Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
240 pages

p. 449 à 478
doi: en cours

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La contraception et le recours à l'avortement en France dans les années 2000. Présentation et premiers résultats de l'enquête Cocon

Volume 59 2004/3-4

2004 Population La contraception et le recours à l’avortement en France dans les années 2000. Présentation et premiers résultats de l’enquête Cocon

Pilule et préservatif, substitution ou association?

Une analyse des biographies contraceptives des jeunes femmes en France de 1978 à 2000

Clémentine Rossier  [*] Clémentine Rossier, Institut national d’études démographiques, 133 bd Davout, 75980 Paris Cedex 20, tél : 33 (0)1 56 06 21 09, fax : 33 (0)1 56 06 21 99 Henri Leridon  [*] l’équipe Cocon
La pratique contraceptive des jeunes (15-29 ans) a connu deux évolutions importantes au cours des dernières décennies en France. Tout d’abord, et dès la fin des années 1960, l’utilisation de la pilule s’est généralisée dans cette classe d’âges. Sa diffusion n’était cependant pas terminée lorsque surgit l’épidémie du sida, à la fin des années 1980. À la suite des campagnes de prévention du VIH, les jeunes ont massivement adopté le préservatif comme première méthode contraceptive, avec deux conséquences : une extension de la couverture contraceptive (à la fin des années 1990, presque tous les premiers rapports étaient protégés), et un report de l’âge à la première utilisation de la pilule. Dans ce contexte, on peut penser que l’introduction du préservatif a pu détourner une partie des jeunes de la pilule. En utilisant à la fois les données transversales des quatre dernières enquêtes nationales sur la contraception (Ined-Inserm), et les biographies contraceptives complètes collectées dans la dernière d’entre elles (Cocon), nous montrons que la proportion d’utilisatrices de la pilule n’a diminué – au milieu des années 1980 – qu’au premier rapport, et que l’utilisation beaucoup plus fréquente du préservatif au moment de ce rapport a finalement conduit les jeunes à utiliser ensuite rapidement la pilule. The contraceptive practices of young women (aged 15-29) underwent two important evolutions during recent decades in France. First of all, beginning in the late 1960s, the use of the pill became general in this age group. However, its diffusion was not yet complete when the AIDS epidemic appeared suddenly in the late 1980s. As a result of HIV prevention campaigns, the young adopted the condom massively as their principal contraceptive method. This had two consequences: an expansion of contraceptive coverage (by the late 1990s, nearly all first relations were protected), and a postponement of the age at first use of the pill. Within this context, it may be suggested that the introduction of the condom turned some young people away from the pill. By simultaneously using period data from the last four national surveys on contraception (INED-INSERM), and complete contraceptive histories collected during the most recent of these surveys (COCON), we show that the proportion of users of the pill decreased — in the mid-1980s — only at the very onset of sexual life, and that the much more frequent use of the condom at these first relations finally led young women to turn rapidly to the pill. La práctica anticonceptiva de las jóvenes (15-29 años) ha experimentado dos evolu-ciones importantes a lo largo de las últimas décadas en Francia. Para empezar, el uso de la píldora a estas edades se generalizó a finales de los años sesenta. Sin embargo, su uso no estaba plenamente difundido cuando apareció la epidemia del SIDA, a finales de los años ochenta. Como consecuencia de las campañas de prevención del VIH, los jóvenes adoptaron masivamente el preservativo como método principal de anticoncepción, con dos consecuencias: una extensión de la cobertura anticonceptiva (a finales de los noventa, el uso de protección durante el primer contacto era prácticamente general) y un retraso de la edad al primer uso de la píldora. En tal contexto, se podría pensar que la introducción del preservativo disua-dió a algunas jóvenes de usar la píldora. En base a datos transversales de las cuatro últimas encuestas nacionales sobre la anticoncepción (Ined-Inserm) y a las biografías anticonceptivas completas recogidas en la última de estas encuestas (Cocon), mostramos que la proporción de usuarias de la píldora sólo disminuyó – a mediados de los ochenta- durante la primera relación, pero que el uso más frecuente del preservativo durante esta primera relación favoreció el uso de la píldora rápidamente.
En France, dans les années 1990, le préservatif est devenu la méthode presque universelle de protection des premiers rapports sexuels. Ces progrès spectaculaires, liés aux campagnes de prévention du sida, ont-ils freiné ou fait reculer l’usage de la pilule contraceptive? Dans cet article, fondé sur les biographies contraceptives de femmes de 18 à 44 ans, recueillies dans l’enquête Cocon, Clémentine Rossieret Henri Leridonmontrent qu’il n’en est rien. La diffusion du préservatif a tout d’abord fait baisser la proportion de premiers rapports sexuels non protégés à un niveau très bas. S’il est vrai que le recours à la pilule tend à être légèrement retardé, il est devenu en revanche plus fréquent que dans les années 1980. Le préservatif en tout début de vie sexuelle ne protège pas seulement du sida : il ouvre la voie à d’autres formes de contraception.
La légalisation des méthodes médicales de prévention des grossesses en 1967 a marqué en France le début d’une révolution contraceptive. La diffusion de ces nouvelles méthodes a pu être suivie de près grâce à une série d’enquêtes conduites par l’Ined en association avec l’Insee ou l’Inserm depuis trente ans. La première enquête nationale sur échantillon aléatoire, auprès de femmes d’âge reproductif, a été réalisée par l’Ined en 1971 ; elle a été suivie par l’enquête mondiale sur la fécondité (EMF) en 1978, l’enquête Régulation des naissances (ERN) en 1988, et l’enquête Situations familiales et Emploi (ESFE) en 1994. En 2000, l’Inserm et l’Ined ont lancé une étude de cohorte auprès d’un échantillon de femmes sur l’usage de la contraception, ses échecs et le recours à l’interruption volontaire de grossesse (enquête de COhorte sur la CONtraception, Cocon), la première interrogation ayant eu lieu fin 2000. Les analyses des données « transversales » de ces enquêtes sur les pratiques contraceptives à la date de l’interrogation (Collomb, 1979 ; Toulemon et Leridon, 1991, 1992 ; de Guibert-Lantoine et Leridon, 1998 ; Leridon et al., 2002) ont montré le déclin des méthodes liées à l’acte sexuel (préservatif, retrait, abstinence périodique, etc.) et la diffusion rapide des méthodes médicales (pilule et stérilet), caractéristiques des trente dernières années. Ainsi, la pilule et le stérilet étaient utilisés par 36,9 % des femmes âgées de 20 à 44 ans en 1978, et par 62,7 % d’entre elles en 2000. Plusieurs auteurs (Bajos et Bozon, 1999 ; Giami, 2000 ; Leridon et al., 2002) ont relié cette « révolution contraceptive » à la médicalisation de la sexualité, qui doit elle-même être rattachée à une conception de plus en plus médicalisée des comportements humains dans les sociétés modernes (Giami, 2000).
Un événement majeur est venu interférer avec ce processus à la fin des années 1980 : l’irruption du sida. Cette maladie sexuellement transmissible, et mortelle, a soudainement remis en cause la liberté sexuelle qui s’était installée à l’abri des méthodes efficaces de contraception, le risque de grossesse non voulue s’étant fortement réduit avec le recours à ces méthodes. Or, ni la pilule ni le stérilet ne protègent contre le sida. De larges campagnes de sensibilisation ont été développées à partir de 1987 en France, incitant essentiellement à l’usage du préservatif, seule méthode protégeant efficacement contre les infections sexuellement transmissibles (IST). Le message s’adressait en particulier aux plus jeunes. Comment cette incitation allait-elle interférer avec la diffusion de la pilule dans cette catégorie de la population ? Dans certains pays confrontés au même problème, comme aux Pays-Bas, on a rapidement préconisé l’emploi simultané de la pilule et du préservatif – le « double-Dutch » – (Bulletin médical de l’IPPF, 2000), ce qui n’a pas été le cas en France.
Les enquêtes précitées ne peuvent répondre qu’imparfaitement à cette question car elles s’adressaient à des femmes âgées d’au moins 18 ou 20 ans, selon le cas, et seulement à des femmes mariées pour l’enquête de 1971. L’enquête de 2000, toutefois, comportait une partie rétrospective, permettant de reconstituer les comportements des personnes interrogées plusieurs années auparavant, donc notamment au début de leur vie sexuelle (tout comme l’enquête de 1978). Nous allons donc ici tenter de tirer le meilleur parti possible à la fois des données « transversales », des données rétrospectives, et de quelques autres sources, en nous concentrant sur les femmes de 15 à 29 ans.
L’augmentation de l’usage du préservatif dans le contexte de l’épidémie de VIH-Sida
Nous avons rassemblé dans les figures 1A et 1B les données issues de cinq enquêtes effectuées en population générale et comportant des informations sur l’usage du préservatif lors du premier rapport sexuel. Il s’agit de l’enquête Analyse des comportements sexuels des jeunes (ACSJ), réalisée en 1994 sur un échantillon de jeunes âgés de 15 à 18 ans (Lagrange et Lhomond, 1997), de l’enquête ESFE déjà mentionnée (Toulemon et Leridon, 1995), du Baromètre Santé 2000 commandité par le Comité français d’éducation pour la santé (CFES) (Guilbert et al., 2001), de l’enquête Connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/Sida (KABP, 2001) réalisée par l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France (ORS, 2001) et enfin de l’enquête Cocon. Dans chacune de ces sources, la proportion de répondants déclarant avoir utilisé le préservatif lors du premier rapport a été calculée selon l’année de ce rapport, puis lissée sur 3 ans (par la méthode des moyennes mobiles en appliquant des pondérations égales à 0,25, 0,50 et 0,25), pour les années permettant une observation non tronquée dans chaque source. La figure 1A montre les résultats d’après les réponses faites par les femmes, et la figure 1B retrace la moyenne des réponses des hommes et des femmes quand les deux sexes étaient interrogés.
Figure 1
L’utilisation du préservatif au premier rapport sexuel (France, 1970-2000, en %)
IMGIMGL’utilisation du préservatif au premier rapport se...IMGIMF
Cocon : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.
Source : ACSJ : Lagrange et Lhomond (1997); Baromètre santé : Guilbert et al. (2001); ESFE : de Guibert-Lantoine et Leridon (1998); KABP : ORS Île-de-France (2001); Cocon : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.
La cohérence des réponses est remarquable, et la montée de l’utilisation du préservatif entre 1985 et 1996 est spectaculaire : on passe, en une dizaine d’années, de 10 % à 85 % d’utilisation au premier rapport ! Seules les données de l’enquête ACSJ sont en décalage, mais l’écart résulte principalement du fait que seuls les 15-18 ans étaient interrogés. À l’évidence, les campagnes antisida lancées à partir de 1987 ont porté leurs fruits. Les diverses sources confirment aussi un arrêt de la hausse après 1996, voire une légère régression.
Des enquêtes spécifiques sur les connaissances à l’égard du sida, les pratiques sexuelles et les modes de protection ont aussi été réalisées à cette époque, notamment les enquêtes dites KABP. Comparant deux enquêtes de ce type conduites en 1994 et 1998, Bajos et al. (2001) constataient que l’utilisation de la contraception au cours des 12 mois précédant l’enquête (toutes méthodes, y compris le préservatif s’il était utilisé à des fins contraceptives) avait diminué significativement entre les deux dates chez les femmes les plus jeunes ayant eu plusieurs partenaires. Ce résultat posait la question de l’impact de la diffusion du préservatif et, plus généralement, des campagnes de prévention du VIH sur les stratégies individuelles de prévention des grossesses, une question aux implications importantes en matière de politique de santé. On a ainsi constaté que le nombre de conceptions chez les adolescentes, s’il était en baisse au cours des années 1980 (20 710 conceptions survenues chez des mineures en 1980, 13 674 en 1990), a stagné au cours des années 1990 (13 192 conceptions en 1997). La stagnation du taux de conceptions chez les adolescentes, conjuguée à une hausse de la proportion de grossesses interrompues, s’est traduite par une augmentation du nombre d’interruptions volontaires de grossesse au cours des années 1990 chez les mineures (Kafé et Brouard, 2000).
Les perceptions individuelles du risque de grossesse peuvent avoir évolué durant cette période, comme le suggèrent Bajos et Ferrand (2002, p. 38) :
« La socialisation sexuelle sous le risque du sida a pu déjà conduire certaines femmes à reléguer au second plan le risque de grossesse, perçu, à juste titre, comme beaucoup moins grave que le risque d’infection à VIH. »
Les individus les plus exposés au risque d’infection par le VIH, et moins concernés par le risque de grossesse, comme ceux qui s’engagent dans des relations répétées de courte durée, peuvent en particulier donner la priorité au préservatif et repousser à plus tard l’emploi de la pilule. Il semble en effet que, dans le contexte nouveau du sida, les couples aient adopté une stratégie séquentielle : en début de vie sexuelle et affective, ils utilisent le préservatif, parfois en association avec la pilule, et passent ensuite à la pilule, éventuellement à la pilule seule (Spira et Bajos, 1993 ; Lagrange et Lhomond, 1997 ; Beltzer et Grémy, 2000).
Ce recours accru au préservatif n’a cependant pas empêché une forte diffusion de la pilule chez les plus jeunes femmes durant les années 1990. La comparaison des comportements contraceptifs féminins relevés dans les enquêtes de 1988 (ERN), 1994 (ESFE) et 2000 (Cocon) montre que la proportion d’utilisatrices de la pilule a augmenté au cours des années 1990 dans toutes les catégories d’âges jeunes, malgré l’arrivée en force du préservatif (Toulemon et Leridon, 1995 ; Leridon et al., 2002).
Pourquoi les jeunes femmes ont-elles continué à utiliser de plus en plus la pilule au cours des années 1990?
Les méthodes naturelles (abstinence périodique, retrait) n’étaient plus guère utilisées à la fin des années 1980 : on ne peut donc imputer la hausse continue des méthodes médicales dans les années 1990 (essentiellement la pilule chez les plus jeunes) à un effet de substitution. Pour expliquer cette évolution, dans un contexte d’utilisation croissante du préservatif, nous analysons d’abord les données « transversales » des quatre enquêtes successives (1978, 1988, 1994 et 2000), aux âges observables dans ces enquêtes (18 ans ou plus). Nous testons ensuite la qualité des biographies contraceptives complètes obtenues en 2000 en les comparant aux données des enquêtes transversales. Nous utilisons enfin ces données pour décrire plus en détail les étapes de l’entrée dans la sexualité et de l’usage des diverses méthodes contraceptives dans les générations qui ont connu les changements majeurs des années 1980 et 1990.
 
