Population
I.N.E.D

I.S.B.N.sans
200 pages

p. 725 à 764
doi: en cours

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Démographie des régions du monde : état et tendances

Volume 60 2005/5-6

2005 Populations Démographie des régions du monde : état et tendances

Écarts d’âge entre conjoints et pratique contraceptive en Afrique sub-saharienne

Magali Barbieri  [*] Magali Barbieri, Institut national d’études démographiques, 133 boulevard Davout, 75980 Paris cedex 20, France, tél : 33 (0)1 56 06 20 00, fax : 33 (0)1 56 06 21 99, courriel : barbieri@ined.fr Véronique Hertrich  [*]
L’Afrique sub-saharienne connaît les niveaux de fécondité les plus élevés au monde. Elle détient également le record en matière d’écart d’âges entre conjoints, un indicateur de distance conjugale et d’inégalité entre les sexes. Cet article discute la relation entre ces deux phénomènes, écart d’âge entre conjoints et comportement de reproduction sont-ils liés ? La relation est-elle associée à l’appartenance socio-économique des individus ? Varie-t-elle selon le degré d’avancement de la transition de la fécondité et le modèle d’appariement conjugal dominant dans la région ?
Les données utilisées sont celles d’un corpus d’enquêtes démographiques et de santé récentes réalisées dans dix-huit pays d’Afrique sub-saharienne continentale. Des régressions logistiques sont mises en œuvre pour estimer la relation statistique entre pratique contraceptive et écarts d’âge entre les conjoints en tenant compte des caractéristiques socio-économiques individuelles ainsi que de variables contextuelles. Le résultat principal est qu’une forte inégalité d’âge entre les conjoints constitue un frein à la pratique contraceptive, probablement parce qu’elle crée des conditions défavorables à la fois à une prise de décision individuelle de la part des femmes, en position de cadettes, et à l’élaboration de projets conjugaux entre des conjoints appartenant à des générations éloignées. D’autres résultats mettent en évidence l’effet du contexte sur cette relation.
Sub-Saharan Africa is characterized by record levels of fertility. The region also exhibits the largest age difference between spouses, a proxy for conjugal distance and gender inequalities. The present article investigates the possible relationship between both phenomena: are the high levels of fertility related to large age differences between spouses? Does the relationship vary with individual characteristics? Is its strength related to the stage of the demographic transition reached by the country or by mating patterns?
The data used for the study is a body of recent Demographic and Health Surveys in eighteen countries of mainland sub-Saharan Africa. The statistical relationship between age differences between spouses and contraceptive practice is tested using logistic regression models controlling for both individual and contextual variables. The main finding is that the largest age differences between spouses (15 years and over) are associated with low contraceptive use, probably because a large difference reflects women’s reduced decision-making power and a weak marital bond. Other results show the significant impact of community characteristics on the relationship.
Los países de África Subsahariana tienen los niveles de fecundidad más elevados del mundo. También registran las mayores diferencias de edad entre cónyuges, un indicador de distancia conyugal y desigualdades de género. Este artículo analiza si estos dos fenómenos están ligados: existe una relación entre las diferencias de edad entre cónyuges y los comportamientos reproductivos? Si existe, está asociada a la categoría socioeconómica de los individuos? Varía en función de la etapa de la transición demográfica y el modelo de convivencia conyugal predominantes en la región?
El análisis se basa en datos de un conjunto de encuestas demográficas y de salud recientes llevadas a cabo en dieciocho países de África Subsahariana continental. Los autores hacen una serie de regresiones logísticas para medir la relación estadística existente entre práctica anticonceptiva y diferencias de edad entre cónyuges teniendo en cuenta tanto las características socioeconómicas individuales como ciertas variables de contexto. El resultado principal es que una fuerte diferencia de edad entre cónyuges constituye un obstáculo a la práctica anticonceptiva, probablemente debido a que crea condiciones desfavorables para la toma de decisiones individuales por parte de las mujeres y, a la vez, para la toma de decisiones en común entre cónyuges que pertenecen a generaciones distintas. Los resultados también muestran la influencia del contexto en tal relación.
