Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 569 à 585
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Bibliographie critique

Volume 60 2005/4

2005 Populations Bibliographie critique

Différentes approches du phénomène des personnes sans domicile

Coordonnée par  J.-M. Firdion Unité « Mobilités, territoires, habitat et sociabilité », Ined
Responsable de la rubrique Kamel Kateb avec le concours de Dominique Diguet du service de la Documentation de l’Ined
La perception des « hommes sans aveu » [1], des vagabonds et des sans-domicile a varié au cours des siècles. Cependant, des invariants peuvent être repérés, comme le « pauvre méritant » ou le « povre honteulx » (vers qui se portent la pitié et la charité [2]) et le « faux nécessiteux » ou le « oyseux valide » (qui se trouve identifié comme un danger social dès le XVIIe siècle). Aujourd’hui, en ces temps de quête d’une société à risque zéro [3], où les préoccupations sécuritaires sont omniprésentes [4], il est intéressant de se pencher, en analysant quelques ouvrages parus récemment, sur la façon dont nos contemporains perçoivent les populations qui vivent en dehors des normes sociales du logement et les actions sociales mises en œuvre. On peut constater, à la lecture de ces ouvrages, combien les approches actuelles du phénomène des sans-domicile demeurent diverses. La figure traditionnelle du vagabond (à travers celle du clochard et son altérité radicale) est devenue minoritaire dans les travaux publiés (à l’image de sa place réelle dans cette population), tandis que progressent les analyses prenant en compte la société dans son ensemble, offrant à lire et à voir une réalité complexe.
Jean-Marie Firdion

Declerck Patrick, Les naufragés. Avec les clochards de Paris, Paris, Plon (coll. Terre Humaine), 2001, 457 p.

Ce livre a été écrit par un anthropologue et psychanalyste, Patrick Declerck, ayant travaillé durant plus de quinze ans auprès des personnes sans domicile et principalement dans un centre d’hébergement d’urgence parisien (le CHAPSA de la Maison de Nanterre). L’auteur dresse le portrait de ceux qu’il a côtoyés durant toutes ces années, en centrant ses observations sur les « clochards », c’est-à-dire ceux qui sont les plus désocialisés, les plus dégradés physiquement. Ce faisant, il ne lui apparaît pas qu’il opère de la sorte une sélection parmi la population des sans-domicile : « Je les appelle clochards parce qu’il faut bien leur donner un nom. Celui-là n’est en rien meilleur que les autres, sinon qu’il renvoie à des images partagées, en France, par tout le monde (…). Mais s’il en est besoin d’autres, SDF, sans abri, routards ou grands exclus feront tout aussi bien l’affaire. Il est à ce propos des questions d’écoles. D’aucuns voudraient instaurer de subtils distinguos, hiérarchiser, ranger, botaniser. Combattre enfin à l’aide de spécieuses catégories, la sourde et angoissante anomie de ce milieu » (p. 12). Point ici de préoccupation pour définir son objet d’étude, point d’inquiétude sur le possible biais de sélection, comme y veillait un des pionniers en ce domaine, Alexandre Vexliard [5] ; pourtant, l’auteur s’entretient avec les personnes dormant dehors dans les gares (ou autres lieux publics), ou se présentant au CHAPSA (un asile de nuit où sont conduits les sans-domicile ramassés dans la ville par la brigade de police d’aide aux sans-domicile, la Bapsa). Ses descriptions ne présentent pas (ou très peu) de travailleurs, de familles avec enfants, de jeunes mineurs ou à peine majeurs et d’étrangers en situation irrégulière. Son tableau est alors terrible : « La plupart du temps, je les hais. Ils puent. Ils puent la crasse, les pieds, le tabac, le mauvais alcool. Ils puent la haine, les rancœurs et l’envie. Ils se volent entre eux. Terrorisent les plus faibles et les infirmes » (p. 12).
Le fait qu’il ait porté son attention exclusivement sur les personnes clochardisées permet de comprendre la noirceur de certains constats : « dans toute ma pratique auprès des personnes gravement désocialisées (…), je ne connais aucun exemple de réinsertion » (p. 319). Omettant qu’il ne se penche que sur une faible partie des personnes sans domicile [6], il déduit de ses observations que la réinsertion est un fantasme et une idéologie. Le clochard devient une représentation fascinante de la transgression (« comme le criminel, le toxicomane et la prostituée »), il est « la figure emblématique de l’envers ricanant de la normalité et de l’ordre social » (p. 347). Si l’auteur a des appréciations parfois étonnantes sur certains aspects du traitement social du phénomène [7], il souligne aussi de vrais problèmes comme celui du fonctionnement des centres d’hébergement d’urgence : ils pourraient aider à sédentariser cette population mouvante mais on leur impose des règles visant à lutter contre le risque d’installation dans l’assistanat, qui renvoient rapidement toutes ces personnes à la rue et à l’instabilité (p. 345). L’intérêt principal du livre tient au portrait qu’il dessine d’un homme (l’auteur) confronté à la misère et désespéré de n’y trouver aucun sens, malgré toute sa compassion ; ce texte, délaissant toute analyse en termes structurels et mêlant affects et témoignages, renoue avec les écrits de certains philanthropes du XIXe siècle. On remarquera ses dessins de clochards – « dessins de l’auteur », présentés nus, rappelant étrangement ceux des psychiatres des années 1880 qui s’interrogeaient sur la dégénérescence mentale des vagabonds, et l’on s’étonnera de leur présence dans un ouvrage qui n’est pas médical.
Jean-Marie Firdion

Damon Julien, La question SDF. Critique d’une action publique, Paris, Presses Universitaires de France (coll. Le lien social), 2002, 277 p.

Ce livre a été rédigé par un sociologue, Julien Damon, qui a côtoyé les personnes sans domicile depuis une dizaine d’années et participé à l’organisation et la gestion de services d’aide qui leur sont destinés dans les gares. Cet ouvrage s’intéresse surtout aux différents systèmes de prise en charge de ces populations, en retraçant leur genèse et en les situant dans l’histoire de l’action sociale, en déconstruisant les catégories, en détaillant les caractéristiques des différentes populations visées, et en précisant les contraintes qui pèsent sur les agents sociaux (ceux qui ont perdu leur domicile ou qui n’en ont jamais eu, et ceux qui ont la charge de les réinsérer) et donc les nécessaires ajustements qui se mettent en place. Fin connaisseur des différents intervenants du champ social auprès des SDF, l’auteur éclaire les évolutions et les articulations des nombreux dispositifs ainsi que du cadre juridique en lien avec ce phénomène.
L’auteur situe tout d’abord sa réflexion dans une perspective historique, pour étudier l’évolution de la prise en compte des personnes sans domicile (ou des vagabonds) dans la société française. Remontant jusqu’au XIXe siècle, il distingue un lent déclin de la coercition à l’égard de ces populations et la montée de la thématique de l’exclusion durant la seconde moitié du siècle suivant. Avec rigueur, et une liste imposante de références, Julien Damon interroge la pertinence de cette notion (« la société n’est pas une échelle brisée », p. 54) et, s’appuyant sur l’analyse de la pauvreté par Georg Simmel [8], il souligne fort justement que « les SDF ne sont pas naturellement des “exclus”, mais ils sont parmi les individus dont les situations font qu’ils peuvent être reconnus comme tels » (p. 56). Pour répondre à la question de départ (« en quoi les SDF sont-ils des exclus ? »), l’auteur répond finalement que, si cette population peut se trouver qualifiée ainsi, c’est dans la mesure où elle est devenue « une cible emblématique des politiques de lutte contre l’exclusion » (p. 57). D’autres chapitres du livre traitent, de manière éclairée, de la visibilité du phénomène des sans-domicile et des réactions ambiguës qu’il suscite, de la spécification progressive de la question SDF au sein des politiques sociales et du mouvement social ainsi que des caractérisations possibles des personnes sans domicile visées par l’action sociale. Les deux derniers chapitres abordent le complexe bureaucratico-assistanciel et les nécessaires « bricolages » de ces politiques assistancielles et/ou coercitives, avec les effets du ciblage et de l’« adhocratie » (p. 262), qui repère et tente de traiter des phénomènes particuliers par des dispositifs ad hoc.
Julien Damon ne se penche pas sur les sans-domicile parce que ceux-ci constitueraient une humanité souffrante spécifique, mais parce que « la présence de SDF dans la rue, tout comme les discussions relatives à l’efficacité et à la légitimité de telle ou telle mesure de prise en charge, soulève une série de questions dont une partie repose sur les ressorts les plus profonds de la société » (p. 1). Il s’agit d’interroger, à travers ces dispositifs en direction des populations en pauvreté extrême, « les métamorphoses de la question sociale et de la régulation politique » (p. 7). S’inscrivant dans la sociologie de l’action (cf. Boudon et Bourricaud), les analyses développées ici « n’isolent pas les problèmes les uns des autres ni ne les séparent de la compréhension de la société dans son ensemble » (p. 6). Nous sommes donc dans une approche où les effets structurels sont de première importance ; l’objectif n’est pas de produire « une énième sociographie sur la population SDF, ni de réaliser une ixième monographie d’une politique publique » (p. 6), il s’agit d’éclairer l’action politique (mise en œuvre par le « complexe bureaucratico-assistanciel ») par un éclairage sociologique permettant de dévoiler des dispositifs fâcheux dans leurs effets, comme les « effets Matthieu » [9], les mesures spécifiques qui isolent davantage, les statuts dérogatoires qui excluent (p. 253). L’auteur insiste, à juste titre, sur le fait trop souvent oublié par une logique d’urgence « que la question SDF n’est pas une problématique isolée que des dispositifs spécifiques sauraient traiter seuls » (p. 269).
Jean-Marie Firdion