I. Les données des enquêtes transversales : un besoin croissant de protection contraceptive chez les plus jeunes
 
 
Notre analyse des données transversales porte sur les femmes âgées de 18 à 29 ans. La limite inférieure est imposée par la structure des échantillons des enquêtes de 1978, 1988, 1994 et 2000. La limite supérieure correspond à la fin de la période de transition entre le début de la sexualité et l’entrée dans une relation stable ouvrant la phase de la constitution de la descendance. En effet, à 18-24 ans, 30 % des femmes vivent en couple, contre 65 % à 25-29 ans et 76 % à 30-34 ans ; mais avant 30 ans, moins d’une union sur deux est consacrée par les liens du mariage (Cassan et al., 2001). L’âge moyen des femmes à leur premier mariage était de 28 ans en 2000, et leur âge à la naissance du premier enfant approchait 29 ans la même année (Beaumel et al., 2002).
Les proportions de femmes utilisant une méthode de contraception dans chaque groupe d’âges (prévalence contraceptive) sont disponibles dans les quatre enquêtes mentionnées, à partir de 20 ans en 1978 et 1994 et de 18 ans en 1988 et 2000. L’enquête de 1971 n’est pas utilisée parce qu’elle ne concernait que des femmes mariées.
1. L’importance du mode de questionnement et la hiérarchisation des méthodes
Des analyses spécifiques réalisées sur l’enquête de 1978 (Sardon, 1986) avaient montré la nécessité qu’un mode de questionnement ouvert sur la contraception, du type « Vous-même, ou votre partenaire, utilisez-vous actuellement une méthode pour éviter une grossesse ? », soit complété par une série de questions de contrôle en cas de réponse négative, pour éviter en particulier une mauvaise déclaration des méthodes « naturelles » qui ne sont pas toujours perçues comme des « méthodes contraceptives » par leurs utilisatrices. Il faut aussi tenir compte de l’utilisation simultanée de plusieurs méthodes. Pour aboutir à un classement simple, nous définissons dans ce cas une « méthode principale », essentiellement sur la base de son efficacité théorique. La hiérarchie adoptée dans les enquêtes de 1978 à 1994 était la suivante, par ordre décroissant : stérilisation, pilule, stérilet, abstinence périodique, préservatif, retrait, autre ou non précisée (Sardon, 1986). La position respective de la pilule et du stérilet dans ce classement est sans importance, car quasiment aucune femme n’utilise les deux méthodes simultanément. Pour comparer les résultats de l’enquête 2000 à ceux des années antérieures, nous utilisons la même classification. Mais pour présenter les résultats détaillés de l’enquête 2000, nous employons une hiérarchie un peu différente, qui inclut l’usage simultané de la pilule et du préservatif et admet une meilleure efficacité pour ce dernier : stérilisation, pilule et préservatif (simultanément), pilule (seule), stérilet, préservatif, abstinence périodique, retrait, autres.
La place de la stérilisation a été étudiée plus en détail dans l’enquête de 1994. Bien que 22 % des femmes âgées de 45 à 49 ans aient subi une opération stérilisante, dont 12 % à des fins principalement contraceptives, seules 4,5 % de l’ensemble des femmes âgées de 20 à 45 ans au moment de l’enquête avaient déjà été stérilisées (3 % pour des raisons contraceptives), proportions qui semblaient stables depuis 1978 (de Guibert-Lantoine et Leridon, 1998). Chez les moins de 25 ans, les taux étaient proches de zéro.
Parmi les femmes n’utilisant aucune méthode contraceptive, nous distinguons d’abord celles qui ne sont pas soumises au risque de concevoir, qu’elles soient stérilisées, se sachant définitivement stériles, enceintes, n’ayant pas de relations sexuelles (ou de partenaire) actuellement – toujours par ordre de priorité décroissante. Quant aux autres, elles étaient réparties en deux groupes en 1978 et 1988 selon qu’elles voulaient encore avoir des enfants ou non ; depuis 1994, on distingue celles qui cherchent actuellement à concevoir de celles qui souhaitent un enfant plus tard.
Les résultats d’ensemble des diverses enquêtes ont été présentés dans l’article introductif à ce dossier. Nous nous limitons ici aux comportements des femmes les plus jeunes.
2. Les 18-19 ans : une meilleure protection contraceptive
Les années 1990 ont été marquées par une augmentation substantielle (12 points entre 1988 et 2000) de la prévalence contraceptive chez les 18-19 ans, qui est passée de 51,6 % à 63,3 % (tableau 1). La variation se décompose en 10 points de hausse pour la pilule, 7 points pour le préservatif (en tant que méthode contraceptive principale, rappelons-le) et 5 points de baisse pour les méthodes féminines locales (diaphragme, ovules, gelées, etc.) et les méthodes naturelles. On voit donc que l’augmentation de l’emploi de la pilule dépasse largement le recul de ces dernières méthodes.

