Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
180 pages

p. 725 à 764
doi: en cours

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La conjoncture démographique en France

Volume 59 2004/5

2004 Population La conjoncture démographique en France

Évolution récente de l’immigration en France et éléments de comparaison avec le Royaume-Uni

Xavier Thierry  [*] Xavier Thierry, Institut national d’études démographiques, 133, bd Davout - 75980 Paris Cedex 20, tél. : 33 (0) 1 560621 48, fax : 33 (0) 1 560621 99,
Immigration flows to France, measured essentially on the basis of the number of foreigners obtaining their first residence permit valid for one year or more, have increased since the late 1990s: the number admitted for legal residence rose from 145 000 in 1999 to 206 000 in 2002. Using the information in the records of residence permits issued by the Ministry of the Interior, the article describes the characteristics of the immigrants (sex, age, nationality, etc.). It also sheds light on the itineraries of the foreigners, reconstituting the stages prior to obtaining the first permit (notably the length of time between arriving in France and becoming legally resident) and those that followed (proportion of permits renewed). Among third-country nationals admitted for residence in the late 1990s, slightly over 10% had lived as illegal residents for at least one year before, and over 80% extended their stay after expiry of their first one-year permit.
Using unpublished data supplied by the UK Office for National Statistics, the article goes on to compare recent immigration flows in France and in the United Kingdom. The latter has higher immigration, but the characteristics of the immigrants are quite similar in both countries. Thus, as in France, work is the main motive for immigration into Great Britain (31%), followed by study (28%) and then family reasons (21%).
Les flux d’immigration en France, qui sont pour l’essentiel mesurés sur la base du nombre d’étrangers obtenant, pour la première fois, un titre de séjour d’une durée de validité d’au moins un an, ont augmenté depuis la fin des années 1990 : le nombre d’admissions au séjour régulier est passé de 145000 en 1999 à 206000 en 2002. Grâce aux informations contenues dans les fichiers relatifs aux titres de séjour délivrés par le ministère de l’Intérieur, l’article précise les caractéristiques des immigrants (sexe, âge, nationalité, etc.). Il apporte également un éclairage sur les parcours des étrangers, reconstituant les étapes préalables à l’obtention du premier titre (notamment la durée écoulée entre l’arrivée en France et l’admission légale) et celles qui l’ont suivi (proportion de titres renouvelés). Parmi les ressortissants d’un pays tiers admis au séjour à la fin des années 1990, un peu plus de 10 % auraient vécu au moins une année en séjour irrégulier auparavant et plus de 80 % ont prolongé leur séjour à l’expiration du premier titre d’un an.
Grâce à des données inédites fournies par l’office statistique du Royaume-Uni, l’article compare ensuite les flux d’immigration sur la période récente en France et au Royaume-Uni. L’immigration est plus importante outre-Manche, mais les caractéristiques des immigrants sont assez semblables dans les deux pays. Ainsi, comme en France, le travail constitue le premier motif d’immigration en Grande-Bretagne (31 %), suivi des études (28 %), puis des raisons familiales (21 %).
Los flujos de inmigración hacia Francia, que generalmente se miden en base al número de extranjeros que obtienen, por primera vez, un permiso de residencia de un año o más de duración, han aumentado desde finales de los años noventa: el número de nuevos permisos pasó de 145,000 en 1999 a 206,000 en el 2002. En base a las informaciones disponibles en los ficheros relativos a permisos de residencia otorgados por el Ministerio del Interior, el artículo describe las características de los inmigrantes (sexo, edad, nacionalidad, etc...). También reconstituye las etapas previas a la obtención del primer permiso (en particular, el periodo de tiempo transcurrido entre la llegada a Francia y la admisión legal de los extranjeros) y las etapas posteriores (proporción de títulos renovados). Entre los extranjeros que obtuvieron un permiso de residencia a fines de los años noventa, un poco más del 10% vivió al menos un año en situación irregular antes de la obtención del permiso y más del 80% extendió su estancia después de que expirase el primer permiso de un año.
Gracias a datos inéditos cedidos por la oficina de estadística del Reino Unido, el artículo compara los flujos inmigratorios recientes hacia Francia y hacia el Reino Unido. La inmigración es más intensa al otro lado del Canal de la Mancha, pero las características de los inmigrantes son similares en ambos países. Como en Francia, la razón principal de inmigración a Gran Bretaña es el trabajo (31%), seguido por los estudios (28%) y los motivos familiares (21%).
Au cours des années 1990, la comptabilisation des entrées d’étrangers en France s’est sensiblement améliorée grâce à l’exploitation d’une nouvelle source de données. Avant 1994, la connaissance des flux d’immigration reposait pour l’essentiel sur des données produites par l’Office des migrations internationales (Omi), qui exerce une mission de contrôle sanitaire auprès des ressortissants des pays qui ne sont pas membres de l’Espace économique européen (dits pays tiers) [1]; elles étaient complétées par des données de l’Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Avec ce dispositif d’observation, la constitution d’une statistique d’ensemble ne pouvait se faire que par assemblage de données issues des procédures administratives d’admission (introduction de travailleurs, procédure de regroupement familial, accueil de visiteurs, obtention du statut de réfugié, etc.), et non sur la durée du séjour comme le recommandent les Nations unies, principe que l’Union européenne devrait prochainement transposer dans sa réglementation statistique. En outre, ces données présentent des faiblesses du point de vue de leur couverture, en particulier du fait de l’exclusion du champ de l’Omi des ressortissants des pays de l’Espace économique européen (EEE) qui bénéficient de la liberté de circulation [2]. Depuis 1994, une alternative aux statistiques de l’Omi et de l’Ofpra est née. Grâce aux titres de séjour délivrés par les préfectures, on dispose depuis 1994 d’une source d’information unifiée, de qualité supérieure et couvrant les entrées régulières d’étrangers de toutes nationalités. L’enregistrement des titres de séjour est informatisé dans un fichier central, placé sous la responsabilité du ministère de l’Intérieur (encadré 1). L’Ined effectue une exploitation statistique non nominative de ce fichier, qui lui permet de produire une statistique plus complète de l’immigration (incluant les entrées de ressortissants communautaires) et de respecter plus scrupuleusement les recommandations internationales. Cette nouvelle statistique a fait l’objet de premières publications en 2000 et 2001 [3]. Les statistiques présentées dans la première partie de cet article reprennent ces résultats et mettent à jour l’évolution des entrées d’étrangers en France, en ajoutant trois années supplémentaires (2000-2002) à la série 1994-1999. Soulignons d’emblée que cette évaluation diffère d’autres chiffrages officiels : ainsi, le flux d’immigration dit de long terme, pour reprendre la terminologie onusienne, est établi par l’Ined à près de 200000 étrangers en 2002, résultat qui s’écarte sensiblement des 150 000 nouveaux séjours d’immigrants à vocation permanente recensés par l’Observatoire des statistiques sur l’immigration et l’intégration (OSII) et la Direction de la population et des migrations (DPM).
La deuxième partie de cet article est consacrée à une comparaison du niveau et de la structure des flux français avec ceux de notre voisin britannique [4], qui a adopté une définition des flux migratoires conforme aux recommandations des Nations unies.
Chacune des parties est introduite par un encadré présentant en détail les sources statistiques utilisées. Dans tout cet article, les flux d’immigration recouvrent les seules entrées d’étrangers, à l’exclusion des entrées de ressortissants du pays dans chacun des deux pays étudiés.
Encadré 1. La mesure des migrations internationales en France
Depuis 1994, grâce à l’informatisation des procédures de délivrance des titres de séjour en préfecture, on dispose d’une nouvelle source statistique sur les entrées d’étrangers en France, qui pallie les insuffisances du système de comptage des nouveaux immigrés jusqu’alors en vigueur (statistiques élaborées par l’Office des migrations internationales - Omi - et l’Office français de protection des réfugiés et apatrides - Ofpra) [5]. Chaque préfecture est connectée à un registre national centralisé dénommé AGDREF (Application de gestion des ressortissants étrangers en France), ce qui permet : 1) d’éviter les doubles comptes et de garantir une bonne exhaustivité dans le répertoire, grâce à l’attribution d’un numéro national d’immatriculation. Le rappel de ce même numéro à chacune des démarches ultérieures fait qu’au fil du temps les informations sur les titres de séjour délivrés s’accumulent pour chaque individu; 2) de recueillir les données de façon identique dans toutes les préfectures : première demande de carte de séjour, renouvellement de carte, procédure de regroupement familial, acquisition de la nationalité française, etc. De plus, l’obligation qui est faite à tout étranger âgé de 18 ans ou plus et demeurant en France pour un séjour de plus de trois mois d’être détenteur d’un titre de séjour place le ministère de l’Intérieur dans une position centrale pour l’observation des flux d’immigration régulière.
Le champ couvert par le ministère de l’Intérieur permet de mettre en œuvre, au moins pour les majeurs, la définition de l’immigration préconisée par les organisations internationales : sont immigrants de long terme les ressortissants étrangers nés à l’étranger qui s’installent pour une durée d’au moins un an dans un pays autre que celui où ils avaient leur résidence habituelle [6]. Depuis 1999, l’Ined effectue une exploitation statistique non nominative des fichiers que lui transmet le ministère de l’Intérieur, et sélectionne en leur sein les étrangers à qui l’on remet pour la première foisun titre de séjour d’une durée de validité supérieure ou égale à un an.Cette statistique de premiers titres, qui satisfait grosso modo aux critères de comparabilité internationale, est complétée d’autres données pour appréhender les arrivées de mineurs qui ne sont pas détenteurs de titres de séjour. En effet, la législation les dispense d’avoir un titre de séjour (sauf entre 16 et 18 ans s’ils souhaitent travailler). La délivrance des titres de séjour n’est donc d’aucun secours pour les comptabiliser, sauf à les repérer tardivement et partiellement (compte tenu des départs à l’étranger) quand ils atteignent l’âge légal pour en faire la demande. Nous avons donc fait le choix d’exclure de notre comptabilisation des premiers titres les étrangers entrés avant 18 ans et enregistrés tardivement. Les entrées de mineurs sont tirées, pour les ressortissants des pays tiers, des statistiques de l’Office des migrations internationales relatives aux mineurs ayant bénéficié d’une procédure de regroupement familial. Ces données sont complétées par les données issues des fichiers du ministère de l’Intérieur qui renseignent sur le nombre d’enfants accompagnant les femmes titulaires d’un titre de séjour EEE et sur les enfants de réfugiés. On obtient de la sorte l’évaluation la plus exhaustive possible de l’immigration en France.
Cette série, reconstituée à partir de 1994, recense l’ensemble des étrangers admis à un séjour régulier en métropole pour une durée supérieure ou égale à un an, quels que soient leur nationalité, leur âge, leur situation familiale ou professionnelle. Elle inclut donc les entrées de ressortissants d’un pays membre de l’Union européenne (qui ne sont dispensés par la loi de détenir un titre de séjour qu’à partir de 2004), leurs enfants mineurs, ainsi que les étudiants titulaires d’un titre de séjour d’une durée de validité d’au moins un an. En revanche, elle ne comptabilise pas les étrangers de passage, les travailleurs saisonniers, les demandeurs d’asile en attente de décision, les étrangers en situation irrégulière qui ne font aucune démarche auprès des préfectures, etc.
Le chiffrage de l’Ined diffère de celui d’autres organismes français qui appliquent une définition restrictive de l’immigration (en ne tenant pas compte des étudiants notamment) et n’utilisent que partiellement les nouvelles données du ministère de l’Intérieur. Ainsi, les données de l’Omi sont toujours utilisées dans certains chiffrages officiels pour comptabiliser les entrées de ressortissants des pays tiers, les données du ministère de l’Intérieur n’étant exploitées que pour les ressortissants communautaires. En outre, la méthodologie de traitement des données du fichier AGDREF mise au point par l’Ined diffère de celle du ministère de l’Intérieur (notamment en ce qui concerne l’identification du premier titre d’au moins un an) dont la statistique est inappropriée pour la mesure de l’immigration de long terme [7]
Par ailleurs, la France n’est actuellement pas en mesure de comptabiliser les mouvements de Français, ni l’ensemble des flux d’émigration (sorties du territoire). Le solde migratoire estimé par l’Insee ne peut donc qu’être approximatif.
 
