2003
Population
Autour des recensements et des élections : réflexions sur la population en Macédoine
Youssef Courbage
[*]
Youssef CourbageInstitut national d’études démographiques, 133 bd Davout, 75980 Paris Cedex 20, tél : 33 (0)1 56 06 21 47, fax : 33 (0)1 56 06 21 99,
Malgré la taille modeste de la population, l’enjeu du nombre est considérable en Macédoine. Deux recensements y ont eu lieu en 1994 et en 2002, les résultats du premier ayant été contestés, notamment par la principale minorité, les Albanais. L’exercice présenté dans cet article est de vérifier la vraisemblance des résultats du recensement de 1994 à l’aide de plusieurs autres sources. Tout d’abord, les structures par groupe national, âge et sexe du recensement de 1971, organisé à l’époque yougoslave, sont projetées par la méthode des composantes jusqu’en 1994 et comparées à celles obtenues à l’issue du recensement de 1994. Ensuite, les résultats détaillés des élections de 2002 sont utilisés pour estimer la composition du corps électoral (population âgée de 18 ans ou plus) selon diverses hypothèses relatives aux taux de participation des différents groupes nationaux aux élections et de transfert des voix des petites minorités (Turcs, Roms, Bosniaques, etc.) vers les partis albanais ou macédoniens. Ces deux simulations, qui portent sur la population totale (résidents en Macédoine et à l’étranger), montrent que les résultats du recensement de 1994 sont globalement satisfaisants. En outre, la croissance naturelle (naissances moins décès) entre 1994 et 2002 permet d’estimer la population de la Macédoine par groupes nationaux en 2002, avant la publication des résultats du recensement de 2002. Enfin, les perspectives de croissance des groupes nationaux sont explorées à la lumière des différences de fécondité et de la structure par âge plus ou moins jeune des différentes populations.
Despite the small size of the population, the question of numbers is important in Macedonia. Censuses were carried out in 1994 and in 2002, the results from the former having been disputed, notably by the main minority, the Albanians. In this article, the quality of the 1994 Census results is tested against several other sources. First, the structures by ethnic group, age and sex from the 1971 Census, held during the Yugoslav period, are projected to 1994 using the cohort components method and compared with those obtained in the 1994 Census. The detailed results of the 2002 elections are then used to estimate the composition of the electorate (population aged 18 and over) under various hypotheses regarding the electoral turnout rates of different ethnic groups and the transfer of votes from the small minorities (Turks, Roma, Bosnians, etc.) to the Albanian or Macedonian parties. These two simulations, effected on the total population (resident in Macedonia or abroad), show the 1994 Census results to be on the whole satisfactory. In addition, natural increase (births minus deaths) between 1994 and 2002 is used to estimate the population of Macedonia by ethnic groups in 2002, before publication of the results from the 2002 Census. Finally, the growth projections for the ethnic groups are examined in the light of fertility differences and the proportion of young people in the age structures of the various populations.
A pesar del tamaño modesto de su población, las cifras tienen una importancia considerable en Macedonia. De los dos censos que se han llevado a cabo, en 1994 y en el 2002, los resultados del primero fueron ampliamente cuestionados, especialmente por la minoría étnica más importante, los albaneses. Este artículo tiene como objetivo analizar la verosimilitud de los resultados del censo de 1994 con ayuda de varias fuentes alternativas. En primer lugar, proyectamos hasta 1994 las estructuras por grupo nacional, sexo y edad del censo de 1971, llevado a cabo durante la época yugoslava, a través del método de componentes principales, y las comparamos a las obtenidas a partir del censo de 1994. En segundo lugar, con los resultados detallados de las elecciones del 2002 estimamos la composición del cuerpo electoral (población de 18 años o más) según varias hipótesis relativas a los índices de participación de los diferentes grupos nacionales a las elecciones y a la transferencia de votos de las pequeñas minorías (turcos, gitanos, bosnios, etc.) hacia los partidos albaneses o macedonios. Estas dos simulaciones, relativas a la población total (residentes en Macedonia y en el extranjero) muestran que los resultados del censo de 1994 son globalmente satisfactorios. Por otro lado, el crecimiento natural (nacimientos menos defunciones) entre 1994 y 2002 permite estimar la población de Macedonia por grupos nacionales en el 2002, antes de la publicación de los resultados del censo del 2002. El artículo también evalúa las perspectivas de crecimiento de los distintos grupos nacionales a la luz de las diferencias de fecundidad y de las estructuras por edad más o menos jóvenes de cada grupo.
La question du nombre d’individus qui forment une population, jamais absente en politique, se pose avec une acuité particulière dès lors que divers groupes nationaux, ethniques ou religieux sont conduits à constituer un seul et même État. En effet, l’importance numérique de chaque groupe est à la base de la représentation politique et administrative à laquelle il peut prétendre. Youssef Courbage examine ici le cas de la Macédoine, l’un des nouveaux États issus de l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie. En attendant la publication des résultats détaillés du recensement de novembre 2002, il propose une estimation de la population par groupes nationaux, et en particulier pour la minorité albanaise. Le recoupement de diverses sources (recensements, résultats électoraux, registre d’état civil…) le conduit à estimer que ce groupe représentait en 2002 un quart de l’ensemble de la population, proportion légèrement supérieure à celle fournie par le recensement de 1994, pourtant très fortement contestée.
Depuis la séparation de la Yougoslavie et l’indépendance (1991), l’ex-République socialiste de Macédoine a réalisé deux recensements : le premier a eu lieu en 1994, le second s’est déroulé du 1er au 15 novembre 2002. L’intervalle intercensitaire de huit ans seulement mérite d’être souligné pour sa brièveté, ainsi que la haute surveillance internationale qui a parrainé ces recensements. Renouvelant l’expérience de 1994, une cinquantaine d’observateurs européens ont sillonné le pays trois semaines durant pour vérifier la transparence des opérations. Une présence que l’on peut juger démesurée en regard de la taille modeste de la population, qui compte quelque deux millions d’habitants.
La Macédoine s’apparente à ce groupe de pays ou d’entités, souvent de création récente, où le nombre a une importance disproportionnée en raison du caractère précaire de l’édifice étatique, et du fait que des groupes nationaux, ethniques ou religieux se disputent les ressources politiques, matérielles et symboliques attachées au contrôle de l’État. Les conflits en Macédoine rappellent ceux de configurations voisines comme le Kosovo, où se sont affrontés les Albanais et les Serbes, ou bien la Bosnie-Herzégovine. Mais on peut aller au-delà et évoquer le conflit nord-irlandais en Europe de l’Ouest, celui d’Israël et de la Palestine ou celui de Chypre au Proche-Orient, voire l’Afrique du Sud sous l’Apartheid. Une longue liste dont on n’a relevé que quelques cas saillants qui, malgré les différences de contexte, présentent tous la caractéristique que la démographie n’y est pas neutre, mais un levier essentiel du partage ou de la conquête du pouvoir. En Macédoine, la méfiance entre groupes nationaux, en particulier les Macédoniens et les Albanais, suspectés l’un par l’autre de manipuler la carte du nombre, s’est instaurée depuis l’indépendance.
Ce recensement a eu lieu quelques mois après la « drôle de guerre »
[1], qui a pris fin grâce aux accords d’Ohrid, et quelques jours après les élections du 15 septembre 2002, qui portèrent sur les fonts baptismaux la « nouvelle Macédoine » conforme à l’esprit de ces accords. Signés le 13 août 2001, à la suite des pressions exercées notamment par l’Union européenne, l’Otan et l’OSCE
[2], ils mirent fin à un conflit armé entre troupes macédoniennes et para-militaires albanais (Armée de libération nationale) qui dura de janvier à juillet 2001.