Zeneidi-Henry Djemila, Les SDF et la ville. Géographie du savoir-survivre, Paris, Éditions Bréal (coll. « d’autre part »), 2002, 288 p.

Cet ouvrage, rédigé par une jeune géographe, Djemila Zeneidi-Henry, traite des personnes sans domicile à partir de l’espace qu’elles fréquentent dans la ville de Bordeaux. Ces personnes sont présentées d’emblée comme proches de nous : « on les croise au détour d’une rue », « ils ont des visages, ils ont des voix », ils sont citadins eux aussi, sans pour autant masquer leur altérité car ils ne sont « pas tout à fait comme nous » (p. 8). L’auteure cherche à les comprendre à travers l’usage qu’ils font de ce milieu urbain.
Le grand intérêt de cet ouvrage tient notamment à la capacité de l’auteure à analyser les phénomènes en les abordant avec des points de vue divers. Ainsi, en effectuant une analyse des espaces géographiques, elle fait référence aux approches qui tentent de percevoir, à travers le bâti et la structure de l’espace urbain, une part du projet social inscrit dans la ville et les processus sociaux en œuvre (École de Chicago, p. 74). Elle dépeint aussi la perception des SDF par les citadins (« pourquoi ne vont-ils pas à la campagne ? », p. 73), et la perception des villes par les personnes sans domicile, car elles ont « aussi des opinions sur les villes » (p. 76), opinions plurielles parmi ces « exclus », car au-delà des capacités d’hospitalité et des mesures répressives mises en place par les municipalités, ces jugements sont également liés à leur histoire et à leur parcours. La deuxième partie du livre décrit, avec une grande richesse de détails et de notations, les dispositifs mis en œuvre pour ces populations sans domicile, dessinant ainsi la « géographie de l’assistance » de cette grande ville.
Dans la troisième partie, Djemila Zeneidi-Henry s’étonne de découvrir, en suivant leurs traces, « une ville autre (…) avec ses misères et ses gouffres de détresse » et, encore plus, de réaliser que « les SDF mettent en valeur une ville (…) insoupçonnée ». Nous découvrons les errances, les routines, les stratégies et les astuces, les pratiques, et surtout les territoires fréquentés, qui diffèrent selon les populations sans domicile, les ressources auxquelles elles ont recours. Ce qui frappe, c’est la résistance de ces personnes à la misère, leur inventivité. Se trouve identifié précisément ce jeu de contraintes dans lequel ces personnes doivent inscrire leur survie, contraintes créées par les riverains (« bientôt ils vont nous demander de payer pour squatter le trottoir », p. 154), par le souci d’accéder à certaines ressources, par les populations qui traversent ces territoires, par les éléments de confort (comme être à l’ombre ou à l’écart de la chaleur). Les plans, que l’auteure dessine, de « l’espace domestique dans un interstice urbain » (p. 210) et de leurs implantations visibles, comme le « bastion » des SDF de la place Sainte-Catherine (p. 251), sont remarquables et nous conduisent à porter un autre regard sur ces personnes. Elle rejoint alors, par son travail, les observations ethnographiques des sociologues américains (par exemple, Kim Hopper [10]).
Découvrant les logiques et le sens que l’on peut attribuer aux actions individuelles et collectives, Djemila Zeneidi-Henry rend à ces personnes en souffrance une part de leur dignité en les traitant comme des êtres rationnels dotés de capacités, à l’instar de celles que mettent en œuvre (avec les aléas inévitables à ce genre d’entreprise) les membres de la coordination des SDF (responsable de la gestion d’un squat communautaire, cf. chapitre 7). Refusant d’enterrer « ces hommes et ces femmes vivant avec leurs espérances », elle préfère croire, avec certains d’entre eux, que « tout est [encore] possible » (p. 268).
Jean-Marie Firdion

Marpsat Maryse, Vanderburg Albert, Le monde d’Albert la Panthère. Cybernaute et sans domicile à Honolulu, Paris, Éditions Bréal, (coll. « d’autre part »), 2004, 354 p.

