière réaliste, dans la relation avec l’Occident[3] [3] Entretien avec un diplomate français, Paris, mars 2006. ...
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 ». Six ans après, aux yeux des autorités françaises, « Poutine demeure la moins mauvaise solution[4] [4] Entretien avec un diplomate français, Moscou, mars 2006. ...
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 ». Les évolutions du régime russe, combinées aux critiques de ses partenaires, invitent pourtant Paris à se demander s’il ne conviendrait pas de déplacer le « curseur politique[5] [5] Entretien avec un diplomate français, Paris, mars 2006. ...
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 » dans un sens plus critique.

4 Ce déplacement jouerait à deux niveaux. Il affecterait la position de Paris parmi les puissances occidentales, et le rapport de ce groupe à Moscou. La politique étrangère russe est aujourd’hui inspirée par un courant pour lequel l’Occident a cessé d’exister, tout en perdant sa valeur d’exemplarité[6] [6] Sur le premier point, Y.  Fedorov, « “Boffins” or...
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. La thèse de la spécificité russe l’a emporté : Moscou entend se développer à son rythme, sans modèle étranger. Les responsables russes ont pris acte de la profonde dégradation de la relation transatlantique et raisonnent désormais en fonction de regroupements ad hoc pour défendre leurs intérêts immédiats. Déjà bien visible, ce changement suggère la question suivante : la politique française a-t-elle accrédité cette thèse russe d’un éclatement de l’Occident ?

5 Moscou permet de donner de la substance à la conception du monde multipolaire défendue à Paris, conception qui peine, au demeurant, à distinguer multipolarisme et multilatéralisme. La Russie se considère comme un pôle de puissance autonome : elle conçoit le multilatéralisme comme un moyen de relayer son influence, et non pas comme un mode de régulation des relations internationales. Premier malentendu : Paris cherche des positions communes quand Moscou tente de renforcer son autonomie stratégique.

6 À l’instar de ses partenaires, la politique de Paris plonge ses racines dans des interprétations contradictoires de la Russie de Poutine, vue aussi bien comme un régime démocratique en progression que comme un régime autoritaire en régression. Second malentendu : Paris prône un « partenariat stratégique » avec un pays qui adopte fondamentalement des comportements tactiques. Ce décalage explique la difficulté à fixer le cadre – européen, transatlantique ou global ? – dans lequel s’exerce sa politique russe.

De la nature du poutinisme

7 En France, on peut identifier six courants d’interprétation de la Russie. Trois d’entre eux convergent dans une verte critique du régime : les défenseurs des « droits de l’homme » inquiets du rétrécissement des libertés publiques, les contempteurs du « grand russisme » préoccupés par les relents de nationalisme, et les experts attentifs aux ambiguïtés russes en matière de prolifération. À l’inverse, trois courants soulignent la stabilisation positive de la Russie. En référence à l’équilibre des puissances, le premier voit la Russie comme un « grand pays » et un « partenaire stratégique ». Pour le deuxième, la Russie est un marché émergent en forte croissance. Le troisième voit dans Poutine l’ultime défenseur des intérêts russes, qui, dans une sorte de gaullisme à la russe, mène une politique d’indépendance nationale.

8 Ces interprétations reposent sur la personnalité de Vladimir Poutine. « Kremlinisées », elles diffusent une image nette, plus cohérente que la réalité, avec le président russe en deus ex machina du système. Relier étroitement l’avenir du pays à la personnalité présidentielle conduit souvent à une approche binaire. Si Poutine est tchékiste, alors le régime russe est condamné à la régression. Si Poutine est gaulliste, la Russie est sur la voie du redressement.

Ni gaulliste…

9 Une bonne part des élites françaises voit en Vladimir Poutine le dernier « homme d’État » de la scène internationale[7] [7] Entretien avec un diplomate français, Paris, septembre 2006. ...
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. À l’opposé, une large partie de la presse et des milieux intellectuels lui sont profondément hostiles, et n’hésitent pas à le comparer indirectement à Staline[8] [8] D.  Vernet, « Le désordre règne à Moscou », Le Monde,...
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. Venu du KGB (devenu le Service fédéral de sécurité [FSB]), il porterait pour toujours le péché originel de sa filiation.