La logique de la démographie est sous-jacente aux accords d’Ohrid : parce que les résultats du recensement de 1994 ont été rejetés par les Albanais, un second recensement, encore mieux surveillé par la communauté internationale, y est expressément requis. La représentation politique et administrative doit être calquée sur la représentation démographique. Ces accords hiérarchisent les groupes nationaux selon leur importance démographique, le seuil de 20 % ayant force de loi. Les Albanais, qui n’étaient qu’une minorité nationale, deviennent une composante principale de l’édifice national et étatique. L’albanais, même si ce n’est qu’à mots couverts, devient langue officielle. Les mesures constitutionnelles, légales, administratives, linguistiques, universitaires, etc. visent à diminuer le caractère de « démocratie ethnique » de la Macédoine, qui devient « l’État de tous ses citoyens ». La démographie régionale n’est pas en reste, consacrant la décentralisation de l’appareil étatique au bénéfice des 123 municipalités, où les groupes minoritaires pourront recourir à leur langue avec l’administration, à condition qu’ils représentent plus de 20 % de la population.
Après avoir présenté les éléments de base de la composition nationale et confessionnelle de la Macédoine (section I), nous fournissons quelques explications aux différences de fécondité (section II). Si celles-ci contribuent à faire varier les populations en présence, peut-on pour autant affirmer que le premier recensement de l’indépendance (1994)
[3] était biaisé ? Nous tenterons de répondre à la question du nombre
[4] à partir d’un recensement réalisé sous l’ère yougoslave (section III) puis des élections législatives libres et sous surveillance internationale de 2002 qui permettent de dénombrer indirectement ces populations (section IV). Avant que les résultats du recensement de 2002 ne soient publiés, nous tenterons de les estimer (section V). Enfin, nous conclurons sur les leçons de l’expérience macédonienne.
La Yougoslavie de Tito érigea les Macédoniens en nation en 1945, leur conférant un territoire, la république fédérative de Macédoine, dotée de frontières (internes), et la reconnaissance de la langue macédonienne. Pour des raisons liées aux équilibres délicats de la Yougoslavie et pour en faire une entité de taille viable, Tito intégra à la Macédoine une partie importante de la population albanaise de Yougoslavie. Plus d’un tiers de la Macédoine était peuplé de non-Macédoniens. Après avoir été isolés du noyau principal, en république d’Albanie indépendante (1912), les Albanais de Macédoine furent séparés des noyaux secondaires, au Kosovo, province autonome de la république de Serbie, en Serbie proprement dite et au Monténégro. D’où le problème de l’irrédentisme albanais qu’affronte la République macédonienne depuis son indépendance. Par rapport à ses voisins, la Macédoine est restée relativement calme malgré l’hétérogénéité de sa population.
Le tableau 1 détaille 12 groupes nationaux
[5] sans compter les « autres » et les « non déclarés ». Comme dans l’ensemble de l’ex-Yougoslavie, l’appartenance à un groupe national est fondée sur les déclarations des personnes. Au fil du temps et des circonstances, les individus peuvent changer de groupe national. On observe ainsi pour les petites minorités des passages d’Albanais à Turc et vice-versa, de Serbe ou de Valaque à Macédonien, de Macédonien musulman à Turc, etc.
Tableau 1
Population de la république de Macédoine selon le groupe national et la religion d’après le recensement de 1994
Groupe national Religion Chrétiens(1) Orthodoxes Catholiques Protestants Musulmans Autres Athées Non déclarés Inconnue Total Macédoniens 27104 1229147 4144 1081 15139 1411 4330 12560 1048 1295964 Albanais 34 942 877 23 425376 73 49 5459 180 433013 Turcs 12 73632 357 59 1063 82 75205 Roms 80 806 15 63 40040 703 30 1722 248 43707 Valaques 443 7964 14 59 111 8591 Serbes 459 38449 30 138 44 439 613 48 40220 Bosniaques 61 6686 12 56 6815 Bulgares 28 1580 17 40 1665 Égyptiens 43 2947 17 65 3072 Musulmans 15105 53 20 208 21 15407 Croates 97 203 1564 36 20 172 134 16 2242 Monténégrins 41 1798 16 301 99 54 2309 Autres 90 1721 703 19 1521 65 211 434 88 4852 Non déclarés 10 974 40 275 149 372 48 1868 Total 28398 1283688 7389 1186 581196 2769 5634 22891 1779 1934930 (1) D’après la déclaration des personnes. Champ : population résidente. Source : Statistical Office of Macedonia, The 1994 Census of Population, Dwellings and Agricultural Holdings in the Republic of Macedonia, Skopje, 1996.
Mais deux groupes nationaux, les Macédoniens et les Albanais, rassemblent à eux seuls 90 % de la population. Pourtant, la Constitution macédonienne de 1991, avant son amendement par les accords d’Ohrid, affirme que « la Macédoine est établie comme l’État national du peuple macédonien, dans laquelle la pleine égalité comme citoyens et la coexistence permanente avec le peuple macédonien est reconnue pour les Albanais, Turcs, Valaques, Roms et les autres nationalités vivant en république de Macédoine ». C’était mettre sur le même pied les Albanais et les petits groupes nationaux. Or, Turcs, Roms, Slaves (Serbes, Croates, Monténégrins, Bosniaques, Musulmans, etc.) ne regroupent qu’un habitant sur dix et aucun n’approche le seuil de 100 000 habitants. Le clivage national entre Macédoniens et Albanais est bien réel. Les réformateurs de la Constitution à la suite des Accords d’Ohrid accordèrent ainsi aux Albanais la primauté par rapport aux autres groupes nationaux non macédoniens.
La catégorie religieuse est plus artificielle. Il est tentant de simplifier la mosaïque macédonienne en regroupant en une seule catégorie tous les musulmans
[6].
A contrario, il n’est pas rare d’amalgamer la « macédoinité » et l’orthodoxie. Les musulmans (600 000 personnes, soit 30 % de la population) sont plus nombreux que les Albanais. La quasi-totalité des Albanais (à l’exception de 2 % de chrétiens, dont la célèbre Mère Teresa), ainsi que les Turcs, les Roms, les « Égyptiens
[7] », les Bosniaques et les « Musulmans au sens national » de Bosnie sont musulmans. On compte en outre 15 000 Macédoniens musulmans, qui ne se considèrent ni Albanais ni Turcs. L’islam macédonien n’est pas une réalité sociologique ou politique mais une simple agrégation statistique. Il est divisé sur le plan du dogme et en raison des intérêts nationaux divergents, parfois conflictuels, des divers groupes musulmans. Comme en Albanie, le rameau principal sunnite (80 %) cohabite avec la périphérie (20 %), les Bektachis et les confréries mystiques
[8], souvent syncrétiques et dérivées de l’islam chiite.
Les intérêts nationaux priment sur l’appartenance religieuse. Les Albanais, qui ont une forte conscience nationale, la confortent par une natalité exceptionnelle.
II. Les différences de fécondité
1. L’arrière-plan politique
La fécondité exceptionnelle des Albanais est un sujet ancien et récurrent
[9]. En Albanie même, avec 2,10 enfants par femme en 1999, la fécondité reste élevée pour l’Europe. Trois ans auparavant, elle situait encore ce pays aux côtés de ceux du Maghreb et de la Turquie, plutôt que de ceux d’Europe du Sud. Au Kosovo, la fécondité des Albanais, qui atteignait 3,40 enfants par femme en 1996
[10], était 2,3 fois plus élevée que celle des Serbes. Elle était aussi plus forte qu’en Albanie, où les questions ethniques sont inexistantes.
