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Politique européenne

2012/3 (n° 38)

  • Pages : 224
  • ISBN : 9782343002804
  • DOI : 10.3917/poeu.038.0042
  • Éditeur : L'Harmattan

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Lorsqu’en 1989, les régimes communistes des Pays d’Europe centrale et orientale (PECO) se sont effondrés, l’objectif d’adhésion à la Communauté économique européenne faisait alors l’objet d’un large consensus tant parmi les élites politiques que dans les opinions publiques (Kumar, 2006). À travers le soutien au processus d’intégration s’exprimait alors une adhésion à un ensemble de valeurs libérales et démocratiques (paix, prospérité, coopération équitable, libre-circulation des biens et des personnes, économie de marché) en contradiction avec l’ancien régime communiste (Neumayer, 2006).

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Par la suite, le processus d’élargissement fut officiellement engagé à l’occasion du Conseil européen de Copenhague en 1993 autour de la définition des différents critères et des conditions d’adhésion auxquelles les PECO devaient se conformer. À l’occasion des négociations sur l’application de ces critères, les premières réticences apparurent au sein des pays candidats, tant au niveau des opinions publiques que des partis politiques (Szczerbiak et Taggart, 2004 ; Nedelcheva, 2009). En effet, les efforts requis pour la transposition de l’acquis communautaire dans les droits nationaux ainsi que le rôle de la Commission européenne dans des domaines sensibles, comme par exemple la question des minorités, eurent pour conséquence d’ouvrir une période de scepticisme quant aux conséquences de l’adhésion à l’UE. Malgré la progression du phénomène de défiance et du manque d’enthousiasme affiché, les référendums organisés dans huit PECO en 2003 (Doyle et Fidrmuc, 2004) – à savoir l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie – confirmèrent la volonté d’intégrer l’UE.

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Depuis l’entrée de ces pays dans l’UE en 2004, nous assistons à une montée de l’euroscepticisme au niveau des partis politiques (Beichelt, 2005 ; Vachudova, 2008 ; Nedelcheva, 2009), alors qu’au niveau de l’opinion publique, l’adhésion s’est accompagnée d’un accroissement du soutien. Partant de ce constat, il est difficile de déterminer avec précision l’impact des référendums sur le développement du phénomène de soutien à l’UE dans la mesure où les dynamiques partisanes et populaires ne concordent pas.

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Dès lors, cet article analyse le soutien à l’UE au sein des opinions publiques en tâchant de prendre en compte les conditions macroéconomiques avant et après la tenue de ces référendums. L’idée centrale est que l’UE, aux yeux des populations, n’est devenue responsable de la conjoncture économique qu’à partir de l’adhésion du pays. Ainsi, le moment de l’adhésion à l’UE représente un moment charnière car il fait basculer les institutions européennes, et plus globalement l’idée de l’intégration européenne, de potentialité (période pré-adhésion) à la responsabilité (période post-adhésion).

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Nous formulons alors deux hypothèses. La première porte sur le rôle de l’UE comme alternative crédible au statu quo : si on est citoyen d’un pays qui n’est pas (encore) membre, une conjoncture économique favorable produit une baisse du soutien à l’UE et une conjoncture économique défavorable produit une hausse du soutien à l’UE. La deuxième hypothèse, en revanche, est fondée sur une conception de l’UE comme responsable de la situation macroéconomique : si on est citoyen d’un pays membre, une conjoncture économique favorable produit une hausse du soutien à l’UE, alors qu’une conjoncture économique défavorable produit une baisse du soutien à l’UE. Cette imputation de responsabilité n’est pas possible dans les pays qui ne sont pas membres.

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En associant les deux hypothèses, les fluctuations économiques devraient produire des résultats opposés chez les individus, selon que leur pays est membre ou non de l’UE. Aussi, de façon analogue à l’analyse qui évalue le soutien à un parti du fait de sa participation ou non au gouvernement en place (Franklin, Van Der Eijk et Oppenhuis, 1996), nous estimons que l’appartenance à l’UE sera perçue comme une alternative à la non-appartenance dans les pays qui ne sont pas encore membres, ou comme le statu quo dans les pays qui sont membres.

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Les résultats empiriques montrent que ce mécanisme se vérifie seulement pour le taux de chômage, alors que l’UE ne semble pas tenue pour responsable de la croissance et de l’inflation.

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L’article se structure ainsi : tout d’abord, nous exposons la littérature récente sur le soutien à l’UE dans les PECO en insistant sur les effets des conditions macroéconomiques. La deuxième section présente notre approche théorique, fondée sur les modèles de responsabilité (accountability) et de réactivité (responsiveness). Dans la troisième section, nous présenterons les données que nous utilisons afin de tester notre théorie. Dans la quatrième section, les principaux résultats seront présentés, avant de terminer sur une conclusion plus large portant sur le soutien à l’UE.

Soutien à l’UE : effets individuels et contextuels

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Une revue de la littérature permet d’identifier un grand nombre de modèles concurrents cherchant à expliquer le soutien des citoyens à l’égard de l’UE. Certains se concentrent sur ce que David Easton (1965) appelle le « soutien diffus », en particulier sur la question de l’identité européenne. D’autres sont centrés sur des formes de soutiens plus spécifiques – comme le soutien aux institutions européennes ou à ses performances.