I. L’immigration en France de 1994 à 2002
 
 
1. L’immigration en France augmente depuis 1997
L’immigration en France a augmenté presque continûment depuis 1997, après une baisse entre 1994 et 1995, années au cours desquelles 120 000 et 106 000 étrangers avaient respectivement été admis à séjourner régulièrement [8], puis une stabilisation en 1996 (106 000). Le nombre d’admissions a augmenté en 1997 (127 000) et surtout en 1998 (156000). La fin de l’opération de régularisation exceptionnelle en 1998 [9] n’a pas été suivie d’une forte baisse des entrées d’étrangers en 1999 (145 000 contre 156 000 en 1998). La tendance à la hausse s’est poursuivie en 2000 (160 000), accélérée en 2001 (183 000) et confirmée en 2002 (206 000). Le pic atteint du fait de la régularisation en 1998 a donc été dépassé dès 2000 (tableau 1) et le niveau enregistré en 2002 est le plus élevé depuis l’arrêt officiel de l’immigration de travailleurs en 1974 [10]. Le taux de croissance des flux d’immigration, tous âges et toutes nationalités réunies, s’établit à 10,5 % en 2000, 13,9 % en 2001 et 12,6 % en 2002.
Le nombre des entrées de mineurs progresse lentement depuis une vingtaine d’années, et il est actuellement voisin de 15 000 à 16 000 entrées par an (soit près de 9 % du flux total). La progression enregistrée au cours des cinq dernières années ne concerne que les mineurs entrés dans le cadre d’une procédure de regroupement familial (pays tiers hors réfugiés, source Omi), qui sont au nombre de 12 000 au tournant de l’an 2000 contre 9 000 au milieu des années 1990. L’âge auquel ces derniers sont admis au séjour est de plus en plus tardif : 20 % des enfants enregistrés en 2000 sont âgés de moins de 6 ans, contre 31 % en 1990 et 43 % en 1980. Peu auront donc accompli toute leur scolarité en France [11]. Dans la suite de ce texte, nous ne reviendrons plus guère sur cette composante minoritaire de l’immigration, sur laquelle nous manquons d’ailleurs d’informations.

Tableau 1
Immigration régulière de long terme par année D’admission au séjour en France
IMGIMGVariations relatives (par rapport à ...IMGIMF
Variations relatives (par rapport à l’année précédente) Ensemble (majeurs et mineurs) Majeurs et mineurs Total Majeurs dont ressortissants des pays de l’EEE dont ressortissants des pays tiers 1994 119563 – – – – 1995 106180 – 11,2 % – 8,6 % – 6,3 % – 10,2 % 1996 105986 – 0,2 % + 0,5 % – 2,5 % + 2,9 % 1997 127431 + 20,2 % + 22,3 % – 4,0 % + 41,2 % 1998 155879 + 22,3 % + 19,3 % + 4,2 % + 26,7 % 1999 145120 – 6,9 % – 7,1 % – 0,1 % – 10,0 % 2000 160428 + 10,5 % + 12,2 % + 0,7 % + 17,4 % 2001 182694 + 13,9 % + 14,5 % – 2,3 % + 20,9 % 2002 205707 + 12,6 % + 12,9 % + 0,8 % + 16,7 % Champ : France métropolitaine. Sources : ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.

Le nombre d’admissions au séjour prononcées une année donnée n’indique pas directement le nombre de personnes arrivées en France au cours de la même année. En effet, certains étrangers entrés irrégulièrement n’entament aucune démarche auprès de la préfecture et ne sont alors jamais enregistrés. En outre, il existe un décalage entre le moment où une personne arrive sur le territoire et celui où un premier titre de séjour lui est délivré, que cela tienne à la durée de la procédure ou à un séjour irrégulier préalable. L’une des innovations permises par l’exploitation des fichiers du ministère de l’Intérieur réside dans la possibilité de ventiler les nombres de premiers titres de séjour attribués par année d’entrée sur le territoire [12]. Ce mode de présentation des données reflète mieux l’évolution des flux migratoires au cours du temps que la simple comptabilisation par année de début de validité des titres. Une très grande majorité des étrangers admis au séjour une année donnée déclarent être arrivés en France au cours de cette même année, dans une proportion à peu près stable (70 %), à l’exception de la période de régularisation exceptionnelle de 1997-1998. L’accroissement continu depuis 1997 des autorisations de séjour délivrées à des étrangers arrivés dans l’année est donc significatif d’une réelle évolution des flux migratoires. Le nombre de délivrances correspondant à une entrée dans l’année a ainsi presque doublé de 1996 à 2002 : 134000 en 2002 contre 77 000 en 1996 (tableau annexe A. 1).
2. L’immigration par année d’entrée en France
Une partie des étrangers sont arrivés au cours de l’année qui précède celle où ils ont obtenu leur premier titre de séjour d’une durée de validité d’au moins un an, ou même avant, en raison des délais d’instruction (pour les délais les plus courts) ou des sorties de l’illégalité (pour les personnes en situation irrégulière). Pour reconstituer le flux migratoire réel d’une année, il faut donc additionner les titres délivrés au fil du temps qui sont relatifs à des personnes entrées une année donnée : par exemple, les étrangers arrivés en 1994 et obtenant un premier titre la même année constituent l’amorce du flux réel de 1994, qui sera augmenté en 1995 de ceux l’obtenant avec un décalage d’un an, en 1996 de ceux l’obtenant avec un décalage de deux ans, et ainsi de suite, jusqu’à épuisement du flux des délivrances de titres à des étrangers entrés une année donnée. Dans la réglementation actuelle [13], tout séjour irrégulier ayant duré au moins dix ans (quinze ans pour les étudiants) ouvre droit à l’octroi d’une carte de séjour temporaire. Le flux de 1994 pourra donc être à peu près totalement reconstitué vers 2004. Toutefois, il n’est pas impératif d’attendre ce terme pour apprécier la tendance des flux migratoires, compte tenu de la raréfaction progressive des titres délivrés au fil des ans. La comparaison du niveau provisoirement atteint dans les cohortes successives d’entrants, à durée de séjour égale lors de l’obtention du premier titre de séjour, donne une idée de l’évolution réelle des flux, à supposer que le calendrier d’admission ne se modifie pas trop (tableau 2).