10 Le premier courant a tendance à présenter Vladimir Poutine comme un « de Gaulle russe », soucieux de restaurer la puissance publique pour mener une politique d’indépendance nationale. Encouragé par la communication politique du Kremlin et par Poutine lui-même[9] [9] V.  Nikonov, « La Russie et l’Occident : des illusions...
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, ce parallèle renforce sa stature d’homme d’État, en le présentant sous les traits d’un réformateur patriote, moderne et intègre, image supposée rejaillir sur son entourage. Ce parallèle conduit à toutes les extrapolations comme la comparaison des situations en Algérie et en Tchétchénie[10] [10] M.  Evangelista, « Is Putin the New de Gaulle? A Comparison...
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. Cependant, la référence au gaullisme pour illustrer le souci d’indépendance nationale de la Russie n’est pas propre à Poutine : elle date du début des années 1990[11] [11] B.  Lo, Russian Foreign Policy in the Post-Soviet Era, Reality,...
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.

11 Comparaison n’est pas raison, a fortiori en histoire. Flatteur pour le Kremlin, cet anachronisme mérite d’être rectifié sur plusieurs points. Vladimir Poutine a été projeté au pouvoir par la « famille » Eltsine pour garantir les intérêts de ce clan. Choisi sur une liste pour son loyalisme, il n’a d’autre légitimité que son expérience bureaucratique[12] [12] Outre V.  Poutine, la liste comptait V.  Aksionenko, ministre...
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. Élu à deux reprises au premier tour, Vladimir Poutine mime un système de concurrence politique autour d’Edinaâ Rossiâ, où les notions d’État de droit et d’alternance n’ont guère de sens réel.

12 En politique étrangère, le parallèle de Gaulle/Poutine se heurte à deux différences fondamentales. La France de de Gaulle est toujours restée fidèle à l’Alliance atlantique, surtout dans les crises (Berlin, Cuba). La politique étrangère gaulliste portait un projet : la construction européenne à partir de la réconciliation franco-allemande. Habile tactiquement, la politique étrangère russe voit avorter tous ses projets d’intégration régionale (comme l’espace commun avec l’Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie). Peinant à sortir du bilatéral de domination, elle ne parvient pas à enclencher des dynamiques positives.

13 Dernière comparaison : les entourages. Sans magnifier rétrospectivement la France gaulliste, il semble néanmoins osé de comparer le fonctionnement des deux États, de l’Élysée et du Kremlin. Certains, en France, assimilent les capitalistes dirigistes de l’ère Poutine aux grands commis de l’État du général de Gaulle : on identifierait pourtant difficilement l’équivalent d’un Bernard Tricot ou d’un Étienne Burin des Roziers dans l’administration présidentielle russe aujourd’hui. Les années Poutine se caractérisent, dans les faits, par la constitution de fortunes personnelles n’ayant rien à envier aux privatisations sauvages de la période Eltsine, à ceci près qu’elles se drapent dans un discours d’intérêt général, teinté de nationalisme. Ce dirigisme informel est moins celui d’un État qui suit une stratégie de développement cohérente, visant notamment à profiter des moyens disponibles pour diversifier son économie, que celui de clientèles qui entendent concentrer le maximum de pouvoir en un minimum de temps.

… ni tchékiste

14 Si Poutine n’est pas gaulliste, il n’est pas non plus un simple tchékiste ayant pris du grade. Sa pratique du pouvoir plonge ses racines dans une culture politique profondément ambivalente. Côté pile : un passé d’officier de renseignement qui le conduirait à privilégier le cloisonnement, le secret et la manipulation. Côté face : l’importance de son mentor politique – Anatoli Sobtchak – et de sa formation initiale de juriste[13] [13] S.  Charap, « The Petersburg Experience, Putin’s Political...
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. À cela s’ajoute l’expérience, à Saint-Pétersbourg d’abord, puis au Kremlin, avant d’occuper des positions visibles (Conseil de sécurité, Premier ministre puis président). Nul doute que sa pratique du pouvoir et ses contacts, notamment internationaux, aient modifié son comportement et son jugement. Intellectuellement européen, Vladimir Poutine accorde la plus grande importance aux aspects juridiques (le Kremlin a mis le plus grand soin à dépecer Ioukos par des décisions de justice) et au fait de garder sur la scène internationale une image d’acteur rationnel et crédible. Par ailleurs, contrairement à une lecture courante, le pouvoir présidentiel ne repose pas sur les seuls siloviki, mais aussi sur ses liens étroits avec le big business et des technocrates d’inspiration libérale[14] [14] L.  Shevtsova, « Putin’s Legacy: How the Russian Elite...
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15 Le règne de la caste des siloviki est supposé correspondre à une « militarisation » des élites[15] [15] O.  Khryshtanovskaya et S.  White, « Putin’s Militocracy »,...
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. Le débat porte ici sur l’organisation et le mode de fonctionnement de ce groupe[16] [16] B.  Renz, « Putin’s Militocracy? An Alternative Interpretation...
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. Le terme de « militarisation » est quelque peu paradoxal à un moment où l’on observe plutôt une marginalisation sociale des forces armées. Quant aux siloviki, ils ne constituent pas un groupe homogène et structuré agissant en fonction d’objectifs communs : dans les structures de force, les facteurs d’hétérogénéité l’emportent certainement sur les facteurs d’homogénéité. Travaillés par l’affairisme, ces groupes sont traversés de vives tensions, et en concurrence permanente, et la notion de siloviki ne rend pas compte de l’antagonisme historique, toujours vivace au sommet de l’État, entre membres des services et représentants des forces armées. En revanche, le terme traduit un état d’esprit commun aux élites dirigeantes, qui continuent dans leur majorité à voir les rapports internationaux par le prisme des questions de sécurité.