Depuis la création de la fédération yougoslave et surtout après l’indépendance, qui a érigé une frontière artificielle entre Albanais de part et d’autre de la Macédoine et du Kosovo, les Albanais de Macédoine se retrouvent dans une relation de minorité à majorité avec les Macédoniens. Ce statut de minorité a-t-il des effets sur la démographie, et plus précisément sur la fécondité ? Réciproquement, une augmentation de la composante albanaise dans la population en raison de sa forte fécondité a-t-elle des répercussions de nature politique ?
La fécondité était considérée comme un enjeu important en Serbie et au Kosovo
[11], mais pas en Macédoine. Malgré la profusion des données de fécondité par ethnie, cette question y a été moins analysée et politisée
[12]. La presse de langue macédonienne évoque l’installation irrégulière de réfugiés albanais du Kosovo ou du Sandjak (Serbie). Mais un article au titre révélateur, «
The demographists (sic) are warning of the danger of ethnic equilibrium among the population – self destruction of the Macedonian nation », ne consacre pas un seul mot à la fécondité
[13]. La presse de langue albanaise évoque la forte émigration des Albanais hors du pays
[14], mais reste muette sur le sujet de la fécondité.
2. Les facteurs de la fécondité
La descendance finale des Albanaises est deux fois plus élevée que celle des Macédoniennes : 4,12 enfants nés vivants à 45-49 ans au recensement de 1994, contre 2,07. Au terme de leur vie féconde, la proportion de Macédoniennes ayant eu 2 enfants est identique à celle des Albanaises qui ont eu de 4 à 7 enfants. Des données plus récentes issues de l’état civil montrent que les différences restent très fortes : le taux brut de natalité des Albanais atteint 22,8 ‰, contre 10,6 ‰ pour les Macédoniens en 2000. L’âge au mariage (calculé selon la méthode de Hajnal) est plus précoce chez les Albanaises (23,3 ans) que chez les Macédoniennes (24,5 ans) et le célibat définitif est plus faible (0,7 % contre 3,1 %). Ces facteurs expliquent, en partie, la supériorité de la fécondité albanaise. Mais les autres déterminants proches de la fécondité (contraception, avortement, allaitement, etc.) ne sont pas connus. Des calculs approximatifs de la fécondité des unions montrent qu’elle est deux fois plus élevée chez les Albanais que chez les Macédoniens.
Il est plus facile de rendre compte des déterminants proches de la fécondité que de ses causes. Une explication facile, certainement fausse, est celle qui attribue la forte fécondité des Albanais à leur religion. Le dogme musulman a souvent été perçu comme pronataliste et la fécondité élevée des populations musulmanes, bien réelle jusqu’aux années 1970, comme le résultat de l’islam
[15]. Jusqu’au jour où la transition de la fécondité a balayé le monde dans sa totalité, musulman ou non, et démenti cette vision culturaliste.
Les Albanais vivant en Macédoine, les Turcs et les Roms aussi, cumulent un ensemble de caractéristiques socio-économiques dont la synergie induit, presque toujours, une fécondité élevée (tableau 2). L’analphabétisme féminin, modéré chez les Macédoniennes (12 %), reste élevé chez les Albanaises, plus d’une femme sur quatre ne sachant ni lire ni écrire. Les inégalités selon le sexe demeurent fortes chez les Albanais : l’écart entre hommes et femmes atteint 17 points (8 points chez les Macédoniens). Le traitement discriminatoire de la femme albanaise ressort encore plus de la brièveté de la fréquentation des écoles et des universités, pour celles qui les ont fréquentées. Alors que les Macédoniennes y ont passé 8 ans en moyenne, les Albanaises n’y sont restées que 5 ans. Ainsi, 9 Albanaises scolarisées sur 10 n’ont pu aller au-delà de l’enseignement primaire (contre 5 sur 10 chez les Macédoniennes).
Tableau 2
Indicateurs socio-économiques par groupe national en 1994 1994
Macédoniens Albanais Turcs Roms Taux d’urbanisation (en %) 62,0 35,0 33,8 82,0 Part des actifs dans le secteur primaire (en %) 9,0 11,8 13,8 5,8 Part des femmes dans la population active (en %) 40,4 9,0 27,4 27,2 Taux de chômage (en %) 27,7 51,8 16,2 71,8 Part des actifs occupés dans la population totale du groupe (en %) 31,0 8,1 12,3 11,8 Proportion d’actifs non qualifiés et semi-qualifiés (en %) 28,7 47,8 54,1 71,6 Taux d’analphabétisme (en %) Femmes 12,2 26,7 30,0 53,1 Hommes 4,0 10,1 12,5 24,6 Durée moyenne des études parmi les personnes scolarisées (en années) Femmes 7,8 5,0 4,8 2,9 Hommes 9,2 7,2 6,8 5,2 Champ : population résidente. Sources : calculs d’après Statistical Office of Macedonia, The 1994 Census of Population, Households, Dwellings and Agricultural Holdings in the Republic of Macedonia, Skopje, 1996 et l’enquête sur la population active, Statistical Yearbook of the Republic of Macedonia, Skopje, 2000.
Pourtant, les Albanaises auraient pu rattraper leur retard sur les autres groupes (hommes albanais, hommes et femmes macédoniens). Avec l’avènement de la Yougoslavie socialiste après 1945, le taux d’analphabétisme des femmes nées en 1939-1944, scolarisées après la seconde guerre mondiale, avait chuté de moitié en 5 ans par rapport à celui des générations 1934-1939.
Alors qu’un Macédonien sur trois vit à la campagne, c’est le cas de deux Albanais sur trois, l’une des plus fortes proportions de ruraux du monde. Le mode de vie est imprégné par la ruralité, les quartiers albanais des villes n’y échappant pas. Les Albanais vivent souvent dans des montagnes escarpées, difficiles d’accès. Mais ce mode de vie ne dicte pas le mode de production : on compte seulement 12 % d’actifs agricoles, à peine plus que chez les Macédoniens (9 %).
Outre ces phénomènes aisément quantifiables, on peut avancer comme hypothèse que la fécondité des Albanais de Macédoine reste élevée en raison de l’économie politique qui leur est particulière, une forme d’économie rentière. Celle-ci est généralement fondée sur les ressources du sol (hydrocarbures dans les pays arabes) ou une position géographique stratégique
[16] et permet de dissocier l’aisance matérielle du travail productif. Des conséquences démographiques en découlent : une absence de motivation pour contrer la préférence pour la famille nombreuse.
En Macédoine, les Albanais ne jouissent pas, à l’instar des habitants des pays arabes producteurs de pétrole, d’un État-providence qui redistribue la rente de son sous-sol. Néanmoins, nous avançons, à titre d’hypothèse qui nécessiterait de plus amples investigations, que leur mode de production s’apparente dans une certaine mesure à celui des populations arabes avant la transition de la fécondité. La grande différence vient du fait que la rente n’est pas redistribuée par l’État, mais par des individus expatriés ou des organisations para-étatiques
[17]. Un exemple emblématique en est l’université privée de Tetovo
[18], la principale ville albanaise, où les études sont presque gratuites et le financement intégralement assuré par des mécènes de la diaspora albanaise
[19].