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De nombreuses études ont insisté sur la question identitaire. Cette approche a mis en évidence les liens qui existent entre nationalisme exclusif, hostilité à l’égard des étrangers, perception d’une menace de la part d’autres cultures, d’une part, et d’opinions défavorables sur l’UE d’autre part (Carey, 2002 ; McLaren, 2002, 2007 ; Marks et Hooghe, 2005). Dans cette perspective, l’UE est perçue par certains individus comme une institution politique contestant l’autorité et la prédominance de l’État-nation tout en contribuant à intensifier la mobilité des citoyens entre États membres. En outre, Juan Diez-Medrano a montré que les attitudes à l’égard de l’UE dépendent largement de l’expérience historique de chaque pays. Ainsi les différentes trajectoires historiques nationales, comme le franquisme en Espagne, ont un impact sur la manière qu’ont les citoyens d’appréhender la construction européenne (Diez-Medrano, 2003). En revanche, la question de l’identité européenne a rarement été mise en relation avec les conditions économiques (pour une exception, voir Dubé et Magni Berton, 2009). Celles-ci, tout comme la conjoncture politique, sont surtout considérées comme responsables des fluctuations du soutien spécifique à l’UE.

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En particulier, une ample littérature s’est attachée à mettre en valeur le rôle du contexte politique, essentiellement national, pour expliquer la formation des attitudes des citoyens vis-à-vis du processus d’intégration. Cette logique considère que les citoyens se fondent sur leurs jugements à l’égard du système politique national ou des gouvernants nationaux lorsqu’ils sont amenés à exprimer un avis sur le processus d’intégration européenne (Van Der Eijk et Franklin, 1995 ; Anderson, 1998 ; Sanchez-Cuenca, 2000 ; Rohrschneider, 2002). En fait, les individus font usage de cette heuristique dans la mesure où ils ne possèdent souvent que des connaissances vagues quant au mode de fonctionnement des institutions européennes. Dans cette perspective, ce qui importe est donc la popularité du gouvernement au pouvoir (Van Der Eijk et Franklin, 1995), le degré de satisfaction des individus à l’égard de l’état de la démocratie dans l’UE (Rohrschneider, 2002), ou encore la perception de la performance du système politique national (Sanchez-Cuenca, 2000). Ainsi, le contexte politique national est un facteur à part entière expliquant la formation des attitudes des citoyens vis-à-vis de l’UE.

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La question de l’impact des variations macroéconomiques sur le soutien spécifique à l’UE a également été abondamment traitée. L’idée est d’expliquer ce soutien à partir des coûts et les bénéfices associés à l’appartenance à l’UE (Gabel, 1998 ; Anderson, 1998). Plus précisément, ce modèle teste l’idée que le soutien des citoyens à l’égard de l’UE est positivement corrélé aux gains qu’ils en retirent. Les gains peuvent être définis à deux niveaux : microéconomique ou macroéconomique. Les auteurs qui s’appuient sur une analyse microéconomique se concentrent sur les déterminants économiques individuels qu’ils soient subjectifs ou objectifs (Gabel et Palmer, 1995 ; Gabel, 1998). Ainsi, des variables comme le niveau d’éducation ou de revenus sont considérées comme des indicateurs permettant d’évaluer le niveau de soutien d’un individu à l’UE. En effet, l’UE offre de meilleures opportunités en termes de mobilité et de capacités d’investissement en tant qu’union économique favorisant la libéralisation des marchés. Ce type d’approche a été appliqué avec succès aux pays de l’Europe de l’Est, aussi bien avant l’adhésion (Elgün et Tillman, 2007), qu’après (Herzog et Tucker, 2010).

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Quant à l’approche macroéconomique, elle s’appuie sur l’idée que le soutien à l’UE dépend de facteurs économiques globaux tels que le taux de chômage, le taux d’inflation et le taux de croissance (Anderson et Kaltenthaler, 1996 ; Dalton et Eichenberg, 2007). Dans cette perspective, le soutien des citoyens à l’égard de l’UE est fortement lié aux performances de l’économie nationale [1][1] Dans une analyse du comportement électoral des citoyens.... Cet article analyse le soutien à l’UE dans cette perspective. En effet, le lien entre soutien à l’UE et situation économique est à la fois bien attesté, mais peu clair. Richard Eichenberg et Russell Dalton (1993) ont été les premiers à trouver un lien négatif entre inflation et soutien à l’intégration européenne. Depuis, d’autres études ont également trouvé un impact négatif du chômage et positif de la croissance (Bréchon, Cautrès et Denni, 1995 ; Anderson et Kaltenthaler, 1996). Plus récemment, R. Eichenberg et R. Dalton (2007) ont analysé des séries longues de soutien à l’UE (1973-2004) et ont confirmé l’impact des variables macroéconomiques, même si l’impact de l’inflation disparaît après le traité de Maastricht.

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Ce qui est moins clair, c’est le mécanisme causal qui relie les conditions macroéconomiques au soutien envers l’UE. Il y au moins deux mécanismes : le premier, basé sur les modèles économiques du soutien (Anderson, 2000 ; Lewis-Beck et Paldam, 2000 ; Mueller et al., 2010), avance l’idée que cette causalité est due au fait que l’UE est perçue par les citoyens comme responsable des conditions économiques. Par conséquent, la variation du soutien traduirait un jugement sur la performance de l’UE. La deuxième explication se fonde sur un effet de satisfaction général : lorsque l’économie va bien, les citoyens tendent à être plus satisfaits en général, et le soutien plus élevé à l’UE n’est qu’une manifestation de cette satisfaction globale. Les études citées ne tranchent pas ce débat. La prochaine section clarifiera ses enjeux et montrera comment cette question peut être traitée.