Tableau 2
Flux d’immigration par année d’entrée des étrangers arrivés majeurs selon le nombre d’années écoulées au moment de la délivrance du titre de séjour
IMGIMGAnnée d’obtention du premier titre	A...IMGIMF
Année d’obtention du premier titre Année d’entrée en France 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Année n – – – – 74363 69859 68112 72717 80878 90391 100812 114722 120434 Année n + 1 – – – 16996 16441 17194 16863 19102 21120 25987 28879 36609 Année n + 2 – – 4508 2871 2997 4009 4217 4164 5626 9174 12430 Année n + 3 – 2017 1543 1389 2828 3200 1542 2397 4026 7275 Année n + 4 1562 840 1235 2672 3282 1084 1081 1899 2936 Année n + 5 791 909 3315 3388 1064 842 931 1495 Année n + 6 754 2947 4100 1012 748 703 681 Année n + 7 2980 4034 1195 743 583 562 Année n + 8 4303 1158 979 589 557 Année n + 9 1350 813 650 543 Année n + 10 1510 921 942 Année n + 11 1207 1000 Année n + 12 878 – : non disponible; en grisé : régularisation exceptionnelle de 1997-1998. Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF).

Après plusieurs années d’observation, à durée de présence en France égale, le nombre de premiers titres de séjour délivrés aux étrangers arrivés majeurs confirme la baisse des flux migratoires de 1994 à 1996. Le nombre de ceux pour lesquels le délai écoulé entre année d’entrée et année d’admission au séjour régulier se situe entre 0 et 5 ans est ainsi passé de 10 1000 en 1994 à 96 000 en 1995 puis à 93 000 en 1996. Ce recul s’interrompt en 1997. Cette année-là, les entrées réelles déclarées au cours des quatre années qui suivent retrouvent le niveau atteint en 1994 (100 000). Les débuts de cohortes suivantes indiquent une poursuite de la tendance à la hausse. Le flux d’entrées de 1999 reconstitué après trois ans de séjour est déjà de 133 000, soit 42 000 de plus que celui de 1996 reconstitué sur le même laps de temps. C’est 30 % de plus que le flux de 1994 dont le calcul est presque entièrement consolidé.
Cette comptabilisation des premiers titres de séjour par année d’immigration permet de lisser les variations conjoncturelles de la politique d’attribution des titres. En effet, si la mise en œuvre de l’opération de régularisation exceptionnelle de 1997-1998 s’est traduite par une augmentation de 46 % du nombre des admissions de majeurs entre 1996 et 1998, la croissance des entrées dans l’année, reconstituée après quatre ans, a quand même été de 25 %.Le pic lié à la régularisation masque donc un accroissement réel des flux. De même, la baisse des admissions au séjour en 1999 n’est qu’apparente et entièrement due à la fin de la régularisation puisque la hausse des entrées qui démarre en 1997 se poursuit, une fois la régularisation terminée, en 1999 et après (figure 1).
Figure 1
Flux d’immigration de majeurs par année d’entrée en France
IMGIMGFlux d’immigration de majeurs par année d’entrée e...IMGIMF
Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF).
En 2002, après plus de cinq ans d’observation, le niveau des flux réels reconstitués pour les années 1994-1996 est proche de celui des admissions prononcées durant ces mêmes années. Des personnes arrivées pendant cette période sont encore susceptibles d’être régularisées au cours des prochaines années, du fait des dispositions permanentes de régularisation. Les tendances plus récentes montrent que les étrangers régularisés constituent toujours une part importante de l’ensemble des personnes admises au séjour au cours d’une année donnée : en 2002, sur les 188000 premiers titres délivrés à des majeurs, 31 000 l’ont été à des personnes déclarant être arrivées avant 2001. Alors que 1997 et 1998 ont été des années propices au dévoilement de flux réels antérieurs, du fait de l’opération de régularisation exceptionnelle, les flux d’entrée qui apparaissent a posteriorisont en constant accroissement au cours des années suivantes. Ainsi, on a délivré plus de titres à des étrangers entrés l’année précédente en 2002 (36609) qu’en 2001 (28 879), en 2001 qu’en 2000 (25 987), en 2000 qu’en 1999 (21 120) et en 1999 qu’en 1998 (19 102). De même, en 2002, on a enregistré plus d’admissions d’étrangers entrés en 2000 (12430) qu’on avait délivré de titres en 2001 à des étrangers entrés en 1999 (9 174), ce qui était encore supérieur au nombre de titres délivrés avec deux ans de décalage en 2000 (5 626, équivalent au niveau observé du temps de la régularisation exceptionnelle de 1997-1998). Autrement dit, les régularisations, deux ans après l’entrée, sont devenues très supérieures, en nombre absolu, à ce qu’elles étaient du temps de la régularisation exceptionnelle. En termes relatifs, entre 1998 et 2002, les titres délivrés l’année qui suit l’entrée en France ont augmenté beaucoup plus que ceux délivrés l’année même de l’entrée (92 % contre 49 %). Il en va de même lorsque s’accroît le décalage entre année de délivrance du titre et année d’entrée, au moins pour les premières années. Ainsi, on a donné plus de trois fois plus de titres à des personnes déjà là depuis deux ans en 2002 qu’en 1998 (contre toujours + 49 % pour les entrants de l’année). Ces évolutions reflètent en partie, avec décalage, la hausse des flux d’entrées depuis 1997, que les admissions de l’année prennent inégalement en compte. Par ailleurs, la régularisation exceptionnelle de 1997-1998 a surtout fait diminuer un stock d’étrangers en situation irrégulière en moyenne plus ancien : les régularisés après cinq ans de séjour étaient trois fois plus nombreux en 1998 qu’en 2002. Il n’empêche, cette opération exceptionnelle n’a pas remis entièrement les compteurs à zéro puisqu’on retrouve encore parmi les admissions au séjour, en 2002 par exemple, des étrangers entrés dans les années antérieures à la procédure de régularisation exceptionnelle de 1997-1998. Les régularisations forment donc une composante permanente des flux. Dans la suite de cet article, les statistiques présentées se réfèrent à l’année d’admission.
3. Immigration libre et immigration réglementée
Le nombre des titres de séjour d’au moins un an délivrés à des étrangers majeurs ressortissants de pays de l’Espace économique européen, qui bénéficient de la liberté de circulation, varie peu : un peu plus de 40000 depuis plusieurs années (cf. tableau annexe A.1). L’augmentation globale des flux d’immigration en France résulte donc de celle des étrangers majeurs ne bénéficiant pas de la liberté de circulation (ressortissants des pays tiers). Avec 149000 entrées en 2002, ils constituent la composante la plus importante du flux total (72 % des entrées de majeurs et mineurs en 2002), qui est au centre de l’attention puisqu’elle est le reflet de la politique migratoire. D’année en année, les ressortissants des pays tiers représentent une part croissante du total des admissions au séjour, mais leur nombre connaît des variations spectaculaires : de 1996 à 1997, il s’est accru de plus de 40 % en raison notamment de la régularisation de plusieurs dizaines de milliers d’étrangers, puis a chuté de 10 % entre 1998 et 1999 quand cette opération a pris fin; il s’est accru de plus de 20 % entre 2000 et 2001 à la faveur de la croissance économique, et a encore augmenté de près de 17 % en 2002 (tableau 1). Cependant, compte tenu de la liberté de circulation, il est possible qu’une partie des ressortissants des pays membres de l’EEE se soient abstenus d’accomplir les formalités administratives requises pour obtenir un titre de séjour, notamment les étudiants européens effectuant des séjours temporaires. Les prochaines années devraient être marquées par une désaffection croissante car depuis 2004 la délivrance des titres de séjour EEE est devenue facultative. D’après une étude fondée sur l’exploitation d’une série d’enquêtes sur l’emploi (enquêtes sur les forces de travail d’Eurostat de 1995 à 2000), environ 40 % de l’immigration étrangère en France serait attribuable à des entrées de ressortissants d’un État membre de l’Union (soit le niveau observé en 1994-1996) d’après nos propres données [14]. Dans cette optique, le nombre total d’entrées (y compris celles qui échappent à l’observation) pourrait être substantiellement relevé pour la période récente. La baisse relative du poids des ressortissants des pays de l’EEE dans les flux d’immigration est sans doute en partie attribuable à une baisse de la couverture des fichiers du ministère de l’Intérieur pour cette catégorie d’immigrants.
4. Le brassage migratoire : vers une réduction de l’éventail des origines géographiques ?
Les ressortissants des pays d’Afrique ont conforté leur première place dans le classement des flux d’immigration par origine géographique, avec 45,9 % du total des admissions au séjour en 2002 (37,2 % en 1999). Ils devancent les Européens (Turcs inclus) dont la part atteint 32,5 % en 2002 (contre 42,1 % en 1999) (figure 2). Si l’on raisonne par rapport à la configuration actuelle de l’Union, les originaires des dix nouveaux pays accédants à l’Union européenne depuis le 1ermai 2004 [15] représentent en 2002 9,1 % du total des flux émanant des 24 partenaires européens de la France. Les ressortissants des pays du Maghreb forment toujours les deux tiers de l’immigration africaine (66,9 % en 2002), loin devant les originaires des pays sub-sahariens anciennement français (25,8 %). Les étrangers venus d’Asie (12,2 % en 1999, 14,1 % en 2002) et d’Amérique (respectivement 7,9 % et 7,1 %) arrivent loin derrière. L’établissement de ressortissants nord-américains devient minoritaire dans l’immigration transatlantique, passant de 53,9 % en 1999 à 43,7 % en 2002. L’immigration africaine (en particulier du Maghreb) et asiatique sont les plus dynamiques : elles ont progressé annuellement de près de 20 % au cours des deux dernières années (contre + 13 % toutes nationalités réunies).
Figure 2
Répartition de l’immigration régulière de long terme en France par grande zone géographique d’origine (en %)
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Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.
