2005
Populations
Logements et taille des ménages dans la dynamique des populations locales
L’exemple de Paris
Alfred Dittgen
[*]
Alfred Dittgen, Institut de démographie de l’université Paris I, courriel : dittgen@univ-paris1.fr
L’évolution de toute population territoriale résulte du mouvement naturel et du mouvement migratoire. Mais alors que le premier est prépondérant pour les populations nationales, le second l’est pour les populations locales. À ce niveau, les migrations sont fortement dépendantes du logement, soit plus précisément de l’évolution du nombre de résidences principales et de celle de l’occupation de ces résidences.
Ainsi, le dépeuplement de Paris intra-muros depuis la guerre s’explique par la baisse du nombre de ces résidences – en dépit de l’augmentation du nombre de logements – et surtout par la diminution de la taille des ménages. Celle-ci résulte, comme ailleurs en France, voire dans le monde occidental, de la « crise » du couple et du vieillissement démographique, mais tout autant de l’attirance exercée par Paris sur les personnes seules et les petits ménages de l’agglomération et du « refoulement » des familles en banlieue.
Ce partage de l’espace de l’agglomération s’explique par plusieurs facteurs, au premier rang desquels la taille des logements, petite à Paris, plus grande en banlieue, et leur coût, élevé à Paris, meilleur marché en banlieue. Il en résulte que les jeunes adultes et les cadres sont de plus en plus nombreux dans la population parisienne. Cette tendance est surtout marquée dans les quartiers centraux, dont les petits logements et l’animation sont adaptés aux personnes seules.
Territorial population change is the result of natural change and migration, with the first primarily affecting national populations, and the second local populations. At local level, migration patterns depend largely upon housing or, more specifically, on changes in the number of primary residences and in their occupancy.
Hence, the depopulation of Paris “intra muros” since the Second World War can be explained by a decline in the number of primary residences—despite an increase in the number of dwellings—and, above all, a decrease in household size which, like elsewhere in France and the Western world, reflects the “couple crisis” and demographic ageing, but equally the appeal of Paris for singles and small households and the “banishment” of families to the suburbs.
This pattern of urban residence can be explained by several factors, above all by the size of dwellings – small in Paris and larger in the suburbs – and their higher cost inside Paris than beyond the city limits. These factors are raising the proportion of young adults and of professionals and higher-level occupations in the Parisian population. This trend is especially pronounced in the central districts, where the small dwellings and animated social life are particularly attractive to the singles population.
La evolución de la población es el resultado del crecimiento natural y del crecimiento migratorio. Así como la importancia del primero es preponderante a nivel nacional, el segundo predomina a nivel local. A tal nivel, las migraciones dependen fuertemente de la vivienda y, más concretamente, de la evolución del número de residencias principales y de la ocupación de tales residencias.
La disminución de la población de París intramuros después de la guerra, por ejemplo, se debe a la disminución de la oferta de tales residencias –a pesar del aumento en el número de viviendas- y especialmente a la disminución del tamaño de los hogares. Tal disminución es el resultado, tanto en París como en el resto de Francia y del mundo occidental, de la “crisis” de la pareja y del envejecimiento demográfico, pero también de la atracción que ejerce París sobre las personas solas y de los hogares pequeños de la aglomeración y la consiguiente “expulsión” de familias hacia los suburbios.
Tal división del espacio de la aglomeración se debe a varios factores: el factor principal es el tamaño de la vivienda, pequeño en París y mayor en los suburbios, pero también hay razones de coste, más elevado en París que en los suburbios. Estos dos factores explican que en la población predominen los adultos jóvenes y que los cuadros sean cada vez más numerosos. Esta tendencia es más marcada en los barrios centrales, ya que las viviendas pequeñas y la animación atraen a las personas solas.
Par rapport aux autres grandes capitales européennes, la ville de Paris est confinée dans des limites administratives très étroites, qui l’enferment dans une superficie d’une centaine de kilomètres carrés. Alfred Dittgen montre ici comment, sous cette contrainte, qui réduit la construction de nouvelles habitations, la population a diminué au cours des cinquante dernières années, au bénéfice de l’agglomération dont elle est le centre. Diminution et non pas stabilisation car pendant cette période, la taille des ménages s’est progressivement réduite, tout comme le nombre de résidences principales. En même temps, la structure démographique et la composition sociale de la ville et de ses quartiers ont profondément changé.
Comme celle d’autres villes, la population de Paris n’a pas une dynamique autonome. Mais son étude contribue à éclairer les choix d’administrateurs qui ont à gérer un territoire aux contours figés.
L’évolution de la population d’un pays dépend, en règle générale, plus du mouvement naturel que du mouvement migratoire : la différence entre le nombre des naissances et celui des décès est généralement supérieure à celle existant entre le nombre d’immigrants et celui des émigrants
[1]. En revanche, la population d’une région évolue souvent davantage du fait des migrations que des naissances et décès. Ceci est encore plus vrai pour la population d’une localité. Il en est ainsi à Paris
intra-muros, où les entrées sont plus de deux fois supérieures aux naissances tandis que les sorties sont quatre fois et demie supérieures aux décès (tableau 1).
Tableau 1
Entrées et sorties annuelles moyennes de Paris intra-muros pendant la période 1990-1999 (nombres arrondis)
Entrées Immigration Naissances +70200 +30500 Sorties Émigration Décès – 85000 – 18700 Solde Migratoire Naturel – 14800 +11800 Solde total – 3000 Sources: Insee, recensements de la population et mouvements de la population.
À ce niveau local, ces deux mouvements, naturel et migratoire, sont fortement liés, contrairement à ce qu’il en est au niveau national, et ce par l’intermédiaire du logement : une naissance dans une famille peut conduire celle-ci à déménager dans une autre localité; un logement devenu vacant par le décès de son dernier occupant peut être réoccupé par un ménage venu d’une autre localité…
D’une façon générale, les logements, plus précisément leur effectif et leur évolution, conditionnent fortement, pour ne pas dire déterminent, l’effectif et l’évolution des populations locales à partir du moment où les familles et les générations adultes n’acceptent plus de cohabiter, ce qui est le cas dans les pays occidentaux. De ce fait, une telle population ne peut généralement croître que si le nombre de logements augmente. Cette augmentation est même souvent nécessaire pour le seul maintien de l’effectif de cette population. D’une part, parce que la proportion de logements occupés par les résidents, en concurrence avec celle des résidences secondaires et des logements vacants, peut diminuer. D’autre part, parce que le nombre de personnes occupant ces résidences, c’est-à-dire la taille des ménages, peut se réduire, ce qui est le cas partout dans le monde occidental.
Dans ces relations population/logement, les caractéristiques des résidences ont évidemment une grande importance, en premier lieu leur taille. Celle-ci conditionne la taille des ménages, mais aussi la structure par âge et sexe de ses membres : des logements de grande taille hébergent souvent des familles, donc des adultes et des enfants de tous âges; des logements de petite taille abritent plutôt des personnes seules ou des couples sans enfant, c’est-à-dire des jeunes adultes ou des personnes âgées. Une autre caractéristique importante est le statut d’occupation du ménage : les ménages locataires de logements sociaux sont souvent des familles; à l’inverse, les ménages locataires de logements du secteur libre, plus onéreux, sont souvent des personnes seules.
Ces relations population/logement sont particulièrement marquées à Paris, sûrement plus que dans les autres grandes villes françaises, et plus que dans bien d’autres capitales européennes, car cette ville présente des traits singuliers (carte en annexe).
L’espace parisien est presque urbanisé en totalité. De ce fait, le parc immobilier, qui s’est beaucoup accru depuis la guerre, ne peut plus guère le faire, sauf à envisager la construction de tours, ce qui ne paraît guère possible
[2]. De nombreux résidents secondaires et occasionnels sont attirés par Paris, réduisant d’autant le nombre de résidences occupées par des résidents permanents, réduction aggravée par une forte vacance des logements.
La taille des ménages parisiens diminue, à l’instar de celle des ménages français, voire occidentaux, et pour les mêmes raisons, qui sont actuellement surtout la « crise » du couple, avec des entrées en union plus tardives et des ruptures plus fréquentes, et le vieillissement de la population. Mais la baisse de cette taille dans les centres d’agglomération résulte aussi, voire surtout, de l’attirance des petits ménages, en particulier des personnes seules, pour ces centres. Cette sélection des petits ménages est plus marquée à Paris qu’ailleurs du fait que la population de cette ville-centre est très minoritaire par rapport à celle de l’agglomération.
Ce mouvement centripète des petits ménages est aussi favorisé par le fait que les logements à Paris sont plus petits que dans le reste de l’agglomération, et, du fait de leur pénurie, plus chers, ce qui en exclut souvent les familles. En outre, une part importante de ces logements – plus importante qu’ailleurs – sont en location, ce qui les destine plutôt à de jeunes adultes et à de jeunes couples.
