Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 551 à 568
doi: en cours

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Note de recherche

Volume 60 2005/4

La Thaïlande a été le premier pays d’Asie atteint par l’épidémie de sida à la fin des années 1980. Parmi tous les pays d’Asie, c’est l’un des plus touchés et près d’un million de personnes y sont infectées par le VIH (Banque mondiale, 2000). L’épidémie s’est d’abord développée chez les usagers de drogues par voie intraveineuse, puis elle s’est répandue chez les prostituées et leurs clients (Weniger et al., 1991). L’épidémie évoluant, la transmission hétérosexuelle est devenue le mode de transmission principal dans la population générale et les premiers cas de transmission de la mère à l’enfant ont été rapportés dès 1991 (Banque mondiale, 2000). Des efforts considérables ont été réalisés par le gouvernement pour enrayer l’épidémie. Dès 1987, un programme multisectoriel de lutte contre le sida a été mis en place. Ces efforts se sont révélés fructueux pour réduire l’incidence du VIH dans la population générale mais aussi la prévalence des autres maladies sexuellement transmissibles (Nelson et al., 1996 ; Hanenberg et al., 1994). Le taux de prévalence du VIH chez les femmes enceintes est actuellement d’environ 1,2 % dans l’ensemble du pays (Ministère de la Santé publique, 2004).
Néanmoins, du fait de la poursuite des tendances épidémiques et de la mise en place des programmes d’accès aux antirétroviraux qui réduisent la mortalité chez les personnes infectées par le VIH, le nombre de personnes vivant avec le VIH/sida devrait continuer à augmenter pendant les prochaines années. Bien que des études récentes aient décrit l’impact démographique, économique, social et en termes de santé publique de l’épidémie, les stratégies mises en place par les familles affectées et les communautés sont encore relativement méconnues (voir Surasiengsunk et al., 1998 ; Knodel et al., 2001 ; VanLandingham et al., 2002 ; Knodel et Im-em, 2002 ; Kespichayawattana et VanLandingham, 2003).
L’infection à VIH est étroitement liée à la sexualité et à la santé reproductive. C’est une infection sexuellement transmissible, concernant ainsi les deux partenaires du couple ; c’est une infection transmissible aux enfants, mettant ainsi en cause la descendance. Bien que les comportements à risque individuels aient été largement étudiés en Thaïlande (Sittitrai et al., 1992 ; Nelson et al., 1993 ; Nagachinta et al., 1997 ; Beyrer et al., 1997), les circonstances ou l’ensemble de circonstances qui favorisent ou, au contraire, protègent de l’infection au cours de la vie d’un individu ne sont pas bien connues.
La quasi-totalité des femmes thaïlandaises bénéficient pendant leur grossesse d’un suivi prénatal au cours duquel un dépistage volontaire du VIH et un accompagnement leur sont proposés. Le taux d’acceptation du test est remarquablement élevé, plus de 95 % des femmes enceintes acceptant de se faire tester (Amornwichet et al., 2002 ; Koetsawang et al., 1999). Le dépistage de couple est encouragé. En cas de résultat positif du test, la mère reçoit gratuitement un traitement antirétroviral pour empêcher la transmission du virus à son enfant dans le cadre du programme national de prévention de la transmission mère-enfant du VIH (Kanshana et Simonds, 2002). Dans ce contexte, ces jeunes mères constituent un échantillon de la population relativement proche de la population générale en âge de procréer, et connaissent généralement leur statut VIH.
Pour étudier les circonstances qui augmentent le risque d’infection, il nous a semblé intéressant d’explorer la « vulnérabilité », définie ici moins en termes épidémiologiques ou de facteurs de risques qu’en termes socio-culturels, psychologiques et économiques. Pour identifier les situations de vulnérabilité, nous avons donc utilisé une approche biographique (Courgeau et Lelièvre, 1992 ; Manton et al., 1992 ; Courgeau et Lelièvre, 1996) dans laquelle les parcours de vie individuels sont considérés comme des continuums d’événements de nature diverse touchant la famille, le logement, l’emploi, la santé, etc., et affectant la variable dépendante, soit la vulnérabilité au VIH.
Dans cette note de recherche, nous évaluons la faisabilité de la mise en œuvre de cette méthodologie et du protocole utilisé pour répondre à ces objectifs au travers d’une enquête pilote effectuée en Thaïlande en 2001 [1]. Plusieurs innovations ont été testées : le recueil de biographies de santé combinées avec les biographies familiales, migratoires et professionnelles ; l’approche cas-témoin plus familière aux épidémiologistes qu’aux démographes ; enfin, l’interview systématique des deux conjoints dans le couple.
 