Tableau 1
Méthode contraceptive principale utilisée par les femmes de 18-19 ans en 1988 et 2000 (en %)
IMGIMGAnnée de l’enquête (années de naissa...IMGIMF
Année de l’enquête (années de naissance) 1988 (1968-1969) 2000 (1981-1982) Proportion de femmes Utilisant une méthode 51,6 63,3 dont : Pilule 44,1 53,9 Stérilet (DIU) 0,0 0,0 Abstinence périodique 2,9 0,0 Préservatif 2,1 9,2 Retrait 1,3 0,0 Autre méthode, non-réponse 1,2 0,2 N’utilisant pas de méthode 48,2 36,7 dont : Stérile 0,0 0,0 Enceinte 0,8 1,5 Pas de relations sexuelles 40,2 33,3 Cherche à concevoir n.d. 0,0 Souhaite encore des enfants 7,2 1,5 Autre situation 0,0 0,4 Ensemble 100,0 100,0 Effectif 188 98 Sources : Ined, enquête Régulation des naissances, 1988 (Toulemon et Leridon, 1991); Inserm/Ined, enquête Cocon, 2000.

Pourquoi l’utilisation de la contraception a-t-elle augmenté chez les femmes de 18-19 ans au cours de cette période ? On peut d’abord remarquer que les grossesses sont rares dans ce groupe d’âges pendant toute la période : on passe de 0,8 % à 1,5 % de femmes enceintes au moment de l’enquête, et les données d’état civil confirment que la fécondité à ces âges est restée stable au cours de la décennie 1990 (Toulemon et Mazuy, 2001). Ce n’est donc pas une évolution de la fécondité qui peut expliquer la hausse de la prévalence contraceptive. Celle-ci pourrait plutôt résulter de l’accroissement de la proportion d’adolescentes sexuellement actives : en 2000, 33 % des 18-19 ans n’utilisaient pas de contraception et n’avaient pas d’activité sexuelle, contre 40 % en 1988. Cependant, on ne peut écarter un éventuel biais de déclaration : dans le nouveau contexte du sida et de l’incitation à se protéger, certaines femmes pourraient déclarer être sexuellement actives au moment de l’enquête (et se protéger contre les IST) alors qu’elles n’ont que des relations très épisodiques. Une autre explication réside dans la diminution de la proportion de femmes n’utilisant aucune méthode bien qu’elles soient soumises au risque de grossesse : 7 % des femmes de 18-19 ans étaient dans ce cas en 1988, moins de 2 % en 2000.
3. Les femmes de 20-24 ans diffèrent de plus en plus leurs grossesses
La hausse de la pratique contraceptive est encore plus marquée chez les femmes de 20-24 ans que chez les plus jeunes : l’augmentation atteint 20 points entre 1978 et 2000 (tableau 2). En décomposant l’évolution par méthode employée, on observe que l’utilisation de la pilule a augmenté linéairement au cours des années 1980 et 1990. Il en est de même pour le préservatif, mais seulement depuis la fin des années 1980, ce qui doit clairement être relié au début des campagnes de prévention du sida ; la hausse est, cependant, modeste. L’usage des méthodes naturelles décroît fortement jusqu’au début des années 1990 et se stabilise ensuite à un niveau peu élevé. Globalement, on assiste bien au remplacement des méthodes non médicales par des méthodes médicales (en l’occurrence la pilule) dans ce groupe d’âges au cours des années 1980 ; dans la décennie suivante, cependant, l’accroissement de l’usage de la pilule ne correspond plus à une substitution.

Tableau 2
Méthode contraceptive principale utilisée par les femmes de 20-24 ans en 1978, 1988, 1994 et 2000 (en %)
IMGIMGAnnée de l’enquête (années de naissa...IMGIMF
Année de l’enquête (années de naissance) 1978 (1953-1957) 1988 (1963-1967) 1994(1969-1973) 2000 (1976-1980) Proportion de femmes Utilisant une méthode 59,2 61,2 68,8 79,3 dont : Pilule 38,3 50,9 58,6 68,3 Stérilet (DIU) 2,0 2,8 2,9 0,9 Abstinence périodique 3,5 2,2 2,3 2,3 Préservatif 3,5 1,9 4,0 7,1 Retrait 11,6 1,9 0,7 0,2 Autre méthode, non-réponse 0,3 1,5 0,3 0,5 N’utilisant pas de méthode 40,8 38,8 31,2 20,7 dont : Stérilisée 0,6 0,2 0,6 0,0 Stérile 0,3 0,0 0,4 0,0 Enceinte 9,6 8,3 3,6 1,8 Pas de relations sexuelles 18,0 20,3 21,3 17,1 Cherche à concevoir n. d. n. d. 2,9 1,4 Souhaite encore des enfants 9,9 9,9 1,7 0,2 Autre situation 2,4 0,2 0,8 0,2 Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 Effectif 694 530 496 336 Sources : Ined, enquête mondiale de fécondité, 1978, enquête Régulation des naissances, 1988 (Toulemon et Leridon, 1991) et enquête sur les situations familiales et l’emploi, 1994 (de Guibert-Lantoine et Leridon, 1998); Inserm/Ined, enquête Cocon, 2000.

Comment peut-on expliquer cette hausse de la prévalence contraceptive, toutes méthodes confondues, dans la dernière décennie chez les 20-24 ans ? En premier lieu, par une exposition plus fréquente au risque de grossesse. En effet, la proportion de femmes enceintes au moment de l’enquête ou cherchant à concevoir chute fortement (de 8 % en 1988 à 3 % en 2000) ; cette évolution reflète celle de la fécondité générale au même âge (Toulemon et Mazuy, 2001). Par ailleurs, la proportion de femmes n’ayant pas de relations sexuelles au moment de l’enquête a peu varié au cours des deux décennies (18 % en 1978 et 17 % en 2000).
4. Les femmes de 25-29 ans : la pilule au détriment du stérilet et des méthodes naturelles
Au cours des années 1990, les comportements contraceptifs des femmes de 25-29 ans ont évolué comme ceux des plus jeunes (20-24 ans) (tableau 3) : elles ont retardé leurs grossesses et recouru de plus en plus à la pilule et au préservatif, l’accroissement de l’usage de celui-ci étant surtout perceptible en fin de période (4 % en 1988, 5,3 % en 1994 et 7,3 % en 2000). Par ailleurs, l’usage du préservatif varie selon les générations. C’est au milieu des années 1990 que les femmes qui avaient commencé à avoir des relations sexuelles au moment de l’apparition du sida ont atteint 25-29 ans, et c’est précisément à ce moment que l’usage du préservatif s’est accru dans ce groupe d’âges.

Tableau 3
Méthode contraceptive principale utilisée par les femmes de 25-29 ans en 1978, 1988, 1994 et 2000 (en %)
IMGIMGAnnée de l’enquête (années de naissa...IMGIMF
Année de l’enquête (années de naissance) 1978 (1948-1952) 1988(1958-1962) 1994 (1964-1968) 2000 (1971-1975) Proportion de femmes Utilisant une méthode 71,3 69,2 67,9 76,1 dont : Pilule 35,2 41,4 50,3 56,7 Stérilet (DIU) 10,9 14,8 7,7 7,5 Abstinence périodique 4,4 3,8 2,1 1,3 Préservatif 4,6 4,0 5,3 7,3 Retrait 13,7 3,5 2,4 3,2 Autre méthode, non-réponse 2,5 1,7 0,1 0,1 N’utilisant pas de méthode 28,7 30,7 32,2 23,9 dont : Stérilisée 1,3 0,2 0,5 0,3 Stérile 0,1 1,1 0,7 0,6 Enceinte 6,0 10,3 11,4 7,1 Pas de relations sexuelles 9,7 8,2 7,6 6,6 Cherche à concevoir n. d. n. d. 8,5 7,0 Souhaite encore des enfants 8,7 10,2 3,4 1,6 Autre situation 3,0 0,7 0,1 0,7 Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 Effectif 878 550 519 578 Sources : Ined, enquête mondiale de fécondité, 1978, enquête Régulation des naissances, 1988 (Toulemon et Leridon, 1991) et enquête sur les situations familiales et l’emploi, 1994 (de Guibert-Lantoine et Leridon, 1998); Inserm/Ined, enquête Cocon, 2000.