Dans cet article
[3] nous examinerons les relations population/ logement à Paris
intra-muros durant le demi-siècle écoulé, plus précisément depuis le recensement de 1954, période à partir de laquelle la population parisienne a connu des changements sans équivalent jusque-là. Nous terminerons cet examen par quelques résultats issus d’un modèle de projection de population qui, compte tenu de l’importance de la relation en question, et contrairement au modèle utilisé habituellement
[4], intègre le logement et son occupation.
I. Population, logements et résidences principales
1. Population en baisse, nombre de logements en hausse
L’effectif de la population de Paris a atteint son maximum entre les recensements de 1911 et de 1954, période durant laquelle il a oscillé autour de 2,8-2,9 millions de personnes
[5]. Il s’est mis ensuite à baisser de façon continue pour tomber à un peu plus de 2 millions au recensement de 1999, soit une diminution d’un quart (tableau 2 et figure 1). Ce dépeuplement a été rapide durant les années 1960 et 1970, la baisse ayant été de 1,25 % par an en moyenne entre 1962 et 1982, et beaucoup plus modéré depuis, avec une diminution de 0,14 % par an entre 1982 et 1999.
Tableau 2
Évolution des effectifs de la population de Paris intra-muros (totale, des ménages, hors ménage) de 1954 à 1999 et soldes intercensitaires de la population totale (en milliers)
Effectifs Recensement 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 Population totale 2848,8 2798,8 2586,6 2296,9 2176,7 2152,3 2125,9 Population des ménages 2782,4 2732,3 2525,1 2245,8 2127,7 2101,7 2077,8 Population hors ménage 66,4 66,5 61,5 51,1 49,0 50,6 48,1 Soldes intercensitaires (population totale) Période 1954-1962 1962-1968 1968-1975 1975-1982 1982-1990 1990-1999 1954-1999 Solde total – 50,0 – 212,2 – 289,7 – 120,2 – 24,4 – 26,4 – 722,9 Solde annuel moyen – 6,3 – 35,4 – 41,4 – 17,2 – 3,1 – 2,9 – 16,1 Sources: Insee, recensements de la population et mouvements de la population.
Figure 1
Évolution de l’effectif de la population de Paris intra-muros entre 1954 et 1999 (en milliers)
Sources : Insee, recensements de la population.
De façon apparemment paradoxale, dans ce même intervalle, le nombre de logements a crû, passant de 1,2 million à plus de 1,3 million. Cette augmentation, qui s’observe pendant presque toutes les périodes intercensitaires, a été particulièrement importante de 1975 à 1982, où l’on a compté en moyenne 6 milliers de logements de plus par an (tableau 3). L’augmentation de ce parc est évidemment le résultat de la construction neuve. Cela étant, ces logements neufs ne se sont pas traduits par autant de logements supplémentaires en raison, d’une part, de la transformation de n ombreux logements existants en bureaux, en entrepôts, etc. – phénomène qui explique la diminution drastique du parc dans les arrondissements centraux (cf.
infra) – et, d’autre part, de la démolition d’immeubles anciens pour la construction de logements neufs
[6]. Ainsi, dans la période intercensitaire 1990-1999, où les constructions de logements se sont élevées à 5 milliers par an, le solde de logements n’a été que de 2 milliers (tableau 3). Comme les désaffectations sont de plus en plus rares, la différence entre ces deux nombres provient surtout des démolitions, de plus en plus nécessaires pour édifier des immeubles neufs. C’est évidemment le second de ces nombres qui importe dans la relation population/ logement
[7].
2. De moins en moins de logements occupés par les Parisiens
Les logements qui comptent pour l’évolution de la population sont plus précisément ceux occupés par les résidents en tant que résidences principales, lesquelles, selon les conventions statistiques françaises, abritent autant de ménages. Le nombre de ces logements n’évolue pas comme celui de l’ensemble des logements, car ils sont en concurrence avec les logements occupés par les résidents secondaires et les résidents occasionnels et avec les logements vacants. À Paris, le nombre des résidences principales, contrairement au nombre total de logements, a diminué entre 1954 et 1999, passant d’un peu moins de 1,2 million à un peu plus de 1,1 million. Cette évolution divergente s’explique par une très forte augmentation des résidences secondaires et occasionnelles
[8] et des logements vacants
[9] (tableau 3 et figure 2).
Tableau 3
Évolution du nombre de logements de Paris intra-muros par catégorie entre les recensements de 1954 et de 1999 et soldes intercensitaires (en milliers)
Nombres de logements Recensement 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 Ensemble des logements 1206,0 1234,7 1214,8 1237,6 1279,3 1304,3 1322,6 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% Résidences principales 1185,3 1191,7 1140,2 1109,1 1097,4 1095,1 1110,9 98,3% 96,5% 93,9% 89,6% 85,8% 84,0% 84,0% Résidences secondaires et occasionnelles 13,3 23,0 35,4 37,8 56,4 90,9 75,1 1,1% 1,9% 2,9% 3,1% 4,4% 7,0% 5,7% Logements vacants 7,4 20,0 39,2 90,7 125,5 118,3 136,6 0,6% 1,6% 3,2% 7,3% 9,8% 9,1% 10,3% Soldes intercensitaires Période 1954-1962 1962-1968 1968-1975 1975-1982 1982-1990 1990-1999 1954-1999 Ensemble des logements Solde total 28,7 – 19,9 22,8 41,7 25,0 18,3 116,6 Solde annuel moyen 3,6 – 3,3 3,3 6,0 3,1 2,0 2,6 Résidences principales Solde total 6,4 – 51,5 – 31,1 – 11,7 – 2,3 15,8 – 74,4 Solde annuel moyen 0,8 – 8,6 – 4,4 – 1,7 – 0,3 1,8 – 1,7 Sources: Insee, recensements de la population.
Figure 2
Évolution du nombre de résidences secondaires et occasionnelles et du nombre de logements vacants à Paris intra-muros entre 1954 et 1999 (en milliers)
Sources : Insee, recensements de la population.
Cette forte croissance du nombre des logements non occupés par des Parisiens a été possible parce que la très forte pénurie de l’après-guerre a fait place à une situation moins tendue. Les pied-à-terre liés à l’attractivité de Paris pour les provinciaux et pour les étrangers ont ainsi pu se développer. Par ailleurs, dans cette ville où le renouvellement des ménages est très fort, du fait d’une proportion de locataires du secteur privé bien plus importante que partout ailleurs en France (cf. infra), les périodes d’inoccupation entre deux locations ont eu tendance à s’allonger, conduisant donc à davantage de logements vacants.
L’évolution du nombre de résidences principales n’a pas été tout à fait régulière : on note en particulier une légère augmentation dans la dernière période intercensitaire, où leur nombre, et donc celui des ménages, est passé de 1095000 en 1990 à 1111000 en 1999. Cet accroissement de 1,4 % n’a cependant pas entraîné d’augmentation de la population des ménages, puisque celle-ci a décrû de 2102000 à 2078000, soit une baisse de 1,1 %. Cette absence de parallélisme est constatée sur l’ensemble de la période 1954-1999, où le nombre de résidences principales est passé de 1185000 à 1111000, soit une baisse de 6 %, alors que la population des ménages est passée de 2782000 à 2078000, soit une baisse de 25 %, quatre fois supérieure. Cette évolution divergente, tout aussi surprenante que celle de la population et des logements, s’explique, comme on va le voir, par la diminution de la taille des ménages.
II. Population et taille des ménages
1. Des petits ménages et des petits logements
Le nombre moyen de personnes par ménage à Paris en 1999, égal à 1,87, est très faible comparé à celui de la France (2,40), ou à celui de l’Île-de-France (2,38). Cette taille s’est considérablement réduite durant le demi-siècle passé, comme partout en France et dans les pays développés d’une façon générale (Alders et Manting, 2001), mais cette réduction a été plus précoce dans la capitale, dès les années 1950, que dans l’ensemble du pays, où elle n’a débuté que dans les années 1970. Elle résulte d’une forte croissance de la proportion des ménages d’une personne au détriment des autres (tableau 4). Ces ménages d’une personne, qui représentaient un peu moins du tiers des ménages en 1954 (32 %), comptent pour plus de la moitié en 1999 (52,4 %).