Conditions macroéconomiques, imputation et soutien à l’UE

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Le modèle économique du soutien a d’abord été développé pour expliquer le soutien aux gouvernements sortants. D’après ce modèle, les citoyens jugent le gouvernement sortant d’après la performance économique que le pays a connu sous son mandat. La popularité du gouvernement serait déterminée par des jugements rétrospectifs – puisqu’ils s’appuient sur la performance passée – qui s’exprimeraient dans une logique référendaire : ils sont « pour » ou « contre » la reconduction du gouvernement en place. L’hypothèse générale est simple : « les citoyens votent pour le gouvernement si l’économie se porte bien ; autrement, ils votent contre lui. » (Lewis-Beck et Stegmaier 2000, 211).

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Ce modèle, d’apparence simple, se heurte cependant au problème posé par la perception et l’imputation de la responsabilité (Anderson, 2007) [2][2] Un deuxième problème du modèle du vote économique,.... En effet, les politiques économiques dans les démocraties ne sont pas seulement le résultat des décisions du parti qui gouverne et les performances macroéconomiques ne dépendent pas exclusivement de ces décisions. De nombreuses autres institutions – les autres partis de la coalition, le Parlement, les différentes autorités de l’exécutif, les institutions juridiques, les pouvoirs locaux et, bien sûr, l’UE – vont contrebalancer le pouvoir du gouvernement. Chacune d’elles peut être perçue par les citoyens comme en partie responsable de la situation économique.

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La question peut encore se poser dans une perspective différente. Ne sachant pas quelle institution est considérée comme responsable par les citoyens, il est possible de l’identifier en observant sa plus ou moins grande dépendance au vote économique. Ainsi, Michael Lewis-Beck (1997) a notamment observé qu’en France, le gouvernement, et non le président, est sanctionné ou récompensé en fonction de l’état de l’économie. Cette approche modifie le raisonnement initial. L’existence d’un soutien économique est ici postulée, et l’enjeu est de savoir quelle est l’institution qui est tenue pour responsable de la situation économique. Si la popularité d’une institution est sensible à la conjoncture économique, on peut alors en déduire qu’elle est perçue, au moins en partie, comme responsable.

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C’est dans cette optique que les travaux mentionnés ci-dessus (Anderson et Kaltenthaler, 1996 ; Dalton et Eichenberg, 1993, 2007) ont fait l’hypothèse que les citoyens européens pouvaient voir l’UE comme responsable de la conjoncture économique. Cependant, bien que les résultats soient globalement probants, ils ne portent que sur les pays membres. Or, pour valider l’attribution de responsabilité, il faut également montrer que lorsque les pays ne sont pas membres, dans la mesure où ils ne sont pas soumis aux contraintes de l’UE, les citoyens devraient ne pas percevoir l’UE comme responsable de la situation économique.

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Concernant le cas particulier des PECO, les citoyens devaient se prononcer lors d’un référendum en 2003 sur l’adhésion de leur pays à l’UE. Avant cette date, les citoyens de ces pays savaient que l’UE avait accepté de les intégrer, et ils avaient le choix d’accepter ou non cette adhésion. Les référendums de 2003 et surtout l’adhésion marquent une rupture institutionnelle qui peut affecter la logique du soutien à l’UE. L’exemple des huit PECO ayant adhéré en 2004 offre donc un cas de figure expérimental intéressant pour tester l’hypothèse de la responsabilité de l’UE. En appliquant le modèle du vote économique à l’UE, nous pouvons alors distinguer trois hypothèses.

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  1. L’UE comme responsable. Dans cette configuration, l’UE ne serait affectée par la conjoncture économique qu’après l’adhésion du pays. En particulier, après l’adhésion, plus l’économie va bien et plus le soutien sera élevé. Un tel résultat montrerait que l’UE est perçue comme responsable, du moins en partie, pour l’état de l’économie. Cette hypothèse classique a déjà été observée dans les travaux préalablement cités. Cependant, contrairement à la démarche adoptée par ces études, nous nous attendons ici à ce que l’influence des conditions économiques sur le soutien à l’UE n’intervienne qu’après l’adhésion. Avant l’adhésion, le soutien à l’UE devrait être insensible aux conditions économiques car l’UE ne pouvait pas être considérée comme responsable [3][3] En réalité, étant donné que les pays candidats étaient....

  2. L’UE comme responsable en devenir. Notre deuxième hypothèse part de l’idée selon laquelle, avant l’adhésion de leur pays, les citoyens percevraient l’UE comme un responsable en devenir. Plus précisément, les individus évaluent la capacité de l’UE à agir sur la conjoncture économique de manière prospective et modulent ainsi leurs opinions à l’égard de l’UE en prenant en compte la performance de leur économie nationale. Autrement dit, jusqu’au référendum d’entrée, les citoyens considèrent l’adhésion à l’UE comme une alternative pertinente à la non-adhésion, qui est le statu quo. Cela signifie concrètement que l’état de l’économie influence le soutien à l’UE même avant l’entrée, mais dans un sens opposé à celui décrit précédemment : plus l’économie va bien et moins le soutien sera élevé. Tel un challenger dans les modèles économiques du vote, l’UE bénéficierait alors de plus de soutien dans les pays candidats lorsqu’ils traversent une période économique difficile, puisqu’elle serait alors l’alternative valide à la situation de non-appartenance dans laquelle le pays se trouve.