Pour les Albanais de Macédoine, il n’est pas que l’activité agricole pour être marginale : l’activité en général – au sens classique du terme – est une rareté. Tout d’abord celle des femmes. Par choix ou par pression familiale, elles ne participent pas à la production (9 % de femmes dans la population active, 40 % chez les Macédoniens) et consacrent le temps ainsi libéré à élever leur progéniture. Les taux de féminisation de la main-d’œuvre sont aussi faibles que dans les pays arabes conservateurs (Arabie saoudite). Les hommes albanais eux-mêmes participent peu à la production et comptent plus de chômeurs (51 %) que d’actifs occupés. L’absence des femmes et des hommes de la sphère de la production est d’autant plus énigmatique que les enfants, inactifs par définition, sont très nombreux. Au total, on ne compte qu’un actif occupé pour douze personnes chez les Albanais (un pour trois chez les Macédoniens). La faiblesse généralisée de l’activité chez les Albanais n’implique pourtant pas celle du niveau de vie. Le secteur économique albanais ressemble de plus en plus à une économie rentière, où les revenus sont dissociés du travail productif. Dans ce contexte, un nombre élevé d’enfants, mâles surtout, est requis pour conforter le clan. Les transferts d’épargne des émigrés permettent de contourner les difficultés matérielles qui auraient pu atténuer la préférence sociale pour la famille nombreuse.
Dans la section suivante, nous verrons dans quelle mesure l’évolution des populations entre l‘ère yougoslave et celle de l’indépendance est cohérente avec le niveau élevé de la fécondité albanaise et la forte différence qu’elle a conservée avec celle des Macédoniens. Autrement dit, les répartitions par groupe national tirées du recensement de 1994 sont-elles crédibles ? La situation en des temps plus sereins, à l’époque yougoslave où ces répartitions étaient moins objet de litige, peut être éclairante.
III. Une base d’estimation : le recensement yougoslave de 1971
Dotée d’une longue tradition de recensements (1953, 1961, 1971, 1981, 1991), la Yougoslavie établissait des statistiques prenant en compte le groupe national, la langue, parfois la religion. Jusqu’à la mort de Tito (1980), les relations entre groupes nationaux étaient beaucoup moins tendues qu’aujourd’hui. Les offices statistiques fédéraux remplissaient convenablement leur tâche
[20] et les données, censitaires notamment, n’étaient peut-être pas parfaites mais suffisamment bonnes pour permettre d’effectuer le genre d’estimations que nous présentons.
En Macédoine, plus précisément, les Macédoniens savaient gré à Tito de leur avoir accordé une identité propre (distincte de la nation serbe) et les Albanais de son « oubli » de leur collaboration réelle ou supposée avec les puissances de l’Axe lors du second conflit mondial. Sans pouvoir réaliser leur aspiration à l’unification intégrale, de toute façon compromise par l’existence d’une Albanie indépendante, ils avaient acquis une sorte de reconnaissance nationale avec le détachement de la province autonome du Kosovo de la Serbie, et des droits nationaux plus étendus que dans la Yougoslavie monarchiste d’avant-guerre. En république de Macédoine, les groupes albanais et macédonien étaient tous deux minoritaires au sein d’un ensemble plus vaste et ne se ressentaient pas vraiment comme rivaux, ce qui est, somme toute, une condition de la fiabilité d’un recensement. Après la mort de Tito en 1980, les relations inter-ethniques se sont envenimées dans toute la Yougoslavie, en particulier en Macédoine, allant jusqu’au boycott du recensement par la communauté albanaise en 1991.
Si les recensements yougoslaves sont fiables, du moins ceux d’une certaine époque, ils peuvent servir à estimer convenablement la population attendue à une date ultérieure, par exemple à la date du recensement de 1994. Les recensements de 1953 et de 1961 étant trop anciens, la base de départ de nos estimations est le recensement de 1971 (annexe 1). Les Macédoniens constituaient alors 69,3 % de la population, et les Albanais 17 %.
L’exercice que nous entreprenons consiste à projeter de 1971 à 1994 les effectifs par âge et par sexe des groupes nationaux par la méthode des composantes. Cette simulation porte sur les personnes résidentes en Macédoine, c’est-à-dire les personnes y habitant et celles qui en sont parties depuis moins d’un an, ainsi que les personnes vivant à l’étranger depuis plus d’un an. Elle ne fait donc intervenir que des hypothèses relatives à la mortalité et à la fécondité.
Les différences de mortalité entre groupes nationaux se sont beaucoup atténuées, au point qu’en 2000, les taux de mortalité infantile étaient presque identiques : 9,9 ‰ chez les Macédoniens, 10,8 ‰ chez les Albanais. La surmortalité albanaise à 0-4 ans par rapport aux Macédoniens est compensée par une sous-mortalité au-delà de 5 ans. La disparition de la forte surmortalité féminine avant 5 ans, qui avait marqué la démographie des Albanais à l’époque yougoslave
[21] est remarquable. Pour une simulation portant sur une vingtaine d’années, la mortalité n’a pas un effet décisif : les tables de mortalité de l’ensemble de la population de la Macédoine ont donc été affectées à chaque groupe national
[22].
Plus délicate est la reconstitution des indices de fécondité de la période 1971-1994 dont l’incidence sur les effectifs projetés est beaucoup plus nette que celle de la mortalité. En l’absence d’une série continue d’indices de fécondité par groupe national, nous avons eu recours à une rétroprojection
[23] à partir des répartitions par âge et par sexe du recensement de 1994, par bonds de 5 ans, et en ne tenant compte ni de la mortalité des enfants ni de celle des femmes d’âge fécond (voir encadré).
Cette reconstitution présente certains inconvénients. Elle ne tient pas compte de la mortalité des femmes et des enfants, ni de l’évolution de la structure par âge des femmes d’âge fécond. En outre, elle se fonde sur le recensement de 1994 (plus précisément sur certaines parties de la structure par âge et sexe selon ce recensement) dont on cherche précisément à évaluer la complétude. In fine, elle apparaît cependant assez robuste : les indices de fécondité de l’ensemble de la Macédoine ainsi calculés sont toujours très proches des indices calculés directement.
Entre les résultats du recensement de 1994 et ceux de cette simulation (tableau 4), la différence est négligeable pour les Macédoniens : leur nombre est plus élevé de 0,9 % d’après le recensement. L’effectif des Roms est très proche du chiffre attendu
[24]. Pour les autres groupes, Serbes et Valaques surtout, les effectifs recensés sont plus bas que les effectifs attendus, en raison du processus d’assimilation (linguistique, matrimonial, etc.) avec les Macédoniens
[25].
Tableau 4
Effectifs de la population de 1971 à 1994 d’après la simulation et les recensements
1971 1981 1991 1994 Simulation (1) Macédoniens 1 142 375 1 269 817 1 367 994 1 388 327 Albanais 279 871 354 744 439 634 469 843 Turcs 108 552 134 401 167 003 177 424 Roms 24 505 32 984 43 344 46 420 Autres 92 005 99 982 105 346 106 985 Total 1 647 308 1 891 928 2 123 321 2 188 999 Albanais et Turcs 388 423 489 145 606 637 647 267 Recensements (2) Macédoniens 1 142 375 1 279 323 1 328 187 1 401 389 Albanais 279 871 377 208 441 987 484 228 Turcs 108 552 86 591 77 080 82 976 Roms 24 505 43 125 52 103 47 363 Autres 92 005 122 889 134 107 90 708 Total 1 647 308 1 909 136 2 033 464 2 106 664 Albanais et Turcs 388 423 463 799 519 067 567 204 Écart (2) – (1) (en %) Macédoniens 0 + 0,7 – 3,0 + 0,9 Albanais 0 + 6,0 + 0,5 + 3,0 Turcs 0 – 55,2 – 116,7 – 113,8 Roms 0 + 23,5 + 16,8 + 2,0 Autres 0 + 18,6 + 21,4 – 17,9 Total 0 + 0,9 – 4,4 – 3,9 Albanais et Turcs 0 – 5,5 – 16,9 – 14,1 Champ : population résidente et vivant à l’étranger depuis plus d’un an. Source : Calculs de l’auteur.