Tableau 4
Nombre total de ménages à Paris intra-muros, taille moyenne et répartition selon la taille. Évolution de 1954 à 1999 (en milliers et en %)
Recensement 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 Nombre total de ménages 1185,3 1191,7 1140,2 1109,1 1097,4 1095,1 1110,9 % 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 Taille moyenne des ménages 2,35 2,29 2,21 2,02 1,94 1,92 1,87 Ménages d’une personne 379,9 416,7 432,4 487,6 528,8 545,8 581,7 % 32,1 35,0 37,9 44,0 48,2 49,8 52,4 Ménages de deux personnes 386,8 376,2 350,3 328,3 304,7 294,7 288,1 % 32,6 31,6 30,7 29,6 27,8 26,9 25,9 Ménages de trois personnes ou plus 418,6 398,8 357,5 293,2 263,9 254,6 241,1 % 35,3 33,5 31,4 26,4 24,0 23,2 21,7 Population des ménages 2782,4 2732,3 2525,1 2245,8 2127,7 2101,7 2077,8 Sources: Insee, recensements de la population.
L’écart actuel de la taille des ménages entre la capitale et sa région est à mettre en relation avec une différence de taille des logements : les logements parisiens ne comptent en moyenne que 2,53 pièces, contre 3,29
[10] pour ceux de la région Île-de-France. Mais les Parisiens disposent en moyenne d’autant d’espace dans leurs logements que les Franciliens, soit 1,35 pièce contre 1,38 (tableau 5), car les ménages sont plus petits
[11]. Au-delà de ces moyennes, peu parlantes, on peut remarquer qu’en Île-de-France, on a un tiers (32,2 %) de petits logements, soit des logements de une ou deux pièces, et un tiers (34,6 %) de personnes seules. À Paris, ces proportions sont respectivement de 56,1 % et de 52,4 %.
Tableau 5
Taille des ménages et taille des logements en France, en Île-de-France et à Paris intra-muros en 1999
France Île-de-France Paris Nombre moyen de personnes par ménage 2,40 2,38 1,87 Nombre moyen de pièces par logement 3,86 3,29 2,53 Nombre moyen de pièces par personne 1,61 1,38 1,35 Proportion de ménages d’une personne (%) 31,00 34,60 52,40 Proportion de logements de une ou deux pièces (%) 19,10 32,20 56,10 Source: Insee, recensement de 1999.
La baisse de la taille des ménages parisiens entre 1954 et 1999 s’est paradoxalement accompagnée d’une augmentation de la taille de leurs logements, laquelle est passée de 2,23 pièces en 1954 à 2,53 pièces en 1999. Cela résulte de ce que l’on a construit davantage de grands que de petits logements dans cette période : la part des logements de 4 pièces et plus est passée de 13,1 % à 20,8 %; celle des logements d’une seule pièce, studios et chambres, de 33,9 % à 24,0 %. La construction de logements plus grands n’a cependant pas pu empêcher la baisse de la population des ménages. Mais elle l’a limitée
[12] : si les logements en étaient restés au nombre moyen de pièces de 1954, compte tenu de l’augmentation du nombre moyen de pièces occupées par personne, on aurait eu en 1999 une population égale à 1,87 million
[13], au lieu des 2,13 millions observés.
2. Paris attire les petits ménages
La réduction de la taille des ménages à Paris résulte des mêmes facteurs que ceux qui agissent dans l’ensemble de France (figure 3), voire dans les pays industrialisés, mais aussi de facteurs propres à la capitale. En France, deux facteurs ont eu un poids important dans les décennies passées, mais ne jouent plus guère aujourd’hui : la décohabitation des générations adultes et la réduction du nombre d’enfants dans les familles. Les cas où des générations adultes cohabitent sont maintenant rares. Quant au nombre d’enfants présents dans les ménages, il ne diminue plus depuis que la fécondité s’est stabilisée et que les grands enfants ont tendance à r ester plus longtemps dans le foyer parental. Mais deux autres facteurs sont toujours à l’œuvre : l’augmentation du nombre de personnes seules au détriment de la vie en couple et le vieillissement de la population. Le nombre d’adultes qui vivent seuls continue à augmenter du fait du recul de l’âge à la première mise en couple, de l’augmentation des ruptures, et de remises en couple moins fréquentes et plus tardives. Quant au vieillissement de la population, qui fait augmenter la part des couples qui n’ont plus d’enfant au foyer et celle des personnes ayant perdu leur conjoint, il est loin d’être terminé.
Figure 3
Évolution de la taille moyenne des ménages entre 1954 et 1999 à Paris intra-muros et en France
Sources : Insee, recensements de la population.
Cela étant, il faut noter que le vieillissement de la population ne se traduit par une diminution du nombre de personnes par ménage que parce que, dans notre société, la cohabitation des générations adultes est rare et que cela est rendu possible par une disponibilité plus grande de logements.
Ces phénomènes sociodémographiques à l’origine de la réduction de la taille des ménages ont joué et jouent à Paris comme ailleurs. Cela étant, la capitale, comme d’autres centres d’agglomérations, a tendance à attirer les petits ménages, en particulier les personnes seules, et ce pour plusieurs raisons : ces ménages peuvent se contenter de petits logements; sans charge d’enfant, ils peuvent faire face au coût très élevé de l’immobilier parisien; enfin, les commodités et les loisirs de la capitale leur conviennent mieux qu’aux familles. La sélection des petits ménages de l’agglomération est d’autant plus marquée que la population parisienne représente une faible part de celle de l’agglomération, moins d’un cinquième
[14] – contre un tiers à un demi pour les autres grandes villes françaises –, et que cette part va en décroissant, puisque la population de Paris diminue et que celle de l’agglomération augmente.
L’attraction de Paris s’exerce surtout sur les jeunes adultes, d’où la prédominance du groupe des 25-39 ans, qui compte la plus forte proportion de ménages d’une personne : plus d’un tiers des personnes dans ce groupe d’âges résident seules dans leurs logements. C’est d’ailleurs cette solitude, et non une moindre fécondité des couples, qui explique la faiblesse de l’indice de fécondité à Paris, de l’ordre de 1,5 enfant par femme entre 1990 et 1999, contre 1,8 en Île-de-France et en France.
3. La baisse de la taille des ménages, cause principale du dépeuplement
Entre 1954 et 1999, la population parisienne a chuté de 25 %. Durant cet intervalle, le parc des résidences principales a diminué de 6 % (tableau 6) et la taille moyenne des ménages est passée de 2,35 personnes à 1,87, soit une réduction de 20 %. Le rôle de ce second facteur a donc été primordial dans le dépeuplement de Paris au cours de ce demi-siècle
[15]. La seule réduction de cette taille moyenne des ménages aurait fait chuter la population de 2,86 à 2,26 millions
[16], alors que la diminution du nombre de résidences, à taille constante, l’aurait amenée à 2,66 millions
[17].
Cette réduction de la taille des ménages a été la cause principale du recul de la population dans chacune des périodes intercensitaires, à l’exception de la période 1962-1968, où c’est la diminution, très importante, du nombre des résidences principales qui a joué ce rôle (tableau 6).
Tableau 6
Taux de variation intercensitaire de la population totale, de la population des ménages, du nombre de résidences principales et de la taille des ménages à Paris intra-muros (en %)
Période 1954-1962 1962-1968 1968-1975 1975-1982 1982-1990 1990-1999 1954-1999 Population totale – 1,76 – 7,58 – 11,20 – 5,23 – 1,12 – 1,23 – 25,38 Population des ménages – 1,80 – 7,58 – 11,06 – 5,26 – 1,22 – 1,14 – 25,32 Nombre de résidences principales +0,54 – 4,32 – 2,73 – 1,05 – 0,22 +1,44 – 6,28 Taille des ménages – 2,33 – 3,41 – 8,57 – 4,26 – 1,01 – 2,54 – 20,32 Sources: Insee, recensements de la population.
Il y a lieu maintenant d’examiner la pyramide des âges : comme l’effectif total de la population, celle-ci est, dans cette ville, fortement dépendante du logement.
III. Structure par âge et sexe, migrations et logement
1. Surreprésentation des jeunes adultes et des femmes
Pour saisir la spécificité de la structure par âge
[18] de Paris en 1999, il convient de regarder celle de sa région et celle du pays à la même date (figure 4). La pyramide de l’Île-de-France a un profil assez proche de celle d e la France. Cependant, la part des personnes âgées, les 65 ans et plus, y est plus réduite et celle des jeunes adultes, les 20-39 ans, plus importante. Ces différences résultent des migrations : l’Île-de-France accueille de jeunes adultes de province ou de l’étranger et voit partir une partie de ses retraités.
Figure 4
Répartition de la population de la France, de l’Île-de-France et de Paris par groupe d’âges et sexe au recensement de 1999 (effectifs par groupe d’âges quinquennaux pour 1000 au total)
Source : Insee, recensement de la population.
Dans la pyramide parisienne, les jeunes adultes sont proportionnellement encore plus nombreux, surtout entre 25 et 40 ans. À l’inverse, la proportion des personnes âgées est beaucoup plus proche de celle de la France. Autre différence : la part des jeunes, les 0-19 ans, est considérablement plus faible que dans la région et dans le pays. Ces particularités résultent aussi, en majeure partie, des migrations vers et hors de Paris.
