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S'inscrire Alertes e-mail - Politix Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLe vieillissement des immigrés en France
Le cas paroxystique des résidants des foyersAuteurRémi Gallou du même auteur
chargé de recherche auprès de la Direction des recherches sur le vieillissement à la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) depuis 1999. Il est notamment l’auteur d’un rapport intitulé « Le vieillissement des immigrés en France, état de la question » (CNAV, 2001) et d’un autre portant spécifiquement sur « Le vieillissement des hommes immigrés isolés en foyer » (CNAV-FASILD, à paraître en octobre 2005). Deux articles récents sont à mentionner : « Les immigrés isolés : la spécificité des résidants en foyer », Retraite et société, 44, 2005 et, en collaboration avec Claudine Attias-Donfut et Philippe Tessier, « La démographie des immigrés de 45 à 70 ans », Retraite et société, 45, 2005. remi.gallou@cnav.frDe prime abord, vieillesse et immigration semblent contradictoires : travail, logement, retour au pays ont soutenu des flux pensés, la plupart du temps, comme provisoires. Les hommes ne faisaient ou ne feraient que passer. Fortement reliés à un territoire, une famille, un peuple, des traditions, une langue, leur maintien en France et, par conséquent leur vieillissement, n’ont pas été envisagés. Pourtant, de 1990 à 1999[1] [1] Ces données issues des recensements généraux de la population...
suite, la population immigrée a vu sa part des moins de 20 ans diminuer de 22 %, et celle des plus de 40 ans croître de 15 %. Cette augmentation est encore plus marquée pour les hommes âgés de 60 ans et plus, qui étaient, en 1999,17 % plus nombreux qu’en 1990. La visibilité de ces migrants vieillissants est très contrastée : très faible dans les institutions, comme les maisons de retraite, elle devient tellement forte au sein des foyers de travailleurs migrants (FTM) qu’elle en est devenue emblématique. Dans ces foyers, qui comptent 80 000 immigrés vivant seuls, 62 % des usagers avaient au moins 50 ans en 1999, la population des 60 ans et plus ayant plus que doublé entre 1990 et 1999. Phénomène inédit dans le paysage de l’habitat en France, ces hommes ont vieilli « dans les murs » : habitat et habitant ont vieilli ensemble. Réalisant ainsi la fusion entre âge des logements et âge des habitants, dont le lien étroit est connu par ailleurs[2] [2] Chesnais (J. -C. ), Le Bras (H. ), « Cycle de vie et âge...
suite, l’histoire des foyers se confond avec celle d’hommes pour lesquels il a souvent constitué la première et unique étape de la migration : pour de nombreux résidants, âge et durée de vie au foyer renseignent sur l’année d’arrivée en France. Ainsi, parmi les hommes immigrés résidant en foyer en 1999, six sur dix y habitaient déjà en 1974[3] [3] Gallou (R. ), « Les immigrés isolés : la spécificité...
suite.
2 Or, vivre et vieillir en foyer n’est pas anodin. Les difficultés souvent préexistantes que rencontre la population immigrée, liées à de mauvaises conditions de logement, à la faiblesse des revenus ou encore aux problèmes de santé engendrés par la pénibilité des conditions de travail, sont exacerbées au moment de la retraite par l’isolement et la précarité. À ce titre, le résidant[4] [4] L’orthographe du résidant peut être discutée. Nous...
suite en foyer est la figure extrême de l’immigré dont il concentre en quelque sorte les maux. L’analyse des parcours de vie, indissociable de celle des lieux (les FTM) révèle l’indigence durable régnant dans le secteur, ce qui pose finalement la question de la carence politique. Comment expliquer la faible intervention publique au sein d’un habitat gagné d’emblée par une précarité qui s’est amplifiée avec le temps ? Comment comprendre l’« oubli » dont ces hommes immigrés ont pâti ? L’objectif de cet article est de montrer que le désintérêt patent de la sphère publique, l’absence même de tentatives pour améliorer la situation, sont le fruit d’un processus fortement influencé par un postulat de départ dont on sait aujourd’hui qu’il était erroné : le caractère temporaire de la migration. L’intention de loger les travailleurs migrants de façon provisoire dans des logements collectifs construits en urgence a en effet créé un principe pernicieux. L’impact de cette erreur de jugement originelle perdure aujourd’hui, des hommes immigrés vivant encore dans des lieux inadaptés au vieillissement. Les foyers sont devenus en quelque sorte des « non lieux », en ce sens qu’ils ne sont plus le lieu d’une immigration provisoire et qu’ils ne sont pas davantage conçus comme des lieux de vie pour les retraités immigrés durablement installés. Ignorée par les politiques tant au niveau national qu’au niveau local, tenue à l’écart des activités et des services de la ville, la population résidante est restée discrète, non organisée et peu revendicatrice : des « non lieux » pour des hommes invisibles. D’évidence, il se pose une question sociale qu’en l’absence d’une politique volontariste, de l’habitat hier, mais davantage de la vieillesse aujourd’hui, on redoute de voir exposée.
3 Un travail de terrain (entretiens et observation) et la mobilisation des analyses existantes permettent d’apporter un éclairage sur l’ensemble de ces questions. Dans une première partie, nous verrons comment les politiques de l’immigration et du logement, appliquées à la gestion des foyers, se sont appuyées sur le caractère provisoire de cette immigration, contribuant par là à développer la situation de vieillesse et de précarité contemporaine. Dans un second temps, nous analyserons les conséquences de cet impensé politique. Les difficultés causées par le vieillissement en foyer, telles qu’elles se posent et telles qu’elles sont vécues. Nous aborderons enfin ce qui constitue encore pour beaucoup d’observateurs une incompréhension : le non-retour de la majorité de ces hommes au pays d’origine et leur vieillissement sur place.
Le foyer, instrument d’action publique : la construction de la figure du migrant âgé
4 Loin de l’image éclatante des retraités du baby-boom, associant vitalité et consommation, l’immigré des FTM y vieillit usé, précaire et souvent seul. Évidemment, le mode d’habitat n’est pas, en lui-même, la cause de ces difficultés : ce n’est pas parce qu’ils vivent en foyer qu’ils sont usés, qu’ils perçoivent de petites retraites, qu’ils vivent loin de leur famille. Mais il semble malgré tout que la forme d’habitat qu’est le foyer ait fortement contribué à construire cette figure particulière de migrant de « l’entre-deux », caractérisée par l’impossibilité d’un choix qui, tout en stabilisant leur situation, signifierait la privation d’une partie d’eux-mêmes. D’une part, parce que les foyers résultent bien d’une politique d’immigration caractérisée par une forte volonté de contrôle social, d’encadrement et d’assistanat. Ensuite, parce qu’ils ont constitué une forme d’habitat particulièrement stigmatisée, qui les a tout à la fois rendus visibles et isolés de la vie urbaine. Enfin, parce que leur mode de gestion de la vie quotidienne limite aussi bien la sociabilité que l’appropriation. Mis bout à bout, ces trois politiques d’immigration, d’habitat ainsi que de la quotidienneté ont contribué à produire un lieu de vie inadapté à l’hébergement de vies entières, privant les individus de toute possibilité d’accès à l’autonomie et au choix de leur propre destin.