On peut cependant noter deux autres caractéristiques du comportement de ces femmes au début des années 1990. Jusqu’en 1994, les méthodes médicales de contraception (pilule et stérilet : 46 % d’utilisatrices en 1978, 56 % en 1988, 58 % en 1994) remplacent les méthodes naturelles et locales (21 % en 1978, 9 % en 1988, 4,6 % en 1994) ; la proportion d’utilisatrices de ces dernières méthodes se stabilise ensuite (encore 4,6 % en 2000). La fin de cette substitution est donc intervenue par étapes : chaque génération successive de jeunes femmes adoptant en plus grand nombre une méthode médicale, la fin de la diffusion de ces méthodes a été effectuée plus tardivement chez les plus âgées. On observe par ailleurs un remplacement du stérilet par la pilule. On peut y voir plusieurs causes. Tout d’abord, le report des naissances joue au détriment du stérilet, que les médecins tendent à ne prescrire qu’aux femmes ayant eu au moins un, voire deux enfants. Le DIU a pu souffrir aussi de la concurrence des nouvelles pilules « micro-dosées » ; on peut constater, de fait, une utilisation croissante de la pilule même chez les femmes de parité élevée (Leridon et al., 2002).
5. Conclusion sur les données transversales
Les changements survenus dans les pratiques contraceptives des jeunes femmes au cours des années 1990 résultent de quatre facteurs indépendants mais imbriqués. Tout d’abord, si la fécondité est restée stable chez les 18-19 ans, elle a diminué à 20-24 ans et dans une moindre mesure à 25-29 ans, en raison de l’élévation continue de l’âge à la première naissance. En second lieu, ce report des premières naissances n’a pas été accompagné d’une élévation de l’âge aux premiers rapports : on observe plutôt une tendance inverse, comme on le verra plus loin, même s’il est possible que la déclaration de l’activité sexuelle dans les enquêtes ait évolué. En troisième lieu, le mouvement de remplacement des méthodes naturelles par les méthodes médicales de contraception a touché à sa fin au cours des années 1990, d’abord chez les plus jeunes puis chez les autres femmes, avec la quasi-disparition des méthodes naturelles. Enfin, on mesure clairement l’impact des campagnes de prévention du sida à partir de la fin des années 1980, avec l’augmentation de l’usage du préservatif. Cette augmentation concerne au premier chef les moins de 25 ans, parce que le préservatif est surtout utilisé au début de nouvelles relations, lesquelles sont plus fréquentes aux âges jeunes. Cet effet se double d’un effet de génération, la diffusion du préservatif s’étant d’abord faite parmi les femmes les plus jeunes au moment de l’irruption du sida.
Nous avons aussi observé une diminution de l’exposition au risque de grossesse non souhaitée chez les 18-19 ans ainsi qu’un recours accru à la pilule. Ces deux résultats sont encourageants pour les politiques de santé publique, mais ils laissent néanmoins subsister quelques incertitudes. En effet, si l’on comprend bien l’association entre une plus grande utilisation de la pilule entre 20 et 30 ans et le report des premières naissances, les données de ces enquêtes transversales ne nous expliquent pas pourquoi l’augmentation du recours à la pilule a aussi concerné les plus jeunes. Nous avons vu que les moins de 20 ans ont peut-être commencé plus tôt leur vie sexuelle tout en s’exposant plus rarement au risque de grossesse imprévue ; mais nous ignorons la chronologie précise de l’accès aux diverses méthodes contraceptives, en particulier la pilule : existe-t-il une période moins bien protégée entre le premier usage du préservatif et le début du recours à la pilule ? L’utilisation du préservatif dès le premier rapport avance-t-elle ou retarde-t-elle l’accès à la pilule ? Seules les données biographiques peuvent permettre de répondre à ces questions.
 
