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Population

2005/4 (Vol. 60)

  • Pages : 200
  • DOI : 10.3917/popu.504.0443
  • Éditeur : I.N.E.D


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Évolution générale et structure par âge de la population

La population de la France au « recensement » de 2004

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À la suite de la première enquête annuelle de recensement effectuée en janvier et février 2004, l’Insee a révisé ses estimations de la population depuis le recensement de 1999 (Desplanques et Royer, 2005) : au 1er janvier 2004, la population de la France métropolitaine est maintenant estimée à 60,2 millions d’habitants au lieu de 59,9 millions, et celle de la France entière (y compris les départements d’outre-mer) à 62 millions (au lieu de 61,7). Cette nouvelle évaluation a conduit l’Insee à réévaluer les soldes migratoires estimés depuis 1999 – l’accroissement migratoire de la France métropolitaine entre les 1er janvier 1999 et 2004 est maintenant estimé à 410 000 personnes au lieu de 275 000 précédemment – et à procéder à un ajustement représentant 164 000 personnes, soit 33 000 par an, pour tenir compte de la différence de méthode entre le recensement de 1999 et l’enquête de 2004 [1]  Pour plus de détails, on pourra se reporter à l’encadré... [1] . Rappelons que les résultats du recensement de 1999 avaient conduit à une révision en sens inverse et à un ajustement négatif à hauteur de 479 000 personnes sur la période 1990-1998 [2]  Pour une description des méthodes d’ajustement utilisées... [2] .

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Cette révision de la population entre 1999 et 2004 entraîne une légère correction de la plupart des indicateurs démographiques publiés dans cette chronique (tableaux annexes).

Un accroissement exceptionnel en 2004

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Au cours de l’année 2004, l’accroissement de la population de la France métropolitaine est estimé à 364 000 personnes, et au 1er janvier 2005, la population atteignait 60,56 millions d’habitants (Richet-Mastain, 2005). C’est l’accroissement le plus fort observé depuis de nombreuses années (tableau 1), en valeur absolue comme en valeur relative (6 ‰), car il faut remonter au début des années 1970 pour trouver des chiffres supérieurs. Cet accroissement exceptionnel est dû principalement à la forte baisse du nombre des décès enregistrés en 2004 (508 500), après une année marquée par la canicule de l’été 2003 (550 000 décès dans l’année, soit 15 000 de plus qu’attendu). Les naissances étant en légère hausse (767 800, contre 761 500 en 2003), elles contribuent à dégager un accroissement naturel exceptionnel de 259 300 personnes, soit un taux de 4,3 ‰, presque équivalent à celui des années 1987 et 1988 (tableau 1). À cet accroissement naturel élevé s’ajoute un solde migratoire évalué à 105 000 personnes, en très légère augmentation par rapport à l’année 2003 (100 000 personnes, chiffre nettement réévalué par l’Insee par rapport aux estimations de l’an dernier). Si l’accroissement naturel continue d’assurer l’essentiel de la croissance de la population de la France, l’accroissement migratoire tendrait aujourd’hui à assurer environ 30 % de celle-ci (moyenne des années 2003 et 2004) [3]  Rappelons néanmoins que le solde migratoire n’est qu’une... [3] . D’après les données du Conseil de l’Europe (2005), la France demeure cependant l’un des seuls pays d’Europe occidentale, avec les Pays-Bas, dont la population augmente principalement grâce au mouvement naturel. Même en Irlande, où le taux d’accroissement naturel est deux fois plus élevé qu’en France, celui-ci n’assure que la moitié de la croissance totale car le solde migratoire est également important.

Le vieillissement de la structure par âge se poursuit lentement

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Les cinq dernières années ayant été plus favorables à la natalité que les dernières années du XXe siècle, la base de la pyramide des âges s’est un peu élargie (figure 1). Néanmoins, la baisse de la proportion de jeunes âgés de moins de 20 ans se poursuit au rythme de 0,1 point de pourcentage chaque année (tableau 2) ; la proportion de personnes âgées de 60 ans ou plus augmente aussi au rythme de 0,1 point de pourcentage depuis deux ans, si bien que la part du groupe d’âges intermédiaires est provisoirement stable (54,3 % depuis 2003). En effet, c’est seulement dans deux ans que commenceront à se faire sentir les effets de l’arrivée de la première génération du baby-boom (1946) parmi les « 60 ans ou plus », ce qui va initier une réduction inexorable de la proportion de personnes âgées de 20 à 59 ans.

Figure 1 - Pyramide des âges de la France au 1er janvier 2005Figure 1

NB : les effectifs des classes d’âges sont disponibles sur le serveur de l’Ined (http:// www. ined. fr).

Source : Insee.
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Le vieillissement de la structure par âge est donc aujourd’hui encore assez lent. Grâce à une proportion de personnes très âgées (85 ans ou plus) encore relativement faible (les « classes creuses » sont toujours bien visibles sur la figure 1), et surtout grâce à une natalité plutôt moins défavorable depuis vingt ans, la proportion de personnes âgées de 65 ans ou plus (16,3 % en 2003) est moins élevée que dans certains pays d’Europe occidentale : la Belgique, l’Espagne, la Suède, la Grèce et l’Allemagne enregistrent des proportions comprises entre 17 % et 17,5 %, et la proportion atteint même 18,2 % en Italie (Sardon, 2004).

L’immigration [4]  L’auteure remercie Xavier Thierry (Ined) qui lui a... [4]

L’immigration continue à augmenter en 2003, mais à un rythme atténué

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En 2003, 215 000 admissions au séjour régulier [5]  Nombre de personnes qui ont reçu pour la première fois... [5] ont été enregistrées en France métropolitaine (221 000 en incluant les Dom), contre 206 000 l’année précédente (tableau 3), soit un accroissement de + 4,7 %. Après trois années consécutives de croissance supérieure à 10 %, l’année 2003 marque donc une nette décélération.

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Tandis que le nombre d’étrangers admis au séjour continue de progresser, le sous-ensemble formé par les personnes autorisées à séjourner l’année même de leur arrivée sur le territoire a quant à lui reculé, passant de 134 000 en 2002 à 127 000 en 2003 (dernière partie du tableau 3). Ceci tranche avec l’évolution des années précédentes au cours desquelles l’essor du nombre d’admissions reposait à la fois sur une hausse des entrées dans l’année et des admissions correspondant à des entrées plus anciennes. Depuis 2002, on voit augmenter la part des titres de séjour délivrés à des étrangers qui sont arrivés au cours des années antérieures. En 2003, cette part atteint 41 %, une proportion similaire à celle observée en 1998, année au cours de laquelle de nombreux étrangers avaient obtenu leur régularisation. Comme on ne note ni allongement du temps de traitement des demandes, ni augmentation de la proportion de titres délivrés après obtention de titres d’une durée inférieure à un an, ce décalage entre année d’entrée en France et année d’admission au séjour s’apparente à des régularisations.

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Le nombre d’entrées de ressortissants de pays de l’Espace économique européen reste stable (42 000). L’année 2003 est la dernière année où le dénombrement est possible sur la base des données du ministère de l’Intérieur, puisque depuis le 1er janvier 2004, les immigrants d’origine communautaire ne sont plus assujettis à l’obligation d’obtenir un titre de séjour pour résider en France. Sur les dix années durant lesquelles cette composante de la migration internationale a pu être mesurée (1994-2003), les effectifs concernés se sont révélés d’une grande stabilité. À l’aube de l’élargissement de l’Union européenne du 1er mai 2004, les ressortissants des dix nouveaux États membres représentaient quant à eux un contingent d’environ 4 400 entrées, à peine plus qu’en 2002 (tableau A).

Tableau A - Immigration régulière de long terme, par groupe de nationalités et pour les nationalités les plus représentées en 2003Tableau A
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L’immigration en provenance des pays tiers représente un effectif de 173 000 personnes en 2003 (+ 6,4 %, contre + 16,3 % en 2002) (tableau 3). Pour 92 000 d’entre elles (53 % du total), le motif principal d’admission correspond à l’existence de liens de parenté en France. De son côté, l’immigration de travail extra-communautaire n’a officiellement bénéficié qu’à 8 000 individus en 2003. L’immigration de travail est toutefois structurellement sous-estimée du fait que la législation privilégie les liens familiaux depuis la suspension de l’immigration de main-d’œuvre en 1974. En réalité, on estime qu’un tiers des ressortissants des pays tiers admis au séjour exercent une activité professionnelle peu après leur arrivée en France (Thierry, 2004). En prolongeant les calculs antérieurs, 60 000 étrangers seraient venus en France en 2003 pour travailler, un chiffre en hausse par rapport à l’évaluation effectuée pour la fin des années 1990 [6]  Les personnes admises au séjour pour un motif familial... [6] . Pour la première fois depuis 1995, l’effectif des étudiants originaires d’un pays tiers recule (47 000 titres de séjour d’une durée de validité d’au moins un an leur ont été délivrés en 2003). La baisse est particulièrement brutale pour les Marocains (– 35 %).