Cet ouvrage est le résultat de la collaboration, peu commune, d’une chercheure française en socio-démographie travaillant depuis une douzaine d’années sur la question des sans-domicile, Maryse Marpsat, avec un homeless américain, Albert Vanderburg. Ce livre « improbable » allie la perception de la situation sans domicile « de l’intérieur » (le regard d’Albert) à la contextualisation et à l’analyse distanciée (mais bienveillante) de la chercheure (le regard de Maryse). Nous suivons le passage à la rue d’Albert, les obstacles qu’il affronte, les difficultés de sa survie matérielle mais aussi morale (comment supporter le regard des autres, et son propre regard, quand on est devenu homeless ?). Ce travail descriptif très instructif (il rappelle les travaux de Snow & Anderson, et aussi de Nels Anderson [11]) est toujours complété par des éclaircissements nous permettant de percevoir la diversité des trajectoires et la rationalité sous-jacente à bien des comportements qui nous surprennent (combattant ainsi des stéréotypes vivaces).
Maryse Marpsat fait aussi ressortir, au-delà des « bricolages » et circonstances particulières, les invariants des situations sans domicile que l’on retrouve d’un continent à l’autre (elle coordonne un réseau de chercheurs sur les sans-domicile en Europe). En mettant en avant « les atouts et les handicaps » (p. 19) des personnes confrontées à l’errance, les auteurs situent les sans-domicile dans leur histoire, refusant de les engluer dans leur situation présente. Ils ouvrent ainsi la réflexion sur les effets de contexte socio-économique et sur les phénomènes d’héritage social. Si la situation de sans-abri est une situation extrême, Maryse Marpsat estime qu’« elle permet de réfléchir à ce que signifie le logement pour chacun d’entre nous » (p. 336).
Au fil des chapitres, l’ouvrage aborde successivement, de manière descriptive et analytique, l’installation dans la situation de sans-domicile, les atouts que peut mobiliser la personne qui se trouve dans cette situation pour « tenir » ; ensuite, l’auteure décrit le caractère fragile de toute installation « dans la rue », puis nous découvrons les compagnons d’Albert, c’est-à-dire les relations d’Albert avec le monde social qui l’entoure, dans ses aspects positifs (les aides…) et conviviaux (l’amitié, les rencontres…), comme dans ses aspects négatifs (vols, répression…) et des dimensions plus complexes à travers la drogue et les échanges sexuels ; les chapitres suivants offrent une analyse en profondeur à la fois du matériau sur lequel porte la réflexion (Un journal sur Internet, La présentation de soi sur Internet) et du phénomène que l’on cherche à mieux comprendre à travers l’itinéraire singulier d’Albert (Une trajectoire particulière, Une rencontre entre plusieurs histoires collectives). La conclusion élargit la réflexion par une comparaison entre Paris et Honolulu et par une interrogation sur le phénomène de désinsertion sociale et de perte de statut social. On le voit, ce livre épais, riche en développements complémentaires, en regards croisés ainsi qu’en références théoriques et empiriques renouvelle le genre de l’essai sur les personnes sans domicile.
Des photos (sur le présent ou le passé d’Albert, les lieux évoqués dans le texte), des documents (comme les reproductions d’œuvres d’Albert), des plans (notamment sur les lieux fréquentés par Albert), des copies d’écran d’ordinateur (The Panther’s Tales !) et, enfin, des tableaux statistiques (comme celui qui présente quelques indicateurs sur les revenus, le taux de pauvreté et les loyers aux États-Unis, p. 177) sont autant d’illustrations et de supports pour mieux nous plonger dans ce monde d’Albert, que l’on peut visualiser et qui devient soudain très proche de nous. Loin des analyses arides, nous restons toujours proches de l’humain, tout en disposant de clefs qui, en nous permettant un certain recul, nous font passer du cas particulier au problème social plus global.
Pour l’auteure, il s’agit de profiter du décentrage auquel nous invite le homeless Albert pour mieux percevoir et comprendre notre monde et nos propres comportements. Elle nous interroge aussi sur le droit à la différence : le désir de certains (comme Albert) de « rompre avec un jeu social qu’ils refusaient, avec un rôle qu’ils ne souhaitaient pas tenir », à un moment de leur histoire, devrait-il les condamner à l’errance, à une mise en péril (physique et psychique) permanente (p. 337) ? Ce livre reste très clair et captivant en dépit de la densité et de la richesse des descriptions et des analyses. Albert et Maryse, deux voix singulières et passionnantes qui nous permettent de voir autrement le monde des sans-domicile et les situations de marginalité sociale, et qui interrogent fortement nos sociétés occidentales.
Jean-Marie Firdion

Levinson David (ed.), Encyclopedia of Homelessness, Thousand Oaks, Sage Publications Inc., 2004, 886 p.

L’objectif de cette encyclopédie en deux volumes est de fournir un panorama bref mais complet des connaissances acquises à l’échelle internationale sur la condition des personnes sans domicile. Les auteurs et leur éditeur ont fait un gros effort pour réaliser cet ambitieux projet. Les contributions sont concises, bien écrites, et elles couvrent une large gamme de sujets incluant : les interventions spécifiques, les organisations et programmes d’aide aux personnes sans domicile ; l’alimentation, l’usage de produits toxiques, les problèmes de santé tels que la contamination par le VIH et le sida ; les questions juridiques posées par les politiques sociales et la législation, notamment celles de l’État fédéral américain ; l’éducation des enfants, l’aide sociale, la prostitution et autres questions de mode de vie ; les différents modes d’approche du phénomène, de l’épidémiologie à l’ethnologie, ainsi que la description de la situation des personnes sans domicile dans différentes parties du monde.
Le livre est destiné à un public large, comprenant les professionnels des sciences sociales et de la santé, aussi bien que des juristes, des analystes des politiques publiques et des concepteurs de programmes d’action sociale. Les épidémiologistes y trouveront des informations concernant la prévalence d’utilisation des substances toxiques et celle des maladies mentales, qui touchent les personnes sans domicile. Les spécialistes de l’enfance y découvriront l’impact de la vie sans domicile sur le développement affectif et intellectuel des enfants. La présentation de discussions sur les représentations des personnes sans domicile dans le cinéma et la littérature pourront intéresser les étudiants en journalisme ou en lettres. Les questions relatives à l’offre de logements à des prix abordables, à la prévention de la précarité sociale et au recours aux services sociaux intéresseront enfin les responsables politiques et les planificateurs.
En raison de l’ampleur du champ couvert par cet ouvrage et de la nécessaire concision des articles, les sujets ne sont pas traités en profondeur car ils sont destinés à donner un bref aperçu sur le thème abordé. Pour les personnes qui désirent approfondir leurs connaissances sur un aspect particulier, des références bibliographiques et des lectures complémentaires sont proposées à la fin de chaque article de l’encyclopédie. Par conséquent, ce livre peut susciter l’intérêt d’enseignants des lycées et grandes écoles aussi bien que celui des universitaires et chercheurs qui se spécialisent dans l’étude des SDF.
Les articles sont organisés par ordre alphabétique plutôt qu’à partir des concepts, et sont plus courts que beaucoup de chapitres de livres – ils comptent en général une à six pages. Bien que ce soit une manière intéressante et nouvelle d’organiser l’information, cela comporte des inconvénients. Les sujets en relation les uns avec les autres sont disséminés dans tout le livre au lieu d’être groupés dans un chapitre. Ce problème est un peu allégé par l’inclusion d’un guide de lecture au début du premier volume. Les listes des sujets en relation sont rassemblés sous de grands titres comme : les causes, les villes, l’histoire, les problèmes de santé, etc.
La grande force de ce livre est de fournir un panorama international sur la situation des populations sans domicile, dans 28 pays à travers le monde, avec l’analyse, pour chacun d’entre eux, des causes et des caractéristiques du phénomène. Des résumés des recherches internationales portant aussi bien sur l’attitude des opinions publiques que sur les taux de prévalence du « sans-abrisme » à travers différents pays sont également fournis.
Le livre comporte quatre annexes. La première fournit une bibliographie de biographies et d’histoires romanesques de personnes sans domicile. La seconde liste des récits américains et des films mettant en scène des sans-domicile. L’annexe trois contient un répertoire des « journaux de rue » (i.e. de journaux distribués par des personnes sans domicile ou l’ayant été) dans 20 pays à travers le monde. La quatrième annexe comprend des documents historiques sur les personnes sans domicile incluant des passages de la Bible évoquant la vie de personnes sans domicile et des Contes de Canterbury de Chaucer (the begging Friar and the pardoner). On y trouve aussi les législations relatives à la pauvreté et au « vagabondage » qui ont été adoptées au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Europe de 1601 à 2003.
Dans l’ensemble, ce livre est intéressant et agréable à utiliser bien que la recherche de plusieurs thèmes ayant des liens entre eux soit rendue difficile par le mode d’organisation de l’encyclopédie. Il a un grand intérêt du fait de la diversité des sujets traités et du caractère international de son contenu. Cette encyclopédie sur les sans-domicile sera une source d’information très utile à tous ceux qui portent un intérêt à l’étude de ce phénomène.
Karen Hobden

Rullac Stéphane, Et si les SDF n’étaient pas des exclus ? Essai ethnologique pour une définition positive, Paris, L’Harmattan, 2004, 146 p.

