Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 879 à 909
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Volume 57 2002/6

2002 Population

Le choc du veuvage à l’orée de la vieillesse : vécus masculin et féminin

Christiane Delbès  [*] Christiane Delbès, Institut national d’études démographiques, 133 bd Davout, 75980 Paris Cedex 20, tél : 33 0(1) 56 06 20 40, fax : 33 0(1) 56 06 21 99 Joëlle Gaymu  [**]
Aujourd’hui, en France, près de 4 millions de personnes sont veuves. Cette situation conjugale est la marque des plus âgés mais c’est aussi celle des femmes : 84 % des veufs sont des veuves !
Cette étude longitudinale décrit le contexte de survenue du veuvage, entre 62 et 75 ans, et la réorganisation de la vie qui y fait suite, sur fond de comparaison entre les enquêtés restés mariés et ceux qui sont devenus veufs. Elle montre en quoi l’adaptation au veuvage s’avère plus ou moins difficile selon que l’on est homme ou femme. Les domaines essentiels de la vie des retraités, la famille et les loisirs, sont examinés. Une large part de cette recherche est également consacrée aux répercussions psychologiques de cet événement.
Tous les indicateurs concourent à qualifier le quotidien des veuves de plus difficile. Elles ont une perception de la vie et de la retraite plus négatives, souffrent plus de solitude et sont davantage sujettes à des tendances dépressives. Leur moindre intégration à l’univers des loisirs et leur plus fort isolement social montrent encore à quel point elles sont pénalisées.
Si la surmortalité des hommes suite au veuvage est beaucoup plus forte que celle des femmes, ceux qui ont échappé à la mort semblent mieux s’adapter à la perte de leur conjoint.
Actualmente, en Francia, hay casi 4 millones de personas viudas. Esta situación conyugal caracteriza a las personas de más edad y también a las mujeres: el 84% de las personas viudas son mujeres.
Este estudio longitudinal describe el contexto en el que se ha producido el aumento de la viudedad entre los 62 y los 75 años, y la reorganización de la vida que ésta supone, en base a una comparación entre los encuestados que siguen casados y los que se quedaron viudos. El estudio muestra qué aspectos de la adaptación a la viudedad son más y menos difíciles según el sexo. Se examinan las esferas esenciales de la vida de los jubilados, la familia y el ocio. Una parte importante de esta investigación se centra en evaluar las repercusiones psicológicas de este acontecimiento.
Todos los indicadores sugieren que la vida cotidiana de las viudas es más difícil. Tienen una percepción más negativa de la vida y de la jubilación, sufren más de soledad y tienen mayor tendencia a la depresión. Su menor integración al mundo del ocio y su mayor aislamieno social son otra muestra de hasta qué punto están penalizadas.
Si la sobre– mortalidad de los hombres al enviudar es muy superior a la de las mujeres, los que sobreviven parecen adaptarse mejor a la pérdida del cónyuge.
Pour expliquer l’évolution des conditions de vie des personnes après la retraite, on se réfère généralement aux changements dans leur état de santé, dans leurs revenus, dans leur statut matrimonial, ou encore aux changements d’attitudes qui se produisent au fil des générations (voir par exemple l’article de C. Delbès et J. Gaymu sur la vie sexuelle après 50 ans dans Population, 52(6), 1997). Christiane Delbès et Joëlle Gaymu prennent ici pour objet le décès du conjoint, expérience typique de la vieillesse, et ses effets matériels, sociaux et psychologiques sur le survivant. Elles utilisent pour cela une source intéressante par son caractère longitudinal, l’enquête Passages de la vie active à la retraite, dans laquelle les mêmes personnes ont été interrogées à 62 ans puis à 75 ans. Elles montrent que les effets et les expériences du veuvage ne sont pas les mêmes parmi les hommes et parmi les femmes. Lorsque le veuvage survient, les hommes bénéficient par exemple d’une meilleure mobilisation familiale que les femmes. Les attitudes de repli sur l’espace domestique au fil de l’âge caractérisent plus les femmes veuves que les femmes mariées, et beaucoup plus les veuves que les veufs.
À l’heure actuelle, en France, près de 4 millions de personnes sont veuves. Très rare chez les jeunes adultes, cette situation matrimoniale progresse à vive allure passé 60 ans : alors qu’à cet âge, moins d’une personne sur dix a perdu son conjoint, c’est le cas de près d’une sur trois à 75 ans. Cette situation est donc la marque des plus âgés mais c’est aussi celle des femmes : surmortalité masculine et écart d’âge au mariage se conjuguent pour multiplier le risque pour les femmes de perdre leur conjoint. À 75 ans, le veuvage touche 42 % d’entre elles contre seulement 11 % des hommes. Au total, 84 % des veufs sont des veuves.
Être veuf n’est pas une situation irréversible. Mais selon que l’on est homme ou femme, les chances de retrouver un compagnon varient du tout au tout. Une femme devenue veuve à 45 ans a la même probabilité d’être remariée dix ans après (soit 7 %) qu’un homme veuf à 65 ans : même si le décès de leur mari ne s’est produit qu’à l’orée de leur cinquantaine, les veuves ne refont pratiquement jamais leur vie [1]. La très faible proportion de femmes qui forment une nouvelle union hors mariage renforce ce constat.
Ces quelques chiffres montrent bien que le veuvage est avant tout féminin. Mais si cet événement est une étape quasi inévitable du cycle de vie des femmes, s’y adaptent-elles pour autant plus facilement ? Par ailleurs, dans les générations actuellement retraitées, les femmes se sont plus investies dans l’univers familial et moins dans la sphère professionnelle que les hommes. Quelles sont les répercussions de cette répartition des rôles sur le vécu du veuvage des unes et des autres ?
Les recherches s’intéressant aux conséquences du veuvage dans une perspective de genre restent rares, surtout en France, et sont souvent fondées sur des données transversales. Par son caractère longitudinal, l’enquête Passages de la vie active à la retraite (Paillat et al., 1989) permet de décrire le contexte de survenue du veuvage et la réorganisation de la vie qui y fait suite, sur fond de comparaison entre les enquêtés toujours mariés et ceux qui sont devenus veufs (cf. encadré). 1 487 individus, tous nés en 1922, avaient été interrogés à 62 ans, en 1984 ; à l’âge de 75 ans, en 1997, 945 d’entre eux ont été interrogés une nouvelle fois [2]. Lors du premier passage, plus du quart des femmes (25,8 %) étaient déjà veuves, mais cette situation était rarissime chez les hommes (2 %). Treize ans plus tard, près de la moitié des femmes sont désormais veuves et c’est le cas de 11 % des hommes, les unes comme les autres l’étant, en moyenne, depuis environ cinq ans. Entre 62 et 75 ans, la mort du conjoint est la cause quasi exclusive de modification des situations conjugales, les divorces demeurant très rares (1 %) de même que les nouvelles unions (1 %).
Comment ces retraités qui, dans leur très grande majorité, ont vécu une seule union, réorganisent-ils leur vie lorsque leur compagnon de toujours a disparu ? Nous étudierons d’abord les répercussions du veuvage sur leur état de santé, cette dimension étant une variable clé des modes de vie des retraités, de surcroît très sensible aux modifications de l’environnement. Nous aborderons ensuite les conséquences du veuvage sur la situation économique et nous verrons si, pour pallier leur récente solitude conjugale, les veufs s’investissent davantage dans les relations familiales ou les loisirs. Enfin, nous chercherons à savoir dans quelle mesure cet événement est synonyme de sentiment de solitude, d’ennui et, plus généralement, de souffrance psychologique.
L’enquête longitudinale Passages de la vie active à la retraite. Aspects méthodologiques
Réalisée en France entre 1981 et 1984 auprès d’un échantillon représentatif de la population des salariés du secteur privé – qui constituent environ les deux tiers de la population active –, cette enquête avait pour but de saisir l’ensemble des changements que la cessation d’activité provoque dans la vie de chacun. 1 487 individus appartenant à la génération 1922 avaient été interrogés en face-à-face à trois reprises, à 59 ans (en 1981), 60 ans (en 1982) et 62 ans (en 1984). En 1997, 945 personnes, soit 78,9 % des survivants, ont participé à une quatrième vague d’enquête, effectuée par voie postale.
D’une façon générale, les non-répondants n’ont pas introduit de biais sensible car ils se différencient peu du reste de la population. Notons cependant que les hommes cadres en bonne santé ou mariés ont légèrement plus souvent répondu.
Entre 1984 et 1997, 24,4 % des hommes et 11,4 % des femmes sont décédés, soit des proportions légèrement inférieures à celles attendues compte tenu de l’évolution de la mortalité générale. Mais les enquêtés avaient été tirés dans le fichier de cotisants de la Cnav : or, à âge donné, les personnes actives sont, en moyenne, en meilleure santé que les autres. En outre, on retrouve bien dans les résultats de cette enquête la forte surmortalité masculine, l’effet protecteur du mariage et l’inégalité sociale devant la mort. Après le sexe, l’état de santé déclaré en 1984 s’est révélé être le meilleur prédicteur de la mortalité.