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Le classement des huit principales nationalités alimentant la moitié du flux d’immigration se modifie peu (tableau A). Il s’agit dans l’ordre décroissant de l’Algérie (32 600), du Maroc (24 900), du Royaume-Uni (10 800), de la Tunisie (10 500), de la Chine (8 900), du Portugal (7 800), de la Turquie (7 500) et de l’Allemagne (6 000). Les évolutions les plus marquantes de cette année 2003 sont, d’une part, la poursuite de la croissance de l’immigration maghrébine (+ 8 %), à l’exception notable des originaires du Maroc dont les effectifs sont en recul, d’autre part la stabilisation des courants chinois et turc. Juste avant que les titres de séjour délivrés aux ressortissants des pays de l’Union européenne soient rendus facultatifs, on constate également une vive accélération des flux britannique et portugais (respectivement + 15 % et + 18 %) [7]  Pour des statistiques plus détaillées, on pourra se... [7] .

De l’immigration au solde migratoire

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Au cours de la période 1999-2003, correspondant au dernier intervalle intercensitaire, le cumul des premiers titres de séjour d’une durée de validité d’au moins un an délivrés chacune de ces années aboutit à un apport égal à près de 910 000 personnes. Celui-ci ne doit pas être confondu avec le solde migratoire, qui doit tenir compte des départs d’étrangers et des mouvements de Français. Nous avons vu plus haut que ce solde a été estimé par l’Insee à + 410 000 personnes au cours de la même période.

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L’écart entre les deux chiffres (500 000) peut s’expliquer par plusieurs facteurs :

  • après l’obtention d’un titre de séjour d’un an, une certaine proportion d’étrangers ne demandent pas le renouvellement de leur titre (Thierry, 2004) ;

  • une proportion (inconnue) d’étrangers retournent dans leur pays d’origine après un séjour de plus longue durée, ou au moment de leur retraite ;

  • le solde des migrations de Français vers l’étranger serait de plus en plus négatif, comme l’atteste l’augmentation du nombre de Français établis à l’étranger, d’après les statistiques du ministère des Affaires étrangères (Gentil, 2003). Ainsi, au cours de la période 1999-2003, ce ministère estime que le nombre de Français résidant hors de France est passé de 1 774 000 à 2 125 000, soit une augmentation de 350 000 personnes (Duchêne-Lacroix, 2005) [8]  Ces statistiques reposent en partie sur des estimations,... [8] .

La fécondité

Légère augmentation des naissances en 2004

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767 800 enfants sont nés en 2004 (chiffre définitif) [9]  L’auteure remercie la Division des enquêtes et études... [9] , soit 6 300 de plus qu’en 2003 [10]  Comme 2004 est une année bissextile, cette hausse peut... [10] , ce qui correspond à une hausse de 0,8 %. Comme l’effectif moyen des femmes d’âge fécond continue à se réduire lentement chaque année, la hausse de l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) atteint 1,3 % : l’ICF dépasse légèrement 1,9 enfant par femme en 2004 (1,904), contre un peu moins de 1,88 en 2003 (1,879) (tableau B). Remarquons que les réévaluations de population opérées par l’Insee après l’enquête de recensement de 2004 ont conduit à une légère réduction de l’ICF pour les années 1999 à 2003 par rapport aux chiffres publiés précédemment (Prioux, 2004, tableau A). L’examen des chiffres mensuels publiés par l’Insee (2005) montre que cette hausse des naissances s’est produite essentiellement en fin d’année : alors que les six premiers mois de 2004, et en particulier les mois de mars à mai, apparaissent comme déficitaires par rapport à l’année 2003, le relèvement de la natalité au deuxième semestre fait plus que compenser ce déficit du premier semestre. D’après les estimations provisoires des six premiers mois de 2005, on n’observe pas encore de reflux au cours de cette période.

Les couples mixtes soutiennent la natalité

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De 1998 à 2004, la proportion d’enfants nés en France métropolitaine dont au moins un des parents est de nationalité étrangère est passée de 14,5 % à 18,2 % ; c’est principalement la part des enfants issus de couples mixtes qui s’accroît (de 7,8 % de l’ensemble des naissances en 1998 à 10,9 % en 2004), celle des enfants ayant deux parents étrangers augmentant beaucoup plus modérément (de 6,7 % à 7,3 %). Ainsi en 2004, 55 700 enfants sont nés de deux parents étrangers (49 200 en 1998), 84 000 d’un couple mixte (57 900 en 1998), et 628 100 de deux parents français (631 000 en 1998 [11]  C’est en 2000 que le nombre d’enfants nés de deux parents... [11] ). Parmi les enfants issus de couples mixtes, ceux qui ont un père étranger et une mère française sont un peu plus nombreux que ceux qui ont un père français et une mère étrangère (57 % contre 43 %).

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Cette augmentation des naissances d’enfants issus de parents étrangers fait écho à l’augmentation du flux d’immigration, ainsi qu’à celles des mariages d’étrangers et surtout des mariages mixtes [12]  Ces enfants sont en effet très majoritairement nés... [12] mises en évidence ces dernières années (Prioux, 2003 et 2004) ; sans surprise, les pères et les mères de nationalité algérienne ou marocaine sont les plus nombreux parmi les parents étrangers [13]  Les statistiques par nationalité ne permettent malheureusement... [13] , mais on note depuis 1997 une forte augmentation du nombre de parents originaires d’Afrique sub-saharienne. On sait en effet que l’arrivée en France des femmes immigrées – arrivée qui fait très souvent suite à un mariage ou à un regroupement familial – est suivie d’une période de forte fécondité (Toulemon, 2004 ; Tribalat, 2005).

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Notons toutefois qu’en raison des acquisitions de la nationalité française, les enfants nés d’au moins un parent étranger sont moins nombreux que les enfants nés d’au moins un parent immigré. Pour la période 1991-1998, les données de l’enquête EHF de 1999 ont permis d’estimer que ces derniers représentaient environ 17 % des naissances (Toulemon, op. cit.). Pour la même période, les statistiques de l’état civil permettent d’estimer à 14,5 % la proportion de naissances issues d’au moins un parent de nationalité étrangère.

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À partir de données partielles publiées par l’Insee [14]  Jusqu’en 1997, lorsque la nationalité du père était... [14] , on peut reconstituer l’évolution de la proportion d’enfants d’étrangers nés en France depuis 1980, pour replacer l’évolution récente dans une perspective plus longue (figure 2). La proportion d’enfants ayant au moins un parent étranger, qui était d’environ 13 % en 1980, s’est accrue progressivement, avec des périodes de nette augmentation (1980-1983, et 1987-1993) suivies de périodes de recul (1983-1987 et 1993-1997) ; la période 1997-2004, et en particulier 2000-2004, se caractérise par une nette accélération de la hausse. Ces tendances contrastées résultent de l’évolution souvent contradictoire des deux composantes de cette proportion : alors que les naissances issues de couples mixtes n’ont cessé d’augmenter sur toute la période, les naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers ont connu deux périodes de baisse (1983-1987 et 1993-1997), suivies de périodes de stabilisation ; depuis 2000, la proportion de naissances issues de deux parents étrangers augmente légèrement, ce qui explique l’accélération de la hausse de la proportion d’ensemble.

Figure 2 - Évolution de la proportion de naissances issues d’au moins un parent étranger depuis 1980 (p. 100 naissances vivantes)Figure 2
Source : calculs et estimations de l’auteur d’après l’état civil (Beaumel et al., 2005).

L’âge à la maternité augmente plus lentement

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Comme en 2003, la hausse de la fécondité en 2004 est uniquement le fait des femmes âgées de plus de 30 ans (tableau B) ; par contre, alors que la fécondité des plus jeunes baissait à nouveau depuis deux ans, on n’observe pas de nouveau recul en 2004. Globalement, depuis la fin des années 1990, la fécondité des 15-27 ans se stabilise, tandis qu’au-delà de 27 ans le relèvement se poursuit (tableau 4). Ainsi, l’âge moyen à la maternité continue à s’élever, mais à un rythme beaucoup plus lent qu’auparavant : depuis 2000, l’âge moyen augmente d’environ un demi-mois chaque année, contre un mois en moyenne chaque année pendant la décennie 1990, et un mois et demi dans la décennie 1980. Conséquence de cette inflexion de tendance : l’indicateur conjoncturel tend de moins en moins à sous-estimer la descendance des générations (tableau 5).

Tableau B - Évolution de la fécondité par groupe d’âges depuis 1999 (p. 1000 femmes)Tableau B
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L’âge moyen à la maternité s’établit donc à 29,6 ans en 2004 (tableau 4). Cet âge ne doit pas être confondu avec celui des mères qui accouchent de leur premier enfant, qui est d’environ deux ans plus jeune. En raison de la mauvaise qualité des données recueillies sur le rang des enfants au moment de leur déclaration à la mairie, aucun calcul précis de l’âge moyen à la première naissance ne peut être proposé pour les années récentes [15]  Les statistiques publiées par l’Insee surestiment le... [15] .

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La proportion d’enfants qui naissent hors mariage continue à s’accroître, et s’établit à 46,4 % en 2004, contre 45,2 % en 2003. Ainsi, la contribution des naissances hors mariage à l’ICF est-elle de plus en plus importante : en 2004, elle correspond à 0,89 enfant par femme, soit 46,8 % de la fécondité totale (dernières colonnes du tableau 4).