II. La qualité des données biographiques : comparaison avec les enquêtes transversales
 
 
Les questions qui ont permis de recueillir les biographies contraceptives complètes des femmes dans l’enquête Cocon réalisée en 2000 sont décrites en détail dans l’encadré. Comme pour toute donnée biographique, il nous faut d’abord nous interroger sur leur fiabilité.
La reconstitution des biographies contraceptives complètes dans l’enquête Cocon
Les questions détaillées sur la biographie contraceptive n’ont été posées qu’à une fraction (1693/2863, soit 59 %) des femmes de 18-44 ans interrogées lors de l’enquête Cocon. Ces femmes ont été sélectionnées aléatoirement, celles qui n’avaient jamais eu de rapport sexuel étant exclues d’office. Les questions sur la contraception étaient articulées par rapport à la biographie génésique obtenue antérieurement; 17 femmes pour lesquelles ces biographies étaient incomplètes (année manquante pour la naissance d’un enfant, par exemple, ou informations manquant totalement pour une grossesse) ont été exclues de l’analyse.
Les femmes n’ayant jamais mené une grossesse à terme ont été interrogées sur leurs épisodes contraceptifs depuis leur premier rapport jusqu’à la date de l’enquête : nous appelons l’ensemble de cette période l’intervalle reproductif. Les femmes ayant mené au moins une grossesse à terme ont été interrogées sur leurs épisodes contraceptifs entre le premier rapport et le début de la première grossesse, puis entre la première et la seconde grossesse, et ainsi de suite jusqu’à l’intervalle entre la dernière grossesse et l’enquête. Chacun de ces intervalles constitue un intervalle reproductif. Pour toutes les femmes ayant été enceintes au moins une fois, il y avait donc au moins 2 intervalles reproductifs, sauf pour celles qui étaient enceintes pour la première fois au moment de l’enquête pour lesquelles il n’y en avait qu’un. Le nombre maximum d’intervalles s’établit à 13 (ce qui correspond à 12 grossesses).
Pour chacun de ces intervalles, on posait la question suivante : « De… (âge en début d’intervalle) à… (âge en fin d’intervalle), c’est-à-dire pendant… années (durée de l’intervalle), entre votre… (événement constituant le début d’intervalle) et votre… (événement marquant la fin de l’intervalle), quelles sont TOUTES les méthodes de contraception que vous avez utilisées? Pour chacune, pendant combien de temps? N’oubliez pas les éventuelles périodes sans contraception ». L’enquêteur devait noter la première méthode mentionnée, et demander si d’autres méthodes avaient été utilisées simultanément (en combinaison). La femme pouvait déclarer n’avoir utilisé aucune méthode pendant cette période. La durée de chaque épisode contraceptif était demandée en années et mois. Les femmes qui n’avaient jamais été enceintes pouvaient déclarer jusqu’à 10 épisodes pour couvrir leur vie entière (en pratique, le maximum a été de 8). Les femmes ayant eu des grossesses pouvaient déclarer jusqu’à 5 épisodes dans chaque intervalle reproductif; le nombre maximum d’épisodes déclarés s’établit à 19.
Les réponses ont été enregistrées directement au moyen du logiciel d’interrogation CATI (Computer Assisted Telephone Interview). C’est celui-ci qui affichait les âges en début et fin d’intervalle reproductif et calculait la durée de l’intervalle (par simple différence des années d’âge). Les enquêteurs devaient, avec l’aide des personnes interrogées, s’efforcer de faire coïncider la somme des durées d’épisodes contraceptifs déclarés au sein d’un intervalle avec la durée totale de cet intervalle; mais il n’y avait pas de procédure automatique de contrôle. L’ajustement n’était pas toujours facile car les durées des épisodes contraceptifs, bien que déclarées en années et mois, étaient souvent arrondies en années ou demi-années. On constate donc, ex post, que la durée totale des épisodes peut ne pas être égale à celle de l’intervalle reproductif. Pour rétablir la cohérence, on a corrigé les durées déclarées pour les divers épisodes proportionnellement à la durée totale de l’intervalle reproductif. La durée (ajustée) des épisodes varie de 1 mois à 26 ans.
La liste des méthodes possibles comportait 14 items (y compris l’absence de méthode, que les enquêteurs devaient bien vérifier et spécifier), et les répondantes ont déclaré jusqu’à 5 méthodes simultanées. En cas d’absence de contraception (en dehors des périodes de grossesse), nous ne savons pas si la femme avait ou non des rapports sexuels, si elle cherchait à concevoir, si elle se savait (ou se pensait) stérile, ou bien si elle était effectivement exposée au risque de grossesse accidentelle.
Nous avons ensuite recodé chaque épisode contraceptif dans une nomenclature simplifiée, reposant sur un classement hiérarchique des méthodes ou combinaisons de méthodes (par ordre d’efficacité décroissante) :
  1. Stérilisation;
  2. Pilule + préservatif ;
  3. Pilule (sans préservatif) ;
  4. Stérilet;
  5. Préservatif ;
  6. Autres méthodes (méthodes féminines locales, abstinence périodique, retrait, non spécifiée);
  7. Aucune méthode.
Dans les cinq premiers groupes, la méthode mentionnée est considérée comme « dominante » : d’autres méthodes moins efficaces peuvent être utilisées simultanément (une méthode naturelle, par exemple). Les catégories 2 et 3 ont parfois été regroupées.
Nous avons aussi comparé la première méthode déclarée dans la biographie contraceptive (qui commence au premier rapport) avec les réponses aux questions portant spécifiquement sur la situation contraceptive lors du premier rapport. Dans 29 cas, on ne disposait pas de cette seconde information. Parmi les 1647 cas restants, il y avait accord entre les deux déclarations deux fois sur trois exactement (67 %). En cas de discordance, on constate que 53 % des femmes ont déclaré ne pas avoir utilisé de méthode lors du premier rapport alors qu’elles ont fait commencer leur biographie contraceptive par un épisode de contraception. Nous avons donné la priorité à la question spécifique sur le premier rapport et, en cas de discordance, ajouté à la biographie contraceptive un épisode d’un mois contenant la méthode (ou l’absence de méthode) déclarée au premier rapport, tout en réajustant les durées des épisodes sur celle de l’intervalle reproductif complet. Au total, notre échantillon de 1647 biographies comporte 8695 épisodes contraceptifs.
1. Les biais pouvant affecter les données rétrospectives sur la contraception
L’échantillon interrogé en 2000 est représentatif de la population féminine résidant en France à cette date. Mais il ne l’est pas forcément des femmes présentes en France en 1988, par exemple, ce qui peut poser un problème de comparabilité avec l’échantillon interrogé en 1988 : outre la troncature des âges (les femmes de 18-44 ans en 2000 avaient 6-32 ans en 1988), dont il est facile de tenir compte, un processus de sélection a pu être à l’œuvre. Passons sur la sélection par la mortalité (certaines femmes présentes en 1988 peuvent être décédées en 2000) : les risques de décès sont très faibles à ces âges et ils sont encore plus faiblement liés à la pratique contraceptive. Les migrations pourraient avoir un effet plus important : la population présente en 2000 inclut des immigrées entrées en France depuis 1988 et, inversement, certaines femmes présentes en 1988 ont pu quitter le territoire avant 2000. Les données sur les mouvements migratoires au cours des dernières décennies montrent que le premier mouvement l’a constamment emporté, en France, sur le second, puisque tous les recensements ont donné un solde migratoire intercensitaire positif. On pourrait imaginer que ce solde positif masque un turn-over important, les migrants ne restant que peu de temps sur le territoire et étant ensuite remplacés par d’autres, plus nombreux. En fait, X. Thierry (2001) a montré que le taux de départ après l’entrée sur le territoire ne dépassait pas 35 % la première année, et l’on peut penser qu’il diminue ensuite. Néanmoins, certaines des femmes interrogées en 2000 rapportent donc une situation, pour 1988, qui était la leur alors qu’elles ne résidaient pas encore en France, et qu’elles ne pouvaient donc pas faire partie du champ couvert par l’enquête ERN. Les pratiques contraceptives étant en général sensiblement moins fréquentes dans leurs pays d’origine, ces femmes devraient donc déclarer moins souvent avoir eu recours à des méthodes contraceptives, ce qui devrait conduire à sous-estimer, dans les biographies, la pratique passée. On verra que nos résultats vont en sens inverse.
Par ailleurs, les biographies contraceptives sont composées d’une succession complexe d’épisodes d’utilisation et de non-utilisation de la contraception dépendant des comportements sexuels et reproductifs des femmes. On peut craindre des biais de mémoire ou de déclaration, en particulier pour les épisodes les plus anciens ou les plus brefs. À cet égard, une option possible pour la collecte est de distinguer entre les périodes d’utilisation « régulière » d’une méthode (au moins 6 mois d’usage continu, par exemple) et celles pendant lesquelles des méthodes ont pu être utilisées de façon sporadique (Toulemon et Leridon, 1991). Une option fréquente consiste aussi à ne recueillir que des biographies tronquées, limitées aux 5 dernières années par exemple. Dans l’enquête Cocon 2000, nous avons tenté de reconstruire tous les épisodes contraceptifs, quelles qu’en aient été la durée et l’ancienneté. Y sommes-nous parvenus ? Pouvons-nous détecter d’éventuels biais ? Quelles analyses ces données permettront-elles ? Nous allons tenter de répondre à ces questions.
Rappelons enfin que la biographie contraceptive n’a été recueillie que pour les femmes ayant eu des rapports sexuels : l’échantillon analysé n’est donc pas complètement représentatif pour les années récentes aux âges où une proportion significative des femmes n’ont pas encore eu de rapport. En pratique, étant donné que plus de 98 % des femmes de plus de 30 ans ont eu un premier rapport, on peut considérer que les estimations rétrospectives dérivées des biographies des femmes ayant au moins cet âge en 2000 sont quasiment sans biais. Et comme 96 % à 97 % des femmes ont eu un premier rapport avant 25 ans, le biais pour celles qui étaient âgées de 25-29 ans en 2000 serait au maximum de 3 % à 4 %, en supposant que toutes celles qui n’ont pas eu de rapport n’ont jamais utilisé de méthode contraceptive. Par exemple, pour les taux d’utilisation à 20-24 ans présentés ci-après, les données biographiques peuvent être utilisées sans crainte pour toutes les années antérieures à 1992, et ne risquent vraiment d’être biaisées que pour les années 1997-1999.
2. La comparaison des données biographiques avec celles des enquêtes transversales
Nous considérons que les données sur les comportements déclarés à la date de chacune des enquêtes « transversales » sont fiables. Leur qualité a d’ailleurs été vérifiée en 1978, 1988 et 1994 en confrontant l’utilisation déclarée pour la pilule et le stérilet avec celle résultant des statistiques de ventes (de Guibert-Lantoine et Leridon, 1998). Nous pouvons donc comparer les proportions d’utilisatrices, à chaque âge, observées dans chacune de ces trois enquêtes avec les valeurs obtenues pour les mêmes années dans les biographies collectées lors de l’enquête Cocon 2000 [1]; en cas de décalage entre les données tirées des enquêtes transversales et celles issues des biographies, nous considérons que ces dernières surestiment ou sous-estiment l’emploi des différentes méthodes.
Comme on peut le voir sur la figure 2, qui présente les données relatives aux femmes de 20-24 ans, la prévalence globale (utilisation d’une méthode médicale ou traditionnelle quelconque) est toujours surestimée dans les données biographiques rétrospectives, pour toutes les années où la comparaison est possible. Le biais semble d’autant plus important que l’on remonte plus loin en arrière. Les répondantes ont donc soit raccourci des périodes de non-utilisation, soit – plus probablement – omis certaines de ces périodes, en particulier les plus courtes.
Figure 2
Proportion de femmes âgées de 20 à 24 ans utilisant diverses méthodes de contraception (pilule, stérilet, méthodes naturelles ou féminines locales, préservatif) en 1978, 1988, 1994 et 2000, d’après les enquêtes transversales et selon les biographies collectées dans l’enquête Cocon 2000 (en %)
IMGIMGProportion de femmes âgées de 20 à 24 ans utilisan...IMGIMF
Lecture : parmi les femmes interrogées lors de l’enquête Cocon sur leur biographie contraceptive qui avaient 20-24 ans en 1994 (26-30 ans en 2000), 77,5 % ont déclaré avoir utilisé une méthode de contraception à ces âges; lors de l’enquête sur les situations familiales et l’emploi réalisée en 1994, 68,8 % des femmes de 20-24 ans avaient déclaré utiliser une méthode de contraception.
Source : Ined, enquête mondiale de fécondité, 1978, enquête Régulation des naissances, 1988 (Toulemon et Leridon, 1991) et enquête sur les situations familiales et l’emploi, 1994 (de Guibert-Lantoine et Leridon, 1998); Inserm/Ined, enquête Cocon, 2000.
Venons-en maintenant aux reconstructions spécifiques par méthode. Nous distinguerons ici la pilule, le stérilet, le préservatif et les méthodes naturelles ou locales. On voit que les femmes surestiment l’utilisation de la pilule dans le passé, d’autant plus que l’on remonte plus loin. Si l’on fait la même comparaison pour les femmes de 25-29 ans et de 30-34 ans (données non présentées ici), on constate également une surestimation de l’utilisation de la pilule par le passé dans les biographies (mais moindre qu’aux âges plus jeunes). Il en est de même pour le stérilet, surtout au-delà de 30 ans. Au contraire, le recours aux méthodes naturelles est légèrement sous-estimé dans la rétrospective. Quant au préservatif, son usage n’est surestimé que pour le passé récent, depuis la fin des années 1980 pour les 18-24 ans, depuis le début des années 1990 pour les 25-29 ans et à la fin des années 1990 pour les 30-34 ans. La surdéclaration se manifeste donc après les campagnes contre le sida, et l’écart se maintient avec la progression de l’usage du préservatif, ce qui suggère que les biais de mémoire ne résultent pas seulement d’omissions d’épisodes d’emploi courts (qui peuvent particulièrement concerner les méthodes non médicales), ou du type de méthode (les méthodes « naturelles » pourraient être plus facilement oubliées), mais aussi des normes en vigueur : l’utilisation du préservatif en début de relation sexuelle n’est socialement valorisée et donc attendue que dans les générations qui ont été tout spécialement concernées par les campagnes de prévention.
3. Conclusion sur la qualité des données biographiques
Dans leurs déclarations rétrospectives, les personnes interrogées tendent à sous-estimer les périodes de non-contraception et d’utilisation de méthodes naturelles, probablement en omettant de déclarer les plus courts de ces épisodes. Il en résulte une surestimation des périodes d’utilisation de méthodes médicales (qui incluent de facto certains des épisodes précédents) et une surestimation globale du recours à la contraception. Dans leur analyse de données comparables collectées en 1988, Toulemon et Leridon (1991) étaient arrivés à des conclusions identiques. Pour le préservatif, la surestimation constatée est sans doute fortement liée à des attitudes normatives qui se sont développées à la suite des campagnes de protection contre le VIH.
Pourtant, malgré ces divergences de détail, les données issues des biographies rétrospectives reflètent de façon remarquable les évolutions et la place relative des diverses méthodes, si l’on admet que les données des enquêtes transversales constituent une référence exacte. Il faut à cet égard rappeler que les « biais de sélection » éventuels, résultant du fait que les femmes récemment immigrées ne pouvaient pas être représentées dans les échantillons des enquêtes plus anciennes, auraient plutôt dû conduire à une sous-estimation de la pratique contraceptive dans les biographies au lieu de la surestimation observée. Il est probable que le poids de ces femmes dans l’échantillon 2000 (compte tenu de la difficulté à interroger des femmes très récemment immigrées, pour des raisons de langue ou de non-accès au téléphone) est en fait trop faible pour modifier fortement les résultats obtenus.
Ceci nous incite maintenant à utiliser les données rétrospectives pour reconstituer les pratiques des très jeunes femmes (entre 15 et 18 ans) au cours des années 1980 et 1990, puisqu’elles n’ont pas pu être directement observées dans les enquêtes transversales. Les niveaux de pratique seront peut-être un peu biaisés, mais on peut espérer mettre au jour des tendances réelles et le poids relatif des diverses méthodes.
 