La politique d’immigration : une aubaine strictement encadrée
5 À partir de la fin des années 1950, la France a recours de façon massive à la main-d’œuvre étrangère. Dans la longue histoire de ce pays d’immigration[5] [5] Noiriel (G. ),
suite
6 C’est le système de la « noria » qui s’est d’abord mis en place : d’assez courts séjours d’hommes seuls en France, continuellement remplacés les uns par les autres. Ce système, que l’on peut définir comme collectif (toute une communauté au pays d’origine bénéficie à tour de rôle des transferts économiques résultant du travail exercé en métropole), va progressivement évoluer vers un système individuel : le projet migratoire. Sayad évoque « une entreprise individuelle dépouillée de son objectif initialement collectif [6] [6] Sayad (A. ), La double absence, Paris, Le Seuil, 1999. ...
suite ». Avec le déclenchement de la guerre d’Algérie, c’est la double volonté de contrôler (éviter la constitution d’une arrière-garde du FNL en métropole) et d’assister la population des migrants qui a été à l’origine de la création en 1956, pour la partie logement, de la Sonacotral (Société nationale des constructions pour les travailleurs algériens, qui deviendra la Sonacotra en 1963) et en 1958, pour la partie action sociale, du FAS (Fonds d’action sociale pour les travailleurs musulmans d’Algérie en métropole et pour leur famille). En ce qui concerne les travailleurs isolés effectuant des séjours limités dans le temps, la Sonacotral se devait de fournir un logement décent sous forme de foyers-hôtels, ainsi que diverses prestations et équipements nécessaires à la vie quotidienne. Le FAS de son côté avait pour mission de « promouvoir une action sociale et familiale en faveur des salariés travaillant en France métropolitaine dans les professions visées par le régime algérien d’allocations familiales, et dont les enfants résident en Afrique[7] [7] Ordonnance du 29 décembre 1958. ...
suite ».
7 La relance économique s’intensifiant à partir de la fin des années 1950, l’appel à l’immigration « organisé par les employeurs industriels et le ministère du Travail[8] [8] Bernardot (M. ), « La Sonacotra : 40 ans de politique...
suite » se poursuit en Algérie et s’étend à grande échelle jusqu’en 1974. Le Maroc, la Tunisie, mais aussi les pays d’Europe du Sud (Italie, Espagne et Portugal) sont les principaux pays pourvoyeurs de main-d’œuvre. Pour autant, c’est l’immigration en provenance des anciennes colonies africaines qui, de par ses caractéristiques (hommes seuls, actifs ouvriers du bâtiment, des industries automobiles ou de transformation, poids du passé colonial) va davantage marquer les esprits. Pendant de nombreuses années, les pouvoirs publics n’envisagèrent la politique d’immigration et la présence de la main-d’œuvre immigrée que de façon temporaire. De ce fait, ils ne développèrent pas des conditions favorables au déroulement d’une vie quasi entière en France. Le soutien du regroupement familial n’intervint que dans la seconde moitié des années 1970, c’est-à-dire déjà trop tard pour bien des hommes résidant en foyer depuis déjà plus de dix ou quinze ans, qui se sont habitués à vivre seuls la plupart du temps, ou qui ne pouvaient assumer la charge supplémentaire d’une famille vivant avec eux en France.
La politique d’habitat : un hébergement provisoire et stigmatisé
8 De nombreuses études[9] [9] Ces études sont essentiellement de trois types : monographies...
suite ont été menées sur la situation des immigrés âgés vivant en foyer pour célibataires, de type Sonacotra. Cet habitat reste spécifique à la France. La crise du logement et la tension qui règne sur les différentes fractions du parc, notamment sur le parc locatif social, se sont répercutées jusque dans les foyers. Pour beaucoup d’immigrés, ces foyers ont constitué la seule solution de logement disponible, faute de trouver à se loger à un prix décent dans le secteur privé ou social. Ils constituent un type d’habitat souvent précaire, dont le confort laisse à désirer. Conçus dans les années 1950, ces foyers devaient être provisoires. Dans une France encore en reconstruction, dans un contexte de pénurie de logements (destructions et exode rural) où l’on construisait vite, beaucoup et à un moindre coût (grande époque de construction des barres et des tours, dont bon nombre sont aujourd’hui dans un état de grand délabrement), il s’agissait de substituer ces foyers aux garnis, meublés et bidonvilles où régnait l’insalubrité générale. Ils possédaient à la fois l’avantage d’un confort minimum et du regroupement de la population immigrée, de la maind’œuvre, ce qui rappelle la manière dont certains patrons d’industrie au XIXe siècle « contrôlaient » leurs ouvriers par l’intermédiaire des logements qu’ils mettaient à leur disposition (il s’agissait parfois de véritables villes dans la ville).
9 La situation du logement en France était généralement mauvaise, mais pesait plus lourdement sur la population immigrée. Le déficit de logements salubres était considérable et de nombreux bidonvilles subsistaient un peu partout dans les banlieues des grandes villes (Algériens à Nanterre, Portugais à Champigny, etc.). L’opinion publique commençant à s’émouvoir, c’est en 1964 que la loi Debré programma la résorption progressive des bidonvilles. Les foyers se déve-loppèrent à un rythme élevé pendant cette période. Ainsi de 1966 à 1976 la Sonacotra construisit plus de 200 foyers de grande taille. L’AFTAM (Accueil et formation, association gestionnaire) également, avec l’arrivée croissante des populations en provenance d’Afrique subsaharienne. Pour les foyers comme pour l’habitat social en général, la notion d’urgence a pris le pas sur une vision du long terme. Partie prenante dans la politique de résorption des bidonvilles et de l’habitat insalubre, la Sonacotra constituait à cette époque l’un des opérateurs incontournables en matière d’aménagement urbain. Les obstacles à la construction des foyers étaient davantage fonciers que financiers (subventions nombreuses, apport du 1 % patronal et crédits avantageux). Les collectivités locales étant réticentes à accueillir les foyers de travailleurs au sein de leur territoire, l’installation de ces derniers s’est réalisée moyennant la rénovation des sites délabrés (anciennes zones industrielles, friches, zones d’habitat autoconstruit) ainsi qu’en organisant le relogement des populations en place dans des catégories d’habitat distinctes (cités de transit ou logements HLM pour les familles, foyers pour les migrants actifs salariés et expulsion des célibataires moins solvables). Une sélection sociale et spatiale s’est ainsi opérée au sein des quartiers, les opérateurs et bailleurs sociaux devenant en quelque sorte les vecteurs d’une politique de peuplement non avouée des élus.
10 Dans un tel contexte, le système d’hébergement en foyer pour les hommes vivant seuls était relativement bien accepté. Cette acceptation trouvait sa source dans le caractère temporaire affiché de ce type de bâti, dans la perspective d’un retour en masse des travailleurs dans leur région d’origine – au plus tard une fois l’âge de la retraite atteint – et avec la possibilité de faire venir femme et enfants dans un avenir proche. Le provisoire s’est pourtant prolongé jusqu’à disparaître en tant que tel, se structurant au passage autour d’une forte dimension ségrégative. Sur le plan du bâti, les conditions d’habitat des foyers dans les années 1960 ne se distinguaient pas autant qu’aujourd’hui, en termes de confort notamment, de ce qu’on pouvait observer pour le reste du parc de logements « réglementé ». Néanmoins cette formule foyer-hôtel s’est développée selon des normes de construction moins exigeantes et moins contraignantes que celles qui règnent au sein du logement social. Sous l’effet durable de la crise du logement, il faudra en effet attendre le milieu des années 1970 pour que la plupart des bidonvilles jouxtant la périphérie de nombreuses grandes villes de France soit résorbée. Mais en quarante ans, les mouvements de peuplement ont quelque peu remodelé le parc de logements. Les ménages immigrés ont pâti, de façon générale, d’un accès restreint aux secteurs les plus valorisés du parc de logements. Ils se sont successivement orientés vers les franges désertées par les couches populaires françaises, au gré des politiques du logement. Ils ont d’abord trouvé refuge dans les bidonvilles et l’habitat de fortune, délaissés par leurs occupants au profit des grands ensembles créés à partir des années 1950. Puis, à compter de la fin des années 1970, ils ont pu s’installer dans la fraction du parc social la moins valorisée et celle qui se dégradait le plus rapidement : les cités et les grands ensembles[10] [10] Barou (J. ), L’habitat des immigrés et de leurs familles,...
