Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
390 pages

p. 221 à 242
doi: en cours

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Volume 60 2005/3

2005 Populations

Le couple face au VIH/sida en Afrique sub-saharienne

Information du partenaire, sexualité et procréation

Annabel Desgrées du Loû  [*] Annabel Desgrées du Loû, IRD, Ceped, Campus du Jardin tropical de Paris, 45bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, courriel : desgrees@ceped.cirad.fr
En Afrique sub-saharienne, l’épidémie de VIH/sida est largement répandue et le virus du VIH se transmet essentiellement par voie hétérosexuelle et de la mère à l’enfant au cours de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement. Le couple est le premier lieu de la transmission sexuelle du VIH, et lorsque la femme est infectée, le risque de transmission verticale du VIH pèse sur les choix de procréation. Cet article décrit, à partir d’une revue des études africaines sur le sujet et des résultats d’un programme de recherche mené à Abidjan de 1997 à 2001, le projet Ditrame, les modifications observées en matière de sexualité et de procréation face à la menace du VIH. Après un panorama des évolutions observées en population générale, l’analyse porte plus précisément sur les femmes ayant appris qu’elles étaient infectées par le VIH au cours d’une grossesse, dans le cadre d’un programme de réduction de la transmission mère-enfant du VIH, et sur leur gestion des risques de transmission sexuelle et verticale du VIH, au sein de leur couple et dans leurs choix de procréation. La difficulté que ces femmes rencontrent à informer leur partenaire de leur infection puis à négocier l’adoption de nouveaux comportements se révèle être un obstacle important. Le succès des programmes de prévention futurs dépendra de leur capacité à prendre en compte la relation homme-femme. In Africa, where HIV/AIDS is widespread and HIV is mainly spread by heterosexual intercourse and from mother to child during pregnancy, childbirth or breastfeeding, the couple is the primary site of sexual HIV transmission. When a woman is infected with HIV, the decision to have a child involves the risk of vertical transmission. This article, based on a review of African studies of the subject and results of research programmes conducted in Abidjan between 1997 and 2001, examines changes in sexual and reproductive behaviour in the face of the AIDS threat. After a preliminary overview of trends in the general population, the article focuses on women who have learned during pregnancy that they are HIV positive, through a mother-to-baby HIV-transmission prevention programme. It discusses how they manage the risk of sexual and vertical transmission of the virus, in their couple and their reproductive decisions. The difficulty these women have in divulging their HIV infection to their partners and then negotiating the adoption of new practices proves to be a major obstacle to behavioural change. The success of future prevention programmes will depend on their ability to take the relationship between man and woman in the couple into account. En Africa Subsahariana, la epidemia del VIH/Sida está muy extendida y el virus del VIH se transmite esencialmente por contacto heterosexual y de madre a hijo durante el embarazo, el parto y la lactancia. La pareja es la unidad principal de transmisión sexual del VIH y, cuando la mujer sufre la infección, el riesgo de transmisión vertical influye en las decisiones relativas a la procreación. En base a una revisión los estudios africanos sobre el tema y a los resultados de un programa de investigación llevado a cabo en Abidján de 1997 al 2001 – el proyecto Ditrame –, este artículo describe las modificaciones observadas en materia de sexualidad y de reproducción frente a la amenazada del VIH. El artículo empieza ofreciendo un panorama de las evoluciones observadas entre la población en general; el análisis se centra seguidamente en las mujeres que averiguaron que estaban infectadas del VIH durante un embarazo, en el marco de un programa de reducción de la transmisión del VIH madre-hijo, y en la gestión de los riesgos de transmisión sexual y vertical del VIH por parte de estas mujeres en el seno de la pareja y en sus decisiones reproductivas. Las dificultades a las que estas mujeres se enfrentan para informar a su pareja de su infección y para negociar la adopción de nuevos comportamientos son obstáculos importantes. El éxito de los programas de prevención futuros dependerá de su capacidad de tener en cuenta las relaciones hombre-mujer.
Fortement répandue en Afrique sub-saharienne et transmise par voie hétérosexuelle, l’épidémie de VIH/sida touche massivement des femmes qui vivent en couple. C’est souvent à l’occasion d’une grossesse que les femmes apprennent qu’elles sont séropositives. Quelles sont les conséquences de cet événement dans leur vie? Dans cet article, Annabel Desgrées du Loû présente les résultats d’une enquête inscrite dans un programme de recherche clinique auprès de femmes enceintes à Abidjan. Elle montre que moins de la moitié des femmes qui apprennent leur séropositivité en informent leur conjoint, et qu’elles sont encore moins nombreuses à adopter ensuite l’usage du préservatif. Si la durée d’abstinence post-partum tend à augmenter parmi ces femmes, on n’observe pas chez elles de réduction de la fécondité. Les difficultés qu’éprouvent les femmes à informer leur partenaire et le maintien de leurs projets de fécondité malgré les risques de transmission mère-enfant devraient être pris en compte dans les programmes de lutte contre le sida.
C’est en Afrique sub-saharienne que vivent la grande majorité des personnes infectées par le VIH : sur un total de 38 millions de personnes infectées dans le monde, 25 millions vivent dans cette région, dont 13 millions de femmes et 9 millions d’hommes adultes (Onusida, 2004). La transmission du VIH en Afrique est essentiellement hétérosexuelle. Étant donné les niveaux de prévalence du VIH/sida dans les différents pays, même si la situation est très hétérogène avec des pays très gravement touchés par l’épidémie et d’autres plus préservés, l’épidémie de VIH/sida constitue une menace pour l’ensemble des sociétés d’Afrique sub- s aharienne, qui doit être prise en compte à tous les niveaux de ces sociétés : par les hommes politiques, par les acteurs des systèmes de santé, mais aussi dans la sphère privée familiale, conjugale et individuelle.
Pendant longtemps, l’épidémie de VIH/sida a été principalement étudiée sous l’angle des groupes à risque : prostituées, routiers, migrants, etc. Il apparaît aujourd’hui nécessaire d’envisager aussi ses répercussions dans la population générale, largement menacée dans les pays à forte prévalence, et en particulier dans le couple. Des études ont en effet montré que la plupart des femmes d’Afrique sub-saharienne infectées par le VIH l’avaient été par leur mari, dans le cadre des relations sexuelles conjugales (Cohen et Reid, 1999). Dans les sociétés africaines, le sida est maintenant considéré comme une menace qui concerne tout le monde, à travers la sexualité, principal mode de transmission de l’infection par le VIH, mais aussi à travers la procréation, puisque le virus du VIH peut être transmis de la mère à l’enfant au cours de la grossesse, de l’accouchement ou de l’allaitement.
Dans cet article, nous analysons comment l’épidémie de sida remet en cause les comportements en matière de sexualité et de procréation dans le couple, où sexualité et procréation sont a priori pensées comme « non à risque », et dans quelle mesure les changements observés sont liés à la communication existant dans le couple autour du dépistage du VIH. Nous décrivons tout d’abord les modifications causées par l’épidémie de sida sur les choix en matière de sexualité et de reproduction dans la population générale, en l’absence de dépistage du VIH/sida, et ce, à partir d’une synthèse de travaux effectués sur ces sujets en Afrique sub-saharienne, puis nous analysons le cas particulier des couples dans lesquels la femme se sait infectée par le VIH/sida, à partir des résultats du programme de recherche « Sida et santé de la reproduction » mené par l’IRD à Abidjan depuis 1997 en collaboration avec l’Inserm, dans le cadre d’un projet de prévention de la transmission mère-enfant, le projet Ditrame [1].
Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, est l’une des plus grandes villes d’Afrique de l’Ouest (environ 3 millions d’habitants) et aussi la plus touchée par l’épidémie de sida, avec une prévalence du VIH estimée à 14 % en 1995 (Sylla-Koko et al., 1997) et 11 % en 2002 (Sakarovitch et al., 2003). Même si ces chiffres sont inférieurs à ceux de l’Afrique australe, Abidjan montre la façon dont est gérée une épidémie très lourde dans un contexte urbain, creuset de la modernité africaine.
 