16 Réduire Poutine au tchékiste, c’est rétrospectivement embellir les années Eltsine, et faire oublier la violence du désordre des années de transition. En réalité, les deux régimes partagent deux caractéristiques principales : l’hyperprésidentialisme, qui accentue le poids de l’administration présidentielle au détriment des contre-pouvoirs, et la guerre en Tchétchénie qui pèse directement sur les équilibres civilo-militaires. La manne énergétique est la véritable variable entre les deux régimes.

Orientations de la politique française

17 D’abord élyséenne, la politique française cherche surtout à multiplier les contacts personnels au plus haut niveau et à s’assurer l’appui du Kremlin – perçu comme l’expression la plus achevée à la fois de l’État et de la société russe – pour signer de grands contrats ou gagner un soutien diplomatique. Cette approche sépare désormais ceux qui considèrent l’implication de l’État russe comme une garantie de ceux qui, au contraire, voient sa participation comme dangereuse en raison de sa soumission à des intérêts personnels.

Quels résultats ?

18 Dans le champ diplomatique, la relation privilégiée avec le Kremlin aurait permis à l’Élysée de solidifier certaines positions. Comme partenaire global, la Russie enrichit les options diplomatiques de Paris. Pour leurs entourages respectifs, les liens personnels et réguliers entre les deux présidents auraient ainsi contribué à dénouer des tensions ou à amorcer des dynamiques dépassant le strict cadre bilatéral. À tort ou à raison, Paris pense disposer d’un « capital politique » jouable à Moscou et pouvant être utilisé sur des dossiers sensibles comme les conflits gelés ou les droits de l’homme[17] [17] Entretien avec un diplomate français, Paris, septembre 2006. ...
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19 Depuis 2000, les exportations françaises vers la Russie ont progressé, au prix toutefois d’un creusement du déficit commercial dû à l’augmentation des prix énergétiques. En 2004, la France est son 9e fournisseur (4,06 % de parts de marché). Parmi ses partenaires européens, elle est précédée par l’Allemagne (13,99 %) et l’Italie (4,23 %). Elle est le 8e investisseur direct en Russie (5e investisseur européen), après Chypre, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Allemagne[18] [18] Ambassade de France en Russie – Mission économique, « Relations...
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. Il est difficile d’établir un lien direct entre qualité de la relation politique et croissance des échanges, même si ces derniers profitent d’une volonté partagée de créer un climat propice aux affaires. En dépit du discours de soutien aux petites et moyennes entreprises[19] [19] Assemblée nationale, Rapport Mariton, juillet 2003. ...
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, les autorités françaises se sont impliquées dans la négociation de « grands contrats », en particulier énergétiques et aéronautiques. Sous cet angle, la prise de participation de la Vnechtorgbank dans EADS et la décision de Gazprom d’écarter les opérateurs étrangers du champ de Shtokman ont été, en dépit des dénégations russes, une surprise pour les autorités françaises[20] [20] Dénégations et surprise qui se sont notamment exprimées...
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. Ces décisions ont provoqué un certain malaise à Paris sur les intentions véritables de Moscou, dans la mesure où elles touchent à la solidarité franco-allemande et affectent la relation transatlantique[21] [21] Parmi les nombreux articles parus sur ce sujet, voir notamment...
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20 Courant 2003, les positions communes de Paris, Berlin et Moscou sur l’Irak ont facilité les échanges sur la redéfinition des relations Union européenne (UE)/Russie et, en particulier, sur l’élaboration des « quatre espaces » de coopération. Au Quai d’Orsay, on estime généralement que la dynamique entre les trois capitales a fait franchir un seuil qualitatif au partenariat UE/Russie à la veille du double élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de l’UE. Les critiques les plus vives sur ce format triangulaire proviennent des nouveaux membres, et en particulier de la Pologne. Diplomates français et allemands ont conscience de la nécessité d’envoyer des signaux à ces pays et de les rassurer sur leurs politiques russes, tout en refusant de céder à toute forme d’« hystérie antirusse[22] [22] Entretien avec un diplomate allemand, Moscou, mars 2006. ...
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 ». L’opposition de Varsovie au lancement des négociations sur le nouvel accord de partenariat et de coopération (APC) lors du sommet d’Helsinki (novembre 2006) illustre les limites de cette approche, qui ne parvient plus à éviter les blocages du dialogue UE/Russie.