La France en Europe

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En 2003, et probablement en 2004, la fécondité de la France se maintient au deuxième rang de l’Union européenne derrière celle de l’Irlande (tableau 6). Les autres pays d’Europe occidentale sont presque scindés en deux groupes bien distincts :

  • le nord du continent, où l’ICF est compris entre 1,7 et 1,8 enfant par femme (par ordre croissant : Royaume-Uni et Suède, Pays-Bas, Danemark et Finlande, Norvège), et partout orienté à la hausse, en particulier en Suède et aux Pays-Bas ;

  • le centre et le sud du continent, où l’ICF se situe entre 1,27 (Grèce) et 1,44 enfant par femme (Portugal) ; depuis quelques années, la tendance est nettement à la hausse en Espagne (1,3 en 2003) et en Italie (1,29), et dans une moindre mesure en Autriche (1,38) ; en Grèce, en Allemagne (1,34) et en Suisse (1,41), la fécondité est restée stable ces dernières années, et elle baisse encore légèrement au Portugal.

Seuls deux pays se situent entre ces deux groupes : la Belgique (1,61 enfant par femme) et le Luxembourg (1,63).

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Quant aux dix pays ayant accédé à l’Union européenne en 2004, leur fécondité les apparente plutôt au deuxième groupe : trois d’entre eux sont situés dans la fourchette supérieure ou légèrement au-dessus de ce groupe (l’Estonie, avec 1,37 enfant par femme en 2002, Malte, avec 1,46 en 2003, et Chypre avec 1,50), tandis que les sept autres se situent nettement dans la fourchette inférieure (Lituanie, Lettonie et Hongrie : de 1,26 à 1,29) ou en deçà de cette valeur (République tchèque, Slovénie, Slovaquie et Pologne : de 1,18 à 1,22 enfant par femme).

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Autre caractéristique de la fécondité française : la contribution des naissances hors mariage y est parmi les plus élevées d’Europe occidentale. Alors que la proportion d’enfants nés hors mariage a cessé d’augmenter en Suède, en Norvège et au Danemark, elle continue sa progression en France, qui rattrape ainsi le niveau du Danemark, et se rapproche graduellement de 50 % ; d’ores et déjà, un enfant sur deux naît hors mariage en Norvège, et en Suède, la proportion est de 56 % [16]  L’Islande, qui a une longue tradition de naissances... [16] .

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Il est probable que le maintien de la fécondité en France à un niveau relativement élevé par rapport à celui de certains de nos voisins soit au moins partiellement dû à ce développement rapide de la fécondité hors mariage ; celle-ci a compensé en grande partie le déclin des naissances issues de couples mariés entraîné par la chute la nuptialité. On constate effectivement qu’en Europe occidentale, la fécondité tend à être d’autant plus élevée que la part des naissances hors mariage est forte (figure 3a). Néanmoins, la corrélation entre ces deux indicateurs n’est pas parfaite, et si l’explication semble satisfaisante pour la France, elle ne l’est pas pour l’Autriche, l’Allemagne et l’Espagne par exemple, où l’ICF est beaucoup plus faible que ce que laisserait attendre la proportion de naissances hors mariage. Quant aux pays issus de l’ancien bloc de l’Est, ils ne s’inscrivent pas du tout dans ce schéma (figure 3b). À l’exception de la Serbie et de la Macédoine, l’ICF est partout très faible et semble totalement indépendant de la proportion de naissances hors mariage ; cette dernière est presque aussi variable qu’à l’ouest, allant de 10 % en Croatie à 56 % en Estonie.

Figure 3a - Indicateur conjoncturel de fécondité (nombre d’enfants par femme) selon le pourcentage des naissances hors mariage en 2003 en Europe occidentaleFigure 3a
Source : Conseil de l’Europe (2005).
Figure 3b - Indicateur conjoncturel de fécondité (nombre d’enfants par femme) selon le pourcentage des naissances hors mariage en 2003 dans les pays d’Europe issus de l’ancien bloc de l’EstFigure 3b
Source : Conseil de l’Europe (2005).
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La faible fécondité de certains pays européens ne saurait donc s’expliquer uniquement par une résistance plus forte de la société vis-à-vis des naissances hors mariage.

La descendance des générations diminue

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La prise en compte des réévaluations de population effectuées après l’enquête de recensement de 2004 provoque une diminution de quelques taux de fécondité par âge dans certaines générations, mais pas suffisamment pour avoir une réelle incidence sur les descendances atteintes et les descendances finales estimées (tableau 5).

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Le niveau relativement favorable de la fécondité de ces dernières années n’a pas permis de compenser le retard accumulé par les générations nées après 1960 dans la constitution de leur descendance. La baisse de la descendance finale des générations 1961 à 1964 est rapide (en moyenne – 2 points pour 100 femmes par génération), ramenant la descendance finale de 212 enfants pour 100 femmes dans la génération 1960 à 204 dans la génération 1964. Ces générations n’ont pas eu, après 30 ans [17]  La génération la plus jeune (1964) est observée jusqu’à... [17] , une fécondité assez élevée pour compenser le déficit accumulé avant cet âge, par rapport aux générations précédentes (tableau C). Rappelons que ce déficit, dû essentiellement au recul de l’âge aux maternités, avait été aggravé par les années de faible fécondité (1992 à 1997) que ces générations ont traversées à des âges où la fécondité est encore forte (28-32 ans).

Tableau C - Descendances atteintes de 28 à 40 ans par les femmes des générations 1960 à 1974, et différences entre générations successives (nombre moyen d’enfants pour 100 femmes)Tableau C
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Après la génération 1964, le rythme de baisse de la descendance finale s’atténue progressivement : cette baisse atteindra au maximum un enfant pour 100 femmes entre deux générations successives, et pourrait même cesser complètement dès la génération 1970. En effet, les retards accumulés aux jeunes âges par rapport aux générations précédentes sont de plus en plus faibles (tableau C), et gardent encore quelques chances d’être totalement rattrapés avant 45 ans dans les générations 1970 et 1972 : bien que les projections présentées ici – qui reposent sur une poursuite des tendances passées – fassent état d’une légère baisse, il est très probable que la fécondité au-delà de 32 ou 34 ans se redresse plus nettement. Dans les générations suivantes (1974), le retard devient négligeable et, en l’absence de nouvelle chute des indicateurs annuels, la stabilisation de la descendance finale devrait se confirmer.

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Ainsi, la baisse de la descendance finale pourrait être limitée aux générations nées entre 1960 et 1970, et ne pas conduire à une descendance inférieure à 2 enfants par femme.

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Néanmoins, cette baisse modifie la position de la France en Europe occidentale, en plaçant la Norvège au deuxième rang dès la génération 1965 (tableau 7). En dehors de la France et de la Norvège, seule l’Irlande (dont la descendance a chuté de 23 points pour 100 femmes en cinq générations) conserve une descendance supérieure à 2 enfants par femme. C’est dans les trois autres pays nordiques que le niveau est le plus proche (de 1,91 à 1,98 enfant par femme), et dans les pays latins (Italie, Espagne) et germaniques (Allemagne, Autriche, Suisse) qu’elle est la plus basse (1,49 à 1,65). Grèce, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et Portugal enregistrent des niveaux intermédiaires (de 1,75 à 1,82 enfant par femme).

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Le classement des descendances finales diffère donc de celui des ICF, et les niveaux sont plus élevés, car l’âge à la maternité augmente partout, ce qui entraîne un déficit des indicateurs annuels de fécondité ; ce déficit est d’autant plus important que l’âge à la maternité augmente vite.

Les avortements

Combien d’IVG en 2002 ?

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Pour la première fois depuis 1997, les bulletins d’interruption volontaire de grossesse (IVG) ont été saisis et exploités par les services statistiques du ministère de la Santé pour l’année 2002. Alors que le nombre de bulletins collectés chaque année par le ministère se situait habituellement entre 160 000 et 170 000 [18]  Sauf en 1995 en raison d’une pénurie de bulletins statistiques... [18] , seuls un peu plus de 130 000 bulletins lui ont été transmis en 2002 (tableau 8). Comme, de leur côté, les comptages effectués par ce même ministère par le biais du PMSI (programme médicalisé des systèmes d’information) ou de la SAE (statistique annuelle des établissements de santé) donnent des chiffres d’IVG nettement supérieurs, cette chute du nombre de bulletins traduit une détérioration importante de leur collecte ; cette détérioration est probablement due à une moindre mobilisation des équipes médicales et des établissements chargés de les transmettre, du fait de l’absence d’exploitation de ces bulletins depuis plusieurs années.

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Par ailleurs, nous avions vu l’an dernier dans cette même rubrique (Prioux, 2004) que, d’après les estimations des services statistiques du ministère de la Santé fondées sur le PMSI et la SAE, le nombre d’IVG pratiquées serait en hausse depuis 1995 (de 179 600 en 1995 à 205 600 en 2002, d’après Vilain, 2004). Pourtant, il semble que cette hausse apparente soit due à une amélioration de la couverture statistique de ces sources de données. En effet, une équipe de l’Ined a entrepris une étude approfondie pour mieux comprendre les raisons de cette divergence entre les différents chiffres fournis par les statistiques du ministère (PMSI et SAE) et les bulletins d’enregistrement, et pour proposer une nouvelle estimation du nombre d’IVG pratiquées, aussi bien en 2002 que pour la période antérieure (Rossier et Pirus, 2005). Les résultats de ces estimations figurent dans la dernière colonne du tableau D.