I. Une étude biographique cas-témoin
 
 
Dans cette étude, l’hypothèse de base est que certains événements ou certaines séquences d’événements de vie, survenant à certaines périodes, mettent les individus dans des situations à risque, et que les changements qui en résultent en termes de vulnérabilité ne peuvent pas être anticipés à partir des seules caractéristiques épidémiologiques mais qu’il est nécessaire de connaître le contexte social, démographique et économique ainsi que le contexte de santé, et plus particulièrement de santé reproductive. De plus, les éléments de la biographie de santé sont envisagés non seulement en termes de conséquence de l’infection à VIH, mais également comme des déterminants des biographies familiales, résidentielles ou professionnelles (GRAB, 1999).
La plupart des études sur la vulnérabilité des personnes infectées par le VIH étant effectuées auprès des populations « à risque », elles ne permettent pas d’appréhender la vulnérabilité à l’échelle de la population (Blanc et Nguyen Minh Thang, 2003 ; Nguyen Tran Lam, 2003 ; Colby, 2003). Néanmoins, compte tenu de la prévalence du VIH, nous avons considéré qu’un échantillonnage à partir de la population générale n’aurait pas été approprié, et nous avons donc décidé de comparer les parcours de vie de mères infectées par le VIH et de leurs conjoints avec ceux de mères non infectées et de leurs conjoints, un protocole d’enquête connu sous le nom d’enquête cas-témoin en épidémiologie.
Cette approche permet de comparer les trajectoires individuelles avant et après la survenue de l’infection à VIH ou son diagnostic et d’identifier l’impact spécifique de l’infection à VIH (ou de sa découverte) en termes de rupture familiale, de migration, d’emploi, d’intégration ou d’exclusion de réseaux, et de décisions reproductives.
Protocole d’enquête et échantillonnage
L’étude pilote s’est déroulée du 22 décembre 2001 au 4 avril 2002 dans deux sites : un hôpital mère-enfant dans la ville de Chiang Mai et une communauté rurale à 30 km de Chiang Mai. Dans chaque site, le groupe des Cas était constitué de mères VIH-positives ayant au moins un enfant de moins de 3 ans et celui des Témoins comprenait des mères VIH-négatives ayant au moins un enfant de moins de 3 ans [2]. Les conjoints actuels des femmes de ces deux groupes étaient également interviewés.
Dans l’hôpital mère-enfant, les femmes étaient recrutées au moment des visites médicales de routine de leurs enfants alors que dans le site rural, les Cas et les Témoins étaient approchés par le responsable d’une organisation non gouvernementale (ONG) dont l’action est dirigée vers des personnes vivant avec le VIH/sida.
Conduite des entretiens
Deux enquêteurs interrogeaient les hommes et deux enquêtrices interrogeaient les femmes. Les deux conjoints étaient interviewés l’un après l’autre, chacun dans une pièce séparée et isolée. Après avoir expliqué les objectifs de l’étude et présenté les sujets qui seraient abordés dans l’enquête (histoire familiale, résidentielle, éducative, professionnelle et de santé, y compris la santé reproductive et le VIH), les enquêteurs expliquaient que l’entretien était complètement anonyme et que les réponses, confidentielles, ne seraient révélées à personne, en particulier pas au conjoint. Les enquêteurs insistaient sur le fait que les enquêtés étaient libres de refuser de répondre aux questions s’ils le désiraient et qu’il n’y avait pas de « bonnes » ou « mauvaises » réponses. Ce n’est qu’après cette introduction que le consentement pour participer à l’enquête était demandé. Une petite somme d’argent était donnée aux participants en compensation du temps de travail perdu et du transport, mais celle-ci n’était jamais mentionnée pour encourager à la participation à l’enquête.
Préalablement à l’enquête, tous les enquêteurs avaient reçu une formation de trois jours sur la façon de mener les entretiens biographiques et sur les problèmes posés par le VIH ; ils furent également formés au conseil et au soutien psychologique aux personnes affectées par le VIH/sida.
Questionnaire
Il s’agit d’un questionnaire de type classique accompagné d’une grille biographique (figure 1) où sont reportés tous les événements datés et les périodes de vie (Lelièvre et Vivier, 1999).
Figure 1
Grille biographique du questionnaire (extrait)
IMGIMGGrille biographique du questionnaire (extrait)IMGIMF