suite. Les couches moyennes profitaient alors de conditions avantageuses d’accession à la propriété ou bien se dirigeaient vers un parc locatif plus valorisé (le logement social haut de gamme ou parc privé situé dans les centres-villes). Si les familles immigrées ont pu, pour partie, accéder au parc de logements ordinaires[11] [11] Il s’agit, la plupart du temps, de la partie bas de gamme...
suite, les immigrés vivant seuls ont toujours été confrontés à la très faible offre locative en petits logements sociaux. De plus, très recherchés par les jeunes ménages et les étudiants, leurs prix ont augmenté et ils sont vite devenus inaccessibles pour les personnes à faibles revenus. Ces processus successifs de valorisation et dévalorisation des quartiers et des types d’habitat ne sont pas seuls responsables de la stigmatisation des foyers, mais ils l’ont renforcée. Le foyer a également été victime de son propre système : sa conception, son organisation et sa localisation l’ont maintenu en « circuit fermé », alors que les nécessités d’ouvrir le foyer sur la ville et ses quartiers, ainsi que le développement des partenariats, sont aujourd’hui reconnues[12] [12] Rebérioux (P. -Y. ), « Vieillir dans les foyers de travailleurs...
suite. La volonté politique de traiter ces différents processus de disqualification (concentration des populations défavorisées, départ des plus aisés, fuite scolaire, fermeture des commerces, dégradation des logements, etc.) n’a jamais été suffisante pour redresser la situation.
La politique de gestion : une contribution à l’isolement et l’invisibilité des résidants
11 Il existe environ sept cents foyers en France qui affichent d’emblée nombre de propriétés communes. Ils représentent un type d’habitat qui héberge principalement des hommes, dont une grande partie sont immigrés (mais pas tous, un peu plus de la moitié « seulement ») et qui impose une vie quotidienne de célibataire. Ces caractéristiques d’ensemble posées, il convient de noter que ce secteur couvre néanmoins une grande hétérogénéité de situations. La nature de l’organisme gestionnaire (son statut juridique), sa taille, la localisation de ses foyers, l’évolution de sa politique de peuplement constituent autant de variables susceptibles d’influencer ou d’expliquer l’histoire et la structure de population de chaque foyer. La structure par âge et par origine géographique, l’activité économique, l’insertion des résidants dans la ville constituent autant de particularités qui peuvent varier de façon importante d’un foyer à l’autre. Aussi, telle étude locale, bien qu’elle livre une analyse généralement indiscutable, peut-elle masquer plus ou moins la réalité différente d’un foyer voisin. Certains foyers bénéficient d’une grande visibilité dans la ville, ils sont connus des habitants du quartier, des différents services sociaux locaux, et sont inscrits dans un schéma gérontologique. D’autres, souvent excentrés, semblent avoir traversé les décennies de façon invisible, les municipalités découvrant parfois à l’occasion d’une réhabilitation ou d’une demande d’intervention partenariale leur existence.
12 Le secteur des foyers de travailleurs migrants (FTM) se compose de trente-cinq gestionnaires qui, mis à part la Sonacotra dotée d’un double statut (société d’économie mixte et société anonyme), sont des associations. Ces organismes sont de tailles diverses : la Sonacotra, le principal gestionnaire, héberge 60 % des résidants en foyer, soit 70 000 personnes environ. L’AFTAM, second gestionnaire par sa capacité d’accueil, est l’association la plus importante et loge 15 000 résidants. À l’autre bout de la chaîne, l’association Adaïs gère un foyer de vingt-six lits. Les différences d’histoire et de structure influent sur les missions que s’est attribuées chacun des gestionnaires. Ainsi, la vocation initiale de la Sonacotra était de loger des migrants algériens, celle de l’AFTAM était de loger et de former des Africains et Malgaches. Leurs parcs se sont progressivement étendus et ouverts à d’autres publics et leurs missions se sont diversifiées avec le temps, répondant ainsi aux évolutions de la société française, notamment en matière d’hébergement et d’accompagnement social.
13 La création de ces bâtiments s’est accompagnée de l’institution de règles et de contraintes à respecter pour les résidants. Ces règles concernent la vie en collectivité, mais régissent encore fréquemment également des aspects de la vie privée comme la fréquence et la durée des visites ou les allées et venues, toutes limitées, dans le bâtiment. Les hommes ne sont ainsi pas libres de développer une sociabilité comme bon leur semble. D’ailleurs, ils n’ont pas le statut de locataires, ils ne payent pas des loyers mais des redevances. Ces aspects participent à la difficulté d’accoler le terme (et la notion) de domicile à la résidence en foyer. L’obstacle, ici, n’est pas seulement de nature sémantique ; il tient à la moindre considération accordée aux résidants. Conçus sur le modèle de l’habitat économique destiné aux familles, mais aménagés spécialement pour des célibataires, les foyers construits par la Sonacotra consistent dans des appartements cloisonnés, distribués en « unités de vie », elles-mêmes composées de six chambres en général, de 4,5 m2 – chacune dotée d’une cuisine et d’équipements sanitaires collectifs. L’idée était de « favoriser un mode de vie familial » entre ces hommes célibataires. Les FTM sont restés des lieux de vie où la chambre (quand celle-ci n’est pas collective) est le seul lieu d’intimité. Conçues pour dormir, les chambres sont anonymes. Le mobilier est symptomatique de cette fonctionnalité réduite : identique pour tous, sobre et « adapté » à la représentation que l’on se fait du travailleur immigré. Il existe encore des foyers où il est impossible de s’isoler, ne serait-ce que quelques minutes, où l’appropriation de l’espace, la personnalisation des lieux, même exigus, restent irréalisables. Les affaires sont rangées dans un placard ou restées dans une valise. Ces conditions de vie difficiles et contraignantes de la vie en foyer expliquent pourquoi on a si souvent parlé de « génération sacrifiée ».
14 Autre signe de volonté politique de normalisation, ces lieux ont longtemps été organisés selon des règles héritées de la vie en institution militaire ou monastique (les premiers responsables de foyers recrutés étaient souvent d’anciens militaires – Sonacotra – ou d’anciens prêtres – AFTAM). Ceci témoigne de la persistance d’une vision paternaliste de la relation avec la maind’œuvre immigrée (contrôle et assistance des résidants, règles strictes les maintenant dans un célibat contraint). Encore une fois, personne n’imaginait alors que les résidants, pour la majeure partie, loin d’être « de passage », s’installeraient de façon durable dans un habitat qui n’évoluerait pas avant trois ou quatre décennies[13] [13] Il était prévu la possibilité de décloisonner rapidement...
suite.
15 Ce provisoire qui dure, ces situations de vie et de logement immuables ne sont pas sans conséquences. Loin des schémas classiques détaillant le cycle de vie des individus arrivant à l’âge de la retraite, ces hommes vieillissent pour l’ensemble là où ils ont vécu depuis leur arrivée en France, seuls, côtoyant principalement leurs semblables. Aucune action publique ne leur a permis de changer de logement, simplement d’accéder à un habitat autonome, plus grand, plus confortable, pouvant accueillir la famille. La persistance à considérer l’acte migratoire comme transitoire, dont la fin est tout aussi aisément repérable que son début, est parfois aveuglante. L’arrivée de générations d’immigrés à l’âge de la retraite a pu laisser penser qu’avec la fin de l’activité, plus rien ne retenait ces hommes en France. Une erreur de jugement qui explique en partie le retard de l’intervention publique au sein du secteur foyer en matière de vieillesse et de logement.