En 2002, les huit principaux pays d’origine des étrangers admis au séjour sont l’Algérie (28 000), le Maroc (26 000), le Royaume-Uni, la Tunisie et la Chine (9 000), la Turquie (8000), l’Allemagne et le Portugal (7 000). La progression absolue et relative en 2000, 2001 et 2002 des effectifs d’Algériens et de Marocains consolide leurs positions respectives aux deux premiers rangs (figure 3 et tableau annexe A.3 [16]). Au cours des six dernières années, le flux de Marocains a connu une croissance continue, quand celui des Algériens a été plus irrégulier. Le Royaume-Uni est le seul courant de l’Union européenne à rester en bonne place (4een 1999 et 3een 2002). En revanche, l’Allemagne, qui jusqu’en 2000 figurait dans les trois premiers pays, a décroché en 2000-2002 et n’est plus qu’au septième rang. Le Portugal connaît le même déclassement en passant de la 5eplace (1999) à la 8e place (2002). Il est difficile de savoir si la désaffection des Européens pour les formalités administratives nécessaires à l’obtention d’un titre de séjour est variable selon les nationalités.
Figure 3
Évolution des flux issus des huit premiers pays d’émigration régulière de long terme en 2002, France (en % des admissions de majeurs et mineurs)
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Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.
Les ressortissants chinois émergent dans ce classement, en passant de la 12e à la 5e place entre 1999 et 2002 [17]. L’essor du flux de Tunisiens (du 8e rang en 1999 au 4e en 2002) est à peine moins remarquable. Le flux de Turcs (6e en 2002), le plus stable en valeur relative, laisse désormais aux flux allemand et portugais le soin de fermer ce classement des huit principaux pays d’émigration vers la France. L’Italie se trouve ainsi évincée de ces principaux pays, parmi lesquels elle figurait encore en 2000. Les entrées d’Allemands, de Britanniques et de Portugais dont le nombre se confondait au milieu des années 1990 avec celui des Marocains et des Algériens sont aujourd’hui bien inférieures, dessinant une évolution en ciseau entre ces deux dernières nationalités qui représentent chacune un peu moins de 15 % du flux total d’immigration, quand les autres nationalités principales ne pèsent plus qu’un peu moins de 5 %.Si les tendances se prolongent, on verra d’ici quelques années la Tunisie et la Chine se démarquer de ce dernier peloton.
Les originaires des huit premiers pays d’émigration vers la France représentent 52,1 % du total des admissions au séjour en 2002, contre 44,9 % en 1999 et 51,6 % en 1994. Le phénomène d’accroissement de l’éventail des origines que l’on observait au cours des années antérieures marque le pas, quel que soit le nombre de nationalités prises en compte dans la mesure.
La dimension linguistique permet d’apprécier la proximité culturelle entre la société d’accueil et ses immigrés. Sans information sur la maîtrise de la langue française par les immigrés arrivant en France, dans les données administratives comme dans les enquêtes récentes de l’Insee [18], il est néanmoins possible de se fonder sur la nationalité des nouveaux immigrés pour estimer d’une part l’immigration « francophone » [19], d’autre part l’immigration « anglophone » [20]. L’enquête Mobilité géographique et insertion sociale de 1992 avait en effet attesté du lien étroit entre certains pays d’origine et la maîtrise de la langue française [21]. Ainsi, d’après le découpage retenu (soit les 27 pays où le français est langue officielle et les 3 pays du Maghreb), 43 % des immigrants en France au cours des années 1999-2001 seraient des ressortissants d’un pays de l’aire d’influence francophone et 11,6 % seraient venus de pays de l’aire d’influence anglophone. On assiste à un essor de l’immigration « francophone », qui ne représentait que 32,2 % des flux en 1994-1996, et à une érosion de l’immigration anglophone (15,7 % en 1994-1996). La progression de l’immigration francophone reflète l’essor de l’immigration maghrébine, mais pas seulement puisque les flux issus des pays où le français est langue officielle sont aussi un peu plus importants. Les flux issus de pays anglophones ont également progressé si l’on met de côté l’immigration en provenance des États-Unis qui diminue. Au total, dans le contexte de la mondialisation, la connaissance de la langue et, au-delà, les liens culturels et les réseaux traditionnels implantés en France continuent d’agir avec force sur les flux migratoires.
5. Les motifs de l’immigration : une notion difficile à appréhender
Rappelons que les étudiants obtenant un titre de séjour d’une durée d’un an sont inclus dans l’immigration de long terme. Leur nombre total croît régulièrement depuis 1998, au même rythme que l’immigration familiale (membres des familles d’étrangers et de Français). On a comptabilisé plus de 55 000 nouveaux étudiants en 2002, contre un peu moins de 37 000 en 1999 (tableau annexe A.2), soit désormais 27 % de l’immigration totale. Cet essor se produit en dépit d’une baisse des admissions d’étudiants venant de l’Union européenne. En effet, alors que depuis de nombreuses années, leur nombre fluctuait autour de 11 000, il a chuté depuis : 9 700 en 2000, 7 800 en 2001, puis 7 300 en 2002. Il est probable que les facilités d’installation accordées aux étudiants de l’Union européenne les conduisent plus souvent à négliger les démarches d’obtention d’un titre de séjour. La baisse de l’ordre de - 37 % entre 1999 et 2002 est sans doute artificielle car les flux d’étudiants en provenance des autres pays de l’OCDE (Amérique du Nord, Japon, Corée du Sud) ont quant à eux augmenté (+ 22 %). L’effectif total des étudiants venus des pays tiers a fortement progressé, passant de 25 000 en 1999 à 48 000 en 2002 (soit + 92 % depuis 1999). Les courants de quelque importance les plus dynamiques sont ceux en provenance du Maghreb (+ 145 %), de Chine (+ 257 %) et du Sénégal (+103 %). D’après la classification par aire d’influence linguistique adoptée plus haut, 37 % des étudiants accueillis en France en 1999-2001 sont issus de pays francophones (contre 25 % en 1994-1996). Si l’on en juge par leur âge, les étudiants des pays tiers viennent le plus souvent compléter un cursus supérieur commencé à l’étranger puisque les moins de 22 ans ne représentent que le tiers des effectifs; à l’opposé, la part des étudiants de plus de 30 ans, voire de plus de 35 ans, régresse par rapport à ce qu’elle était avant 1997. Les étudiants de l’Union européenne forment une population féminisée (175 filles pour 100 garçons) tandis que la répartition par sexe est beaucoup plus équilibrée parmi les étudiants venus des pays tiers (90 filles pour 100 garçons). Parmi ces derniers, les originaires du Maghreb se distinguent par une forte prédominance des garçons (près de 40 filles pour 100 garçons).
Moins de 30 000 étrangers seraient venus en France pour travailler en 2001, chiffre qui n’inclut pas les travailleurs saisonniers ou temporaires et les entrées dites « indirectes » sur le marché du travail des personnes se portant rapidement sur le marché de l’emploi après avoir été admises au séjour pour un autre motif réglementaire [22]. J.-F. Léger estime que, parmi ces dernières, une personne sur deux entre, en moyenne, sur le marché du travail l’année même de son arrivée sur le territoire français : ainsi, plus de 40 000 individus se seraient portés sur le marché du travail en 2001, munis d’un premier titre de séjour autre que professionnel [23]. En faisant nôtre cette estimation, on aboutit à un total de 70 000 individus qui se destinent à travailler à brève échéance, ce qui porterait leur part à près de 40 % de l’ensemble des immigrants de la période 1999-2001 (au lieu de 16 % si l’on se limite à la mention apposée sur le titre). Le même calcul peut être fait en distinguant selon l’origine géographique des étrangers : la moitié des migrants de l’espace communautaire viendraient pour travailler à titre principal ou secondaire (au lieu de 38 %), et ce serait le cas du tiers des citoyens des pays tiers (au lieu de 8 %). Nous reviendrons sur ces chiffres dans la deuxième partie de l’article. Les étrangers admis officiellement en France pour travailler sont souvent des hommes (seulement 45 femmes pour 100 hommes ressortissants des pays tiers). Ce sex-ratio, s’il pouvait être calculé sur l’ensemble des personnes qui souhaitent travailler, serait probablement plus équilibré.
En 2002, 84 000 personnes ont été admises à séjourner en France pour un motif familial (mineurs et majeurs ayant obtenu un titre attribué en raison de liens familiaux), contre 56 000 en 1999. Ce chiffre comptabilise, d’une part, les adultes et les enfants qui rejoignent un membre de leur famille de nationalité étrangère dans le cadre de la procédure de regroupement familial et, d’autre part, les membres de familles de Français (qui sont la plupart du temps des conjoints de Français). Ces flux évoluent à un rythme différent, le premier croissant plus lentement que le second. En 2002, l’effectif des membres de famille de Français (44 500) dépasse celui des membres de famille d’étranger, mineurs compris (39 500), alors que c’était l’inverse en 1999. C’est le résultat d’un accroissement relatif de 82 % pour le premier et de 26 % pour le second. Toutefois, dans les deux types de migrations familiales, les courants migratoires prépondérants restent les mêmes que ceux observés les années passées : les personnes venues des pays du Maghreb et de la Turquie sont les plus nombreuses et représentent dans les deux cas une entrée sur deux. Une indication des spécificités de ces deux types de migration familiale est repérable à travers le sexe (tableau 3) : alors que les migrants qui rejoignent un conjoint étranger sont en 1999-2001 deux fois plus souvent des femmes que des hommes (218 femmes pour 100 hommes), le rapport des sexes est nettement plus équilibré dans le cas des conjoints de Français (117 femmes pour 100 hommes). En 1994-1996, ces rapports étaient respectivement égaux à 289 et 131. L’immigration en provenance des pays tiers se masculinise.