Le profil de la pyramide qui en résulte, en « as de pique », n’est pas apparu récemment. Celui de la pyramide du recensement précédent (figure 5) est pratiquement le même, au point que les deux figures sont difficilement discernables au premier coup d’œil, si ce n’est par la place des classes creuses de la guerre 1914-1918. C’est sur la pyramide de 1968 que l’on note pour la première fois la forte prédominance des jeunes adultes (20-39 ans). Leur proportion, qui était de 29,9 % en 1954, y passe à 31,4 %. Elle n’a fait qu’augmenter depuis, pour atteindre 36,0 % en 1999. La pyramide de 1954, beaucoup plus massive, se distinguait principalement de celle du pays par une proportion plus réduite d’enfants et de jeunes.
Figure 5
Répartition de la population de Paris intra-muros par groupe d’âges et sexe à différents recensements (effectifs par groupe d’âges quinquennaux pour 1000 au total)
Sources : Insee, recensements de la population.
Entre 1954 et 1975, la population parisienne a vieilli bien davantage que celle de la France, que l’on considère l’évolution de la part des personnes de 65 ans et plus, le « troisième âge », ou celle des personnes de 80 ans et plus, le « quatrième âge » (tableau 7). Mais depuis cette époque, le poids du troisième âge a baissé à Paris, alors qu’il a continué d’augmenter en France. Quant à celui du quatrième âge, il a continué d’augmenter jusqu’en 1990, pour baisser sensiblement depuis, tout en restant plus élevé que dans le pays
[19].
Tableau 7
Proportions des personnes âgées de 65 ans ou plus, et des personnes de 80 ans ou plus, de 1954 à 1999 en France et à Paris intra-muros (en %)
Recensement 1954 1962 1968 1975 1982 1990 1999 65 ans ou plus France 11,5 11,8 12,6 13,4 13,5 13,9 15,8 Paris 11,0 13,5 16,0 18,0 17,1 16,0 15,4 80 ans ou plus France 1,7 2,1 2,2 2,4 3,0 3,7 3,7 Paris 1,4 2,2 2,8 3,6 4,6 5,2 4,5 Sources: Insee, recensements de la population.
En 1999, la population française comporte comme pratiquement toutes les populations, du fait de la surmortalité masculine, plus de femmes que d’hommes, soit 51,5 % contre 49,5 %. Le pourcentage de femmes est pratiquement le même en Île-de-France (51,6 %) mais il est s ensiblement supérieur à Paris (53,1 %). Cela étant, cette surféminité s’est atténuée, puisqu’on comptait en 1954 55,0 % de femmes à Paris contre 51,8 % en France.
2. Une structure par âge et sexe déterminée par les migrations
La figure 6 représente les coefficients annuels moyens de variation des effectifs par âge du fait des migrations entre les deux derniers recensements
[20]. Ceux-ci ont été obtenus en rapportant l’effectif de chaque génération en 1999 à celui de 1990, après neutralisation de l’effet de la mortalité. Le même calcul pour la période intercensitaire 1982-1990 conduit à des valeurs relativement proches. Ces valeurs diffèrent davantage pour les périodes antérieures, mais leur variation par âge aboutit à des profils de courbes semblables, ce qui montre que ce schéma migratoire est très ancien.
Figure 6
Coefficients de variation des effectifs par âge du fait des migrations à Paris, 1990-1999 (valeurs annuelles moyennes)
Sources : recensements de 1990 et de 1999, et calculs de l’auteur.
Les valeurs très supérieures à l’unité autour de 20 ans traduisent l’arrivée de jeunes gens pour faire des études ou pour un premier emploi, laquelle explique la prédominance des jeunes adultes dans la pyramide. Ces jeunes viennent surtout de la province, mais aussi de l’étranger, et de plus en plus de la banlieue
[21]. Il y a davantage de femmes que d’hommes parmi ces arrivants, ce qui conduit à 20-24 ans, âges où cette immigration est la plus intense, à une proportion de 54,2 % de femmes, contre 49,6 % pour l’ensemble du pays et, d’une façon générale, à la surféminité de cette population.
Les coefficients inférieurs à l’unité autour de 30 ans sont à interpréter conjointement avec ceux, également inférieurs à l’unité, observés aux très jeunes âges : ils résultent du départ de familles, les unes vers la banlieue, les autres vers la province. Ce mouvement explique le rétrécissement de la pyramide à partir de 40 ans et également de la naissance aux âges suivants. On ne compte ainsi qu’environ 20000 enfants âgés de 5 ans en 1999, alors qu’on a vu plus haut que le nombre moyen annuel de naissances entre 1990 et 1999 dépassait 30000!
Quant aux valeurs inférieures à l’unité autour de 60 ans, elles correspondent aux départs de retraités, très majoritairement vers la province. Jusqu’à ces âges, les coefficients pour les deux sexes sont assez proches; ils divergent à partir de 70 ans, avec des hommes qui réduisent leur mobilité et des femmes qui, au contraire, quittent plus souvent Paris. Cette divergence résulte du fait que les femmes perdent plus souvent leur conjoint que les hommes, ce qui incite un certain nombre d’entre elles à rejoindre un ménage de leur famille à l’extérieur de la capitale.
Le vieillissement qu’a connu la population parisienne est, comme celui de la population française, dû à la faible natalité depuis les années 1970 et à l’allongement de la vie. Cela étant, les différences avec la population française n’ont pas grand-chose à voir avec des différences de mouvement naturel. Elles s’expliquent encore par les migrations. Les différentes générations parisiennes n’ont pas connu les mêmes apports extérieurs que le reste de la France ni les mêmes proportions de départs. Ainsi, la baisse de la proportion de personnes âgées est à relier au fait que les générations qui arrivent actuellement à l’âge de la retraite quittent plus volontiers la capitale que les générations précédentes.
3. Des migrations très liées aux caractéristiques du logement
Toutes les migrations ne sont pas liées au logement, en particulier celles des retraités, expliquées plutôt par le désir de poursuivre sa vie à la campagne, au soleil ou au pays d’origine. En revanche, les migrations avec la banlieue sont fortement conditionnées par ce facteur. Après la seconde guerre mondiale, la situation du logement était très tendue en France et particulièrement à Paris, comme le montrent la très faible proportion de logements vacants et de résidences secondaires en 1954, ainsi que la faible valeur du nombre moyen de pièces par personne, qui s’établissait à 0,95 (2,23 pièces/2,35 personnes), contre 1,35 actuellement. Dans les années 1960 et 1970, on a beaucoup construit à Paris, mais encore plus en banlieue, ce qui a permis à nombre de familles nouvellement constituées de s’installer à l’extérieur de Paris, installation favorisée par l’amélioration des transports. La capitale s’est ainsi « spécialisée » dans les petits ménages, et tout particulièrement dans les ménages de jeunes.
Par ailleurs, si les jeunes provinciaux qui viennent en Île-de-France s’installent à Paris plutôt qu’en banlieue, c’est certes parce que les emplois sont concentrés dans la capitale
[22], mais c’est aussi parce que, comme on vient de le dire, les personnes seules et les couples sans enfant préfèrent résider à Paris plutôt qu’en banlieue.
Cette résidence à Paris est également facilitée par le fait que la part des logements locatifs du secteur privé, bien qu’en baisse, y est plus importante qu’ailleurs : en 1999, la proportion de ménages locataires dans le privé y est de 42 %, contre 25 % en Île-de-France et 22 % en France. Cette particularité, et plus généralement le statut d’occupation du logement, a aussi une grande influence sur la structure par âge de la population comme on va le voir.
IV. Ménages selon le statut d’occupation et l’ancienneté du logement
Les questions posées au recensement permettent de distinguer 5 modalités du statut d’occupation : 1) propriétaire, 2) locataire d’un logement dans le secteur privé, 3) locataire d’un logement dans le secteur social, 4) logé gratuitement
[23] et 5) locataire d’un meublé ou d’une chambre d’hôtel.
1. Les propriétaires plus au large que les locataires
Le nombre de personnes par logement diffère selon le mode d’occupation. La taille des ménages propriétaires (1,90 personne) est proche de celle de l’ensemble des ménages (1,87); celle des locataires du secteur privé (1,79) ainsi que celle des logés gratuitement (1,80) sont un peu inférieures; celle des locataires du secteur social est nettement plus élevée (2,20) et celle des locataires en meublé ou en chambre d’hôtel considérablement plus faible (1,34).