  3. La dernière configuration est que le soutien à l’Union européenne ne dépend pas de l’état de l’économie. Dans ce cas, on pourra conclure qu’elle n’est pas perçue comme une institution de premier plan, capable d’influencer les conditions du pays. Dans les pays d’Europe occidentale, cette interprétation est plausible et compatible avec ce qui a été observé par ailleurs sur le caractère de second ordre des élections européennes (Reif et Schmitt, 1980 ; Marsh, 1998 ; Magni Berton, 2008). Les travaux plus récents sur cette question montrent d’ailleurs que l’impact des variables économiques est de moins en moins fort dans les pays de l’Europe de l’ouest (Nogueira et Veira, 2010). En revanche, les élections européennes ne semblent pas être clairement de second ordre dans les PECO (Schmitt, 2005) et de plus, la participation électorale pour les référendums de 2003 a été, dans tous ces pays sauf la Slovénie, relativement élevée. En outre, certains travaux ont montré l’importance considérable des variables économiques dans la formation des attitudes des citoyens à l’égard de l’UE (Tucker et al., 2002). Ces informations suggèrent que les enjeux liés à l’adhésion à l’UE ont été perçus comme importants. Le modèle du vote économique devrait donc être, du moins partiellement, pertinent dans ces pays.

Données et méthode de l’analyse empirique

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Pour tester nos hypothèses de soutien à l’UE, nous développons une analyse empirique à partir de six Eurobaromètres réalisés avant et après les adhésions de huit pays d’Europe centrale et orientale. Après une présentation des données utilisées et de la méthode de l’analyse, nous commentons les résultats obtenus.

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Pour chaque pays nous disposons des bases de données individuelles fournies par l’Eurobaromètre [4][4] Pour une présentation générale de ces enquêtes européennes,.... Nous travaillons sur les huit PECO ayant rejoints l’UE en 2004, à savoir la République tchèque, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovénie et la Slovaquie. Autour de cette date charnière de 2004, nous utilisons les enquêtes disponibles trois années avant (2001, 2002 et 2003) et trois années après l’adhésion (2005, 2006 et 2007) de manière à avoir suffisamment de recul temporel vis-à-vis de l’adhésion tout en limitant les différences entre pays en ce qui concerne les négociations d’adhésion [5][5] En effet, les négociations d’adhésion entre la Commission.... À noter que les Eurobaromètres de 2001 et de 2002 ont été conduits avant que les procédures d’accession se soient officiellement terminées (décembre 2002) et que les Eurobaromètres de l’année 2003 ont été conduits avant la tenue des référendums dans les pays évoqués [6][6] Un chevauchement a eu lieu en Slovénie où le référendum.... En tout nous disposons donc des bases individuelles couvrant six années, huit pays soit un total de presque 25000 répondants.

Variable dépendante : soutien à l’UE

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La principale difficulté est de trouver une mesure constante dans le temps du soutien à l’UE avant et après l’adhésion. En croisant les Eurobaromètres sur les pays candidats et les Eurobaromètres standards, une question permet de faire le lien entre les deux périodes, la seule utilisée dans les travaux sur les pays qui ne sont encore membres (Elgün and Tillman, 2007) [7][7] Les Eurobaromètres utilisés sont pour les Eurobaromètres.... Cette question porte sur une évaluation individuelle concernant l’appartenance à l’UE et est formulée de la manière suivante : « Globalement, pensez-vous que l’appartenance de votre pays à l’UE sera (est) .…? une bonne chose, une mauvaise chose, ni une mauvaise ni une bonne chose, ne sait pas ou refus (spontané) ». À partir des différents items de réponses, nous pouvons distinguer les répondants apportant leur soutien à la participation à l’UE en considérant tous ceux ayant répondu « une bonne chose » à la question. À noter que l’indifférence (ni une mauvaise ni une bonne chose) et le rejet (une mauvaise chose) ont été regroupés ensemble, bien qu’ils expriment deux attitudes différentes. La raison tient au fait que nous nous concentrerons sur l’explication du soutien à l’UE en tant que soutien favorable. Il s’agit alors d’expliquer cet aspect par rapport à toutes les autres attitudes.

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La variable Soutien à l’UE, de par la question utilisée, incline déjà les répondants à juger en termes de coûts et avantages et de façon sociotropique. Elle est donc particulièrement adaptée à l’évaluation de l’effet des conditions macroéconomiques. Par cet accent mis sur la dimension utilitaire, la question évalue un soutien de type spécifique.

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Au niveau agrégé, on constate que le soutien à l’UE augmente dans le temps (figure 1), même l’adhésion est suivie par une légère baisse de ce soutien qui passe de 63 % en 2003 à 58 % en 2005.

Figure 1 - Évolution agrégée du soutien à la participation à l’UE

Soutien calculé à partir de la question « Globalement, pensez-vous que l’appartenance de votre pays à l’UE sera (est) une bonne chose ? » et sur huit pays intégrés à l’UE en 2004: République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovénie et Slovaquie.

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Ces tendances s’observent également au niveau national (figure 2). Pratiquement tous les pays de notre échantillon voient leur soutien à l’UE augmenter sur toute la période de 2001 à 2007, à l’exception notable de la Hongrie dont le profil d’évolution est atypique comparativement aux autres pays. Mais un tassement semble se produire au moment de l’adhésion.

Figure 2 - Évolution du soutien par pays à la participation à l’UE
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La mesure du soutien à l’UE est donc une variable binaire, la valeur 1 retraçant le soutien à l’UE, à estimer par une analyse multivariée. Nous nous appuyons sur une estimation par le maximum de vraisemblance sur un modèle logistique [8][8] Compte tenu de la taille des échantillons il y a une... permettant d’estimer la probabilité qu’un répondant aux enquêtes soutienne l’intégration à l’UE. L’estimation est faite pour trois années précédant l’adhésion (de 2001 à 2003) puis pour trois années suivantes (de 2005 à 2007) avec exactement le même modèle explicatif.