Les personnes enquêtées commencent par décrire leur histoire familiale (à partir de la naissance). Les événements familiaux comme les décès de leurs parents ou de leurs frères et sœurs, les séparations de leurs parents, puis les événements concernant leur propre vie conjugale et la naissance de leurs enfants sont reportés sur la grille biographique (figure 1). Pour chaque conjoint ou relation maritale de la personne enquêtée, la solidité de la relation, son degré d’intégration familiale, mais aussi la violence domestique éventuelle, les raisons de la séparation, ainsi que les habitudes de fréquentation de prostituées sont rapportés dans le questionnaire principal.
Il est ensuite demandé au répondant d’évaluer son niveau d’épanouissement/bonheur aux différentes périodes de sa vie sur une échelle de 5 (A B C D F) similaire à l’échelle de notation utilisée dans le système scolaire.
L’entretien se poursuit par la reconstitution de l’histoire résidentielle depuis la naissance et l’énumération des personnes ayant résidé avec l’enquêté dans chaque lieu de vie. Les participants sont ensuite invités à décrire leur parcours scolaire et professionnel (y compris les emplois complémentaires) sur la grille-calendrier comme cela est fait dans les études biographiques (GRAB, 1999).
Le contexte économique étant un facteur déterminant dans la stratégie de survie des individus, la situation financière des répondants est décrite en détail (revenus, biens possédés, dettes) et il est demandé au répondant d’évaluer sa situation financière aux différentes périodes de sa vie en utilisant la même échelle que pour l’épanouissement/bonheur.
C’est à ce moment, c’est-à-dire avant qu’on aborde leur histoire de santé, qu’il est demandé aux répondants s’ils ont été confrontés dans leur vie à des « crises », qu’elles soient sentimentales, financières, professionnelles ou causées par une maladie sévère ou le décès d’un proche.
L’histoire de santé est ensuite décrite avec une attention particulière portée à la santé reproductive, y compris l’âge et les circonstances du premier rapport sexuel, ainsi que l’histoire contraceptive complète (pour les femmes seulement). Les événements de santé importants survenus au cours de la vie tels que les accidents, les maladies graves ou les interventions chirurgicales sont également systématiquement rapportés. L’état de santé est ensuite auto-évalué au cours des différentes périodes de la vie en utilisant la même échelle de notation de A à F.
Enfin, l’histoire de l’infection par le VIH est reconstituée. Pour le groupe des Cas comme pour celui des Témoins, l’enquête aborde les points suivants : la date et les résultats du premier test VIH et des tests suivants (rapportés dans la grille biographique), la perception du risque d’infection à VIH, la communication, le dialogue au sein du couple à propos du VIH, et enfin les attitudes vis-à-vis des personnes infectées par le VIH.
Pour les personnes infectées par le VIH, la date approximative de l’infection initiale est reportée sur la grille biographique, et des questions supplémentaires figurant dans le questionnaire principal portent sur les circonstances de l’infection, l’annonce du résultat du test (à qui, combien de temps après le résultat), le stade de la maladie, l’accès aux soins et aux traitements, les choix reproductifs, la prévention de la transmission mère-enfant et enfin le soutien apporté par la famille et la communauté.
Les événements ou les durées notés sur la grille biographique peuvent facilement être reliés entre eux et visualisés d’un seul coup d’œil (figure 1), ce qui aide grandement les enquêteurs comme les enquêtés pour le repérage et les relances concernant les différents domaines de la trajectoire reconstituée. La structure des questionnaires est la même pour les hommes et les femmes. Pour répondre aux objectifs, en plus des biographies familiales, résidentielles et professionnelles, trois évaluations de l’état d’épanouissement/bonheur, de la situation financière et de l’état de santé tout au long de la vie (et non pas seulement à des moments précis) sont demandées. Enfin, l’histoire de santé n’est documentée qu’en dernier lieu, au vu du reste de la trajectoire ainsi reconstituée.
L’unité de temps utilisée dans la grille biographique est d’une année. Pour les événements survenant au cours de la même année, la séquence est numérotée et les détails ou les remarques d’intérêt sont notés dans la colonne « Commentaires ».
Le projet a reçu l’accord du comité d’éthique de l’Institute for Population and Social Research de l’Université de Mahidol (Bangkok, Thaïlande).
 