Pour expliquer la baisse de la fécondité en Afrique et les obstacles éventuels qu’elle rencontre, il ne suffit pas de tenir compte des changements et de leurs freins parmi les femmes. Dans des sociétés où les inégalités instituées entre hommes et femmes sont nombreuses, il importe de trouver des indicateurs assez objectifs du contexte des rapports entre conjoints. Dans cet article, Magali Barbieri et Véronique Hertrich mettent en relation les niveaux de pratique contraceptive et les écarts d’âge dans les couples. En dépit d’une tendance générale à la baisse, l’Afrique subsaharienne reste le continent où les différences d’âges moyens entre conjoints sont les plus élevées. Comparant dix-huit pays entre eux, les auteures montrent que la contraception moderne est plus utilisée dans les couples les plus proches par l’âge, à niveau d’instruction égal. En revanche, les femmes mariées à des hommes sensiblement plus âgés sont toujours moins utilisatrices de contraception moderne, ce qui indique leur désavantage dans la recherche d’une marge de manœuvre plus grande ou dans l’élaboration de projet conjugaux concertés.
En Afrique sub-saharienne, la transition de la fécondité a débuté il y a une vingtaine d’années seulement, avec de fortes variations entre pays. Dans les pays pionniers d’Afrique australe et orientale (Botswana, Kenya et Zimbabwe), la fécondité se situe désormais à moins de 4 enfants par femme, tandis qu’elle demeure supérieure à 6,5 enfants par femme dans les pays enclavés du Sahel, où la baisse n’a commencé qu’en ville. L’Afrique sub-saharienne reste ainsi la partie du monde où la fécondité est la plus élevée : 5,4 enfants par femme contre 2,6 en Asie et en Amérique latine et 1,6 dans les pays industrialisés (United Nations, 2003).
L’Afrique sub-saharienne détient également le record en matière d’écart d’âge entre conjoints. La différence entre les âges moyens au premier mariage y est, en moyenne régionale [1], de 6,6 ans en Afrique de l’Ouest, 6,0 ans en Afrique centrale, 4,3 ans en Afrique orientale et 3,3 ans en Afrique australe. En dépit d’une tendance générale à la baisse (Hertrich, 2001; Hertrich et Locoh, 1999), cet écart d’âge au mariage reste nettement plus élevé en Afrique sub-saharienne (5,4 ans en moyenne) que dans les autres régions du monde où il est de l’ordre de 3 ans (3,2 ans en Asie; 2,9 ans en Amérique latine; 2,8 ans en Europe; 2,3 ans en Amérique du nord) (United Nations, 2000).
Il paraît légitime de penser qu’il existe un lien entre la forte fécondité et les écarts d’âge importants entre conjoints qui prévalent en Afrique. En effet, la différence d’âge entre époux est reconnue, dans la littérature, comme un indicateur des inégalités instituées entre les sexes de même qu’un indicateur de la nature des relations au sein des couples. Or l’amélioration de la condition des femmes et l’évolution des rapports conjugaux comptent parmi les facteurs de la transition de la fécondité les plus souvent cités.
L’objet de cet article est de tester l’existence d’une relation entre l’écart d’âge entre conjoints et la pratique contraceptive, à partir d’un corpus d’enquêtes démographiques et de santé récentes, réalisées dans 18 pays d’Afrique sub-saharienne continentale.
Dans une première partie, nous discutons des relations susceptibles d’exister entre l’écart d’âge des conjoints et les comportements de fécondité et nous précisons nos hypothèses. Nous présentons ensuite les données et en évaluons la qualité, avant de décrire la structure des écarts d’âge et de dégager des modèles régionaux. L’analyse des relations statistiques entre l’écart d’âge des conjoints et la pratique contraceptive fait l’objet de la dernière partie de notre étude, en contrôlant l’effet des caractéristiques socio-économiques individuelles et en évaluant l’influence du contexte régional (modèle d’appariement conjugal dominant et degré de diffusion de la contraception) sur ces relations.
 