Variables contextuelles macroéconomiques

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Nos principales variables indépendantes portent sur les évolutions macroéconomiques des pays. À la suite des résultats de la littérature de l’économie politique du soutien politique, nous avons retenu trois variables macroéconomiques : le taux de croissance annuel, le taux de chômage annuel moyen et les taux d’inflation annuel moyen [9][9] Les données macroéconomiques sont celles fournies par.... Les figures 3, 4 et 5 représentent les évolutions des taux de chômage, d’inflation et de croissance dans les huit pays considérés de 2001 à 2007. Concernant le taux de chômage et le taux de croissance, nous retrouvons l’exception hongroise : la Hongrie a été le seul pays à connaître dans la période une montée du chômage et un ralentissement de la croissance. Sachant qu’il s’agit également du seul pays à connaître dans la période une érosion du soutien à l’UE, ces premiers éléments suggèrent l’existence d’une responsabilité perçue.

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À noter, cependant, que le taux d’inflation ne suit pas cette tendance. Il est en baisse dans tous les pays jusqu’en 2004, puis il remonte partout sauf en Slovénie (figures 3, 4, 5).

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Ces variables macroéconomiques étant annuelles, elles sont les mêmes pour tous les individus ayant répondu à l’enquête dans la même année et dans le même pays, soit 48 (6 x 8) observations différentes. Pour cette raison, l’introduction de données correspondant à un niveau agrégé peut produire des perturbations dans la qualité des estimations. Pour limiter ces perturbations, nous avons également introduit des variables binaires pour chaque année et pour chaque pays de manière à prendre en compte des effets fixes non-observés par date et par nations. De plus, les erreurs-types sont également corrigées par la méthode des clusters de manière à prendre en compte les effets non-observés liés aux pays qui pourraient perturber la variance des erreurs [10][10] Une stratégie alternative aurait pu être l’analyse....

Figure 3 - Évolution du taux de chômage dans les 8 pays de l’étude (2001-2007)
Figure 4 - Évolution du taux de croisssance dans les 8 pays de l’étude (2001-2007)
Figure 5 - Évolution du taux d’inflation dans les 8 pays de l’étude (2001-2007)

Variables de contrôle individuelles

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À côté des variables macroéconomiques, nous utilisons un ensemble de variables de contrôle qui sont toutes des variables individuelles. Il s’agit de variables sociodémographiques : le sexe du répondant, son âge, son niveau de formation (mesuré par l’âge de fin d’étude), son statut matrimonial et la taille du foyer, la taille de l’agglomération d’habitation, la situation professionnelle, et enfin, la détention d’un patrimoine immobilier. Ces variables permettent de prendre en compte, indirectement, les gains attendus au niveau microéconomique de l’adhésion à l’UE. L’hypothèse rend compte du fait que les conséquences objectives de l’adhésion au marché commun sur le bienêtre économique des individus sont liées au niveau de revenus, à l’activité professionnelle ainsi qu’à l’éducation (Gabel, 1998 ; Dalton et Eichenberg, 2007). Notamment, Matthew Gabel a démontré que les citoyens avec une éducation supérieure et un niveau de qualification élevé vivant dans des zones de développement bénéficiant des retombées économiques de l’UE avaient tendance à juger de façon positive l’adhésion leur pays à l’espace européen.

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Par ailleurs, nous introduisons une variable permettant de mesurer la satisfaction générale vis-à-vis de sa situation personnelle. Cette variable nous permet de contrôler l’influence des incidences personnelles sur l’évaluation de l’UE. En outre, nous avons deux variables politiques avec la fréquence de discussion sur les questions politiques et la fréquence de conviction de l’entourage également sur les questions politiques par le répondant. Ces deux dernières variables sont des mesures d’approximation de l’intensité de politisation des répondants. Aussi, les enquêtes Eurobaromètres ne fournissent pas de façon constante des questions permettant de mesurer les variables identitaires. Ce manque est évidemment préjudiciable à la qualité de notre recherche dans la mesure où le facteur identitaire a été mis en valeur à de nombreuses reprises dans la littérature portant sur les déterminants de soutien à l’UE (Carey, 2002 ; McLaren, 2002 ; Marks et Hooghe, 2005). Néanmoins, en se référant au modèle théorique développé par Joshua Tucker et al. (2002), qui fait l’hypothèse que le processus d’adhésion à l’UE est différemment appréhendé par les individus au sein des PECO que par les individus des pays d’Europe occidentale du fait de la nécessité de contribuer à la consolidation du processus de transition économique vers le capitalisme et le libre-échange, il est vraisemblable de postuler que les facteurs identitaires ont joué un rôle moins important durant les périodes de pré- et post-accession. Un tableau descriptif des variables utilisées est donné en annexe.

Résultats des estimations de la probabilité de soutien à l’UE

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Les résultats de l’estimation de la probabilité du soutien à la participation à l’UE sont donnés par le tableau 1, qui présente les odds-ratios associés avec les variables explicatives. Globalement, la qualité des estimations est satisfaisante et ne soulève pas de problèmes particuliers. Avant de discuter les résultats pour les variables macroéconomiques, nous pouvons détailler les résultats concernant les variables individuelles.

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Les éléments les plus remarquables à propos des variables individuelles correspondent aux résultats traditionnels des explications du soutien à la construction européenne. Ces résultats sont assez stables entre les deux périodes à l’exception du lieu d’habitation dont l’effet disparaît après l’adhésion. Plus précisément, dans les milieux urbains le soutien à l’UE était plus important avant l’adhésion, alors qu’après, le coefficient devient non significatif.