II. Description de la population étudiée
 
 
Au total, 98 personnes ont été enquêtées (45 couples et 8 individus) dont 53 femmes et 45 hommes. 18 participants ont été interrogés dans le site rural et 80 dans l’hôpital mère-enfant. 29 participants étaient VIH-positifs (24 femmes et 5 hommes), 68 étaient VIH-négatifs (29 femmes et 39 hommes) et un homme ne connaissait pas son statut VIH. Notre échantillon inclut donc 24 Cas (femmes VIH-positives) et 29 Témoins (femmes VIH-négatives) ainsi que 18 conjoints de Cas (5 VIH-positifs, 12 VIH-négatifs et un de statut inconnu), et 27 conjoints de Témoins (tous des hommes VIH-négatifs). La description de la population étudiée est résumée dans la figure 2.
Figure 2
Effectifs et statut VIH de la population étudiée
IMGIMGEffectifs et statut VIH de la population étudiéeIMGIMF
L’ensemble de la population (98 individus) est composé de jeunes adultes (âge médian de 29 ans), vivant en couple, avec en moyenne 1,4 enfant. 59 % de la population a un niveau d’instruction supérieur à l’école primaire. La majorité des couples de notre échantillon vit dans des conditions financières précaires avec un revenu médian de 4 000 bahts par mois (environ 80 euros) ; 32 % des personnes interrogées considèrent leurs revenus comme insuffisants. Le montant médian de leurs dettes est de 50 000 bahts (environ 1 000 euros) et 61 % déclarent qu’il leur serait difficile ou très difficile de les rembourser.
L’âge médian lors de la première relation sexuelle était de 18 ans pour les deux groupes de conjoints comme pour les femmes, soit légèrement plus tôt que d’après une étude sur les comportements sexuels en Thaïlande où il était de 21 ans (Carael, 1995). La prévalence de la violence domestique dans cette population est de 29 % (pour l’ensemble des unions), en accord avec la prévalence observée dans une enquête récente en population générale (Archvanitkul et al., 2003). 74 % des femmes et 44 % de leurs conjoints ont fait un test de dépistage du VIH en raison d’une grossesse. Enfin, d’une façon générale, 28 % des participants ont déclaré qu’ils discutent du VIH/sida avec leur conjoint au moins une fois par mois, 50 % au moins une fois par an et 22 % qu’ils n’en parlent jamais.
Que peut-on apprendre de cette enquête pilote ? Cette étude cherche à atteindre quatre objectifs principaux : évaluer la faisabilité de la mise en œuvre de l’approche biographique dans le contexte du VIH, identifier les problèmes méthodologiques liés au schéma d’enquête cas-témoin dans ce contexte ainsi que les problèmes posés par l’interview de couples, et enfin examiner les questions éthiques soulevées par ce type d’approche.
 