Le vieillissement des immigrés en foyers et les conséquences de l’impensé des politiques
16 « Les immigrés vieillissent aussi[14] [14] Selon l’expression consacrée, tirée de l’article de...
suite » et ce constat semble étonner. Au cœur des foyers, le passage de l’activité à l’inactivité se fait brutalement, la plupart du temps sans accompagnement et sans prise en charge. Le temps de la vieillesse y survient de façon plus inquiétante encore que pour la plupart des individus, le foyer comme type d’habitat étant particulièrement inadapté. Du chemin reste à parcourir pour que les principes de base essentiels de la politique vieillesse aient cours au sein des foyers (mesures permettant le soutien du maintien à domicile, accès aux droits sociaux, etc.). Cependant ce qui a longtemps retenu l’attention des politiques est ailleurs : avec l’avancée en âge, l’immigration se voit dépouillée de sa légitimité première, le travail. La question du retour au pays, importante certes, a un temps occulté le débat sur les modalités d’un vieillissement digne en France, au profit de la recherche de mesures incitatives au retour[15] [15] Cuq (H. ), Mission parlementaire sur la situation et le devenir...
suite. Pour les migrants devant se défaire de leur statut de travailleurs, reste l’identité d’immigré, peu valorisante, tant dans le pays d’accueil que dans le pays d’origine. De part et d’autre des frontières géographiques et culturelles, l’inconfort des migrants est manifeste. Malgré la situation de misère sociale et économique à laquelle ils sont confrontés en France, le plus grand nombre se maintient sur place, dans ces lieux inappropriés.
Les foyers, des lieux de vie précaires
17 L’isolement social et affectif est la première spécificité de la vie des migrants âgés en foyer. En effet, les similitudes dans les caractéristiques et les parcours de vie des résidants ne conduisent pas pour autant à une conscience collective induisant automatiquement une solidarité organisée. L’éloignement du pays d’origine, des siens, l’ancienneté de la migration, la difficulté des conditions de vie et souvent de travail, ont entretenu une culpabilité qui peut prendre le pas sur la mobilisation (sociale, culturelle) et d’éventuelles revendications permettant d’améliorer leur situation de vie. Aussi les résidants ont acquis la réputation d’hommes « discrets », « tranquilles » ou parfois « résignés ». En 1991, A. Sayad[16] [16] Sayad (A. ), L’immigration ou les paradoxes de l’altérité,...
suite remarquait que le foyer ne permettait pas une forme de sociabilité comme d’autres habitats précaires (le bidonville, les garnis) :
18
19 Sans doute est-il possible de nuancer cette approche dans le cas des foyers « africains » (occupés majoritairement par des hommes originaires d’Afrique sub-saharienne, Mali et Sénégal en particulier) dont nous faisons l’hypothèse qu’ils présentent des formes de solidarité, voire de communauté, plus prégnantes[17] [17] Timera (M. ), Les Soninké en France, D’une histoire à...
suite. Nonobstant, le foyer comme lieu de vie pose effectivement problème. Les liens créés en son sein, quand ils existent, ne peuvent suppléer un défaut plus large de sociabilité et d’intégration et les migrants y sont très exposés à l’isolement socio-affectif. De surcroît, six hommes sur dix sont mariés au pays, et vivent par conséquent loin de leur épouse et enfants. L’absence de la famille se fait plus lourde avec l’inactivité et, conséquemment, la fréquence des cas de dépression augmente. Tant qu’il était actif, l’immigré en foyer avait le sentiment d’un rôle social, d’une utilité. Mais, avec la retraite, cette légitimité disparaît, comme a eu tendance à s’effacer aussi celle du père. Omar Samaoli[18] [18] Samaoli (O. ), « Les pères sans famille : du célibat...
suite parle de ces « pères sans famille », chez qui le sentiment de dépouillement domine : « Tu donnes, mais tu ne reçois plus rien. La vie se fait sans toi et tu n’as rien à dire », confiait l’un d’entre eux. Il existe une sorte d’irréversibilité dans leurs propos. Pour eux, leur situation est définitive. Beaucoup ont également développé un sentiment de culpabilité : ils sont partis trop loin et trop longtemps. L’isolement est souvent ressenti de façon plus aiguë dans les foyers situés en province, aux périphéries des villes. La vacance y est plus forte, il arrive que les chambres vides ne soient pas relouées. En région parisienne, la tension régnant sur le marché du logement se ressent jusque dans les foyers. Les problèmes liés à la sur-occupation et à l’illégalité de certaines pratiques sont récurrents (sous-location fréquente, entraînant notamment la sous-estimation des besoins et l’invisibilité au moins administrative des résidants).
20 Symboliquement, la fin de l’activité est une perte de repères importante. Le travail constituait un jalon stable et rassurant. Sa valeur était double. Il permettait, d’une part, d’afficher sa vigueur – « Le travail c’est important, c’est la santé, un homme doit travailler[19] [19] Les courts extraits suivants proviennent d’entretiens...
suite » – et d’autre part de rappeler la justification d’un parcours : « Moi j’ai travaillé pour la famille, pas pour moi. » La retraite renforce l’idée de flou en brouillant les repères, plongeant les résidants dans leurs contradictions (illégitimité de la présence, culpabilité liée à la distance maintenue par rapport à la famille, précarité, inactivité, etc.). Pour tenter d’y remédier, les résidants usent de stratégies de représentation de soi, transformant par exemple « l’isolement en disposition à la solitude, l’avancée en âge en sentiment d’être toujours jeune, et le départ comme une potentialité présente[20] [20] Buton (F. ), « La production sociale d’une présence...
suite ».
21 La précarité est la deuxième caractéristique de leur existence au sein des foyers. Déjà présente dans les foyers en période d’activité, elle se renforce avec l’âge et le passage à la retraite. Il n’existe pas de lien spécifique ou automatique entre passage à la retraite et précarité. Néanmoins il est difficile de traiter ces deux aspects de façon distincte, ne serait-ce que par les caractéristiques des parcours professionnels. En effet, le vieillissement des travailleurs immigrés est précoce et essentiellement lié à la pénibilité du travail. Il s’installe avant le cap fatidique de la vacance décrétée (la retraite). Plus souvent ouvriers, moins qualifiés, plus touchés par la crise, plus incités à la préretraite, plus souvent au chômage et ayant, après 50 ans, très peu de possibilités de retrouver un travail, les immigrés peuvent entrer dans la vieillesse entre 50 et 60 ans. La transition vers la retraite et vers la vieillesse ne semble pas suivre pour cette population les mêmes paliers que ceux empruntés par les Français d’origine. Selon les cas et les âges, « une part élevée des résidants ont comme ressource le minimum vieillesse, l’allocation de soutien spécifique (ASS), l’allocation adulte handicapée (AAH), le revenu minimum d’insertion (RMI) ou une pension d’invalidité » indique Pierre-Yves Rebérioux[21] [21] Rebérioux (P. -Y. ), « Vieillir dans les foyers de travailleurs...
suite, délégué général de la CILPI (Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées). Peu diplômés, souvent chômeurs ou retraités, principalement ouvriers quand ils ont un travail, les résidants des foyers ont connu une dégradation de leur situation. Entre 1990 et 1999, la part des retraités a augmenté de 12 %, celle des « autres inactifs » (c’est-à-dire les personnes qui ne sont plus actives mais pas encore retraitées), de 7 %. Ce mouvement de balancier s’opère au détriment de la catégorie des « actifs ayant un emploi » qui accuse une baisse de 20 % de ses effectifs. Parmi les actifs occupés, la catégorie des ouvriers génère à elle seule la diminution des effectifs. Dans l’ensemble, l’effectif des ouvriers a chuté de 49 % en moins de dix ans[22] [22] Gallou (R. ), « Les immigrés isolés : la spécificité...
suite.
22 Aux statuts de chômeurs et d’inactifs[23] [23] Invalides, chômeurs n’ayant jamais travaillé et ceux...
suite généralement dévalorisés, s’ajoute la catégorie des anciens actifs. Celle-ci, synonyme pour beaucoup de salariés d’une certaine sécurité, revêt pour les résidants migrants des foyers une signification plus complexe. L’étape du passage à la retraite est vécue par les résidants des foyers comme une étape qui fragilise. Ce sentiment s’appuie sur une double réalité, économique et sociale. La plupart se retrouvent plus démunis après leur passage à la retraite. La plus faible qualification des statuts professionnels, les carrières professionnelles hachées, incomplètes, les absences de contrats de travail, une plus grande vulnérabilité face au chômage, à la crise économique qui a touché les secteurs et les postes dans lesquels ils étaient fortement représentés (industrie automobile, métallurgie, etc.) et la singulière rareté de leurs ascensions professionnelles sont autant d’aléas qui influencent négativement la reconstitution de carrière. On constate alors que les immigrés ont cotisé moins longtemps que les autres salariés et perçu des rémunérations moyennes moins élevées, deux modalités qui expliquent la faiblesse de leurs pensions. Leur retraite est finalement à l’image de leur carrière professionnelle : précaire.