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Par ailleurs, il apparaît que la satisfaction vis-à-vis de la vie en général accroît la probabilité de soutien à l’adhésion à l’UE avec un effet strictement croissant en fonction du niveau de satisfaction. De plus, la politisation des répondants, mesurée par la fréquence de discussion politique ou par la force de conviction sur l’entourage, a également un effet positif sur le soutien à l’adhésion européenne. Les variables sociodémographiques vont également dans le sens habituel. Ainsi, la probabilité de soutien augmente avec l’accroissement du niveau d’instruction. Inversement, le soutien se réduit avec l’âge de la personne interrogée (tableau 1).

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Concernant les variables macroéconomiques, il faut distinguer les trois mesures. Le taux d’inflation n’a pas d’incidence sur le soutien à l’adhésion, les coefficients associés ne sont pas significatifs quels que soient le modèle ou la période étudiée, alors que le taux de chômage ou le taux de croissance ont bien une influence.

Tableau 1 - Estimations de la probabilité de soutien à l’adhésion à l’UE après et avant
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L’accélération du taux de croissance dans le pays tend à augmenter le soutien à l’UE ; et ce, quelle que soit la période, avant ou après l’adhésion. Pour autant, l’effet se réduit entre les deux périodes. En effet, le odds-ratio s’élève à 1,1 avant l’adhésion et à 1,04 après. Cette différence pouvant être due à une dispersion différente de la croissance entre les deux périodes, nous pouvons comparer, non pas les odds-ratios, mais les odds-ratios sur la variable standardisée. Le odds-ratio est ainsi de 1,26 avant l’adhésion, ce qui signifie que pour une augmentation d’un écart type du taux de croissance, il y a 1,26 fois plus de chance que le répondant soutienne l’adhésion à l’UE. Après l’adhésion, le odds-ratio descend à 1,12. Donc une fois les différences d’écart type entre les deux périodes contrôlées, il apparaît bien que l’effet du taux de croissance sur le soutien à l’UE se réduit lorsque l’adhésion devient effective. Ce résultat, bien que cohérent avec ce qui a été trouvé dans la littérature (Bréchon, Cautrès et Denni, 1995 ; Anderson et Kaltenthaler, 1996), infirme l’hypothèse d’une responsabilité perçue de l’UE concernant la croissance. En effet, la croissance entraîne du soutien avant et après l’adhésion, mais l’effet est plus fort avant. Cela signifie que cette relation ne peut être interprétée comme une attribution de responsabilité à l’Europe et que l’hypothèse d’une UE jugée sur sa performance est infirmée en ce qui concerne la croissance. Nous développerons ce point dans la discussion.

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Le résultat concernant le chômage offre, en revanche, des effets plus saillants. Le taux de chômage a une incidence positive sur le soutien à l’UE dans la période pré-adhésion : une augmentation du chômage national induit une probabilité de soutien à l’UE plus grande. En revanche, dans la période post-adhésion, le taux de chômage a une incidence négative sur le soutien. Il y a donc un retournement de l’effet du chômage entre les deux périodes : pré et post-adhésion. Une fois contrôlées les différences d’écart type de la variable entre les deux périodes, on constate qu’une augmentation d’un écart type du chômage avant l’adhésion se traduit par le fait qu’il y a un tiers de chances de plus pour que le répondant soutienne l’UE, et après l’adhésion, cela se traduit par le fait qu’il y a un cinquième de chances en moins pour que le répondant soutienne l’adhésion. En outre, ce résultat ne s’explique pas par la possible multicolinéarité entre les variables macroéconomiques puisque, d’une part, la corrélation simple au niveau individuel des trois variables est contenue (au maximum le coefficient de corrélation s’élève à 0,6), et d’autre part, le coefficient de la variable reste significatif, de même effet et de même ampleur lorsque le chômage est introduit seul dans l’estimation.

39

Au final, les résultats amènent à faire deux distinctions. D’une part entre la nature du résultat macroéconomique et d’autre part entre les situations vis-à-vis de l’adhésion. Ainsi, l’adhésion à l’UE modifie bien les facteurs politico-économiques du soutien. Mais cette modification est différente selon la nature des résultats macroéconomiques. Les résultats macroéconomiques négatifs, comme le chômage, voient leurs effets s’inverser avec l’adhésion : avant l’adhésion, le chômage tend à favoriser le soutien à l’UE alors qu’après il tend à miner ce soutien. Les résultats macroéconomiques positifs, comme la croissance, voient leurs effets se maintenir et se restreindre avec l’adhésion.

Discussion

40

L’analyse fondée sur une comparaison des logiques du soutien à l’UE avant et après l’entrée du pays dans l’Union, met en évidence des biais dans les études précédentes et offre de nouveaux résultats. Globalement, selon nos résultats, l’UE n’est pas tenue pour fortement responsable de la situation macroéconomique – moins que ce qu’en dit la littérature sur cette question. Cependant, il y a un effet clair d’imputabilité concernant le chômage. Il faut noter que si ce résultat est le plus intéressant, le résultat obtenu concernant l’impact de la croissance économique est méthodologiquement important, puisqu’il confirme un effet positif de la croissance, tout en infirmant l’hypothèse d’une UE perçue comme responsable.

41

Le principal effet constaté concerne cependant le taux de chômage. Nous avons non seulement observé un effet de « responsabilité », mais également un effet de « responsabilité potentielle. ».

42

L’effet de responsabilité est visible par le fait que l’augmentation du chômage produit une baisse du soutien à l’UE uniquement après 2004. Ainsi, on peut clairement affirmer que l’UE est perçue comme partiellement responsable des performances économiques après l’adhésion dans la mesure où les citoyens des PECO considèrent l’UE comme responsable du taux de chômage. L’effet de responsabilité potentielle se joue avant l’adhésion : avant 2004, le taux de chômage influençait le soutien de façon positive : plus la situation était mauvaise, et plus le soutien à l’UE était élevé. Cela signifie que les citoyens des PECO étaient conscients que l’UE était une opportunité et la voyaient comme capable potentiellement de résoudre les problèmes de chômage.