L’auteur, riche de son expérience de travailleur social, se donne l’objectif de comparer la « différence de mode de vie » (p. 11) des sans-domicile fixe (SDF) avec celle des ADF (avec domicile fixe). Il veut dépasser la médiatisation saisonnière de la situation dramatique des SDF et le problème qu’ils posent à la société française et à ses élites politiques de droite ou de gauche. Cette forme d’exclusion d’une frange de la société qui cristallise périodiquement l’attention des politiques et des journalistes ne l’intéresse pas en tant que telle. Connaître les SDF dans leur vie quotidienne, ainsi que les « ressources qu’ils mobilisent pour s’adapter à leur environnement urbain » (p. 11) est la préoccupation première de l’auteur de cet essai. Il définit son ouvrage comme une réaction qu’il veut non caricaturale à l’ouvrage de P. Declerck [12] (p. 136). Pour mener à bien son étude, l’auteur s’intéresse aux SDF qui acceptent l’assistance du Samu social de Paris et à ceux qui vivent dans le XIVe arrondissement.
L’auteur adopte une vision positive des SDF qu’il présente comme des acteurs sociaux à part entière, mettant en œuvre des stratégies rationnelles dans un contexte social et urbain fortement défavorable à leur évolution. Cependant, au-delà des SDF, son essai a pour objet l’institution qui se consacre à leur prise en charge ainsi que les chercheurs qui les étudient. Le Samu social est pour l’auteur un terrain ethnologique (p. 43) car sa démarche se veut une observation participante du groupe auquel il appartenait (le Samu social de Paris). Le Samu social est ainsi assimilé à un groupe de missionnaires prenant contact avec une tribu (p. 56), car l’abandon du délit de vagabondage transforme les SDF en usagers d’une offre d’assistance sociale qu’ils sont libres de refuser.
Par ailleurs, comment mener à bien l’étude d’une population d’une grande hétérogénéité sans céder à la tentation globalisante et simplificatrice inhérente à toute catégorisation ? L’auteur s’interroge sur la signification des concepts qui décrivent cette population des sans-abri : ne sont-ils pas davantage l’expression des rapports sociaux de domination que la description et l’analyse de leur vie quotidienne ? Certains sont ainsi conduits à un bogue culturel (p. 17) : adopter a priori une représentation relativement rassurante (clochard, vagabond…) ou assimiler les SDF à des malades mentaux, par exemple ; c’est d’ailleurs pour tenter de se prémunir contre de telles dérives que l’auteur adopte une démarche de type ethnologique.
Compassion envers la souffrance humaine, rejet d’individus considérés hors de la norme sociale, voilà les sentiments que susciterait cette catégorie de la population urbaine constituée par les SDF. Leur existence met à mal nos certitudes, notre croyance dans le progrès social et notre capacité à maîtriser les fléaux sociaux. Vide culturel ou culture spécifique aux SDF, dégringolade sociale, psychique et physique ou adaptation et acculturation, le positionnement vers l’un ou l’autre pôle de réflexion dépend en définitive du type d’approche adoptée : idéologique, avec des a priori, ou pragmatique, qui passe outre les représentations (p. 42). Ces questions conduisent l’auteur à s’interroger sur l’attitude de l’ethnologue face à des objets d’analyse qui sont eux-mêmes des acteurs sociaux (p. 20 et 21). Comment l’ethnologue peut-il se présenter aux enquêtés ? En tant que chercheur, son objet d’étude est contesté par les intéressés ; en dissimulant partiellement ou totalement ses objectifs, un champ d’observation plus large et plus riche s’offre naturellement à lui, mais cette attitude est discutable du point de vue de l’éthique de la profession. « Comment est-il possible de révéler ma duplicité à un SDF (…) ma culpabilité était complète » (p. 67).
L’établissement de relations complexes avec l’individu ou le groupe « objet d’étude », en dehors de toute médiation individuelle, devient un élément de la patiente élaboration de la problématique de recherche, aboutissant presque à une forme de coproduction du savoir par l’objectivation du lien créé entre l’observateur et l’individu, ici le SDF. Le « contrat ethnographique » comme le nomme l’auteur peut sembler être une tentative de lever le sentiment de culpabilité du chercheur et de se dédouaner des subterfuges utilisés pour se fondre dans l’environnement des SDF. La démarche critique et autocritique de l’auteur, en utilisant la « méthode de l’observation participante » met l’accent sur le malaise du chercheur : « profiter de la misère pour un intérêt personnel » (p. 81) ; elle montre aussi la difficulté d’entériner une telle démarche du point de vue éthique. Il n’en demeure pas moins que cet ouvrage avance l’existence d’une culture urbaine spécifique et de formes d’appropriation de l’espace qui révèlent l’acquisition par les personnes concernées d’un savoir et de pratiques sociales non évidentes pour les ADF.
Kamel Kateb

Giraud Michel, 2004, Le jeune SDF. Socioanalyse de la précarité, Paris, L’Harmattan (coll. Logiques sociales), 350 p.

