Politix 2006/3
Politix
2006/3 (n° 75)
300 pages
Editeur
Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr

I.S.B.N. 9782200921248
DOI 10.3917/pox.075.0103
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Dossier : Dispositifs participatifs

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Comment s’équipe la démocratie dialogique ?[1][1] Cet article reprend une communication présentée lors du...
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AuteurNicolas Benvegnu du même auteur

Nicolas Benvegnu est doctorant au Centre de sociologie de l’innovation de l’École des mines de Paris et fait partie du Groupe de recherche Énergie, Technologie et Société de EDF R&D.
Il a récemment publié : « Au-delà de la technique : l’introduction d’internet dans le répertoire de mobilisation électorale de candidats en campagne. Le cas des élections législatives de juin 2002 », Terminal, 92, 2005.
nicolas.benvegnu@ensmp.fr

Le projet de Route Nationale 19 (RN 19) a été initié au milieu des années 1990. Il s’agit d’un aménagement routier comme il en existe tant d’autres, qui consiste en une mise à deux fois deux voies de l’ensemble du trajet entre Langres et Delle dans l’Est de la France. Ici comme ailleurs, un fait ne manque d’attirer l’attention : il est en effet à peine exagéré d’avancer que chaque kilomètre de route, chaque événement en lien avec la préparation et la conduite du projet – jusqu’au retrait du panneau annonçant la fin des travaux – a fait l’objet d’une couverture, d’un relais, parfois d’une discussion dont le maître d’ouvrage est lui-même à l’initiative. Cette apparente volonté de transparence ne manque pas de frapper lorsque l’on sait que la puissance publique revendique et assure de longue date le monopole de l’expertise et de la définition de l’intérêt général. Les grands conflits d’aménagement des années 1970 et 1980 ont précipité un mouvement allant dans le sens d’un renforcement d’un droit à l’information, contribuant ainsi à la diffusion d’un « nouvel esprit de l’action publique[2][2] Blondiaux (L. ), Sintomer (Y. ), « L’impératif délibératif »,...
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 ». Concrètement, dans le cas du projet d’aménagement de la RN 19, ce nouvel esprit se traduit par un amendement du répertoire d’action du maître d’ouvrage : en y adjoignant communication et concertation, ce dernier a offert à quiconque en ayant la volonté la possibilité de suivre quasiment pas à pas l’avancement du projet.

2 Nous avons ici choisi de nous intéresser au cas de la RN 19 en portant plus particulièrement notre attention à deux sites web concourant à l’information et/ou la participation du public. L’existence de deux sites s’explique par le fait que le ministère des Transports a délégué la maîtrise d’ouvrage par tronçons aux trois Directions départementales de l’Équipement (DDE) concernées, auxquelles vient s’ajouter un Conseil général. En visitant ces sites pour la première fois, on ne peut être que frappé par la ressemblance des adresses, la présence du même logo de la RN 19, de la même carte géographique qui propose un zoom sur le tracé de la route entre Langres et Delle, dans une moindre mesure d’un jeu de couleurs des chartes graphiques très proche.

3 Les deux espaces ouverts sur le web ne sont pourtant pas en tout point identiques : l’un de deux sites a été lancé par la DDE du Territoire de Belfort[3][3] <http:/ / www. rn19. net> (dernière visite le 1er avril...
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. Ce projet affiche d’emblée la volonté de traiter de la « RN 19 et [de] développement local ». Le site a été réalisé avec un logiciel de gestion de contenus particulier, le Système de Publication pour l’Internet (SPIP) ; il paraît quelque peu « artisanal » dans sa forme : la composition graphique, la faible résolution de la carte du tracé de la route et l’organisation de l’information tranchent nettement avec celles que l’on trouve généralement sur les sites web institutionnels le plus souvent réalisés par des agences de communication spécialisées dans cette tâche.

4 La nature de ce projet ne se laisse donc pas saisir au premier abord. L’autre site est à mettre au crédit de la Mission RN 19[4][4] <http:/ / www. nouvellern19 . net/ > (dernière visite le 1er...
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, une institution chargée de coordonner l’action des différents maîtres d’œuvre locaux. Il apparaît comme un site de présentation du projet, en quelque sorte une « vitrine » sur le web qui offre éventuellement la possibilité de poser une question à ses gestionnaires ; en somme, une communication publique conforme à celle qui existe déjà par ailleurs mais déployée sur un support supplémentaire et particulier qu’est internet.

5 Les deux expériences émanent donc de la maîtrise d’ouvrage, concernent un même projet d’aménagement routier, visent l’information du public et recourent pour cela à internet : il s’agit donc d’agencements socio-techniques comparables. C’est à une telle comparaison qu’invite cet article. Nous proposons de prendre comme point d’entrée les dispositifs mobilisés pour faire vivre ces sites afin de mieux comprendre et de distinguer les projets plus généraux auxquels ils s’intègrent : en choisissant certains outils plutôt que d’autres, en fixant la manière dont ces derniers doivent être paramétrés, en déterminant différentes options de maintenance, le concepteur d’un projet suggère des scénarii avec lesquels les visiteurs des sites sont amenés à composer[5][5] Pour une présentation systématique de cette idée, cf. ...
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. Nous souhaitons ainsi contribuer à une analyse politique qui donne un statut aux formes matérielles de la communication sans pour autant verser dans le mythe du salut démocratique par la technique selon lequel « améliorer les communications, c’est nécessairement faire de l’égalité et de la démocratie[6][6] Mattelart (A. ), « La communication et la promesse...
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 ». Nous voudrions montrer que les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent être intégrées à des procédures politiques davantage fondées sur le dialogue et la participation. Il faut pour cela se garder de « poser la technique comme un donné extérieur à la politique en oubliant que l’identité des machines à communiquer fait l’objet d’une construction sociale, c’est-à-dire aussi discursive[7][7] Chambat (P. ), « La démocratie assistée par ordinateur »,...
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 ». Cette position sera notamment illustrée en revenant sur les conditions d’élaboration et de mise en œuvre du logiciel de gestion de contenus SPIP qu’utilise le site ouvert par la DDE du Territoire de Belfort. En nous arrêtant finalement sur les deux sites web consacrés à la RN 19, nous nous demanderons si, dans le cas d’une implantation d’infrastructure ou de tout autre enjeu potentiellement controversé, quelques innovations réalisées dans le domaine des TIC peuvent non seulement être mobilisées à des fins d’information du public mais également contribuer à l’ouverture de scènes sur lesquelles sont co-produits des savoirs et mis à l’épreuve des arguments et des propositions[8][8] C’est ce qu’A. Barry désigne sous le nom de « sites...
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.

Les technologies de l’information et de la communication dans la boîte à outils de la démocratie dialogique

6 Dans un contexte de réflexion sur les modes de gestion politique et leur renouvellement, des procédures et des instruments sont mis à l’épreuve pour tenter de parvenir à une décision plus éclairée. Les TIC accompagnent ce mouvement puisque des outils informatiques facilitant la prise de parole et l’échange sont régulièrement conçus et expérimentés.