III. L’analyse des données biographiques : l’entrée dans la vie sexuelle et contraceptive au cours des années 1990
 
 
Le déclin continu de la fécondité avant 30 ans ainsi que, dans une moindre mesure, le remplacement progressif des méthodes naturelles par les méthodes médicales qui s’achève à cette époque expliquent bien l’augmentation continue de la prévalence de la pilule au cours des années 1990 chez les femmes de 20 à 29 ans. Cette interprétation ne peut cependant pas s’appliquer aux moins de 20 ans, dont la fécondité était déjà très faible à la fin des années 1980, et qui n’utilisaient plus de méthodes naturelles à cette époque.
1. L’âge et la contraception aux premiers rapports
Les femmes de 18-19 ans déclarent une activité sexuelle plus importante en 2000 qu’en 1988 : cette évolution expliquerait-elle une partie de l’augmentation de l’emploi de la pilule ? Ce n’est pas forcément que, dans les générations successives, le premier rapport ait été plus précoce (tableau 4) : l’âge médian au premier rapport (qui marque, par définition, le début de la biographie contraceptive) ne montre qu’une très légère tendance à la baisse entre les générations 1956 et 1980. Ces données sont en accord avec celles de l’enquête ACSF (cf. figure 3), qui montrent que la baisse a été marquée jusqu’aux générations nées vers 1956-1960 et que l’âge médian s’est ensuite stabilisé autour de 18 ans. L’analyse des données selon l’année du premier rapport (première ligne du tableau 6) donne aussi une image de grande stabilité au cours des vingt-cinq dernières années, avec un âge médian dépassant légèrement 18 ans.

Tableau 4
Âge médian au premier rapport sexuel par génération, 1956-1982 (en années)
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Âge au 1er janvier 2001 (années de naissance) 40-44 ans (1956-1960) 35-39 ans (1961-1965) 30-34 ans (1966-1970) 25-29 ans (1971-1975) 20-24 ans (1976-1980) 18-19 ans (1981-1982) Ensemble (1956-1982) Âge médian au 1er rapport 18,4 17,9 18,1 18,3 17,9 17,6 18,1 Effectif 554 668 629 578 336 98 2863 Champ : ensemble des femmes interrogées à l’enquête Cocon, âgées de 18 à 44 ans en 2000. Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.

Figure 3
Âge médian des femmes au premier rapport sexuel par génération
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Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000; ACSF : Spira et al. (1993) (calculs spécifiques des auteurs).
En revanche, le tableau 5 indique que la nature du premier épisode contraceptif (qui commence donc avec le premier rapport) a très fortement évolué au cours des trois dernières décennies. Alors que près de la moitié des répondantes qui avaient eu leur premier rapport avant 1980 n’avaientpas utilisé de contraceptif (47 % en 1968-1974 et 48 % en 1975-1979), la pilule s’est imposée comme méthode principale au cours des années 1980 (47 % en 1980-1984, 40 % en 1985-1989). À la fin des années 1980, néanmoins, plus d’une femme sur quatre ne se protégeait toujours pas contre une grossesse imprévue lors de son premier rapport : 31 % en 1980-1984 et 27 % en 1985-1989. Par la suite, c’est le préservatif qui est devenu la méthode favorite au premier rapport, avec 48 % d’utilisatrices en 1990-1994 et 63 % (près de deux femmes sur trois) en 1995-2000, tandis que la pilule – employée seule – tombait à moins de 10 % en 1995-2000. La chute est plus limitée si l’on considère l’emploi simultané des deux méthodes, qui était le fait de 10 % des femmes à leur premier rapport en 1990-1994 et de 23 % en 1995-2000. Les premiers rapports sans protection sont en même temps devenus rares : 19 % en 1990-1994 et moins de 5 % en 1995-2000. Ce dernier résultat traduit sans aucun doute le succès des politiques mises en œuvre pour sensibiliser les jeunes aux risques du VIH.

Tableau 5
Méthode contraceptive utilisée au premier rapport, 1968-2000 (en %)
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Année du premier rapport 1968-1974 1975-1979 1980-1984 1985-1989 1990-1994 1995-2000 Ensemble Proportion de femmes utilisant une méthode au 1er rapport 52,8 51,9 69,3 73,4 80,9 95,7 72,1 dont : Pilule et préservatif 0,0 3,2 2,6 4,6 9,8 22,9 7,5 Pilule (sans préservatif) 14,5 27,6 46,8 40,0 21,0 8,5 28,4 Stérilet (DIU) 0,0 0,1 0,2 0,0 0,0 0,0 0,1 Préservatif 23,2 10,4 15,1 23,1 48,2 62,7 30,5 Autre méthode 15,1 10,6 4,6 5,7 1,9 1,6 5,6 N’utilisant pas de méthode 47,2 48,1 30,7 26,6 19,1 4,3 27,9 Ensemble 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 Effectif 90 309 396 351 345 156 1647 Champ : femmes nées entre 1956 et 1982, âgées de 18 à 44 ans en 2000 et sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes à l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (n = 1647); l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels. Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.

2. La contraception après le premier rapport
L’étude des deux premiers épisodes de la biographie contraceptive va nous aider à mieux comprendre l’accroissement simultané de l’utilisation de la pilule et du préservatif chez les plus jeunes femmes.
Le tableau 6 nous montre d’abord comment la généralisation de l’utilisation du préservatif au premier rapport dans les années 1990 a repoussé à plus tard la première utilisation de la pilule. Nous avons calculé les pourcentages de femmes ayant eu recours à la pilule dès le premier rapport ou dans les 12 mois suivant ce rapport, les durées médianes ou moyennes avant utilisation de la méthode ne pouvant pas être calculées pour les femmes ayant eu leur premier rapport peu de temps avant l’enquête. Parmi les femmes ayant eu leur premier rapport en 1980-1984, près de 80 % avaient utilisé la pilule dans les 12 mois suivants, et 18 % le préservatif ; pour celles qui ont eu un premier rapport en 1995-2000, les proportions passent respectivement à 53 % et 65 % – avec un âge au premier rapport quasi identique. Les cas d’utilisation conjointe des deux méthodes dans les 12 mois suivant le premier rapport progressent aussi tout au long des vingt dernières années, passant de 4 % pour les premiers rapports entre 1980 et 1984 à 31 % pour les premiers rapports entre 1995 et 2000. En d’autres termes, en raison d’un recours de plus en plus fréquent au préservatif comme première méthode de contraception, les jeunes femmes repoussent le recours à la pilule : celle-ci est utilisée pour la première fois plus tard.

Tableau 6
Âge médian au premier rapport, et proportion de femmes commençant d’utiliser la pilule ou le préservatif dans les 12 mois suivant ce rapport, par année du premier rapport (1975-2000)
IMGIMGAnnée du premier rapport	1975-1979	1...IMGIMF
Année du premier rapport 1975-1979 1980-1984 1985-1989 1990-1994 1995-2000 Âge médian au 1er rapport 18,2 18,1 18,3 18,0 18,0 Utilisation de la pilule dans les 12 mois suivant le 1er rapport (%) 66 79 70 51 53 Utilisation du préservatif dans les 12 mois suivant le 1er rapport (%) 15 18 32 58 65 Utilisation conjointe de la pilule et du préservatif dans les 12 mois suivant le 1er rapport (%) 5 4 18 19 31 Effectif 309 396 351 345 156 Champ : femmes nées entre 1956 et 1982, âgées de 18 à 44 ans en 2000 et sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes à l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (n = 1647); l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels. Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.

Mais comment s’articulent dans le détail les utilisations successives ou simultanées du préservatif et de la pilule ? Pour simplifier la présentation, nous comparons deux périodes : le début des années 1980 et la fin des années 1990. Nous nous limitons aussi à trois situations : l’usage de la pilule (seule ou avec le préservatif), du préservatif seul, et les autres situations (y compris l’absence de méthode qui en constitue le groupe principal). Étant donné que dans la construction des biographies, le passage de l’utilisation de la pilule seule à l’emploi simultané de la pilule et du préservatif (ou l’inverse) entraîne l’ouverture d’un nouvel épisode, nous pourrons retrouver dans les parcours décrits ici deux épisodes successifs portant le même libellé « pilule seule ou pilule avec préservatif », par exemple, correspondant en fait à ce type de changement. Pour chacune des périodes, nous avons calculé les durées moyennes de chacun des deux épisodes (tableau 7), puis la répartition des secondes méthodes selon la première, et les différents parcours d’entrée dans la contraception (tableau 8).