Tableau D - Nombre d’interruptions volontaires de grossesses depuis 1976 selon différentes sourcesTableau D
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Il apparaît ainsi que le nombre d’IVG est légèrement inférieur à celui estimé précédemment, mais que le sens de l’évolution des deux estimations est semblable : après avoir diminué dans les années 1980, le nombre d’IVG pratiquées s’est stabilisé depuis les années 1990, et ce nombre est estimé à environ 207 000 interventions par an. De leur côté, les chiffres du ministère fondés sur la SAE et le PMSI, qui ont longtemps sous-estimé le nombre d’IVG, se révèlent aujourd’hui un peu plus fiables. Néanmoins, ces dernières statistiques ne permettent pas d’effectuer une analyse approfondie sur les caractéristiques des femmes ayant eu recours à l’IVG et celles de la grossesse interrompue (vie en couple, profession, nombre d’enfants, âge gestationnel, etc.), car les informations recueillies sont assez succinctes [19]  Seuls l’âge de la femme, la technique employée, le... [19] . La collecte des bulletins demeure donc nécessaire pour mieux comprendre les circonstances du recours à l’IVG ; par exemple, seuls les bulletins permettront d’apprécier les conséquences de l’allongement de deux semaines du délai légal de recours à l’IVG (de 10 à 12 semaines) instauré par la loi de 2001.

La fréquence des IVG est en hausse chez les femmes de 20 à 27 ans

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Aux 207 000 IVG estimées en 2002 correspondent un indicateur conjoncturel de 0,51 IVG par femme (tableau 8) ; cet indicateur, qui est la somme des taux d’IVG par âge (nombre d’IVG à chaque âge [20]  Le nombre d’IVG à chaque âge est estimé en utilisant... [20] rapporté au nombre de femmes du même âge), ne signifie pas que 51 % des femmes ont recours à l’avortement, car certaines y recourent plusieurs fois dans leur vie. Si l’on ne tient compte que des IVG pratiquées sur les femmes n’en ayant encore jamais eu, on peut calculer sur la base des comportements observés en 2002 que la proportion de femmes qui recourront au moins une fois à l’IVG au cours de leur vie est de 38 %, une proportion qui aurait donc tendance à diminuer depuis les années 1980. En revanche, la deuxième composante de cet indicateur conjoncturel, ou somme des taux d’IVG de rang 2 ou plus, apparaît remarquablement stable (0,12 à 0,13 IVG par femme), témoignant d’une grande stabilité de la fréquence des IVG à répétition [21]  La composante de rang 2 en 2002 (0,10 IVG par femme)... [21] .

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Bien que la fréquence des IVG soit restée globalement stable depuis 1997 – sur la base de 207 000 IVG en 1997 comme en 2002, l’indicateur conjoncturel s’établit respectivement à 0,50 et 0,51 IVG par femme –, la distribution des taux par âge s’est un peu modifiée : en dessous de 28 ans, et en particulier entre 20 et 27 ans, les taux d’avortement ont augmenté, alors qu’au-delà de cet âge ils ont plutôt diminué, et tout particulièrement entre 33 et 38 ans (figure 4a). Le « rajeunissement » des femmes recourant à l’IVG se poursuit donc au fur et à mesure que l’âge à la maternité se relève. Si l’on observe par ailleurs le rapport, à chaque âge, entre le nombre d’IVG et le nombre de grossesses terminées soit par une naissance vivante, soit par une IVG, qui donne une bonne indication de la proportion de grossesses interrompues par une IVG, on s’aperçoit que ce rapport a diminué de façon assez nette chez les femmes âgées de 35 à 45 ans (figure 4b). En revanche, il est resté relativement stable en deçà de cet âge, ce qui met fin à la tendance observée auparavant à interrompre de plus en plus souvent les grossesses à ces âges. Cette stabilisation peut être mise en relation avec celle de la fécondité à ces âges. Toutes ces évolutions sont donc en étroite corrélation avec l’évolution du calendrier des naissances. Finalement, aujourd’hui, ce sont les femmes âgées de 28 à 32 ans qui interrompent le moins souvent leur grossesse (environ 13 IVG pour 100 grossesses à ces âges).

Figure 4a - Taux d’IVG par âge en 1997 et en 2002, et par âge et rang d’IVG en 2002 (pour 1 000)Figure 4a
Sources : calculs de l’auteur d’après les bulletins d’IVG, Rossier et Pirus (2005) et l’état civil.
Figure 4b - IVG pour 100 grossesses terminées (naissances vivantes + IVG) selon l’âge à l’issue en 1997 et 2002Figure 4b
Sources : calculs de l’auteur d’après les bulletins d’IVG, Rossier et Pirus (2005) et l’état civil.

Unions et ruptures d’unions

Une chute plus nette des mariages en 2004

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En 2004, 259 400 mariages ont été célébrés (chiffre provisoire), soit une chute de 6 % par rapport à 2003, où près de 276 000 mariages avaient été conclus (tableau 9). Le nombre de mariages retombe ainsi à un niveau proche de celui des années 1993 à 1995, années qui avaient enregistré les chiffres les plus faibles de la seconde moitié du XXe siècle (environ 255 000). Depuis 2000, année au cours de laquelle 297 900 mariages avaient été comptabilisés, le nombre de mariages a diminué de 38 500 (– 12,9 %), et la chute de 2004 contraste avec la baisse plus modérée des années précédentes.

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Les statistiques définitives portent sur l’année 2003. Cette année-là, comme en 2002, la baisse a essentiellement concerné les mariages de célibataires ; comme en 2001 et 2002, seuls les mariages dans lesquels les deux époux sont français ont reculé, tandis que ceux dans lesquels l’un au moins des conjoints est de nationalité étrangère ont encore progressé, pour représenter 20 % de l’ensemble en 2003. Par ailleurs, la proportion de mariages « légitimant [22]  Depuis l’ordonnance portant réforme de la filiation... [22]  » des enfants s’est stabilisée à 28 % depuis trois ans : après les fortes hausses observées en 1996-1997 et 2000, cet indice a cessé d’augmenter.

Le Pacs remporte un succès croissant

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Le nombre de pactes civils de solidarité (Pacs) continue de son côté sa progression : près de 40 000 pactes (39 576) ont été signés en 2004, contre 31 161 en 2003, soit une progression de 27 %, légèrement plus forte que celle de 2003 (+ 25 %). C’est surtout au dernier trimestre de l’année 2004 que la progression est forte (figure 5) : un tiers des pactes de l’année ont été signés au cours des trois derniers mois, probablement suite à l’annonce de la suppression du délai de trois ans pour bénéficier de l’imposition commune. La baisse brutale du nombre de pactes conclus au 1er trimestre 2005, habituellement le plus favorable aux Pacs, montre qu’il s’agit surtout de signatures anticipées de quelques mois de pactes qui, en l’absence de changement de la législation fiscale, auraient été signés au début 2005 [23]  Néanmoins, comme pour les mariages, l’imposition commune... [23] . Mais l’engouement ne faiblit pas, et le deuxième trimestre 2005, habituellement peu propice aux Pacs, détient aujourd’hui le nouveau record du nombre de pactes signés (15 723).

Figure 5 - Évolution trimestrielle du nombre de Pacs conclus et des dissolutions de PacsFigure 5
Source : ministère de la Justice, SDSED.
40

En l’absence de toute statistique détaillée sur les partenaires (âge, sexe, état matrimonial, nationalité, nombre d’enfants communs, etc.), il est bien difficile de pouvoir affirmer que le Pacs concurrence le mariage. Mis en place pour offrir une forme d’union légale s’adressant aux couples de même sexe ainsi qu’aux couples cohabitants qui ne souhaitaient pas s’engager dans les liens du mariage, il s’avère environ trois fois plus fragile que le mariage (Prioux, 2004). Néanmoins, une petite fraction des dissolutions (10 % en moyenne) est due au mariage des partenaires : une fraction (beaucoup plus faible) des Pacs est probablement la première étape avant un véritable engagement, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement de l’anticipation d’un mariage déjà programmé !

La baisse de la nuptialité des célibataires se poursuit

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La prise en compte des chiffres réévalués de la population conduit à réviser à la baisse certains indicateurs conjoncturels de nuptialité des célibataires (tableau 9) ; il s’agit essentiellement de la synthèse des taux qui, pour les femmes, tombe ainsi de 0,60 premier mariage par femme en 2000 à seulement à 0,53 en 2004 (estimation provisoire). Mais ces changements sont trop faibles pour modifier significativement les synthèses longitudinales qui retracent les caractéristiques de la nuptialité des générations (tableau 10). Du côté féminin, la proportion de non-célibataires à 50 ans continue à perdre en moyenne un point de pourcentage entre chaque génération : la proportion passe de 75 % dans la génération 1965 à 69 % dans la génération 1971, tandis que l’âge moyen au premier mariage augmente presque de deux ans (de 26,3 à 28,2 ans). Du côté masculin, la proportion de non-célibataires baisse au même rythme entre les générations 1963 (73 %) et 1969 (67 %), et l’augmentation de l’âge moyen est à peine moins forte (de 28,3 ans à 30 ans).

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Dans les générations suivantes, la proportion d’hommes et de femmes déjà mariés aux jeunes âges (respectivement 24 et 22 ans) a continué à diminuer, mais à un rythme qui se ralentit ; elle semble avoir atteint aujourd’hui un niveau plancher, autour de 6 % : c’est environ quatre fois moins que dans la génération 1963 (hommes) ou 1965 (femmes).

Des unions plus fragiles

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On sait que la chute de la nuptialité légale résulte essentiellement du développement de la cohabitation hors mariage. Dans les années 1970, environ un couple sur six débutait la vie commune sans attendre le mariage, alors que c’est le cas de neuf couples sur dix aujourd’hui (Toulemon, 1996) ; et lorsqu’il ne s’agit pas de la première union, plus de 95 % des couples débutent leur union hors mariage (Prioux, 2005).