Ces différences dans la taille des ménages sont évidemment liées à la taille des logements (tableau 8). Ainsi, la taille des ménages des locataires du secteur social, plus importante que celle des locataires du privé et celle des ménages logés gratuitement, est à relier à des logements plus grands et non à une plus forte densité d’occupation. En effet, les membres de ces t rois catégories disposent du même espace : 1,24 à 1,25 pièce en moyenne par personne. En revanche, la faiblesse de la taille des ménages en meublé, due principalement au fait que cette catégorie de logement comporte très peu de pièces – en particulier les chambres d’hôtel, constituées d’une seule pièce par définition – résulte aussi de ce que leurs membres sont plus à l’étroit, puisqu’ils ne disposent que de 1,05 pièce. De même, si les ménages propriétaires comptent plus de membres que les locataires du secteur privé, c’est parce qu’ils disposent de plus d’espace (1,63 pièce).
Tableau 8
Taille des ménages et taille des logements à Paris intra-muros selon le statut d’occupation en 1999
Statut d’occupation Propriétaire Locataire log. vide secteur privé Locataire log. vide secteur social Logé gratuitement Locataire en meublé ou chambre d’hôtel Ensemble Proportion de ménages (%) 29,6 41,8 16,7 7,3 4,6 100,0 Nombre moyen de personnes des ménages 1,90 1,79 2,20 1,80 1,34 1,87 Nombre moyen de pièces des résidences principales 3,09 2,24 2,72 2,24 1,41 2,53 Nombre moyen de pièces par personne 1,63 1,25 1,24 1,24 1,05 1,35 Proportion de ménages d’une personne (%) 49,0 55,0 43,0 55,8 78,5 52,4 Proportion de logements de une ou deux pièces (%) 38,9 67,2 43,9 67,3 91,3 56,1 Source: Insee, recensement de la population.
Cet espace plus ou moins large dont bénéficient les ménages est évidemment à relier à leur situation socio-économique. L’espace réduit des personnes en meublé est un des aspects de la précarité assez générale de cette sous-population. L’espace large dont disposent les membres des ménages propriétaires traduit, au contraire, une situation aisée. Cela étant, leur moindre densité résulte aussi, comme on va le voir, de ce qu’ils sont plus âgés, et ont vu partir un ou plusieurs membres de leur famille.
2. La pyramide parisienne, reflet de celle des locataires du secteur privé
Les pyramides correspondant aux cinq statuts d’occupation présentent des profils très contrastés (figure 7). Celle des locataires du secteur social est la seule qui ressemble à la pyramide du pays (figure 4), ce qui signifie qu’elle comporte la même diversité de ménages. On peut cependant noter, par rapport à la pyramide nationale, une surreprésentation des femmes entre 25 et 55 ans, traduisant une présence plus grande de femmes isolées et de familles monoparentales féminines.
Figure 7
Répartition de la population de Paris intra-muros par groupe d ’âges et par sexe selon le statut d’occupation en 1999 (effectifs par groupe d’âges quinquennaux pour 1000 au total)
Source : Insee, recensement de la population.
La pyramide des ménages propriétaires est plus vieille, et les enfants y sont moins nombreux. L’acquisition d’un logement nécessite du temps et les adultes de ces ménages restent généralement dans leur logement jusqu’au décès du dernier occupant.
Les pyramides des trois autres catégories ressemblent à la pyramide parisienne avec une accentuation de ses caractéristiques : prédominance de jeunes adultes, faiblesse de la proportion des enfants et de celle des personnes âgées. Ces caractéristiques sont tout particulièrement marquées dans la population des meublés, constituée principalement d’actifs, en l’occurrence surtout masculins. On peut remarquer encore que la pyramide des ménages logés gratuitement, malgré sa très forte ressemblance avec celle des locataires du secteur privé, présente une proportion beaucoup plus faible de personnes âgées car une partie notable de ces ménages sont logés par leurs employeurs, et sont donc d’âge actif. Compte tenu de la ressemblance de ces trois populations, et de la faiblesse numérique de deux d’entre elles – ménages logés gratuitement et ménages en meublé –, on les fusionnera en une seule catégorie, que nous appellerons « locataires du secteur privé et logés gratuitement », pour examiner la structure par âge en fonction de l’ancienneté du logement.
3. Vieillissement sur place des propriétaires et des locataires du secteur social
L’examen des pyramides des âges de la population propriétaire selon l’ancienneté du logement (figure 8) montre, pour les logements construits depuis la seconde guerre mondiale, des pyramides d’autant plus vieilles que le logement est ancien. L’âge moyen des occupants passe de 38,6 ans dans les logements construits en 1990-1999 à 51,8 ans dans ceux construits en 1948-1967 (tableau 9). Ceci indique qu’une partie notable de cette sous-population est là depuis la livraison des logements en question : l’ancienneté du logement va de pair avec l’ancienneté du ménage.
Figure 8
Répartition de la population des ménages propriétaires à Paris intra-muros par groupe d’âges et par sexe selon l’ancienneté du logement en 1999 (effectifs par groupe d’âges quinquennaux pour 1000 au total)
Source : Insee, recensement de la population.
Tableau 9
Âge moyen des membres des ménages en 1999 selon le statut d’occupation du logement et l’ancienneté de l’immeuble dans Paris intra-muros
Ancienneté de l’immeuble Statut d’occupation Propriétaires Locataires du secteur social Locataires du secteur privé et logés gratuitement Avant 1915 45,8 40,3 36,1 1915 - 1948 46,6 42,8 36,8 1949 - 1967 51,8 43,9 38,1 1968 - 1974 50,1 41,4 37,1 1975 - 1981 47,3 38,2 36,8 1982 - 1989 41,4 32,7 35,0 1990 - 1999 38,6 28,6 31,5 Ensemble 46,9 38,6 36,3 Source: Insee, recensement de la population.
Par contre, les ménages vivant dans des logements de l’entre-deux-guerres présentent une structure plus jeune que les précédents avec un âge moyen de 46,6 ans. Une partie non négligeable des premiers arrivants dans ces logements plus anciens sont décédés et ont donc laissé la place à d’autres. Comme ce renouvellement s’est opéré progressivement, la pyramide en question est beaucoup plus régulière que les précédentes. Ce renouvellement est complet dans les logements construits avant la première guerre mondiale (avant 1915), dans lesquels la population est encore un peu plus jeune, avec un âge moyen de 45,8 ans.
La population locataire du secteur social est plus jeune que la population propriétaire (tableau 9), ce qui est normal puisque l’entrée dans ce secteur se fait souvent dès la constitution de la famille. Cela étant, l’âge moyen varie comme chez les propriétaires pour les logements construits depuis la seconde guerre : il est de 28,6 ans dans les logements datant de 1990-1999 contre 43,9 ans dans ceux de 1948-1967. De même, il se met à baisser pour les logements plus anciens, et il n’est plus que de 40,3 ans dans ceux d’avant la première guerre. Comme les propriétaires, les locataires dans le secteur social ont tendance à s’« installer ». D’après les enquêtes de l’Insee (Laferrère et Warsée, 2002), ce phénomène est général en France, mais plus marqué en région parisienne. Cette différence est évidemment liée au coût de l’immobilier, qui n’incite pas les ménages ayant eu la chance d’entrer dans un logement social dans la capitale à en sortir.
4. Grande mobilité des locataires du secteur privé
Les pyramides des locataires du secteur privé et des ménages logés gratuitement, contrairement aux précédentes, ne diffèrent guère selon l’ancienneté du logement (figure 9), avec des âges moyens proches, compris entre 35 et 38 ans (tableau 9), sauf pour les logements achevés dans les années 1990, occupés par des ménages plus jeunes. Les logements du privé sont chers, ce qui dissuade leurs occupants d’y rester. Par ailleurs, ils sont plus petits que les précédents, donc plutôt destinés à des personnes seules ou à des couples sans enfant. Il y a donc rarement vieillissement sur p lace, mais plutôt une forte rotation, ce qui explique le maintien de la structure par âge. Il est cependant à noter que les deux pyramides des périodes les plus récentes sont quelque peu différentes, avec davantage d’enfants, particulièrement celle de la période 1982-1989. Les logements en question sont plus grands car ils comportent 2,5 pièces en moyenne contre 2,1 pour l’ensemble, ce qui permet davantage de loger des familles.
Figure 9
Répartition par âge et par sexe de la population des ménages locataires dans le secteur du privé et logés gratuitement, selon l’ancienneté de l’immeuble, à Paris intra-muros en 1999 (effectifs par groupe d’âges quinquennaux pour 1000 au total)
Source : Insee, recensement de la population.
V. Populations et logements des arrondissements
C’est encore le logement, son évolution et ses caractéristiques qui expliquent les évolutions et les caractéristiques des populations des arrondissements (voir carte en annexe).