1. Le couple en Afrique sub-saharienne : une notion complexe et en mutation
 
 
Dans les sociétés africaines, où se côtoient divers types d’unions (unions polygames et monogames, unions formelles et informelles, unions coutumières et légales), définir ce que recouvre la notion de couple est une entreprise périlleuse. Les types de couples sont multiples, et les rapports conjugaux connaissent de profondes mutations actuellement. Dans bien des régions, la société traditionnelle, essentiellement fondée sur l’agriculture, favorisait la perpétuation du lignage (auquel appartient la terre) lors de la constitution des couples. Dans ce système, le lien conjugal était faible et passait après le lien lignager. Les femmes ayant peu de pouvoir de décision et peu d’autonomie, avoir de nombreux enfants représentait le seul moyen pour elles d’acquérir pouvoir, respect, accès à la terre et aux ressources.
Avec la monétarisation et l’accès à un travail salarié, cette relation de dépendance au lignage s’amenuise : l’individu ne dépend plus des anciens qui répartissent la terre, il peut choisir librement sa ou son partenaire. L’accès des filles à l’instruction et leur entrée sur le marché du travail salarié rend les nouvelles mères plus autonomes dans leurs choix, augmente leur pouvoir de négociation, en fait de plus en plus des partenaires de leur mari dans le couple. Marida Hollos et Ulla Larsen définissent ainsi à partir de leurs travaux sur la Tanzanie deux types de couples : un type traditionnel fondé sur l’alliance entre lignages (lineage-based marriages), où le mariage est arrangé par la famille, dans un contexte souvent polygame, et où la femme a peu de pouvoir de décision dans le couple, et à l’opposé, un type de couple moderne, monogame, où les conjoints, qui se sont choisis librement, se définissent comme partenaires dans la gestion de leur famille (partnership marriages) (Hollos et Larsen, 1997). L’alliance fondatrice du couple relie deux individus et non plus deux familles (Vimard, 1993). Le lien conjugal, qui devait composer avec d’autres réalités (liens lignagers, liens filiaux, etc.) prend peu à peu le devant de la scène. Cette évolution se traduit par une plus grande place des femmes dans les décisions qui concernent la famille et un dialogue plus équitable dans le couple qui évolue vers un « partenariat » entre l’homme et la femme.
Ce schéma de transition, s’il révèle un courant existant, ne rend cependant pas compte de la diversité du paysage conjugal en Afrique. La réalité est plus complexe. La polygamie, si elle est officiellement en recul, car de plus en plus de pays l’ont déclarée illégale, se maintient dans les faits (37 % des femmes ont déclaré avoir au moins une coépouse en 1994 en Côte d’Ivoire, EDS 1994) ou réapparaît sous de nouvelles formes : maîtresses entretenues, « femmes à l’extérieur » (Antoine et Nanitelamio, 1989; Lacombe, 1987). Thérèse Locoh (1994) a montré comment la recherche d’une plus grande autonomie conduit les femmes à « inventer » d e nouvelles formes d’union, entre les unions polygamiques des sociétés traditionnelles africaines et le modèle occidental du ménage nucléaire. Des jeunes filles peuvent avoir un partenaire déclaré, éventuellement père de leur(s) enfant(s), tout en continuant à habiter chez leurs parents. Autre type de nouvelle forme d’union : la femme « entretenue » qui a sa propre maison, dans laquelle elle habite avec ses enfants sans son partenaire, qui habite de son côté chez sa femme « officielle ». Selon que le ménage est polygame ou monogame, officiel ou officieux, légal ou coutumier, que la femme habite seule ou avec son partenaire, avec ou sans coépouses, le lien conjugal pourra prendre bien des formes.
 
2. Un lieu de communication?
 
 
Quelle que soit la forme d’union adoptée, toutes les études s’accordent sur le fait que, d’une part, la communication entre les conjoints augmente avec le niveau d’instruction des deux membres du couple, et en particulier de la femme (Babalola, 1999; Orubuloye et al., 1997b), et que, d’autre part, plus il y a de dialogue dans le couple, meilleurs sont les indicateurs de santé reproductive. Babalola a ainsi montré qu’il y a un lien très net entre l’existence d’un dialogue au sein du couple sur les aspects de santé de la reproduction et la probabilité d’accoucher avec l’assistance de personnel médical ou le suivi adéquat de la grossesse en Tanzanie. Hollos et Larsen (1997) observent, dans le même pays, que la variable la plus liée à la pratique contraceptive est le fait d’avoir auparavant parlé avec son conjoint de l’utilisation éventuelle d’une contraception. Cette communication au sein du couple sur les aspects sexuels et reproductifs semble en progrès : citons les femmes enquêtées au Nigeria par Orubuloye et son équipe (1997b) qui, depuis l’existence de l’épidémie de sida, disent ne pas hésiter à exprimer fortement leur désaccord face aux infidélités des hommes, et surtout ouvrent au sein du couple un dialogue sur ces sujets afin de se protéger des maladies sexuellement transmissibles que le conjoint pourrait éventuellement contracter « ailleurs ». Ces femmes nigérianes déclarent participer aux décisions en matière de relations sexuelles, de planification familiale, et deux sur trois affirment qu’elles refuseraient une relation sexuelle si leur partenaire avait une maladie sexuellement transmissible (MST). Soulignons qu’il leur paraît plus facile, en cas de MST chez le partenaire, de refuser la relation sexuelle que d’imposer le préservatif. Cependant, le dialogue n’est pas toujours facile. La communication entre conjoints, lorsqu’elle existe, n’est pas systématique dans tous les domaines, et s’avère en particulier difficile dans le domaine de la sexualité, comme l’illustre ce propos de femme recueilli au Kenya (Bauni et Jarabi, 2000) :
« C’est difficile pour certains couples de discuter, parce que le seul endroit où ils parlent quelquefois, c’est la chambre à coucher. Ce qui intéresse le mari, c’est de coucher avec sa femme et pas de parler de planification familiale. »
 