Structure de l’échantillon par état matrimonial en 1997
IMGIMGToujours mariés	Veufs	Célibataires o...IMGIMF
Toujours mariés Veufs Célibataires ou divorcés Ensemble Avant 62 ans Entre 62 et 75 ans Ensemble Hommes Effectif 448 13 47 60 25 553 % 83,4 2,2 8,8 11,0 5,6 100,0 Femmes Effectif 111 102 75 177 79 367 % 30,4 27,7 20,3 48,0 21,6 100,0

Pour les hommes, la répartition de l’échantillon par état matrimonial est représentative de celle de la population générale. En revanche, du côté féminin, les femmes mariées sont sous-représentées car l’échantillon a été tiré dans une population d’actifs à 59 ans et l’exercice d’une activité professionnelle est plus souvent le fait des femmes célibataires ou divorcées. Par ailleurs, les classes populaires sont surreprésentées chez les veufs, et plus encore chez les veuves. Les comparaisons entre veufs et personnes mariées présentées dans cette étude s’appuient donc sur des régressions logistiques, méthode permettant de neutraliser cette différence de structure socioprofessionnelle. Outre la CSP, les régressions logistiques intègrent d’autres variables également susceptibles de biaiser la comparaison (état de santé, nombre d’enfants, qualité des relations avec les enfants, évolution du revenu, perception de l’évolution du niveau de vie, nombre de rencontres familiales et sociales).
 
I. L’état de santé
 
 
1. L’état de santé déclaré [3]
La dégradation de l’état de santé avec l’avancement en âge, maintes fois mise en lumière, est manifeste : entre 62 et 75 ans, la proportion d’enquêtés considérant être en bonne ou très bonne santé passe de 64 % à 38 %. Cependant, rares sont les personnes qui, à 75 ans, se plaignent fortement de leur état de santé : seules 3 % le jugent mauvais et 10 % médiocre. Chez les femmes, la perte du conjoint n’affecte pas l’évolution de l’état de santé : à 75 ans, les veuves se déclarent aussi souvent en bonne ou très bonne santé que les femmes mariées. En revanche, la santé des hommes marqués par le veuvage a eu tendance à se dégrader un peu plus fortement et, à 75 ans, ils se disent de santé plus fragile que ceux vivant en couple (36 % contre 41 % se déclarent en très bon ou bon état de santé, 19 % contre 12 % en médiocre ou mauvais état de santé). Toutefois, sur ces deux points, les différences ne sont pas statistiquement significatives.
Même si ces résultats sont corroborés par la littérature, la plupart des chercheurs n’ayant constaté aucun effet négatif du veuvage sur l’état de santé perçu (Heyman et Gianturco, 1973 ; Lichtenstein, 1996) ou un effet immédiat qui disparaît vite (Fenwick et Barresi, 1981 ; Ferraro, 1985-1986 ; Murrel et al., 1988), ils ne laissent pas de surprendre. À l’exclusion des morts violentes, la surmortalité des veufs (Desplanques, 1984 ; Thierry, 1999) devrait se traduire par une altération de leur état de santé durant la période précédant leur décès. Certes, l’état de santé perçu est un bon prédicteur de la mortalité, mais cet indicateur n’est peut-être pas suffisamment sensible pour révéler de faibles différences de situation entre des groupes dont certains sont peu nombreux.
Enfin, on retrouve dans cette étude des résultats désormais bien connus : chez les veufs comme chez les personnes mariées, les femmes et les ouvriers considèrent plus souvent que les autres être en mauvais état de santé (Sermet et Grandjean, 1998).
2. Les troubles, maladies chroniques ou infirmités
Autre illustration du déclin de la santé avec le vieillissement, souffrir de troubles, maladies chroniques ou infirmités est devenu plus fréquent : alors qu’à 62 ans, moins d’un enquêté sur deux mentionnait de telles gênes, six sur dix sont dans ce cas à 75 ans.
Le fait d’avoir ou non perdu son conjoint durant la période n’accroît pas la probabilité d’avoir vu apparaître de telles dysfonctions : à 75 ans, elles sont aussi souvent présentes chez les veufs que chez les personnes mariées. D’une manière générale, les études comparant les personnes devenues récemment veuves à celles qui sont toujours mariées concluent aussi à un faible impact de la perte du conjoint sur les symptômes physiques (Madison et Viola, 1968 ; Clayton, 1979).
3. La consommation de médicaments
Entre 62 et 75 ans, non seulement la proportion de personnes prenant régulièrement des médicaments a augmenté, passant de 5 à 8 personnes sur 10, mais le nombre moyen de médicaments consommés par chaque personne traitée a lui aussi progressé.
La proportion de personnes suivant un traitement médical n’a pas plus augmenté chez les personnes devenues veuves que chez celles qui sont restées mariées, mais les premières se singularisent par une plus forte progression de leur consommation : à 75 ans, les veufs prennent 4 médicaments par jour contre 3,5 pour les personnes mariées alors qu’à 62 ans, les uns et les autres en prenaient le même nombre.
Ce résultat peut a priori sembler paradoxal car les personnes veuves et mariées ne se distinguent en rien quant à leur santé physique. Nous aborderons plus loin la question de savoir si cet état de fait n’est pas lié à des problèmes psychologiques plus accusés chez les veufs.
Le veuvage n’a donc pas de conséquences majeures en termes de santé. Qu’en est-il de la situation économique, autre variable influençant fortement les styles de vie ?
 
II. Les revenus
 
 
Si, de nos jours, les retraités ont un niveau de vie semblable au reste de la population, les jeunes retraités faisant même partie des Français les plus riches, l’on sait aussi que les femmes veuves, surtout les plus âgées d’entre elles, vivent parfois dans une extrême précarité économique (Coëffic, 2000). Elles doivent en effet bien souvent se contenter d’une pension de réversion, et même si elles ont acquis des droits propres, leur durée d’activité moins longue, leurs emplois moins qualifiés et leur rémunération passée moins élevée à situation professionnelle donnée les condamnent à ne toucher que de faibles retraites.
Entre 62 et 75 ans, les personnes mariées comme les veufs ont subi une baisse de leur revenu (tableau 1). La cessation d’activité des enquêtés et/ou de leurs conjoints, la croissance des prélèvements sociaux sur les retraites, les héritages et donations aux enfants qui viennent amputer les revenus tirés du patrimoine sont autant de facteurs qui expliquent cette baisse [4] durant la période.

Tableau 1
Évolution des ressources mensuelles des ménages auxquels appartiennent les enquêtés de 1984 à 1997 (en francs constants de 1997)
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	Évolutio...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans Évolution (en %) 62 ans 75 ans Évolution (en %) Ensemble des enquêtés 13 262 12 021 – 9,4 11 316 8 232 – 27,3 Toujours mariés 13 798 12 459 – 9,7 15 475 11 730 – 24,2 Veufs 11 659 10 144 – 13,0 10 356 6 996 – 32,4 – devenus veufs entre 62 et 75 ans 12 588 10 655 – 15,4 12 587 6 693 – 46,8 – déjà veufs à 62 ans – – – 8 640 7 157 17,2 Note : 1 euro = 6,55957 F. Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : Fondation nationale de gérontologie (FNG)-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Les veufs ont vu leurs ressources décliner plus fortement que les personnes mariées, et les veuves beaucoup plus que les veufs. Du côté masculin, la perte de l’épouse provoque une baisse relativement faible du revenu (– 15,4 % contre – 9,7 % pour les personnes toujours en couple), dans la mesure où moins d’un homme sur cinq a eu une épouse ayant exercé une activité professionnelle à temps plein durant plus de trente ans. De plus, dans ces générations, le salaire féminin n’était bien souvent qu’un salaire d’appoint. Du côté féminin, le veuvage entraîne une baisse des revenus beaucoup plus accentuée (– 46,8 % contre – 24,2 % chez les femmes toujours mariées).
Une conséquence de ces évolutions différentielles est qu’à 75 ans, les veuves sont beaucoup moins à l’aise financièrement que les veufs (respectivement 6 996 F pour les premières contre 10 144 F mensuels pour les seconds en 1997). Contrairement à ces derniers, elles ont toutes deux sources de revenus (leur retraite propre et une pension de réversion) mais leurs couples appartenaient plus souvent à des catégories défavorisées. De plus, même si leurs pensions de réversion sont d’un montant plus élevé, elles sont pénalisées car leurs retraites propres sont nettement plus faibles.
Si l’on veut maintenant comparer les niveaux de vie, il faut tenir compte de la taille des ménages. Disposant, à 75 ans, de 86 % du revenu d’un couple marié, les hommes veufs sont favorisés en termes de niveau de vie : cette proportion n’atteint que 57 % chez les veuves [5], soit un niveau de vie juste comparable à celui des femmes en couple [6]. La relative aisance des veuves de cet échantillon s’explique par le fait que toutes ont exercé une activité professionnelle.
Le faible impact du veuvage sur le niveau de vie est conforté par la perception qu’en ont les enquêtés. Environ 40 % des hommes comme des femmes, mariés ou veufs, disent être « plus juste » financièrement qu’au début de la retraite. L’impression d’être plus ou moins à l’aise matériellement dépend des ressources mais aussi des besoins. Si les hommes veufs ne se distinguent pas des autres alors qu’ils sont dans une meilleure situation financière, c’est peut-être parce que, à la suite du décès de leur conjointe, ils ont fortement recours à des services.
Le veuvage n’est donc pas, en moyenne, synonyme d’appauvrissement économique. Néanmoins, il se produit dans un contexte de dégradation de l’état de santé liée au vieillissement et de rétrécissement de l’univers social lié à la cessation d’activité professionnelle. Dans quelle mesure les veufs peuvent-ils compter sur leur famille pour affronter leur nouvelle vie ? Peut-on mettre en avant des stratégies familiales de soutien pour faire face à cet événement, souvent traumatisant, comme il en existe lors du chômage ou du divorce d’un enfant ?
 