Tableau 3
Sex-ratio des étrangers admis au séjour selon le motif de délivrance du premier titre, 1999-2001 (nombre de femmes pour 100 hommes)
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Tous motifs Dont Étudiant Travailleur Conjoint d’étranger Conjoint de Français Ensemble des pays EEE 104 175 60 785 110 Ensemble des pays tiers 102 90 45 218 117 dont : Maroc 75 38 29 202 74 Tunisie 53 44 21 300 27 Algérie 95 45 63 419 80 Turquie 77 110 18 157 38 Chine 128 128 47 165 639 Sources : ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.

La procédure de regroupement familial recouvre des situations diverses : trajectoires classiques où la famille restée au pays (le plus souvent des femmes, accompagnées ou non d’enfants) rejoint l’étranger venu travailler en France, mais aussi venue en France de personnes qui se sont mariées avec un migrant lui-même venu dans l’enfance et encore de nationalité étrangère (cela concerne donc aussi des hommes). L’immigration de conjoints de Français, quant à elle, résulte des mariages d’enfants d’immigrés, nés en France et donc Français, avec un étranger du pays d’origine des parents et des mariages avec des Français sans ascendance immigrée. La dynamique classique du regroupement familial, qui a succédé à la venue de travailleurs après l’arrêt officiel de l’immigration de main-d’œuvre, pourrait marquer le pas, la plupart des immigrants de ces vagues ayant déjà fait venir leur famille. En revanche, l’immigration à caractère familial pourrait davantage être liée aux mariages contractés par les enfants d’immigrés vivant en France, qu’ils aient ou non acquis la nationalité française [24]. Les pratiques de mariage dans le pays d’origine des enfants d’immigrés scolarisés en France sont plus fréquentes dans les familles turques que dans les familles marocaines ou algériennes. Cependant, comme l’avait montré l’enquête MGIS de 1992, les mariages d’enfants de Turcs vivant en France avec des Turcs résidant en Turquie concernent aussi massivement les filles que les garçons [25]. Dans ces conditions, la surmasculinité observée parmi les conjoints de Français qui immigrent de Turquie laisse à penser que les mariages avec des Françaises sans ascendance immigrée sont plus fréquents que pour d’autres nationalités. D’autant que les filles et fils d’immigrés turcs nés en France (seconde génération) sont encore trop jeunes pour induire des migrations familiales (ils étaient, pour les trois quarts, âgés de moins de 18 ans en 1999 [26])
6. Le renouvellement des titres de séjour
Dans une étude antérieure, nous avions établi dans quelle proportion les étrangers détenteurs d’un premier titre de séjour délivré au cours des années 1994-1996 avaient obtenu son renouvellement à l’issue de sa période de validité [27]. En pratique, le calcul doit se limiter aux premiers titres de séjour dont la durée n’excède pas un an, car l’observation des titres plus longs pose des problèmes insolubles. Cette étude avait montré que la fréquence du renouvellement est étroitement dépendante du motif d’admission lors de la délivrance du premier titre (les membres de famille obtenant pour la plupart un nouveau titre, à l’opposé des étudiants pour lesquels cette proportion était voisine de 40 %, tandis que les travailleurs se situaient en position intermédiaire) et que les taux de renouvellement des titres de séjour délivrés à des ressortissants communautaires étaient très nettement inférieurs à ceux des ressortissants des pays tiers. Enfin, grâce à cet indicateur, cette étude fournissait une estimation de la fréquence des retours des migrants récents. Les données récentes du ministère de l’Intérieur permettent d’étudier l’évolution de ces phénomènes des années 1994-1996 aux années 1997-1999.
La proportion de titres renouvelés reste inchangée pour les ressortissants d’un pays membre de l’EEE : un étranger sur trois reçoit un nouveau titre de séjour à l’expiration du premier (31,4 % pour les titres délivrés en 1997-1999, contre 33,3 % au cours de la période précédente). Les étrangers originaires des pays de l’EEE titulaires d’un premier titre d’un an sont majoritairement des étudiants, et certains peuvent prolonger leur séjour en France de quelques mois sans faire une démarche de renouvellement. En revanche, les fréquences de renouvellement ont augmenté pour les ressortissants d’un pays tiers : 73,7 % des premiers titres délivrés en 1994-1996 avaient été renouvelés contre 84 % au cours des années récentes. Cette progression est sensible pour les étrangers admis en tant qu’étudiants (60,8 % en 1994-1996 contre 65,3 % en 1997-1999) ou travailleurs (respectivement 83 % et 94,2 %). L’augmentation de la proportion d’étudiants dont le séjour est prolongé confirme, s’il en était besoin, la nécessité de ne pas les occulter de la statistique de l’immigration. Pour les travailleurs étrangers, la progression s’explique par le fait que la plupart des étrangers ayant bénéficié de l’opération de régularisation exceptionnelle de 1997-1998, dont les titres ont été presque systématiquement renouvelés, ont été classés sous ce motif. Toutefois, le maintien en France d’une proportion croissante de travailleurs avait déjà été observé au fil des années 1994 à 1996.

Tableau 4
Fréquence de renouvellement* des premiers titres de séjour D’une durée égale à un an délivrés en 1994-1996 et 1997-1999 selon le motif de délivrance et la nationalité (en %)
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Motif de délivrance du premier titre Pays EEE Pays tiers 1994-1996 1997-1999 1994-1996 1997-1999 Ensemble dont : 33,3 31,4 73,7 84,0 Famille de Français 91,8 96,0 95,3 95,7 Famille d’étranger 68,6 67,7 92,8 92,9 Travailleur 57,3 56,7 83,0 94,2 Visiteur – – 75,1 77,2 Étudiant 21,1 19,8 60,8 65,3 * Renouvellements enregistrés au plus tard deux ans (révolus) après l’expiration du premier titre. Champ : premiers titres délivrés à des immigrés arrivés en France métropolitaine après 18 ans (hors récépissé de demande de carte de séjour et autorisation provisoire de séjour). Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF).

Le remplacement du premier titre peut se faire à l’identique, avec un nouveau titre de même durée, ou bien donner lieu à la délivrance d’un titre de durée plus longue, cinq ou dix ans. La transformation d’un titre d’un an en un titre beaucoup plus long constitue pour l’étranger un élément de sécurité. Observer l’évolution de ce paramètre au fil du temps est donc de première importance. Les résultats pour les ressortissants des pays de l’EEE, qui bénéficient d’un droit d’installation, n’ont d’intérêt qu’en tant que valeur de comparaison pour apprécier la situation des ressortissants des pays tiers. Pour ces derniers, la législation prévoit que seul le conjoint (et ses enfants âgés d’au moins 16 ans) a droit à la transformation d’un titre d’un an en une carte de résident de 10 ans dès le premier renouvellement, à condition qu’il soit marié depuis au moins un an avec un Français ou que le conjoint étranger soit lui-même devenu titulaire d’un titre de durée analogue.

Tableau 5
Proportion d’étrangers obtenant un titre de séjour de cinq ou dix ans après un premier titre d’un an* selon le motif et la période de délivrance du premier titre (en %)
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Année de délivrance du premier titre Motif de délivrance du premier titre 1994-1996 1997-1999 Ensemble pays EEE 13,0 12,7 Ensemble pays tiers 12,1 18,0 dont : Famille de Français 59,4 76,3 Famille d’étranger 17,5 12,0 Travailleur 4,9 6,4 Visiteur 3,4 3,1 Étudiant 0,4 0,3 * Renouvellements enregistrés au plus tard deux ans (révolus) après l’expiration du premier titre. Champ : premiers titres délivrés à des immigrés arrivés en France métropolitaine après 18 ans (hors récépissé de demande de carte de séjour et autorisation provisoire de séjour). Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF).