La démocratie entre « crise » et renouvellements

7 Au cours des dernières années, les modes traditionnels de gestion politique, organisés autour du partage entre les producteurs professionnels de savoir et les « simples citoyens », ont été littéralement débordés par un nombre croissant d’enjeux complexes pour lesquels la preuve et la démonstration ne sont pas toujours possibles[9][9] Cf. par exemple Chateauraynaud (F. ), Torny (D. ), Les sombres...
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. Ce phénomène est venu s’ajouter à la longue liste d’arguments contribuant à un usage inflationniste du thème récurrent de la « crise » du gouvernement représentatif[10][10] Manin (B. ), Principes du gouvernement représentatif, Paris,...
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. De manière concomitante à un nouveau retour en grâce du « local » comme lieu pertinent de l’action politique[11][11] Balme (R. ), Faure (A. ), Mabileau (A. ), Les nouvelles politiques...
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, une intense réflexion a été entamée sur un autre déplacement de la politique, concernant cette fois l’organisation de l’activité elle-même. Dans un système qui concentre quasi-exclusivement la délibération entre les mains de représentants, le principal problème est peut-être moins celui de la décision que celui, préalable, des modalités d’identification des différentes options qui pourraient apporter des réponses aux enjeux complexes qui émergent. À partir d’un tel diagnostic, il convient donc de réfléchir à la manière dont la démocratie délégative peut être enrichie et complétée par d’autres procédures de consultation. La réflexion sur l’équipement de la démocratie, la forme qu’il peut prendre, les modalités qu’il peut adopter et les effets qu’il peut avoir sur le système politique est loin d’être en jachère[12][12] Cette idée est notamment au cœur de Latour (B. ), Weibel...
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. Il suffit pour étayer cette idée de se remémorer les intenses discussions qui ont animé la période révolutionnaire à propos de l’architecture des assemblées parlementaires[13][13] Heurtin (J. -P. ), « Architectures morale de l’Assemblée...
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. Par ailleurs, la créativité des acteurs donne lieu à une multitude d’expérimentations qui viennent nourrir une réflexion et une pragmatique de la discussion publique, offrant des perspectives concrètes de ce que pourraient être « l’infrastructure matérielle et la logistique nécessaires à l’exploration des mondes possibles et à la composition du collectif[14][14] Gallon (M. ), « Quel espace public pour la démocratie...
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 ». Bien qu’il puisse se décliner selon une infinité de formes et s’appuyer sur un appareillage en perpétuelle évolution, l’équipement de la démocratie est un phénomène consubstantiel à cette forme de gouvernement : en complément des procédures progressivement intégrées à l’arsenal juridique[15][15] Parmi les dispositions qui instituent des systèmes de consultation...
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, de nombreux supports sont investis pour informer, des formats de discussion sont mis à l’épreuve, des dispositifs favorisant une prise de parole publique sont conçus et expérimentés dans un perpétuel dépassement des règles du jeu et des projets institués.

Les TIC comme instruments de l’action publique

8 Depuis plusieurs années, les TIC sont associées à un mouvement d’expérimentation de modes d’exploration politique plus dialogiques. Elles offrent en cela des pistes de réflexion sur la constitution d’arènes susceptibles d’accueillir les discussions des citoyens, même si elles ne fourniront bien évidemment jamais qu’un champ d’investigation parmi d’autres. Il est vrai que les TIC n’ont pas toujours été envisagées avec la prudence qui s’impose. Une littérature prospective et souvent empreinte d’un déterminisme technologique[16][16] Parmi l’abondante littérature, cf. Castells (M. ), The...
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a en effet laissé entrevoir l’avènement de formes de démocratie sans médiation autre que technique, telles celles à l’œuvre dans les groupes d’utilisateurs pionniers[17][17] Rheingold (H. ), The Virtual Community. Homesteading the...
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. Ainsi, une fois levé l’obstacle qui avait conduit à dissocier et/ou à légitimer la dissociation entre délibération et universalité de la participation, est apparu le spectre d’une authentique Agora électronique. Un tel raisonnement ignore que les phénomènes d’appropriation sont à la fois longs, complexes et imprévisibles et débouchent sur des usages diversifiés dont certains peuvent être aux antipodes de ceux imaginés ou développés dans les premiers temps[18][18] À cet égard, les travaux de M. de Certeau, E. Eisenstein...
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 : la diffusion d’une technique à une plus grande échelle ne donne pas nécessairement lieu à la reproduction des premiers usages observés. Y voyant une menace de déstabilisation d’un système fondé sur la représentation, le personnel politique s’est saisi des TIC avec beaucoup de prudence[19][19] Benvegnu (N. ), « Au-delà de la technique : l’introduction...
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 : ces technologies ont été principalement introduites à la marge de la scène politique institutionnelle (e-vote et autre cyber-administration). C’est en laissant son regard s’évader de cette scène que les expérimentations de ces technologies les plus innovantes en matière de participation et de collaboration pouvaient être observées.

9 Dans de nombreux cas, la réalisation de projets de discussion publique sur internet est passée par la conception ou l’adaptation préalable d’outils spécifiques qui sont en eux-mêmes des enjeux de mobilisation[20][20] Blondeau (O. ), Les orphelins de la politique et leurs curieuses...
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. Les logiciels réalisés ne peuvent dès lors plus être conçus comme de simples vecteurs de la discussion sur l’espace particulier qu’ouvre internet, mais également comme de véritables épreuves, à mettre en relation avec des discours, qui performent ces derniers et visent à rendre effectifs des projets. Nous proposons à présent de revenir sur les conditions de production du logiciel SPIP avec lequel est construit RN 19.net, le site web de la DDE du Territoire de Belfort, afin de préciser ce que ce logiciel fait et fait faire au sein d’agencements socio-techniques dont il fait partie. Nous voulons montrer que la conception ou la mise en œuvre d’un tel outil convoque un régime d’action à part entière.

Des lignes de code informatique très politiques

10 La conception du logiciel SPIP ne peut se comprendre sans faire référence à un texte fondateur, le Manifeste du Web Indépendant[21][21] <http:/ / www. uzine. net/ article60. html>. ...
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, ainsi qu’au projet qui fait figure de première mise en œuvre des principes qui y sont formulés, uZine.net[22][22] <http:/ / www. uzine. net> (dernier accès au site le 1er...
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. À tel point que les principes affichés dans ce texte, le fonctionnement du projet et l’outil logiciel sont inextricablement enchevêtrés.

Le bouillonnement de la discussion publique sur uZine.net

11 En 1996, à un moment-clé du développement d’internet en France, des webmasters rassemblés en « association informelle d’utilisateurs du Réseau » décident de faire entendre leur voix, qui n’était ni celle d’une conception consumériste, ni celle d’une régulation stricte du net. Ils publient alors un court document programmatique, le Manifeste du Web indépendant, dans lequel ils exhortent « les utilisateurs à prendre conscience de leur rôle primordial sur l’Internet » et estiment que « la pédagogie, l’information, la culture et le débat d’opinion sont le seul fait des utilisateurs, des webmestres indépendants et des initiatives universitaires et associatives ». Ils dépassent la stricte dimension du discours en lançant un site web, uZine.net. L’initiative s’assimile à une expérience éditoriale originale en ce qu’elle ne définit a priori ni ne scelle une fois pour toutes la distribution des rôles de lecteur, rédacteur et administrateur. Le site web autour duquel s’organise le projet est ouvert à la participation de tous les internautes : non seulement ces derniers ont la possibilité de discuter des textes comme ils pourraient le faire sur tout autre forum, mais ils peuvent également publier leurs propres articles après concertation sur un forum interne, et même participer à l’animation d’un projet laissant la place à une gestion décentralisée. La possibilité laissée à chacun de contribuer ne débouche pas sur un amas informe et chaotique d’articles ou de billets d’humeur : si le web est assurément le support de l’engagement des participants à uZine, il en est également l’objet exclusif, puisque l’ensemble des contributions portent sur des enjeux liés au net et à son appropriation citoyenne. Le site uZine.net ne connaît pas aujourd’hui – et depuis quelque temps déjà – le même niveau d’activité que lorsqu’il était en plein bouillonnement en 2001 et 2002. À cette époque, les contributions étaient nombreuses et fréquentes : plus de deux mille personnes ont fait la démarche de s’inscrire sur le site pour se mettre en position de contributeur. Au-delà de l’avalanche d’interventions sur les nombreux forums (le site recense plus de 20 000 messages publics), plus de 600 articles et quelque 750 brèves ont été publiés. Ils émanaient de dizaines de contributeurs différents, d’internautes ayant trouvé l’occasion de prendre la parole, défendre un point de vue, échanger des arguments sur un mode complètement volontaire. Cette effervescence est d’autant plus spectaculaire que les thématiques développées dans les articles étaient spécifiques et réclamaient des rédacteurs une certaine (im)pertinence et/ou un bon niveau de connaissances sur les problématiques en lien avec internet. Sans oublier le respect de la ligne éditoriale : les administrateurs ont certainement davantage refusé de contributions qu’ils n’ont accepté d’en publier.