L’objectif de l’auteur est d’étudier la situation des jeunes sans domicile. Pour cela, il s’est intéressé à des SDF âgés de 18 à 25 ans ayant fréquenté deux lieux d’hébergement temporaire gratuit dans la région lyonnaise ; il s’agit de jeunes adultes célibataires n’ayant pas les ressources financières nécessaires pour payer un loyer et, pour certains, ayant connu l’expérience durable de la rue (p. 258). Les entretiens effectués tentent de retracer l’histoire résidentielle, les trajectoires familiales et scolaires des 48 jeunes « ciblés » par l’étude. D’autres interviews ont concerné les personnels et responsables des foyers Sonacotra où étaient implantés les lieux d’hébergement. Une analyse des correspondances multiples conduit l’auteur à identifier quatre groupes. Les variables actives correspondent aux caractéristiques suivantes : qualité des liens familiaux, violences intra-familiales, placements, expérience carcérale, etc. Le fait de prendre pour variables actives des variables descriptives (sexe, âge, père né à l’étranger, etc.) tout comme des variables propres au sujet de l’enquête (les conditions de vie, par exemple l’expérience d’avoir dormi dans la rue, les ressources illicites) pose question car cela peut aboutir à une mauvaise projection sur les plans factoriels ; il aurait été préférable que les premières soient utilisées comme variables illustratives et les secondes comme variables actives. Selon cette typologie (p. 233), un premier groupe se caractérise par la robustesse et la permanence des liens familiaux des individus malgré l’expérience de l’errance ; un second est constitué d’individus « fils de travailleurs migrants » (p. 76) voulant échapper au « nous discriminé » (p. 239) par la distanciation des liens à la communauté d’origine (maghrébine principalement). La trajectoire de beaucoup d’entre eux est en partie déterminée par l’échec scolaire (p. 237) mais ces personnes sont loin d’être dépourvues d’un capital de connaissances acquis souvent en dehors des filières traditionnelles de transmission du savoir. Le troisième groupe, constitué de personnes qui ont été placées durant l’enfance ou l’adolescence par les services sociaux ou la justice, se distingue par la recherche « effrénée » de lien social (p. 240). Le dernier groupe se caractérise par une expérience de vie familiale souvent empreinte de violences, de domination, de haine et de mépris, les problèmes ayant été parfois compliqués par les incohérences des services d’aide sociale (p. 132). L’itinéraire chaotique de ces jeunes est semé de tentatives de suicide ; cependant, l’auteur estime que, tout au long de ce chemin vers leur vie d’adulte, ils forgent leur personnalité, « s’endurcissent, se libèrent des liens qui les entravent ».
Les quelques statistiques descriptives fournies par l’auteur indiquent que cet échantillon rassemble des jeunes présentant davantage de difficultés que les jeunes sans domicile des villes de plus de 20 000 habitants en France métropolitaine enquêtés par l’Insee en 2001 [13], et que les jeunes sans domicile enquêtés par l’Ined à Paris en 1998 [14] : ainsi, ils ont plus souvent fait l’expérience de dormir dans la rue, ont fait davantage de tentatives de suicide, ont moins de diplômes et ont plus fréquemment eu affaire à la justice. Ces éléments indiquent que dans ce petit échantillon (130 jeunes), qui n’est pas représentatif puisque les jeunes sont recrutés uniquement dans un type d’hébergement temporaire d’urgence (ce type d’hébergement concerne, en région parisienne, 28 % des jeunes de 18 à 24 ans utilisant les services d’aide aux sans-domicile), les jeunes ayant vécu une accumulation de difficultés présentes et passées sont surreprésentés. L’analyse aurait dû en tenir compte.
La socio-analyse de la précarité n’est effective qu’à partir du chapitre 3. Le centre d’hébergement reçoit des personnes de plus en plus jeunes, prématurément usées par leur itinéraire (p. 259), qui lui sont adressées par des réseaux d’éducateurs de quartier. Ces éducateurs jouent le rôle de référent extérieur pour l’hébergé, qui est en même temps suivi par les éducateurs spécialisés faisant partie du personnel du centre d’hébergement. L’auteur décrit le mode d’organisation et les rapports entre adultes et jeunes dans ces structures ; il estime que la doctrine à l’origine de l’institution s’appuie sur une absence de règlement, que les résidents seraient producteurs de leurs propres normes de comportement (p. 272) avec comme seule contrainte l’interdiction aux personnes extérieures de franchir la porte. Cette doctrine s’appuie sur la volonté de changement de vie des résidents, sur leur soif d’autonomie et de stabilité. Elle entend les mettre à l’abri des amis de galère, de l’influence du quartier et de ses mauvaises fréquentations, de l’action déstructurante de la famille dans un univers clos qui s’apparente à une prison dont ils détiendraient la clé (p. 281). Selon l’auteur, cette démarche induit chez les éducateurs un comportement qu’il qualifie de posture anti-institutionnelle (relation dans laquelle l’informel et l’oralité sont privilégiés, rejet des signes de subordination, etc.) mettant au premier plan l’affect. Toutefois, il aurait été intéressant de connaître l’opinion des jeunes sur ces relations et sur ce type de prise en charge.
Ce livre, qui fournit une observation détaillée de jeunes en hébergement d’urgence, ne peut prétendre analyser « le développement initial du mal-être des jeunes » sans domicile mais apporte des éclairages sur leurs itinéraires et leur perception de moments de leur histoire. Des limitations méthodologiques et la non prise en compte de nombreux travaux scientifiques sur ce champ (on ne s’explique pas l’absence de référence aux travaux de Pascale Pichon et notamment à son analyse très pertinente du rapport sous tension entre la lutte des personnes prises en charge à l’intérieur et la lutte à l’extérieur des institutions d’assistance [15], pas plus que l’absence de l’abondante littérature étrangère sur ces questions) amoindrissent la portée de ce livre qui, contrairement à ce que laisse entendre son titre, ne porte que sur une partie des jeunes sans domicile de l’agglomération lyonnaise.
Kamel Kateb

Chauvin Pierre, Parizot Isabelle (dir.), Santé et recours aux soins des populations vulnérables, Paris, Editions Inserm (coll. Questions en santé publique), 2005, 325 p.

Cet ouvrage collectif repose sur une sélection d’une trentaine de contributions d’auteurs [16] réunis depuis 2002 au sein du réseau multidisciplinaire de recherche en santé publique « SIRS IdF » (Santé, Inégalités et Ruptures Sociales en Île-de-France) – réseau dont le but est la création de dynamiques d’échanges entre les différents acteurs concernés par les problématiques de santé et de recours aux soins des populations en situation de vulnérabilité sociale. Organisé autour de sept chapitres traitant de thèmes précis comme la relation entre santé et migration, le recours aux soins des malades atteints du VIH ou encore la question du suicide adolescent, l’ouvrage permet de faire le point sur un certain nombre de dimensions de la relation entre social et santé, en réunissant dans l’analyse deux approches souvent disjointes : celle des relations précarité-santé et celle des inégalités sociales de santé. La multiplicité des points de vue (chercheurs, acteurs de terrain…) et des approches (états des lieux chiffrés, réflexions théoriques, analyses de dispositifs et de pratiques professionnelles…) est un des réels points forts de cette entreprise collective qui, au-delà du nécessaire constat de la persistance des problèmes de santé et d’accès aux soins pour les plus démunis, éclaire certains des mécanismes en cause et s’engage en proposant des pistes concrètes pour l’action, à l’échelon national comme international.
Parmi les « populations vulnérables » dont traite l’ouvrage, une attention particulière est portée à la question de la santé et du recours aux soins des personnes sans domicile ou mal logées. Quelques chiffres utiles nous rappellent ainsi qu’en France en 2001, trois millions de personnes étaient mal logées dont 63 500 sans domicile, 200 000 hébergées en hôtel, en habitat de fortune ou par des parents et amis, un demi-million en habitat temporaire ou précaire et 2 millions dans des logements dépourvus de sanitaires.
Un premier texte de Jean-Marie Firdion présente le cadre d’analyse commun à plusieurs enquêtes menées récemment auprès de personnes sans domicile par l’Ined et l’Insee, qui servent de support à plusieurs autres contributions du chapitre. Livrant au lecteur les difficultés qui entourent la définition d’un objet de recherche, l’auteur détaille les écueils à éviter et les obstacles à contourner pour produire une définition qui soit à la fois satisfaisante conceptuellement et utilisable sur le plan opérationnel. Écartant toute définition de type essentialiste ou issue de la catégorisation administrative, il aboutit à une définition simmélienne du sans-domicile, considéré ici comme « toute personne utilisatrice des services d’aide aux sans-domicile, spécifiquement les services d’hébergement, de restauration gratuite et d’accueil de jour ».
Les quatre autres contributions qui composent le chapitre consacré aux personnes sans domicile proposent un état des lieux de la situation sanitaire de cette population hétérogène. Le tableau dressé repose sur un grand nombre de sources quantitatives et qualitatives, avec un souci constant de comparaison à des données similaires recueillies en population générale (enquête Santé et protection sociale, enquête Comportements vis-à-vis de la santé). Premier constat : quelle que soit la maladie considérée, sa prévalence est toujours plus importante chez les sans-domicile usagers des services d’aide que dans l’ensemble de la population. Les conditions de vie difficiles, le stress et une mauvaise alimentation augmentent le risque de maladie des personnes sans domicile. Au sombre palmarès des pathologies les plus rencontrées au sein de cette population, la dépression, les maladies respiratoires, les séquelles d’accident ou de maladie grave et les maladies du système digestif occupent les premières places. Les résultats concernant les jeunes sans domicile ou en situation précaire (16-24 ans) issus de l’enquête de l’Ined à Paris et en petite couronne en 1998 sont peu différents, comme le soulignent Anne Doussin et Thierry Rochereau, puisque les problèmes respiratoires, dermatologiques et psychiques concernent toujours entre 15 % et 30 % des personnes interrogées. Pour toutes les pathologies, la prévalence augmente avec la durée totale passée dans la rue au cours de la vie. La dépression apparaît dans les différents textes comme l’un des problèmes de santé les plus récurrents chez les personnes sans domicile. Bernadette de la Rochère relève que, dans l’enquête Insee-Ined de 2001, un quart des sans-domicile usagers des services d’aide déclare connaître des états dépressifs fréquents ou des dépressions [17]. Cette « souffrance psychique » hors du champ habituel de la psychiatrie – qui ne s’accompagne pas nécessairement de pathologie psychiatrique – interroge les professionnels de cette discipline à laquelle on demande de plus en plus de « s’ouvrir vers le social ». Caroline Mangin-Lazarus, psychiatre en milieu hospitalier, décrit ainsi le malaise des professionnels face à des situations qui mettent en difficulté leur savoir-faire et qui s’interrogent sur l’adaptation des dispositifs de prise en charge des personnes sans domicile en souffrance.
Les différentes enquêtes analysées indiquent une forte fréquentation des structures de soins par les personnes sans domicile, qui est proche de celle observée en population générale bien que les pathologies soient plus nombreuses. Si les hospitalisations sont nettement plus fréquentes qu’en population générale, l’hôpital n’apparaît pas comme le premier lieu de consultation sauf pour les personnes dont les situations sont les plus précaires. Vis-à-vis des questions de protection sociale des personnes sans domicile, les contributions au chapitre proposent des lectures différentes qui tiennent en partie aux dates de réalisation des enquêtes exploitées (1998, soit avant l’instauration de la CMU et 2001, soit après) ainsi qu’à la différence des contextes de recueil des données. Dans le cadre des enquêtes Ined-Insee auprès des personnes sans domicile fréquentant les services d’aide, 27 % des hommes et 11 % des femmes déclaraient en 1998 ne bénéficier d’aucune couverture maladie, contre 8 % en 2001. Mais cette situation concerne près de huit sans-domicile fixe sur dix fréquentant les centres de soins gratuits de Médecins du monde lors de leur premier passage. Les auteurs soulignent par ailleurs que la probabilité de se trouver sans couverture maladie augmente avec la précarité de l’hébergement. Plusieurs obstacles à la couverture maladie et à la continuité des soins sont dénoncés, dont l’obligation de domiciliation qui fait défaut à de nombreuses personnes sans domicile.
Face à ces constats, la Mission France de Médecins du monde, sous la plume de Nathalie Simonot, émet une série de propositions percutantes visant à améliorer l’accès aux soins et plus largement aux droits pour les personnes sans domicile. Elles s’articulent autour de plusieurs idées : la nécessaire mise en œuvre du droit au logement (une « couverture logement universelle ») et la refonte des structures d’aide (hébergement, suivi social ou médical) en quantité et en qualité par une adaptation des structures aux personnes (et non l’inverse) et par un accompagnement des personnes vers l’autonomie.
Le réseau SIRS IdF propose ainsi un ouvrage stimulant qui montre, pour chacun des nombreux thèmes traités – dont la santé des sans-domicile ne constituait qu’un exemple – à quel point l’interdisciplinarité et la rencontre entre chercheurs et acteurs de terrain permettent d’enrichir la compréhension des problèmes étudiés.
Sylvain Pechoux