21 Encore focalisé sur l’Irak, Paris souligne le poids obtenu par l’opposition à l’intervention anglo-américaine grâce à la convergence franco-germano-russe, lui donnant valeur de modèle. Or, Paris et Moscou n’accordent pas la même valeur symbolique, politique et diplomatique à cette intervention. Pour Moscou, il s’agit d’une rupture comparable à l’intervention de l’OTAN au Kosovo ; pour Paris, il s’agit de l’expression achevée d’un unilatéralisme américain, incapable d’entendre ses alliés traditionnels. Trois ans plus tard, la convergence franco-germano-russe sur l’Irak paraît être une source de confusion entre intérêts et valeurs, dont Paris commence à mesurer les effets. Apogée diplomatique du double mandat de Jacques Chirac, l’opposition à la guerre d’Irak a sans doute conduit les autorités françaises à magnifier leur partenaire russe. En octobre 2003, lors d’un voyage à Moscou, Jean-Pierre Raffarin résume bien l’état d’esprit qui prévaut alors, en déclarant que l’axe Paris-Berlin-Moscou a la capacité de défendre « un certain nombre de valeurs » et à jouer un rôle économique[23] [23] Discours de J. -P.  Raffarin, Moscou, 6 octobre 2003. ...
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. Si les arguments de l’ouverture du marché russe et du rapprochement à terme des pratiques russo-européennes sont, en partie, recevables, leur association avec les principes censés guider la politique française ne l’est pas : les autorités russes rejettent désormais ouvertement tout discours sur les valeurs.

De l’Irak à l’Ukraine : le trompe-l’œil des valeurs

22 Entre l’Irak et l’Ukraine, les « valeurs » de l’axe Paris-Berlin-Moscou ont surtout permis d’alimenter la rhétorique multipolaire de l’Élysée et l’antiaméricanisme qui la sous-tend : la référence au droit international a été utilisée dans le cadre transatlantique pour consolider des positions diplomatiques ponctuelles, sans tenir compte du comportement du Kremlin à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières, et en éludant la proximité russo-américaine en matière de contre-terrorisme. Les autorités françaises se sont heurtées à la contradiction suivante : alliée contre l’intervention anglo-américaine en Irak, la Russie partage avec Washington le concept de « guerre globale contre le terrorisme » (Global War on Terror, GWOT). Elles ont mésestimé deux facteurs cruciaux : le fait que la Russie, à l’instar des États-Unis, est un pays en guerre, ainsi que les implications du « contre-terrorisme » mené par Poutine[24] [24] Sur ce point crucial, voir P.  Baev, « Putin’s Counter-Terrorism:...
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23 Moscou a interprété la « révolution orange » en Ukraine sous un angle géopolitique, comme une immixtion occidentale dans l’espace post-soviétique. Paris a davantage mesuré son soutien aux nouvelles autorités ukrainiennes que ses partenaires, tout en prenant acte de la volonté populaire de rompre avec un mode d’organisation du pouvoir. Cette retenue s’explique par des réflexes d’ordre géopolitique – il existe bel et bien une « zone d’influence » russe – et de fortes préventions sur les vertus de la « promotion de la démocratie », prônée par Washington, relayée par les « nouveaux membres », compte tenu de la situation en Irak. Paris a ainsi réactivé ses interrogations sur la nature du régime russe à la faveur de ses évolutions internes (prise d’otages de Beslan en septembre 2004, enlisement des réformes, etc.) plutôt qu’à celle de son attitude dans l’espace post-soviétique.