Le Système de Publication pour l’Internet (SPIP)

12 La concrétisation de projet de magazine en ligne, fondé sur la participation des internautes et une décentralisation du processus de publication (que les initiateurs de ce projet désignent alors par le néologisme d’« autopublication »), a amené les porteurs de cette initiative à développer une application logicielle spécifique à partir de la deuxième version du site lancée à la fin de l’été 2001 : c’est pour proposer un site « encore plus ouvert et plus collaboratif » qu’a été conçu le Système de Publication pour l’Internet (SPIP). Toutefois, et comme nous allons le voir, l’objet technique ne détermine pas à lui seul et intégralement la nature et le fonctionnement d’un projet. Ce qui a fait le succès de l’initiative uZine.net tient sans doute moins à l’utilisation de SPIP qu’à l’envie de contribuer à une mise en discussion publique d’enjeux émergents que des citoyens étaient désireux de s’approprier, au-delà d’un cadrage médiatique alors marqué par l’éphémère phénomène de « nouvelle économie ».

13 S’il est bien le produit de l’histoire particulière du projet des signataires du Manifeste du Web Indépendant, le logiciel SPIP ne constitue pas une initiative isolée dans le sens où il s’inscrit dans un contexte marqué par l’émergence de nombreuses autres applications qui abaissent les barrières à l’entrée de la publication sur internet. À partir du milieu des années 1990, des logiciels permettant de générer des pages web sans avoir à se livrer à une activité de programmation ont progressivement émergé et se sont parfois diffusés très rapidement. Ils se sont notamment multipliés avec l’apparition d’un langage de programmation relativement simple, le langage PHP[23][23] Cf. <http:/ / www. phpfrance. com/ >. ...
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, qui permet de concevoir assez facilement des sites web dits dynamiques[24][24] Pour simplifier, un site dynamique est un site relié à...
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. À partir de ce langage[25][25] Il existe encore bien autres applications de ce genre qui...
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, sont apparues des dizaines, voire des centaines d’applications, souvent nommées « systèmes de gestion de contenu » (Content Management System, CMS) permettant de publier sur le web sans aucune connaissance du langage HTML (le langage de balisage de texte le plus courant qui permet la création de documents hypertextes affichables par un navigateur web). Techniquement, ce phénomène est rendu possible par l’apparition de langages de script qui viennent s’intégrer en boucle dans le code HTML. Et comme il est beaucoup plus simple de maîtriser un langage de script qu’un langage de programmation, la publication en ligne exige dès lors un niveau de connaissances voisin de celui nécessaire à l’envoi d’un courrier électronique. Les dernières évolutions de ces applications permettent de plus d’intégrer très facilement des images, des sons, des vidéos dans le corps d’un texte, à la manière dont on attache une pièce jointe à un courriel.

14 Avec un site web construit avec SPIP, l’interface de rédaction n’est pas directement accessible pour les visiteurs du site mais seulement après une phase d’identification qui permet d’accéder à une partie dite privée, qui peut s’assimiler aux coulisses d’une scène. C’est à partir d’une interface assez intuitive que les articles sont rédigés. La structuration à laquelle est soumise toute contribution offre également une illustration saisissante de la traduction dans les lignes de code de SPIP des besoins spécifiques à la nature du projet d’uZine.net : le formulaire qui s’ouvre au moment de la rédaction compte en effet plusieurs champs pour accueillir le titre, le sous-titre, le chapeau et le corps du texte, inscrivant ainsi dans l’architecture logicielle quelques-unes des contraintes propres à un style d’écriture journalistique. Une fois la rédaction terminée, il suffit de cliquer sur « valider » pour enregistrer le texte dans une base de données distante. La contribution peut alors être soit directement publiée et peut donc être lue par tous les internautes (dans ce cas, le site fonctionne sur une logique d’open publishing[26][26] C’est par exemple le parti pris du collectif Indymedia...
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), soit mise en attente de modération, comme c’est le cas sur uZine et sur bon nombre de sites utilisant SPIP. Les administrateurs du site sont chargés de cette validation, après une éventuelle discussion du texte sur un forum interne à laquelle peuvent participer tous les rédacteurs (i.e. ceux qui se sont inscrits et peuvent accéder à la partie privée). La dynamique de la discussion sur le forum est encouragée par un système d’alerte, qui prévient chaque contributeur par courrier électronique qu’un autre a réagi à ses propos.

15 S’ils tendent in fine vers un même but de simplification des modalités de la publication en ligne, les logiciels de gestion de contenu tels que SPIP ne présentent pas tous les mêmes caractéristiques ou n’offrent pas tous les mêmes options. De plus, la plupart de ces logiciels sont largement paramétrables et modifiables, étant distribués sous licence libre[27][27] SPIP est en effet distribué sous la Licence Publique Générale...
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. SPIP offre par exemple la possibilité de limiter ou non l’accès à la partie privée du site à partir de laquelle se rédigent les contributions ; les administrateurs du site peuvent également choisir d’activer ou de désactiver la fonction forum au pied de chaque article (tant sur l’espace public que sur la partie privée), en fonction de leurs envies ou leurs besoins de faire place à la discussion. À partir d’un même logiciel, des sites web qui retranscrivent des visions et des sensibilités bien différentes peuvent être développés. En dehors de sa relative facilité d’utilisation et aux conditions de sa mise à disposition (le logiciel est librement téléchargeable et une communauté d’utilisateurs s’est organisée autour de lui[28][28] SPIP dispose d’un site dédié : <http:/ / www. spip. net>. ...
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), c’est aussi à cette souplesse que SPIP doit sa large diffusion quelques années seulement après son lancement : il est en effet utilisé par des milliers et des milliers de sites web, bien différents du projet pour lequel ce logiciel a été élaboré. Et si quelques-uns connaissent un succès qui dépasse celui d’uZine, nombre d’entre eux apparaissent comme des coquilles vides, des espaces qui ne sont appropriés que par les quelques personnes qui ont un intérêt pour l’objet sur lequel porte le site web qu’ils ont lancé. Tout d’abord largement approprié au sein du monde associatif, SPIP est à présent également utilisé par une longue liste d’entreprises et d’institutions publiques, comme c’est le cas de la DDE du Territoire de Belfort pour son site sur la RN 19.

L’exploration de l’exercice du droit à l’information sur un projet d’aménagement du territoire. Les sites web sur la RN 19

16 Les modalités d’exercice du droit à l’information autour d’un aménagement public ne sont ni uniformes ni arrêtées une fois pour toutes : des variantes peuvent exister et des innovations peuvent survenir, aussi bien en termes de supports investis que de pratiques et de conception de l’acte d’informer lui-même. C’est ce que doivent nous permettre de mettre en évidence les deux sites web consacrés à la RN 19.