III. Les relations sociales
 
 
1. Les rencontres familiales
À 62 ans, les enquêtés voyaient, en moyenne, 15,5 fois par mois un membre de leur famille, mais avec l’avancement en âge, les rencontres se sont espacées : à 75 ans, ce nombre n’est plus que de 12,8. La raison essentielle de cette baisse de l’intensité de la vie familiale est l’érosion des relations avec les membres de la parenté autres que les enfants, conséquence du décès de certains d’entre eux et du passage à l’adolescence, voire à l’âge adulte, des petits-enfants désormais plus attirés par leurs copains que par leurs grands-parents. La perte du conjoint limite-t-elle cette érosion ou, au contraire, les relations construites autour du duo des parents s’appauvrissent-elles davantage lorsque celui-ci est rompu par le veuvage ?
Entre 62 et 75 ans, la sociabilité familiale s’est mieux maintenue chez les enquêtés devenus veufs que chez ceux qui sont toujours en couple [7]. Chez les veuves, les liens se sont moins distendus et, à l’inverse de quasiment tous les autres retraités, les veufs ont bénéficié d’un regain de rencontres [8]. Veufs et mariés ne se distinguant en rien quant à l’évolution générale de leur contexte familial, il faut y voir la volonté de la parentèle d’aider à supporter cette épreuve.
En conséquence, à 75 ans, les personnes devenues veuves durant les treize dernières années voient plus souvent leur famille que les enquêtés en couple [9], et les veufs plus que les veuves. Ainsi, par exemple, dans la sous-population des grands-parents, à 75 ans, les veufs rencontrent en moyenne 17,8 fois par mois leur famille, les veuves 16,1, alors que chez les hommes et les femmes mariés, on ne dénombre que 14,8 visites (tableau 2). Les résultats des rares études longitudinales étudiant les effets du veuvage sur les relations avec les enfants sont contradictoires : pour Ferraro et Barresi (1982), les veufs éprouvent plus de difficultés que les personnes mariées à maintenir leurs contacts quand ils vieillissent, alors que pour d’autres (Wan et Odell, 1983 ; Roan et Kelly Raley, 1996 ; Cavalli et al., 2001) c’est l’inverse, au moins à court terme.

Tableau 2
Nombre mensuel de rencontres familiales pour les grands-parents selon leur état matrimonial
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Toujours mariés Enfants 7,1 6,2 7,3 6,5 Petits-enfants 6,5 5,1 6,5 4,4 Autres 5,0 3,4 4,8 3,9 Ensemble 18,6 14,8 18,6 14,8 Effectif 354 392 82 92 Devenus veufs entre 62 et 75 ans Enfants 6,5 7,3 7,6 7,0 Petits-enfants 6,1 6,0 6,3 5,8 Autres 4,3 4,5 4,5 3,3 Ensemble 16,9 17,8 18,4 16,1 Effectif 35 38 50 53 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

À 75 ans, les veufs fréquentent davantage leurs enfants et petits-enfants. Pour les rencontres avec les enfants, le contraste avec les personnes mariées est plus fort chez les hommes (pour les femmes, la différence selon l’état matrimonial n’est pas significative) : même s’ils sont en meilleure santé que les femmes veuves, la répartition traditionnelle des tâches dans ces générations les laisse, sans doute, plus désemparés face au quotidien suite à la mort de leur conjointe.
À l’inverse, pour les relations avec les petits-enfants, c’est chez les femmes que les différences sont les plus élevées : plus disponibles que les femmes en couple et encore en assez bonne santé, les veuves s’investissent beaucoup auprès de leurs jeunes petits-enfants. De leur côté, leurs enfants les leur confient probablement volontiers afin de les sortir de leur isolement. En outre, devenus adolescents, les petits-enfants continuent alors à voir plus souvent leurs grands-mères.
L’effet du veuvage sur les rapports avec les autres membres de la famille diffère selon le sexe : il stimule les contacts du côté masculin, les raréfie du côté féminin. Sachant que c’est aux femmes qu’incombe l’entretien de la sociabilité familiale (Héran, 1988), ces résultats ont de quoi surprendre. Sans doute la rareté du veuvage chez les hommes suscite-t-elle une attention toute particulière de leur entourage.
Enfin, lorsque le décès du conjoint est lointain [10], rien ne distingue les veuves des femmes mariées. Alors que les femmes qui ont perdu leur conjoint avant 62 ans bénéficient à cet âge d’une forte mobilisation familiale (20,1 visites mensuelles contre 18,6 pour les femmes mariées), elles voient par la suite diminuer plus fortement que les autres le nombre de leurs contacts. Avec le temps, il y a banalisation de leur condition : à 75 ans, femmes mariées et veuves ont le même nombre de visites (environ 14,5). Cependant, avec la disparition de leur mari et l’appauvrissement des échanges qu’elle entraîne, les rencontres n’auraient-elles pas dû être moins nombreuses que chez les couples ? On peut ainsi penser que l’homogénéité des situations traduit le désir des descendants de combler une partie de l’isolement de leur mère veuve.
2. Les échanges de services
On peut se demander enfin si l’échange de services, qui est une autre illustration des liens unissant parents et enfants, est affecté par le décès du père ou de la mère.
Les services rendus aux enfants
D’une façon générale, on pourrait s’attendre à ce que la vie en couple stimule l’aide apportée à l’entourage : chaque conjoint libérant l’autre de certaines tâches, il lui donne ainsi du temps pour rendre service à ses enfants [11]. Et, de fait, les veufs apportent moins d’aide à leurs enfants [12], résultat corroboré par de nombreuses enquêtes (Eggebeen, 1992 ; Aquilino, 1994 ; Lee et al., 1998). Mais le désengagement est bien plus fort lorsque le parent survivant est le père : à 75 ans, les veufs sont près de deux fois plus nombreux que les hommes mariés à ne rendre aucun service, alors que les attitudes des femmes veuves et mariées ne diffèrent pas significativement (tableau 3).

Tableau 3
Évolution entre 62 et 75 ans de la proportion d’enquêtés déclarant ne rendre ou ne recevoir aucun service selon leur état matrimonial (en %)
IMGIMGAucun service rendu aux enfants	Aucu...IMGIMF
Aucun service rendu aux enfants Aucun service reçu des enfants Hommes Femmes Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Toujours mariés 8,2 16,1 5,4 16,7 32,8 26,6 29,3 23,4 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 4,6 30,8 9,7 22,6 34,1 14,3 27,4 10,5 Déjà veufs à 62 ans – – 7,8 12,9 – – 18,7 10,0 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 8,7 18,3 8,0 18,6 33,3 26,4 24,0 16,0 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

C’est sur l’accueil en vacances des enfants et petits-enfants et sur la garde de ces derniers que l’isolement conjugal exerce l’effet le plus négatif et que les comportements des hommes mariés et veufs sont les plus contrastés (tableau 4). On retrouve là le rôle essentiel joué par les femmes dans la sociabilité familiale. En outre, les hommes ayant bien souvent du mal à faire face à leur entretien quotidien, comment iraient-ils, de plus, aider leurs enfants ? De fait, si la proportion d’enquêtés n’apportant aucune aide à leurs enfants est passée de moins de 9 % à 62 ans à plus de 18 % à 75 ans, la démobilisation des hommes devenus veufs est d’une tout autre ampleur : 4,6 % d’entre eux ne rendaient aucun service à 62 ans, et ils sont 30,8 % treize ans plus tard. À l’opposé, les femmes devenues veuves entre 62 et 75 ans ne se désengagent pas plus que celles qui sont encore mariées.