3. Couple et VIH/sida
 
 
Dans ce contexte marqué par un lien conjugal multiforme, où le dialogue au sein du couple sur les questions de sexualité tend à se développer mais reste difficile, comment l’épidémie de VIH/sida est-elle prise en compte dans les pays très touchés où elle représente une menace pour tous les individus ayant une activité sexuelle?
Répercussions de l’épidémie de VIH/sida sur les comportements sexuels dans la population générale : entre sentiment d’impuissance et principe de précaution
Le recours au dépistage du VIH/sida reste rare sur le continent africain. Même s’il augmente, avec le développement de programmes de conseil et de dépistage et celui des programmes de réduction de la transmission mère-enfant du VIH, qui proposent systématiquement le test de dépistage aux femmes enceintes, la grande majorité des personnes vivant en Afrique n’ont pas fait le test de dépistage du VIH et vivent dans la crainte d’être infectées, sans cependant connaître leur statut sérologique : à Abidjan, une enquête que nous avons effectuée en 1999 dans des formations sanitaires [2] a montré que deux personnes sur trois craignent ou ont craint à un moment ou à un autre d’avoir été infectées par le VIH, alors que seule une sur 10 a fait le test de dépistage (Desgrées du Loû et de Béchon, 2001). Cette crainte omniprésente du sida est confirmée par toutes les enquêtes menées sur ce sujet en Afrique. Connaître le risque auquel on est soumis ne signifie cependant pas changer ses comportements (Calvez, 1995). On observe dans les différentes études africaines des éléments de changement des comportements sexuels, en particulier en ce qui concerne le multipartenariat : au Nigeria, Orubuloye et al. (1997a) décrivent une nouvelle tendance qui privilégie le couple monogame et réprouve l’infidélité sexuelle, malgré une tradition de multipartenariat chez les hommes. On observe aussi dans de nombreuses enquêtes démographiques et de santé (EDS) [3] une réduction de la durée d’abstinence sexuelle post-partum, une des raisons données par les femmes à cette évolution étant leur peur que, pendant cette période d’abstinence sexuelle du couple après la naissance d’un bébé, l’homme n’aille « voir ailleurs » et revienne à la maison porteur d’une infection (Cleland et al., 1999; Desgrées du Loû et Brou, 2005). Lors d’une étude menée au Ghana, comme on demandait à des femmes en abstinence post-partum si elles avaient confiance dans l’abstinence de leur conjoint, 42 % ont en effet répondu non et 36 % n’ont pas jugé bon de se prononcer sur ce sujet (Awusabo-Asare et Anarfi, 1997).
Ces répercussions de l’épidémie de sida sur la perception qu’ont les hommes et les femmes de la sexualité, et en particulier de la sexualité dans le couple stable, ne sont pas un fait nouveau : dès 1995, Jackson Mukiza-Gapere et James Ntozi rapportaient qu’en Ouganda, la crainte de l’infection par le VIH entraînait une peur des relations sexuelles et du mariage : des jeunes disaient refuser de se marier, craignant de trouver « la mort dans le mariage ». Parmi ceux qui étaient mariés, certains avaient renoncé systématiquement aux relations extraconjugales pour éviter le risque d’infection (Mukiza-Gapere et Ntozi, 1995).
L’inquiétude générale face à l’épidémie de sida contribue donc à modifier les attitudes et éventuellement les pratiques de certains individus, notamment en matière de multipartenariat sexuel ou d’abstinence post-partum. Néanmoins, l’utilisation du préservatif reste largement insuffisante pour garantir une prévention efficace de la transmission sexuelle. L’analyse des données recueillies sur les relations extraconjugales dans trois grandes villes africaines, Cotonou, Kisumu et Ndola, a montré qu’au cours de rapports extraconjugaux, moins d’un tiers des hommes et seulement une femme sur six avaient utilisé au moins une fois un préservatif au cours des douze derniers mois (Lagarde et al., 2001). En Ouganda, sur le site de Rakai où sont régulièrement délivrés des conseils en matière de prévention du sida, 16,5 % des individus interrogés sur leur activité sexuelle au cours des 39 derniers mois ont déclaré utiliser le préservatif de temps à autre, et seulement 4 % ont déclaré l’utiliser de façon systématique (Ahmed et al., 2001).
L’utilisation du préservatif reste en effet associée à l’idée de rapport occasionnel : au Nigeria, si l’utilisation du préservatif reste globalement faible, elle dépasse 60 % des cas dans les situations de rapport occasionnel ou de rapport avec une prostituée (Van Rossem et al., 2001). Par contre, au sein du couple stable, le préservatif reste très mal admis. Puisqu’il est utilisé en cas de rapport occasionnel, le proposer à son conjoint revient à confesser son infidélité ou montrer l’absence de confiance qu’on a dans la fidélité sexuelle de son conjoint (Hogsborg et Aaby, 1992; Bond et Dover, 1997). À cela s’ajoute la mauvaise réputation du préservatif, accusé de diminuer le plaisir sexuel. Son utilisation dans le couple stable est donc difficile à mettre en œuvre, et l’on peut noter à ce propos que les programmes qui préconisent la double protection, c’est-à-dire une méthode contraceptive pour prévenir les grossesses non désirées en association avec les préservatifs pour prévenir la transmission des MST et du VIH, sont très mal reçus par les populations, le préservatif étant accepté au sein des couples stables essentiellement dans une optique contraceptive (Bauni et Jarabi, 2000).
Ainsi, malgré une forte perception du risque que représente l’épidémie de VIH/sida, on n’observe pas pour autant l’adoption de comportements de prévention efficaces dans les populations africaines. En revanche, il semble que la menace que fait peser cette épidémie sur la s exualité entraîne ou accélère des modifications dans les mentalités et les attitudes vis-à-vis de certains domaines de la sexualité, en particulier le multipartenariat et les relations occasionnelles.
Sexualité et procréation après la découverte d’une infection par le VIH : les femmes dépistées dans le cadre d’un programme de prévention de la transmission mère-enfant du VIH
On a vu qu’on peut craindre la contamination par le VIH/sida sans pour autant avoir fait le test de dépistage, qui permet de se situer et d’être situé par rapport à ce risque de contamination. Une fois que l’on a été dépisté et que l’on se sait infecté par le VIH, il s’agit de gérer le risque de transmission au partenaire sexuel ou à l’enfant à naître.
Chez les personnes qui apprennent qu’elles sont séropositives après un test, c’est dans le cadre des relations occasionnelles que les conseils de prévention du VIH sont le plus facilement mis en œuvre. Les quelques études menées sur ce sujet ont montré une diminution des rapports occasionnels ou avec des partenaires extraconjugaux après l’annonce du résultat, en particulier chez les hommes qui apprennent qu’ils sont infectés par le VIH (Allen et al., 2003).
Cependant, les problèmes posés par la gestion de l’infection par le VIH au sein du couple stable sont très différents de ceux qui se posent avec les rapports sexuels occasionnels. Parallèlement à la gestion du risque de transmission par voie sexuelle du VIH, les individus qui se découvrent séropositifs doivent décider de ce qu’ils vont dire ou ce qu’ils vont taire à leur partenaire, et réenvisager leurs choix de procréation à la lumière de leur statut de séropositif pour le VIH. Dialogue au sein du couple, sexualité et procréation sont intimement liés.
En Afrique, les lieux majeurs de dépistage sont les consultations prénatales, où le dépistage est proposé de plus en plus fréquemment dans le cadre des programmes de prévention de la transmission mère-enfant du VIH qui se mettent en place. La question des suites du dépistage au sein du couple se pose donc de plus en plus, mais le plus souvent à des femmes, puisque ce sont elles qui sont ciblées par ces programmes de dépistage prénatal.
Les femmes qui apprennent au cours d’une grossesse qu’elles sont infectées par le VIH dans le cadre d’un programme de prévention de la transmission mère-enfant vivent en couple pour la plupart. Elles doivent à l’issue de cette grossesse prendre en compte cette infection par le VIH dans deux domaines qui sont des voies de transmission de l’infection : la sexualité et la procréation. L’après-grossesse est un moment de reprise des rapports sexuels, après une période d’abstinence post-partum. L’équipe médicale conseille aux femmes de protéger leurs rapports sexuels par des préservatifs, quel que soit le statut sérologique de leur conjoint, pour éviter d’infecter le conjoint s’il ne l’est pas, ou éviter une « réinfection » s ’il l’est [4]. L’après-grossesse est aussi le moment où s’envisage la possibilité (ou le refus) d’une nouvelle grossesse. Dans la période étudiée (1995-2000), les équipes médicales de ces programmes de prévention de la transmission mère-enfant du VIH déconseillaient aux femmes infectées de débuter une nouvelle grossesse, pour éviter le risque de transmission du VIH à l’enfant, dans un contexte où les traitements préventifs de ce risque étaient seulement à l’étude [5]. Utiliser des préservatifs, éviter d’être enceinte : les femmes séropositives peuvent-elles suivre ces conseils de prévention? Parallèlement, l’équipe médicale conseillait aux femmes vivant en couple d’informer leur partenaire de leur infection par le VIH et de l’inciter à venir lui-même faire un test. Suivent-elles ce conseil? Dans quelle mesure les choix qu’elles font en matière de reprise et de protection des rapports sexuels et de démarrage d’une nouvelle grossesse sont-ils dépendants du fait qu’elles ont ou non informé leur conjoint de leur statut sérologique? Informer son partenaire suffit-il à créer les conditions d’adoption de tels comportements préventifs?
 