« Le concept RN 19 » : co-produire et discuter l’information relative à l’aménagement (<http://www.rn19.net>)

17 La Direction départementale de l’Équipement du Territoire de Belfort est maître d’ouvrage entre Héricourt et Delle (environ 21 kilomètres), soit la partie la plus à l’est du tracé de la RN 19. Contrairement à la partie la plus à l’ouest qui projette de relier Langres à Vesoul par une autoroute d’ici une dizaine d’années[29][29] Pour la réalisation des travaux sur ce tronçon, le cadre...
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, ce tronçon fait l’objet de travaux depuis le milieu des années 1980. À la fin de l’année 2005 a été ouverte une section entre Morvillars et Delle après d’importants travaux. Au début de l’année 2006, d’autres aménagements sont en cours ou à venir.

...
Page d’accueil du site <http://www.rn19.net />

18 Comme dans le cas d’uZine.net, l’architecture et les dispositifs retenus pour le site web rn19.net ne peuvent être pleinement compris sans se référer au projet plus général porté par ses initiateurs, à savoir celui qui fut Directeur de la DDE du Territoire de Belfort jusqu’en 2002 et un consultant en communication spécialiste des TIC[30][30] Je tiens ici à remercier Olivier Frérot et Jacques Chatignoux...
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. Le premier, Olivier Frérot, est un ingénieur du corps des Ponts et Chaussées qui n’a pas attendu l’arrivé d’internet pour acquérir la conviction que « l’information publique doit désormais être partagée dans sa construction comme dans son usage[31][31] Chatignoux (J. ), Frérot (O. ), « Quand l’internet...
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 ». Pour être mis en pratique, un tel point de vue suppose de développer ce qu’il désigne lui-même comme une « une certaine façon de voir l’exercice d’informer au titre d’un service public[32][32] Ibid. ...
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 ». Déjà, dans les années 1980, sur les premiers aménagements routiers auxquels il a participé, il réfléchissait à la manière d’assurer « une communication au sens profond », avec les supports et les moyens alors à sa disposition. Il assume et revendique par ailleurs une « idéologie de l’ingénieur du xixe siècle » selon laquelle les dispositifs peuvent et vont contribuer à l’amélioration de la communication et des échanges. À la fin des années 1990, il prend conscience de l’intérêt du travail rédactionnel collaboratif rendu possible par l’apparition d’une série d’outils précédemment évoqués. Il est particulièrement frappé par le nombre et la qualité des contributions qui nourrissent le site Radiophare[33][33] <http:/ / radiophare. net> ; ce projet est animé par...
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ouvert par des habitants de l’île de Ré, au point de devenir une source d’informations de référence au moment de la marée noire de l’Erika (1999). Assisté de Jacques Chatignoux, un consultant en communication qui se définit comme un « animateur/dérégulateur de réseaux » et avec lequel il travaille de longue date, il décide de lancer le site rn19.net au mois de juin 2000 pour traiter de l’aménagement de la route nationale sur lequel la DDE est engagée. La première version du site, réalisée avec un éditeur HTML, ressemble à s’y méprendre aux centaines de milliers de pages personnelles qui constituent une grande partie de l’internet de cette époque. Considérée dans son contexte, l’initiative est moins anodine qu’il ne peut y paraître de prime abord. Bien que lancé et financé par la DDE, le site web est délibérément hébergé chez Altern, acteur emblématique de l’internet associatif et citoyen français. L’extension .net accolée au nom de domaine tranche sensiblement avec celle usuellement de rigueur, à savoir .equipement.gouv.fr. Avec ce site, O. Frérot entend poursuivre le mouvement qu’il a depuis longtemps initié sur d’autres supports : rendre public ce qui est réalisé avec des deniers publics. Cela implique aussi bien de faire régulièrement le point sur l’avancement des travaux que de permettre l’accès aux études préliminaires réalisées par des bureaux spécialisés. S’il en était besoin, la prudence et la ruse dont le directeur de la DDE a fait preuve au moment de la mise en ligne rappellent qu’une telle démarche s’inscrit en rupture des pratiques les plus courantes : le site fut en effet ouvert sans qu’aucune autorisation ne soit demandée, et pour éviter un éventuel blocage, le lancement fut effectué dans une fenêtre d’opportunité particulière, à savoir au moment d’un changement de Préfet dans le Territoire de Belfort, l’ancien ayant d’autres préoccupations que l’ouverture d’un site web avant son départ, et le nouveau se trouvant devant le fait accompli.

19 Comme l’indique le titre du site « RN 19 et développement local », il ne s’agit pas seulement de donner à voir les raisons et les moyens déployés pour réaliser une route nationale, mais également d’ouvrir par ce biais un espace consacré à la discussion sur l’intégration d’un aménagement au sein d’un territoire. En décembre 2001, le site est refondu en recourant au logiciel SPIP, quelques semaines seulement après que l’équipe d’rn19.net l’ait mis à disposition du public. Les deux principaux animateurs du projet justifient ce choix en avançant qu’il s’agit par là d’un bon moyen d’« agir en co-production » et ainsi tenter de « libérer la parole et accompagner celles et ceux qui veulent la prendre[34][34] Chatignoux (J. ), Frérot (O. ), « Quand l’internet...
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 ». Le paramétrage du logiciel est ici identique à celui utilisé dans le cadre de l’expérience uZine, ce qui signifie que tout internaute a la possibilité de proposer un article en lien avec la RN 19 ou de livrer un point de vue sur le forum attaché à chacun des articles. L’objectif est d’explorer « les pratiques du travail collaboratif comme celles d’une transparence volontariste[35][35] Ibid. ...
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 » des services de l’État. Un tel projet a pu être réalisé en mobilisant des outils relativement « légers » qui ne nécessitent aucun investissement en termes de développement technique mais qui ont fait leur preuve en matière de fiabilité. La majeure partie de l’investissement est par conséquent consacrée à la maintenance des outils et surtout à l’animation générale du projet : pour cela, le consultant en communication avait un contrat à temps partiel en tant qu’animateur de réseaux. Dans ces conditions, la traditionnelle figure du webmaster se révèle inadaptée ; c’est un véritable « passeur de parole et non un opérateur technique manipulant ici le code informatique et là gérant les délais de mise en ligne[36][36] Ibid. ...
suite
 » que ce type de projet exige. Mais la démarche a véritablement pu être impulsée par la mobilisation des équipes de la DDE du Territoire de Belfort, sous l’effet du volontarisme de sa Direction.

20 Le site se fonde sur deux types de contributions qui réclament des modalités d’engagement de nature différente de la part des internautes : les articles soumis à validation par l’équipe d’animation et qui peuvent être proposés par tout un chacun ; les prises de parole sur les forums attachés à chaque article.

21 Tout au long de l’expérimentation, 250 articles ont été publiés sur rn19.net, par une soixantaine d’auteurs distincts (parmi eux, il existe des auteurs collectifs tels que « Rédaction » ou « Mission RN 19 »). Il est important de noter que, sur le site, ils étaient ventilés par titre, selon leur objet, et non en fonction du statut de leur auteur : toutes les contributions étaient a priori placées sur un même pied d’égalité. Par auteur, la répartition se fait comme suit :