Tableau 4
Évolution de la proportion d’enquêtés recevant des services de leurs enfants ou leur en rendant selon le type de service (en %)
IMGIMGServices reçus des enfants	Services ...IMGIMF
Services reçus des enfants Services rendus aux enfants Mariés Devenus veufs Mariés Devenus veufs 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Hommes Accueil en vacances 9,2 12,1 9,1 11,6 Accueil en vacances 47,9 43,8 52,3 32,6 Femmes 15,8 6,3 5,0 20,3 48,4 45,3 36,7 25,0 Hommes Hébergement temporaire 8,7 20,1 9,1 25,6 Accueil en vacances d’un petit-enfant 45,3 38,8 43,2 20,0 Femmes 12,6 18,3 10,0 31,7 47,4 33,0 50,0 20,0 Hommes Courses 22,4 24,5 22,7 32,6 Garde (parfois) d’un petit-enfant 51,2 41,9 50,0 30,2 Femmes 14,7 24,2 18,3 53,3 47,4 36,6 50,0 32,2 Hommes Démarches administratives 7,8 17,7 4,6 39,5 Bricolage ou jardinage 43,9 33,9 45,5 30,2 Femmes 3,2 14,7 15,0 45,0 13,7 20,2 6,7 6,8 Hommes Ménage 26,2 27,9 20,5 48,8 Tricot ou couture Femmes 12,6 28,4 30,0 36,7 42,2 40,4 58,3 40 Hommes Accompagnement en voiture 12,5 37,7 13,6 51,2 Courses ou démarches administratives 9,7 19,1 11,4 25,6 Femmes 14,7 42,1 21,7 71,7 9,5 14,0 8,3 13,3 Hommes Soins en cas de maladie 17,0 27,5 13,6 48,8 Aide financière 19,6 43,2 20,5 41,9 Femmes 20 31,9 16,7 56,7 14,7 33,7 16,7 31,7 Hommes Sorties 9,9 40,4 4,6 55,8 Ménage 5,4 10,1 11,4 9,3 Femmes 20,0 38,3 16,7 56,7 14,7 8,6 16,7 6,9 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Les aides reçues par les parents
En vieillissant, les enquêtés sont de plus en plus nombreux à faire appel à leurs enfants pour un soutien dans la vie quotidienne : à 62 ans, environ un tiers des hommes et un quart des femmes ne recevaient aucune aide, ils ne sont plus que 26,4 % et 16 % treize ans plus tard.
Mais les personnes devenues veuves, quel que soit leur sexe, bénéficient plus que les autres du renforcement de cette solidarité filiale. À 62 ans, les retraités qui vont perdre leur conjoint ne se singularisent en rien de ceux qui vont rester mariés ; à 75 ans, la disparition du conjoint survenue, ils sont environ deux fois moins nombreux à ne recevoir aucune aide. Les veuves avant 62 ans profitaient, dès cet âge, de l’attention intensive de leurs enfants. Ces derniers ont continué à se mobiliser fortement, puisqu’à 75 ans elles ne se distinguent pas de celles devenues veuves plus récemment. La plupart des études confortent le plus fort soutien des enfants à leur parent resté seul (Stoller et Lorna, 1983 ; Eggebeen, 1992 ; Lee et al., 1998). Conséquence de cette sollicitude redoublée des enfants auprès de leurs parents devenus veufs, à 75 ans, les veufs sont plus assistés que les hommes mariés, et les veuves légèrement plus que les veufs.
Si, globalement, la hiérarchie des services reçus est la même pour les veufs et les personnes toujours mariées, l’isolement conjugal suscite dans certains domaines une attention toute particulière des enfants, surtout auprès de leur mère. Être conduit en voiture, pour des loisirs ou des courses, est le service le plus couramment rendu, mais celles qui viennent de perdre leur conjoint en bénéficient bien davantage [13] (tableau 4). Dans ces générations, rares sont les femmes ayant le permis de conduire et elles deviennent tributaires de leurs enfants une fois veuves. En outre, les veuves sont plus nombreuses à partager du temps libre avec leurs enfants : à 75 ans, elles sont 2 à 3 fois plus souvent accueillies temporairement ou pour des vacances que les femmes mariées et 1,5 à 2 fois plus souvent que les veufs. Enfin, leurs enfants interviennent plus fréquemment en cas de maladie. Quant aux veufs, c’est pour les tâches ménagères qu’ils recourent plus que les femmes à l’assistance de leurs enfants.
La balance des échanges
L’étude confirme l’importance de l’entraide au sein de la famille. À 75 ans, seuls 8 % des hommes et 4 % des femmes sont exclus de tout échange. Autre illustration, 65 % des premiers et 71 % des secondes déclarent participer à des réseaux de solidarité réciproque.
À 62 ans, les enquêtés étaient nettement plus nombreux à rendre des services qu’à en recevoir. Treize ans plus tard, le rééquilibrage est net. Si ceux qui sont mariés restent, à 75 ans, plus souvent pourvoyeurs que bénéficiaires d’aides, la balance des échanges s’est inversée chez les veufs : pour eux, n’apporter aucune assistance est environ deux fois plus fréquent que de ne pas en recevoir. Par rapport à leurs homologues mariés, les hommes veufs renoncent plus fréquemment à rendre des services tandis que les femmes veuves sont plus souvent secourues.
Des liens forts existent donc entre les parents et leurs enfants devenus adultes. Certes, avec l’éloignement du temps où ils vivaient ensemble, les visites s’espacent légèrement mais parallèlement, les enfants rendent plus de services à leurs parents. Ils expriment ces pratiques solidaires avec une vigueur toute particulière lorsque leur père ou mère vient d’être frappé par le veuvage : ils intensifient alors visites et services. Lorsque le deuil se fait plus lointain, la fréquence des rencontres revient au même niveau que pour les personnes toujours en couple, mais les enfants continuent à seconder davantage leur parent isolé. Toutefois, selon que l’on est veuf ou veuve, le dévouement de la famille s’exprime différemment : les hommes sont favorisés en termes de visites et de services à finalité domestique, les femmes reçoivent plus d’aides leur permettant de maintenir les contacts avec l’extérieur. Ce résultat illustre clairement la spécialisation des rôles tenus par les conjoints leur vie durant. Le veuvage venu, il en résulte pour les femmes des difficultés à maintenir seules les liens avec l’extérieur, et pour les hommes une vulnérabilité face aux tâches domestiques.
Les contacts avec la famille représentent l’essentiel de la vie relationnelle des retraités, les personnes rencontrées faisant partie de leur parenté trois fois sur quatre. Les amis en constituent le deuxième pilier. Intéressons-nous maintenant à cet autre pôle de leur sociabilité.
3. Les relations amicales
À 75 ans, un peu plus d’un homme et d’une femme enquêtés sur dix déclarent ne pas avoir d’amis ou ne jamais en voir, l’état matrimonial n’ayant guère d’influence en la matière.
Il est couramment admis que l’on se fait des amis surtout durant la jeunesse et la vie active, et qu’avec l’avancement en âge, le réseau amical se rétrécit du fait du décès de certains d’entre eux. Si cette thèse vaut effectivement pour les personnes mariées, surtout du côté masculin, il semblerait que les veufs réussissent à nouer de nouvelles amitiés qui font plus que compenser les pertes subies (tableau 5).

Tableau 5
Évolution entre 62 et 75 ans des relations amicales selon l’état matrimonial
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Proportion d’enquêtés n’ayant pas d’amis ou n’en voyant jamais (en %) Toujours mariés 6,0 11,0 10,8 11,7 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 17,0 14,9 14,7 12,3 Déjà veufs à 62 ans – – 9,8 11,7 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 6,6 11,4 10,9 12,6 Nombre moyen mensuel de rencontres amicales Toujours mariés 3,6 4,8 2,8 5,0 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 3,5 5,3 2,3 5,5 Déjà veufs à 62 ans – – 5,1 5,4 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 3,7 4,8 3,7 5,2 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

En outre, si entre 62 et 75 ans, le nombre de rencontres amicales a augmenté pour tous – contrairement aux rencontres avec la famille – les veufs et surtout les veuves se sont tournés, plus que les autres, vers les amis. Ainsi, par exemple, les femmes ayant perdu leur mari depuis l’enquête précédente rencontrent 2,4 fois plus souvent leurs amis ; chez les femmes mariées, ce coefficient n’est que de 1,8.
À 75 ans, les enquêtés voient moins souvent leur famille qu’à 62 ans, mais ils fréquentent davantage leurs amis. Toutefois, cette intensification des relations amicales n’a pas compensé le désinvestissement familial et les retraités sont désormais moins entourés : à 62 ans, ils voyaient en moyenne 19,2 fois par mois un proche contre 17,8 actuellement, l’appauvrissement de la vie sociale étant plus accusé chez les femmes. Dans cette tendance générale à l’effritement des relations sociales, les personnes devenues veuves sont les seules dont la sociabilité se développe : chez les hommes, tout le cercle des proches se mobilise davantage tandis que chez les femmes, la distance prise par la famille élargie est compensée par une présence accrue des amis. Les veufs se retrouvent donc, à 75 ans, plus entourés que les personnes en couple. Mais, alors que, leur vie durant, les femmes ont davantage entretenu des relations familiales et amicales que les hommes, elles ne semblent pas en récolter les fruits en termes de visites : le veuvage venu, elles en reçoivent moins que les hommes (respectivement 21,5 et 18,9 par mois).
 
IV. Les loisirs
 
 
Lors de l’enquête Passages de la vie active à la retraite, les individus ont été interrogés sur une très large gamme de loisirs. Compte tenu de la place prépondérante de la télévision, de la radio et de la lecture dans l’univers des retraités, les médias sont analysés à part. Il en sera de même pour les vacances, qui restent, même en l’absence d’impératifs professionnels, une source privilégiée d’évasion et une coupure dans la vie quotidienne.
1. Les activités manuelles, sportives, artistiques, culturelles ou de société
En treize ans, les enquêtés se sont largement retirés du monde des loisirs : à 75 ans, 10 % d’entre eux – un peu plus les femmes que les hommes – n’ont aucune activité de ce style, situation quasiment inexistante chez les hommes et très rare chez les femmes à 62 ans. Même si le déclin de la proportion des pratiquants s’échelonne du simple au double selon le type de loisir, la hiérarchie des préférences est restée la même : les activités les plus pratiquées à 75 ans avaient déjà le plus de succès à 62 ans et ce sont celles qui ont subi la moindre désaffection. Arrivent en tête les activités manuelles puis les activités culturelles ou sportives, les activités de société et enfin, loin derrière, les activités artistiques (tableau 6).