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Par ailleurs, ces unions donnent de moins en moins souvent lieu à un mariage, car certaines se prolongent de longues années sans être officialisées, tandis que d’autres sont rompues. Grâce aux données de l’enquête Étude de l’histoire familiale (EHF) de 1999, on observe bien ce recul du mariage parmi les couples cohabitants. Ainsi, parmi les femmes dont la première union a débuté hors mariage vers 1975, la moitié s’était mariée dans les deux ans ; pour les femmes dont l’union a débuté dix ans plus tard (1985), la proportion de mariées dans les deux ans n’était plus que d’un tiers, et elle était tombée à moins d’un cinquième (19 %) pour les unions commencées vers 1995 (Prioux, op. cit.).

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On constate enfin que les unions commencées hors mariage sont plus fragiles que les mariages directs (tableau E) : parmi les femmes ayant débuté une première vie de couple vers 1980, 11 % des unions commencées hors mariage – qu’elles aient ou non été suivies d’une officialisation – contre 5 % des mariages directs ont été rompus dans les cinq ans, et respectivement 22 % et 12 % dans un délai de dix ans. Par la suite, les ruptures ont beaucoup augmenté dans les deux catégories d’unions, si bien qu’au total, la fréquence des ruptures au cours des cinq premières années a presque doublé entre les unions formées en 1980 (8 % de ruptures) et celles de 1990 (15 %). Ainsi la fragilité croissante des unions provient-elle à la fois du développement de la cohabitation hors mariage – les unions non officialisées demeurent plus fragiles que les autres –, mais aussi de la fragilité croissante des mariages non précédés d’une période de cohabitation.

Tableau E - Pourcentage de premières unions commencées par les femmes vers 1980 et 1990 déjà rompues au bout de 5 et 10 ans selon le mode de mise en coupleTableau E

Une augmentation sensible des divorces en 2003

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Avec ou sans cohabitation prémaritale, les mariages sont devenus moins durables, et les divorces se sont faits de plus en plus nombreux. De 1995 à 2001 cependant, le nombre de divorces avait légèrement reculé, laissant présager une stabilisation de la fréquence des ruptures. Mais la hausse a repris ces dernières années (tableau 9) ; elle est modérée en 2002, année au cours de laquelle 116 000 divorces (divorces directs et conversions de séparations de corps) ont été prononcés, soit une augmentation de 3 % par rapport à 2001 ; elle est massive en 2003, avec plus de 125 000 divorces prononcés (+ 8 %), un chiffre encore jamais atteint auparavant. Comme le nombre de mariages soumis au risque a plutôt tendance à diminuer, l’indicateur conjoncturel de divortialité, qui plafonnait autour de 38 divorces pour 100 mariages entre 1995 et 2001, dépasse 39 % en 2002, et s’établit à 42,5 % en 2003. C’est la première fois que cet indicateur franchit le seuil symbolique de 40 divorces pour 100 mariages.

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La figure 6 illustre l’évolution du risque de divorcer en fonction de la durée de mariage au fil des promotions. On voit que l’augmentation des risques est presque continue d’une cohorte à l’autre à toutes les durées, mais que la forme des courbes s’est beaucoup modifiée, traduisant un changement important de la répartition des risques par durée de mariage. Dans les anciennes promotions de mariages (1960 et 1965), les risques de divorcer étaient presque les mêmes entre 5 et 20 ans de mariage environ, avant de décroître doucement. Mais ensuite, les risques ont beaucoup plus augmenté aux durées courtes, si bien qu’aujourd’hui, c’est autour de la cinquième année de mariage que les risques sont les plus élevés : dans la promotion 1990, 2,4 % des mariages subsistants ont été dissous 5 ans après l’année de leur union, et à peine moins aux durées voisines (4 et 6 ans de mariage) ; ensuite, les risques de divorcer diminuent au fur et à mesure que la durée d’union s’allonge. Néanmoins, les courbes ne s’emmêlent pas : quelle que soit l’augmentation des risques aux premières durées de mariage d’une promotion à l’autre, les couples restés mariés ont des risques de rupture plus forts que ceux des promotions précédentes aux mêmes durées. Seuls les couples mariés après 1990 semblaient rompre avec cette tendance à divorcer de plus en plus, et de plus en plus tôt ; mais la hausse récente de la divortialité a remis en question cette modération.

Figure 6 - Quotients de divorce à chaque durée de mariage dans certaines promotions (pour 1 000 mariages subsistants)Figure 6
Source : calculs de l’auteur d’après les statistiques du ministère de la Justice, SDSED.
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Ce redémarrage de la hausse des probabilités de divorce empêche d’établir un pronostic précis sur la fréquence des divorces dans les promotions, tant que les comportements ne sont pas à nouveau stabilisés. Si l’indicateur conjoncturel devait s’établir durablement au-dessus de 40 divorces pour 100 mariages, cette fréquence de 40 % serait certainement dépassée pour les couples mariés dans les années 1990.

De plus en plus d’hommes et de femmes vivent seuls

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À l’enquête de recensement de 2004, 8,3 millions de personnes vivaient seules dans leur logement, soit 900 000 de plus qu’au recensement de 1999 ; cela représente 14 % de l’ensemble de la population (Borrel et Durr, 2005). La baisse de la mortalité et le meilleur état de santé des personnes âgées contribuent à accroître le nombre d’hommes et de femmes âgés qui vivent seuls ; la moitié des femmes vivant seules (et un cinquième des hommes) sont âgés de plus de 65 ans. Mais les transformations des comportements conjugaux sont aujourd’hui le facteur qui prend le plus d’importance dans le développement de ce mode de vie. La figure 7 permet de comparer la proportion d’hommes et de femmes recensés comme vivant seuls à chaque âge aux recensements successifs depuis 1990. Les changements sont moins importants entre 1999 et 2004, car les dates sont moins éloignées, mais les évolutions constatées entre 1990 et 1999 se poursuivent : augmentation des proportions d’hommes vivant seuls entre 20 et 70 ans, et de celles des femmes entre 20 et 65 ans. Aux jeunes âges, cela s’explique avant tout par le recul de l’âge à la première formation d’une union cohabitante et par l’augmentation de l’indépendance résidentielle ; mais ensuite, ce sont principalement les ruptures d’unions qui sont en cause. Lorsqu’un couple ayant des enfants se sépare, c’est plus souvent l’homme que la femme qui va vivre seul, s’il ne reforme pas un couple immédiatement : cela explique que les proportions de personnes vivant seules augmentent davantage chez les hommes entre 30 et 50 ans. La hausse est beaucoup plus faible (voire imperceptible) à ces âges pour les femmes, car la rupture les conduit plus souvent à former une famille monoparentale ; elle est en revanche plus nette entre 50 et 65 ans, quand le départ des enfants les amène à vivre seules, si elles n’ont pas formé un nouveau couple.

Figure 7a - Pourcentage de femmes vivant seules à chaque âge en 1990, 1999 et 2004Figure 7a
Source : Insee, recensements de la population.
Figure 7b - Pourcentage d’hommes vivant seuls à chaque âge en 1990, 1999 et 2004Figure 7b
Source : Insee, recensements de la population.
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Dès la cinquantaine (à partir de 53 ans), les femmes vivent seules plus fréquemment que les hommes, et cela est d’autant plus vrai que l’on avance en âge, au moins jusqu’à 86-87 ans (âges auxquels la proportion féminine culmine à près de 57 %). On observe là l’effet classique de la plus grande longévité féminine et de la différence d’âge entre conjoints ; mais joue aussi le fait qu’après une rupture d’union, les femmes se remettent moins souvent en couple que les hommes (Delmeyre, 2005).

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Malgré tout, vivre seul dans un logement ne signifie pas nécessairement que l’on ne vit pas une relation de couple. Pour la première fois, une question a été introduite sur la vie en couple dans le bulletin individuel du recensement de 2004. Une petite proportion de personnes recensées comme occupant seules leur logement ont répondu qu’elles vivaient en couple, et cette proportion augmente avec l’âge, surtout pour les hommes (tableau F). Même si l’on sait que dans certains cas cette situation n’est pas choisie [24]  L’éloignement du conjoint peut être dû à des raisons... [24] , l’importance de ces proportions montre que la notion de couple se transforme, et qu’il n’est pas toujours nécessaire de partager le même logement pour considérer que l’on vit en couple. Cette situation est d’ailleurs probablement transitoire pour ceux qui n’en sont qu’au début de leur relation de couple ; mais le recensement ne permet pas de distinguer parmi ces couples ceux qui choisissent délibérément de ne pas partager le même logement, et qui vivent durablement « en couple chacun chez soi » [25]  Dans les pays scandinaves, on désigne ces couples par... [25] .