1. Des évolutions parallèles
Presque tous les arrondissements parisiens ont vu leur population décroître entre 1954 et 1999 (tableau 10). Cette diminution a été considérable dans les arrondissements centraux : les populations des ier au ixe ont été, peu ou prou, divisées par deux, celles des xe et xie ont été réduites d’un quart à un tiers. Dans les arrondissements périphériques, la réduction a également été d’un quart à un tiers dans les xive, xvie, xviie et xviiie; elle a été moindre dans les xiie, xve et xxe. On n’a observé de hausse que dans le xiiie et le xixe, très faible dans le xiiie et un peu plus importante dans le xixe. Les baisses, à l’instar de celle de la population totale, ont surtout été importantes dans la période 1962-1975.
Tableau 10
Évolution de la population et du nombre de logements par arrondissement de Paris entre 1954 et 1999 (en %)
Arrondissement Population totale Population des ménages Logements Résidences principales Ie – 56,5 – 56,5 – 24,0 – 44,0 IIe – 55,1 – 55,1 – 26,4 – 44,9 IIIe – 47,3 – 47,6 – 13,5 – 33,7 IVe – 54,0 – 54,0 – 22,4 – 36,8 Ve – 44,9 – 44,7 – 14,1 – 28,5 VIe – 49,0 – 48,5 – 1,4 – 31,2 VIIe – 45,5 – 45,1 – 6,5 – 23,5 VIIIe – 51,2 – 50,9 – 23,1 – 37,7 IXe – 45,3 – 45,2 – 17,6 – 32,7 Xe – 30,6 – 30,2 – 1,8 – 17,7 XIe – 25,6 – 26,2 +6,9 – 7,9 XIIe – 13,7 – 12,4 +25,4 +12,0 XIIIe +3,6 +2,7 +45,6 +29,6 XIVe – 26,8 – 27,7 +9,0 – 5,2 XVe – 9,7 – 7,7 +37,8 +19,2 XVIe – 24,3 – 23,6 +30,9 +8,4 XVIIe – 30,7 – 30,7 +2,0 – 13,0 XVIIIe – 30,8 – 31,1 – 0,9 – 15,5 XIXe +11,5 +10,6 +38,6 +24,5 XXe – 8,4 – 9,2 +20,9 +8,6 Paris – 25,4 – 25,3 +9,9 – 6,2 Sources: Insee, recensements de la population.
Ces évolutions sont à mettre en relation avec celles des résidences principales. La figure 10, qui compare l’évolution de la population des ménages avec celle du nombre de ces résidences, montre que cette relation e st très forte (coefficient de corrélation linéaire r2 = +0,97). Au-delà de cette forte relation attendue, cette comparaison montre à nouveau qu’il ne suffit pas d’une augmentation du nombre de logements pour obtenir une croissance de la population, ni même pour assurer sa stabilité. Ainsi, le xiiie, où le nombre de résidences a augmenté de près d’un tiers entre 1954 et 1999, n’a vu sa population croître que de quelques points de pourcentage; dans le xixe, où le nombre de résidences a augmenté d’un quart, la population a augmenté de moins de 11 %; les neufs arrondissements centraux, du ier au ixe, ont perdu un tiers de leurs résidences, mais la moitié de leur population. Ces écarts entre l’évolution du nombre des logements et celle des populations résultent de la baisse de la taille moyenne des ménages.
Figure 10
Évolution comparée de la population des ménages et du nombre de résidences principales dans les arrondissements parisiens entre 1954 et 1999
Sources : Insee, recensements de la population.
Cela étant, pourquoi la plupart des arrondissements ont-ils perdu des logements et encore plus de résidences principales, donc de ménages? Dans les arrondissements périphériques où le nombre de logements a crû, la construction a été menée à un rythme intense, particulièrement dans les années 1970, grâce aux terrains encore disponibles
[24] dans cette partie de la capitale et au choix de construire des immeubles de grande hauteur dans plusieurs quartiers. Dans les arrondissements centraux, lesquels ont tous perdu des logements, il n’y a pratiquement pas eu de constructions, du fait du manque de terrains libres et de la volonté de ne pas remplacer le bâti existant par des immeubles de grande hauteur. Par ailleurs, dans cette partie centrale de la ville, le développement des activités tertiaires a conduit à l a transformation de très nombreux logements en bureaux, magasins, entrepôts et autres locaux professionnels. Enfin, l’affectation de nombreux logements à la résidence secondaire ou occasionnelle, au détriment de la résidence principale, y a été plus intense que dans la périphérie, du fait d’une plus grande attractivité de ces quartiers pour des étrangers et des provinciaux aisés. En 1999, la proportion de logements non occupés par des résidents (résidences secondaires et occasionnelles et logements vacants) est ainsi de 20 % dans l’ensemble constitué du I
er au XI
e, contre 14 % dans le reste des arrondissements (et une moyenne générale de 16 %). Cette proportion dépasse 25 % dans les I
er et II
e et frôle un tiers (30 %) dans le VI
e.
2. Trois modèles de population, dont un dominant
Les populations des arrondissements ne diffèrent pas seulement par leurs évolutions, mais aussi par leurs structures selon l’âge. On peut distinguer trois modèles (tableau 11 et figure 11) :
- un modèle dans lequel les jeunes adultes, les 20-39 ans, sont proportionnellement plus nombreux qu’en moyenne
[25], avec un profil de pyramide en « as de pique » encore plus marqué que celui de la population totale. Le IIe arrondissement est le plus représentatif de ce modèle, suivi du IIIe. Les jeunes adultes y vivent pour la plupart seuls (tableau 12). On sait par ailleurs qu’il s’agit très souvent de cadres (Dittgen, 2002b). Nous avons affaire ici à ce que les Anglo-Saxons appellent les « yuppies »
[26]. Beaucoup d’autres arrondissements s’en rapprochent, surtout les Ier, Xe et XIe, mais aussi les IVe, Ve, IXe, XIVe et XVIIIe.
- un modèle dans lequel les personnes âgées, les 65 ans ou plus, sont proportionnellement plus nombreuses qu’en moyenne. Il s’agit du modèle « troisième âge » que l’on trouve surtout dans le xvie arrondisse m ent, à un moindre degré dans le vie et dans le viie, et un peu également dans les xiie, xve et xviie.
- un modèle dans lequel les jeunes, les 0-19 ans, sont nettement plus nombreux qu’en moyenne. Ce modèle, très minoritaire, ne se rencontre que dans le xixe, et à un moindre degré dans le xxe. La proportion élevée de jeunes y résulte d’une forte présence de familles avec enfant, qu’il s’agisse de couples avec enfant ou de familles monoparentales (tableau 12). On peut parler ici de « modèle familial ».
Tableau 11
Répartition par grand groupe d’âges de la population des trois arrondissements parisiens types en 1999 (en %)
Groupe d’âges IIe Type yuppie XVIe Type troisième âge XIXe Type familial Paris 0-19 ans 14,8 18,7 23,9 18,3 20-39 ans 44,1 28,5 32,8 36,0 40-64 ans 29,4 31,9 30,9 30,3 65 ans ou plus 11,7 20,9 12,4 15,4 Total 100,0 100,0 100,0 100,0 Source: Insee, recensement de la population.
Figure 11
Pyramides des âges dans trois arrondissements types à Paris en 1999 (effectifs par goupe d’âges quinquennaux pour 1000 au total)
Source : Insee, recensement de la population.
Les pyramides des deux arrondissements restants, les viiie et xiiie, présentent moins de différences par rapport à la pyramide d’ensemble. On peut y signaler simplement une proportion un peu plus importante d’adultes âgés de 40-64 ans.
Comme le montre la répartition de la population par type de ménages (tableau 12), les jeunes adultes du iie vivent pour la plupart seuls. Les personnes âgées du xvie sont des personnes seules, et aussi des couples sans enfant, deux catégories nettement plus nombreuses dans ce modèle que dans les deux autres. Quant à la forte proportion de jeunes du xixe, elle est à mettre en relation avec la proportion la plus élevée de familles avec enfants dans ce modèle, qu’il s’agisse de couples avec enfants ou de familles monoparentales.
Tableau 12
Répartition des ménages selon le type dans les trois arrondissements parisiens types en 1999 (en %)
IIe Type yuppie XVIe Type troisième âge XIXe Type familial Paris Personnes seules 64,3 53,4 48,6 56,2 – de moins de 40 ans 34,6 20,0 18,8 25,1 – de 40 à 64 ans 19,4 15,6 17,8 17,2 – de 65 ans ou plus 10,3 17,8 12,0 13,9 Couples sans enfant 15,9 19,4 17,0 18,1 Familles 19,2 26,6 33,1 25,0 – couples avec enfants 14,0 20,2 22,8 17,6 – familles monoparentales 5,2 6,4 10,3 7,4 Autres ménages 0,6 0,6 1,3 0,7 Total 100,0 100,0 100,0 100,0 Source: Insee, recensement de la population.