Hopper Kim, Reckoning with Homelessness, New York, Cornell University Press, 2003, 271 p.

Dans cet ouvrage, dont on pourrait traduire le titre par Compter avec le sans-abrisme, Kim Hopper décrit le phénomène de l’errance parmi les hommes de New York, à partir de son expérience, longue d’un quart de siècle, de recherche et d’engagement militant. Une étude ethnographique antérieure, qu’il avait conduite sur ce même univers avec Ellen Baxter [18], montrait l’extension du sans-abrisme en dehors de sa niche urbaine traditionnelle (les Skid Rows) et son irruption dans la conscience publique. Le présent livre reprend cette étude auprès des hommes sans domicile dans les tunnels ferroviaires, les asiles de nuit, les centres d’hébergement municipaux et les dispositifs d’aide caritatifs. Un des résultats frappants est la cruauté banale infligée aux personnes sans domicile par les institutions chargées de prendre soin d’elles. De plus courtes observations ethnographiques retracent le travail marginal qui est offert aux hommes sans domicile dans un hôtel de villégiature, ainsi que le dénombrement des personnes sans domicile dormant à la rue par le Bureau du Census, lors du recensement de la population en 1990. Le portrait de sans-domicile vivant dans un aéroport, où les autorités et le personnel sont relativement bienveillants à leur égard (en termes de protection et d’hospitalité), apporte un contrepoint à la brutalité subie dans les centres d’hébergement.
Hopper va au-delà du travail de terrain pour nous procurer un cadre d’analyse historique et théorique. Il analyse la façon dont les sociétés ont défini les sans-domicile, les catégories de personnes qui ont pu relever de cette dénomination au cours du temps et l’histoire des réponses sociales à ce phénomène dans la ville de New York, en utilisant un regard d’anthropologue pour rendre compte d’anecdotes révélatrices, pour juxtaposer des événements discordants. S’appuyant sur le travail conduit avec Jim Baumohl, il décrit le sans-abrisme comme une collection d’états dont les différences peuvent paraître liminales (liminal states). Certains sont des haltes temporaires sur le chemin de l’accession à une résidence permanente, d’autres sont des périodes plus longues durant lesquelles les individus sont dans l’incapacité d’accéder aux rôles sociaux traditionnels pour des raisons allant de la rupture sociale à l’incapacité. L’auteur retrace le développement des institutions « hybrides » qui, à la fois, prennent en charge ces personnes, les accueillent, essayent de les discipliner, et qui, en même temps, tentent de réadapter socialement cet ensemble disparate de personnes en état « liminal ». Celles-ci, et d’autres structures tombées en désuétude, fournirent aux homeless des statuts alternatifs afin de les réinsérer et de réduire les risques potentiels qu’ils portaient en eux de rompre l’ordre social. Cependant, ces efforts ne furent jamais pleinement couronnés de succès, dans aucun des domaines de leur action. Étant donné cet échec historique, Hopper pense que le chômage offre une métaphore plus pertinente pour décrire le phénomène que celle des afflux passagers ou des famines temporaires : les facteurs structurels expliquent la gravité plus ou moins grande du problème au cours du temps, mais aussi le fait qu’il perdure. Et la partie visible de l’iceberg (le sans-abrisme ou le chômage) cache une montagne (les logements surpeuplés, insalubres, précaires ou inabordables, le sous-emploi, les licenciements). Le statut des personnes dans la société est autant en jeu que le toit dont elles disposent pour passer la nuit.
Un chapitre important étudie la surreprésentation des Afro-Américains parmi les hommes sans domicile, et tente de l’expliquer par la montée du chômage, la baisse des revenus, l’augmentation de l’effort des ménages pour se loger, les tensions dans la famille étendue et les changements culturels. Hopper attribue la faible visibilité de la « race » dans la recherche sur les sans-domicile à un « refus déterminé de voir » (p. 171). Ici, le livre centre son attention sur les hommes et sur une sorte de système de triage qui aboutit à ce qu’ils soient les premiers expulsés du ménage, mais cette interprétation connaît des limites car on observe que la proportion de sans-domicile est encore plus élevée parmi les enfants afro-américains de New York que parmi les hommes afro-américains [19]. La discrimination dans l’accès au logement, la surreprésentation des Afro-Américains en prison et le lien entre la richesse et la race (qui est encore plus fort qu’entre le niveau de revenu et la race) peuvent être des sources d’explication plus importantes concernant le taux élevé de sans-domicile au sein de cette population.
Enfin, Hopper aborde le rôle du chercheur dans la Cité : celui-ci doit s’engager dans la politique sociale. « Admettons-le, travailler dans la bureaucratie assistancielle actuelle, c’est comme valser avec un monstre : le travail de terrain peut être un piège ; il n’y a pas de doute quant à savoir qui dirige qui, mais, tout le temps, une part de vous-même essaye de comprendre qui joue la musique » (p. 211).
Parmi les chercheurs travaillant sur le sans-abrisme aux Etats-Unis, Hopper est sans doute le plus érudit et celui dont les travaux sont les plus approfondis. Il sait éclairer à la fois les aspects humains et les causes structurelles. Le livre intéressera des publics variés. De jeunes anthropologues y apprendront le métier de terrain et les dilemmes éthiques qu’il pose. Les chercheurs expérimentés y découvriront des aspects historiques et seront interpellés par cet appel à défendre la cause des sans-domicile. Ceux qui ont contribué « à désigner la détérioration mentale, morale et physique des personnes sans domicile comme une de leurs caractéristiques, notion qui a dominé le discours officiel sur ce phénomène en dépit d’éléments empiriques contraires » (p. 25) trouveront une discussion sérieuse sur le rôle de l’invalidité et la mise en évidence de son faible pouvoir explicatif. Les citoyens qui se sentent concernés par cette question pourront y trouver le moyen d’approfondir leur connaissance du sans-abrisme et découvrir l’inefficacité des différentes réponses que l’on a tenté d’y apporter au cours du temps. Tout ceci est porté par des observations acérées, et une prose soigneusement travaillée : lire ce livre est une joie, même s’il met mal à l’aise, ainsi que Hopper l’a souhaité.
Hopper lui-même est curieusement modeste, omettant son rôle central dans les mouvements militants depuis des années. Son appel pour promouvoir les implications de la recherche auprès des décideurs de politique sociale et pour un engagement militant entre en résonance avec des cicatrices provenant de combats qu’il évoque à peine. Les bénévoles qui sont prêts à s’engager en faveur de cette cause auraient pu bénéficier d’indications plus précises pour bâtir un plan de campagne.
Compter avec le sans-abrisme n’a pas une ligne directrice très nette. Nous avons commencé à approcher une solution de ce phénomène depuis un quart de siècle. De plus, la partie historique, l’analyse structurelle des données recueillies sur le terrain et la partie militante ne sont pas très bien liées les unes aux autres. Peu importe. C’est un livre important, à la fois humain, passionné et analytique. Hopper porte l’attention avec autant de clarté sur les aspects économiques et sociaux qui sont à l’origine du sans-abrisme que sur les personnes qui en souffrent. C’est à la fois une somme de connaissances et un appel à l’action, un livre que l’on aurait aimé écrire.
Marybeth Shinn