Tableau F - Proportions d’hommes et de femmes déclarant vivre en couple parmi ceux qui vivent seuls en 2004Tableau F

La mortalité

Forte baisse de la mortalité en 2004

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Après le pic de l’année 2003, où la canicule avait provoqué un surcroît d’environ 15 000 décès, l’année 2004 s’est révélée exceptionnelle en sens inverse : le nombre de décès enregistrés est de 508 500 (chiffre provisoire), soit 41 500 de moins qu’en 2003. Il faut remonter au début des années 1960 pour trouver un chiffre comparable, car même si la mortalité diminue, le vieillissement de la structure par âge de la population a plutôt tendance à entraîner une augmentation du nombre de décès. Quant au taux brut de mortalité, qui fluctuait entre 9,0 et 9,2 décès pour 1 000 habitants depuis une dizaine d’années, il est tombé à un niveau encore jamais enregistré (8,4 ‰ en 2004) (tableau 1). L’espérance de vie à la naissance s’établit ainsi à 83,8 ans pour les femmes et à 76,7 ans pour les hommes, soit des bonds de 0,9 et 0,8 année respectivement, après une baisse de 0,1 an pour les femmes et une hausse de 0,1 an pour les hommes en 2003 ; cela a conduit à une légère détérioration du classement de la France cette année-là, notamment pour les femmes qui ne se situent plus au premier rang (tableaux 11 et 12). Il faut remonter à plus de trente ans pour trouver des fluctuations aussi importantes du nombre de décès et de la durée de vie moyenne ; jusqu’au début des années 1970, ces fluctuations étaient assez habituelles et dues essentiellement aux épidémies de grippe. Depuis la mise au point d’un vaccin contre la grippe et sa diffusion gratuite aux personnes âgées, l’impact des épidémies de grippe est très atténué et le nombre annuel de décès est beaucoup moins variable.

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Cette chute de la mortalité en 2004 est beaucoup plus forte que celle qui était attendue. Dans l’hypothèse où la canicule n’aurait fait qu’avancer de quelques mois le décès de personnes en mauvaise santé – ce qui, dans le langage des épidémiologistes s’appelle un « effet de moisson » – les décès auraient moins diminué (– 15 000, au lieu des – 25 000 [26]  Il s’agit de la différence par rapport aux décès attendus... [26] observés), et l’espérance de vie à la naissance n’aurait augmenté que de 0,6 à 0,7 an environ, soit 0,2 à 0,3 an de moins que la hausse observée (Richet-Mastain, 2005 ; Toulemon et Barbieri, 2005).

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L’analyse des données par département effectuée par Toulemon et Barbieri montre même que seuls environ 5 000 décès « manquants » en 2004 peuvent être attribués à cet effet de moisson. Selon ces auteurs, si l’absence d’épidémie de grippe durant l’année 2004 [27]  Pendant la saison 2003-2004, l’épidémie de grippe a... [27] peut expliquer une partie de cet écart (7 000 à 10 000 décès), le reste ne peut s’expliquer que par une diminution de la mortalité des personnes âgées liée à une meilleure prévention [28]  En outre, selon ces auteurs, une petite fraction de... [28] . L’observation de la mortalité en 2005 permettra de savoir si ces progrès sont acquis, et celle des données de 2004 détaillées par âge et cause de décès permettra d’approfondir l’analyse.

La mortalité aux grands âges

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Dans les conditions de mortalité de l’année 2003 (dernière année pour laquelle nous disposons de données détaillées par âge), 73 % des hommes et 87 % des femmes peuvent espérer vivre au moins jusqu’à l’âge de 70 ans, et ceux et celles qui fêtent leur 70e anniversaire peuvent espérer vivre encore respectivement 13,6 ans et 17,1 ans. Dix ans plus tôt, l’espérance de vie à cet âge était de 12,6 ans pour les hommes et de 16,3 ans pour les femmes ; l’augmentation est importante (respectivement 1 an et 0,8 an) et se ralentit à peine par rapport à la décennie précédente. Par ailleurs et de plus en plus, ce sont les progrès réalisés aux grands âges qui expliquent l’augmentation de la durée de vie moyenne, en particulier pour les femmes : si l’on scinde la période 1993-2003 en deux périodes quinquennales, le poids des progrès réalisés à 70 ans ou plus – c’est-à-dire la proportion d’années de vie gagnées grâce à la baisse de la mortalité à ces âges – est passé, pour les hommes, d’un cinquième dans la première période à un tiers dans la deuxième, et pour les femmes de 49 % à 58 %. Une étude récente fait le point sur les causes principales de cette baisse de la mortalité aux grands âges (Meslé, 2005).

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Au cours de la décennie 1990-2000, comme au cours de la décennie précédente, la grande majorité des progrès réalisés à ces âges sont dus à la baisse de la mortalité par maladies cardio-vasculaires (tableau G). Toutes les pathologies cardio-vasculaires sont aujourd’hui en baisse, y compris la mortalité par maladie ischémique du cœur, longtemps orientée à la hausse ; néanmoins, les progrès se sont globalement ralentis entre les deux décennies. Les maladies cardio-vasculaires demeurent ainsi la première cause de décès des personnes âgées de 70 ans ou plus.

Tableau G - Contribution de 7 grands groupes de causes de décès à l’évolution de l’espérance de vie à 70 ans de 1980 à 2000 (années et centièmes d’années)Tableau G
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Au second rang figurent les cancers, qui sont en passe de devenir la première cause de décès à ces âges pour les hommes, dont la mortalité par cancer est nettement plus forte que celle des femmes. De plus, pour les deux sexes, les progrès réalisés dans ce domaine sont plus faibles que pour les maladies cardio-vasculaires. Toutefois, l’orientation est de plus en plus favorable pour les hommes. C’est principalement grâce à la chute continue de la mortalité par cancer de l’estomac (pour les deux sexes) et, chez les femmes, des cancers de l’utérus, que ces mois de vie sont gagnés ; mais il faut y ajouter la stabilisation récente ou la légère baisse des cancers de l’intestin (pour les deux sexes), de la prostate, des bronches et des poumons (hommes) et du sein (femmes). Par contre, la mortalité due aux cancers des bronches et des poumons continue à progresser chez les femmes, ainsi que la mortalité par cancers du sang et des organes hématopoïétiques pour les deux sexes.

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Les maladies respiratoires figurent au troisième rang des causes de décès à ces âges. Dans ce domaine, la baisse se poursuit, principalement grâce à l’effet moins dévastateur des épidémies de grippe ; mais la mortalité par bronchite chronique (essentiellement liée au tabagisme) baisse encore peu chez les hommes, et résiste toujours chez les femmes.

59

Viennent ensuite les morts violentes, dont la contribution à la baisse de la mortalité à ces âges est en légère hausse : grâce à une meilleure prévention et aux progrès thérapeutiques, la mortalité par chute est en baisse, de même que la mortalité par accident de la circulation et par suicide.

60

Finalement, même si la France est aujourd’hui largement devancée par le Japon, qui enregistre l’espérance de vie à 70 ans la plus élevée du monde, sa position est encore très favorable comparée à celle d’autres pays industriels, et notamment les États-Unis et les Pays-Bas (Meslé, 2005).

La mortalité infantile

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À l’inverse de la mortalité aux grands âges, l’évolution de la mortalité infantile a de moins en moins de poids dans l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance. En dix ans, de 1993 à 2003, le taux de mortalité infantile a cependant diminué de près de 40 %, en passant de 6,5 décès pour 1 000 nouveau-nés à 4 pour 1 000 (tableau 11). Mais le niveau de la mortalité infantile est maintenant si faible que cette baisse n’a entraîné qu’un allongement de 0,19 an de la durée de vie en moyenne pour les deux sexes, soit seulement 9 % de l’ensemble des progrès réalisés dans l’intervalle (2,11 ans).

62

Notons que pour la première fois, d’après les données provisoires de 2004, le taux de mortalité infantile est passé sous le seuil symbolique de 4 décès pour 1 000 nouveau-nés. En Europe, seuls quelques pays du Nord (Finlande, Norvège et Suède) et plus récemment l’Espagne enregistrent des niveaux plus faibles (tableau 13).

Vue d’ensemble

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L’enquête de recensement effectuée en 2004 a conduit l’Insee à réévaluer le chiffre de la population de la France métropolitaine ainsi que le solde migratoire depuis 1999.

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L’année 2004, marquée par une forte baisse du nombre des décès et un léger relèvement des naissances, a enregistré un accroissement naturel relativement élevé. La France demeure l’un des rares pays d’Europe dont la population augmente principalement grâce au mouvement naturel. Cependant, bien que la natalité soit assez soutenue depuis cinq ans, le vieillissement de la structure par âge se poursuit lentement.

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L’immigration a continué à augmenter en 2003, mais à un rythme un peu plus faible qu’en 2002. Les ressortissants des pays de l’Espace économique européen représentent un effectif stable chaque année (42 000). Les flux d’immigrants les plus nombreux proviennent du Maghreb (surtout d’Algérie et du Maroc), et le motif principal des admissions résulte de l’existence de liens de parenté en France. L’immigration à caractère familial est souvent suivie d’une naissance sur le territoire français, si bien que le nombre de naissances d’enfants dont au moins un parent est de nationalité étrangère a augmenté ces dernières années.

66

L’indicateur conjoncturel de fécondité augmente légèrement et s’élève à 1,9 enfant par femme en 2004, tandis que l’âge moyen à la maternité continue à augmenter lentement (29,6 ans). Néanmoins, la descendance finale diminue rapidement après la génération 1960, et pourrait tomber en dessous de 2 enfants par femme dès la génération 1970. Avec une descendance de 2,03 enfants, la fécondité de la génération 1965 sera inférieure à celle de la Norvège.