Projection de la population de la Macédoine de 1971 à 1994 par groupes nationaux
Nous avons successivement procédé aux calculs suivants :
- Calcul des naissances correspondant aux enfants de 0-4 ans, 5-9 ans, …, 20-24 ans lors de chacune des 5 périodes quinquennales prises à rebours (1989-1994, …, 1969-1974).
- Pour chacune des périodes quinquennales, calcul des effectifs de femmes d’âge fécond (15-49 ans) aux deux bornes de l’intervalle, puis de leur effectif moyen au milieu de l’intervalle.
- Calcul du rapport entre le nombre d’enfants de 0-4 ans et celui des femmes de 15-49 ans pour chaque période quinquennale.
- Calcul d’un indice synthétique de fécondité approché, égal au rapport précédent multiplié par 35 (étendue de la vie féconde entre 15 et 49 ans) pour les cinq périodes quinquennales.
- Calcul des indices de fécondité pour les années de la projection (1971, 1976, …, 1991) par interpolation linéaire à partir des indices des cinq périodes calculés précédemment.
- Calibrage des indices de fécondité de chaque groupe national pour les rendre cohérents avec ceux de la population de l’ensemble de la Macédoine
[26].
- Projection des survivants par âge et sexe selon la méthode des composantes, à partir des probabilités de survie de tables de mortalité fondées sur une évolution identique de l’espérance de vie pour les groupes nationaux : de 67,0 ans pour les hommes et 70,0 ans pour les femmes en 1969-1974 à 70,5 ans et 74,0 ans respectivement en 1989-1994.
- Projection des naissances à l’aide des taux de fécondité par âge. Pour chaque groupe national et chaque année de projection, les taux de fécondité ont été obtenus à partir des indices de fécondité du tableau 3 et de la répartition selon le schéma de fécondité par âge de l’ensemble de la Macédoine
[27].
- Projection des survivants de ces naissances.
Tableau 3
Indice synthétique de fécondité par groupe national, simulation 1971-1996 (nombre d’enfants par femme) 1994
1971 1976 1981 1986 1991 1996 Macédoniens 2,38 2,21 2,11 1,94 1,73 1,73 Albanais 5,12 4,28 3,61 3,25 3,17 3,09 Turcs 4,08 3,71 3,33 3,25 3,02 3,01 Roms 4,41 4,28 4,16 3,68 3,21 3,13 Autres 2,23 1,95 1,67 1,68 1,74 1,73 Ensemble de la Macédoine 2,92 2,66 2,45 2,27 2,07 2,06 Champ : population résidente et vivant à l’étranger depuis plus d’un an. Source : calculs de l’auteur.
Les différences sont significatives pour les Albanais, dont les effectifs d’après le recensement de 1994 sont plus élevés que dans la simulation : 484 000 au lieu de 470 000. Pour les Turcs, l’écart est très élevé : 83 000 Turcs recensés en 1994, soit la moitié de la population attendue (177 000). Cette érosion que l’on retrouve au fil des recensements – qui n’est pas due à l’émigration hors des frontières, puisqu’il s’agit de la population de jure dans et hors des frontières – est constante dans les recensements yougoslaves. En 1953, par exemple, la Macédoine comptait officiellement plus de Turcs (204 000) que d’Albanais (162 000). On se trouve face à un cas fréquent de flou dans la classification des groupes nationaux.
Entre les groupes nationaux Turc et Albanais, la frontière n’est pas étanche. Pour des raisons relevant de l’histoire – la longue cohabitation entre les Ottomans et les Albanais – et de la conjoncture politique de la Yougoslavie – la politique anti-albanaise (1945-1966) –, beaucoup d’Albanais se déclarèrent Turcs, par choix personnel ou par opportunité pour avoir la possibilité d’émigrer vers la Turquie. En 1971, le groupe national turc englobait toujours de nombreux Albanais. En agrégeant ces deux groupes, l’ensemble aurait dû compter 647 000 personnes d’après la simulation pour 1994, contre 567 000 effectivement recensés, soit 80 000 personnes (14 %) de moins.
L’omission au recensement de 1994 aurait donc concerné certains groupes plus que d’autres. Mais l’ampleur de cette omission a été exagérée. Elle n’aurait porté que sur 68 000 Albanais et 12 000 Turcs
[28]. L’effectif des Albanais (résidents et expatriés) aurait ainsi dû atteindre 552 000 personnes, soit 25,2 % de la population, plutôt que 484 000 et 23,0 % d’après le recensement.
Cette omission est-elle confirmée par une source plus récente ? L’exercice précédent nous a projeté de 1971 vers l’année 1994. L’exercice suivant nous ramène de 2002 à 1994.
IV. Les élections de 2002, une ratification du recensement de 1994 ?
S’il n’est pas possible de présenter un chiffre irréfutable à partir de données électorales, les résultats des élections législatives de 2002 permettent de confirmer ou d’infirmer les ordres de grandeur obtenus à partir de la simulation réalisée sur la base du recensement yougoslave de 1971.
Adopté en 2002, le nouveau système électoral, fondé sur la représentation proportionnelle dans six districts électoraux qui couvrent l’ensemble du territoire, a rapproché les quotients électoraux des partis albanais de ceux des Macédoniens : en 2002, il faut compter de 8 400 à 8 800 suffrages pour élire un député macédonien (parti au pouvoir ou de l’opposition) et 10 100 en moyenne pour élire un député albanais de l’un des quatre partis dits (ou réputés) albanais, même si cela ne figure pas explicitement dans leur dénomination. Ces quatre partis ont recueilli 22 % des suffrages exprimés en 2002, soit un résultat très proche de la part des Albanais dans la population totale en 1994 (23 %).
Mais la comparabilité des chiffres démographiques et électoraux n’est pas aussi directe. Les élections de 2002 ayant eu lieu huit ans après le recensement de 1994, on doit comparer la population en âge de voter avec les électeurs
[29]. Le tableau 5 indique la part des principaux groupes nationaux dans le corps électoral et les suffrages exprimés obtenus par les partis politiques, selon leur affiliation nationale explicite ou implicite
[30].
Tableau 5
Comparaison de la population d’âge électoral en 2002 et du vote par groupes nationaux aux élections législatives de septembre 2002
Population d’âge électoral Suffrages exprimés Effectif % Effectif % Macédoniens 1 208 674 68,3 921 711 77,2 Albanais 378 642 21,4 263 242 22,0 Turcs 65 639 3,7 0 0,0 Roms 37 078 2,1 9 424 0,8 Bosniaques 18 183 1,0 45 0,0 Autres 60 786 3,4 Total 1 769 002 100,0 1 194 422 100,0 Champ : population résidente et vivant à l’étranger depuis plus d’un an. Source : Calculs de l’auteur d’après le recensement de 1994 et des données de la Macedonian Information Agency.
Le pourcentage des voix obtenues par les partis albanais (22,0 %) reste très proche de la part des Albanais dans la population âgée de 18 ans ou plus en 2002 (10 ans ou plus au recensement de 1994), soit 21,4 %. Si cet écart est rassurant par sa faiblesse, quelques problèmes restent en suspens.
Faut-il exclure la possibilité du vote croisé ? Quelques rares Albanais ont pu voter pour des partis macédoniens et vice-versa. Mais comme dans tout pays où la donnée nationale est dominante, on vote pour les partis de son groupe. Une autre difficulté a trait aux taux de participation des Albanais et des Macédoniens. Le taux de participation global au scrutin de septembre 2002 était élevé (72,6 %) car les Albanais ne l’ont pas boycotté. Le parti albanais qui a eu le plus de succès, l’Union démocratique pour l’intégration, a vite changé son fusil d’épaule après les accords d’Ohrid, passant de la lutte armée au langage des urnes. Mais les Albanais ont un peu moins voté que les Macédoniens en partie parce qu’ils étaient proportionnellement plus nombreux à résider hors de Macédoine. On a signalé que quelques individus étaient rentrés au pays pour voter, mais il ne s’agit pas d’un déplacement massif. Les ressortissants vivant à l’étranger ne se sont vraisemblablement pas rué vers les bureaux de vote, sauf s’ils résident près de la Macédoine
[31]. Dans le district 6, qui correspond
grosso modo au pays albanais (régions de Tetovo, Gostivar, Debar et Kicevo), le taux de participation est respectable, quoique moins élevé qu’en moyenne (66,1 %).