III. L’approche biographique dans le contexte du VIH
 
 
D’une façon générale, l’approche biographique nous a semblé particulièrement appropriée pour obtenir des informations sur la vulnérabilité des individus et leur santé.
Acceptabilité
Toutes les mères VIH-positives contactées (Cas) ont accepté de participer à l’étude ainsi que leurs conjoints (si elles n’étaient pas veuves ou divorcées). En revanche, seulement environ 50 % des couples Témoins ont accepté de participer. En effet, alors que les femmes séropositives ont l’habitude des visites complémentaires dans le cadre de leur suivi, ce n’est pas le cas pour les Témoins qui ne s’attendaient pas à rester dans le lieu de consultation plus longtemps que prévu. Pour éviter d’avoir des taux de refus différents qui peuvent introduire un biais de sélection dans une étude cas-témoin, il faudrait donc prévoir d’organiser des rendez-vous spécialement pour les entretiens.
Les entretiens biographiques sont souvent très chargés émotionnellement et l’adjonction d’un volet sur la santé ne fait qu’aggraver cette situation. Certains participants étaient bouleversés quand ils se remémoraient des périodes de leur vie particulièrement stressantes comme des épisodes de graves difficultés financières ou de violence domestique, la découverte de leur infection à VIH ou quand ils évoquaient leur propre avenir ou celui de leurs enfants. Les enquêteurs qui avaient été formés au conseil ont généralement pu faire face à ces situations, mais le recours à une aide psychosociale spécialisée a parfois été nécessaire (et pas seulement pour le groupe des Cas). Les participants ont été capables de refuser de répondre à certaines questions qu’ils jugeaient trop délicates. Certains enquêtés ont exprimé leur appréhension par rapport au respect de la confidentialité et il a été nécessaire de les rassurer plus avant. Néanmoins, quand il leur a été demandé ce qu’ils avaient pensé de l’entretien, la plupart des participants ont répondu qu’ils l’avaient apprécié. Il faut donc insister sur la nécessité de la formation spécialisée des enquêteurs et sur la mise en place d’un système de référence socio-psychologique adéquat. Enfin, les entretiens nécessitant beaucoup de concentration et d’empathie de la part des enquêteurs, il n’est guère possible d’en envisager plus de deux ou trois par jour pour le même enquêteur.
Fiabilité
Comparé aux autres types de questionnaires, ce questionnaire biographique accompagné d’une grille biographique permet plus de flexibilité, favorisant une relation de qualité entre l’enquêteur et l’enquêté, plus proche d’une conversation à deux. La grille biographique permet en effet aux participants de se remémorer plus facilement les événements de leur vie et de les situer les uns par rapport aux autres. Il serait intéressant, à l’avenir, d’identifier l’événement clef autour duquel les participants organisent et situent les autres événements de leur parcours biographique. L’évaluation du degré d’épanouissement/bonheur au cours de la vie ainsi que la description et la datation des périodes de crise n’ont pas posé de problème particulier. Soulignons que la révélation de l’infection par le VIH/sida n’a été mentionnée qu’une seule fois comme une crise. La question sur les crises venant avant celles sur l’infection à VIH, il est possible que les participants n’aient pas osé mentionner le VIH, n’étant pas sûrs que les enquêteurs aient été au courant de leur infection. Ceci illustre bien l’importance de la séquence des questions dans ce type d’approche.
Santé, santé de la reproduction et histoire sexuelle
L’état de santé était approché sous différents angles. Tout d’abord, les enquêtés devaient évaluer leur état de santé au cours des différentes périodes de leur vie. Il a en effet été montré que la perception subjective de l’état de santé de l’individu est un bon indicateur de l’état de santé effectif, la santé perçue étant clairement associée avec le risque de mortalité, alors que la valeur prédictive d’autres indicateurs objectifs, comme l’indice de masse corporelle ou la capacité à effectuer des tâches de la vie quotidienne, est moins satisfaisante (Frankenberg et Jones, 2002). Dans notre étude pilote, nous avons également interrogé les participants sur les événements de santé significatifs survenus au cours de leur vie. Pour chaque événement, les participants devaient décrire en détail les circonstances de survenue, le diagnostic, le lieu de la prise en charge, la durée de l’épisode, les coûts induits, la couverture par une assurance et les séquelles ou incapacités éventuelles. Les antécédents d’accidents se sont révélés très liés aux profils de comportement à risque. Ces descriptions détaillées ont également permis de croiser les informations sur la violence domestique lorsqu’elle avait entraîné une hospitalisation. Enfin, cela permettait d’obtenir des informations sur les possibilités d’accès aux soins des individus, mais cette information n’était bien sûr disponible que pour les participants ayant vécu au moins un événement de santé sérieux. Les événements de santé moins significatifs étaient retracés sur une autre échelle de temps, c’est-à-dire au cours de l’année précédente et au cours du mois précédent. Nous avons remarqué que les patients parvenus à un stade avancé de l’infection à VIH sous-estimaient les symptômes comme la fatigue, la toux, la fièvre, qu’ils expérimentent très souvent, alors que les personnes en bonne santé y attachent plus d’importance. Ceci est également vrai pour les questions relatives à l’état dépressif. Ce phénomène a été observé dans d’autres études de l’évaluation subjective de l’état de santé (Hu et al., 2005). Ainsi, dans les études sur la « vulnérabilité », nous pensons qu’il est important d’obtenir conjointement une auto-évaluation de l’état de santé et la description des « crises de santé », alors que les événements de santé survenus au cours du mois ou de l’année précédente, dont la reconstitution exige souvent beaucoup de temps, ne s’avèrent pas essentiels.
Les enquêtés ont pu parler sans gêne de leur vie sexuelle et reproductive, en particulier des circonstances de leur premier rapport sexuel (partenaire, utilisation du préservatif, etc.). Le premier rapport sexuel étant un événement particulièrement marquant pour tout individu, il est généralement bien mémorisé. Nous pensons qu’il serait possible d’aller plus loin dans le questionnement pour explorer le contexte de la relation, le partenaire qui a été initiateur de la relation ou à quel moment dans la relation le rapport sexuel a eu lieu, etc.