I. Écart d’âge entre conjoints et comportements de reproduction : quelles relations ?
 
 
1. Écart d’âge entre conjoints et régime de nuptialité
L’écart d’âge élevé entre conjoints est l’une des caractéristiques des régimes traditionnels de nuptialité africains, associée aux calendriers d’entrée en union (mariage précoce pour les femmes, tardif pour les hommes, généralisé pour les deux sexes) et à l’organisation du marché matrimonial (polygamie). L’entrée en union rapide des jeunes femmes définit les conditions potentielles d’écarts d’âge élevés [2], que l’allongement du célibat masculin permet de réaliser : l’accès au marché matrimonial à des âges différents pour les femmes et les hommes permet l’appariement conjugal entre conjoints de générations éloignées. La différence d’âge au premier mariage entre les sexes est aussi le déterminant principal [3] de la polygamie : elle génère un excédent numérique de femmes « mariables » par rapport aux hommes, permettant à une partie d’entre eux d’avoir simultanément plusieurs épouses.
Ce système matrimonial est, en lui-même, un déterminant important du niveau élevé de la fécondité en Afrique, car il maximise la durée d’exposition des femmes au risque de concevoir en assurant le déroulement de l’essentiel de leur vie féconde en union. De fait, comme dans d’autres régions du monde (Chesnais, 1986), le recul de l’âge au mariage a souvent été un facteur important de la baisse de la fécondité dans les pays africains où elle a débuté.
Au cours des dernières décennies, l’évolution de la nuptialité en Afrique a été marquée par une augmentation généralisée de l’âge au premier mariage des femmes et par une tendance au resserrement de la différence d’âge au premier mariage entre les sexes [4] (Hertrich, 2001; Tabutin et Schoumaker, 2004). La polygamie reste une institution robuste mais des données récentes suggèrent le début d’un recul dans certains pays et dans les milieux favorisés (Antoine et Pilon, 1998; Antoine, 2002; Hertrich, 2003). Ces évolutions s’accompagnent d’une diversification des régimes de nuptialité en Afrique sub-saharienne, mais les contrastes avec les autres régions du monde ne se sont pas effacés dans la mesure où les changements y sont plus lents qu’ailleurs (Tabutin et Schoumaker, 2004).
Si elles s’atténuent, les grandes caractéristiques des régimes de nuptialité sub-sahariens restent inchangées, ce qui tient probablement en partie à leur interdépendance (l’évolution de l’une d’entre elles ayant des conséquences sur l’ensemble du système) mais aussi aux dispositifs de contrôle des unions. En effet, sous leur forme traditionnelle, les procédures matrimoniales nécessitaient la mobilisation de ressources matérielles (prestations matrimoniales) et symboliques (codification des procédures, mobilisation de médiateurs, échelonnement sur la durée) qui n’étaient pas à la portée des intéressés et légitimaient l’intervention des aînés (Radcliffe-Brown, 1953; Meekers, 1992; Hertrich, 1996). En contrôlant l’attribution des filles et l’accès aux épouses, les responsables familiaux s’assuraient aussi la subordination économique des jeunes hommes, dépendants de leurs aînés pour se marier (Meillassoux, 1982; Locoh, 2002). Polygamie, mise en union précoce des filles, prolongation du célibat masculin et écarts d’âge élevés apparaissent ainsi également comme les expressions d’une structure de domination fondée sur le sexe et l’âge et d’une organisation sociale privilégiant la famille étendue aux dépens de l’unité conjugale. On peut donc envisager que l’écart d’âge soit associé au niveau de fécondité non seulement comme élément d’un régime de nuptialité mais aussi comme indicateur d’autonomie de la femme et du couple.
2. Écart d’âge entre conjoints, autonomie féminine et transition de la fécondité
L’amélioration du statut des femmes et plus généralement l’évolution des rapports de genre en faveur d’une plus grande autonomie féminine (empowerment) du point de vue socio-économique (instruction, activité économique, accès aux ressources…), interpersonnel et familial (liberté d’expression et de circulation, pouvoir de décision…), est unanimement reconnue comme un facteur important des transitions de fécondité contemporaines [5]. Pour prendre de la distance par rapport au modèle ancien de reproduction, s’approprier le pouvoir d’intervenir sur leur fécondité et en assumer les coûts psychologiques et sociaux, il faut que les femmes disposent d’une certaine autonomie, d’une reconnaissance sociale et d’une source de valorisation hors de l’espace familial.
De concert avec d’autres variables de la nuptialité (en particulier l’âge au mariage et la polygamie), l’écart d’âge entre les conjoints est couramment cité comme un élément du statut de la femme, indicateur d’inégalités au sein du couple mais aussi du rôle et de la position des femmes dans la société (Cain, 1984, 1993; Casterline et al., 1986; Hertrich et Locoh, 1999; Oppenheim Mason, 1984, 1993, 1997; Safilios-Rotschild, 1982; Thiriat, 2000; Véron, 1997; Ware, 1981).