22 40 articles ont été publiés par la Mission RN 19, avant qu’elle ne se dote de son propre site web sur lequel nous aurons l’occasion de nous attarder. Ils sont regroupés au sein d’une rubrique particulière qui propose une restitution de l’enquête publique Lure-Delle publiée en 2002. Au sein de cette rubrique créée à la demande de la Mission, la fonction forum avait été désactivée. De manière très schématique, les quelque 200 articles restants peuvent être répartis selon la fonction de leur auteur. Une immense majorité de ces articles publiés sur rn19.net émane de fonctionnaires de la DDE et des animateurs du site. À ceux-là viennent s’ajouter les contributions proposées par les bureaux d’étude impliqués sur le projet de RN 19. Il est intéressant de constater que plus de trente auteurs différents peuvent ici être comptabilisés, dont vingt-sept ont une fonction directement rattachée à un service de la DDE du Territoire de Belfort. Ce chiffre témoigne de l’ampleur de la mobilisation des fonctionnaires de l’Équipement. Le directeur de la DDE juge que l’animation de l’initiative est d’autant plus importante que la nouveauté de la démarche nécessite un temps de sensibilisation ainsi qu’un effort d’amorçage. Cet effort s’explique également par le fait qu’Olivier Frérot est convaincu par le fait qu’un fonctionnaire d’État peut contribuer à l’animation de débats locaux en ce qu’il n’est pas soumis aux mêmes contraintes qu’un élu. Il rejoint par là le point de vue de J. Dewey selon lequel les fonctionnaires font aussi partie du « Public » et sont à ce titre porteurs d’une part d’intérêt général[37][37] Cf. Dewey (J. ), Le public et ses problèmes, Pau, Farrago-Léo...
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. Un second ensemble d’auteurs, auxquels pourrait être accolée l’étiquette d’acteurs locaux, constitue une autre source importante de publication d’articles. Sous cette bannière générique sont regroupés des acteurs de nature diverse, puisque l’on compte aussi bien des associatifs, des élus locaux, des membres d’autres services de l’administration déconcentrée, ou encore des chefs d’entreprise. Tous présentent le point commun de s’exprimer au nom d’institutions fortement ancrées dans le local, dont le rayon d’action et de compétence n’excède guère l’échelle du département. Dans la plupart des cas, ils livrent un point de vue sur la route à partir des problématiques de leur univers de référence (politique, économique, environnemental, etc.). Pour certains d’entre eux, l’intervention sur le site tient à un entretien réalisé et retranscrit par un fonctionnaire de la DDE. De cette manière, le site donne à voir que la route n’est pas simplement un revêtement de bitume qui sillonne le Territoire de Belfort. La démarche qui s’incarne dans un site web ouvert à la publication de chacun et fondé sur la co-production d’informations met en lumière et en scène le nombre et la diversité des acteurs qui contribuent à la réalisation d’un aménagement et qui réfléchissent à la manière dont cet aménagement peut contribuer au développement d’un territoire.

23 Jusqu’ici, l’internaute/usager de la route qui s’exprime en son nom propre apparaît comme le grand absent de la liste des auteurs ayant publié un article sur le site. Il est vrai que, même facilité par SPIP, le processus de publication d’un article se trouve enserré dans un jeu de contraintes qui tend à réduire drastiquement le nombre d’intervenants potentiels : il faut tout d’abord disposer d’un accès à internet, ce qui n’avait rien d’évident au début des années 2000 dans le Territoire de Belfort qui reste en majorité à l’écart des grands centres urbains plus connectés ; il faut également pouvoir disposer d’un certain nombre de ressources pour s’exprimer en public et à l’écrit à propos d’un aménagement routier, et être capable de construire un raisonnement cohérent et suffisamment général[38][38] Voir à ce propos Boltanski (L. ), avec Darré (Y. ), Schiltz...
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pour qu’un article ait davantage de chance d’être validé par la rédaction du site. Dire que la rédaction d’articles est ici le fait exclusif d’acteurs prenant la parole au nom de ne signifie pas pour autant que l’ensemble de l’initiative ait fonctionné avec un « public fantôme[39][39] Lippmann (W. ), The Phantom Public, New Jersey, Transaction...
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 ». Il existe en effet d’autres modalités de participation et de discussion qui ont été plus largement saisies. Une liste de discussion regroupant plus d’une centaine d’adresses électroniques a par exemple été mise en place dans les premiers temps de l’expérience, avant que l’essentiel des interpellations et des réactions ne se tienne sur le forum lié à chaque article de la version du site réalisée avec le logiciel SPIP.

24 Sur les forums, les internautes qui parlent en leur nom propre proposent généralement des interventions qui prennent la forme de commentaires ou de contestations d’arguments exposés dans les articles. À titre d’illustration, revenons sur une contribution tirée d’un travail universitaire portant sur les zones vulnérables du bassin versant de l’Allaine traversées par la RN 19[40][40] Riche (M. ), « Bassin versant de l’Allaine et Rn19-Transjurane »,...
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. Réagissant aux conclusions de cette étude sur le forum attaché à l’article, un internaute a posé une série de questions portant sur les enjeux environnementaux de la construction de la nouvelle route et a notamment demandé des précisions sur la composition chimique des produits utilisés pour traiter le verglas, afin de s’assurer que tout risque de pollutions liées à des ruissellements soit prévenu. Quelques jours après la publication de ce message, la responsable de la gestion des routes de la DDE alors en poste a poursuivi la discussion sur le forum en répondant de manière précise et détaillée : elle s’est pour cela appuyée sur un dossier « loi sur l’eau » relatif à la RN 19 préalablement réalisé et contenant une étude d’impact de la route sur l’eau du milieu naturel. Les échanges qui se sont tenus sur cet espace ne se sont pas limités à un jeu de questions/réponses entre la DDE et les internautes : ces derniers ont parfois pris la parole pour défendre un point de vue, présenter un argument portant aussi bien sur la conduite des travaux que sur la démarche de communication à laquelle se livrait la DDE sur le site Web. Ainsi, en mobilisant des savoirs locaux et la connaissance de l’avifaune qu’il a acquis en tant que pêcheur à la mouche, un internaute a par exemple fait part de ses réactions assez cinglantes à la publication d’un article co-écrit par une association, l’Espace naturel comtois, et les services de la DDE pour faire état de leur action commune pour préserver une zone humide située sur le tracé[41][41] Louandre (M. ), Moncorge (S. ), « La préservation de...
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 :

25

« Je suis technicien des eaux de métier mais surtout un pêcheur à la mouche, amoureux de la nature.
Je connais bien la batte pour y avoir pêché et relâché de magnifiques petites truites fario (parfois sauvages). Ce petit ruisseau était particulièrement resté sauvage entre Delle et Lebetain.
Par ailleurs, le lit du cours d’eau à cet endroit était riche en invertébrés (portes bois, larves d’éphémères et autres…) De plus, la morphologie variée du lit mineur était propice à l’habitat et la reproduction des truites et des écrevisses.
Bref venons-en au fait : tout ceci n’est plus qu’un souvenir car à cet endroit le joli petit ruisseau a laissé sa place à un lit calibré, rectiligne de fond uniforme sans aucune cache pour la faune aquatique ; de plus, tous les arbres ont été coupés !! Pour compléter le tout, la résurgence présente au milieu de la prairie n’a pas du tout été protégée. Alors je pose donc la question : et la Batte dans tout ça ? Puisque apparemment l’aspect écologique de l’Allaine a été pensé… »

26 Ne serait-ce que du point de vue de leur inscription dans le dispositif logiciel, ces interventions ne disposent pas exactement du même statut que celles publiées sous forme d’articles : le fonctionnement de SPIP entoure en effet l’acte de publier un article d’une dramaturgie (identification obligatoire sous un nom d’auteur, passage par l’interface de rédaction accessible à partir d’une partie dite privée etc.) inexistante lorsqu’il s’agit de poster une contribution sur un forum. Cette modalité de participation, caractéristique de la figure du « public fragile » dépeint par N. Eliasoph[42][42] Eliasoph (N. ), Avoiding Politics : How Americans Produce...
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, ne vise pas nécessairement une discussion de solutions techniques propres au projet routier, d’ailleurs souvent considérée comme hors de portée, mais met plutôt en évidence la possibilité qu’offre ce site web de formuler son concernement à l’égard de l’aménagement et de la réflexion sur le développement local qui l’accompagne. Cela pose la question de la connexion du dispositif de discussion à la réalisation de la route à proprement parler. Les porteurs du projet ont clairement affiché que le site n’était pas un outil utilisé au cours de l’enquête publique et qu’il était mis en place après cette phase d’enquête, « dans une étape de finalisation, de dialogue important avec les élus, les associations et les entreprises du secteur, sur les derniers ajustements techniques du tracé », si bien qu’une prise de parole ne peut ici déboucher que sur des ajustements à la marge.