4. Les enquêtes menées à Abidjan
 
 
Les éléments de réponse que nous apportons à ces questions proviennent d’enquêtes sur les questions de santé de la reproduction qui ont été insérées dans un programme de réduction de la transmission mère-enfant du VIH mené à Abidjan entre 1995 et 2000 : le projet Ditrame [6]. Ce programme de recherche clinique a été mis en œuvre dans un quartier populaire d’Abidjan, le quartier de Yopougon, au sein de formations sanitaires urbaines, dispensaires drainant un large public issu de toutes les classes sociales.
Trois enquêtes [7] ont été réalisées dans le cadre de ce projet, que nous dénommons enquêtes A, B, C pour plus de clarté dans les références qui y seront faites ultérieurement.
Enquête A : il s’agit d’une enquête rétrospective sur la fécondité des femmes VIH+ et VIH–, auprès d’environ 1250 femmes enceintes entre juillet 1997 et janvier 1998. L’objectif de l’enquête était de recueillir des i nformations rétrospectives précises sur la vie génésique des femmes et de les mettre en relation avec le statut sérologique de la femme. Le dernier intervalle intergénésique a fait l’objet d’une attention particulière, avec description détaillée de la durée d’allaitement, des périodes d’aménorrhée et de la contraception utilisée.
Sachant que les femmes étaient enquêtées à l’occasion de la visite de consultation prénatale où le test de dépistage du VIH leur était proposé et que les données collectées correspondaient donc à un moment de leur vie où elles ignoraient encore leur statut sérologique, les relations éventuellement observées entre vie génésique et statut VIH sont d’ordre biologique.
Enquête B : il s’agit d’une enquête exploratoire qualitative effectuée en mai 1998 auprès de 21 femmes VIH+ suivies dans le cadre du projet Ditrame. Toutes ces femmes avaient accouché depuis au moins 8 mois, et leurs enfants étaient tous sevrés. Au cours de l’entretien, des questions étaient posées à la femme sur le sevrage de l’enfant (âge au sevrage et mode de sevrage, attitude de la famille et du mari face au sevrage), sur les relations avec le mari face au VIH (dialogue concernant le VIH, la protection des rapports sexuels, la contraception) et sur les projets de procréation de la femme et du couple (désir d’un autre enfant, contraception effectivement utilisée, etc.).
Enquête C : une enquête quantitative réalisée en 1999 auprès de 149 femmes VIH+ suivies dans le projet Ditrame nous a permis de recueillir tous les événements de la vie génésique (aménorrhée, reprise et protection des relations sexuelles, incidence et devenir des grossesses, pratiques contraceptives) de ces femmes entre la naissance de l’enfant pour lequel elles étaient suivies dans le projet et la date de l’enquête. Les événements recueillis dans cette enquête correspondent à une période de vie où la femme sait qu’elle est infectée par le VIH, à la différence de l’enquête A.
 
5. Communication du résultat du test de dépistage du VIH au partenaire : un partage d’information difficile
 
 
Le tableau 1 compare la proportion de femmes ayant informé leur conjoint de leur infection par le VIH à Abidjan (enquête C) et dans diverses autres études africaines conduites dans le cadre de la réduction de la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Avec 40 % des femmes suivies qui ont informé leur conjoint qu’elles étaient infectées par le VIH, le projet d’Abidjan apparaît comme un de ceux où la communication sur le dépistage a été la plus forte. Au Burkina Faso et en Tanzanie, cette proportion est deux fois plus faible. Les entretiens (enquête B) montrent que les femmes qui n’ont pas informé leur mari ne l’ont pas fait par peur qu’il les abandonne et les laisse sans ressources. L’une a mentionné le risque qu’il divulgue l’information autour de lui, une autre qu’il ne veuille plus la tou c her ou manger dans le même plat. Dans cette enquête qualitative, lorsque les femmes ont choisi d’informer leur mari, celui-ci a presque toujours (sauf dans un cas) bien réagi et choisi de soutenir sa femme par la suite dans le cadre de l’essai Ditrame. Il semble que les femmes « testent » leur mari avant de l’informer, et que celles qui se confient à leur conjoint en attendent une réaction positive. Il convient donc de rester prudent et de ne pas extrapoler ce résultat à l’ensemble des conjoints : il est possible que ceux qui n’ont pas été informés par leur femme auraient eu des réactions plus négatives s’ils avaient appris sa séropositivité.

Tableau 1
Proportion de femmes qui informent leur conjoint après un dépistage positif pour le VIH et proportion de réactions négatives du conjoint (comparaison entre l’étude d’Abidjan et diverses études africaines)
Étude% de femmes ayant partagé l’information avec leur conjoint% de réactions négatives du conjoint après cette information
Dispute, violenceRejet, divorce
Abidjan, 1995-1999 Projet Ditrame (1) (n =149)40%3%5%
Tanzanie, 1995-2000 (2) (n =815)22% 2 mois après le test, 40% 4 ans après le testn. d.n. d.
Kenya, 1997-1999 (3) (n =290)31%3%3%
Burkina Faso, 1995-1999 (4) (n =306)18%n. d.4%
Tanzanie, 1996-1998 (5) (n =288)17%15%8%
Note: ces différentes études concernent toutes des femmes auxquelles le dépistage du VIH a été proposé en consultation prénatale, dans le cadre d’un programme de réduction de la transmission du VIH de la mère à l’enfant.Sources: (1)Projet Ditrame, ANRS 049; (2)Antelman et al., 2001; (3)Gaillard et al., 2002; (4)Nebié et al., 2001; (5) Kilewo et al., 2001.