24 Rétrospectivement, l’« axe » Paris-Berlin-Moscou peut faire l’objet de deux lectures opposées. Critique, la première s’inquiète des dommages provoqués sur la cohésion européenne, et des dérives russes. En privilégiant Moscou, Paris et Berlin auraient négligé les « nouveaux membres » et les démocraties en gestation, comme l’Ukraine ou la Géorgie. Cet axe conforte Moscou dans son statut de puissance énergétique, exploitant les tensions internationales. Polarisée sur le Kremlin, cette lecture néglige probablement les transformations profondes d’une société russe avide de normalité et réticente aux expériences néocoloniales[25] [25] Pour les conclusions d’une enquête sur le rapport entre...
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25 La seconde lecture se place dans une perspective plus globale. Elle considère le triangle Paris-Berlin-Moscou comme un format susceptible de stabiliser le système multipolaire, sous deux angles différents. Pour les uns, cet « axe » serait un moyen de contrebalancer l’unilatéralisme américain, perçu comme le principal déstabilisateur du système international. Pour les autres, le noyau franco-allemand, élargi à la Russie, présenterait de fortes potentialités industrielles, technologiques et énergétiques à partir du moment où il ne serait pas conçu comme un groupe de forces hostiles à Londres et Washington. Réactualisant l’amiral Castex, cette lecture voit dans ce groupe le plus sûr moyen d’accompagner la montée en puissance de la Chine, tout en formant une coalition mondiale contre l’islam radical. Dans les faits, la politique française n’est parvenue à donner corps à aucune de ces orientations.

Quel partenaire ?

26 À la veille des échéances présidentielles (avril-mai 2007 en France, mars 2008 en Russie), il faut examiner le ratio coûts/avantages de cette politique de soutien au régime russe, d’autant que le Kremlin tend à concevoir tout « partenariat stratégique » comme un pis-aller. En outre, l’assassinat de personnalités emblématiques (Andreï Kozlov et Anna Politkovskaïa) et les décisions prises dans le domaine énergétique avivent les préoccupations à l’égard d’un partenaire moins conciliant et plus individualiste. Dépit et déception commencent à poindre côté français. Porteuse d’instabilité, la période électorale en Russie est désormais ouverte, avec pour corollaire la lutte entre les grandes clientèles se disputant la rente énergétique et l’accès au Kremlin. Au plan extérieur, la volonté de reconnaissance internationale de Moscou se traduit par une diplomatie tous azimuts caractérisée par une double obsession : la maximisation de la carte énergétique et l’exacerbation des signes extérieurs de souveraineté[26] [26] Au plan intérieur, voir Th.  Gomart, « Russie : trop-plein...
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. Le Kremlin continue à multiplier les coups tactiques, sans parvenir à convaincre sur ses orientations stratégiques.

Un partenaire inévitable et imprévisible

27 À l’instar de Washington, Berlin ou Londres, Paris est confronté à la difficulté de construire un « partenariat stratégique » avec un régime inévitable mais imprévisible, rétif aux avis extérieurs, ayant un rapport au temps bien particulier. Ce partenariat dépend en grande partie de l’analyse faite, ici ou là, de la liaison entre politique intérieure et extérieure. L’idée que le durcissement intérieur, sur lequel tout le monde s’accorde, se traduira tôt ou tard dans l’attitude extérieure ne fait pas l’unanimité[27] [27] Pour une argumentation selon laquelle il n’est possible...
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28 Ce risque est le plus souvent analysé sous l’angle du néo-impérialisme : la politique étrangère russe dominerait son « étranger proche » par des investissements massifs, en particulier dans le secteur énergétique[28] [28] Pour une dénonciation virulente de ce néo-impérialisme,...
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. Cette approche souligne, par exemple, le rapport étroit entre violence politique interne et durcissement à l’égard de la Géorgie[29] [29] L.  Mandeville, « L’assassinat d’Anna Politkovskaïa...
suite
. Simplificatrice, cette thèse du néo-impérialisme surévalue sans doute à dessein les forces de la Russie. On lui préférera celle du post-impérialisme, c’est-à-dire d’une phase de transition, toujours risquée, où Moscou tente de redéfinir son système d’influence sans jamais renoncer à ses positions[30] [30] Th.  Gomart, « Quelle influence russe dans l’espace...
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29 Cette redéfinition passe par un mélange d’isolationnisme et d’interventionnisme, les élites russes étant tiraillées entre un individualisme confirmé en politique étrangère et la difficulté à renoncer à des modes d’intervention hérités de la première transition post-soviétique. La première rupture introduite par Vladimir Poutine en politique étrangère est de considérer que cette dernière doit contribuer à la mise en valeur des ressources du pays, ce qui correspond à une inversion par rapport à l’époque soviétique et sort apparemment d’une logique impériale[31] [31] Th.  Gomart, « Vladimir Poutine ou les avatars de la politique...
suite
. Trois facteurs entretiennent pourtant l’incertitude sur cette évolution : la guerre en Tchétchénie qui favorise l’autonomie de l’appareil de défense, la relance de la dépense militaire et la politique énergétique. Redevenue une puissance globale par le biais énergétique, la Russie entre dans une logique d’expansion économique, qui ne devrait pas manquer de rencontrer les contraintes du marché et les règles de gouvernance commerciale, a fortiori si Moscou accélère son accession à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La politique française doit, cependant, composer avec cette triple source d’incertitude.