Parmi les ressortissants des pays tiers, alors que 59,4 % des conjoints de Français admis temporairement au séjour en 1994-1996 (c’est-à-dire pour une durée d’un an) avaient obtenu une carte de résident valable 5 ou 10 ans l’année suivante, ce n’était le cas que de 17,5 % des conjoints d’étranger, soumis à l’évolution du droit au séjour du conjoint. Sauf changement de situation familiale, travailleurs et étudiants doivent, suivant la législation, patienter beaucoup plus longtemps pour être autorisés à faire la demande d’une carte de résident (respectivement au moins 3 et 15 ans).
Entre les années 1994-1996 et les années 1997-1999, les membres de famille de Français ont vu leur droit au séjour s’améliorer nettement : la proportion de ceux qui ont obtenu un titre de séjour d’une durée de validité de 5 ou 10 ans à l’expiration de leur premier titre d’un an est passée de 59,4 % à 76,3 %, tandis que cette proportion a reculé parmi les membres de famille d’étranger (de 17,5 % à 12 %). Les changements législatifs au cours de la décennie 1990 n’ont pourtant pas modifié les conditions d’attribution de la carte de résident [28]. Cependant, la loi du 11 mai 1998 a élargi les conditions d’octroi de plein droit d’une carte de séjour temporaire et il se pourrait donc que la modification de la proportion d’étrangers qui se voient attribuer un titre de dix ans à l’expiration de leur premier titre d’un an reflète un changement dans la formation des populations concernées par cette éventuelle transformation.
Ces chiffres permettent enfin de porter un regard sur le devenir des étrangers régularisés en 1997-1999 (classés parmi les travailleurs) : très peu se sont vus attribuer une carte de résident à l’expiration du titre ayant régularisé leur situation. La plupart demeurent avec un titre d’un an.
7. L’accès au premier titre d’au moins un an
L’obtention d’un premier titre de séjour d’une durée de validité d’au moins un an est l’événement par lequel les entrées d’immigrants de long terme sont repérées. Cette convention laisse dans l’ombre le parcours qui a précédé l’octroi de ce titre. Pourtant, lorsque survient une opération exceptionnelle de régularisation, les statistiques font apparaître des étrangers présents de manière irrégulière en France depuis plusieurs années. Le but de cette analyse est d’identifier, en dehors de telles opérations, les étrangers ayant obtenu un titre de séjour après un séjour irrégulier. Pour éclairer ce phénomène, nous ne pouvons nous appuyer sur les motifs de délivrance des titres, qui ne sont pas codifiés de manière suffisamment précise dans le fichier AGDREF pour identifier de tels parcours [29], mais nous pouvons exploiter d’autres informations. Comme nous l’avons vu plus haut, les étrangers sont fréquemment admis au séjour avec un décalage d’une ou plusieurs années : en 2002, c’est le cas de 24 % des ressortissants des pays de l’Espace économique européen et de 38 % de ceux des pays tiers. Ce constat peut être affiné en observant le délai qui sépare la date d’entrée et la date de délivrance du tout premier document de séjour, quels qu’en soient la durée de validité et le type,ce document pouvant n’être qu’un simple récépissé de demande de titre de séjour (valable 3 mois), voire une autorisation provisoire de séjour (1 mois) généralement délivrée aux demandeurs d’asile [30]. La date de ce premier document - qui a précédé la délivrance d’un premier titre d’au moins un an dans un cas sur trois, et est identique dans deux cas sur trois - constitue le point d’origine de l’historique de l’ensemble des titres détenus par chaque étranger, et elle est désignée ici comme la date de premier contact [31]
Soulignons toutefois que le repérage de ce premier contact se borne à explorer l’historique des titres de séjour délivrés, alors qu’en réalité, l’étranger peut avoir été d’abord connu de l’administration suite à une mesure de reconduite à la frontière ou à une demande de titre de séjour infructueuse (refus de séjour). Nous négligeons ici la première éventualité et détaillons la suivante. L’exploitation d’AGDREF a permis d’observer le décalage entre le rang du premier document (par définition 1) et le rang de la demande dont il résulte. Pour la grande majorité (88 %) des étrangers enregistrés avec un an de retard, aucune demande de titre de séjour antérieure à ce premier contact n’est repérable dans leur dossier AGDREF [32]. Sauf à penser que les préfectures aient jugé irrecevable leur première demande d’examen - et par conséquent aient refusé jusqu’à l’ouverture d’un dossier (ce qui est une possibilité vraisemblable) -, il semble que cette population ait été véritablement clandestine jusqu’à l’obtention de la première autorisation de séjour; l’appellation « premier contact » pour désigner la délivrance de la toute première autorisation se justifie donc dans la majorité des cas.
D’après la loi, tout étranger désirant rester plus de trois mois en France doit faire la demande d’un titre de séjour. Passé ce délai, débute en principe l’irrégularité. Toutefois, afin de rester souple dans le décryptage des situations, considérons qu’il y a eu séjour irrégulier à partir d’un seuil un peu plus élevé, en prenant par exemple une année révolue [33]. En dehors des années de régularisation qui ont pour effet de provoquer une augmentation des prises de contact avec les préfectures, le nombre de premiers contacts d’individus en situation irrégulière s’établit à 13 000 en 1999, 14 000 en 2000, 18 000 en 2001, puis bondit à 29 000 en 2002 soit un nombre cumulé de 75 000 personnes. Il s’agit donc d’une estimation minimale des nouveaux séjours irréguliers puisque ne sont pas prises en compte les personnes interpellées ni celles qui vivent totalement clandestinement ou qui auront ce premier contact au cours des années prochaines.
Limitons-nous maintenant aux étrangers qui ont fini par être admis au séjour, c’est-à-dire à ceux qui ont obtenu un véritable titre [34]. C’est évidemment au cours des deux années de régularisation exceptionnelle que la part des admissions au séjour après une période irrégulière dans le total des admissions est la plus importante (25 % en 1997, 29 % en 1998). De 1999 à 2002, environ une admission sur dix aurait un effet de régularisation (tableau 6). Cette proportion est un peu plus forte en 1999, du fait probablement de quelques dossiers de l’opération exceptionnelle de régularisation restant à traiter. Elle diminue légèrement ensuite, mais remonte en 2002. Ces séjours débutés dans l’irrégularité donnent lieu, en moyenne, à la délivrance d’environ 12 000 titres de séjour au cours des années 1999-2001 (mais 20 000 en 2002). Les individus régularisés en 1999-2001 sont pour la plupart présents en France depuis de nombreuses années (71 % sont arrivés avant 1998, contre seulement 2 % pour ceux admis après avoir séjourné moins d’un an avant leur prise de contact).

Tableau 6
Durée écoulée entre la date d’arrivée en France et la date du premier contact avec la prefecture par année d’admission au séjour (en %)
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1997 1998 1999 2000 2001 2002 Moins d’un an 74,6 70,7 87,5 88,9 90,0 87,7 Un an ou plus 25,4 29,3 12,6 11,1 10,0 12,3 Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 Champ : ressortissants des pays tiers arrivés majeurs. Lecture : sur 100 étrangers ressortissants des pays tiers arrivés majeurs admis au séjour en 2001, 90 ont vécu en France moins d’un an avant de se faire connaître de l’administration et 10 étaient là depuis plus longtemps. Source : ministère l’Intérieur (AGDREF).

L’origine géographique des étrangers ayant débuté leur vie en France par un séjour irrégulier d’au moins un an, puis régularisés en 1997-1998, est assez semblable à celle établie dans le cadre de notre bilan de l’opération de régularisation exceptionnelle de 1997-1998 [35] : prédominance des Africains (75 % dans cette nouvelle estimation au lieu de 71 %) et présence non négligeable des Asiatiques (13 % contre 16 %) [36]. La répartition par nationalité des étrangers régularisés en 1999-2001, en dehors de toute opération exceptionnelle, rappelle grosso modocelle de la période antérieure. Cependant, elle révèle l’émergence de nouvelles sources d’immigration irrégulière : les Ivoiriens et les Camerounais arrivaient assez loin dans le classement en 1997-1998, alors qu’ils figurent désormais aux 5e et 6e places (figure 4). C’est aussi le cas des Marocains et des Tunisiens. En revanche, les Algériens, mais surtout les ex-Zaïrois et les Chinois, nombreux parmi les bénéficiaires de la régularisation exceptionnelle, le sont beaucoup moins dans les régularisations routinières des années qui suivent. Rappelons que ces deux dernières nationalités étaient en 1997-1998 formées pour moitié d’anciens demandeurs d’asile déboutés. Le sex-ratio s’est également modifié : équilibré parmi les bénéficiaires de la régularisation exceptionnelle, il se caractérise maintenant par une surreprésentation masculine (on compte seulement 65 femmes pour 100 hommes régularisés). Il semble donc que les régularisations « au fil de l’eau » prononcées au cours de la période récente sélectionnent d’autres types de parcours. Cela s’explique probablement par le fait que la durée moyenne passée en situation irrégulière était beaucoup plus longue pour les bénéficiaires de la régularisation exceptionnelle. Ces régularisations « au fil de l’eau » ne mentionnent explicitement un motif de régularisation que dans 15 % des cas. Les séjours en France débutés dans l’irrégularité concernent surtout des étrangers entrés comme membres de famille (50 %, dont 32 % de conjoints de Français), travailleurs (15 %) ou admis en raison de leur mauvais état de santé (7 %) [37]. Il est vraisemblable que les membres de famille entrent en France avec un visa de court séjour et négligent pendant un temps d’effectuer les formalités nécessaires à l’obtention d’un titre de séjour. Cette situation est rare chez les étudiants pour lesquels la prise de contact avec l’administration suit de peu l’arrivée sur le territoire.
Figure 4
Répartition (en %) des étrangers régularisés après avoir passé au moins une année en France en séjour irrégulier, selon la nationalité et la période d’admission (ressortissants majeurs des pays tiers)
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Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF).
La part prépondérante des originaires du Maghreb parmi les bénéficiaires des régularisations « au fil de l’eau » est structurellement liée au caractère dominant du flux émanant de cette zone. Nous avons donc rapporté, pour chaque nationalité, le nombre de séjours irréguliers identifiés à l’ensemble des admissions au séjour de l’année, et ce pour la période récente (1999-2001). Soulignons que cet indicateur ne permet pas de mesurer la fréquence globale des séjours irréguliers mais seulement celle des admissions au séjour qui sont prononcées après une période en situation irrégulière ayant duré au moins un an. Toutes nationalités des pays tiers réunies, en moyenne sur la période 1999-2001, 11 % des étrangers majeurs admis au séjour ont au préalable été en situation irrégulière (ce chiffre moyen se retrouve dans les valeurs indiquées au tableau 6). Les nationalités qui contribuent massivement aux séjours irréguliers affichent toutes, à l’exception de la Chine et de la Turquie, une fréquence supérieure à cette moyenne : l’importance numérique des situations irrégulières est donc pour partie la résultante de parcours spécifiques. Les contrastes par nationalités sont saisissants : seuls 6 % des Chinois et 7 % des Turcs récemment admis au séjour ont été en situation irrégulière, alors que c’est le cas de 61 % des Philippins (figure 5, page précédente). Si ces derniers affichent un taux dix fois supérieur à celui des Turcs ou des Chinois, ce n’est pas que leur propension à séjourner irrégulièrement soit nécessairement plus grande, mais, qu’en pareille situation, ils entament plus rapidement les démarches administratives pour se mettre en règle. Parmi les Africains, les Marocains et les Algériens, deux nationalités qui ont été amplement concernées par la régularisation exceptionnelle de 1997-1998, sont peu nombreux à avoir été régularisés après. Les quelques nationalités représentatives des courants émergents d’Afrique sub-saharienne, peu présents lors de la régularisation exceptionnelle, se caractérisent désormais, au contraire, par des parcours fréquemment débutés en situation irrégulière (Cameroun, Côte d’Ivoire), voire très fréquemment (Comores, Mali).
Figure 5
Proportion (en %) d’étrangers régularisés ayant passé au moins une anée en France en séjour irrégulier parmi l’ensemble des étrangers admis au séjour en 1999-2001, selon la nationalité (ressortissants majeurs des pays tiers)
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Source : ministère de l’Intérieur (AGDREF).
L’analyse de l’opération de régularisation exceptionnelle de 1997-1998 avait montré grosso modol’existence de deux catégories d’étrangers candidats à la régularisation : d’une part, les étrangers faisant valoir des liens familiaux (environ les trois quarts des candidats), d’autre part les demandeurs d’asile déboutés. Ces derniers étaient assez systématiquement connus de l’administration avant la régularisation exceptionnelle du fait du dépôt de leur demande d’asile, et ils représentaient 23 % des candidats à la régularisation. Ils semblent peu nombreux parmi les étrangers qui auraient bénéficié d’une mesure de régularisation en 1999-2001, l’opération exceptionnelle des années précédentes ayant réglé bon nombre de situations. L’augmentation du nombre des demandes d’asile depuis 1998, associée à des taux d’attribution du statut de réfugié inchangés, ne se traduit donc pas encore dans les statistiques d’admission.
 