27 Enfin, même si quelques doutes peuvent être émis quant à la fiabilité des statistiques qu’affiche le site, dans la mesure où elles n’ont pas évolué depuis octobre 2004[43][43] Depuis cette date, le site affiche plus de 70 000 visites,...
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, la figure du public[44][44] Sur les modalités d’incarnation de la figure du public,...
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apparaît également à travers la fréquentation de rn19.net, qui a reçu plusieurs dizaines de visites par jour dès ses premiers mois d’existence. Questionné à ce propos, O. Frérot avance que le nombre importe peu à ses yeux – « c’est le fait que cela soit public qui change tout » – et « que [la puissance publique] doit désormais prendre l’habitude de considérer qu’à parité, d’autres interlocuteurs peuvent aussi mettre de l’information en débat[45][45] Chatignoux (J. ), Frérot (O. ), « Quand l’internet...
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 ». C’est ce qui a poussé les animateurs du projet à assurer la promotion de l’« expérience de co-production de la RN 19 » ou du « concept RN 19 », appellations forgées pour en souligner le caractère novateur : les deux hommes ont multiplié les présentations publiques et les articles relatant les principaux enseignements de l’expérimentation qu’ils étaient en train de mener.

Le projet de la Mission RN 19 : une communication publique « classique » sur un nouveau support (<http://www.nouvellern19.net >)

28 La Mission RN 19 a été créée en 2000 par le Ministère de l’Équipement dans le but de coordonner l’action des quatre institutions auxquelles est déléguée la maîtrise d’ouvrage par tronçon tout au long du tracé de la route. Il s’agit d’une organisation jeune, mise sur pied pour ce projet d’aménagement et qui ne dispose d’aucun ancrage territorial particulier. Lorsque l’assistant à maîtres d’ouvrage en communication de la Mission lance l’idée de l’ouverture de son propre site au printemps 2003, le projet de la DDE du Territoire de Belfort occupe le terrain depuis bientôt trois ans. Ce phénomène n’est évidemment pas sans effet sur l’identité du nouveau projet, et ce d’autant plus que la Mission a régulièrement utilisé rn19.net, notamment pour y publier en 2002 l’enquête publique Lure-Delle au sein d’une rubrique spécialement aménagée par la DDE. Dans ces conditions, le premier site web joue à la fois un rôle de modèle et de contre-modèle : le choix du nom de domaine du site en fournit un premier exemple. L’adresse de l’expérience de la DDE du territoire de Belfort, <http://www.rn19.net>, embrassant la totalité du parcours de l’aménagement, correspond davantage au domaine de compétence de la Mission. Si elle avait souhaité récupérer ce nom pour son site par voie hiérarchique, la Mission RN 19 n’aurait pu obtenir satisfaction car ce n’est pas la DDE qui le possédait, mais le consultant indépendant qui a contribué à animer le site. Cette péripétie a contraint les promoteurs du nouveau site à une fiction et une invention sémantique pour désigner le projet, qui prend alors le nom de « Nouvelle RN 19 » ; l’adresse retenue, calquée sur celle du premier site, est alors <http://www.nouvellern19.net >.

29 Même si la Mission avance que les deux projets sont complémentaires et que le sien ne se définit pas par rapport à celui de la DDE du Territoire de Belfort[46][46] Je remercie le webmaster de ce site, M. Fabian Mouric, d’avoir...
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, le principal objectif qu’elle assigne à son initiative montre qu’il s’agit d’un contre-pied au moins implicite au premier projet existant : elle cherche en effet à « harmoniser le discours sur l’ensemble de l’itinéraire ». Il est vrai que le projet de RN 19 implique trois départements, avec trois maîtres d’ouvrage, trois préfets, trois conseils généraux et deux régions, et que tous ces interlocuteurs, en tant que partenaires du projet, ont évidemment leur mot à dire, qui n’est d’ailleurs pas forcément toujours le même… Cet effort d’harmonisation passe par un plan de communication plus général auquel s’intègre le site web, aux côtés des canaux plus traditionnels de communication (brochures, interventions dans les médias, etc.). Dans la palette des moyens mis à disposition pour ce plan, le volet internet ne constitue pas le poste le plus lourd, tant d’un point de vue humain que financier : avec un budget de 70 000 euros pour sa conception et son entretien entre 2004 et 2006, le site représente moins de 20 % du budget total de l’opération.

30 Les promoteurs ont ici opté pour un site institutionnel assez classique, en ce qu’il ne s’agit pas d’un espace sur lequel les citoyens peuvent prendre la parole ou débattre : l’information émane de la Mission RN 19 (qui relaie les messages des maîtres d’ouvrage de chaque tronçon) pour se diriger vers le public. On y trouve ainsi des rubriques de présentation portant aussi bien sur le projet (textes et cartographies) que sur les procédures de concertation et d’enquête publique, sans oublier une revue de presse et des liens utiles avec les autres sites de la maîtrise d’ouvrage. Des informations peuvent être ajoutées au site, essentiellement en fonction de l’actualité du projet et de l’avancée de travaux. Elles proviennent exclusivement des quatre maîtres d’ouvrage, selon une procédure définie au préalable. Même s’il existe une procédure simplifiée pour les actualisations plus légères, un représentant de chaque maître d’ouvrage, le plus souvent la personne chargée de la communication, fait part de l’actualité du tronçon sur lequel il travaille, sur la base d’éléments proposés par l’agence de communication et de relations publiques. C’est ensuite la société qui a créé le site qui gère la mise en ligne de toute nouvelle information, la solution technologique retenue pour le site ne facilitant pas le processus de publication de nouveaux articles. C’est pour cette raison que le contrat qui lie la Mission RN 19 à cette société ne se réduit pas simplement à une prestation ponctuelle mais s’inscrit dans la durée. Une possibilité de rétroaction est en outre laissée aux citoyens, à travers un formulaire de contact, qui pourrait être reproduit à l’identique sur un support papier. D’ailleurs, le mode de traitement de ces interpellations est le même que celui des questions qui arrivent par la Poste, à ceci près que la Mission tente de répondre sous huit jours afin de déroger le moins possible aux temporalités plus rapides de l’échange sur internet.

...
Page d’accueil du site <http://www.nouvelle-rn19.net>

31 Le processus de création du site, de la prise en charge à sa mise en ligne en passant par sa réalisation, est marqué par une forte division du travail et une grande spécialisation : le professionnalisme tranche ici avec la dimension expérimentale du site de la DDE du Territoire de Belfort. L’agence de communication et de relations publiques qui assiste la Mission RN 19 dans la définition de la stratégie de communication est tout d’abord sollicitée pour concevoir le cahier des charges du nouveau site web. Une fois ce document établi, la phase de réalisation est assurée par une société spécialisée dans ce genre de tâches. Cette dernière développe la plupart de ses produits en recourant au langage de programmation PHP, à l’origine de l’apparition d’un grand nombre de systèmes de gestion de contenus tels que SPIP à la fin des années 1990. Même si ce n’était pas le cas au moment ou elle a élaboré <http://www.nouvellern19.net>, cette entreprise propose à présent des sites réalisés grâce au logiciel SPIP, même s’ils ne visent pas forcément la co-production d’informations. Cela permet de rappeler que les outils utilisés sont nécessaires mais pas suffisants pour comprendre la nature d’un projet qui s’articule autour d’un site web.