Tableau 13
Quelques caractéristiques des ménages et des logements des trois arrondissements parisiens types en 1999
IIe Type yuppie XVIe Type troisième âge XIXe Type familial Paris Nombre moyen de personnes des ménages 1,70 1,94 2,15 1,87 Nombre moyen de pièces des résidences principales 2,17 2,96 2,57 2,53 Nombre moyen de pièces par personne 1,28 1,53 1,20 1,35 Répartition des ménages selon le statut d’occupation (en %) – ménages propriétaires 28,3 38,7 23,9 29,6 – ménages locataires du secteur social 2,2 5,5 34,7 16,7 – ménages locataires du secteur privé et logés gratuitement 69,5 55,8 41,4 53,7 Total 100,0 100,0 100,0 100,0 Répartition des résidences principales selon l’ancienneteté de l’immeuble (en %) – avant 1915 91,4 40,5 20,4 46,5 – 1915-1948 5,1 26,5 19,6 18,4 – 1949 et après 3,5 33,0 60,0 35,1 Total 100,0 100,0 100,0 100,0 Sources: Insee, recensements de la population.
La répartition géographique de ces trois modèles s’explique facilement. Les logements parisiens du secteur privé, plus chers que ceux de la région, sont difficilement accessibles aux familles avec enfants; c’est pourquoi on les trouve surtout dans le logement social (tableau 13), lequel s’est développé dans les années 1970 dans certains arrondissements périphériques, en particulier dans le xixe. Le xvie et les autres arrondissements proches de ce modèle « 3e âge » sont caractérisés par des logements anciens, plus grands que la moyenne et plus souvent en propriété, ce qui conduit les ménages à rester sur place jusqu’au dernier occupant, d’où une population plus vieille qu’ailleurs. Dans le iie et les arrondissements qui lui ressemblent, surtout ceux du centre, les logements sont plus petits et appartiennent majoritairement au parc locatif privé. Ils conviennent donc davantage à de jeunes adultes désireux de profiter des attraits de la capitale.
VI. Perspectives de population et évolution du logement
Compte tenu des relations entre population et logement qui viennent d’être présentées, il est clair que l’évolution future de la population parisienne va dépendre de celle du nombre de résidences principales et de leur occupation. C’est pourquoi nous avons tenu compte du logement dans les projections que nous avons été amené à faire (Dittgen, 2002b). Celles-ci ont été conduites par « bonds » de 5 ans sur une période de 20 ans, intervalle compatible avec le nouveau Plan local d’urbanisme.
La méthode de projection est la méthode classique des composantes – qui consiste à faire vieillir la population, en considérant la mortalité, la fécondité et les migrations – mais avec deux différences importantes : la prise en compte de l’évolution de la taille des ménages et de celle du nombre de résidences principales. Par ailleurs, la méthode ainsi amendée n’est appliquée qu’à la population des ménages. La population hors ménage, constituée principalement des résidents des collectivités
[27], qui dépend surtout de leurs vocations et du nombre de leurs places, a fait l’objet d’un traitement différent
[28].
Pour tenir compte de l’évolution du nombre de résidences, on a ajouté à la fin de chaque sous-période quinquennale la population des résidences supplémentaires de la sous-période. Pour déterminer cette population, on a multiplié le nombre de résidences en question par une taille moyenne de ménage adaptée, et réparti ensuite le résultat en utilisant une structure par sexe et âge également appropriée
[29].
Pour prendre en compte l’évolution de la taille des ménages, on a confronté à la fin de chaque bond l’effectif total résultant de la projection à celui qui est égal au produit de la taille moyenne des ménages par le nombre de résidences. Comme cette taille est supposée en baisse, le premier effectif est supérieur au second. On a alors corrigé les effectifs par âge et sexe de la population obtenus par la projection, de telle sorte que l’effectif total corresponde à celui obtenu par la taille projetée des ménages. Cette correction a été faite sur la seule sous-population des ménages d’au moins deux personnes, puisque la population des ménages composés d’une personne – à nombre de logements constant – ne peut pas décroître, par définition.
1. Des hypothèses qui prolongent les tendances passées
Le mouvement migratoire : un rôle déterminant
La mortalité parisienne est peu différente de celle du pays, c’est pourquoi nous avons utilisé les tables françaises pour le xxie siècle de Jacques Vallin et France Meslé (2001). D’après celles-ci, l’espérance de vie des hommes passerait de 75,4 ans en 2000 à 80,1 ans en 2020 et celle des femmes de 82,9 ans à 86,6 ans. On s’en est tenu à cette seule hypothèse, façon générale de procéder dans les perspectives qui est justifiée par la grande inertie de ce phénomène, et qui l’est encore davantage ici par le fait que le mouvement naturel a beaucoup moins d’importance à Paris que le mouvement migratoire.
Dans les projections nationales, il est courant de faire plusieurs hypothèses de fécondité, une centrale et deux encadrantes, car le phénomène, bien que contenu dans une certaine fourchette, est très imprévisible. À Paris, cette multiplicité d’hypothèses ne s’impose pas, dans la mesure où une variation de natalité aurait peu d’impact sur l’accroissement de la population. En effet, la naissance d’un enfant conduit très souvent le ménage à quitter la capitale, généralement pour la banlieue dans un logement plus grand – on a vu qu’un tiers des bébés nés une année avaient quitté Paris 5 ans après. De ce fait, si la fécondité augmentait un peu, ces départs seraient sûrement plus nombreux, et si elle baissait un peu, ils le seraient moins. Autrement dit, quelle que soit la fécondité retenue, dans une fourchette raisonnable, celle-ci a peu d’incidence sur le nombre d’enfants présents à Paris. C’est pourquoi on a pris uniquement le niveau de fécondité observé durant la dernière période intercensitaire, soit 1,5 enfant par femme (supra).
En revanche, on aurait pu prendre plusieurs hypothèses de migration puisque le rôle de ce phénomène dans la dynamique de la population parisienne s’avère plus important que celui du mouvement naturel. Mais on a vu que les migrations présentent aussi une grande inertie. Par ailleurs, cela conduirait à multiplier les scénarios déjà potentiellement nombreux par la prise en compte de plusieurs hypothèses concernant l’évolution du logement et de son occupation. On a donc également retenu ici une hypothèse unique, en prolongeant les tendances migratoires de la dernière période intercensitaire
[30].
Taille des ménages : poursuite de la baisse
Pour l’évolution de la taille des ménages, on a pris trois hypothèses : une centrale, dans laquelle on a poursuivi l’évolution récente (1982-1999), e n faisant passer cette taille de 1,87 personne en 2000 à 1,79 en 2020, ce qui correspond en particulier à une augmentation de la proportion des ménages d’une personne de 52 % à 58 %. L’une des hypothèses encadrantes, avec une baisse moitié moindre, donne une valeur de 1,83 personne en 2020, l’autre, avec une baisse de 50 % plus forte, conduit à 1,75 personne par ménage.
Comment justifier l’hypothèse générale d’une réduction continue du nombre de personnes par ménage? Il y a ici deux arguments, l’un basé sur l’analyse des chiffres par arrondissement, l’autre sur l’examen des facteurs qui jouent sur l’évolution de cette taille.
En 1999, la taille des ménages dans les arrondissements va de 1,66 dans le ive à 2,15 dans le xixe, pour une moyenne générale de 1,87 personne. On pourrait penser que la faible valeur du ive est due à des logements plus petits qu’ailleurs. Or, le nombre moyen de pièces des logements de cet arrondissement (2,43) n’est pas considérablement différent de celui du xixe (2,57). Et surtout, la valeur de 1,66 personne n’apparaît pas comme une valeur plancher, car une baisse a encore été observée récemment; en effet, en 1990, la taille moyenne des ménages dans le ive atteignait 1,78 personne. La valeur moyenne retenue dans l’hypothèse centrale (1,79 personne) et même celle de l’hypothèse basse (1,75) sont donc encore loin de la valeur observée la plus faible.
Si depuis la seconde guerre mondiale, la taille des ménages parisiens a sensiblement diminué, c’est du fait du développement du reste de l’agglomération, qui peut accueillir les grands ménages, Paris se « spécialisant » dans les petits. Comme l’agglomération parisienne continue à croître, la sélection parisienne des petits ménages ne peut que s’accentuer, en entraînant une diminution de la taille des ménages
[31].
Concernant les résidences supplémentaires, on a retenu un chiffre de 2000 par an, chiffre un peu supérieur à celui de l’évolution récente (cf.
supra), en prenant en compte la volonté des responsables actuels de relancer la construction dans ce domaine et de transformer des bureaux en logements
[32]. On a ajouté deux hypothèses encadrantes : une avec 3000 résidences de plus par an, et une autre, avec 1000 seulement.