Tableau 6
Évolution entre 62 et 75 ans des proportions d’enquêtés pratiquant une activité selon le type de loisir et l’état matrimonial (en %)
IMGIMGActivité	Hommes	Femmes	62 ans	75 ans...IMGIMF
Activité Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Manuelle Mariés 93,1 78,1 81,9 63,1 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 91,3 62,2 94,7 60,0 Sportive Mariés 83,9 62,8 73,0 44,1 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 73,9 59,7 76,0 54,7 Culturelle Mariés 71,8 55,9 68,5 64,0 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 67,4 52,2 58,7 49,3 De société Mariés 64,4 41,7 58,6 38,7 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 52,2 43,5 57,3 39,2 Artistique Mariés 33,8 19,5 24,3 19,8 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 28,3 8,9 17,3 5,3 Au moins une activité Mariés 99,5 92,9 100,0 86,5 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 100,0 91,5 98,7 90,7 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Il n’y a pas de relation univoque entre l’évolution de l’état matrimonial et celle de l’implication dans les diverses activités de loisirs : ainsi, le veuvage pousse hommes et femmes à délaisser les activités manuelles (surtout parmi les cadres et les personnes en mauvaise santé) et les activités artistiques mais favorise le maintien de la pratique sportive [14]. Par ailleurs, l’isolement conjugal accentue le renoncement des femmes dans le domaine culturel et freine celui des hommes pour les activités de société [15].
Conséquence de ces évolutions contrastées, à 75 ans, l’échelle des pratiques et leur intensité diffèrent selon que l’on a ou non perdu son conjoint. Chez les hommes de 75 ans, veufs et mariés sont aussi nombreux à faire du sport ; en revanche, les seconds privilégient nettement les activités manuelles. Vivre en couple semble donc favoriser l’investissement dans son « chez soi » mais l’enquête ne permet pas de dire si, comme dans la population générale, les personnes mariées habitent plus souvent une maison individuelle.
L’effet du veuvage est un peu différent chez les femmes. À 75 ans, qu’elles soient mariées ou veuves, les activités manuelles constituent leur passe-temps de prédilection : sans doute continuent-elles à faire du tricot et de la couture pour leurs enfants ou petits-enfants. Plus nombreuses que les femmes mariées à faire du sport, les veuves s’engagent moins que ces dernières dans les loisirs culturels [16].
Enfin, les veufs comme les veuves ont beaucoup moins souvent que les personnes mariées un violon d’Ingres artistique [17].
Quel que soit l’état matrimonial, les taux de participation sont fortement liés à l’état de santé. Si ce constat paraît aller de soi pour les passe-temps nécessitant un effort physique, il vaut aussi, bien qu’à un moindre degré [18], pour les activités culturelles, artistiques ou de société.
Au-delà des seuls taux de participation, la fréquence de la pratique des différentes activités parmi les adeptes confirme le désinvestissement des retraités avec l’avancement en âge. Jeunes retraités, les enquêtés se livraient 17 fois par mois à une activité de loisir hors médias (tableau 7), contre seulement 12,2 fois à 75 ans, la tendance étant la même pour les hommes et pour les femmes. L’avance en âge ne semble guère avoir de prise sur l’implication dans le domaine culturel, mais en vieillissant on délaisse le sport, les activités artistiques, manuelles et de société.

Tableau 7
Évolution entre 62 et 75 ans de la fréquence mensuelle de pratique d’une activité de loisir selon l’état matrimonial
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Toujours mariés 17,8 12,8 16,2 12,5 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 16,5 14,3 15,3 9,6 Déjà veufs à 62 ans – – 16,3 10,7 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 17,8 12,9 15,8 11,1 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

En outre, les comportements qui font suite à la perte du conjoint s’avèrent radicalement différents chez les hommes et les femmes. Les hommes devenus veufs entre 62 et 75 ans sont restés davantage impliqués dans leurs activités de loisir que leurs homologues toujours mariés et, à 75 ans, ils sont plus assidus qu’eux : ils pratiquent un loisir 14,3 fois par mois contre 12,8 fois pour les hommes mariés. Contrairement à tous les autres enquêtés, ils ont donné une place croissante aux activités de société et ont beaucoup moins délaissé le sport. Parmi les femmes, en revanche, les veuves désinvestissent notablement le champ des loisirs. Elles se sont plus détachées des activités manuelles et sportives que les femmes mariées et n’ont pas maintenu la fréquence de leurs sorties culturelles comme ces dernières. Dans ces générations où les femmes ne prenaient guère de loisirs indépendamment de leur mari, leur conjoint devait vraisemblablement jouer un rôle moteur.
Ces évolutions antagoniques font apparaître des réactions et des modes d’adaptation au veuvage fortement sexués : culture des loisirs comme dérivatif à la solitude du côté masculin, recentrage sur l’univers domestique du côté féminin. De plus, ce désinvestissement des femmes à la suite du veuvage est sans doute encore plus important dans la population générale. En effet, dans l’échantillon de l’enquête, toutes les femmes ont été professionnellement actives ; or, l’insertion dans le monde du travail est un facteur de développement de l’autonomie.
2. La télévision, la radio, les journaux et les livres
La télévision occupe une grande partie du temps libre des retraités âgés de 75 ans. Ces derniers passent en moyenne 3 heures 20 par jour devant le petit écran (tableau 8). Les hommes et les personnes devenues veuves entre 62 et 75 ans regardent un peu moins la télévision tandis que les femmes veuves avant 62 ans sont, de loin, celles qui y passent le plus de temps. À l’inverse de la plupart des activités de loisir, l’assiduité devant la télévision ne fait que croître en vieillissant. Même si cette évolution s’inscrit dans une tendance plus générale – pour l’ensemble des Français, la durée d’écoute s’est allongée de deux heures par semaine de 1989 à 1997 (Donnat, 1998) –, le vieillissement amplifie le phénomène. Les femmes et les personnes mariées ont un peu plus allongé leur temps d’écoute que les autres.

Tableau 8
Évolution du temps quotidien (en minutes) consacré à l’écoute de la télévision, de la radio et à la lecture de journaux et de magazines
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Temps quotidien consacré à la télévision Toujours mariés 156 189 163 213 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 157 180 180 210 Déjà veufs à 62 ans – – 178 225 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 156 189 169 213 Temps quotidien consacré à l’écoute de la radio Toujours mariés 82 84 119 107 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 72 66 123 93 Déjà veufs à 62 ans – – 139 138 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 87 83 128 121 Temps quotidien consacré à la lecture de journaux ou magazines Toujours mariés 54 65 40 53 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 51 67 45 65 Déjà veufs à 62 ans – – 50 56 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 55 65 45 61 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Le temps passé à suivre des émissions radiophoniques est deux fois moindre, soit un peu plus d’une heure et demie quotidienne. Comme pour la télévision, mais avec des contrastes plus prononcés, les hommes et les personnes devenues veuves entre 62 et 75 ans y consacrent le moins de temps. Le plus fort intérêt pour ce média s’observe, ici aussi, chez les veuves de longue date. En outre, en vieillissant, les enquêtés ont légèrement écourté leur temps d’écoute, à l’exception des veuves avant 62 ans et des hommes toujours mariés.
Lire le journal ou des magazines occupe environ une heure de la journée des hommes comme des femmes. Du côté masculin, l’état matrimonial n’a ici aucune incidence. En revanche, les femmes veuves, surtout lorsque la perte du conjoint est survenue entre 62 et 75 ans, consacrent plus de temps à ce loisir que leurs homologues mariées. À l’instar de la télévision, le temps consacré à la lecture de journaux ou de magazines n’a fait que croître au cours de la retraite. Les femmes et les veufs comptent parmi ceux qui ont le plus allongé leur temps de lecture.
À 75 ans, les femmes veuves passent donc significativement plus de temps que les femmes mariées à lire la presse. Mais celles qui sont devenues veuves après 62 ans sont moins nombreuses à lire des livres. Parmi les hommes, rien ne distingue les veufs des mariés, les uns comme les autres étant moins attirés par la lecture que les femmes (tableau 9). En outre si, entre 62 et 75 ans, les hommes mariés et les veufs des deux sexes n’ont rien changé à leurs habitudes, certaines femmes en couple ou veuves depuis longtemps se sont mises à lire. Ce nouvel intérêt est d’autant plus remarquable qu’il s’inscrit dans un courant de fléchissement général de la lecture au cours de la période (Donnat, 1998).

Tableau 9
Évolution entre 62 et 75 ans de la proportion d’enquêtés n’ayant lu aucun livre au cours des douze derniers mois selon l’état matrimonial (en %)
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Toujours mariés 34,0 32,1 33,3 15,6 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 36,2 36,1 27,3 26,7 Déjà veufs à 62 ans – – 26,2 18,0 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 33,5 32,5 31,2 20,6 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Les cadres, veufs comme mariés, sont, résultat sans surprise, plus férus de lecture mais le veuvage accuse les inégalités sociales : suite au décès de leur conjoint, certains cadres ont sans doute renoué avec la lecture.
3. Les associations
À 75 ans, les femmes toujours mariées ne sont pas plus nombreuses que treize ans plus tôt à adhérer à une association, contrairement à celles qui sont devenues veuves [19]. Cette attitude semble toutefois limitée dans le temps, les veuves de longue date ne se distinguant pas des femmes mariées. Les hommes, veufs comme mariés, ont en vieillissant délaissé les associations, essentiellement les mouvements d’anciens combattants. Ces derniers, malgré un désengagement, expliquent la plus forte participation des hommes : à 75 ans, 5 hommes contre 4 femmes sur 10 sont adhérents d’une association, dans plus d’un cas sur deux au sein d’un club de retraités.
Quelle que soit la situation matrimoniale, l’appartenance à une association croît avec le statut social chez les hommes, mais rien de tel n’apparaît chez les femmes.
4. Les vacances
À 75 ans, près de 4 enquêtés sur 10 ne sont pas partis en vacances [20] au cours des douze derniers mois. Cette proportion atteint le maximum d’un enquêté sur deux chez les hommes veufs (tableau 10), niveau constaté également chez les ouvriers et les personnes en mauvaise santé.