II. Une comparaison franco-britannique
 
 
Les comparaisons internationales des flux d’immigration constituent un exercice difficile en raison de la diversité des systèmes d’observation existants d’un pays à l’autre (registre de population, fichier des permis de séjour, enquête aux frontières, etc.) et des différences de définition de la migration internationale. Un certain nombre de pays de l’Union européenne appliquent déjà les recommandations des Nations unies concernant le seuil d’une durée de séjour d’un an et d’autres convergeront sans doute vers cette norme, actuellement promue par Eurostat et la Commission européenne [38]. Le champ des comparaisons possibles devrait donc s’élargir peu à peu. Au sein de l’Europe, le Royaume-Uni est l’un des pays qui ont fait leur très tôt la définition préconisée par les Nations unies. De plus, la taille de sa population est similaire à celle de la population française (environ 60 millions d’habitants), ce qui facilite la comparaison entre les deux pays. Toutefois, on ne peut ignorer les différences entre les deux systèmes d’observation des flux d’immigration en vigueur : fondé sur un décompte exhaustif d’informations d’origine administrative dans le cas de la France, il consiste en un sondage statistique auprès d’un échantillon de personnes dans le cas du Royaume-Uni (encadré 2).
Encadré 2. La mesure des migrations internationales au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, les migrations sont observées à partir de VInternational Passen-ger Survey(IPS, enquête sur les voyageurs internationaux) [39]. Cette enquête réalisée par l’Office for National Statistics(ONS) consiste en un sondage continu auprès d’un échantillon de voyageurs (citoyens britanniques et étrangers) interrogés directement lors de leur passage dans les ports, les aéroports et le tunnel sous la Manche. La mesure de la migration internationale n’est pas le seul objectif de cette enquête qui fournit également des informations sur la balance des paiements et les séjours touristiques.
La définition du « migrant » y est conforme aux recommandations des Nations unies : est immigrante toute personne qui a séjourné hors du pays pendant plus d’un an (ou qui n’est jamais entrée dans le pays) et qui a l’intention d’y séjourner au moins un an. Une définition symétrique s’applique aux personnes quittant le Royaume-Uni. Sur les 256 000 entretiens réalisés au cours de l’année 2001, près de 3000 personnes ont répondu positivement à cette question-filtre (respectivement 2 376 immigrants et 689 émigrants). Les données sont ensuite pondérées pour aboutir à des résultats représentatifs au niveau national.
Toutefois, ceux-ci ne sont pas exempts de variations aléatoires inhérentes à tout échantillonnage, la marge d’erreur s’élevant par exemple à environ 10 % pour un flux de 40 000 personnes. Or, seul le flux annuel de citoyens britanniques dépasse ce seuil de population. Au total, la marge d’erreur est de l’ordre de 4 % pour le flux total d’immigration de citoyens et d’étrangers; l’estimation de l’immigration d’étrangers en 2000 se situerait ainsi dans un intervalle de confiance à 95 % de +/- 30 000. La taille réduite de l’échantillon contraint donc l’ONS à opérer des regroupements dans ses publications.
L’enquête IPS ne couvrant pas toutes les situations, l’ONS recourt, d’une part, à des sources complémentaires - Labor Force Surveys(enquêtes sur les forces de travail) d’Eurostat, recensements, fichiers de sécurité sociale - afin d’appréhender les migrations avec la République d’Irlande qui jusqu’en 1999 n’étaient pas incluses dans le plan de sondage, et, d’autre part, à des statistiques élaborées par le ministère de l’Intérieur britannique (Home Office)afin de tenir compte du fait que la durée de séjour effective des étrangers ne correspond pas toujours à leur déclaration lors de l’enquête. En effet, l’enquête IPS se fonde sur l’intention de séjourner (ou de s’absenter) au moins un an, mais les données produites visent à mesurer le flux de personnes qui vont effectivement séjourner (ou partir) au moins un an. Or, des personnes qui se présentent comme des migrants de court terme ou de simples voyageurs au cours de l’enquête IPS peuvent, par la suite, effectuer une demande de permis de résidence et s’installer pour au moins un an sur le territoire (par exemple une fraction des étudiants ou des demandeurs d’asile dont la durée de séjour est mal appréhendée à leur arrivée). A contrario,on estime que près de 5 %des personnes ayant déclaré venir s’installer durablement sont reparties avant le premier anniversaire de leur entrée. Cet ajustement a un impact statistique considérable : par exemple, il majore de plus de 40 %les flux d’immigration d’étrangers mesurés d’après l’IPS. Au total, les pondérations et les ajustements opérés conduisent à une certaine opacité quant à la qualité des données britanniques.
De plus, malgré les efforts consentis récemment, la qualité de l’enquête souffre du niveau élevé des non-réponses qui biaisent à la fois le volume et la structure des flux migratoires (le taux de non-réponse est estimé à 20 %).Or, la publication des résultats du recensement de 2001 a fait apparaître que la population comptait 1,2 million d’individus de moins que le nombre attendu sur la base des estimations annuelles intercensitaires, remettant ainsi en cause la qualité des statistiques de migrations internationales, réputées moins fiables que celles relatives au mouvement des naissances et des décès [40]. Les travaux méthodologiques entrepris ont abouti à une révision des estimations des flux migratoires pour la période 1992-1999. Les niveaux de l’immigration ont été faiblement revus à la baisse (- 45 000 au total sur la période 1995-1999) mais les corrections ont été importantes pour l’émigration, que les experts ont jugé sous-estimée au cours de la décennie 1990 (elle a été relevée de 130 000 pour la même période). Au total, alors que les projections démographiques se fondaient sur un solde migratoire égal à + 130 000 par an, le solde s’est trouvé réduit à + 100 000 après révision. Ces nouvelles estimations ont permis la constitution d’une série homogène avec les données plus récentes. Diverses recommandations pour l’estimation future des migrations internationales ont été formulées [41]
Cette étude porte sur les seules entrées d’étrangers (majeurs et mineurs) ayant l’intention de s’établir pour une durée d’au moins un an. À l’exception du tableau 7 qui fournit une estimation générale de l’immigration au Royaume-Uni (en tenant compte de la durée effective de séjour), l’ensemble des autres données présentées sont relatives à l’immigration en Grande-Bretagne (sur la base des données de la seule enquête IPS) car les exploitations spéciales que nous avons demandées n’ont pu être réalisées sur la base de l’ensemble des sources.
1. L’immigration est plus importante au Royaume-Uni qu’en France
Même si l’immigration en France a beaucoup progressé au cours de ces dernières années, elle reste à des niveaux bien inférieurs à ceux observés au Royaume-Uni : au cours de la période 1999-2001, l’immigration a été deux fois plus importante outre-Manche qu’en France (respectivement 363 000 et 163 000 personnes par an). Il en allait de même sur la période 1994-1996 (tableau 7).

Tableau 7
Flux d’immigration (majeurs et mineurs) en France et au Royaume-uni (moyennes annuelles en milliers)
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Royaume-Uni France 1994-1996 1999-2001 1994-1996 1999-2001 Ensemble des étrangers 219 363 111 163 Pays de l’UE(a) 61 63 45 43 Part dans l’ensemble 28 % 17 % 41 % 26 % Pays tiers 158 300 65 120 dont anciennes colonies(b) 81 140 28 62 Part dans l’immigration des pays tiers 51 % 47 % 43 % 52 % (a) Pays de l’EEE dans le cas de la France. (b) Il s’agit des pays du Commonwealth (ancien et nouveau) dans le cas britannique, des pays du Maghreb, des pays d’Afrique anciennement français et des ex-colonies du Sud-Est asiatique dans le cas français. Sources : ONS (International Passenger Survey et données complémentaires, après ajustement avec les statistiques du Home Office); ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.