La combinaison des trois hypothèses de logements supplémentaires et des trois hypothèses de taille des ménages conduit à 9 scénarios. On s’est contenté d’en retenir trois : un scénario central, qui reprend les hypothèses centrales relatives au nombre de logements supplémentaires et à la taille d es ménages, et deux scénarios encadrants, à savoir les scénarios extrêmes qui résultent de ces hypothèses : un scénario haut, avec 3000 résidences principales de plus par an et diminution de la taille moyenne des ménages jusqu’à 1,83 en 2020; un scénario bas, avec 1000 résidences principales de plus par an et diminution de la taille moyenne des ménages jusqu’à 1,75 en 2020.
2. Des résultats sans grande surprise
Un effectif total peu variable dans le scénario central
Dans le scénario central, la population parisienne continuerait à diminuer légèrement pour atteindre environ 2,1 millions de personnes en 2020 (figure 12). L’effet de la baisse de la taille des ménages est compensé en partie par celui des résidences principales supplémentaires, ce qui conduit naturellement à la question : combien faudrait-il de ces résidences pour que la population s’arrête de diminuer dès à présent? Une simulation à partir de la même hypothèse d’évolution de la taille des ménages conduit à un nombre de 2500 logements par an, nombre qui n’est pas considérablement supérieur à celui du scénario en question : 2000.
Figure 12
Évolution de l’effectif de la population de Paris intra-muros observée entre 1954 et 1999 et projetée entre 2000 et 2020 (en milliers)
Sources : Insee, recensements de la population (1954-1999) et projections de l’auteur (2000-2020).
Dans l’hypothèse beaucoup plus favorable du scénario haut, l’effectif des Parisiens ne ferait qu’augmenter et s’approcherait de 2,2 millions en 2020. Dans l’hypothèse plus défavorable du scénario bas, il ne ferait que diminuer, pour tomber à un peu plus de 2 millions en 2020.
Le scénario central est-il le plus probable et les scénarios encadrants sont-ils également probables? En observant attentivement la réalité parisienne, on a tendance à répondre non à ces deux questions. Pour deux raisons. Il est de plus en plus difficile d’augmenter le parc de logements à Paris. Une fois bouché les « dents creuses » du bâti existant, occupé les anciens terrains industriels restants, il arrivera un temps où les possibilités de créer des logements supplémentaires, si on exclut de nouvelles tours, seront épuisées
[33]. C’est pourquoi si le rythme de 2000 logements supplémentaires du scénario central peut être tenu dans le court terme, il est plus improbable dans le moyen terme : le scénario bas apparaît donc aussi probable que le scénario central. Quant au scénario haut, retenu par simple symétrie, il paraît pratiquement exclu.
Une structure par âge qui évolue lentement
Dans les 20 ans de la projection, la répartition par âge de la population ne changerait pas fondamentalement, ni dans le scénario central, ni dans les deux autres. Ceci résulte de l’hypothèse de constance du schéma migratoire par âge, facteur fondamental de détermination de cette structure. Cela étant, la part du troisième âge, en baisse depuis 1975, continuerait à reculer jusqu’en 2010 (tableau 14 et figure 13), avant de remonter, m ais en restant à des valeurs inférieures à celles du pays. Quant à celle du quatrième âge, en baisse depuis 1990, elle varierait assez peu dans les deux décennies en question, contrairement à ce qu’il devrait en être dans le pays (tableau 14 et figure 14). On a vu plus haut que ces baisses étaient dues à des départs plus fréquents au moment de la retraite. Autrement dit, l’évolution du nombre des personnes âgées à Paris, comme celle des autres âges, est fortement tributaire des migrations. Cela étant, la remontée de la part du troisième âge à partir de 2010 est due au passage progressif dans ce groupe des générations du
baby-boom. Leur passage au quatrième âge n’intervenant qu’à partir de 2026
[34], la proportion de ce groupe d’âges n’augmentera qu’à partir de ce moment-là.
Tableau 14
Évolution projetée de la proportion (en %) des personnes âgées de 65 ans ou plus et de celle de 80 ans ou plus. France et Paris intra-muros, 2000-2020 (scénario central)
Année 2000 2005 2010 2015 2020 65 ans ou plus «Troisième âge» France 16,0 16,6 17,0 19,0 21,0 Paris 15,4 14,6 14,6 15,5 16,2 80 ans ou plus «Quatrième âge» France 3,6 4,6 5,4 6,0 6,3 Paris 4,5 4,6 4,8 4,8 4,7 Sources: France: Brutel et Omalek (2003), scénario central; Paris: projections de l’auteur, scénario central.
Figure 13
Évolution observée (1954-1999) et projetée (2000-2020) de la proportion des personnes de 65 ans ou plus en France et à Paris intra-muros
Sources : Insee, recensements de la population (1954-1999) et projections de l’auteur (2000-2020).
Figure 14
Évolution observée (1954-1999) et projetée (2000-2020) de la proportion des personnes de 80 ans ou plus en France et à Paris intra-muros
Sources : Insee, recensements de la population (1954-1999) et projections de l’auteur (2000-2020).
La population de Paris n’a pas de dynamique autonome car, d’un point de vue géographique ou démographique, la capitale de la France n’est que le centre d’une ville constituée de l’agglomération parisienne. Si nous nous sommes néanmoins focalisé sur ce centre, c’est du fait du découpage administratif du territoire : les édiles parisiens ont besoin de savoir comment évolue la population de leur commune. Par ailleurs, l’analyse de cette population nous a permis d’étudier les contraintes relatives a u logement et à l’espace qui pèsent sur les populations de territoires fermés.
Cette dissociation entre la réalité administrative, la population communale, et la réalité démographique et géographique n’existe pas dans d’autres grandes capitales européennes. Soit parce que certaines, à la différence de Paris qui ne compte qu’une centaine de km2, disposent d’un territoire qui englobe leur agglomération, comme Berlin avec ses 900 km2, voire la dépasse, comme Rome avec ses 1500 km2. Soit parce que d’autres, comme Londres ou Bruxelles, sont « doublées » par des entités qui englobent l’agglomération et qui font autant référence, en l’occurrence le Grand Londres et Bruxelles-Capitale. Dans ce cas de figure, contrairement à Paris, la diminution inévitable de la population de la ville-centre n’est pas perçue négativement, puisque la population de l’agglomération, elle, n’est pas limitée dans son expansion.
La diminution de la population de la capitale n’est cependant pas la seule conséquence de l’étroitesse de son territoire. Il y en a bien d’autres. On se contentera d’en évoquer trois.
Paris ne peut pas loger tous ses habitants et encore moins les plus pauvres. Les douze milliers annuels de Parisiens supplémentaires dus au mouvement naturel (tableau 1) nécessiteraient plus de 7 milliers de logements supplémentaires
[35], ce qui est impossible. Une grande partie des jeunes ménages sont donc conduits à changer de commune, au grand regret des édiles parisiens. Ces derniers ne peuvent pas non plus faire face aux demandes de logement social, de l’ordre de 100 milliers par an, compte tenu des 5 milliers de logements disponibles.
Paris ne donne pas voix au chapitre à tous les « Parisiens ». Les emplois de l’agglomération parisienne sont concentrés au centre de celle-ci, ce qui n’est pas une mauvaise chose compte tenu du système de transport en étoile. Mais de ce fait, plus de la moitié des personnes qui travaillent à Paris n’en sont pas des administrés
[36] et n’ont donc pas leur mot à dire dans la gestion de la ville. Or, certaines questions, comme celle des déplacements, peuvent les concerner tout autant, voire davantage que les seuls résidents.
Paris est de plus en plus une ville de riches. La capitale attire les ménages les plus aisés de l’agglomération, elle est en voie de gentrification
[37], selon la terminologie sociologique. Plus précisément, la population parisienne est de plus en plus duale, avec une majorité de riches, au détriment des classes moyennes, et une minorité de pauvres, locataires de logements déficients (chambres de bonne, meublés, chambres d’hôtels, etc.). Cette évolution est évidemment liée à l’attractivité de la capitale et a u fait que le prix des logements ne peut qu’augmenter en raison de l’impossibilité d’en accroître le stock.
Si Paris s’étendait à son agglomération, les départs des jeunes couples vers la périphérie ainsi que ceux des demandeurs de logements sociaux seraient moins vécus comme des exils par les intéressés et comme des échecs de leur politique par les édiles. La plupart de ceux qui travaillent dans le centre auraient leur mot à dire dans la gestion de la ville. Cette extension ne changerait certes rien à l’embourgeoisement du centre de l’agglomération, mais un quartier de riches est socialement plus acceptable, sans doute, qu’une ville de riches.
Le découpage communal français, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays européens, semble devoir perdurer encore longtemps. Les diverses formes de communautés de communes qui se mettent en place finiront peut-être par avoir plus de poids que les communes qui les composent, ce qui permettrait à la réalité administrative d’être plus en phase avec la démographie et la géographie.
ANNEXE