L’histoire contraceptive n’a été documentée que pour les femmes, car les hommes ne s’en souvenaient que très rarement. Alors qu’il est important de connaître le mode de contraception actuel, il nous semble que l’histoire contraceptive complète, longue et difficile à reconstituer, a moins d’intérêt. En Thaïlande où la stérilisation féminine est très répandue (Lallemant et al., 2004), les circonstances dans lesquelles elle a été pratiquée pourraient être étudiées de façon plus approfondie. De même, les raisons qui ont poussé à un avortement sont intéressantes à explorer. Les participants n’ont montré aucune gêne pour répondre à la question sur la fréquentation de prostituées (la leur pour les hommes ou celle de leurs conjoints pour les femmes) et les réponses étaient tout à fait concordantes au sein des couples. Les participants ont également pu parler franchement de leurs expériences de violence domestique et là encore, les réponses étaient concordantes au sein des couples.
Histoire individuelle de l’infection par le VIH
Étant donné que l’accès aux structures médicales et le délai avant que la maladie ne soit diagnostiquée dépendent largement du milieu social d’origine des patients et de leur situation financière, l’interprétation des risques par rapport à la date du diagnostic peut aboutir à des conclusions erronées. Notre démarche biographique permet, pour la plupart des participants infectés par le VIH, de déterminer assez précisément la période de temps au cours de laquelle ils ont contracté l’infection par le VIH. Par exemple, la réponse « J’ai été infectée par mon premier mari qui est décédé du sida un an après » peut être facilement circonscrite à une période de temps avec une approximation raisonnable. L’âge médian à la contamination est par exemple de 23 ans pour les femmes de notre étude. En revanche, pour les hommes, il n’a pas été possible de dater l’infection car la majorité d’entre eux avaient été contaminés à l’occasion de rapports sexuels avec des prostituées, sans qu’ils puissent dire exactement quand. Néanmoins, la description des circonstances de vie peut également fournir des informations sur les périodes vulnérables de la vie, comme « J’ai travaillé pendant 2 ans dans un hôtel comme serveuse de bar » ou « Pendant mon service militaire, j’allais très souvent au bordel avec mes amis ».
Finalement, les participants, aussi bien les hommes que les femmes, ont pu dater leur premier test VIH car celui-ci était généralement associé à d’autres événements comme une grossesse, un nouvel emploi, une hospitalisation ou un emprunt bancaire. Ainsi, les périodes de vie antérieures et postérieures à l’infection par le VIH, de même que les périodes situées avant et après le diagnostic du VIH peuvent être comparées, afin d’évaluer plus précisément l’impact de ces événements.
Exploration des réseaux de solidarité
Un des objectifs de notre étude était d’explorer les changements dans les réseaux de solidarité induits par l’infection à VIH. Ceux-ci peuvent être abordés selon différents angles. D’abord, l’importance des liens avec les parents a été évaluée par la fréquence des visites quand les participants ne vivent pas avec leurs parents au moment de l’enquête. Ensuite, la composition familiale du ménage de l’enquêté tout au long de sa vie a été retracée. Dans le groupe des Cas, il était de plus demandé si les autres membres composant actuellement le ménage étaient informés de la séropositivité de l’enquêté et quelle était leur attitude ; la majorité des enquêtés ont répondu que les co-résidents connaissaient leur statut VIH et avaient une attitude positive. Nous demandions également qui serait la personne qui prendrait soin du participant en cas de maladie – une fois la réponse fut « personne » – ou encore si, actuellement, certains membres de la famille aidaient à la garde de l’enfant et qui en serait responsable en cas de décès du parent. Ces questions sont particulièrement bouleversantes car elles anticipent le décès du participant et la situation potentiellement douloureuse qui en résulterait pour l’enfant ; cela nous a amené à modifier le questionnement au cours du test afin d’aborder des thèmes plus « positifs » à la suite de ces questions particulièrement chargées émotionnellement.
Les réseaux de solidarité en dehors de la famille ont également été explorés à travers l’appartenance actuelle à des groupes de soutien ou à des groupes religieux. Enfin, la façon dont le diagnostic d’infection par le VIH avait été partagé permettait d’évaluer concrètement l’accès au soutien psychologique : combien de temps le participant avait-il gardé secret son diagnostic ? qui avait été la première personne à laquelle il l’avait annoncé ? Dans quelques cas, cette annonce avait eu de graves conséquences pour les participants qui avaient même été chassés de leur lieu d’habitation.
Ainsi, malgré ces observations faites à partir du test de l’enquête, notre étude a montré que les personnes infectées par le VIH ont plutôt tendance à s’ouvrir à de nouveaux contacts dans la communauté. Alors que les liens familiaux se distendent parfois au moment de l’annonce du diagnostic, les personnes infectées par le VIH cherchent à élargir leur réseau en dehors de la famille pour obtenir un soutien auprès d’autres membres de la communauté. Ceci est illustré par le fait que, pour certains enquêtés, la période de leur vie ayant le meilleur score d’épanouissement/bonheur se situe dans une période qui est postérieure à la connaissance de leur séropositivité pour le VIH : certains ont alors rejoint des groupes de patients séropositifs et s’y sont remariés avec un autre patient. Le rôle de ces groupes de soutien est clairement majeur et nécessite d’être exploré plus avant. Cela souligne également l’importance de l’accès aux antirétroviraux pour ces jeunes couples qui devraient leur permettre de profiter de ces années qu’ils décrivent comme particulièrement heureuses.
Comparaison avec les entretiens approfondis
Afin de mieux évaluer le questionnement, nous avons également effectué 8 entretiens approfondis auprès de couples ayant déjà répondu au questionnaire biographique. Les deux approches ont permis d’obtenir l’une comme l’autre des informations complètes et concordantes. Néanmoins, le questionnaire a l’avantage de permettre de couvrir plus systématiquement la trajectoire des participants, de contenir les interviews en un temps plus court, tout en étant plus direct et précis quant à la datation des événements et leur chronologie grâce à l’utilisation de la grille biographique. Enfin, l’approche avec questionnaire a l’avantage supplémentaire de permettre une analyse quantitative des données lorsque la taille de la population enquêtée est suffisante.
D’une façon générale, l’enquête pilote montre que le recueil de la biographie de santé combinée aux autres aspects de l’histoire individuelle des participants (histoire familiale, résidentielle, professionnelle, etc.) est non seulement réalisable, mais elle révèle également combien les diverses sphères sont reliées entre elles, chaque domaine pouvant à la fois être considéré comme contextuel ou déterminé par les autres.
 