Alesina Albert, Glaeser Edward L., Fighting poverty in the US and Europe. A world of difference, New York, Oxford University Press, 2004, 250 p.

L’aspect le plus visible de la pauvreté dans les pays occidentaux devient sans doute l’existence de SDF dans les centres-villes de leurs grandes métropoles. Pour leur survie, les plus démunis dépendent de l’aide sociale et du bon vouloir des plus nantis. Dans Fighting poverty in the US and Europe. A world of difference, les Américains Albert Alesina et Edward L. Glaeser examinent à quel point les nantis sont prêts à apporter leur contribution au combat contre la pauvreté. Ils comparent les approches américaine et européenne de la pauvreté, se penchant plus précisément sur les dépenses sociales, les politiques fiscales et la réglementation. Aux États-Unis, les dépenses de l’État représentent 30 % du produit intérieur brut (PIB) ; en Europe, ces dépenses sont proches de 45 % du PIB et en Scandinavie, elles dépassent 50 %. Les deux tiers de la différence concernent les dépenses sociales.
Dans les huit chapitres, Alesina et Glaeser examinent les raisons de la faiblesse des dépenses sociales de l’État américain par rapport à l’importance des dépenses sociales des pays européens. Pourquoi les Américains dépensent-ils moins d’argent pour leurs pauvres que les Européens ? Bien que les auteurs soient économistes, leur approche fait une large place à l’histoire, aux sciences politiques, à la sociologie et à la psychologie. Et ils en dégagent d’intéressantes hypothèses.
Dans le chapitre 3, ils examinent les explications économiques données dans la littérature relative aux politiques de redistribution du revenu. Selon les économistes, les données statistiques relatives à la redistribution du revenu ne reflètent pas la réalité des inégalités sociales, car elles ne tiennent pas compte du niveau élevé de la mobilité sociale aux États-Unis. Il est souvent suggéré qu’aux États-Unis, société plus égalitaire et offrant une plus grande égalité des chances, il est plus facile de sortir de la pauvreté. Par conséquent, l’aide de l’État aux plus pauvres y est moins nécessaire. Autrement dit, l’Europe est en apparence plus égalitaire, mais comme la société européenne offre moins de possibilités de mobilité sociale ascendante, sur l’ensemble d’une vie, les inégalités y seraient plus importantes qu’aux États-Unis.
Les auteurs ont examiné de près cette hypothèse en faisant une lecture de la littérature sur le thème. Ils concluent à l’inexistence de preuves quant à la plus grande mobilité sociale aux États-Unis. Ils réfutent l’hypothèse économique, ainsi que d’autres, et concluent que les facteurs économiques à eux seuls ne suffisent pas à fournir une réponse satisfaisante.
Dans les chapitres 4 et 5, les auteurs examinent d’une manière plus précise le rôle des institutions politiques et de l’État providence depuis son origine. Ils trouvent des explications plausibles à partir des différences dans les environnements institutionnels européen et américain, mais ils concluent que ces différences peuvent seulement expliquer la moitié des écarts dans les dépenses sociales américaines et européennes.
Dans le chapitre 6, les auteurs avancent leur explication de l’autre moitié de l’écart des dépenses sociales. Ils le situent dans l’influence des conceptions liées à la « race », aux religions et à l’ethnicité sur la redistribution des revenus. Aux États-Unis, les immigrés et les descendants des esclaves donnent une société plus fragmentée racialement que dans n’importe quel pays d’Europe de l’Ouest. Aux États-Unis, la pauvreté a une couleur : elle se concentre dans les groupes minoritaires. Sur la base d’un certain nombre d’enquêtes, les auteurs montrent que l’on est plus généreux avec les pauvres lorsqu’ils sont du même groupe ethnique, et qu’on l’est beaucoup moins dans le cas contraire.
La moindre générosité de l’État providence aux États-Unis s’explique par le fait que la majorité blanche est peu favorable à une politique de redistribution qui profiterait principalement aux minorités raciales. Ces attitudes envers la « race » et l’ethnicité reflètent le conditionnement culturel et institutionnel qui prévaut aux États-Unis.
La haine raciale est souvent utilisée de façon stratégique par certains hommes politiques dont l’objectif principal est de réduire au maximum les dépenses sociales de l’État en minimisant les politiques de redistribution. Elle permet à certains politiciens opposés aux politiques sociales d’obtenir le soutien des blancs les plus pauvres.
Contrairement aux pays européens, les idées socialistes telles que la conscience de classe n’ont jamais eu de prise dans la société américaine, alors que dominent depuis toujours les idées défavorables aux politiques sociales de redistribution comme la croyance dans la réalité de la mobilité sociale ou l’idée selon laquelle la pauvreté est le résultat du refus de travailler.
En ce qui concerne l’influence très importante des caractéristiques raciales des pauvres sur la volonté de redistribuer, le dernier chapitre soulève une question importante pour l’avenir de l’Europe : « La composition raciale et ethnique de l’Europe de l’Ouest est en train de changer. Les immigrants d’Afrique du Nord et d’Europe de l’Est rendent moins homogènes les populations de l’Europe de l’Ouest. De fait, l’extrême droite utilise déjà la carte raciale pour s’opposer aux politiques de protection sociale. Nous émettons l’hypothèse qu’au fur et à mesure que s’accroîtra cette hétérogénéité, même la droite la plus « respectable » évoluera en ce sens. » Outre cette remarque des auteurs, on pourrait ajouter que la population SDF des pays d’Europe de l’Ouest présente de plus en plus une grande diversité ethnique. Est-ce que la volonté de redistribuer restera la même lorsque la majorité blanche s’identifiera plus difficilement à ces SDF ?
D’une manière générale, Alesina et Glaeser ont accompli un travail ambitieux dans cet ouvrage. Ils ont apporté un nouvel et intéressant éclairage sur la question. Dès les premières pages du livre, il est clair que les auteurs se prononcent pour la protection sociale la plus grande possible et qu’ils préfèrent le système de protection sociale européen à celui des Américains. Malgré ce parti pris de départ, ils ont exposé de façon impartiale les deux thèses en présence. Ils ont réussi à fournir d’une manière claire et intelligible toute l’information économique et technique sur la question, même si la structuration de l’ouvrage conduit à des répétitions.
Lia van Doorn
 