L’enquête quantitative montre que les réactions des conjoints sont très négatives (colère, violence, éventuellement divorce) dans environ un cas sur 20. Le chiffre est équivalent à celui trouvé au Burkina Faso, où les auteurs, en comparant les femmes qui avaient informé leur mari à celles qui ne l’avaient pas fait, n’ont cependant pas observé de relation entre le fait d’avoir informé son partenaire et le devenir du couple : la proportion de ruptures de couples était la même dans les deux cas (Nébié et al., 2001). Bien que la probabilité de rejet de la part du mari semble donc assez faible, la crainte de ce rejet social et affectif reste forte, et de nombreuses femmes choisissent de se taire, faisant ainsi le choix de porter seules le poids de ce secret, et de se retrouver seules face aux décisions qu’il faudra prendre en matière d’alimentation de l’enfant, de grossesses ultérieures, etc. Parmi les femmes qui n’ont pas informé leur mari, plusieurs ont indiqué en entretien leur désir de le faire, sans savoir « trouver l’occasion ». Dans cette démarche de partage de l’information sur le VIH avec le partenaire, la nature du lien conjugal établi semble déterminante.
L’étude similaire menée en Tanzanie a montré que la probabilité d’information dépendait fortement du type d’union engagée avec le partenaire et de la durée de cette union : le fait d’être mariés et le fait d’être en union depuis plus de 2 ans augmentait largement la probabilité d’annonce au partenaire. Par contre, l’indépendance financière de la femme et le fait qu’elle ait une amie à qui elle ait confié son statut sérologique étaient associés à une moindre information du partenaire (Antelman et al., 2001).
Parler à quelqu’un de son statut sérologique est en effet primordial. Pouvoir en parler avec son conjoint l’est particulièrement pour les femmes dépendantes de ce conjoint, mais reste difficile, en particulier pour ces femmes dépendantes, donc vulnérables et qui craignent une réaction négative. Pourtant, vivre avec le VIH est moins difficile lorsque le partenaire est informé, lorsqu’il y a un partage et un dialogue possible sur le statut sérologique de la personne infectée et sur les conseils de prévention donnés (Tijou-Traore, à paraître). C’est pour cela que, face à la difficulté que rencontrent les personnes dépistées à informer leur partenaire, des programmes de conseil et de proposition de dépistage qui s’adressent au couple, et non à l’individu, sont mis en place dans de nombreux pays africains : les deux membres du couple reçoivent ensemble un conseil, le dépistage est individuel et confidentiel mais l’équipe en place peut aider un conjoint à annoncer à l’autre un résultat positif le cas échéant (Painter, 2001; Roth et al., 2001; Allen et al., 2003).
 
6. Stratégies mises en place à Abidjan pour éviter la transmission sexuelle du VIH
 
 
À Abidjan comme dans les pays africains en général, on constate une faible utilisation du préservatif, même après le dépistage du VIH (tableau 2) : d’après l’enquête C effectuée auprès de 149 femmes VIH+ suivies dans le projet Ditrame, 64 % des 107 femmes sexuellement actives au moment de l’enquête ont déclaré ne jamais utiliser de préservatifs, et seulement 13 % ont déclaré utiliser des préservatifs à chaque rapport s exuel (toutes les femmes enquêtées ont été dépistées au cours d’une grossesse et se savent infectées par le VIH). Ces proportions varient fortement selon que la femme a ou non informé son partenaire de sa séropositivité : parmi les femmes sexuellement actives qui ont informé leur partenaire (48/107, soit 45 %), 48 % n’utilisent jamais de préservatifs et 21 % en utilisent à chaque rapport sexuel contre respectivement 76 % et 7 % lorsque le partenaire n’est pas informé (tableau 2) [8].

Tableau 2
Utilisation du préservatif selon que le partenaire est informé ou non du statut sérologique VIH+ de sa femme, 1995-2000, Abidjan, Côte d’Ivoire
Utilisation du préservatif dans le couplePartenaire informé (n = 48)Partenaire non informé (n = 58)Ensemble (n = 107)
Jamais48%76%64%
Rarement13%10%11%
Souvent19%7%12%
Toujours21%7%13%
Test de Chi 2: p =0,02.Champ: femmes sexuellement actives.Source: Projet Ditrame ANRS 049.

À la question « Pourquoi n’utilisez-vous pas de préservatifs? », plus de la moitié des femmes ne répondent pas; 21 % répondent qu’elles ont proposé le préservatif à leur partenaire mais ne l’utilisent pas régulièrement (ou pas du tout) car le partenaire (et parfois elles-mêmes) n’aime pas les utiliser; 14 % répondent qu’elles n’ont pas proposé le préservatif à leur partenaire, par peur de sa réaction, ou parce qu’elles ne le jugent pas nécessaire; 7 % n’utilisent pas de préservatifs parce qu’elles veulent être enceintes, 3 % pour des raisons religieuses. Les entretiens montrent deux types d’attitudes expliquant la non-utilisation du préservatif dans les couples où le partenaire est informé que sa femme est infectée par le VIH : le déni de cette infection, et le sentiment de la part des partenaires que leur séronégativité, malgré leur vie commune avec une personne infectée, est la preuve de leur « résistance naturelle », comme l’exprime cette femme : « Il pense que puisqu’il n’a pas attrapé le sida jusqu’ici, c’est qu’il ne peut pas l’attraper ».
Parallèlement à cette faible utilisation du préservatif, on observe une augmentation de la durée d’abstinence post-partum chez les femmes séropositives suivies par rapport à la valeur obtenue dans le groupe comparable des femmes VIH+ de l’enquête A, enquête ayant collecté des informations sur la vie génésique des femmes avant le dépistage du VIH : 12,0 mois (écart-type : 8,8) dans le groupe C, contre 9,6 mois (écart-type : 12,9) dans le groupe A (Desgrées du Loû et al., 2002; Desgrées du Loû et al., 1999) [9]. Cet allongement de la durée d’abstinence post-partum est plus important chez les femmes qui n’ont pas informé leur partenaire de leur séropositivité, mais il existe aussi, dans une moindre mesure, chez les femmes qui ont parlé à leur partenaire de leur statut sérologique (tableau 3). Il semble que l’allongement de l’abstinence post-partum soit ainsi une des stratégies adoptées par ces femmes qui se savent séropositives pour éviter le risque de transmission sexuelle du VIH, face à la difficulté qu’elles ont tout d’abord à informer leur partenaire de leur infection, e t ensuite, même lorsqu’elles l’ont informé, à la difficulté qu’elles rencontrent à proposer et à utiliser le préservatif avec leur conjoint. Les entretiens révèlent en effet de fortes réticences à l’utilisation des préservatifs chez les partenaires, même informés, mais aussi chez les femmes. Lorsque le partenaire n’est pas informé de la séropositivité de sa femme, l’utilisation du préservatif reste rarissime. Ces difficultés se conçoivent aisément dans le contexte d’Abidjan, où le préservatif est encore très peu utilisé : une enquête menée en 1996 à Yopougon, dans le même quartier d’Abidjan que celui où est mené le Projet Ditrame, a montré que seules 4 % des femmes en âge de procréer utilisaient des préservatifs (Toure et al., 1997).
Cependant, l’augmentation de la durée d’abstinence post-partum n’est observée que lorsque les femmes en ont la possibilité : lorsque les femmes ne vivent pas en union, il leur est plus facile de décider de ne pas reprendre les relations sexuelles que lorsqu’elles sont en union. On observe ainsi que la durée d’abstinence est deux fois plus longue chez les premières (tableau 3). Inversement, il semble que le niveau d’instruction s oit un frein à cette stratégie : cela peut s’interpréter par le fait que, pour expliquer au conjoint une longue durée d’abstinence sans pour autant lui révéler leur séropositivité, les femmes se retranchent vraisemblablement derrière la tradition d’abstinence post-partum prolongée, tradition plus difficile à invoquer pour les femmes instruites que pour les femmes non instruites. Traditionnellement, la reprise des relations sexuelles était conditionnée à l’arrêt de l’allaitement, une des croyances à l’origine du tabou post-partum étant que « le sperme gâte le lait » (van de Walle et van de Walle, 1988). On aurait pu penser que l’adoption d’un sevrage précoce dans le groupe Ditrame (selon les recommandations de l’OMS destinées à réduire le risque de transmission du VIH par le lait) s’accompagne d’une réduction de l’abstinence post-partum : or, nous observons le contraire. Ces femmes qui se savent séropositives s’appuient donc sur des arguments autres que l’allaitement pour justifier la reprise tardive des relations sexuelles, ce qu’il faudra approfondir dans des recherches ultérieures.