IV. L’approche cas-témoin dans le contexte du VIH
 
 
L’approche cas-témoin est apparue très féconde. En effet, en l’absence de groupe témoin, des conclusions hâtives auraient pu être tirées en termes de vulnérabilité et dans l’interprétation des causalités. Pour déterminer l’impact de l’infection à VIH, les événements survenant après l’infection doivent être comparés aux événements survenant aux mêmes périodes de la vie chez des personnes témoins. Par exemple, la majorité des femmes découvrent leur séropositivité en cours de grossesse, à une période de leur vie où de nombreux événements familiaux peuvent survenir, comme un déménagement pour vivre avec le conjoint, une interruption de la vie professionnelle, etc. Ces événements, également observés chez les Témoins sont à mettre en relation avec la maternité et non avec l’infection par le VIH.
Dans les études cas-témoin, la fréquence de l’exposition à un facteur de risque est mesurée chez les Cas, qui sont porteurs d’une maladie particulière, et chez les Témoins, qui ne sont pas porteurs de la maladie. Les Témoins doivent être aussi représentatifs que possible de la population dans laquelle les Cas ont été sélectionnés. Cependant, la distribution des facteurs de confusion potentiels doit être la même dans les deux groupes. L’appariement des Cas et des Témoins, au moment de l’échantillonnage, sur ces facteurs de confusion potentiels tels que l’âge, le lieu de résidence, etc., garantit ainsi la comparabilité des deux groupes (Bouyer et al., 2001). Dans notre étude, les Témoins étaient sélectionnés dans le même contexte que les Cas, avaient le même âge et avaient vécu le même événement, soit une maternité récente pour les femmes.
Pour illustrer ce propos, nous présentons quelques résultats des comparaisons que nous avons effectuées entre les Cas et les Témoins (mères). Cependant, nos résultats doivent être interprétés avec prudence du fait de la petite taille de notre échantillon et des biais de sélection potentiels liés à notre méthode d’échantillonnage imparfaite (cf. note 2).
La comparaison des Cas avec les Témoins (mères) montre clairement que les femmes se trouvent exposées à des situations de vulnérabilité du fait de leurs conjoints (anciens ou actuels). Par exemple, bien que l’âge médian lors de la première relation sexuelle ne diffère pas entre les Cas et les Témoins, le premier partenaire a été significativement moins souvent leur époux ou leur futur époux pour les femmes du groupe des Cas que pour celles du groupe des Témoins (p=0,009), et le nombre de partenaires est significativement plus élevé pour les premières que pour les secondes (p=0,002) : seulement un tiers des Cas n’avait eu qu’un seul partenaire contre plus des trois quarts des Témoins (79 %) (p=0,002). Au contraire, la fréquence des événements familiaux au cours de l’enfance tels que le décès ou la séparation des parents ou encore le décès d’un enfant dans la fratrie ne diffère pas significativement entre les deux groupes. Le fait que le nombre d’épisodes de « crise de vie » soit significativement plus élevé chez les Cas que chez les Témoins n’est pas surprenant car ce terme recouvrait les problèmes de santé graves ou fatals survenus chez les membres de la famille. Ces derniers événements peuvent être une conséquence de l’infection par le VIH. De même, le fait que les décès de conjoints soient plus fréquents chez les Cas est très probablement lié au fait qu’il s’agit de décès par sida (p=0,006). Enfin, la violence domestique est plus fréquente chez les Cas (42 %) que chez les Témoins (24 %), mais la différence n’est pas statistiquement significative.
Dans l’enquête finale, nous devrions sélectionner les Cas et les Témoins dans le système de santé, parmi les jeunes mères ayant reçu un conseil et effectué un dépistage volontaire du VIH en cours de grossesse et qui savent si elles sont ou non infectées par le VIH. Ce groupe de femmes représente un échantillon non biaisé des femmes en âge de procréer. Bien que ce groupe de femmes ne soit pas représentatif de l’ensemble des femmes infectées par le VIH en Thaïlande, il correspond néanmoins à la majorité d’entre elles et est relativement facile à contacter. La sélection des Témoins (mères) dans la population générale, en faisant l’hypothèse qu’elles ne sont pas infectées par le VIH, serait également possible mais compliquerait la logistique de l’étude et compromettrait la comparabilité des deux groupes.
 
V. Problèmes liés aux interviews de couples et problèmes éthiques
 
 
Dans cette étude pilote, c’est en faisant l’hypothèse que nous allions appréhender les risques subis par les femmes au travers de l’histoire de leur conjoint que nous avons interrogé des couples. En effet, dans le contexte de la Thaïlande, les comportements des hommes jouent un rôle majeur pour expliquer la vulnérabilité des femmes. Nous avons observé par exemple que les conjoints des Cas avaient plus souvent fréquenté des prostituées que les conjoints des Témoins. Néanmoins, nos résultats sont difficiles à interpréter car la majorité des femmes avaient été infectées au cours d’une union précédente et non pas par le partenaire actuel, qui était celui que l’on interrogeait.
Un autre problème est posé par le fait que, dans notre protocole, les conjoints sont sélectionnés à partir de l’échantillonnage de leurs épouses. Alors que notre appariement assure une bonne comparabilité des femmes du groupe des Cas et de celui des Témoins, cela n’est pas vérifié entre leurs conjoints respectifs qui peuvent différer par certains facteurs de confusion importants. Par exemple, si les conjoints des Cas sont plus âgés que ceux des Témoins, les différences observées peuvent être attribuables à cette différence d’âge et non au statut VIH. De plus, les conjoints des Cas constituent un groupe très hétérogène vis-à-vis de leur statut VIH (VIH-positifs, VIH-négatifs et de statut inconnu), et la prise en compte du groupe dans son ensemble n’est pas appropriée. Enfin, comme il y avait plus de femmes veuves ou séparées (à cause du VIH) parmi les Cas que parmi les Témoins, le nombre de conjoints disponibles pour l’interview était plus faible chez les premières, introduisant aussi un déséquilibre dans l’échantillonnage.
Par ailleurs, nous avons été confrontés à un certain nombre de considérations éthiques. À une exception près, tous les participants connaissaient leur statut VIH et la majorité des femmes et des hommes connaissaient le statut sérologique de leurs partenaires. Pour des raisons éthiques, nous avions décidé de n’interroger que les conjoints qui connaissaient le statut de leur femme. Cependant, il est arrivé une fois que bien que la femme nous ait affirmé que son mari était au courant de sa séropositivité pour le VIH, en réalité il ne l’était pas. De plus, si le statut VIH des femmes pouvait être confirmé à partir des dossiers médicaux, nous ne pouvions nous baser que sur ce que les hommes nous disaient, et qui n’était pas forcément vrai. Par exemple, un conjoint d’une femme séropositive nous avait rapporté qu’il était VIH-négatif alors que sa trajectoire indiquait clairement qu’il devait être VIH-positif [3]. C’est la raison pour laquelle nous n’avons analysé les données concernant les conjoints qu’en tant que conjoints de femmes du groupe des Cas ou de celui des Témoins et non selon leur statut VIH.
Finalement, les deux conjoints étant interrogés le même jour, chacun à leur tour, ils rentraient généralement chez eux ensemble, chacun sachant qu’ils avaient raconté à l’enquêteur des événements sensibles de leur vie, concernant éventuellement leur couple. Des conséquences négatives de ces entretiens, telles qu’un épisode de violence domestique, ne peuvent être écartées.
L’ensemble de ces raisons nous incite à recommander de ne pas interroger des couples dans l’enquête finale. Étant donné que l’enquête n’a pas pour objet d’évaluer la concordance des réponses au sein des couples [4], il sera plus approprié de sélectionner deux échantillons d’hommes complètement indépendants de ceux des femmes. Les hommes constituant les groupes pourront quand même être sélectionnés parmi les conjoints des mères dans les consultations mère-enfant, à la condition d’avoir effectué un test de dépistage du VIH et d’en connaître le résultat, et ils seront également appariés sur l’âge.
 