La sous-participation relative des Albanais aux élections aurait pu avoisiner 10 % au maximum. C’est la différence entre la participation dans le district 6 (66,1 %), qui compte 7 Albanais sur 10, et dans un district macédonien homogène, le district 4 (76,1 %), à 93 % macédonien. Les Albanais seraient ainsi plus nombreux dans la population électorale et donc dans la population totale que d’après l’actualisation fondée sur les résultats du recensement de 1994.
En revanche, des Turcs, des Roms et des Bosniaques ont voté pour les partis Albanais, ce qui atténue l’effet de la moindre participation albanaise au vote. Moins par solidarité « islamique » que par calcul politique, les Turcs n’ont pas présenté de liste, tandis que les Roms et les Bosniaques ont très peu voté pour leurs partis. Beaucoup ont choisi un parti albanais
[32]. En ex-Yougoslavie, on l’a vu, les identités turque et albanaise ne sont pas totalement étanches. Les Turcs qui n’avaient pas la possibilité de voter pour un parti turc, absent de ces élections, ont pu voter pour un parti albanais. Les griefs envers le pouvoir se doublent d’une méfiance envers les partis macédoniens, de droite ou de gauche. Les Turcs réclament l’enseignement en langue turque pour leurs enfants, garanti par la Constitution, mais qui reste symbolique (36 écoles primaires, 4 établissements secondaires
[33] et aucun cursus universitaire en langue turque). Les Roms ont les mêmes revendications auxquelles s’ajoute une exclusion immémoriale, qu’ils font endosser à un État qu’ils identifient à l’ethnie macédonienne
[34].
Mais les relations ne sont pas pour autant au beau fixe entre Roms et Albanais
[35]. Plus globalement, les sentiments des petites minorités (Turcs, Roms et Bosniaques) sont ambivalents. Elles craignent la transformation de la Macédoine en État binational – elle le devient
de facto – qui risque de les emporter dans un face-à-face albano-macédonien. Elles pourraient donc être tentées de freiner la poussée albanaise en ne votant pas pour les partis albanais, voire en leur préférant des partis macédoniens.
Pour en revenir à la question démographique, la moindre participation électorale des Albanais plaide pour une part plus élevée des Albanais dans la population de 18 ans ou plus et dans la population totale que d’après les résultats actualisés du recensement de 1994. En appliquant la différence de taux de participation de 10 %, la population albanaise âgée de 18 ans ou plus représenterait 24,2 % de la population totale du même âge, plutôt que 22 %. En tenant compte de leur structure par âge plus jeune, les Albanais constitueraient 25,8 % de la population totale. En sens contraire, une partie du vote turc, rom ou bosniaque (que l’on peut estimer atteindre un maximum de 6 % sur leurs 6,8 % dans la population d’âge électoral) a gonflé les voix obtenues par les partis albanais. En tenant compte de ces compensations, la proportion d’Albanais âgés de 18 ans ou plus serait ramenée à 22,7 % et, compte tenu de leur structure par âge jeune, à 24,3 % dans la population totale. Par une autre méthode, on trouve donc un résultat proche de celui qui a été obtenu à la fin de la précédente section (25,2 %). Au total, le sous-dénombrement des Albanais serait de faible ampleur, loin d’atteindre celle que lui prêtent les organisations albanaises, selon lesquelles 40 % de la population est albanaise
[36]. Le recensement de 2002 permettra d’y voir plus clair.
V. D’un recensement à l’autre, pronostics pour 2002
Les résultats préliminaires du recensement de novembre 2002, initialement prévus pour janvier 2003, ne donneront que la population totale sans le découpage par groupes nationaux. Or cette donnée sensible, de loin la plus attendue, requiert des précautions d’usage et un temps de traitement assez long. Nous proposons donc une estimation de la population par groupes nationaux en novembre 2002, fondée sur nos calculs pour 1994 et sur la croissance naturelle enregistrée entre 1994 et 2002 (tableau 6). Selon les hypothèses retenues, sur une population totale de près de 2,3 millions d’habitants (novembre 2002), les Albanais compteraient entre 580 000 et 620 000 personnes, soit de 25,8 % à 27 % de la population. On est loin des 40 % dont ils font état. Les 3 à 4 points de pourcentage supplémentaires par rapport au recensement de 1994, ils les doivent en partie à un léger sous-dénombrement lors du recensement de 1994, mais surtout à leur croissance naturelle récente, beaucoup plus élevée que celle des Macédoniens. Entre 1994 et 2002, le taux brut de natalité a été deux fois plus élevé chez les Albanais (20,7 ‰) que chez les Macédoniens (10,2 ‰) et le taux de mortalité presque deux fois plus bas (5,1 ‰ contre 8,8 ‰), d’où un taux d’accroissement naturel dix fois plus élevé : 15,6 ‰, contre 1,5 ‰. Les deux tiers de la croissance naturelle du pays sont dus aux Albanais, qui représentent à peine le quart de la population.
Tableau 6
Estimation de la population par groupes nationaux en novembre 2002 (en milliers)
Estimation maximale Estimation minimale Effectifs en 1994 Acc. naturel 1994-2002 Effectifs en 2002 Répartition en 2002 (%) Effectifs en 1994 Acc. naturel 1994-2002 Effectifs en 2002 Répartition en 2002 (%) Macédoniens 1 401 17 1 419 61,9 1 401 17 1 418 63,3 Albanais 552 67 619 27,0 512 67 579 25,8 Turcs 95 8 103 4,5 83 8 91 4,1 Roms 47 10 57 2,5 47 10 57 2,6 Autres 91 4 95 4,1 91 4 95 4,2 Total Macédoine 2 187 107 2 293 100,0 2 134 107 2 241 100,0 Champ : population résidente et vivant à l’étranger depuis plus d’un an. Source : calculs de l’auteur d’après les résultats des élections, la simulation et la croissance naturelle enregistrée entre 1994 et 2002 (estimée pour 2002), in State Statistical Office, Natural Population Change in the Republic of Macedonia 2000, Skopje, 2001.
Vue d’ensemble et conclusions
À l’aune du monde entier, y compris le Tiers-Monde, la fécondité albanaise a peu baissé et la différence avec celle des Macédoniens reste considérable. L’isolement géographique, les lacunes du système éducatif, l’accès imparfait au marché de l’emploi expliquent ces disparités, mais en partie seulement. La politique a aussi son mot à dire. En Macédoine, les Albanais, qui s’estiment plus nombreux que ce que les recensements indiquent, imaginent que la majorité est à leur portée. Le Kosovo leur sert peut-être de modèle. Dans cette province, qui fut ottomane, autrichienne, yougoslave puis serbe, la seule constante a été l’inexorable montée démographique albanaise. Elle a balisé le terrain pour les mutations politiques, couronnées par la quasi-indépendance en 1999.