43

En revanche, concernant l’inflation, nous n’avons trouvé aucun effet, ni avant ni après l’adhésion, conformément aux résultats de R. Dalton et R. Eichenberg (2007). Depuis le début des années 2000, l’inflation a un statut assez différent du chômage. Il s’agit d’abord d’un paramètre fondamental pour déterminer qui a le droit d’entrer dans l’UE, puis dans l’Euro, contrairement au chômage. Cela explique que l’inflation, contrairement au chômage, baisse avant l’adhésion dans tous les pays, puis remonte ensuite.

44

Plus généralement, la question de la perception correcte de la conjoncture économique par les citoyens, telle que soulevée par C. Anderson (2007) notamment, peut expliquer cette différence entre chômage et inflation. On ne peut conclure de nos résultats que l’UE est perçue comme responsable pour le chômage et non pour l’inflation. En effet, il est également possible que les citoyens aient une idée plus ou moins correcte du taux de chômage dans leur pays, et que cela ne soit pas le cas pour l’inflation. Cette deuxième interprétation est plausible, parce que le taux d’inflation est relativement bas dans tous les pays, lorsqu’on le compare aux années post-communistes. Cette explication est confirmée par les travaux sur le vote économique qui tendent à observer une diminution généralisée de l’effet de l’inflation et de la croissance sur le vote économique depuis une vingtaine d’années, au profit de l’effet chômage (Lewis-Beck et Paldam, 2000, 117).

45

Finalement, le résultat concernant le taux de croissance illustre bien l’utilité d’un travail s’intéressant simultanément à l’avant et l’après. Si nous avions seulement pris en compte les années après l’adhésion, nous aurions pu parvenir à la même conclusion que les études précédentes : la croissance augmente le soutien à l’UE, ce qui suggère que l’UE est perçue comme responsable du taux de croissance. Cette interprétation ne tient plus lorsqu’on observe que le taux de croissance a un impact positif sur le soutien à l’UE même avant l’adhésion et que cet impact est même plus important. Une autre interprétation se dessine alors. La croissance produit de manière générale plus d’optimisme et cela se traduit par un soutien accru aux choix entrepris par le pays. Il n’y a pas ici de mécanisme d’imputabilité, mais simplement quelque chose qui peut être associé à une vague d’enthousiasme.

46

Dans l’ensemble, il reste la question de savoir pourquoi le taux de chômage est le seul baromètre économique du soutien à l’UE. D’une manière générale, les revues de la littérature sur la question tendent à conforter l’idée que le chômage est la variable économique clef pour prédire le vote et la popularité (Lewis-Beck et Paldam, 2000 ; Anderson, 2007). De façon plus spécifique, il est également possible que l’Europe soit associée à la question du chômage, plus qu’aux autres questions, en particulier dans les PECO. Dans la période étudiée, la croissance avait rapidement augmenté depuis la sortie du communisme. Cela n’était donc pas un problème, aux yeux des citoyens. En revanche, l’emploi était plus instable et plus inégal selon les pays. L’UE pouvait alors être vue plus comme une garantie de protection que comme un facteur de croissance.

47

Au-delà de ces considérations, notre article n’offre pas d’explication concernant les effets différents des trois indicateurs macroéconomiques classiques. Son intérêt porte avant tout sur le procédé méthodologique qui établit un fait, que sur l’explication elle-même du phénomène.

Conclusion

48

Les PECO constituent, à ce jour, un cas unique et instructif pour étudier les logiques de soutien à l’UE. En effet, ce sont les seuls pays pour lesquels nous disposons d’enquêtes d’opinions avant leur adhésion à l’UE comparables avec celles qui ont été menées après leur entrée. Cette particularité nous a permis de déterminer si l’adhésion à l’UE altère l’attitude des citoyens nouveaux entrants, en particulier face à la conjoncture économique.

49

Nous avons montré que l’entrée dans l’UE ne modifie pas fondamentalement les attitudes à l’égard de l’UE des citoyens des PECO, à une exception près. Alors que l’UE était perçue avant comme une solution possible contre le chômage, et était d’autant plus soutenue que le taux de chômage augmentait, après l’adhésion elle est perçue comme responsable du taux de chômage, ce qui rend ses citoyens plus critiques lorsque le taux de chômage augmente. C’est ce que nous avons appelé un effet de « responsabilité » renforcée par un effet de « responsabilité potentielle ».

50

Une telle réaction n’est pas observée ni pour le taux d’inflation, ni pour le taux de croissance. Ce dernier est bien corrélé au soutien à l’égard de l’UE, mais il n’est pas affecté par le fait que les pays appartiennent ou non à l’UE. Concernant les variables individuelles classiques, aucun changement notable n’a été observé avant et après l’entrée dans l’UE.

51

Les données utilisées vont jusqu’en 2007, soit juste avant la crise économique. S’agissant d’un événement exceptionnel, les années après 2007 ont été sciemment éliminées de notre analyse. Cependant, nos résultats nous permettent d’affiner notre compréhension des effets de la crise sur le soutien à l’UE. Même si l’inflation a été rapidement maîtrisée, le taux de chômage a connu des variations importantes, notamment dans les pays baltes, et de nombreux pays ont connu une récession importante durant ces années. Sans surprise, le soutien à l’UE a dès lors fortement baissé.