Tableau 7
Durée moyenne (en années) des premier et deuxième épisodes contraceptifs selon la méthode utilisée et l’année du premier rapport sexuel
IMGIMGPremier rapport en 1980-1984	Premier...IMGIMF
Premier rapport en 1980-1984 Premier rapport en 1995-2000 Premier épisode contraceptif Pilule (seule ou avec préservatif) 5,1 3,6 Préservatif 2,6 1,5 Rien ou autre méthode 2,1 4,0 Ensemble 2,9 1,9 Effectif 396 156 Deuxième épisode contraceptif Pilule (seule ou avec préservatif) 4,8 6,4 Préservatif 3,5 5,4 Rien ou autre méthode 1,9 1,6 Ensemble 3,5 5,9 Effectif 391 131 Méthode : les durées ont été calculées au moyen de tables de survie pour tenir compte des périodes en cours au moment de l’enquête. Pour la période la plus récente, les données tronquées ont été complétées par des valeurs identiques à celles observées dans la période plus ancienne. Champ : femmes sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes à l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels) et ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984 (n = 396) ou entre 1995 et 2000 (n = 156). Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.


Tableau 8A
Contenu des deux premiers épisodes contraceptifs pour les femmes ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984
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Premier rapport entre 1980 et 1984 Premier épisode contraceptif (%) Deuxième épisode contraceptif (%) Distribution du deuxième épisode conditionnellement au premier (%) Distribution des parcours (%) Pilule ou pilule et préservatif 27,8 13,7 Pilule ou 49,4 47,7 pilule et préservatif Préservatif 12,0 5,9 Rien ou autre 60,2 29,7 Pilule ou pilule et préservatif 53,3 8,1 Préservatif 15,1 9,2 Préservatif 3,1 0,5 Rien ou autre 43,6 6,6 Pilule ou pilule et préservatif 72,8 25,9 Rien ou autre méthode 35,5 43,2 Préservatif 7,9 2,8 Rien ou autre 19,3 6,9 Effectif 396 391 391 391 Champ : femmes sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes de l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels) et ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984 (n = 396). Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.


Tableau 8B
Contenu des deux premiers épisodes contraceptifs pour les femmes ayant eu leur premier rapport entre 1995 et 2000
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Premier rapport entre 1995 et 2000 Premier épisode contraceptif (%) Deuxième épisode contraceptif (%) Distribution du deuxième épisode conditionnellement au premier (%) Distribution des parcours (%) Pilule ou pilule et préservatif 75,7 23,8 Pilule ou 31,4 78,7 pilule et préservatif Préservatif 7,9 2,5 Rien ou autre 16,4 5,1 Pilule ou pilule et préservatif 84,5 53,0 Préservatif 62,7 7,0 Préservatif 1,1 0,7 Rien ou autre 14,4 9,0 Pilule ou pilule et préservatif 31,8 1,9 Rien ou autre méthode 5,9 14,3 Préservatif 64,2 3,8 Rien ou autre 4,0 0,2 Effectif 156 131 131 131 Champ : femmes sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes de l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels) et ayant eu leur premier rapport entre 1995 et 2000 (n = 156). Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.

On voit tout d’abord (tableau 7) que les méthodes liées à l’acte sexuel sont utilisées pendant des durées plus courtes que les méthodes médicalisées de contraception : les épisodes d’utilisation de la pilule (ou de la pilule avec le préservatif) sont plus longs que les épisodes d’utilisation du préservatif ou d’une autre méthode (ou aucune), quels que soient la période considérée et le rang de l’épisode (à l’exception des premiers épisodes contraceptifs pour les femmes ayant eu un premier rapport en 1995-2000). Ces durées peuvent être, rappelons-le, légèrement surestimées, les épisodes les plus courts ayant pu être omis. Comparant les femmes entrées en vie sexuelle au début des années 1980 avec celles qui y sont entrées à la fin des années 1990, on voit que le premier épisode contraceptif s’est raccourci (2,9 ans en moyenne contre 1,9 an) et que le deuxième épisode s’est allongé (3,5 ans au lieu de 5,9 ans), une conséquence de la généralisation de l’usage du préservatif comme première méthode, et du report de l’adoption de la pilule en tant que deuxième méthode.
La durée moyenne de l’utilisation du préservatif comme première méthode reste toutefois relativement longue dans les années 1990 : les jeunes ayant eu leur premier rapport entre 1995 et 2000, dont 62,5 % ont utilisé le préservatif comme première méthode, l’ont utilisé pendant 1,5 an en moyenne. Ce résultat est assez surprenant : les études permettant de suivre l’histoire des relations sexuelles et affectives ont montré que la plupart des couples abandonnent le préservatif en faveur de la pilule après quelques mois seulement, le test du sida pouvant devenir une nouvelle étape dans la construction des relations (Lagrange et Lhomond, 1997). Outre le fait que notre instrument de collecte, la biographie rétrospective, manque de finesse pour capter les allers et retours rapides entre méthodes, nos résultats peuvent indiquer que les relations en tout début de vie sexuelle sont souvent courtes. Les jeunes femmes utiliseraient ainsi le préservatif durant une période assez longue caractérisée par des relations courtes, et ne passeraient (rapidement) à la pilule qu’une fois entrées dans une relation plus stable.
Examinons maintenant le contenu des deux premiers épisodes contraceptifs (tableaux 8A et 8B). Environ la moitié des femmes ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984 (49,4 %) commencent par utiliser la pilule (comme on l’a vu au tableau 5) ; parmi elles, 60 % ont ensuite abandonné toute contraception (ou ont recouru à une méthode naturelle). 35,5 % des femmes ayant commencé leur vie sexuelle à la même époque n’ont d’abord utilisé aucune méthode (ou seulement une méthode naturelle) ; près des trois quarts d’entre elles sont ensuite passées à la pilule. Les deux parcours les plus fréquents en début de vie sexuelle, dans les années 1980-1984, étaient donc soit de commencer par la pilule puis d’interrompre toute méthode, soit symétriquement de n’utiliser aucune méthode pendant 2 ans puis la pilule pendant 5 ans (en moyenne) ; ensemble, ces deux parcours regroupent près de 56 % des femmes. Quant aux autres, 13,7 % ont déclaré deux épisodes successifs de pilule (l’un des deux étant avec préservatif), et seulement 16,8 % n’ont utilisé la pilule ni au cours du premier ni au cours du second épisode. En tout, 47,7 % des femmes utilisent la pilule au cours de leur deuxième épisode contraceptif, en moyenne après 2,9 ans de vie sexuelle.
Quinze ans plus tard, pour les premiers rapports en 1995-2000, le tableau est très différent. Dans près de deux cas sur trois (62,7 %), le préservatif est utilisé en premier ; dans la très grande majorité des cas (84,5 %), il laisse ensuite la place à la pilule. Ce parcours est le fait de 53 % des femmes. C’est donc maintenant le préservatif qui est la méthode la plus souvent employée en premier, au lieu de la pilule au début des années 1980. Toutefois, près d’une femme sur quatre (23,8 %) a déclaré deux épisodes successifs de pilule, le plus souvent parce que le premier épisode était une association de pilule et de préservatif. Et finalement, on constate à nouveau que moins d’une femme sur cinq n’a utilisé la pilule durant aucun des deux premiers épisodes contraceptifs (13,7 %). En tout, 78,7 % des femmes utilisent la pilule au cours de leur deuxième épisode contraceptif, en moyenne après 1,9 an de vie sexuelle.
La proportion d’utilisatrices de la pilule chez les mineures a donc logiquement baissé avec l’accès du préservatif au rang de première méthode de contraception. Mais le préservatif a aussi remplacé à la fin des années 1990 l’absence de contraception en début de vie sexuelle, qui était encore fréquente (et durait longtemps) au début des années 1980 ; les femmes qui commencent leur vie sexuelle avec le préservatif à la fin des années 1990 adoptent plus rapidement et plus systématiquement la pilule que les femmes qui commençaient leur vie sexuelle sans méthode de contraception ou avec le préservatif au début des années 1980. Ce phénomène explique que les adolescentes accèdent en moyenne plus rapidement à la pilule dans les années 1990 que dans les années 1980 (et donc qu’une proportion plus importante des 18-19 ans utilisent la pilule), même si l’accès à la pilule est plus souvent précédé d’une période d’utilisation du préservatif seul (et donc qu’une proportion moins importante de mineures utilisent la pilule). Une interprétation possible de ce phénomène est que le préservatif facilite le passage à la pilule : il imprimerait une logique de prévention aux actes sexuels qui conduirait les jeunes à mieux prendre en compte les risques de grossesse non prévue, et donc à adopter plus souvent une méthode médicale de contraception. Il est également possible que la logique de diffusion des méthodes médicales se soit poursuivie durant cette période aux âges jeunes, se traduisant par une couverture contraceptive toujours plus étendue (moins de rapports non protégés), sans que l’émergence du sida et la diffusion du préservatif n’aient interféré durablement avec ce processus.
3. La contraception au cours des brèves relations affectives
On peut se demander si le passage du préservatif à la pilule est moins fréquent quand les jeunes femmes n’ont que de brèves relations avec leurs partenaires. Nous avons sélectionné des femmes dont la première relation avait duré moins d’un an, en comparant celles qui avaient respectivement eu un premier rapport en 1980-1984 et en 1995-2000. Parmi les femmes ayant débuté leur vie sexuelle entre 1980 et 1984, la première relation a duré moins de 12 mois dans 38,4 % des cas ; parmi celles qui ont débuté leur vie sexuelle quinze ans plus tard, cette proportion atteint 51 % (il peut s’agir ici d’une première relation de moins de 12 mois qui est en cours au moment de l’enquête).
Il y a vingt ans, les femmes débutant par une relation de courte durée avaient plus souvent un premier rapport sans protection que l’ensemble des femmes (46 % au lieu de 35 %) et elles utilisaient moins souvent la pilule (36 % contre 49 %) (tableaux 10A et 8A). La transition vers le second épisode ne dépendait cependant pas de la durée de la première relation, même si l’on observe une plus grande propension à arrêter toute méthode après l’usage du préservatif et une moindre propension à arrêter la contraception après un premier épisode de pilule parmi les femmes ayant eu une première relation courte. Pour ces femmes, les durées d’utilisation du préservatif et d’absence de méthode sont aussi plus brèves que pour les autres femmes (tableaux 7 et 9).
Pour les relations commencées à la fin des années 1990, les différences sont moins marquées selon la durée de la première relation. Les utilisations de la pilule ou du préservatif au premier rapport sont indépendantes de la durée de la première relation, comme la fréquence des transitions du préservatif à la pilule (tableaux 10B et 8B). La seule différence notable s’observe dans la durée des rares cas où aucune méthode n’était employée en début de relation : l’épisode est alors nettement plus court avant que les femmes ne passent à la pilule ou au préservatif (tableaux 9 et 7).