23 De surcroît et de façon tout à fait pragmatique, le passage à la retraite confronte de nombreux immigrés à une complexité administrative que leurs difficultés à s’exprimer, à lire et à écrire le français rendent d’autant plus obscure. Les nombreuses démarches à effectuer, les formulaires, les imprimés à remplir, les justificatifs à retrouver, l’éloignement géographique avec leur lieu de naissance, les délais à respecter, constituent autant d’obstacles au bon suivi de leur dossier. À cela s’ajoutent les problèmes comme la retranscription des noms (nombreux litiges sur l’état-civil), les changements de patronymes, la non-conservation de papiers justifiant les périodes de travail, la parfois difficile validation des périodes de travail à l’étranger, le service militaire, etc.
24 À ces problèmes d’isolement, de précarité, de démarches administratives, viennent se superposer des difficultés d’une autre nature : les problèmes de santé. Pour une grande part, après une vie passée à exercer des métiers à risque et à forte pénibilité, les travailleurs immigrés présentent une fragilisation physique qui augmente rapidement avec l’âge. Et là où devraient opérer les bienfaits des liens familiaux et sociaux, ils n’ont bien souvent personne vers qui se tourner. En quittant le monde du travail, c’est aussi un lien à la médecine qui se relâche, même si la médecine du travail a été parfois contestée. Les problèmes de santé les plus fréquemment relevés par les médecins concernent les pathologies liées aux efforts physiques (dos, articulations, problèmes cutanés, etc.) et à l’alimentation (diabètes, problèmes dentaires, ulcères, cancers des voies digestives, effets de pratiques alcooliques). À cela s’ajoutent les problèmes de santé psychologiques (dépressions, désorientation, démence) qui ne sont pas spécifiques aux résidants des foyers mais qui, en habitat collectif, peuvent prendre des proportions considérables. La question de la sexualité est très rarement traitée. Or, l’absence prolongée de rapports sexuels, le refoulement des désirs, l’évolution de l’image de la femme, aboutissent au problème récurrent de l’impuissance, demeurant tabou. Les affections sont enfin consécutives de la manière que l’on a de se soigner : la faible fréquence des visites chez le médecin, le rapport « dur » au corps contribuent au vieillissement prématuré.
25 Les interventions des aides à domicile tendent à se multiplier au sein des foyers. Ce système a d’abord rencontré de fortes résistances, tant du côté des résidants que de celui des aides elles-mêmes. Accepter l’aide à la vie quotidienne et les soins à domicile (soins infirmiers, soin d’hygiène, tâches ménagères, courses, aide à la préparation des repas, etc.), la plupart du temps dispensés par des femmes, n’était pas chose facile. La crainte d’une atteinte à l’intimité, le souci de préserver un espace personnel (si petit soit-il) et de sa maîtrise semblaient en jeu. La réticence est aussi à relier au souci d’économie : le fait d’avoir à régler les services d’une aide ménagère fait apparaître le service comme coûteux et cet argent dépensé n’est plus consacré à la famille au pays. L’entrée dans l’univers « foyer » pour une femme ne semblait pas plus évidente, cependant, de l’avis général, les craintes et les réserves semblent se lever progressivement des deux côtés.
26 Passer à l’inactivité et au statut de retraité ne se fait donc pas sans mal pour les travailleurs immigrés dans les foyers : maintenus à l’écart d’une vie et d’une vieillesse dignes et choisies (vivre mieux, vivre dans un logement plus calme, plus adapté, vivre ailleurs) ils livrent fréquemment des témoignages[24] [24] Citons pour les plus récents Paroles d’immigrés, Assic,...
suite exprimant à la fois toutes les difficultés d’une vie partagée et une certaine forme d’abnégation. C’est le travail qui a motivé le grand bouleversement de leur vie : l’émigration. Quand il n’y a plus de travail et quand les conditions de vie et de logement ne permettent plus de vivre dans des conditions décentes, quelles sont alors les forces, les contraintes ou les motivations qui maintiennent dans les lieux ?
Et pourtant… ils restent : éclairage sur un paradoxe
27 La récente enquête de la CNAV intitulée « Passage à la retraite des immigrés » permet de saisir les perspectives de mobilité à la retraite, parmi l’ensemble des immigrés de 45 à 70 ans vivant en France, en ménage ordinaire[25] [25] C’est-à-dire hors institution, catégorie dont font partie...
suite. Maintien, retour au pays ou encore va-et-vient, quels sont les souhaits exprimés ? La grande majorité des immigrés interrogés avant l’âge de la retraite souhaitent rester habiter en France. Six personnes sur dix sont dans ce cas. Le second vœu concerne le va-et-vient entre la France et le pays d’origine (23 %). Le retour « définitif » au pays, quant à lui, n’est souhaité que par 6 % des personnes interrogées. Enfin, près d’une personne sur dix reste indécise.
28 Nous ne disposons pas de données exactement comparables pour les seuls habitants des foyers, mais les témoignages et les indicateurs disponibles convergent vers un même constat : concrètement, les résidants ne sont guère tentés par un retour définitif au pays. La plupart pratiquent les allers-retours (navettes) entre la France et le pays d’origine, pour autant que leur état de santé et leurs capacités financières le leur permettent. Leur discours est moins tranché concernant le non-retour. L’enquête « Étude de l’histoire familiale[26] [26] Enquête réalisée par l’INSEE et l’INED en 1999 portant...
suite » s’est intéressée aux souhaits de retour « dans la région d’enfance » des personnes, « un jour ». L’imprécision vraisemblablement volontaire de l’intitulé de la question est opportune, tant l’aspect « retour » (au pays, aux origines) des travailleurs migrants est complexe : complexe à saisir et à étudier, mais également douloureux à vivre et à exprimer pour les immigrés. Les comportements et perspectives résidentiels, à l’heure de la retraite, se situent au carrefour des sphères symbolique et pratique. Les réponses obtenues montrent que les hommes immigrés vivant seuls en France souhaitent plus que les autres retourner au pays (un peu moins de 30 % d’entre eux l’expriment). Et parmi eux, les résidants des foyers sont les plus tentés par cette perspective puisque plus de la moitié d’entre eux (53 %) déclarent souhaiter retourner vivre dans la région de leur enfance « un jour »[27] [27] Gallou (R. ), « Les immigrés isolés : la spécificité...
suite. Pour comprendre ces différences, l’INSEE a proposé un travail sur les « critères d’implantation[28] [28] Voir les travaux de Thave (S. ), Mesrine (A. ), « Vieillir...
suite », permettant de donner des indications sur l’attachement plus concret que symbolique des immigrés à la France. Cette étude a clairement mis en évidence l’existence d’un lien entre les critères d’implantation et les désirs de retour. Ceux qui expriment le plus leur souhait de retourner « un jour » dans la région d’origine sont aussi ceux qui ont le moins acquis la nationalité française, qui vivent ou ont vécu le moins souvent avec une personne née en France, et qui ont moins souvent acheté un logement en France. À l’inverse, il existe d’autres liens pouvant encourager le retour[29] [29] Cf. les résultats de l’enquête Mobilité géographique...
suite (posséder un logement dans le pays d’origine, y envoyer de l’argent, y avoir de la famille). Les liens objectifs avec le pays natal jouent pour tout le monde quel que soit le pays d’origine : ceux qui envoient de l’argent et ceux qui y sont propriétaires souhaitent plus souvent y retourner que les autres. C’est parmi les résidants des foyers que l’on rencontre le plus souvent ce profil. « Faux célibataires » ou « célibataires géographiques », les résidants des foyers sont nombreux à avoir laissé un conjoint, des enfants et le reste de leur famille dans le pays d’origine. Les hommes immigrés vivant seuls dans les autres segments du parc de logement ont plus souvent connu une rupture conjugale (séparation, veuvage) ou bien sont plus nombreux à n’avoir jamais vécu en couple (nous pensons à la population des jeunes hommes immigrés, aux étudiants, récemment arrivés en France, logeant dans le « parc diffus »).