32 Ce site a éprouvé quelques difficultés à trouver sa place au cours de sa première année d’existence. Les chiffres cumulés font état d’un peu moins de 7 000 visiteurs différents et d’un peu plus de 50 000 pages vues, ce qui reste relativement faible pour un site doté de tels moyens et d’un auditoire qui dépasse la communauté micro-locale, comme ce pouvait être le cas pour <http://www.rn19.net> qui concernait a priori le seul Territoire de Belfort. Le nombre de questions posées par ce canal par l’intermédiaire du formulaire est très faible, puisque la moyenne mensuelle est comprise entre deux et trois messages.

Conclusion

33 La rencontre entre la démocratie dialogique et les technologies de l’information et de la communication ouvre un champ d’étude et de recherche sur lequel sont sans cesse expérimentés des projets innovants, si bien qu’une expérience conduite il y a quelques années à peine est souvent rapidement mise en question et dépassée par les suivantes. À maints égards, il nous a néanmoins semblé intéressant de revenir sur la double expérience de la RN 19.

34 Les deux projets que nous avons étudiés reposent à première vue sur un même agencement socio-technique ; ils renvoient pourtant à deux configurations de cet agencement bien distinctes, dessinant en creux des figures du public contrastées. L’initiative de la Mission RN 19 offre une traduction assez littérale sur le web de l’état du droit à l’information concernant un projet d’aménagement du territoire : elle actualise sur internet une communication qui emprunte également d’autres canaux. Le site web ne concourt pas à une redistribution des cartes entre les différentes composantes de l’agencement et tend même à figer les contours des catégories traditionnellement impliquées : c’est en effet de la seule institution publique qu’émane l’information donnée à voir à une audience globalement considérée comme passive, ou plutôt réduite à un rôle de spectateur, et à laquelle est octroyée une capacité de rétroaction limitée, verticale et qui n’a pas vocation à faire l’objet d’un échange public (cf. le système de rétroaction autorisé par le formulaire « contact » disponible sur le site). Le projet de la DDE du Territoire de Belfort prolonge l’exploration du droit à l’information en proposant une initiative à la fois originale et limitée : le concept du site web propose aux internautes un espace de co-production et de discussion de l’information concernant la RN 19 et sert de prétexte à l’ouverture d’une réflexion plus générale sur le développement local. Le concept même de l’expérience et l’illustration qu’en fournit le choix des outils mobilisés amènent à repenser la distribution et la hiérarchisation traditionnelles des rôles dans un processus d’information portant sur l’implantation d’une infrastructure. La volonté de ne pas trier les contributions publiées sur le site en fonction du statut de l’auteur en constitue un exemple frappant. Ce cas de figure fait écho à une configuration plus dynamique de l’agencement socio-technique, dans laquelle le visiteur du site a également la possibilité de s’engager dans l’expérience et d’y contribuer ; la procédure se heurte par ailleurs moins au problème de la « prise en compte » qu’à celui de l’« ordonnancement[47][47] Latour (B. ), Politiques de la nature. Comment faire entrer...
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 » des enseignements de la discussion, puisque les interactions entre la discussion d’une part, et le tracé de la route et l’avancée des travaux d’autre part, étaient très limitées.

35 En se démarquant des usages que les institutions publiques font généralement d’internet, l’initiative proposée par la DDE du Territoire de Belfort fait la démonstration qu’un site web institutionnel n’est pas forcément condamné à être une vitrine de présentation d’un projet. Les problèmes précédemment pointés auxquels se heurtent les modes de gestion politique traditionnels ne peuvent trouver d’issue par la grâce d’une simple translation des conditions de production de la décision de l’arcane au devant de la scène. Une telle manœuvre pourrait déboucher sur l’émergence d’un « arcane politique paradoxal[48][48] Lascoumes (P. ), « L’obligation d’informer et de...
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 » au sein duquel un impératif de transparence serait dévoyé en technique de surveillance et ferait figure de nouveau principe de légitimation de la puissance publique.

36 Depuis la fin des années 1990, les innovations et les expériences en matière de discussion publique en ligne se poursuivent sans discontinuer. Dans le contexte français, le détour par la RN 19 donne l’occasion de faire le point sur une des premières expérimentations concernant l’ouverture sur le web d’espaces qui ne contentent pas d’empiler les points de vue ou de faire co-exister des représentations, mais sur lesquels peuvent être discutés des enjeux selon des modalités qui échappent aux cadrages politiques traditionnels. Les limites et les impasses d’un projet précis – souvent découvertes chemin faisant et que l’on contourne progressivement – sont à considérer comme constitutives d’un processus plus général : une instrumentation est un phénomène qui prend du temps en ce qu’il nécessite des ajustements successifs, des corrections, des innovations.

37 Le mouvement d’expérimentation de formats de discussion publique originaux et de sites de démonstration sur lesquels sont mis à l’épreuve des arguments mérite assurément qu’on lui prête attention en ce qu’il contribue à inventer une partie de l’équipement nécessaire au fonctionnement d’une démocratie dialogique. Même si elle le fait de manière modeste et partielle, la démarche initiée par la DDE du Territoire de Belfort dans son « concept RN 19 » offre tout de même la possibilité de remettre en cause les codages existants. Et, comme le rappelle A. Barry dans l’étude qu’il consacre aux mobilisations autour de la construction d’une autre route, cette fois près de Newbury dans le sud de l’Angleterre, c’est ainsi que s’invente le politique[49][49] Cf. Barry (A. ), Political Machines, op. cit. et Callon (M. ),...
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.

 

Notes

[1] Cet article reprend une communication présentée lors du 8e Congrès de l’Association française de Science politique tenu à Lyon du 15 au 17 septembre 2005, dans le cadre de la Table ronde « Mots et dispositifs du “gouvernement démocratique” » dirigée par Paul Bacot et Gilles Pollet. Je remercie chaleureusement les nombreuses personnes qui ont bien voulu discuter les différentes versions de ce texte. Retour

[2] Blondiaux (L.), Sintomer (Y.), « L’impératif délibératif », Politix, 15 (57), 2002, p. 17. Retour

[3] <http://www.rn19.net> (dernière visite le 1er avril 2006). Retour

[4] <http://www.nouvellern19.net /> (dernière visite le 1er avril 2006). Retour

[5] Pour une présentation systématique de cette idée, cf. par exemple Winner (L.), « Do Artefacts Have Politics ? », Daedalus, 109 (1), 1980, et Akrich (M.), « Comment décrire les objets techniques ? », Techniques et culture, 9, 1987. Retour

[6] Mattelart (A.), « La communication et la promesse de rédemption », Quaderni, 40, 1999, p. 73. Retour

[7] Chambat (P.), « La démocratie assistée par ordinateur », Cahiers politiques, 4, 2000, p. 69. Retour

[8] C’est ce qu’A. Barry désigne sous le nom de « sites de démonstration », Barry (A.), Political Machines. Governing a Technological Society, London, The Athlone Press, 2001. Retour

[9] Cf. par exemple Chateauraynaud (F.), Torny (D.), Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque, Paris, Éditions de l’EHESS, 1999 ; Barthe (Y.), Le pouvoir d’indécision. La mise en politique des déchets nucléaires, Paris, Economica, 2006. Retour

[10] Manin (B.), Principes du gouvernement représentatif, Paris, Flammarion, 1996. Retour

[11] Balme (R.), Faure (A.), Mabileau (A.), Les nouvelles politiques locales. Dynamiques de l’action publique, Paris, Presses de Sciences Po, 1999. Dans le cas particulier de la contribution à l’administration des territoires par les DDE que nous évoquons ici, cf. Reigner (H.), Les DDE et le politique : quelle co-administration des territoires ?, Paris, L’Harmattan, 2002. Retour