La population albanaise cumule deux autres avantages : elle est jeune et sa mortalité est basse. D’où une différence de croissance naturelle unique au monde entre deux groupes nationaux qui se partagent un même pays : 10 fois plus chez les Albanais que chez les Macédoniens. À titre de comparaison, l’accroissement naturel des Palestiniens est seulement trois fois plus élevé que celui des Juifs en Israël
[37] ; il est 3,8 fois plus élevé chez les catholiques que chez les protestants d’Irlande du Nord
[38], 4 fois plus chez les Noirs que chez les Blancs en Afrique du Sud
[39]. La possibilité que les Albanais atteignent un jour la parité avec les Macédoniens est donc bien réelle, dès avant la fin de ce siècle, même s’ils ne constituent que le quart de la population aujourd’hui.
Le modèle de Bongaarts et Bulatao
[40] permet d’illustrer ce point sans recourir à des projections encore prématurées. Avec l’inertie démographique due à la jeunesse de la population albanaise, qui leur assure un multiplicateur d’accroissement dans les prochaines années de 1,56 contre 1,11 pour la population macédonienne, et malgré des prévisions de fécondité que nous avons volontairement orientées de manière franchement défavorable aux Albanais (forte diminution et convergence avec la fécondité macédonienne en 2050 à 1,90 enfant par femme puis remontée parallèle à 2,10 en 2075), la parité numérique entre les Albanais et les Macédoniens pourrait être atteinte en 2075, chaque groupe formant alors 44 % de la population. Mais ni l’un ni l’autre groupe n’aurait la majorité absolue à cette date (annexe 2).
Point besoin donc de contester aussi ardemment le recensement de 1994, des contestations qui reprendront certainement pour celui de 2002 lorsque ses résultats seront publiés.
ANNEXE 1
Population de la Macédoine par groupe d’âges, sexe et groupe national en 1971
Groupe d’âges (années) Total Macédoine Macédoniens Albanais Turcs Roms Autres SM SF SM SF SM SF SM SF SM SF SM SF 0-4 92 882 88 216 52 910 50 980 24 341 22 420 8 843 8 099 2 051 2 094 4 737 4 623 5-9 91 438 86 549 55 464 53 776 21 614 19 146 7 905 7 513 1 952 1 894 4 503 4 220 10-14 90 900 85 782 60 307 58 024 17 639 15 588 7 167 6 575 1 719 1 743 4 068 3 852 15-19 88 480 84 254 63 468 60 619 13 704 12 845 5 720 5 434 1 511 1 418 4 077 3 938 20-24 77 654 73 801 56 988 53 758 11 079 10 595 4 470 4 228 1 034 1 068 4 083 4 152 25-29 58 668 57 411 41 907 40 830 9 287 8 840 3311 3 319 664 710 3 499 3 712 30-34 57 977 57 225 40 801 40 085 9 072 8 517 3 347 3 365 716 749 4 041 4 509 35-39 57 387 56 942 41 359 40 991 8 128 7 751 3 269 3 063 658 629 3 973 4 508 40-44 48 533 49 789 35 098 35 920 7 151 6 741 2 758 2 639 521 513 3 005 3 976 45-49 39 636 41 805 30 330 32 123 4 740 4 478 1 956 1 939 389 406 2 221 2 859 50-54 26 337 26 928 19 819 19 990 3 581 3 617 1 462 1 399 245 297 1 230 1 625 55-59 29 780 28 769 22 611 21 731 4 037 3 814 1 656 1 441 272 250 1 204 1 533 60-64 26 523 24 406 19 767 18 103 3 896 3 594 1 465 1 169 197 191 1 198 1 349 65-69 16 000 17 018 12 300 12 700 2 200 2370 801 899 100 110 599 939 70-74 16 000 17 018 12 300 12 700 2 200 2 370 801 899 99 105 600 944 75 ou + 16 497 16 703 12 204 12 412 1997 2 519 801 839 97 103 1 398 830 Total 834 692 812 616 577 633 564 742 144 666 135 205 55 732 52 820 12 225 12 280 44 436 47 569 Total SM + SF 1647 308 1142 375 279 871 108 552 24 505 92 005 Répartition (%) 100,0 69,3 17,0 6,6 1,5 5,6 Champ : population résidente et vivant à l’étranger depuis plus d’un an. Source : recensement de la Yougoslavie de 1971, résultats par république, Belgrade, 1974.
ANNEXE 2
Modèle de Bongaarts et Bulatao appliqué à la population de la Macédoine de 1994 à 2075
Groupe (1) (2) (3) (4) (5) (6) (7) Effectifs en 1994 (milliers) Multiplicateurs Produit Mm x Md x Mf Effectifs en 2075 (milliers) Répartition en 2075 (%) Momentum Mm Mortalité Md Fécondité Mf Macédoniens 1 401 1,11 1,10 0,74 0,91 1 274 43,7 Albanais 552 1,56 1,10 1,35 2,31 1 274 43,7 Turcs 95 1,47 1,10 1,23 1,99 189 6,5 Roms 47 1,56 1,10 1,25 2,14 101 3,5 Autres 91 1,04 1,10 0,76 0,87 79 2,7 Total Macédoine 2 187 2918 100,0 Colonne ( 1) : population résidente et expatriée en 1994, données corrigées pour les Albanais et les Turcs. Colonne (2) : multiplicateur de momentum : proportion de la population féminine de 0-29 ans rapportée à cette même proportion dans la population stationnaire correspondante à l’espérance de vie de cette population. Colonne (3) : supposé équivalent pour tous les groupes nationaux (le multiplicateur de 1,10 est celui que les auteurs affectent à l’Europe pour une espérance de vie de 90 ans en fin de période). Colonne (4) : Mf= (1 + d) exp (y/30), où d est l’écart moyen des indices de fécondité par rapport au niveau de remplacement des générations et y la durée nécessaire pour atteindre la fécondité de remplacement. Colonne (5) : produit des 3 multiplicateurs. Colonne(6):(l)x(5). Colonne (7) : répartition de la population en pourcentage en 2075. Note : les effectifs retenus ici pour la population en 1994 correspondent à l’estimation maximale présentée au tableau 6. La prise en compte de l’estimation minimale donne pour 2075 des chiffres très proches : 1 274 000 Macédoniens et 1 182 000 Albanais, soit respectivement 45,5 % et 42,2 % de la population totale. Champ : population résidente et vivant à l’étranger depuis plus d’un an.
[*]
Institut national d’études démographiques, Paris.
[1]
Kristina Balalovska, Alessandro Silj et Mario Zucconi, 2002,
Minority Politics in Southeast Europe: Crisis in Macedonia, Rome, Ethnobarometer, 144 p.
[2]
Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
[3]
Concernant les enjeux et l’organisation de ce recensement, voir Jean-Paul Sardon, « Le recensement de 1994 dans l’ex-République yougoslave de Macédoine »,
Population, 55(4-5),2000, et Werner Haug, « Minorités en Europe : le droit d’être dénombré. Principes statistiques et cas pratique du recensement de la population de 1994 dans l’ex-République yougoslave de Macédoine », dans
Colloque Anciennes et nouvelles minorités – démographie, culture et politique, 8
es Entretiens du Centre Jacques Cartier, Lyon, 5-8 décembre 1995.
[4]
La plupart des données de cet article portent sur la population totale, c’est-à-dire les résidents en Macédoine ou absents depuis moins d’un an et les citoyens macédoniens résidant à l’étranger depuis plus d’un an.
[5]
Nous utiliserons l’expression de groupe national plutôt que celle de groupe ethnique ou de nationalité.
[6]
Milica Zarkovic Bookman, 1997,
The Demographic Struggle for Power – The Political Economy of Demographic Engineering in the Modern World, London, F. Cass.
[7]
Cette dénomination désigne des Roms qui ont choisi ce vocable (ressemblance des substantifs « Gypsie » et « Égyptien »).