29 Finalement, même s’il n’a pas pu être mesuré de façon exhaustive, le « vaetvient » entre la France et le pays d’origine semble figurer le modèle dominant des pratiques de mobilité géographique dans les foyers. Ces allers et retours sont un moyen d’exprimer le lien, l’attachement aux deux pays et deux sociétés qui marquent la trajectoire de ces hommes. Ils peuvent également amortir le sentiment d’échec ressenti au moment du passage à la retraite. Gérard Noiriel[30] [30] Noiriel (G. ), dir. , Le vieillissement des immigrés en région...
suite a développé ce double aspect, échec de la migration et échec social. Lorsque le résidant vieillit au foyer, que le passage à la retraite n’est pas non plus le moment d’un changement (vers un autre pays, un autre type d’habitat), il y a faillite du projet migratoire. « Bien vieillir quand on est résidant d’un foyer, c’est pouvoir le quitter[31] [31] Buton (F. ), « La production sociale d’une présence...
suite. »
30 Comprendre le non-retour et les pratiques de maintien ou de va-et-vient suppose des informations concrètes et objectives (l’ancienneté de la présence en France, les situations matrimoniale et familiale, l’état de santé, le parcours professionnel, le niveau de vie), mais il faut souligner les dimensions symboliques et psychologiques liées au parcours des hommes et à la rupture. Le retour est une construction, qu’entretiennent les trois parties : la société d’accueil, pour qui la présence de l’immigré est provisoire, la société de départ qui compte sur le retour des émigrés pour des raisons économiques et sociales, et l’immigré/émigré, qui ne conçoit son exil et son absence que limités dans le temps. En 1977, A. Sayad soulignait que « l’immigré est avant tout un émigré[32] [32] Sayad (A. ), « Les trois âges de l’immigration »,...
suite ». La suite logique de sa trajectoire est le retour. Or il est apparu non seulement que les retours n’étaient pas systématiques, mais qu’ils étaient bien moins fréquents que les non-retours. Peu à peu s’est ainsi imposée l’expression du « mythe du retour au pays ». Le projet initial de ces hommes en arrivant en France (repartir au pays à l’heure de la retraite dans de meilleures conditions qu’au moment du départ), s’est trouvé malmené au fil des ans. La progression du chômage, la faiblesse et l’irrégularité des revenus, la situation familiale, l’évolution du rapport à la santé, l’adoption de nouveaux modes de vie ou la situation politique dans certains pays d’origine ont contrarié ou empêché ce retour. Le temps de l’immigration a souvent dépassé le temps vécu au pays d’origine (35 ou 40 ans de vie en France à l’heure de la retraite, au moment de faire un choix). Les transformations qui se sont produites dans le pays d’origine n’ont pas été vécues au jour le jour par l’immigré. Ceci cause d’autant plus de ruptures que le temps dont il se souvient est le temps ancien, celui de son enfance, de sa jeunesse. Certains ont cultivé le mythe et la nostalgie du pays, mais la plupart ont déformé la réalité, ou encore leur réalité ne collait plus à l’évolution de la situation dans leur pays d’origine. Pour l’immigré maghrébin décrit par Sayad, tout est bouleversé : le pays a changé, mais l’homme aussi. Il est parti chercher du travail, il a quitté ses terres pour ce qu’elles sont. Progressivement, c’est la ville occidentale qui s’est imposée dans sa vie. L’influence des normes rurales dont il était le plus souvent porteur s’est estompée devant l’omniprésence des normes de la structure sociale urbaine. Tout ce qu’il a rencontré en venant en France a façonné son comportement de façon nouvelle et originale. Les petits actes du quotidien, les micro-confrontations sociales, les horaires de travail, les déplacements quotidiens, les courses ont rythmé sa vie quotidienne, changé ses repères, ses notions de temps et d’espace. Au fur et à mesure leur position s’est affirmée au sein de la société d’accueil, selon des critères plus ou moins valorisants (statuts d’activité, d’occupation, localisation géographique, état matrimonial, etc.). Toutes ces modifications sont profondes, elles ne disparaissent pas lors des contacts réguliers avec le pays. Il arrive que lors de leurs passages au village, les immigrés soient très critiques vis-à-vis de leur société d’origine, surtout rurale. Ils lui reprochent la corruption, l’arbitraire, le mauvais état sanitaire et social, l’organisation du travail (outillage, horaires, compétences). Ils sont souvent les premiers surpris de réaliser à quel point ils ont changé. De passage au pays, il arrive qu’ils soient traités comme des étrangers, comme des « Français », ou des « riches », jalousés ou contraints à se justifier. Dans de nombreux pays d’origine encore, au Sénégal ou au Mali (plus qu’au Maghreb), la vie en France est très idéalisée. Celui qui part va s’enrichir, c’est certain. Les transferts financiers perpétuent cette idée que peu de résidants dénient, en raison de la valorisation sociale qu’ils peuvent en tirer.
31 Si l’on considère le retour comme une construction, l’absence de retour peut, elle aussi à sa façon, être une construction. L’immigré imagine un entre-deux viable, entre le « ici » et le « là-bas », entre deux lieux, deux mondes et deux parties égales d’eux-mêmes. Une pratique fondamentale de cet entre-deux consiste dans les transferts d’argent au pays. Le maintien en France dans un type d’habitat globalement dévalorisé, mal adapté au vieillissement, et les nombreuses privations qu’ils s’imposent dans la vie quotidienne (alimentation, habillement, loisirs, transports, équipement de la chambre, etc.) s’expliquent aussi par la nécessité de poursuivre ces envois. Cette précarité semble constituer un point quasiment invariant : les résidants mènent une vie ascétique leur rappelant l’objectif initial de leur parcours ; en un sens, le sacrifice est honorable. Certains témoignent de la levée d’un poids : « Je ne suis pas avec ma famille, mais grâce à moi, ma famille ne manque de rien, ils vivent bien là-bas, je leur suis plus utile ici que là-bas[33] [33] Extrait d’un entretien avec monsieur B. , 64 ans, Nanterre,...
suite ».
32 Une autre pratique du lien, de l’entre-deux, consiste à aider à l’urbanisation de son village. Une étude du CREOPS[34] [34] Cette étude a été menée en 1997 par le Centre régional...
suite, a porté sur l’expérience d’immigrés marocains âgés qui participent à des actions de développement de leur village d’origine. La question centrale était de savoir ce qui pouvait motiver ces hommes. Cette enquête a été réalisée auprès de 210 personnes d’origine marocaine, essentiellement des hommes, âgés pour plus de la moitié de plus de 50 ans et dont 70 % sont des « célibataires géographiques ». En finançant à hauteur de la moitié du coût de l’électrification, de la construction de barrages, de la création d’un dispensaire, de routes, etc., les immigrés mettent en œuvre comme une conduite de rachat. Car quitter sa terre, son sol natal, pour s’extraire de la misère collective devient au regard de ceux qui sont restés, ainsi que vis-à-vis d’eux-mêmes, une lâcheté, un abandon. De plus, certains estiment qu’une fois leur village électrifié et « parabolisé », les conditions du retour seront réunies.