NOTES
 
[1]Homme sans aveu : expression apparue en 1283, homme qui n’était lié à aucun seigneur (ce lien est l’aveu, apparu en 1160), qui ne pouvait donc invoquer aucune protection. De cette expression est née celle d’homme sans feu (sans foyer de rattachement) ni lieu. Vagabond : terme apparu en 1382, du latin vagabundus, de vagari « errer ».
[2]Castel R., 1995, Les métamorphoses de la question sociale, Paris, Fayard ; Geremek B., 1978 (1987), La potence ou la pitié. L’Europe et les pauvres, du Moyen Âge à nos jours, Paris, Gallimard.
[3]Beck U., 2001, La société du risque, Paris, Aubier ; Chanial P., Dupont Y., Le Gall D., 1996, « Du risque à la vulnérabilité », Revue Française des Affaires Sociales, 50(2), p. 85-96.
[4]Castel R., 2003, L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Le Seuil.
[5]Alexandre Vexliard a conduit l’étude de ces populations au lendemain de la seconde guerre mondiale ; il est un des premiers à mettre en évidence « les pressions extérieures, surtout sociales, [qui] l’emportent en dernière instance par leur importance sur les dispositions individuelles susceptibles d’expliquer l’acheminement des individus vers le vagabondage ». Cf. Vexliard A., 1957 (1998), Le clochard. Étude de psychologie sociale, Paris, Desclée de Brouwer, p. 276 ; voir aussi Mucchielli L., 1998, « Clochards et sans-abri : actualité de l’œuvre d’Alexandre Vexliard », Revue Française de Sociologie, 39(1), p. 105-138.
[6]À Paris, les personnes dormant à la rue et dans les espaces publics représentent de 8 % à 12 % de la population sans domicile au sens large, c’est-à-dire incluant les personnes hébergées en asile de nuit, en centre d’hébergement de plus longue durée, etc. (Marpsat M., Firdion J.-M., 2000, La rue et le foyer. Une recherche sur les sans-domicile et les mal-logés dans les années 1990, Paris, Ined-Puf ; Debras B., 2002, « Les sans-domicile usagers des services d’aide dans l’agglomération parisienne », Insee Île-de-France à la page, n° 214).
[7]Par exemple, selon lui et par une sorte de contamination des catégories médicales, les dispositifs de recueil des personnes dormant dans la rue afin de les placer en hébergement d’urgence (SAMU social) relèvent de la « prévention » (p. 343) : prévention de l’hypothermie sans doute, mais certainement pas prévention sociale contre la perte de logement.
[8]Simmel G., Les pauvres, Paris, Puf (coll. Quadrige), 1998 (1re éd. 1908).
[9]L’effet Matthieu, dans le contexte des politiques sociales, aboutit à ce qu’un dispositif donne plus à ceux qui ont déjà plus, et moins à ceux qui ont déjà moins (p. 231).
[10]Hopper K., 1992, “Counting the New York homeless. An ethnographic perspective”, New England Journal of Public Policy, n° 1, p. 757-791.
[11]Snow D., Anderson L., 1993, Down on Their Luck. A Study of Homeless Street People, Berkeley, University of California Press ; Anderson N., 1923 (rééd. 1993), Le Hobo. Sociologie du sans-abri, Paris, Nathan (coll. Essais & Recherches).
[12]Patrick Declerck, 2001, Les naufragés. Avec les clochards de Paris, Paris, Plon (coll. Terre Humaine), cf. supra.
[13]Brousse et al., 2002, « Hébergement et distribution de repas chauds. Qui sont les sans-domicile usagers de ces services ? », Insee Première, n° 824.
[14]Marpsat M., Firdion J.-M., 2001, « Les ressources des jeunes sans domicile et en situation précaire », Recherches et Prévisions, n° 65, p. 91-112 ; Firdion J.-M. et al., 2001, Vie et santé des jeunes sans domicile ou en situation précaire. Enquête Ined, Paris et petite couronne, 1998, Paris, Credes (série Résultats), 85 p.
[15]Pichon P., 2003, « Sortir de la rue : discontinuités biographiques et mobilisation des ressources », in Ballet (ed.), Les SDF. Représentations, trajectoires et politiques publiques, Paris, PUCA, p. 197-220.
[16]Sociologues, épidémiologistes, démographes, psychologues, médecins, représentants associatifs et responsables de dispositifs de soins.
[17]On rappellera que ceci concernait 6,3 % des individus en population générale en 1996-1997 selon le Credes (Le Pape A., Lecomte T., « Prévalence et prise en charge médicale de la dépression en 1996-1997 », Bulletin d’information en économie de la santé, n° 21, septembre 1999).
[18]Baxter E., Hopper K., 1981, Private Lives / Public Spaces, New York, Community Service Society.
[19]Culhane D., Dejowski E., Ibanez J., Needham E., Macchia I., 1994, “Public shelter admission rates in Philadelphia and New York City : The implications of turnover for sheltered population counts”, Housing Policy Debate, 5, p. 107-140.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Homme sans aveu : expression apparue en 1283, homme qui n’é...
[suite] Suite de la note...
[2]
Castel R., 1995, Les métamorphoses de la question sociale, ...
[suite] Suite de la note...
[3]
Beck U., 2001, La société du risque, Paris, Aubier ; Chania...
[suite] Suite de la note...
[4]
Castel R., 2003, L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être pr...
[suite] Suite de la note...
[5]
Alexandre Vexliard a conduit l’étude de ces populations au ...
[suite] Suite de la note...
[6]
À Paris, les personnes dormant à la rue et dans les espaces...
[suite] Suite de la note...
[7]
Par exemple, selon lui et par une sorte de contamination de...
[suite] Suite de la note...
[8]
Simmel G., Les pauvres, Paris, Puf (coll. Quadrige), 1998 (...
[suite] Suite de la note...
[9]
L’effet Matthieu, dans le contexte des politiques sociales,...
[suite] Suite de la note...
[10]
Hopper K., 1992, “Counting the New York homeless. An ethnog...
[suite] Suite de la note...
[11]
Snow D., Anderson L., 1993, Down on Their Luck. A Study of ...
[suite] Suite de la note...
[12]
Patrick Declerck, 2001, Les naufragés. Avec les clochards d...
[suite] Suite de la note...
[13]
Brousse et al., 2002, « Hébergement et distribution de repa...
[suite] Suite de la note...
[14]
Marpsat M., Firdion J.-M., 2001, « Les ressources des jeune...
[suite] Suite de la note...
[15]
Pichon P., 2003, « Sortir de la rue : discontinuités biogra...
[suite] Suite de la note...
[16]
Sociologues, épidémiologistes, démographes, psychologues, m...
[suite] Suite de la note...
[17]
On rappellera que ceci concernait 6,3 % des individus en po...
[suite] Suite de la note...
[18]
Baxter E., Hopper K., 1981, Private Lives / Public Spaces, ...
[suite] Suite de la note...
[19]
Culhane D., Dejowski E., Ibanez J., Needham E., Macchia I.,...
[suite] Suite de la note...