Conclusions
 
 
D’une façon générale, nous pensons que l’approche cas-témoin est particulièrement adaptée pour étudier à la fois l’influence des histoires de vie sur le risque de contamination par le VIH et les conséquences d’un dépistage positif sur les trajectoires individuelles. Elle permet en effet d’explorer, au cours d’une seule enquête quantitative approfondie, les liens réciproques entre diverses composantes de l’histoire de vie telles que les ruptures familiales, la vie maritale, la violence domestique, l’éducation, l’emploi, la mobilité, la pauvreté, la santé et la santé reproductive, et leurs associations possibles avec l’infection à VIH. L’objectif d’étudier les réseaux de solidarité des participants a également été partiellement atteint. Nous suggérons cependant de restructurer le questionnement autour des crises de vie et de l’élargir au-delà du contexte familial.
L’acceptabilité de cette approche, la bonne coopération des participants et la grande qualité des données recueillies sont des éléments particulièrement encourageants. L’enquête finale pourra en outre bénéficier des améliorations proposées à partir de notre test. Nos critères de sélection basés sur le fait d’être une mère ou un père et notre schéma d’enquête cas-témoin permettent d’explorer les histoires de vie dans le contexte de l’épidémie de VIH sans être contraint de recourir à des « groupes à risque » spécifiques. Des études similaires dans d’autres pays pourraient être envisagées dans une perspective comparative.
Les questionnaires devront être adaptés pour tenir compte des problèmes identifiés dans l’étude pilote et recentrés sur un nombre limité d’objectifs précis. Maintenant que l’accès aux médicaments antirétroviraux se généralise, l’entretien pourrait se terminer par des questions sur la perception et le vécu de ces traitements, clôturant ainsi la discussion sur une perspective plus positive de l’avenir des participants.
Une étude utilisant une méthodologie similaire est envisagée sur un échantillon de 200 mères infectées par le VIH et 200 mères non infectées avec un échantillon indépendant de pères, infectés par le VIH et non infectés. L’analyse s’effectuera au niveau des individus et non des couples. Pour obtenir un échantillon représentatif de la population générale, quel que soit leur statut VIH, les participants seront recrutés dans les hôpitaux publics parmi les parents se présentant aux consultations de suivi pédiatrique de routine (vaccinations, suivi de la croissance des enfants).
 
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NOTES
 
[*]Institut national d’études démographiques.
[**]Institute for Population and Social Research, Université de Mahidol, Thaïlande.
[1]Cette étude pilote a été cofinancée par l’Agence nationale de recherches sur le sida (Projet ANRS 1259) et par l’Ined.
[2]Bien que nous ayons prévu d’apparier les mères sur leur âge (± 3 ans) et sur l’âge de leur dernier enfant (± 6 mois), dans cette étude pilote, ceci n’a pas pu être totalement respecté pour des raisons logistiques.
[3]Il avait été marié une première fois, 5 ans avant, avec une épouse qui était décédée du sida ainsi que leur enfant. Son épouse actuelle était infectée par le VIH et ne présentait pas d’autre facteur de risque d’infection.
[4]Nous avons évalué la concordance des réponses au sein des couples. Alors que pour certaines questions comme la fréquentation des prostituées ou la violence domestique, les réponses étaient assez concordantes, pour d’autres questions, comme la fréquence des discussions sur le VIH, les réponses étaient au contraire très discordantes.
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Grille biographique du questionnaire (extrait)
Effectifs et statut VIH de la population étudiée