Tableau 3
Déterminants de la durée d’abstinence post-partum chez des femmes VIH+ suivies dans un projet de prévention de la transmission mère-enfant du VIH, 1995-2000, Abidjan, Côte d’Ivoire (n = 149)
VariableEffectifDurée médiane d’abstinence post-partum en mois* [IC à 95 %]p
Âge
15-24 ans4715,8 [12,0; 19,6]0,47
25 ans ou plus6422,1 [17,4; 26,7]
Situation maritale
Non en union1732,6 [25,8; 39,4]0,004
En union9217,3 [13,6; 21,0]
Niveau d’instruction
Non scolarisée3923,8 [18,3; 29,2]0,04
Instruction primaire4516,6 [12,2; 21,0]
Instruction secondaire2618,5 [11,4; 25,6]
Parité
1 enfant1319,5 [12,9; 26,1]0,03
2 à 4 enfants7515,9 [12,0; 19,7]
5 enfants ou plus1929,3 [21,5; 37,0]
Information du partenaire
Non6320,8 [16,1; 25,5]0,05
Oui4617,1 [12,3; 21,9]
Le partenaire désire un autre enfant
Non4417,3 [12,4; 22,3]0,96
Oui3316,1 [10,8; 21,4]
Statut du bébé
Mort-né ou décédé1611,3 [7,0; 15,5]0,14
Vivant9520,7 [17,0; 24,4]
*Estimée par le modèle de Kaplan-Meier en tenant compte des données censurées.IC: intervalle de confiance.NB: les totaux des effectifs sont inférieurs à 149 en raison des non-réponses.Source: Projet Ditrame ANRS 049 (Desgrées du Loû et al., 2002).

On constate donc que le difficile partage de l’information sur le VIH après un dépistage au cours de la grossesse se double d’une difficulté à prendre en compte le risque de transmission du VIH au cours des relations sexuelles conjugales. Les expériences qui ont été menées dans d’autres pays pour adresser le conseil et le dépistage du VIH au couple et non pas à l’individu montrent que ce système conduit à une augmentation considérable de l’utilisation du préservatif dans le couple. En Zambie, la proportion de rapports sexuels avec préservatifs dans des couples sérodifférents est ainsi passée de 3 % à 80 % après un programme de conseil et de dépistage adressé au couple (Allen et al., 2003).
Cela confirme l’urgence qu’il y a à prendre en compte non seulement les femmes, mais aussi les hommes, et plus globalement la notion de couple, dans les programmes de prévention et de dépistage (Roth et al., 2001; Allen et al., 2003). On réalise de plus en plus en effet que la prévention de la transmission sexuelle du sida passe aussi par l’amélioration du dialogue entre les partenaires du couple, et non pas seulement par la mise à disposition de préservatifs. Même si les femmes sont sensibilisées au risque de l’infection par le VIH et si elles ont des préservatifs, même si elles sont organisées en groupes de femmes pour s’informer et s’entraider face à cette épidémie, elles sont seules face à leur conjoint dans la vie quotidienne et c’est de la qualité du rapport entre l’homme et la femme au sein du couple, de leur capacité à négocier l’utilisation du préservatif, que va dépendre la protection des rapports sexuels s’il y a risque de transmission du VIH (Baylies et Bujra, 2000).
 