En réalité, cet écart est probablement beaucoup plus faible qu’il n’y paraît car les données françaises ne comptabilisent que les étrangers qui ont été admis à séjourner régulièrement pour une durée au moins égale à un an. Or, la statistique britannique inclut les personnes qui entrent irrégulièrement au Royaume-Uni ainsi qu’une partie des demandeurs d’asile (ceux qui ont déclaré vouloir rester au moins un an). Cependant, la prise en compte de ces derniers dans la statistique française laisserait subsister l’essentiel de l’écart entre les deux pays [42]. Même si l’on adoptait une mesure élargie de l’immigration de majeurs en France, sur la base de l’ensemble des étrangers ayant eu un premier contactavec l’administration [43] en supposant que tous ont l’intention de séjourner au moins un an, on aboutirait à un total de 210 000 entrées par an de 1999 à 2001, ce qui reste inférieur au chiffre de 237 000 entrées annuelles de majeurs pour la seule Grande-Bretagne (champ couvert par l’enquête IPS [44]) au cours de la même période. La conclusion la plus crédible est bien celle d’une supériorité des flux britanniques par rapport aux flux français.
2. Origine géographique des immigrants
Au cours des années récentes, le Royaume-uni a accueilli en moyenne chaque année 300 000 étrangers ressortissants des pays tiers, contre 120 000 en France (tableau 7). L’essor de ce flux est d’ampleur identique dans les deux pays, puisqu’il correspond à un doublement par rapport aux années 1994-1996. De plus, l’immigration extra-communautaire possède un point commun fondamental. En effet, la part des ressortissants des anciennes possessions coloniales y est d’environ 50 % dans les deux cas. Toutefois, la société britannique fait face à une immigration de plus en plus tournée en dehors de son ancien empire, alors que la société française voit se renforcer le poids de l’aire d’influence francophone, comme cela a été dit plus haut.
À partir de maintenant, nos analyses vont porter sur la Grande-Bretagne, en raison des limites des données disponibles. En effet, nous utilisons désormais des données non publiées, que l’ONS a produites spécialement pour nous. Contrairement aux données du tableau 7 fondé sur plusieurs sources (résultats de l’enquête IPS complétés par des données provenant d’autres sources, cf. encadré), celles-ci ne portent que sur la Grande-Bretagne (champ de l’enquête IPS, utilisée comme source unique) [45]
Les données par origine géographique plus détaillées dont nous disposons pour la Grande-Bretagne ventilent les flux par principaux pays de naissance, contrairement au tableau 7 fondé sur le critère de la nationalité. Elles ne permettent donc pas d’isoler, dans l’ensemble des migrations internationales, les mouvements de Britanniques, qui sont particulièrement importants avec certains pays du Commonwealth, notamment pour les natifs d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou d’Inde. Il n’est donc pas possible d’affiner beaucoup la comparaison par origine géographique de l’immigration des pays tiers. Signalons simplement qu’en Grande-Bretagne, 80 % des immigrants venus d’Amérique au cours de la période 1997-2001 sont originaires d’Amérique du Nord (contre 52 % en France). Ajoutons enfin que l’importance des principaux flux d’immigration de ressortissants des pays tiers est semblable dans les deux pays : les huit premiers courants représentent dans les deux cas un peu plus de la moitié des nouveaux immigrants de la période 1997-2001 ; en sélectionnant les 15 premiers courants, les proportions s’élèvent à 65 % pour la France et à 70 % pour la Grande-Bretagne.
Outre-Manche, le flux d’immigrants en provenance de l’Union européenne se caractérise par des variations plus amples qu’en France (50 000 en 1994, 82 000 en 1998, 60 000 en 2001), dues probablement aux aléas de l’observation par sondage. En moyenne, sur plusieurs années, la Grande-Bretagne a attiré davantage de ressortissants des pays de l’Union que la France, l’écart atteignant environ 20 000 personnes par an. Il n’en va pas de même en termes relatifs : sur la période 1999-2001, 17 % des immigrants (majeurs et mineurs) sont des ressortissants communautaires en Grande-Bretagne, contre 26 % en France (tableau 7). Soulignons que la proportion britannique est corroborée par les données des enquêtes sur les forces de travail (Labor Force Surveysde 2000 et 2001) [46]. Ce n’est pas le cas, comme on l’a vu, en France où d’après ces mêmes enquêtes, environ 40 % de l’immigration serait attribuable à des entrées de ressortissants d’un État membre de l’Union (soit le niveau observé en 1994-1996) [47]. Dans cette optique, le nombre total d’entrées de ressortissants communautaires en France - y compris celles qui échappent à l’observation - pourrait être substantiellement révisé [48] et se rapprocher du niveau britannique. Au regard de la France, le tableau d’une économie britannique puissamment attractive vis-à-vis de la main-d’œuvre européenne qualifiée est donc à relativiser, d’autant que la part des ressortissants communautaires dans l’immigration s’est réduite très sensiblement (de 28 % en 1994-1996 à 17 % en 1999-2001) dans un pays dont le système d’observation ne dépend pas du choix des individus de se déclarer.
Sur la période 1997-2001, les entrées de Français et d’Allemands dominent en Grande-Bretagne (49 % du flux communautaire), comme les entrées de Britanniques et d’Allemands en France, mais dans une moindre mesure (36 %) (tableau 8). Les Allemands sont plus nombreux à immigrer outre-Manche qu’en France, de même que les Français sont plus nombreux à s’expatrier chez nos voisins britanniques que ces derniers ne sont enclins à venir chez nous (respectivement 15 000 et 8 000). Sans doute la sous-estimation des flux de ressortissants communautaires dans la statistique française et les incertitudes liées au système d’observation britannique par enquête peuvent-elles expliquer cette différence. En effet, si l’on réévaluait les données françaises par nationalité sur la base de la sous-estimation globale qui ressort des enquêtes sur les forces de travail (voir plus haut), la France accueillerait alors davantage d’Allemands que la Grande-Bretagne et à peine moins de Britanniques que la Grande-Bretagne ne reçoit de Français. Les courants migratoires d’Europe du Sud (péninsule ibérique, Italie, Grèce) paraissent aussi importants en Grande-Bretagne qu’en France (environ 17 000 personnes). Toutefois, pour les raisons déjà évoquées, les flux à destination de la France sont sous-estimés et la France reste probablement, pour les immigrants d’Europe du Sud, une destination plus fréquente que la Grande-Bretagne.

Tableau 8
Cinq premiers flux d’immigration de ressortissants de l’union européenne (majeurs et mineurs) en France et en Grande-Bretagne, 1997-2001
IMGIMGPays de naissance	Grande-Bretagne	Na...IMGIMF
Pays de naissance Grande-Bretagne Nationalité France en milliers(a) en %(b) en milliers(a) en %(b) France 15 (+/– 4) 28 % Royaume-Uni 8 18 % Allemagne 12 (+/– 3) 21 % Allemagne 8 18 % Grèce 7 (+/– 2) 13 % Portugal 6 15 % Espagne 4 (+/– 1) 7 % Italie 5 12 % Italie 4 (+/– 1) 7 % Belgique 4 10 % (a) Moyennes annuelles; pour la Grande-Bretagne, les effectifs sont accompagnés de l’intervalle de confiance à 95 %. (b) Pourcentages calculés par rapport à l’ensemble du flux de natifs de l’UE pour la Grande-Bretagne et par rapport à l’ensemble du flux de ressortissants de pays de l’EEE dans le cas de la France. Sources : ONS (International Passenger Survey); ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.

3. Composition des flux selon le sexe et motifs d’immigration
Au cours de la période 1999-2001, le sex-ratio des immigrants est proche dans les deux pays : il s’établit à 98 femmes pour 100 hommes en Grande-Bretagne, le rapport étant de 102 pour 100 en France (tableau 9). Par rapport au milieu des années 1990, la situation des deux pays s’est rapprochée : l’immigration française était alors plus féminisée qu’elle ne l’est aujourd’hui, alors qu’en moyenne le ratio britannique n’a pas varié. Le rééquilibrage du sex-ratio en France montre que la féminisation de l’immigration n’est pas une tendance irréversible, comme cela est souvent postulé. Dans les deux pays, l’immigration en provenance des anciennes colonies est aujourd’hui davantage masculine (environ 95 femmes pour 100 hommes dans les deux pays) que ne le sont les courants issus des autres pays plus étrangers à la culture du pays d’installation (125 femmes pour 100 hommes). Ce résultat s’explique sans doute par le caractère structurel et plus ancien des courants des ex-colonies, qui restent dominés par la motivation professionnelle, tandis que les autres courants plus récents et plus dépendants des rigueurs de la politique migratoire actuelle sont caractérisés par une diversification des motifs de l’immigration plus propice à des flux plus féminisés. Cependant, les flux issus des ex-colonies résultent aussi des liens tissés à l’intérieur des sociétés d’accueil et les hommes empruntent plus aisément qu’autrefois les procédures pour motif familial, inversant la logique traditionnelle du regroupement familial, d’habitude plus féminin.

Tableau 9
Sex-ratio des immigrants (majeurs et mineurs) en France et en Grande-Bretagne (nombre de femmes pour 100 hommes)
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Grande-Bretagne France 1994-1996 1999-2001 1994-1996 1999-2001 Ensemble des étrangers 99 98 115 102 – dont pays de l’UE(a) 91 71 110 104 – dont pays tiers 102 108 119 102 (a) Pays de l’EEE dans le cas de la France. Sources : ONS (International Passenger Survey); ministère de l’Intérieur (AGDREF) et Omi.

L’enquête IPS recueille directement auprès des p