Annexe 1 - Description des variables individuelles

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Notes

[1]

Dans une analyse du comportement électoral des citoyens américains, Donald Kiewiet et D. Roderick Kinder ont mis en évidence le fait que les individus s’appuyaient sur une évaluation de l’économie sociotropique plutôt qu’egotropique au moment de voter pour le Parti démocrate ou républicain, attestant ainsi d’une plus forte propension à prendre en compte les facteurs macroéconomiques plutôt que microéconomiques (Kiewiet et Kinder, 1979).

[2]

Un deuxième problème du modèle du vote économique, souligné par Christopher J. Anderson (2007), consiste à postuler que les citoyens perçoivent correctement l’état de l’économie. Nous gardons ce postulat dans cet article, même si nous le discuterons dans la cinquième section.

[3]

En réalité, étant donné que les pays candidats étaient déjà soumis à des contraintes émanant de l’Union européenne pour respecter les critères d’adhésion, on peut également s’attendre à ce que l’UE soit perçue comme responsable pour l’économie, mais dans une moindre mesure par rapport à la situation post-adhésion. En acceptant cet argument, on devrait s’attendre à ce que la réaction des citoyens devienne simplement plus visible après l’adhésion.

[4]

Pour une présentation générale de ces enquêtes européennes, voir Pierre Bréchon et Bruno Cautrès (1998).

[5]

En effet, les négociations d’adhésion entre la Commission européenne et les pays candidats ont débuté à des dates différentes et ont avancé à des rythmes différents maintenant une incertitude sur la date finale d’adhésion.

[6]

Un chevauchement a eu lieu en Slovénie où le référendum a été tenu le 23 mars et, dans une moindre mesure, en Hongrie, le 12 avril. Ce chevauchement n’est pas problématique, puisque le référendum ne devrait pas produire immédiatement un changement d’attitudes car aucune information macro-économique n’était disponible depuis le référendum.

[7]

Les Eurobaromètres utilisés sont pour les Eurobaromètres des pays candidats, les enquêtes 2001.1 (année 2001), 2002.2 (année 2002) et 2003.2 (année 2003) et pour les Eurobaromètres standards (après adhésion) les enquêtes 63.4 (année 2005), 66.1 (année 2006) et 67.2 (année 2007). Les enquêtes sont disponibles sur le site : <www.gesis.org/en/eurobarometer>.

[8]

Compte tenu de la taille des échantillons il y a une convergence forte entre un modèle logit et un modèle probit de modélisation de la variable latente.

[9]

Les données macroéconomiques sont celles fournies par Eurostat.

[10]

Une stratégie alternative aurait pu être l’analyse multiniveaux. Cependant, les 48 observations au niveau agrégé ne sont pas totalement indépendantes entre elles, puisque il s’agit parfois du même pays (mais à des dates différentes) ou de la même date (dans des pays différents). De plus notre objectif est de tester l’incidence du contexte macroéconomique sur le soutien individuel et non de montrer que le contexte macroéconomique pèse sur l’influence des facteurs individuels, par exemple qu’une mauvaise situation macroéconomique modifie les effets de l’âge de l’enquêté sur sa probabilité de soutenir la participation de son pays à la construction européenne. L’estimation proposée ici permet d’éviter le premier problème, tout en parvenant à l’objectif fixé.

Résumé

Français

Cet article propose une analyse en termes d’économie politique de l’adhésion des populations des Pays d’Europe centrale et orientale (PECO) à l’intégration européenne. En particulier, il se concentre sur les effets économiques de l’adhésion, qui ont été plusieurs fois observés dans la littérature. Les modèles économiques supposent que la raison pour laquelle la conjoncture économique affecte le soutien à l’Union européenne (UE) est que les citoyens pensent que l’UE est responsable de cette conjoncture. En utilisant les enquêtes Eurobaromètres avant et après l’entrée des PECO dans l’UE, nous testons une idée simple : si les citoyens des PECO considèrent l’UE comme responsable de la conjoncture économique, alors une mauvaise situation macroéconomique produit un rejet de l’Europe uniquement après leur entrée en 2004. Cette hypothèse n’est vérifiée que pour le taux de chômage, et infirmée pour le taux de croissance et d’inflation.

English

Political Economy of EU support within ECE states : Assessing for the impact of EU accesionThis article proposes an analysis of the EU support within ECE states drawing on the economic-voting literature. Within this framework, it has been shown that individual EU support reacts to macroeconomic variables – mainly unemployment, growth and inflation – exactly as in the case of support for national governments. However, to prove that the EU is deemed by citizens as a ruling body, we also need to prove that citizens’ perceptions of the EU change with their country’s accession into the European political system. Based on Eurobarometer surveys which were carried out three years before and after the 2004 wave of accession, we analyze economic support for the EU in the eight ECE countries which joined European institutions on this occasion. Although our hypothesis was not confirmed in the case of inflation and growth, however, we find that unemployment did not affect EU support before accession and that it considerably altered EU support after 2004, eventually confirming the ruling position of the EU.

Plan de l'article

  1. Soutien à l’UE : effets individuels et contextuels
  2. Conditions macroéconomiques, imputation et soutien à l’UE
  3. Données et méthode de l’analyse empirique
    1. Variable dépendante : soutien à l’UE
    2. Variables contextuelles macroéconomiques
    3. Variables de contrôle individuelles
  4. Résultats des estimations de la probabilité de soutien à l’UE
  5. Discussion
  6. Conclusion

Pour citer cet article

François Abel, Le Gall Cal, Magni-Berton Raùl, « Économie politique du soutien à l'UE dans les PECO. Y a-t-il un « avant » et un « après » intégration ? », Politique européenne, 3/2012 (n° 38), p. 42-69.

URL : http://www.cairn.info/revue-politique-europeenne-2012-3-page-42.htm
DOI : 10.3917/poeu.038.0042


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