7. VIH et choix de procréation à Abidjan
 
 
Conformément au conseil délivré par l’équipe médicale lors du dépistage, on pourrait s’attendre à une réduction volontaire de la fécondité des individus qui se savent infectés par le VIH, pour éviter de donner nais s ance à un enfant qui pourrait être infecté, ou qui pourrait se retrouver orphelin quelques années plus tard.
Or, si la pratique contraceptive observée chez les femmes du Projet Ditrame, après la grossesse au cours de laquelle elles ont été dépistées, est largement plus élevée que dans la population générale – environ 39 %, à comparer à 16 % d’utilisation mesurée dans la population du même quartier en 1997 (Toure et al., 1997) –, cette pratique contraceptive ne correspond cependant pas à un désir d’arrêt des grossesses. L’incidence des grossesses reste élevée : sur les 149 femmes VIH+ enquêtées en 1999 (enquête C), 37 ont eu au moins une grossesse au cours du suivi post-partum, ce qui correspond, en rapportant aux durées de suivi des femmes, à une incidence de 10,8 grossesses pour 100 femmes-années au risque pour les 12 premiers mois post-partum, et de 16,5 grossesses pour 100 femmes-années au risque sur les 24 premiers mois post-partum, soit une incidence équivalente à celle observée par l’équipe de Susan Allen au Rwanda (Allen et al., 1993), et à plus du double de celle observée dans la cohorte française similaire SEROCO trois ans après l’accouchement (De Vincenzi et al., 1997). Parmi ces grossesses, 46 % (17/37) étaient désirées par la femme, et 51 % (19/37) ne l’étaient pas (une femme n’a pas répondu à la question). Parmi les grossesses non désirées, 68 % (13/19) ont été interrompues volontairement. Cette observation rejoint celles faites dans une autre étude sur la planification familiale à Abidjan, où il apparaît que l’avortement est parfois utilisé comme une méthode de régulation de la fécondité en lieu et place de la contraception (Guillaume et Desgrées du Loû, 2002). Un des facteurs majeurs qui entraîne la survenue d’une nouvelle grossesse chez ces femmes suivies dans la période post-partum est le décès du bébé (Desgrées du Loû et al., 2002).
Ces résultats rejoignent ceux d’études similaires effectuées dans d’autres pays africains, qui ont montré que le dépistage du VIH et l’information qui l’accompagnait (conseils de protection des rapports sexuels et de contraception, délivrance gratuite des préservatifs et contraceptifs) n’ont pas été suivis d’une réduction de la fécondité chez les femmes séropositives. Une étude au Rwanda a au contraire montré que les femmes qui avaient moins de quatre enfants « se dépêchaient » alors de faire un autre enfant, comme s’il fallait atteindre un nombre idéal d’enfants malgré (ou à cause de) la découverte de leur infection par le VIH (Allen et al., 1993; Keogh et al., 1994).
L’enquête exploratoire qualitative (enquête B) confirme que le désir d’enfant reste important, malgré le conseil reçu de ne plus avoir d’enfants en raison de l’infection par le VIH, et bien que toutes les femmes soient conscientes du risque de transmission mère-enfant (Desgrées du Loû, 2000). Les seules femmes qui déclarent ne plus vouloir d’enfants sont en général celles qui en ont déjà au moins trois ou quatre. Certaines ne veulent plus d’enfants mais subissent une forte pression de leur mari, de leur mère ou de leur belle-mère pour en avoir d’autres; ce sont des femmes j eunes, avec peu d’enfants, ou qui ont eu des enfants d’un autre homme et dont c’est le premier enfant avec le mari actuel. Mais la moitié des femmes interrogées ont clairement déclaré vouloir un autre enfant.
Ainsi, les seules femmes décidées à ne plus avoir d’enfant sont celles qui estiment qu’elles en ont suffisamment. Pour les autres, le désir d’enfant reste intact, souvent soutenu par le désir du conjoint (qui persiste lui aussi même s’il sait que sa femme est séropositive) ou d’autres membres de la famille (mère, belle-mère, etc.). Cela ne signifie pas pour autant que ces femmes ignorent les risques attachés à de futures grossesses. Au cours des entretiens, elles posent fréquemment des questions sur les risques d’infection pour l’enfant à venir. Mais le désir d’enfant est plus fort que cette angoisse, comme en témoigne l’exemple de la mère qui vient de perdre son enfant infecté par le VIH mais qui désire un autre enfant, dans l’immédiat, malgré le risque. Au cours des consultations de psychologie auxquelles peuvent se rendre les femmes suivies dans le projet si elles le souhaitent, ce désir d’enfant est d’ailleurs fréquemment exprimé (Aka Dago et al., 1999).
Face à la menace que représente la séropositivité, un projet d’enfant est promesse de vie, promesse d’avenir. C’est aussi pour la femme une façon de prouver aux autres et à elle-même qu’elle est en bonne santé, qu’elle peut mener une vie normale, et ces grossesses survenant chez des femmes qui se savent séropositives et qui ont déjà au moins un enfant sont sans doute, pour certaines d’entre elles, les fruits d’un choix « socialement contraint ». En Afrique, décider de ne plus avoir d’enfants expose en effet la femme à trop de risques sociaux, en particulier le risque, fréquemment formulé par les femmes que nous avons pu suivre, d’être rejetée par le partenaire si celui-ci désire avoir des enfants. Lorsque la femme n’annonce pas sa séropositivité à son partenaire, cas fréquent comme nous l’avons vu, il devient alors extrêmement difficile d’expliquer au mari comme à la belle-famille le refus d’une nouvelle grossesse, à moins que le couple n’ait déjà un nombre d’enfants estimé suffisant. Même lorsque le mari est au courant du statut sérologique de sa femme, il peut exister une pression de la part de la belle-mère pour faire un autre enfant et les femmes craignent que les belles-mères « n’influencent » leur mari et le poussent à divorcer ou à prendre une seconde épouse. Toujours dans le cas (le plus fréquent) où les femmes cachent leur statut sérologique, ne plus être enceinte comporte aussi le risque d’être étiquetée comme malade puisque non fertile. Au contraire, une nouvelle grossesse rassure l’entourage, mais aussi la femme elle-même, sur sa santé et sa fécondité. L’enfant à venir est ainsi à la fois gage de solidité pour le couple et gage de survie pour l’individu « dans sa descendance » (Aka Dago et al., 1999).
Ainsi, en matière de procréation comme dans le domaine des comportements sexuels, il ne suffit pas qu’un individu connaisse le risque de l’infection par le sida pour qu’il adopte des comportements de prévention. Dans le domaine de la procréation, comme dans celui de la sexualité, les impératifs familiaux, sociaux et affectifs paraissent plus importants que la préservation de la santé d’un des membres du couple, voire même que le risque de donner naissance à un enfant infecté.
Face à ce constat, les avancées de la recherche et de la santé publique permettant de réduire la transmission mère-enfant du VIH dans les pays en développement semblent d’autant plus précieuses. Si le conseil donné aux personnes infectées par le VIH de ne plus avoir d’enfants est un conseil irrecevable, on peut au moins accompagner leur désir de fécondité en limitant dans la mesure du possible le risque d’infection pour les enfants à naître. Les programmes de recherche clinique les plus récents sur la réduction du risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant ont mis au point des protocoles simples et peu coûteux par lesquels le risque de transmission mère-enfant en Afrique de l’Ouest, initialement estimé à plus de 20 % (dans un contexte d’allaitement maternel généralisé) tombe à environ 6 % (Dabis et al., 2003), et ces programmes deviennent progressivement opérationnels.
 
Conclusion
 
 
De cette étude, on peut tirer un premier constat : les femmes qui ont appris qu’elles étaient infectées par le VIH au cours d’une grossesse désirent partager cette mauvaise nouvelle avec leur conjoint et rencontrent des difficultés à le faire. Ainsi, moins d’une femme sur deux dans notre étude a informé son partenaire, et c’est un des chiffres les plus élevés d’Afrique sub-saharienne en la matière. Parallèlement, les conseils de protection des relations sexuelles donnés à ces femmes séropositives aboutissent à un échec, dû en partie à cette absence d’information du partenaire, mais pas seulement, car même parmi les partenaires informés que leur femme est infectée par le VIH, une minorité seulement utilisent le préservatif. Quant aux conseils de ne plus avoir de grossesse qui étaient donnés aux femmes par les équipes médicales, ils n’ont absolument pas été suivis. Ces difficultés que les femmes rencontrent à confier leur statut sérologique à leur partenaire et à appliquer les conseils de prévention du sida qui leur sont donnés révèlent, entre autres, la difficulté de communication au sein des couples sur les sujets liés à la sexualité et à la procréation. En effet, adopter des changements dans sa vie sexuelle ou dans ses choix de procréation ne dépend pas seulement de la décision – déjà difficile – de dire à son partenaire qu’on est infecté par le VIH. Adopter de tels changements suppose d’être convaincu(e) soi-même, puis d’être en mesure de convaincre son partenaire de l’utilité de ces changements ou de les lui imposer. Négociation difficile, qui conduit les femmes que nous avons enquêtées à Abidjan à esquiver la sexualité comme la procréation en prolongeant l’abstinence sexuelle après la naissance.
Il nous reste à mieux comprendre les conditions qui facilitent ce type de négociation autour de la sexualité dans le couple, et ce, de façon u rgente, car dans les pays africains où la transmission est essentiellement hétérosexuelle, où la majorité des personnes infectées l’ont été dans le cadre des relations sexuelles conjugales, la protection des rapports sexuels entre conjoints en cas d’infection par MST ou VIH (ou de suspicion d’infection) reste un des points faibles de la lutte contre le sida. Une des voies possibles pour améliorer cette prévention de la transmission sexuelle au sein du couple est de mener des actions de prévention qui ne sont pas ciblées sur les femmes ou sur les hommes uniquement, mais qui visent aussi le couple, de la même façon qu’on s’est rendu compte que les programmes de planning familial doivent aussi s’adresser aux hommes et pas seulement aux femmes. Pour favoriser l’utilisation du préservatif lors des relations conjugales, il semble important par exemple que les programmes de prévention prennent en compte la communication qui va s’établir dans un couple à ce sujet, et non pas seulement la connaissance que les membres du couple ont du préservatif ou la disponibilité de ces préservatifs (Painter, 2001).
De même, c’est un couple, et non pas seulement une femme, qui est impliqué dans les décisions en matière de procréation. Les programmes de prévention de la transmission mère-enfant du VIH, s’ils doivent avant tout s’adresser aux femmes et tout mettre en œuvre pour les aider à gérer toutes les conséquences de l’infection à VIH, intègrent ainsi aujourd’hui de plus en plus la nécessité de prendre en compte les partenaires de ces femmes.
Il semble en tout cas qu’une des priorités actuelles dans la lutte contre le sida en Afrique soit une meilleure prise en compte du concept de couple et de la relation qui existe entre l’homme et la femme en son sein dans les différents programmes de prévention et de prise en charge du VIH/sida. Cela implique de mieux cerner la notion de couple en Afrique, notion très vaste et susceptible d’évolutions profondes dans des sociétés en transition où se côtoient divers types d’union.
 