En renforçant la domination de sexe par la domination d’âge (Bozon, 1990, 2003), l’écart d’âge définit une inégalité de statut au sein du couple, l’épouse se trouvant doublement subordonnée à son mari, comme femme et comme cadette. Il pèse aussi sur l’autonomie féminine de façon indirecte, par les composantes du régime de nuptialité qui lui sont associées.
Ainsi la réalisation de la quasi-totalité de leur vie adulte en couple, par le mariage précoce et les procédures de remariage rapide, met en avant la subordination des femmes à leur rôle de mère et d’épouse. Par là même, c’est aussi l’absence de reconnaissance d’un espace personnel à la femme, hors de la tutelle masculine, qui se trouve signifiée : la période pré-conjugale, favorable au développement de projets individuels, à l’acquisition d’une formation professionnelle et d’un statut hors de la sphère domestique, est abrégée; la vie hors du cadre conjugal des femmes veuves ou divorcées est entravée (réprobation sociale, obstacles à l’autonomie économique). Dans ce contexte, la constitution d’une descendance nombreuse est, pour la femme, un moyen non seulement d’acquérir une reconnaissance sociale, mais aussi de consolider son statut au sein de l’espace familial, auprès de son conjoint, de ses co-épouses et de sa belle-famille. Les écarts d’âge élevés peuvent ainsi être associés au modèle de fécondité ancien, « non contrôlé », parce qu’ils concourent à la faible marge d’initiative personnelle des femmes et à l’absence de modèle identitaire alternatif à celui de mère et d’épouse.
3. Écart d’âge entre conjoints, autonomie du couple et transition de la fécondité
L’écart d’âge entre conjoints peut aussi être considéré comme un indicateur de la nature des liens conjugaux et peser à ce titre sur le développement de projets de fécondité par le couple.
À l’échelle individuelle, un écart d’âge élevé engendre une distance entre les conjoints, d’une part parce que l’âge est un élément fondamental dans la définition des rapports de subordination, d’autre part parce qu’il instaure un décalage générationnel et culturel entre les conjoints, qui se situent à des étapes différentes de leur histoire de vie et ont vécu leur vie préconjugale dans des conjonctures différentes. Dans les populations où les écarts d’âge élevés sont pratiqués à grande échelle, ces contraintes objectives posées au rapprochement conjugal sont renforcées par les autres pratiques matrimoniales. Quand la formation des unions relève de stratégies familiales, les couples ne se forment ni ne se définissent en fonction d’un projet concerté entre les intéressés, à plus forte raison en matière de fécondité. De plus, la polygamie crée un climat de défiance entre les époux, au sein des unions polygames car « la dépendance et la soumission des coépouses [à l’égard de leur conjoint] sont renforcées par la compétition et les inégalités instituées entre elles » (Antoine, 2002), mais aussi au sein des couples monogames où l’arrivée d’une coépouse est vécue comme « une menace dont certains hommes n’hésitent pas à user pour s’assurer la subordination de leur épouse » (Hertrich et Locoh, 1999). L’organisation économique et familiale (séparation des budgets, division du travail, prise en charge des enfants au sein du réseau familial…) ne contribue pas davantage à la constitution d’une communauté d’intérêt et d’un pôle de décision conjugal où des projets autonomes de fécondité pourraient s’élaborer et où les normes pourraient être discutées. Les écarts d’âge élevés sont un élément d’un système institutionnel qui freine le rapprochement conjugal et contribue à réduire le couple à une unité de reproduction biologique : le déni du couple, en tant qu’unité de décision, y apparaît comme un véritable choix de société (Caldwell, 1982; Lesthaeghe, 1980; Ryder, 1983).
La thèse selon laquelle la transition de la fécondité est favorisée par le développement de l’autonomie du couple a donné lieu à de nombreuses discussions. Évoquée dans les débats sur la modernisation des années soixante (Goode, 1963; Parsons, 1955, 1973), elle a été développée par John Caldwell (1982) [6], dans sa théorie sur l’inversion du flux économique entre générations. L’émergence d’une unité conjugale autonome, investie de liens affectifs, y est considérée comme un préalable à la baisse de la fécondité. La thèse de la nucléarisation a été largement critiquée dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix pour son caractère ethnocentrique et évolutionniste et en raison du manque de validation scientifique (Bartiaux et Tabutin, 1984; Locoh, 1988; McDonald, 1992; Segalen, 1988; Vimard, 1993). L’hypothèse de la conjugalité connaît de nouveaux développements depuis une quinzaine d’années dans les travaux traitant des processus de décision en matière de contraception. Karen Oppenheim Mason (1993) considère que le renforcement des liens affectifs entre conjoints est susceptible de favoriser la planification familiale d’un double point de vue, celui de la communication entre