67

D’après une nouvelle estimation, le nombre d’IVG (interruptions volontaires de grossesses) pratiquées serait assez stable, autour de 207 000 chaque année, ce qui correspond à une fréquence de 0,51 IVG par femme. Les taux sont en hausse chez les femmes les plus jeunes (en dessous de 28 ans) et en baisse chez les plus âgées.

68

Alors que le nombre de Pacs signés continue à augmenter d’une année à l’autre, celui des mariages diminue progressivement depuis 2000. La proportion d’hommes et de femmes non célibataires à 50 ans diminue au fil des générations tandis que l’âge moyen au premier mariage se relève.

69

La cohabitation des couples donne de moins en moins souvent lieu à un mariage, et les premières unions sont de plus en plus fragiles : en dix ans, la fréquence des ruptures au cours des cinq premières années de vie en couple a presque doublé (de 8 % pour les femmes dont la première union a débuté en 1980 à 15 % chez celles dont l’union a débuté en 1990) et la fréquence des ruptures a augmenté aussi bien pour les femmes qui se sont mariées directement que pour celles dont l’union a débuté hors mariage. Quant aux divorces prononcés (qui ne représentent que la fin légale des seules unions ayant abouti à un mariage), ils augmentent à nouveau, après quelques années de stabilisation.

70

Le relèvement de l’âge à la première vie en couple stable et la fréquence accrue des ruptures d’union entraînent une augmentation de la proportion d’hommes et de femmes vivant seuls dans leur logement : de 1999 à 2004, les proportions ont continué à augmenter, entre 20 et 65 ans (et surtout entre 50 et 65 ans) chez les femmes, et de 20 à 70 ans (surtout 30-50 ans) chez les hommes.

71

La mortalité a été exceptionnellement faible en 2004. L’espérance de vie à la naissance des femmes a fait un bond de 0,9 an, et celle des hommes de 0,8 an. Cette chute de la mortalité ne peut s’expliquer uniquement par le contrecoup de la mortalité exceptionnelle de l’année 2003 provoquée par la vague de chaleur du mois d’août (« effet moisson »), ni par l’absence d’épidémie de grippe en 2004.

72

La mortalité aux grands âges continue à diminuer, et cette baisse est en grande partie responsable de l’élévation de la durée de vie moyenne, en particulier pour les femmes. Ce sont les maladies cardio-vasculaires, première cause de décès à ces âges, qui commandent en tout premier lieu cette baisse de la mortalité aux grands âges.


Annexe

Données statistiques

Tableau 1 - Mouvement de la population (en milliers) et taux bruts (p. 1 000)(a)Tableau 1
Tableau 2 - Répartition par âge de la population de la France métropolitaine au 1er janvier (%)Tableau 2
Tableau 3 - Immigration régulière de long terme selon le statut d’enregistrementTableau 3
Tableau 4 - Évolution de la fécondité depuis 1970Tableau 4
Tableau 5 - Fécondité des générations : descendances atteintes et descendances finales estimées (nombres moyens d’enfants pour 100 femmes) et âges moyens à la maternité (en années et dixièmes d’années)Tableau 5
Tableau 6 - Évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité en Europe occidentale (nombre moyen d’enfants par femme)Tableau 6
Tableau 7 - Fécondité des générations en Europe occidentaleTableau 7
Tableau 8 - Évolution du nombre d’avortements et des indices annuels depuis 1985Tableau 8
Tableau 9 - Caractéristiques de la nuptialité et des divorces depuis 1985Tableau 9
Tableau 10 - Caractéristiques de la nuptialité des générationsTableau 10
Tableau 11 - Caractéristiques de la mortalité générale depuis 1985Tableau 11
Tableau 12 - Espérance de vie à la naissance en Europe occidentale en 2003Tableau 12
Tableau 13 - Mortalité infantile en Europe occidentale (taux p. 1000 nés vivants)Tableau 13
Tableau 14 - Taux comparatif de mortalité (p. 100000) par sexe et groupe de causes de décès(a)Tableau 14
Tableau annexe - Groupes de causes de décès et rubriques correspondantes de la Classification internationale des maladies (9e et 10e révisions)Tableau annexe

RÉFÉRENCES

  • Beaumel C., Richet-Mastain L., Vatan M., 2005, La Situation démographique en 2003. Mouvement de la population. Insee résultats, Société n°41, 45 p. + CD-Rom.
  • Bergouignan C., Blayo C., Parant A., Sardon J.-P., Tribalat M. (dir), 2005, La population de la France. Évolutions démographiques depuis 1946, CUDEP, Tomes I et II, 884 p.
  • Borrel C., Durr J.-M., 2005, « Enquêtes annuelles de recensement : premiers résultats de la collecte 2004. Principales caractéristiques de la population et des logements », Insee première, n° 1001.
  • Conseil de l’Europe, 2005, Évolution démographique récente en Europe, 2004, Éditions du Conseil de l’Europe, 130 p. + CD-Rom.
  • Delmeyre Y., 2005, « Histoire des unions dans les cohortes », in Bergouignan et al. (dir.), La population de la France. Évolutions démographiques depuis 1946, CUDEP, Tome I, p. 143-168.
  • Desplanques G., Royer J.-F., 2005, « Enquêtes annuelles de recensement : premiers résultats de la collecte 2004. 62 millions d’habitants en France au 1er janvier 2004 », Insee première, n° 1000.
  • Duchêne-Lacroix C., 2005, « Les Français établis hors de France : une population méconnue et en transformation », in Bergouignan et al. (dir.), La population de la France. Évolutions démographiques depuis 1946, CUDEP, Tome II, p. 847-858.
  • Gentil B., 2003, « La population française immatriculée à l’étranger est en forte hausse », Insee première, n° 919.
  • Héran F., Toulemon L., 2005, « Que faire quand la population recensée ne correspond pas à la population attendue ? », Population et Sociétés, n° 411.
  • Insee, 2005, Bulletin mensuel de statistique, n° 8.
  • Meslé F., 2005, « Espérance de vie et mortalité aux âges élevés », Retraite et société, n° 45, p. 90-113.
  • Prioux F., 2003, « L’évolution démographique récente en France », Population-F, 58 (4-5), p. 589-622.
  • Prioux F., 2004, « L’évolution démographique récente en France », Population-F, 59 (5), p. 683-724.
  • Prioux F., 2005, « Mariage, vie en couple et rupture d’union sous l’angle de la démographie », Informations sociales, n° 122, p. 38-50.
  • Richet-Mastain L., 2005, « Bilan démographique 2004. Nette diminution des décès », Insee première, n° 1004.
  • Rossier C., Pirus C., 2005, « Combien d’interruptions volontaires de grossesses en France ? Une analyse de sources de données divergentes », Communication présentée comme poster au XXVe Congrès international de la population, Tours, 18 au 23 juillet 2005.
  • Sardon J.-P., 2004, « Évolution démographique récente des pays développés », Population-F, 59 (2), p. 305-360.
  • Thierry X., 2004, « Évolution récente de l’immigration en France et éléments de comparaison avec le Royaume-Uni », Population-F, 59 (5), p. 725-764.
  • Toulemon L., 1996, « La cohabitation hors mariage s’installe dans la durée », Population, 51 (3), p. 481-508.
  • Toulemon L., 2004, « La fécondité des immigrées : nouvelles données, nouvelles approches », Population et Sociétés, n° 400.
  • Toulemon L., Barbieri M., 2005, « The mortality impact of the august 2003 heat wave in France », Communication au XXVe Congrès international de la population, Tours, 18 au 23 juillet 2005.
  • Tribalat M., 2005, « Fécondité des immigrées et apport démographique de l’immigration étrangère », in Bergouignan et al. (dir.), La population de la France. Évolutions démographiques depuis 1946, CUDEP, Tome II, p. 727-768.
  • Vilain A., 2004, « Les interruptions volontaires de grossesse en 2002 », Études et résultats, n° 348.

Notes

[*]

Institut national d’études démographiques, Paris.

[1]

Pour plus de détails, on pourra se reporter à l’encadré de Desplanques et Royer (2005).

[2]

Pour une description des méthodes d’ajustement utilisées après chaque recensement, on pourra également se reporter à Héran et Toulemon (2005).

[3]

Rappelons néanmoins que le solde migratoire n’est qu’une évaluation reposant sur des informations incomplètes sur les entrées d’étrangers.

[4]

L’auteure remercie Xavier Thierry (Ined) qui lui a fourni tous les éléments nécessaires à cette partie de la chronique.

[5]

Nombre de personnes qui ont reçu pour la première fois un titre de séjour d’une durée de validité supérieure ou égale à un an.

[6]

Les personnes admises au séjour pour un motif familial qui se présentent rapidement (au cours de l’année) sur le marché de l’emploi sont reclassées parmi les personnes venues pour un motif de travail.

[7]

Pour des statistiques plus détaillées, on pourra se reporter à X. Thierry (2004) et au site de l’Ined : http:// www. ined. fr/ population-en-chiffres/ france

[8]

Ces statistiques reposent en partie sur des estimations, le nombre de personnes immatriculées dans les consulats (57 % du total) n’ayant augmenté que de 230 000.

[9]

L’auteure remercie la Division des enquêtes et études démographiques de l’Insee de lui avoir procuré les statistiques de naissances de 2004, les taux provisoires de nuptialité de l’année 2004, ainsi que les tableaux de la Situation démographique de l’année 2003 avant sa parution.

[10]

Comme 2004 est une année bissextile, cette hausse peut être attribuée pour un tiers à ce facteur, car il naît environ 2 100 enfants par jour en moyenne.