[12] Cette idée est notamment au cœur de Latour (B.), Weibel (P.), dir., Making Things Public. Atmospheres of Democracy, Karlsruhe, Cambridge (Mass.), ZKM & MIT Press, 2005. Retour

[13] Heurtin (J.-P.), « Architectures morale de l’Assemblée nationale », Politix, 26, 1994. Retour

[14] Gallon (M.), « Quel espace public pour la démocratie technique ? », in Cefaï (D.), Pasquier (D.), dir., Les sens du public. Publics politiques, publics médiatiques, Paris, PUF, 2003, p. 198. Retour

[15] Parmi les dispositions qui instituent des systèmes de consultation ou de participation des citoyens, citons à titre d’exemple la loi Barnier de 1995, la loi « démocratie et proximité » de 2002 ou encore l’article L 302-2 du Code de l’urbanisme, etc. Retour

[16] Parmi l’abondante littérature, cf. Castells (M.), The Rise of the Network Society, Malden (Mass.), Blackwell Publishers, 1996 ; Van de Donk (W. B. H. J.), Tops (P. W.), Orwell in Athens : A Perspective on Informatization and Democracy, Tilburg, los Press, 1995 ; Rodota (S.), La démocratie électronique : de nouveaux concepts et expériences politiques, Rennes, Apogée, 1999. Retour

[17] Rheingold (H.), The Virtual Community. Homesteading the Electronic Frontier, Cambridge (Mass.), MIT Press, 2000 [1994]. Retour

[18] À cet égard, les travaux de M. de Certeau, E. Eisenstein ou R. Chartier sur l’imprimé sont particulièrement instructifs. Retour

[19] Benvegnu (N.), « Au-delà de la technique : l’introduction d’Internet dans le répertoire de mobilisation électorale de candidats en campagne. Le cas des élections législatives de juin 2002 », Terminal, 92, 2005. Retour

[20] Blondeau (O.), Les orphelins de la politique et leurs curieuses machines. Innovations politiques et innovations techniques à l’ère des réseaux, Thèse de doctorat, Institut d’études politiques de Paris, 2006. Retour

[21] <http://www.uzine.net /article60.html>. Retour

[22] <http://www.uzine.net> (dernier accès au site le 1er avril 2006). Retour

[23] Cf. <http://www.phpfrance.com />. Retour

[24] Pour simplifier, un site dynamique est un site relié à une base de données sur un serveur, ce qui signifie que des pages peuvent être élaborées en ligne, contrairement aux pages traditionnelles d’un site statique qui sont elles créées hors ligne avant d’être envoyées à un serveur. Retour

[25] Il existe encore bien autres applications de ce genre qui font appel à d’autres langages de programmation que PHP. Parmi les plus célèbres, citons ici Zope, Plone, Xoop, Plume CMS, DaCode, etc. Retour

[26] C’est par exemple le parti pris du collectif Indymedia Paris : <http://paris.indymedia.org /> (dernier accès le 1er avril 2006). Retour

[27] SPIP est en effet distribué sous la Licence Publique Générale GNU (GNU General Public License ou GPL), ce qui signifie que son code source est accessible et qu’il est librement téléchargeable. Retour

[28] SPIP dispose d’un site dédié : <http://www.spip.net>. Retour

[29] Pour la réalisation des travaux sur ce tronçon, le cadre juridique rend obligatoire une saisine de la Commission nationale du débat public. Retour

[30] Je tiens ici à remercier Olivier Frérot et Jacques Chatignoux pour le temps qu’ils ont bien voulu m’accorder. Lorsque leur parole est citée sans autre référence, c’est qu’elle est extraite d’entretiens réalisés avec eux au mois d’octobre 2004. Retour

[31] Chatignoux (J.), Frérot (O.), « Quand l’internet bouscule les pratiques de l’administration. L’expérience de co-production de la RN 19 », Homo numericus, janvier 2003, <http://www.homo-numericus.net /article. php3?id_article=193>, p. 2. Retour

[32] Ibid. Retour

[33] <http://radiophare.net> ; ce projet est animé par Olivier Zablocki, qui a un temps été associé à l’expérience RN 19. Retour

[34] Chatignoux (J.), Frérot (O.), « Quand l’internet bouscule les pratiques de l’administration… », art. cité, p. 8. Retour

[35] Ibid. Retour

[36] Ibid. Retour

[37] Cf. Dewey (J.), Le public et ses problèmes, Pau, Farrago-Léo Scherrer, 2003 [1927]. Retour

[38] Voir à ce propos Boltanski (L.), avec Darré (Y.), Schiltz (M.-A.), « La dénonciation », Actes de la recherche en sciences sociales, 51, 1984. Retour

[39] Lippmann (W.), The Phantom Public, New Jersey, Transaction Publishers, 1993 [1925]. Retour

[40] Riche (M.), « Bassin versant de l’Allaine et Rn19-Transjurane », <http://www.rn19.net /article.php3? id_ article= 95> (dernier accès à cette page 10 avril 2006). Retour

[41] Louandre (M.), Moncorge (S.), « La préservation de la zone humide, un enjeu important pour la DDE », <http://www.rn19.net /article.php3? id_ article= 149> (dernier accès à cette page le 1er avril 2006). Retour

[42] Eliasoph (N.), Avoiding Politics : How Americans Produce Apathy in Everyday Life, Cambridge, Cambridge University Press, 1998. Retour

[43] Depuis cette date, le site affiche plus de 70 000 visites, pour près de 180 000 pages vues. Retour

[44] Sur les modalités d’incarnation de la figure du public, cf. Brugidou (M.), L’opinion et ses publics, Paris, Presses de Sciences Po, à paraître, 2007. Retour

[45] Chatignoux (J.), Frérot (O.), « Quand l’internet bouscule les pratiques de l’administration… », art. cité, p. 10. Retour

[46] Je remercie le webmaster de ce site, M. Fabian Mouric, d’avoir répondu à toutes mes questions. Retour

[47] Latour (B.), Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte, 1999. Retour

[48] Lascoumes (P.), « L’obligation d’informer et de débattre, une mise en public des données de l’action publique », in Gerstlé (J.), dir., Les effets d’information en politique, Paris, L’Harmattan, 2001. Retour

[49] Cf. Barry (A.), Political Machines, op. cit. et Callon (M.), « Quel espace public pour la démocratie technique ? », art. cité.Retour

Résumé

Devant la multiplication d’enjeux complexes, la créativité des acteurs donne lieu à un foisonnement d’expérimentations qui cherchent à ouvrir des scènes sur lesquelles sont mises à l’épreuve des propositions et co-produits des savoirs. Depuis quelques années, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont régulièrement intégrées à des procédures politiques davantage fondées sur le dialogue et la participation. En s’appuyant sur la comparaison de deux sites web consacrés à un même projet d’aménagement du territoire, l’objet de cet article est de montrer que la conception et la mise en œuvre de tels dispositifs socio-techniques convoquent un régime d’action à part entière, dont il conviendra de décrire les propriétés.



On-line public debate
In light of all the complex issues ahead, actors have invented new experimental forums where propositions can challenged and shared knowledge can be developed. Over the last few years, Information and Communication Technologies (ICT) have become incorporated into our political procedures, fortifying the principles of dialogue and civil participation.
This paper examines two websites that are both devoted to relaying information on a local development project and it aims to demonstrate, by way of this comparison, that current sociotechnological devices, at both a conceptual and functional level, call upon a unique mode of action, which will be further described.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Nicolas Benvegnu « Le débat public en ligne », Politix 3/2006 (n° 75), p. 103-124.
URL :
www.cairn.info/revue-politix-2006-3-page-103.htm.
DOI : 10.3917/pox.075.0103.