Un partenaire (a)normal

30 La Russie est l’objet d’interprétations relativement similaires de la part de ses partenaires, qui divergent toutefois sur les politiques à mener. Ces divergences portent, dans les faits, davantage sur les anciennes républiques soviétiques que sur la Fédération elle-même, ou plus précisément sur les liens centre/périphérie. Américains et Européens n’accordent pas le même caractère central à la Russie sur la plaque eurasiatique, et n’utilisent pas les mêmes cartes mentales.

31 Aux États-Unis, on a tendance à considérer qu’un régime non démocratique présente une menace non seulement pour ses voisins, mais aussi pour ses partenaires. Anormalité politique, économique et militaire, la Russie ne serait pas en mesure de mener une politique étrangère « normale », sans caractère menaçant. Cette approche souligne toujours l’anormalité de la Russie et ses décalages en fonction de critères d’appréciation occidentaux[32] [32] B.  Lo, article cité [27] ...
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. Elle ignore totalement la réaction des milieux politiques russes à l’égard du dogme de la « promotion de la démocratie », ressenti avant tout comme une tentative de déstabilisation.

32 La Russie de Vladimir Poutine respecte fondamentalement une logique de non-confrontation directe – c’est une autre lecture possible de la crise ukrainienne –, cherchant à éviter d’inutiles combats. Elle s’efforce, maladroitement ou habilement, de s’adapter à un environnement international mouvant, en prévoyant que les puissances occidentales s’épuiseront à leur tour en opérations extérieures[33] [33] Entretien avec un parlementaire russe, Moscou, décembre 2006. ...
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. Ses élites sont partagées entre, d’une part, différentes vues du rapport à l’Ouest[34] [34] Pour une Russie plus pragmatique qu’impériale, A.  Tsygankov,...
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et, d’autre part, leur souci personnel de profiter de la mondialisation et leur souci collectif d’entretenir un discours sur des menaces extérieures qui justifie l’organisation et la concentration des pouvoirs. Elles ne sont aujourd’hui ni dans une logique de confrontation avec l’Ouest, ni dans une logique de séparation d’avec lui. En revanche, elles prennent acte de la fragmentation occidentale et agissent en conséquence.

33 ***

34 Pour bénéficier d’un effet d’entraînement sur leur environnement commun, Paris et Moscou doivent sans nul doute remiser un certain nombre d’habitudes bilatérales. La redéfinition de la politique russe de Paris implique une capacité à sortir du bilatéral et du discours usé sur la « relation privilégiée », celui-ci ajoutant à l’inconfort de sa position au sein de l’UE sans garantir de résultat tangible. La capacité de Paris à peser sur la situation en Russie est à peu près nulle. Les dirigeants français devraient donc reconnecter leur politique à celles de leurs partenaires, en recherchant une articulation quasi systématique entre la relation franco-russe et le dialogue UE/Russie.

35 La politique russe de Paris ne peut plus faire l’économie d’une fine analyse de l’influence de Moscou sur la plaque eurasiatique, et de sa position de pivot. Tenir compte du facteur russe (en l’intégrant ou non) s’avère indispensable à tout effort en direction de l’Est européen, du Caucase, de l’Asie centrale (Afghanistan inclus). C’est également un facteur de l’équation à construire avec la Chine, l’Inde et l’Iran. De ce point de vue, le débat sur la nature impériale de la Russie, sur ses zones d’influence réelles ou supposées, est crucial, car il conditionne, consciemment ou inconsciemment, bon nombre d’orientations diplomatiques. La France doit donc apprendre à penser la Russie au-delà de l’Oural.