33 La diminution du niveau des ressources imposée par le passage à la retraite peut également les conduire à rester en France. Le retour au pays, s’il ne se fait pas dans un contexte de réussite économique ou sociale, reste délicat. Le jugement que porte l’immigré sur sa propre trajectoire, en fonction de son objectif de départ, sa réussite, son niveau de ressources et ses conditions de vie vont rentrer en ligne de compte. De retour au pays, il faudra réapprendre à vivre avec la famille et les enfants, le risque de rejet est important. Certains sont attachés à la France, et cet aspect des choses est souvent ignoré :
34
suite. »
35 Cet attachement, exprimé plus ou moins directement autour des notions de temps et de lieux (« je vis en France depuis si longtemps », « ici je suis bien, j’ai mes repères », « j’aime bien me promener, aller au marché même si j’ai rien à acheter »), s’étend à leur cadre de vie direct, le foyer. Régulièrement et souvent critiqué à juste titre, il n’en demeure pas moins leur domicile. Il est toujours délicat de dénigrer un lieu que l’on a habité des années durant[36] [36] L’émotion exprimée par les habitants lors des opérations...
suite, plus encore si ces jugements viennent de non-résidents. Les discours sont très régulièrement ponctués de « je suis habitué » : à la France, à la ville, au foyer, au rythme de la vie quotidienne et aussi à l’absence des siens. De nombreux responsables de foyers mentionnent quelques cas de retours définitifs au pays, suivis quelques mois après, d’une demande de réintégration dans le foyer, pour cause d’impossibilité à se réadapter dans le tissu familial et social d’origine. C’est une situation très difficile à assumer pour ces hommes.
36 D’autres éléments plus ponctuels et pragmatiques tiennent un rôle explicatif qui peut être non négligeable dans le non-retour. Pour ceux qui n’ont pas encore atteint l’âge de la retraite et qui ne sont pas actifs occupés, la contrainte pour rester est plus forte puisqu’ils doivent pointer régulièrement ou même parfois résider obligatoirement en France pour bénéficier des prestations sociales. C’est le cas de ceux qui perçoivent le minimum vieillesse ou le RMI. Quelques retraités évoquent des raisons de méfiance concernant les transferts d’argent ; percevoir sa retraite au pays serait défavorable (risques de taxes injustifiées, le jeu de change des devises leur faisant perdre du pouvoir d’achat). Cette méfiance est par ailleurs très largement installée au sein des foyers, vis-à-vis essentiellement de l’univers institutionnel : les gestionnaires des foyers, les collectivités locales, l’administration en général. Depuis 1998, les résidants peuvent faire leur demande de retraite depuis le pays d’origine. Mais la plupart s’y refusent, préférant être sur place pour mener à bien « en direct » ce passage. Il importe enfin de noter qu’avec l’âge et la dégradation des conditions de santé, la sécurité apportée par le système de soins en France (dans le suivi et la qualité) est citée par de nombreuses personnes comme une cause significative de maintien.
37 Déjà en 1978, un rapport de la Cour des comptes soulignait la dégradation des conditions de logement des migrants isolés et « l’inadaptation [des foyers] aux nouvelles réalités d’une politique qualitative du logement[37] [37] Bernardot (M. ), « La Sonacotra : 40 ans de politique...
suite ». Cependant aucune mesure publique n’a su anticiper les difficultés posées par un vieillissement « dans les murs » de la population. Entre mythe du retour et habitudes acquises en France, les migrants âgés des foyers vieillissent dans une position intenable. Des rapports récents[38] [38] Bas-Theron (F. ), Michel (M. ), Rapport sur les immigrés...
suite n’ont pu qu’en constater les conséquences et encourager, une fois de plus, les pouvoirs publics à intervenir. Malgré la mauvaise appréciation initiale sur les possibilités de retour au pays des migrants, la question de la qualité de l’accueil qui leur a été réservé subsiste. On peut s’interroger sur la légitimité à ajuster la qualité d’un bâti, l’intensité des aides, l’accès aux droits et à l’information des résidants, en fonction de la durée présumée de leur présence sur le territoire. Cette interrogation revient finalement à se demander si, dès la création des FTM, une logique discriminatoire forte n’a pas été mise en place.
Conclusion
38 Vieillir en foyer s’accompagne de nombreuses difficultés pour les migrants, depuis les plus pragmatiques jusqu’aux plus existentielles. Si la population des foyers ne représente « que » 1,9 % de l’ensemble de la population immigrée française, ce chiffre est porté à 4 % des hommes immigrés, 24 % des hommes immigrés vivant seuls, et 34 % des hommes immigrés vivant seuls de plus de 50 ans… Sans oublier que si ces formes de précarités économique, sociale, affective, psychologique ne concernent pas tous les immigrés en foyer, elles sont en revanche des figures paroxystiques des difficultés que rencontrent de nombreux immigrés, ailleurs qu’en foyer. Or ces derniers, « éparpillés » dans le parc diffus, sont plus difficiles à repérer, et par conséquent à aider. Un tel cumul de caractéristiques négatives conduit des observateurs à analyser cette situation à travers le prisme de l’individualisme négatif tel que décrit par Robert Castel à propos des sociétés occidentales contemporaines[39] [39] Voir les travaux de C. Hmed, notamment : « L’institution...
suite. Et en effet, sans doute peut-on voir dans ce migrant de l’entre-deux une figure de l’individu par défaut : défaut d’appartenance, d’affiliation, de support, qui lui permettraient de maîtriser son propre destin ainsi qu’il est prescrit à l’individu moderne[40] [40] Castel (R. ), Haroche (C. ), Propriété privée, propriété...
suite. On pourrait s’interroger sur la propriété de soi d’hommes que l’on a fortement incités à migrer, que l’on assigne à résidence[41] [41] Ibid. ...
suite, dont on organise la vie quotidienne. Sans doute faut-il être prudent, le modèle développé par R. Castel s’appliquant bien aux sociétés occidentales, au sein desquelles ces hommes vivent, mais dont ils ne sont pas issus… On voit bien ici toute la difficulté, même pour l’observateur, à les situer.
39 La mutation des foyers en résidences sociales, aujourd’hui en cours, permettra sans doute d’améliorer certains aspects de leur condition, puisqu’elle consiste notamment dans une transformation du bâti, plus adapté à une vie autonome. Mais elle pose d’autres problèmes, les nouvelles résidences visant un public diversifié avec lequel la cohabitation ne va pas nécessairement de soi. De surcroît, elle se déroule sans concertation préalable avec les migrants, qui sont pourtant les premiers destinataires de l’action. Les dispositifs de démocratie participative de plus en plus développés et légitimés en France ne semblent pas franchir les portes des foyers. On sait aujourd’hui que parmi l’ensemble des candidats à la migration, ceux qui la tentent sont les plus dynamiques, les plus actifs. On mesure alors le gouffre qui sépare ce volontarisme et ce que la société d’accueil, en l’occurrence la société française, en a fait. Ces hommes ont été une chance pour la France, mais parmi ceux qui ont vécu une vie en foyer, peu ont eu leur chance. Ils vieillissent finalement aujourd’hui comme on les considère, comme s’ils n’étaient pas là.
Notes
[ 1] Ces données issues des recensements généraux de la population nous ont été transmises par C. Borrel (INSEE), que nous remercions ici.
[ 2] Chesnais (J.-C.), Le Bras (H.), « Cycle de vie et âge des habitants », Population, 2, INED, 1976.
[ 3] Gallou (R.), « Les immigrés isolés : la spécificité des résidants en foyer », Retraite et société, 44, La Documentation française, 2005.
[ 4] L’orthographe du résidant peut être discutée. Nous avons opté pour le « résidant » qui réside (notion de domicile). Le « résident » se voit attribué une double notion : d’hébergement, mais aussi de statut d’étranger.
[ 5] Noiriel (G.), 
[ 6] Sayad (A.), La double absence, Paris, Le Seuil, 1999.
[ 7] Ordonnance du 29 décembre 1958.
[ 8] Bernardot (M.), « La Sonacotra : 40 ans de politique de logement social », Migration et société, 63,1999.
[ 9] Ces études sont essentiellement de trois types : monographies universitaires (Noiriel (G.) (dir.), Le vieillissement des immigrés en région parisienne, étude pour le FAS, rapport final, 3 vol., 1992), collectes de données statistiques pour la Sonacotra (Bernardot (M.), Le phénomène du vieillissement dans les résidences de la Sonacotra : une analyse statistique, Rapport du groupe de projet sur le vieillissement, 1997), ou plus nombreuses sous formes de rapports et de recherches actions « institutionnelles » (Fasild, Les foyers des travailleurs immigrés dans la politique de la ville, 1995 ; Unafo, Le vieillissement des résidents dans les foyers de travailleurs migrants, rapport final, 1995 ; Sonacotra, Répondre à l’urgence et loger les personnes en difficulté, Viloéco, 2002).
[ 10] Barou (J.), L’habitat des immigrés et de leurs familles, Paris, La Documentation française, 2002.
[ 11] Il s’agit, la plupart du temps, de la partie bas de gamme du logement social ordinaire. Cf. entre autres sur ce point le rapport Les discriminations raciales et ethniques dans l’accès au logement social coordonné par P. Simon pour le GELD (Groupe d’études et de lutte contre les discriminations), 2001.
[ 12] Rebérioux (P.-Y.), « Vieillir dans les foyers de travailleurs migrants », Villes et vieillir, Paris, La Documentation française, 2004.
[ 13] Il était prévu la possibilité de décloisonner rapidement ces unités de vie et de les rendre de nouveau habitables par des familles.
[ 14] Selon l’expression consacrée, tirée de l’article de Samaoli (O.), Hommes et migrations, 1126,1989.
[ 15] Cuq (H.), Mission parlementaire sur la situation et le devenir des FTM effectuée auprès du ministre chargé de l’Intégration et de la Lutte contre l’exclusion, Paris, 1996.
[ 16] Sayad (A.), L’immigration ou les paradoxes de l’altérité, Bruxelles, De Boeck Université, 1991.
[ 17] Timera (M.), Les Soninké en France, D’une histoire à l’autre, Paris, Karthala, 1996. Cf. notamment le second chapitre : « Rapports sociaux et organisation communautaire dans l’espace résidentiel du foyer ».
[ 18] Samaoli (O.), « Les pères sans famille : du célibat et de l’immigration encore », Écarts d’identité, 71, 1994.
[ 19] Les courts extraits suivants proviennent d’entretiens menés en 2001 auprès d’hommes immigrés de 60 à 65 ans rencontrés lors de la demande de retraite dans les agences locales de la CNAV (Rosny-sous-bois, Nanterre et Paris).
[ 20] Buton (F.), « La production sociale d’une présence illégitime », in Noiriel (G.), dir., Le vieillissement des immigrés en région parisienne, étude pour le FASILD, 1992.
[ 21] Rebérioux (P.-Y.), « Vieillir dans les foyers de travailleurs migrants », art. cité, p. 6.
[ 22] Gallou (R.), « Les immigrés isolés : la spécificité des résidants en foyer », art. cité, p. 142.
[ 23] Invalides, chômeurs n’ayant jamais travaillé et ceux que l’on appelle souvent abusivement « préretraités », mais qui bénéficient rarement de dispositifs spécifiques et perçoivent en réalité le RMI ou l’allocation chômage de longue durée avant de déposer leur dossier de retraite.
[ 24] Citons pour les plus récents Paroles d’immigrés, Assic, Fasal, 2004 ; Là-bas ma tête, ici mon corps, Paroles de migrants, Collectif Mohamed Nema, 2002 ; Chibanis, de P. Bohelay et O. Daubard, Bleu autour, 2002 ; les films documentaires Entre ici et là-bas, de C. Thiou sur les habitants de la résidence sociale Nelson Mendela du Mans et Le foyer des hommes discrets de N. Joyeux sur les résidants du foyer Sonacotra de Romainville.
[ 25] C’est-à-dire hors institution, catégorie dont font partie les foyers de travailleurs migrants.
[ 26] Enquête réalisée par l’INSEE et l’INED en 1999 portant sur 380 000 personnes de plus de 18 ans et leur famille.
[ 27] Gallou (R.), « Les immigrés isolés : la spécificité des résidants en foyer », art. cité, p. 132.
[ 28] Voir les travaux de Thave (S.), Mesrine (A.), « Vieillir en France quand on est immigré », Données sociales, la société française, INSEE, 1999, p. 28-35.
[ 29] Cf. les résultats de l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale (INED, 1994) et plus récemment l’enquête Passage à la retraite des immigrés (CNAV, 2003) et Attias-Donfut (C.), Gallou (R.), Tessier (P.), « La démographie des immigrés de 45 à 70 ans », Retraite et société, 45, La Documentation française, juin 2005.
[ 30] Noiriel (G.), dir., Le vieillissement des immigrés en région parisienne, op. cit.
[ 31] Buton (F.), « La production sociale d’une présence illégitime », art. cité, p. 10.
[ 32] Sayad (A.), « Les trois âges de l’immigration », Actes de la recherche en sciences sociales, 15,1977.
[ 33] Extrait d’un entretien avec monsieur B., 64 ans, Nanterre, 2002.
[ 34] Cette étude a été menée en 1997 par le Centre régional d’études et d’observation des politiques et des pratiques sociales.
[ 35] Extrait d’une parole d’immigré citée dans la revue Écarts d’identité, 87,1998, p. 42-43.
[ 36] L’émotion exprimée par les habitants lors des opérations de destruction des grands ensembles dégradés en est une illustration.
[ 37] Bernardot (M.), « La Sonacotra : 40 ans de politique de logement social », art. cité, p. 4.
[ 38] Bas-Theron (F.), Michel (M.), Rapport sur les immigrés vieillissants, IGAS, rapport n° 2002-126, Paris, 2002 ; Charbit (T.), Le vieillissement des travailleurs immigrés logés en foyer, synthèse pour la DPM et l’ADRI, 1998.
[ 39] Voir les travaux de C. Hmed, notamment : « L’institution en déréliction. De certains aspects du vieillissement des immigrés en foyers pour travailleurs », Cahiers du Grip, 1,2005.
[ 40] Castel (R.), Haroche (C.), Propriété privée, propriété sociale, propriété de soi, Paris, Fayard, 2001 ; Castel (R.), Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard, 1995.
[ 41] Ibid.
Résumé
Les questions relatives au vieillissement des immigrés dans les foyers de travailleurs ont un impact grandissant dans un contexte de forte avancée en âge des occupants de l’ensemble du secteur. Les sociologues abordant ce thème traitent d’un sujet situé aux confluents des questions de trajectoires individuelles, professionnelles et familiales, mais aussi de la santé et de l’accès aux soins, du logement et de l’insertion urbaine et plus généralement, des politiques d’intégration et d’insertion de ces populations. L’article trace le contour de ces interrogations en décrivant dans un premier temps la façon dont les politiques, en agissant au « coup par coup » et dans la seule logique d’une présence immigrée temporaire, main-d’œuvre de passage, ont créé les conditions propices à l’exclusion d’une génération de travailleurs immigrés. Dans un second temps, l’article relève la situation paradoxale du migrant âgé résidant en foyer, à savoir le non-retour au pays et son maintien sur place dans des conditions de vie précaires.
PLAN DE L'ARTICLE
- Le foyer, instrument d’action publique : la construction de la figure du migrant âgé
- Le vieillissement des immigrés en foyers et les conséquences de l’impensé des politiques
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Rémi Gallou « Le vieillissement des immigrés en France », Politix 4/2005 (n° 72 ), p. 57-77.
URL : www.cairn.info/revue-politix-2005-4-page-57.htm.
DOI : 10.3917/pox.072.0057.




