Politique étrangère
I.F.R.I.

I.S.B.N.2200923761
240 pages

p. 9 à 11
doi: 10.3917/pe.071.0009

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Moyen-Orient : instabilités internes

Printemps 2007/1

2007 Politique étrangère Moyen-Orient : instabilités internes

Moyen-Orient : instabilités internes

Denis Bauchard
LA situation au Moyen-Orient est le plus souvent analysée à travers la politique des différents acteurs de la région et celle des puissances extérieures, comme les États-Unis ou l’Europe et leur jeu sur cet échiquier à haute sensibilité. Mais il paraît également intéressant d’étudier les situations internes, l’évolution des opinions publiques, les luttes pour le pouvoir dans les principaux pays de la région : tous ces éléments ont un fort impact sur leur politique extérieure. Tel est l’objet de ce dossier qui rassemble une série d’articles rédigés par des spécialistes reconnus et retrace la situation de politique intérieure de cinq pays du Moyen-Orient : l’Irak, l’Iran, le Liban, Israël et l’Égypte
Certes, les situations sont très diverses et parfois en complète opposition : qu’y a-t-il de semblable entre une démocratie comme Israël, un pays sous occupation étrangère en état d’affrontements communautaires comme l’Irak, un régime théocratique comme l’Iran, une dictature molle comme l’Égypte et une démocratie fondée sur le communautarisme comme le Liban ? En première analyse, rien. Cependant, la lecture attentive de ces différentes contributions révèle, par-delà la diversité des situations, certains points communs.
Le premier est le désarroi des populations face à un contexte régional menaçant. Désarroi en Israël, où l’opinion publique traumatisée par la « guerre des 34 jours » au Liban, n’a plus confiance dans son gouvernement, voire dans ses chefs militaires. Le cri du cÅ“ur – Sharon tu nous manques – évoqué par Sylvain Cypel dans son article est à cet égard révélateur. Désarroi en Iran, spécialement chez les jeunes qui, bridés par un pouvoir imposant une police des mÅ“urs d’un autre âge, recherchent un emploi introuvable et espèrent accéder par l’émigration à un avenir meilleur. La même tentation de l’émigration existe au Liban, où l’opinion divisée, après avoir cru à la « révolution du Cèdre », ressent durement la paralysie actuelle du pouvoir et les luttes de clans. En Égypte, le combat pour la succession d’un monarque vieillissant se déroule au milieu d’une opinion de plus en plus à l’écoute des Frères musulmans qui semblent être la seule force d’opposition organisée. En Irak, la lassitude et le désarroi de la population sont encore plus profonds, comme le constate Myriam Benraad. Violence et affrontements communautaires tournent à la guerre civile et conduisent ceux qui le peuvent à partir : deux millions d’Irakiens auraient ainsi déjà quitté le pays.
La faiblesse et les divisions internes des gouvernements en place empêchent toute politique volontariste ou quelque peu ambitieuse : elles amplifient ce désarroi. En Iran, l’agressivité et l’assurance du président Ahmadinejad font illusion. En fait le pouvoir, collégial, est paralysé par les luttes d’influence qui s’exacerbent en son sein. En Irak, le gouvernement en général et le Premier ministre en particulier n’ont aucune prise sur les événements. En Israël, le gouvernement où cohabitent la gauche et l’extrême droite, peine à définir une politique claire, notamment sur la question palestinienne : le climat d’incertitudes risque de durer tant que les différentes commissions d’enquête, notamment celle présidée par l’ancien juge Winograd, n’auront pas publié leurs conclusions. Quant au Liban, le phénomène de « désinstitutionnalisation » décrit par Nadim Hasbani, est particulièrement préoccupant. En Égypte, la préparation de la succession analysée par Sophie Pommier ne prédispose guère à l’efficacité gouvernementale. Dans les deux cas du Liban et de l’Irak, derrière les faiblesses des gouvernements se cache la désintégration de l’État.
Il est clair que le climat général de violences et d’affrontements qui se répand dans toute la région a pesé sur la situation intérieure des pays. À cet égard, la question palestinienne dans l’impasse, l’occupation américaine en Irak, la « menace existentielle » que fait peser l’Iran sur Israël, le jeu syrien et iranien au Liban, de façon plus générale l’influence exercée par l’Iran à travers « l’arc chiite », sont autant d’éléments perturbateurs qui contribuent à l’embarras et, le plus souvent, à la paralysie des gouvernements.
À l’inverse, la politique étrangère peut, dans certains cas, être instrumentalisée à des fins de politique intérieure. Le cas de l’Iran est à cet égard exemplaire. Comme le fait remarquer justement Mohammad-Reza Djalili, « Ahmadinejad essaie de compenser la perte de crédibilité de sa politique sociale […] en utilisant à des fins de propagande intérieure les échos favorables que rencontre son discours à l’extérieur de l’Iran, au sein du monde musulman en général, et du monde arabe en particulier ».
Certes, il ne faut pas abuser de ces similitudes. Mais, en définitive, il apparaît que cette interaction entre situation intérieure et politique extérieure pourrait bien être le fil d’Ariane de ce dossier. Celui-ci confirme qu’au Moyen-Orient, rien n’est simple, et que les éléments de politique intérieure, notamment la faiblesse des gouvernements et le désarroi des opinions, ne font que compliquer la solution des graves problèmes auxquels cette région doit faire face.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis