Politique étrangère
I.F.R.I.

I.S.B.N.9782865923496
236 pages

p. 478 à 480
doi: 10.3917/pe.083.0478

Veille sur la revue
Vous consultez

Automne 2008/3

2008 politique étrangère

Editorial

Les événements de Géorgie de l’été 2008 témoignent certes de la force des irrédentismes mal guéris de l’espace est-européen. Mais aussi, hélas, du caractère brouillon – pour dire le moins – des géopolitiques occidentales postérieures à la chute de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) dans cette région. Un caractère brouillon qui a sans doute, depuis plusieurs années, joué dans le sens d’une aggravation des tensions locales. L’ensemble des représentations occidentales de la région caucasienne n’ont, au vrai, qu’un point commun : l’incapacité à adopter vis-à-vis de Moscou une position stratégique claire, et de préférence raisonnable.
Les Américains semblent osciller entre les complicités interprésidentielles des sommets et les dénonciations obsessionnelles d’un nouvel empire du Mal. Mais avec une basse continue : il faut refouler la puissance russe au plus loin, et surtout l’empêcher de se relever comme acteur global du système international. Dans cette logique, l’action sur l’Ukraine et sur la Géorgie va de soi – en attendant peut-être la bonne humeur biélorusse… Quant aux Européens, ils sont, ô surprise, d’autant plus divisés qu’ils sont plus nombreux. L’unité de position pose déjà question entre vieux pays suivant leurs politiques traditionnelles (France, Allemagne, Royaume-Uni…) ; la cacophonie est complète dès qu’on juxtapose la plus grande partie des « anciens membres » de l’Union européenne (UE) et la majorité des États de la « nouvelle Europe ». La manÅ“uvre initiée à Tbilissi par la Pologne, avec participation des pays Baltes, en dit plus long que mille traités sur le radieux futur de la diplomatie européenne.
Les États du Caucase sont respectables, comme les aspirations de leurs peuples – de tous leurs peuples. Mais les politiques des puissances ne peuvent se déterminer qu’au regard de la conception qu’elles se font de l’organisation de la région : donc du rôle qu’y joue la Russie, donc du poids général de Moscou en matière diplomatique. C’est cette vision qu’il s’agit aujourd’hui de clarifier, sans la noyer dans des intérêts nationaux de court terme, ou des imaginaires idéologiques. La construction d’une « politique russe » reste l’une des affaires majeures des années à venir pour les grands pays de l’Occident. Moscou se relève de l’humiliation, du mépris et de l’auto-dépréciation ; elle le fait hélas avec un style hérité de son histoire : candeur, brutalité, cynisme parfois dans l’affirmation de son bon droit. Les rapports à entretenir avec la nouvelle Russie doivent être reconstruits de la base, et les Européens, en dépit de leurs divisions sont en première ligne : puissent-ils désormais s’éloigner des facilités et impulsions qui semblent gouverner depuis quinze ans une bonne partie de nos manÅ“uvres balkaniques ou caucasiennes.
***
Ce numéro de Politique étrangère invite à réfléchir à deux thématiques liées à ces exigences : l’espace de la Grande Asie centrale, et les choix futurs, post-élections, des États-Unis. L’Asie centrale constitue, comme le Caucase et avec des problèmes fort différents, une région encore mal dessinée politiquement. Se réduit-elle aux anciennes républiques musulmanes de l’URSS, englobe-t-elle, stratégiquement, le Pakistan ou l’Afghanistan ; la région ainsi définie justifie-t-elle d’un traitement unifié des grandes puissances ; peut-elle être vue comme un « centre » nouveau, à la lisière lui aussi de l’Europe ? États-Unis, Union européenne, Chine, Inde, Japon, et naturellement Russie, interviennent, à des degrés divers, dans cette Asie centrale. Les intérêts politiques sont bien là ; pas toujours les analyses claires. Là aussi, il importe de se méfier à la fois des héritages (l’Asie centrale arrière-cour de la Russie) et des fausses évidences (l’Asie centrale, nouveau centre du monde…) D’où l’effort de ce dossier [1] pour peser les influences en présence, mesurer la menace de la nébuleuse djihadiste, bref s’interroger sur la posture internationale de la région. Il faut donc voir dans ce dossier une étape dans une discussion à développer sur un statut non fixé : précisément la discussion qui n’a pas eu lieu sur les différentes régions du Caucase.L’autre interrogation de ce numéro porte, sans surprise, sur l’année électorale américaine. Le bilan de George W. Bush n’est plus en cause, mais plutôt ce qui pourrait survivre d’une présidence qui a peut-être décidé de moins de ruptures qu’elle n’a voulu le faire croire. En politique étrangère comme en matière économique, la présidence Bush a aussi reçu un héritage, et elle pourrait à son tour léguer nombre d’éléments. Diplomatiquement parlant, le débat est en tout cas ouvert. Bush a-t-il été un véritable novateur, ou un interprète plus systématique que d’autres de quelques tendances américaines au long cours, revues par le choc du 11 septembre ? Si la dernière hypothèse est la bonne, la révolution à venir sera limitée, peut-être à des effets de façade. Le débat est ici urgent parce que le prochain président américain, quel que soit son nom, se tournera d’abord vers l’Europe afin qu’elle l’aide, si possible, à sortir des crises irakienne, afghane ou iranienne. Les Européens ont tout intérêt à s’y préparer… Quant aux résultats des élections, le caractère très atypique des deux candidats pourrait laisser s’exprimer une évolution de structure de l’électorat américain. L’Amérique garde toutes ses chances de nous surprendre…***D’autres thématiques élargissent le champ d’observation de ce numéro : un retour sur le non irlandais au traité de Lisbonne ; la question de la « fédéralisation » de l’Union africaine, à travers l’instauration d’une véritable mécanique gouvernementale : un débat plus avancé qu’on ne le croit généralement hors du continent noir ; les mécanismes de domination au Zimbabwe, à la fois traditionnels et « rénovés », qu’on peut aussi utiliser pour juger de l’adaptation des dictatures au présent système international.On revient enfin dans ce numéro sur le raid israélien du 6 septembre 2007 qui a visé des installations syriennes, dont le caractère nucléaire ne fait plus de doute au fur et à mesure que circulent les informations internationales. Quel sens revêt l’insertion de la Syrie dans une logique de prolifération ? Quels liens, s’il y en a, entre ce programme et ceux que développe Téhéran ? Les questions sont nombreuses et pressantes. D’autant plus pressantes qu’Israël, bientôt en campagne, assure ne pas vouloir supporter le risque d’un Iran qui avancerait ses programmes nucléaires à l’abri de défenses anti-aériennes renforcées par la Russie…politique étrangère
 
NOTES
 
[1]Un dossier coordonné par Didier Chaudet, chercheur au Centre Russie/NEI de l’Ifri.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Un dossier coordonné par Didier Chaudet, chercheur au Centr...
[suite] Suite de la note...