Tableau 9
Durée moyenne (en années) des premier et deuxième épisodes contraceptifs selon la méthode utilisée et l’année du premier rapport sexuel : femmes dont la première relation a duré moins de 12 mois
IMGIMGPremier rapport en 1980-1984	Premier...IMGIMF
Premier rapport en 1980-1984 Premier rapport en 1995-2000 Premier épisode contraceptif Pilule (seule ou avec préservatif) 5,0 4,2 Préservatif 1,7 2,0 Rien ou autre méthode 0,8 0,6 Ensemble 3,4 1,4 Effectif 152 78 Deuxième épisode contraceptif Pilule (seule ou avec préservatif) 5,0 6,3 Préservatif 1,7 7,1 Rien ou autre méthode 0,8 2,2 Ensemble 4,3 4,8 Effectif 150 61 Méthode : les durées ont été calculées au moyen de tables de survie pour tenir compte des périodes en cours au moment de l’enquête. Champ : femmes sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes de l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels) dont la première relation a duré moins de 12 mois, et ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984 (n = 152) ou entre 1995 et 2000 (n = 78). Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.


Tableau 10A
Contenu des deux premiers épisodes contraceptifs des femmes ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984 et dont la première relation a duré moins de 12 mois
IMGIMGPreier rapport entre 1980 et 1984	Pr...IMGIMF
Preier rapport entre 1980 et 1984 Preier épisode contraceptif (%) Deuxièe épisode contraceptif (%) Distribution du deuxièe épisode conditionnelle ent au preier (%) Distribution des parcours (%) Pilule ou pilule et préservatif 34,6 12,6 Pilule ou 36,4 55,0 pilule et préservatif Préservatif 13,6 4,9 Rien ou autre 51,8 18,9 Pilule ou pilule et préservatif 42,1 7,3 Préservatif 17,3 10,3 Préservatif 0,8 0,1 Rien ou autre 57,1 9,9 Pilule ou pilule et préservatif 75,9 35,1 Rien ou autre éthode 46,3 34,7 Préservatif 11,4 5,3 Rien ou autre 12,7 5,9 Effectif 152 150 150 150 Champ : femmes sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes de l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels) dont la première relation a duré moins de 12 mois, et ayant eu leur premier rapport entre 1980 et 1984 (n = 152). Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.


Tableau 10B
Contenu des deux premiers épisodes contraceptifs des femmes ayant eu leur premier rapport entre 1995 et 2000 et dont la première relation a duré moins de 12 mois
IMGIMGPremier rapport entre 1995 et 2000	P...IMGIMF
Premier rapport entre 1995 et 2000 Premier épisode contraceptif (%) Deuxième épisode contraceptif (%) Distribution du deuxième épisode conditionnellement au premier (%) Distribution des parcours (%) Pilule ou pilule et préservatif 90,4 28,6 Pilule ou 31,6 80,2 pilule et préservatif Préservatif 0,0 0,0 Rien ou autre 9,6 3,0 Pilule ou pilule et préservatif 79,8 49,9 Préservatif 62,5 5,5 Préservatif 2,1 1,3 Rien ou autre 18,1 11,3 Pilule ou pilule et préservatif 29,3 1,7 Rien ou autre méthode 5,9 14,3 Préservatif 70,7 4,2 Rien ou autre 0,0 0,0 Effectif 78 61 61 61 Champ : femmes sélectionnées au hasard parmi toutes les répondantes de l’enquête Cocon pour répondre à la biographie contraceptive (l’unique condition du tirage était d’avoir déjà eu des rapports sexuels) dont la première relation a duré moins de 12 mois, et ayant eu leur premier rapport entre 1995 et 2000 (n = 78). Source : Inserm/Ined, enquête Cocon 2000.

 
Conclusion
 
 
On collecte assez rarement des biographies contraceptives complètes parce qu’on les croit a priori peu fiables. Nous avons montré que la qualité des données rétrospectives collectées dans l’enquête Cocon permet une analyse convenable de la hiérarchie des différentes méthodes à chaque date et de leur évolution dans le temps. Comme les enquêtes transversales sur l’usage de la contraception effectuées à intervalles réguliers en France ne contenaient pas d’information sur les comportements des femmes de moins de 18 ou 20 ans, nous avons tiré parti des biographies collectées en 2000 pour étudier les premières étapes de la pratique contraceptive et les effets de l’émergence du sida sur cette pratique.
Les enquêtes transversales montrent un fort accroissement de l’usage du préservatif dans les années 1990, en réponse aux campagnes de prévention du VIH. C’est particulièrement vrai entre 18 et 30 ans, âges auxquels l’utilisation de la pilule et la couverture contraceptive globale augmentent également ; chez les 18-19 ans, on constate aussi une diminution des rapports sexuels non protégés.
La diffusion continue de la pilule chez les femmes de 20-29 ans au cours de la décennie 1990-1999 s’explique pour partie par un recul des méthodes traditionnelles ; mais depuis le milieu des années 1990, ces dernières ont pratiquement disparu. L’autre explication réside dans le retard croissant du calendrier des naissances : les femmes de moins de 30 ans interrompent moins souvent la prise de pilule pour chercher à concevoir (et donc ensuite pendant la grossesse). La naissance de leur premier enfant étant retardée, elles passent aussi moins vite au stérilet, celui-ci étant rarement prescrit à des femmes sans enfant. Mais même à parité égale, on a montré ailleurs que la pilule tendait à supplanter le stérilet.
Nos données rétrospectives montrent que le préservatif a progressivement remplacé la pilule lors du premier rapport à partir des années 1990. La substitution n’a cependant été que partielle, car de plus en plus de femmes ont utilisé les deux méthodes simultanément. Le préservatif a aussi permis d’avoir des premiers rapports qui, autrement, n’auraient pas été protégés, et de favoriser l’installation de comportements de protection : les biographies montrent qu’un premier épisode avec préservatif à la fin des années 1990 est suivi d’un épisode avec pilule plus fréquemment qu’un premier épisode sans contraception au début des années 1980 n’était suivi d’une utilisation de la pilule. Au début de la décennie 1980, les jeunes femmes dont la première relation était brève (moins d’un an) commençaient plus souvent que les autres leur vie sexuelle sans contraception ; la diffusion du préservatif a ensuite effacé les différences selon la durée de la première relation. Nous pouvons donc conclure, comme Beltzer et Grémy (2000, p. 83) :
« La généralité des messages de prévention, basés sur le tout préservatif, s’intègre au niveau du comportement individuel en se transformant en une maîtrise spécifique des différentes stratégies, tenant compte de la situation relationnelle. »
Les individus qui ont été touchés par les messages de promotion du préservatif dans le but de prévenir les maladies sexuellement transmissibles les ont pris en compte dans toutes les formes de leurs relations sexuelles, et n’ont pas oublié pour autant la protection strictement contraceptive, comme l’atteste la fréquence du recours simultané à la pilule et au préservatif.
 
Remerciements
 
L’enquête Cocon a été réalisée avec le soutien financier de l’Inserm, de l’Ined et du laboratoire Wyeth-Lederlé.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[*]Institut national d’études démographiques et Institut national de la santé et de la recherche médicale (U569, IFR69), Paris.
[1]Les prévalences sont toujours estimées en milieu d’année, c’est-à-dire pour le mois de juin de chaque année.
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