[8]
Nathalie Clayer, « Islam et identité nationale dans l’espace albanais »,
Archives de sciences sociales des religions, juillet-septembre 2001, http://www.ehess.fr/centres/ceifr/assr/N115/008.htm (consultation : décembre 2002).
[9]
Dès 1760, l’archevêque de Skopje évoquait « La race (des Albanais) qui se reproduit le plus vite, une seule famille en créera une centaine » (cité par Michel Roux,
Les Albanais de Yougoslavie – Minorité nationale, territoire et développement, Paris, Maison des sciences de l’homme, 1992).
[10]
D’après Gjonça Arjan, « Demography of Kosovo Before the War »,http://www.seerecon.org/OutsideSources/KosovoDemography.pdf (consultation : décembre 2002).
[11]
Le rôle de l’Académie serbe des Arts et des Sciences, qui a incité les Serbes à mettre en place une politique de population plus volontariste, puis préconisé une séparation négociée au Kosovo, doit être souligné.
[12]
Anica Dragovic, 2000, « Differentials of fertility in the Republic of Macedonia »,
New Balkan Politics; Vasa Daskalovski
et al., 2000, « Demographic aspects of natural increase in the Republic of Macedonia according ethnic », International Conference, Sarajevo.
[13]
Article paru dans le magazine
Utrinski vesnik, http://www.unitedmacedonians.org/newspaper/oct00/demographics.htm (consultation : décembre 2002).
[14]
Selon le site web du journal
Dnevnik, citant Dzemail Saiti, le directeur-adjoint de la Commission du recensement de 2002.
[15]
Dudley Kirk, 1966, « Factors Affecting Moslem Natality », in Bernard Berelson,
Family Planning and Population Programs, Chicago.
[16]
Philippe Fargues, 2003, « La femme dans les pays arabes : vers une remise en cause du système patriarcal ? »,
Population et Sociétés, n° 387, Paris, Ined.
[17]
Les rentes sont issues des transferts d’épargne de parents émigrés dans les pays d’Europe de l’Ouest et de transferts en nature. Elles proviennent aussi de la situation géographique exceptionnelle de la Macédoine au milieu des Balkans, qui alimente des réseaux variés avec l’Albanie, le Kosovo et les pays de l’ex-bloc soviétique.
[18]
British Helsinki Human Rights Group, « Macedonia 2002: Independance, R.I.P. ? », http://www.bhhrg.org/macedonia_2002.htm (consultation : décembre 2002).
[19]
Une autre université, la
South East European University, fonctionne à Tetovo depuis 2001, grâce aux dons du milliardaire philanthrope George Soros. Cette université est payante mais de nombreux étudiants sont boursiers.
[20]
Milica Zarkovic Bookman, 1997,
The Demographic Struggle for Power –
The Political Economy of Demographic Engineering in the Modern World, London, F. Cass.
[21]
Youssef Courbage, 1991, « Surmortalité féminine chez les musulmans de Yougoslavie : islam ou culture méditerranéenne ? »,
Population, 46(2).
[22]
State Statistical Office, 2001,
Natural Population Change in the Republic of Macedonia, Skopje; Marina Mijovska et Danica Miktovska, « The general characteristics of mortality in the Republic of Macedonia »,
Demobalkan Conference, Sarajevo, 2000 ; Conseil de l’Europe, 2002,
Évolution démographique récente en Europe – 2001, Strasbourg.
[23]
Nations unies, 1957,
Troisième manuel, Méthodes de projection démographiques par âge et par sexe, New York, p. 47-50.
[24]
En Europe orientale, le nombre de Roms recensés tend à être supérieur au chiffre attendu par rapport aux précédents recensements, en raison d’une moindre propension à cacher l’identité rom. On est loin des chiffres de 220 000 à 260 000 avancés pour la seule Macédoine par les organisations roms et reconnus par les organisations non gouvernementales, cf. ChildHope,
Roma-The Current Situation, http://www.childhopeuk.org (consultation : décembre 2002).
[25]
Le total Macédoniens et « autres » donne des effectifs quasi identiques d’après le recensement et la simulation : 1 495 000 et 1 491 000.
[26]
En 1972, pour l’ensemble de la Macédoine, l’indice synthétique de fécondité atteint 3,01 enfants par femme par la méthode indirecte, alors que l’indice calculé directement s’élève à 2,84. On a donc réduit l’ensemble des indices des groupes nationaux au prorata de 2,84/3,01 = 0,944. Pour les Albanais, l’indice de 5,25 en 1969-1974 (centré sur 1972) est ramené à 5,25 × 0,944 = 4,95.
[27]
Pour les schémas de fécondité par groupe d’âges, voir Conseil de l’Europe,
Évolution démographique récente en Europe – 2001, op. cit.
[28]
Chiffres obtenus en appliquant la part respective de ces deux groupes d’après le recensement de 1994 à 80 000
[29]
La population âgée de 18 ans ou plus en 2002 est celle qui avait 10 ans ou plus en 1994, en négligeant la mortalité. On ne tient pas compte de la migration internationale sur la période 1994-2002, puisque tous les Macédoniens ont le droit de vote, qu’ils soient résidents en Macédoine ou à l’étranger. Il y avait 1 664 000 inscrits sur les registres électoraux d’après
The Centre for SouthEast European Studies Macedonia, cf. «
SEC announced list of coalitions and parties that won parliamentary seats », september 19, 2002, http://www.csees.net/news (consultation : décembre 2002).
[30]
L’appartenance implicite peut être déduite du fait que les candidats d’un parti politique donné appartiennent tous à un même groupe national. Tel est le cas du parti nationaliste VRMO et de sa coalition. Quant au parti socialiste et à sa coalition, il n’a présenté qu’un seul candidat de nom turc. Les partis albanais n’ont présenté que des Albanais.
[31]
Lors des précédentes élections, les ressortissants installés à l’étranger n’avaient pas le droit de vote.
[32]
C’est ce qui ressort de la comparaison de la somme des proportions d’Albanais et de Turcs dans la population avec les voix obtenues par les partis albanais, notamment dans les districts 1 et 2 (capitale et environs).
[33]
Education in Macedonia, http://faq.macedonia.org/information/education.html (consultation : décembre 2002).
[34]
Project on Ethnic Relations, State Policies Toward the Roma in Macedonia, Princeton, 2001.
[35]
Contrecoups des lendemains de la guerre du Kosovo en 1999, où les Albanais victorieux s’étaient opposés aux Roms, coupables de collaboration avec les Serbes.
[36]
Site Internet des Albanais de Macédoine, Membre de l’Organisation des Nations et Peuples non représentés (UNPO), http://www.unpo.org/member/albans/albans.html (consultation : décembre 2002).
[37]
31,5 ‰ chez les Palestiniens, 12 ‰ chez les Juifs d’après le
Central Bureau of Statistics, Statistical Abstract of Israel 2002, Jérusalem, 2002.
[38]
Paul Compton, « Catholic/Non Catholic Demographic Differentials in Northern Ireland », dans Werner Haug, Youssef Courbage, Paul Compton (éd.),
The Demographic Characteristics of National Minorities in Certain European States, Conseil de l’Europe, Strasbourg, 1998. La configuration albanaise en Macédoine rappelle celle de l’Irlande du Nord où la minorité catholique a une fécondité plus élevée que celle des protestants dont elle conteste la suprématie, mais plus forte aussi que celle de la république d’Irlande, moins développée mais qui n’a pas de problèmes de minorités.
[39]
Calcul d’après Youssef Courbage, 2000, « L’Afrique du Sud et ses populations »,
Population et Sociétés, n° 354, Paris, Ined.
[40]
John Bongaarts et Rudolf Bulatao, « Completing the demographic transition »,
Population and Development Review, n° 3, September 1999.