 

Notes

[ *] La version anglaise de ce texte est publiée sous le titre « France’s Russia Policy: Balancing Interests and Values » dans The Washington Quaterly daté du printemps 2007 et disponible sur < www.twq.com> (NDLR).Retour

[ 1] Le « triangle d’Ekaterinbourg », du nom de la ville natale de Boris Eltsine, devait prendre modèle sur le triangle de Weimar entre Paris, Berlin et Varsovie. Le sommet avec Jacques Chirac et Helmut Kohl a finalement eu lieu à Moscou.Retour

[ 2] L’arrivée de Poutine s’est d’abord traduite par un refroidissement des relations bilatérales. Pour cette période, voir Th. Gomart, Les Rapports russo-français vus de Moscou, Paris, Ifri, 2002.Retour

[ 3] Entretien avec un diplomate français, Paris, mars 2006.Retour

[ 4] Entretien avec un diplomate français, Moscou, mars 2006.Retour

[ 5] Entretien avec un diplomate français, Paris, mars 2006.Retour

[ 6] Sur le premier point, Y. Fedorov, « “Boffins” or “Buffons”: Different Strains of Thought in Russia’s Strategic Thinking », Londres, Chatham House, « Briefing Paper », REP BP 06/01, mars 2006. Sur le second, D. Trenin, « Russia Leaves the West », Foreign Affairs, n° 4, 2006.Retour

[ 7] Entretien avec un diplomate français, Paris, septembre 2006.Retour

[ 8] D. Vernet, « Le désordre règne à Moscou », Le Monde, 17 octobre 2006.Retour

 [ 9] V. Nikonov, « La Russie et l’Occident : des illusions au désenchantement », Critique internationale, n° 12, 2001, p. 188-189.Retour

[ 10] M. Evangelista, « Is Putin the New de Gaulle? A Comparison of the Chechen and Algerian Wars », Cornell University, The Mario Einaudi Center for International Studies, Paper n° 05-05, octobre 2005.Retour

[ 11] B. Lo, Russian Foreign Policy in the Post-Soviet Era, Reality, Illusion and Mythmaking, New York, Palgrave, 2002, p. 59-60.Retour

[ 12] Outre V. Poutine, la liste comptait V. Aksionenko, ministre des Transports, I. Ivanov, ministre des Affaires étrangères, et V. Rouchaïlo, ministre de l’Intérieur. Voir L. Shevtsova, Putin’s Russia, Washington, Carnegie Endowment for International Peace, 2003, p. 29.Retour

[ 13] S. Charap, « The Petersburg Experience, Putin’s Political Career and Russian Foreign Policy », Problems of Post-Communism, n° 1, 2004, p. 55-62.Retour

[ 14] L. Shevtsova, « Putin’s Legacy: How the Russian Elite Is Coping with Russia’s Challenges », Moscou, Carnegie Moscow Center, « Briefing » n° 4, juin 2006, p. 2 ; D. Treisman, « Putin’s Silovarchs », Orbis, n° 1, 2007, p. 141-153.Retour

[ 15] O. Khryshtanovskaya et S. White, « Putin’s Militocracy », Post-Soviet Affairs, n° 4, 2003, p. 289-306, et « Inside the Putin Court: A Research Note », Europe-Asia Studies, n° 7, 2005, p. 1065-1075.Retour

 [ 16] B. Renz, « Putin’s Militocracy? An Alternative Interpretation of Siloviki in Contemporary Russian Politics », Europe-Asia Studies, n° 6, 2006, p. 903-924 ; I. Bremmer et S. Charap, « The Siloviki in Putin’s Russia: Who They Are and What They Want », The Washington Quarterly, n° 1, 2007, p. 83-92.Retour

[ 17] Entretien avec un diplomate français, Paris, septembre 2006.Retour

[ 18] Ambassade de France en Russie – Mission économique, « Relations économiques franco-russes », mars 2005.Retour

[ 19] Assemblée nationale, Rapport Mariton, juillet 2003.Retour

[ 20] Dénégations et surprise qui se sont notamment exprimées lors du XIIe séminaire Ifri/Mgimo sur les questions de sécurité, Paris, octobre 2006.Retour

[ 21] Parmi les nombreux articles parus sur ce sujet, voir notamment V. Malingre, « L’offensive politique de Russie SA », Le Monde, 18 septembre 2006 ; L. Mandeville, « Paris mal à l’aise face à son partenaire russe », Le Figaro, 22 septembre 2006 ; J.-L. Constanza, « Les Russes chez EADS ou l’or des farfadets », Les Échos, 27 septembre 2006.Retour