Tableau 10
Évolution des départs et de la durée des vacances entre 62 et 75 ans selon le sexe et l’état matrimonial
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Proportion d’enquêtés n’ayant pas pris de vacances dans l’année (en %) Toujours mariés 28,7 39,0 21,6 33,3 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 27,7 48,9 38,6 34,3 Déjà veufs à 62 ans – – 28,2 28,4 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 29,7 40,7 28,8 33,6 Nombre de jours de vacances parmi ceux qui sont partis Toujours mariés 39,7 41,2 46,8 48,1 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 32,8 36,0 38,0 27,3 Déjà veufs à 62 ans – – 39,9 30,3 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 38,7 41,7 40,2 34,1 Nombre de jours de vacances parmi l’ensemble des enquêtés Toujours mariés 28,2 24,8 37,1 31,7 Devenus veufs entre 62 et 75 ans – – 23,7 18,4 23,3 17,4 Déjà veufs à 62 ans 29,1 21,4 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 27,2 24,4 28,9 22,3 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : FNG-Cnav, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Alors qu’à 62 ans, les hommes étaient aussi nombreux que les femmes à prendre des vacances, treize ans plus tard, ils ont beaucoup plus souvent renoncé à partir. À 75 ans, à caractéristiques sociodémographiques identiques, le taux de départ des hommes est toujours inférieur et les situations pénalisantes (être veuf, ne pas avoir une bonne santé ou se situer en bas de la hiérarchie sociale) accentuent les contrastes entre les sexes. Ainsi, lorsqu’ils sont mariés, 39 % des hommes contre 33,3 % des femmes n’ont pas pris de vacances durant les douze derniers mois mais, en cas de veuvage, ces proportions atteignent respectivement 48,9 % et 34,3 %.
La plus forte fréquence de départ en vacances des veuves peut surprendre [21]. Elles sont, en effet, moins impliquées dans l’univers des loisirs et la perte du conjoint entraîne une plus forte baisse de leur niveau de vie. Il faut dire qu’elles partent plus souvent avec leurs enfants que les veufs. On constate aussi davantage de départs chez les femmes mariées alors que leurs conjoints sont plus âgés ; cela traduit sans doute en partie l’effet de la sélection des enquêtées : leur activité professionnelle passée a certainement renforcé leur dynamisme, développé leur sens de l’initiative et leur ouverture d’esprit.
Les vacanciers se sont absentés 38 jours en moyenne et les hommes plus longtemps que les femmes : à 75 ans, ils ont pris 42 jours de vacances contre 34 pour les femmes. Cette différence est entièrement due au comportement des personnes isolées. Si les hommes veufs hésitent à quitter leur domicile au moins une fois dans l’année, quand ils partent, leur durée de séjour est plus longue : 36 jours en moyenne contre 27 seulement pour les veuves (tableau 10).
Les parcours des femmes mariées et des veuves sont nettement distincts. En vieillissant, nombre des premières renoncent à partir mais la durée de séjour des vacancières est la même ; dans un couple, le départ en vacances est certes conditionné par sa propre santé mais également par celle du conjoint. Le constat est inverse chez les femmes devenues veuves entre 62 et 75 ans : elles sont très légèrement plus nombreuses à partir mais, dans ce cas, raccourcissent fortement leurs vacances (11 jours en moins). Ces femmes, bien souvent confinées au domicile dans la période récente à cause de la santé de leur mari, retrouvent l’occasion de s’évader, l’entourage familial les y aidant éventuellement en les accueillant. De surcroît, le veuvage étant une situation courante chez les femmes à ces âges, elles peuvent prendre des vacances entre amies ou se joindre à un voyage organisé. Sans nul doute faut-il en partie voir derrière la diminution de leur durée de séjour la conséquence de leur plus grande précarité économique.
Les hommes veufs se distinguent des veuves à deux égards. D’une part, avec l’avancement en âge, beaucoup renoncent à s’absenter [22] : à 62 ans, avant leur veuvage, 27,7 % d’entre eux n’avaient pas pris de vacances, contre 48,9 % à 75 ans alors qu’ils sont seuls. Il est vrai qu’ils sont moins souvent accueillis chez leurs enfants et hésitent peut-être plus à partir en groupe, ceux-ci étant très féminisés. D’autre part, lorsque l’occasion de départ se présente, les veufs allongent leur durée de séjour : leur aisance financière et leur meilleure santé, mais aussi leur plus grande liberté sociale (l’indépendance des femmes dans ces générations est encore souvent mal perçue) sont certainement ici en filigrane.
Finalement, les évolutions opposées des taux de départ et de la durée des séjours des veufs et des veuves se compensent : à 75 ans, le nombre moyen de jours de vacances des uns et des autres est quasiment identique. Mais là encore, le veuvage a un effet moins pénalisant pour les hommes : ils sont beaucoup plus proches de leurs homologues mariés que les femmes (respectivement 18,4 et 24,8 jours de vacances contre 17,4 et 31,7).
D’une façon générale, entre 62 et 75 ans, les enquêtés ont recentré leurs passe-temps sur les activités exercées à domicile, mais les changements consécutifs à la perte du conjoint diffèrent fortement selon le sexe. Chez les hommes, le veuvage n’a eu que peu de conséquences sur les loisirs d’intérieur et il a, de surcroît, favorisé le maintien des distractions permettant de sortir de chez soi. À l’inverse, suite à leur isolement conjugal, l’univers des loisirs des femmes s’est fortement rétréci dans tous les domaines. Avec le temps toutefois, elles redonnent une place importante aux médias : elles deviennent les plus férues de télévision et de radio.
Malgré ce déclin général de leurs activités de loisirs, sept enquêtés sur dix estiment avoir réalisé les projets qu’ils faisaient, à la veille de leur retraite, pour occuper leur temps libre. Parce que les femmes sont, d’une façon générale, moins indépendantes, mariées à des conjoints plus âgés et, le veuvage venu, dans une plus grande précarité économique, elles ont dû plus souvent que les hommes renoncer aux buts qu’elles s’étaient fixés.
L’examen de la réorganisation de la vie suite au veuvage, à travers les relations familiales et les loisirs, montre que les hommes sont plus entourés et maintiennent plus de liens avec l’extérieur que les femmes. Ces comportements différents signifient-ils pour autant une meilleure adaptation psychologique à leur situation ? Qu’en est-il du vécu subjectif des uns et des autres ?
 
V. La santé psychologique
 
 
1. Perception de la vie, perception de soi
Les veufs manifestent des attitudes moins positives à l’égard de la vie que les personnes mariées, ce qui est un résultat assez attendu [23]. Toutefois, alors qu’ils ont dû successivement faire face à deux grands chocs, la cessation d’activité d’abord puis la perte de leur compagnon, les deux tiers d’entre eux (80 % des personnes mariées) se déclarent « heureux » ou d’« humeur gaie » la plupart du temps et les trois quarts (près de 90 % des personnes mariées) se disent « au fond, satisfaits de leur vie ». Si dans ce dernier constat certains font référence à leur situation actuelle, d’autres ont pu porter un regard sur l’ensemble de leur existence, intégrant donc la période de vie commune avec leur conjoint. En outre, à l’approche de la mort, cette attitude peut aussi traduire tout simplement leur attachement à la vie.
Derrière ce panorama optimiste se cachent aussi des cas de détresse. Certes, les états d’extrême désarroi où les individus déclarent que leur situation est désespérée restent très rares chez les personnes mariées comme chez les veufs (moins de 5 %). Mais il n’en reste pas moins vrai qu’un nombre non négligeable d’enquêtés, surtout des femmes veuves, éprouvent un réel mal-être : 42 % d’entre elles ont le sentiment que leur vie est vide, 33 % se sentent souvent désemparées (contre respectivement 12 % et 21 % chez les femmes mariées et 16 % et 18 % chez les veufs). Ces attitudes sombres sont moins développées chez les hommes et la perte du conjoint ne fait pas aussi souvent naître chez eux des sentiments pessimistes. Dans ces générations, les femmes donnaient la priorité à leur vie familiale : avec la disparition de leur compagnon, leur vie perd sans doute une grande part de l’essentiel. De plus, les femmes déclarent peut-être plus facilement leur mal-être.
Une mauvaise santé conduit les personnes mariées comme les veufs à avoir une vision plus négative de la vie. Chez les uns comme chez les autres, une position sociale privilégiée a souvent, mais pas systématiquement, un effet protecteur : les cadres trouvent moins souvent que leur vie est vide, et sont moins fréquemment désemparés ou désespérés. Enfin, une baisse du niveau de vie entache plus le moral des personnes mariées que des veufs.
2. Le sentiment de solitude
Les enquêtés sont de plus en plus touchés par la solitude en vieillissant. Mais les veufs ont été affectés comme nul autre [24] (tableau 11). À 62 ans, les femmes qui allaient perdre leur conjoint éprouvaient déjà plus souvent ce sentiment (32 % contre 20,5 % des femmes qui resteront mariées se sentaient souvent ou parfois seules) : à ce stade de la vie, le décès est souvent précédé d’une longue période de handicaps, imposant au couple de réduire ses contacts et ses activités, et il n’est donc pas étonnant de constater que les épouses se sentent esseulées. Rien de tel n’apparaît toutefois chez les hommes. À 75 ans, le veuvage venu, 85,1 % des femmes et 66 % des hommes font état de ce sentiment : avec le conjoint disparaît non seulement l’interlocuteur privilégié mais aussi, notamment en cas de mauvaise santé, un lien précieux avec l’extérieur. Cette impression s’atténue légèrement lorsque le veuvage est plus ancien [25].