[11]

C’est en 2000 que le nombre d’enfants nés de deux parents français a atteint son maximum (657 600).

[12]

Ces enfants sont en effet très majoritairement nés de couples mariés : 59 % parmi les couples mixtes, et 78,5 % parmi les couples d’étrangers.

[13]

Les statistiques par nationalité ne permettent malheureusement pas de distinguer les couples mixtes des autres.

[14]

Jusqu’en 1997, lorsque la nationalité du père était inconnue (pour les enfants nés hors mariage essentiellement), l’Insee ne procédait pas au redressement de la nationalité.

[15]

Les statistiques publiées par l’Insee surestiment le nombre de premières naissances ainsi que l’âge des mères à cette naissance, car de nombreux enfants enregistrés dans les mairies comme des enfants de rang 1 sont vraisemblablement des enfants issus d’une nouvelle union de mères ayant déjà eu au moins un enfant né d’une union précédente.

[16]

L’Islande, qui a une longue tradition de naissances hors mariage (64 % en 2003) n’est pas prise en compte dans la comparaison.

[17]

La génération la plus jeune (1964) est observée jusqu’à 40 ans.

[18]

Sauf en 1995 en raison d’une pénurie de bulletins statistiques en Île-de-France.

[19]

Seuls l’âge de la femme, la technique employée, le type d’établissement, la date et le département d’intervention sont recueillis.

[20]

Le nombre d’IVG à chaque âge est estimé en utilisant la répartition par âge des bulletins recueillis en 2002. On a en effet pu vérifier que, bien qu’incomplète, la statistique fournie par les bulletins peut être considérée comme représentative de celle de l’ensemble des femmes ayant recours à l’IVG.

[21]

La composante de rang 2 en 2002 (0,10 IVG par femme) correspond à une fréquence de 10 % de femmes subissant au moins 2 IVG dans leur vie.

[22]

Depuis l’ordonnance portant réforme de la filiation de juillet 2005, le terme a disparu du code civil.

[23]

Néanmoins, comme pour les mariages, l’imposition commune ne s’applique qu’à partir de la date du Pacs, et non à l’ensemble des revenus de l’année 2004. Par ailleurs, afin d’éviter les Pacs dont les motifs sont uniquement fiscaux, le Pacs doit ne pas être dissous rapidement (au cours de la même année ou de l’année suivante) pour bénéficier de l’imposition commune, sauf si la cause de la dissolution est le mariage des partenaires ou le décès de l’un d’eux.

[24]

L’éloignement du conjoint peut être dû à des raisons professionnelles (travail à l’étranger), médicales (hospitalisation de longue durée) ou autres (incarcération, etc.).

[25]

Dans les pays scandinaves, on désigne ces couples par le sigle LAT (Living Apart Together).

[26]

Il s’agit de la différence par rapport aux décès attendus en 2004, et non par rapport aux décès observés en 2003.

[27]

Pendant la saison 2003-2004, l’épidémie de grippe a sévi durant les mois de novembre et décembre 2003 ; en 2004-2005, l’épidémie s’est installée plus tardivement, de la mi-janvier à la mi-mars 2005.

[28]

En outre, selon ces auteurs, une petite fraction de la baisse de la mortalité (celle des jeunes hommes adultes) serait liée à l’augmentation des prix du tabac et de l’alcool. On peut également penser à la baisse de la mortalité routière, bien que la chute la plus forte se soit produite en 2003.

Résumé

Français

L’année 2004, marquée par une forte baisse du nombre des décès et un léger relèvement des naissances, a enregistré un accroissement naturel relativement élevé. La France demeure l’un des rares pays d’Europe dont la population augmente principalement grâce au mouvement naturel. L’immigration a continué à augmenter en 2003, mais à un rythme un peu plus faible qu’en 2002.
L’indicateur conjoncturel de fécondité augmente légèrement et s’élève à 1,9 enfant par femme en 2004. Néanmoins, la descendance finale diminue rapidement après la génération 1960, et pourrait tomber en dessous de 2 enfants par femme dès la génération 1970. La fréquence des IVG (interruptions volontaires de grossesses) est globalement stable.
Alors que le nombre de Pacs signés continue à augmenter, celui des mariages diminue progressivement depuis 2000. La proportion d’hommes et de femmes non célibataires à 50 ans diminue au fil des générations tandis que l’âge moyen au premier mariage se relève. La fréquence des ruptures d’union a beaucoup augmenté. L’évolution des comportements conjugaux conduit de plus en plus d’hommes et de femmes adultes à vivre seuls dans leur logement.
La progression de l’espérance de vie à la naissance a été exceptionnelle en 2004 (+ 0,9 an pour les femmes et + 0,8 an pour les hommes), et cela ne peut s’expliquer uniquement par le contrecoup de la mortalité exceptionnelle de l’année 2003 provoquée par la vague de chaleur du mois d’août (« effet moisson »), ni par l’absence d’épidémie de grippe en 2004. C’est surtout la baisse de la mortalité aux grands âges qui contribue à l’allongement de la durée de vie moyenne, en particulier pour les femmes.

English

In 2004, a year marked by a sharp drop in the number of deaths and a small increase in births, natural increase was relatively high. France is one of the few European countries whose population is rising primarily due to natural growth.
Immigration increased again in 2003, though at a slightly slower pace than in 2002. The total fertility rate increased slightly to 1.9 children per women in 2004. Completed fertility drops sharply after the 1960 cohort however, and may fall below 2 children per women from the 1970 cohort. The number of induced abortions has remained relatively stable.
Though the number of civil unions (PACS) is still increasing, the number of marriages has been falling since 2000. The proportion of ever-married men and women at age 50 decreases from one cohort to the next, while the mean age at first marriage is increasing. The frequency of union dissolution (divorces and separation of unmarried couples) has increased considerably. These changes in conjugal behaviour are raising the number of adult men and women who live alone.
Life expectancy registered an exceptional increase in 2004 (+0.9 years for women and +0.8 years for men), and this cannot be explained solely by a “harvest effect” following the exceptional mortality in 2003 due to the August heatwave, or by the absence of an influenza epidemic in 2004. Mortality among the elderly is continuing to decline, and this decrease is largely responsible for the increase in mean length of life, for women in particular.

Español

ResumenEl año 2004 estuvo marcado por una fuerte disminución de la mortalidad, un aumento del número de nacimientos y por consiguiente un crecimiento natural relativamente elevado. Francia es uno de los pocos países europeos que sigue creciendo gracias al movimiento natural de la población. La inmigración siguió aumentando durante el 2003, pero a un ritmo más lento que durante el 2002.
El índice sintético de fecundidad creció ligeramente y alcanzó los 1,9 hijos por mujer en el 2004. Sin embargo, la descendencia final disminuyó rápidamente a partir de la generación de 1960, y podría estar por debajo de los 2 hijos por mujer a partir de la generación de 1970. La frecuencia de interrupciones voluntarias del embarazo (IVG) permanece estable a nivel global.
Mientras que el número de acuerdos de cohabitación (Pacs) sigue aumentando, el de matrimonios ha ido en disminución desde el año 2000. La proporción de hombres y mujeres no solteros a los 50 años disminuye a lo largo de generaciones sucesivas pero la edad media al primer matrimonio aumenta. La frecuencia de rupturas ha aumentado significativamente. La evolución de los comportamientos conyugales lleva a un número creciente de hombres y mujeres adultos a vivir solos.
El aumento de la esperanza de vida al nacer fue excepcional durante el 2004 (+0,9 años entre las mujeres y +0,8 años entre los hombres). Tal aumento no es únicamente el resultado de la mortalidad excepcional registrada en el 2003 a causa de la ola de calor del mes de agosto (el “efecto cosecha”) ni de la ausencia de epidemia gripal en el 2004. El aumento de la duración media de vida es debido más que nada a la disminución de la mortalidad en edades avanzadas, especialmente entre las mujeres.

Plan de l'article

  1. Évolution générale et structure par âge de la population
    1. La population de la France au « recensement » de 2004
    2. Un accroissement exceptionnel en 2004
    3. Le vieillissement de la structure par âge se poursuit lentement
  2. L’immigration4
    1. L’immigration continue à augmenter en 2003, mais à un rythme atténué
    2. De l’immigration au solde migratoire
  3. La fécondité
    1. Légère augmentation des naissances en 2004
    2. Les couples mixtes soutiennent la natalité
    3. L’âge à la maternité augmente plus lentement
    4. La France en Europe
    5. La descendance des générations diminue
  4. Les avortements
    1. Combien d’IVG en 2002 ?
    2. La fréquence des IVG est en hausse chez les femmes de 20 à 27 ans
  5. Unions et ruptures d’unions
    1. Une chute plus nette des mariages en 2004
    2. Le Pacs remporte un succès croissant
    3. La baisse de la nuptialité des célibataires se poursuit
    4. Des unions plus fragiles
    5. Une augmentation sensible des divorces en 2003
    6. De plus en plus d’hommes et de femmes vivent seuls
  6. La mortalité
    1. Forte baisse de la mortalité en 2004
    2. La mortalité aux grands âges
    3. La mortalité infantile
  7. Vue d’ensemble

Pour citer cet article

Prioux France, « L'évolution démographique récente en France », Population 4/ 2005 (Vol. 60), p. 443-487
URL : www.cairn.info/revue-population-2005-4-page-443.htm.
DOI : 10.3917/popu.504.0443

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