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·  Onusida, 2004, Rapport sur l’épidémie mondiale de Sida 2004, Onusida/04.16F juillet 2004, www. unaids. org
·  Orubuloye IO, Caldwell J., Caldwell P., 1997a, « Men’s sexual behavior in urban and rural Southwest Nigeria: Its cultural, social and attitudinal context », Health Transition Review, sup. vol. 7, p. 315-328.
·  Orubuloye IO, Oguntimakin F., Sadiq T., 1997b, « Women’s role in resproductive health decision making and vulnerability to STD and HIV/AIDS in Ekiti, Nigeria », Health Transition Review, sup. vol. 7, p. 329-336.
·  Painter T., 2001, « Voluntary counseling and testing for couples: A high leverage intervention for HIV/AIDS prevention in sub-Saharan Africa », Social Science and Medicine, 53, p. 1397-1411.
·  Roth D., Stewart K., Clay O. et al., 2001, « Sexual practices of HIV discordant and concordant couples in Rwanda: Effects of a testing and counselling programme for men », International Journal of STD and AIDS, 12, p. 181-188.
·  Sakarovitch C., Msellati P., Bequet L. et al., 2003, « HIV prevalence and incidence among pregnant women in Abidjan, 1995-2002 », XIIIe Conférence internationale sur le sida en Afrique, Nairobi 21-26 septembre 2003, TuePs397727.
·  Sylla-Koko F. et al., 1997, « Séroprévalence de l’infection par le VIH dans les consultations prénatales d’Abidjan, Côte d’Ivoire, 1995 », Médecine et maladies infectieuses, 27, p. 1-2.
·  Tijou-Traore A. (à paraître), « Dialogue, gestion des risques de transmission du VIH et choix reproductifs au sein de couples sérodifférents résidant à Abidjan (Côte d’Ivoire) », in Desgrées du Loû A., Ferry B. (éd.), Sexualité et procréation confrontées au sida dans les pays du Sud (Les collections du Ceped).
·  Toure L., Kamagate Z., Guillaume A., Desgrées du Loû A., 1997, « Planification familiale et santé de la reproduction à Yopougon. Rapport d’enquête », Ensea, 66 p. + annexes.
·  van de Walle E., van de Walle F., 1988, « Les pratiques traditionnelles et modernes des couples en matière d’espacement ou d’arrêt de la fécondité », in Tabutin D. (éd.), Population et société en Afrique au sud du Sahara, L’Harmattan, p. 141-166.
·  van Rossem R., Meekers D., Akinyeni Z., 2001, « Consistent condom use with different types of partners: Evidence from two Nigerian Surveys », Aids Education and Prevention, 13(3), p. 252-267.
·  Vimard P., 1993, « Modernité et pluralité familiales en Afrique de l’Ouest », Revue Tiers-monde, t. XXXIV, n° 133, p. 89-115.
 
NOTES
 
[*]IRD, LPED, chercheuse associée à l’Ined.
[1]Le projet Ditrame, pour DIminution de la TRAnsmission Mère-Enfant, a été mené entre 1995 et 2000 à Abidjan et à Bobo Dioulasso. Coordonné par l’Inserm U 330 de Bordeaux, France, il a bénéficié d’un financement de l’ANRS. À Abidjan, la coordination a été assurée par Philippe Msellati, IRD. Il s’agissait d’évaluer la tolérance et l’efficacité d’un régime court d’AZT dans la prévention de la transmission mère-enfant du VIH dans une population où l’allaitement maternel est prédominant.
[2]Évaluation de l’initiative Onusida/ministère de la Santé publique d’accès aux traitements du sida à Abidjan.
[3]Pour plus de détails, voir le site www. measuredhs. com
[4]Plusieurs types de virus du VIH existent. Un individu peut donc être déjà infecté par un type de virus du VIH, et contracter un autre type de virus du VIH s’il a des relations sexuelles non protégées avec une personne infectée par un type de virus différent du sien.
[5]Dans les programmes de prévention de la transmission mère-enfant du VIH actuels, notamment le programme Ditrame Plus mené à Abidjan depuis 2001, ce conseil a évolué : les équipes médicales s’attachent à prévenir uniquement les grossesses non désirées et aident les femmes qui désirent une nouvelle grossesse à la mener en réduisant au maximum le risque de transmission mère-enfant du VIH.
[6]Cf note 1.
[7]Chacune de ces trois enquêtes a donné lieu à des publications spécifiques (enquête A : Desgrées du Loû et al., 1999; enquête B : Desgrées du Loû, 2000; enquête C : Desgrées du Loû et al., 2002). Hormis le tableau 1 qui présente des résultats originaux, les résultats discutés ici ont déjà été publiés. L’objet de cet article est de les mettre en perspective les uns avec les autres, dans une problématique centrée sur le couple.
[8]Très peu de conjoints ont fait la démarche d’effectuer un test de dépistage du VIH durant ce premier programme, même parmi ceux qui étaient informés de l’infection de leur femme. On ne peut donc analyser ici les comportements selon le statut sérologique de l’homme. C’est un des objectifs du programme de recherche en cours sur le même site.
[9]Dans les faits, l’écart est plus important car la durée moyenne d’abstinence post-partum dans le groupe C de femmes suivies dans Ditrame est en fait sous-estimée : dans le groupe A de femmes enquêtées juste avant le dépistage, on calcule une durée moyenne d’abstinence post-partum dans un intervalle fermé entre deux grossesses, où toutes les femmes ont repris leur activité sexuelle après la première grossesse, alors que dans le groupe C, on observe un intervalle ouvert, avec 25 femmes qui sont toujours en abstinence post-partum au moment de l’enquête.
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