Tableau 11
Évolution entre 62 et 75 ans de la proportion d’enquêtés se sentant seuls ou s’ennuyant selon leur état matrimonial (en %)
IMGIMGHommes	Femmes	62 ans	75 ans	62 ans	7...IMGIMF
Hommes Femmes 62 ans 75 ans 62 ans 75 ans Se sentent souvent ou parfois seul Toujours mariés 14,6 17,7 20,5 26,6 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 14,3 66,0 32,0 85,1 Déjà veufs à 62 ans – – 56,3 72,8 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 17,3 23,5 37,7 57,6 Ne savent fréquemment pas quoi faire Toujours mariés 13,0 12,1 8,0 15,3 Devenus veufs entre 62 et 75 ans 14,9 11,6 12,0 31,5 Déjà veufs à 62 ans – – 12,6 24,5 Tous états matrimoniaux (y c. célibataires et divorcés) 14,6 12,1 11,4 20,1 Champ : anciens salariés du secteur privé. Source : Cnav-Arrco, enquête Passages de la vie active à la retraite, 1984 et 1997.

Ces résultats, conformes à ceux de nombreuses autres enquêtes (Croutte, 1993 ; de Jong Gierveld, 1998 ; Lichtenstein, 1996 ; Pan Ké Shon, 1999), montrent que malgré l’intensification de la présence des proches, le vide affectif laissé par la disparition de l’autre n’est qu’imparfaitement comblé.
Les femmes se sentent plus souvent seules que les hommes et la perte du conjoint accentue ces différences [26]. Outre l’effet éventuel d’une sensibilité propre aux femmes, on peut y voir la conséquence de leur plus forte implication dans la vie familiale : après le départ de leurs enfants, elles ressentiraient plus fortement que les hommes le vide du foyer et la perte de leur conjoint les laisserait plus désemparées.
Chez les veufs comme chez les personnes mariées, être en bonne santé permet de combattre l’isolement, tandis que se situer en haut de la hiérarchie sociale n’a aucun effet protecteur. Une mauvaise intégration sociale (avoir très peu de relations sociales et aucune activité de loisirs en dehors de l’écoute de la radio et de la télévision) est sans conséquence chez les personnes mariées, mais cette situation accroît le sentiment de solitude chez les veufs. Visiblement, le conjoint comble un éventuel manque de contacts sociaux ; mais on prend là toute la mesure de la fragilité de ce mode de vie centré sur le couple, car le décès de l’autre augmente le désarroi du survivant. Cette impression de vide est exacerbée chez les veufs ayant été très satisfaits de leur vie affective. Enfin, se dire moins à l’aise financièrement aiguise le sentiment de solitude [27] : le repli sur soi lié à la contraction des ressources est là en filigrane.
3. Le sentiment d’ennui
Avec le décès de l’autre disparaissent les tête-à-tête quotidiens et aussi, sans doute, nombre d’activités faites en commun dont le conjoint pouvait être l’élément moteur. Dès lors, on peut s’attendre à la diffusion d’un sentiment d’ennui parallèlement à celle de la sensation de solitude. En fait, paradoxalement, rien de tel n’apparaît chez les hommes : la proportion d’hommes veufs ne sachant pas meubler leur temps libre a même légèrement baissé entre 62 et 75 ans, alors qu’elle a en revanche presque triplé chez les veuves [28]. À 75 ans, les veufs ne déclarent pas plus souvent que les hommes mariés « fréquemment ne pas savoir quoi faire » (12 % des uns et des autres). Tout autre est la situation des femmes : 32 % de celles qui ont perdu leur conjoint entre 62 et 75 ans ont fréquemment cette sensation contre 15 % des femmes toujours mariées [29]. Avec le temps, il y a accoutumance ou réorganisation de la vie et le sentiment d’ennui est moins fort parmi les femmes déjà veuves à 62 ans (25 %) que parmi les veuves après cet âge.
Dans ces générations, la plupart des femmes ont directement quitté le foyer parental pour le foyer conjugal et n’ont eu que peu d’activités indépendantes, les loisirs se prenant généralement en couple. Avec le veuvage, comme nous l’avons vu, elles abandonnent nombre d’occupations – à environnement sociodémographique donné, un lien fort existe entre la diffusion du sentiment d’ennui et le renoncement aux activités de loisirs – dont leur mari était sans doute l’initiateur et ce, d’autant plus que beaucoup ne savent pas conduire et hésitent à sortir seules le soir. Par ailleurs, la disparition du conjoint entraîne un allégement des tâches ménagères des femmes et un alourdissement de celles des hommes (Umberson et al., 1992). Le temps libre de ces derniers s’en trouve raccourci et ils ont donc moins l’occasion d’éprouver un sentiment d’ennui. De surcroît, cette étude a montré que, pour eux, le veuvage n’entraîne pas de réduction des activités de loisir.
Mais, même au sein des couples, la sensation d’ennui a quasiment doublé chez les femmes et est restée stable chez les hommes. Plus investies dans la famille, les femmes s’occupaient davantage de leurs petits-enfants : une fois qu’ils ont grandi, elles se sentent peut-être désœuvrées. Par ailleurs, dans ces générations, elles sortent généralement avec leur mari. Or, on sait que « le plus âgé marque de son empreinte la sociabilité de son conjoint » (Blanpain et Pan Ké Shon, 1998). Mariées à des hommes plus âgés qu’elles et donc certainement moins dynamiques, les femmes subissent vraisemblablement un certain décalage entre leurs aspirations et celles de leur compagnon.
Chez les veufs comme chez les personnes mariées, une bonne santé protège du sentiment d’ennui et si leur formation initiale, l’intérêt de leur vie professionnelle, la densité de leur réseau social ainsi que leurs revenus élevés n’aidaient pas les cadres à combattre le sentiment de solitude, ces facteurs leur permettent de bien occuper leur temps libre, qu’ils soient mariés ou veufs. Ceci vaut aussi, dans une moindre mesure, pour les employés. Par ailleurs, alors que l’engagement dans les loisirs permet de lutter contre l’ennui, cette attitude joue avec une acuité toute particulière chez les veufs : ne pas lire, ne pas être parti en vacances, n’avoir que très peu de relations sociales accroît la probabilité de s’ennuyer [30].
4. Les tendances dépressives [31]
Si l’on s’intéresse non plus à telle ou telle conséquence psychologique du veuvage mais à la santé mentale globale, force est de constater que les retraités devenus veufs entre 62 et 75 ans sont dans une plus grande fragilité psychique. À 75 ans, 42,5 % des hommes veufs manifestent des tendances dépressives contre 27,9 % de ceux qui sont toujours mariés, ces proportions atteignant respectivement 55,9 % et 36,7 % chez les femmes. Toutes les études s’accordent sur ce point : les femmes sont plus dépressives que les hommes et les veufs plus que les personnes mariées (Clayton, 1979 ; Madison et Viola, 1968 ; Thuen et al., 1997 ; Forette et al., 1999).
En revanche, sur la question de savoir si la perte du conjoint est plus préjudiciable aux hommes qu’aux femmes, les résultats sont contradictoires. Pour certains, il n’y a pas de différences selon le sexe (Feinson, 1986 ; Stevens, 1995) ; pour d’autres, les hommes sont les principales victimes (Stroebe et Stroebe, 1983 ; Lee et al., 1998 ; Van Grootheest et al., 1999) ; pour d’autres enfin, ce sont les femmes (Farnsworth et al., 1989 ; Gallagher et al., 1983). En éliminant les effets des différences d’état de santé, de catégorie socioprofessionnelle et de la perception de l’évolution des revenus, les contrastes selon la situation conjugale à 75 ans s’avèrent, dans cette enquête, plus accusés chez les femmes.
Comme dans d’autres études (Bennett, 1996), on constate qu’avec le temps, un travail de deuil s’accomplit : les veuves de longue date sont moins déprimées que celles qui ont perdu leur conjoint au cours des treize dernières années (respectivement 51,1 % et 55,9 % d’entre elles) mais, de toute façon, la santé psychique des femmes mariées reste meilleure. En outre, être déprimé est une situation relativement peu fréquente chez les personnes mariées mais très aggravée par un mauvais état de santé ou une baisse des revenus, facteurs ayant beaucoup moins de prise chez les veufs, affligés par la perte de l’autre.
Même si, à 75 ans, les enquêtés gardent dans l’ensemble une vision positive de la vie, les treize dernières années ont été marquées par la diffusion d’une insidieuse morosité, surtout parmi les femmes : de plus en plus fréquemment, les retraités souffrent de solitude ou de la vacuité de leur temps libre. Les veufs, et plus encore les veuves, se démarquent nettement par leur vision plus sombre de la vie et leur plus grande fragilité psychologique.
Le même constat vaut pour la perception de la retraite : dans l’ensemble, elle reste très positive – seulement 10 % des enquêtés pensent que cette étape n’a que des inconvénients, et ils sont plus de quatre fois plus nombreux à ne lui trouver que des avantages – mais les opinions sont plus nuancées à 75 ans qu’à 62 ans et la tendance à voir la retraite sous un plus mauvais jour s’est plus accentuée chez ceux qui ont perdu leur conjoint. Là encore, les veuves se singularisent défavorablement : 17 % ne voient que des inconvénients à leur vie actuelle, moins du double n’y trouvent que des avantages.
 