[ 22] Entretien avec un diplomate allemand, Moscou, mars 2006.Retour

[ 23] Discours de J.-P. Raffarin, Moscou, 6 octobre 2003.Retour

[ 24] Sur ce point crucial, voir P. Baev, « Putin’s Counter-Terrorism: The Parameters of a Strategic Dead-End », Small Wars and Insurgencies, n° 1, 2006, p. 1-21.Retour

[ 25] Pour les conclusions d’une enquête sur le rapport entre identité nationale et perception territoriale menée en mars 2003, voir J. O’Loughlin et P. Talbot, « Where in the World is Russia? », Eurasian Geography and Economics, n° 1, 2005, p. 23-50.Retour

[ 26] Au plan intérieur, voir Th. Gomart, « Russie : trop-plein d’énergies ou d’inerties ? », in Th. de Montbrial et Ph. Moreau Defarges (dir.), RAMSES 2006, Paris, Dunod, 2005, p. 79-93. Au plan extérieur, voir Th. Gomart, « Politique étrangère russe : l’étrange inconstance », Politique étrangère, n° 1, 2006, p. 25-36.Retour

[ 27] Pour une argumentation selon laquelle il n’est possible de parler avec Moscou, comme le proposent les réalistes traditionnels, que de sécurité énergétique et de prolifération, voir J. Goldgeier et M. McFaul, « Russia’s No Democracy. So What? », Washington Post, 9 avril 2006. Pour une argumentation soulignant le caractère « wishful thinking » de cette approche, voir B. Lo, « Evolution or Regression? Russian Foreign Policy in Putin’s Second Term », Oslo, Norwegian Institute of International Affairs (NUPI), août 2006, p. 72-73.Retour

[ 28] Pour une dénonciation virulente de ce néo-impérialisme, voir J. Bugajski, Cold Peace, Washington, Praeger/CSIS, 2004 ; K. Smith, « Russian Energy Politics in the Baltics, Poland, and Ukraine », CSIS Report, décembre 2004.Retour

[ 29] L. Mandeville, « L’assassinat d’Anna Politkovskaïa détrompe l’Occident sur la Russie de Poutine », Le Figaro, 10 octobre 2006.Retour

[ 30] Th. Gomart, « Quelle influence russe dans l’espace post-soviétique ? », Le Courrier des pays de l’Est, n° 1055, 2006, p. 4-13 ; A. Tsygankov, « If Not by Tanks, then by Banks? The Role of Soft Power in Putin’s Foreign Policy », Europe-Asia Studies, n° 7, 2006, p. 1079-1099.Retour

[ 31] Th. Gomart, « Vladimir Poutine ou les avatars de la politique étrangère russe », Politique étrangère, n° 3-4, 2003, p. 789-802.Retour

[ 32] B. Lo, article cité [27]Retour

[ 33] Entretien avec un parlementaire russe, Moscou, décembre 2006.Retour

[ 34] Pour une Russie plus pragmatique qu’impériale, A. Tsygankov, « Projecting Confidence, Not Fear: Russia’s Post-Imperial Assertiveness », Orbis, n° 4, 2006, p. 677-690.Retour

Résumé

L’évaluation de la politique russe de Paris est nourrie d’interprétations contradictoires d’une Russie qui ne peut être vue ni comme une démocratie de type « gaulliste », ni comme un régime « tchékiste ». Le bilatéralisme de la « relation privilégiée » atteint d’évidentes limites. La France va devoir, en se rapprochant de ses partenaires de l’UE, adapter ses analyses et ses attitudes à l’égard de Moscou, partenaire à la fois inévitable et très particulier.

Mots-clés

Russie, politique étrangère française, Union européenne, Allemagne



Today, the Russian policy of Paris seems at the end of a cycle. Since 2000, it is characterized by a support for Vladimir Putin, in spite of contradictory interpretations on the nature of its regime. Paris, who has a special relationship with the Kremlin, has been able to enrich its diplomatic options, even if, undoubtedly, it cost a swinging between interests and values whose effects have consequences beyond the bilateral framework. The bilateralism of the “privileged relation” is reaching its limits. This article thus replaces the French policy according to those of its principal partners by proposing a better articulation between the Franco-Russian relation and the dialogue between EU and Russia.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Thomas Gomart « La politique russe de la France : fin de cycle ? », Politique étrangère 1/2007 (Printemps), p. 123-135.
URL :
www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2007-1-page-123.htm.
DOI : 10.3917/pe.071.0123.