Conclusion
 
 
Le veuvage est essentiellement un destin de femmes. Mais la fréquence de cette situation ne semble pas leur rendre cette expérience moins douloureuse. Le plus grand mal-être des veuves en est l’illustration la plus flagrante : elles ont une perception de la vie et de la retraite beaucoup plus négatives, s’ennuient plus fréquemment, souffrent plus de solitude et sont plus sujettes à des tendances dépressives. Leur moindre intégration à l’univers des loisirs et leur plus fort isolement social indiquent encore à quel point elles sont pénalisées. Tous ces indicateurs concourent à montrer que le quotidien des veuves est plus difficile.
Toutefois, rappelons que la surmortalité des veufs est beaucoup plus forte que celle des veuves, notamment dans les premières années du deuil. Face à un traumatisme affectif vécu comme insurmontable, les hommes adoptent, plus que les femmes, des comportements à risque (suicide, alcoolisme, tabagisme), causes essentielles de cette surmortalité (Thierry, 2000). Ceux qui échappent à ce sort semblent mieux s’adapter que les femmes à la perte de leur conjoint : moins focalisés, leur vie durant, sur le couple et plus généralement sur la vie familiale, ils ont certainement moins de mal à se forger une nouvelle existence.
À l’avenir, du fait du renouvellement des générations, on peut s’attendre à une amélioration du vécu du veuvage par les femmes. Elles seront certainement mieux armées psychologiquement pour affronter l’isolement suite au décès de leur conjoint car elles auront eu davantage de contacts avec l’extérieur grâce à leur participation accrue au monde du travail, auront vécu dans des couples plus égalitaires et, pour une proportion croissante d’entre elles, auront formé plusieurs unions successives généralement entrecoupées de périodes de solitude (O’Bryant et Straw, 1991).
Par ailleurs, plus indépendantes sur le plan financier (mais également, par exemple, en termes de déplacements : songeons qu’aujourd’hui seules 30 % des femmes de 65 ans ou plus ont le permis de conduire !), les retraitées de demain seront certainement mieux intégrées socialement et plus à même de faire face au veuvage. On peut notamment s’attendre à leur participation croissante à l’univers des loisirs et de la consommation.
En outre, si la poursuite de la baisse de la mortalité va continuer à différer l’entrée dans le veuvage, de toute évidence, cette situation matrimoniale restera longtemps encore le sort des femmes : bien que l’évolution récente de la mortalité semble montrer un resserrement des écarts selon le sexe, le jour où hommes et femmes pourront vivre ensemble leur vieillesse semble fort lointain.
Même si le risque, à chaque âge, de devenir veuf continue à baisser au même rythme, avec l’arrivée à l’âge de la vieillesse des générations du baby-boom, il faut sans nul doute s’attendre à un gonflement de cette population. Cette tendance entraînera un accroissement de la demande d’aide de tiers.
Aujourd’hui, c’est aux filles qu’incombe généralement la prise en charge de la dépendance de leur parent devenu veuf. Or, demain, plus encore que leurs mères, ces femmes auront trouvé leur identité dans d’autres pôles que le rôle familial. Tous les facteurs d’évolution de la condition féminine énoncés comme favorisant l’adaptation au veuvage des mères sont susceptibles de jouer comme frein à l’acceptation par les filles des contraintes imposées par la dépendance de leur parent devenu veuf.
De plus, si dans le domaine des aides professionnelles, il y a eu durant les dernières décennies une réelle volonté politique d’assistance, la solidarité collective risque de s’effriter quelque peu devant l’ampleur du coût de la protection sociale. Le vécu du veuvage s’en trouverait alors changé du tout au tout.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Aquilino W., 1994, « Later life parental divorce and widowhood: Impact on young adults’assessment of parent-child relations », Journal of Marriage and the Family, 56, p. 908-922.
·  Bennett K., 1996, « A longitudinal study of well-being in widowed women », International Journal of Geriatric Psychiatry, 11(11), p. 1005-1010.
·  Blanpain N., Pan Ké Shon J.-L., 1998, « Vieillir, c’est discourir… un peu », Gérontologie et Société, n° 86.
·  Cavalli S., Lalive d’Épinay C., Spini D., 2001, « Le décès de proches : son impact sur la santé et sur la vie relationnelle des vieillards. Un suivi sur cinq ans d’une cohorte d’octogénaires », Gérontologie et Société, n° 98, p. 141-158.
·  Clayton P.J., 1979, « The sequelae and non sequelae of conjugal bereavement », American Journal of Psychiatry, 136, p. 1530-1534.
·  Coëffic N., 2000, « Faibles retraites et minimum vieillesse », Études et résultats, Dress, n° 82.
·  Croutte P., 1993, Le sentiment de solitude chez les personnes âgées de 60 ans et plus, Credoc, 54 p.
·  De Jong Gierveld J., 1998, « A review of loneliness: concept and definitions, determinants and consequences », Reviews in Clinical Gerontology, 8, p. 73-80.
·  Delbès C., Gaymu J., 1997, « Convoler après 50 ans », Gérontologie et Société, n° 82, p. 95-105.
·  Desplanques G., 1984, « L’inégalité sociale devant la mort », Économie et Statistique, n° 162, p. 29-50.
·  Donnat O., 1998, Les pratiques culturelles des Français, La Documentation française, 357 p.
·  Eggebeen D., 1992, « Family structure and intergenerational exchanges », Research on Aging, vol. 14, p. 427-447.
·  Farnsworth J., Pett M.A., Lund D.A., 1989, « Predictors of loss management and well-being in later life widowhood and divorce », Journal of Family Issues, 10, p. 102-121.
·  Feinson M.C., 1986, « Aging widows and widowers: are there mental health differences? », International Journal of Aging and Human Development, 23, p. 241-255.
·  Fenwick R., Barresi C.M., 1981, « Health consequences of marital status change among the elderly: a comparison of cross- sectional and longitudinal analysis », Journal of Health and Social Behavior, 22, p. 106-116.
·  Ferraro K.F., Barresi C.M., 1982, « The impact of widowhood on the social relations of older persons », Research on Aging, 4(2), p. 227-247.
·  Ferraro K.F., 1985-1986, « The effect of widowhood on the health status of older persons », Aging and Human Development, 21(1), p. 9-25.
·  Forette F. (dir.), Thierry X., Delbès C., Nizard A., 1999, Les répercussions du veuvage sur la morbidité et la mortalité, document à diffusion restreinte, FNG, 140 p.
·  Gallagher D.E., Breckenridge J.N., Thompson L.W., Peterson J.A., 1983, « Effects of bereavement on indicators of mental health in elderly widows and widowers », Journal of Gerontology, 38, p. 565-571.
·  Héran F., 1988, « La sociabilité, une pratique culturelle », Économie et Statistique, n° 216, Insee, p. 3-22.
·  Heyman D.K., Gianturco D.T., 1973, « Long term adaptation by the elderly to bereavement », Journal of Gerontology, 28, p. 259-353.
·  La Rue A., Bank L., Jarvik L., Heltland M., 1979, « Health in old age: how do physicians ratings and self-ratings compare? », Journal of Gerontology, 34, p. 687-691.
·  Lee G., Willetts M., Seccombe K., 1998, « Widowhood and depression, gender differences », Research on Aging, 20(5), p. 611-630.
·  Lichtenstein P., 1996, « A co-twin- control study of response to widowhood », Journal of Gerontology: Psychological Sciences, 51B (5), P279-P289.
·  Madison D., Viola A., 1968, « The health of widows in the year following bereavement », Journal of Psycho Somatic Research, 12, p. 297-306.
·  Maddox G.L., Doulass E.B., 1973, « Self-assessment of health: a longitudinal study of elderly subjects », Journal of Health and Social Behavior, 14, p. 87-93.
·  Murrel S.A., Himmelfarb S., Phifer J., 1988, « Effects of bereavement/loss and prevent status on subsequent physical health in older adults », Aging and Human Development, 27(22), p. 89-107.
·  O’Bryant S., Straw L., 1991, « Relationship of previous divorce and previous widowhood to older women’s adjustment to recent widowhood », Journal of Divorce & Remarriage, 15(3-4).
·  Paillat P. (dir.), Attias-Donfut C., Clément F., Delbès C., Renaut S., Rozenkier A., 1989, Passages de la vie active à la retraite, Puf (Coll. Politique d’aujourd’hui), 267 p.
·  Pan Ké Shon J.-L., 1999, « Vivre seul, sentiment de solitude et isolement relationnel », Insee première, n° 678, 4 p.
·  Roan C., Kelly Raley R., 1996, « Intergenerational coresidence and contact: a longitudinal analysis of adult children’s response to their mother’s widowhood », Journal of Marriage and the Family, 58(3), p. 708-717.
·  Sermet C., Grandjean E., 1998, Évolution de l’état de santé des personnes âgées en France : 1970-1996 (Coll. Questions de santé), Inserm, 334 p.
·  Stevens N., 1995, « Gender and adaptation to widowhood in later life », Ageing and Society, 15, p. 37-58.
·  Stoller E., Lorna L.E., 1983, « Help with activities of everyday life: sources of support for non-institutionalized elderly », Gerontologist, 23, p. 64-70.
·  Stroebe M.S., Stroebe W., 1983, « Who suffers more? Sex differences in health risks of the widowed », Psychological Bulletin, 93(2), p. 279-301.
·  Thierry X., 1999, « Risques de mortalité et de surmortalité au cours des dix premières années de veuvage », Population, 54(2), p. 177-204.
·  Thierry X., 2000, « Mortel veuvage : risques de mortalité et causes médicales des décès aux divers moments du veuvage », Gérontologie et Société, n° 95, p. 27-46.
·  Thuen F., Reime M., Skrautvoll K., 1997, « The e