conjoints et celui de la convergence d’intérêts [7]. Différentes études montrent en effet que la discussion des questions de planification familiale par les conjoints est associée à une utilisation plus fréquente de la contraception (Oheneba-Sakyi et Takyi, 1997; pour une synthèse voir Beckman, 1983) [8]. Plus récemment, des recherches prenant en considération les attentes des deux sexes en matière de reproduction montrent que les femmes reconnaissent une place importante, sinon prédominante, à leurs conjoints dans les décisions de fécondité (Watkins et al., 1997; Dodoo et al., 1997; Isiugo-Abanihe, 1994) et que l’existence d’un projet de fécondité partagé par les deux conjoints joue sur la probabilité d’utiliser la contraception (Andro et Hertrich, 2001; Bankole et al., 1995; Becker, 1996; Dodoo, 1995; Dodoo et al., 1997; Ezeh, 1991, 1993; Lloyd, 1996; Lasee et Becker, 1997; Phillips et al., 1997).
4. Hypothèses
Les deux grilles de lecture alimentent, dans le même sens, l’hypothèse d’un lien entre écart d’âge entre conjoints et nouveaux comportements de fécondité : les écarts d’âge élevés, indicateurs d’une faible autonomie de la femme et du couple, seraient un frein à la remise en question des normes existantes et à l’adoption de nouvelles pratiques de reproduction; les écarts d’âge plus faibles offriraient les conditions d’une plus grande marge de manœuvre, individuelle ou conjugale, susceptible de se traduire par de nouvelles pratiques.
Par delà cette hypothèse générale, on peut s’interroger sur la régularité statistique de la relation et sur l’effet médiateur du contexte sur sa réalisation.
Continuité ou discontinuité de la relation entre écart d’âge et pratique contraceptive?
Le modèle d’appariement inégalitaire peut être compris comme une forme de contrôle social sur les individus et les couples et son affaiblissement comme un facteur favorable à l’expression de nouveaux comportements. Le relâchement du schéma inégalitaire pourrait cependant favoriser la diffusion de la contraception sans que l’on observe nécessairement un renforcement des structures conjugales « égalitaires ». Deux hypothèses alternatives peuvent ainsi être envisagées : celle d’une relation régulière, linéaire entre écarts d’âge et pratique contraceptive, et celle d’une différence de comportements entre, d’un côté, les couples qui répondent au modèle inégalitaire ancien, et, de l’autre, l’ensemble des autres couples au sein desquels l’écart d’âge n’est plus discriminant.
Une relation conditionnée par le contexte?
La relation attendue entre écart d’âge et pratique contraceptive passe d’une part par le caractère novateur de la démarche contraceptive et d’autre part par le degré d’autonomie individuelle ou conjugale permettant de prendre de la distance par rapport aux normes et d’assumer les coûts psychologiques et sociaux de la transgression. Ces coûts variant avec le degré de diffusion de la contraception, la relation entre écart d’âge et pratique contraceptive est susceptible de varier avec le degré d’avancement de la transition de la fécondité. De même, l’homogénéité des couples présentant un même écart d’âge est certainement fonction de leur représentation au sein de la population générale : plus forte lorsqu’ils sont minoritaires, plus faible lorsqu’ils sont majoritaires. Nous chercherons ainsi à mesurer la relation entre la différence d’âge et la pratique contraceptive en contrôlant l’effet du contexte. En particulier, on testera l’hypothèse de la démarche pionnière des couples égalitaires en âge – se distinguent-ils plus particulièrement des autres couples dans un contexte de début de transition et quand ils sont en position minoritaire? – et celle de la position conservatrice des couples très inégalitaires en âge – se rapprochent-ils, en matière de comportement reproductif, des autres couples à mesure que la contraception se diffuse ou s’en distinguent-ils d’autant plus fortement qu’ils représentent un modèle d’appariement conjugal minoritaire?
 
II. Données et indicateurs
 
 
1. Écart d’âge entre conjoints et écart d’âge au premier mariage
Faute de données, l’écart d’âge entre conjoints a été peu étudié. On s’en tient le plus souvent à la différence entre les âges moyens au premier mariage (SMAM) des hommes et des femmes (Lesthaeghe et al., 1989; United Nations, 1988, 2000; van de Walle, 1996). Cet indicateur est facile à obtenir à partir des proportions de célibataires par âge fournies par toutes les opérations de collecte et suffisamment instructif dans une perspective de comparaison des régimes matrimoniaux. L’écart entre les âges au premier mariage des hommes et des femmes figure ainsi parmi les indicateurs retenus par Ron Lesthaeghe et son équipe (Lesthaeghe et al., 1989, 1994; Kaufmann et al., 1988) pour discuter des associations existantes entre les régimes matrimoniaux et les paramètres de l’organisation sociale (mode de production, stratification sociale, système de parenté, religion, etc.) sur un ensemble de 170 groupes ethniques d’Afrique sub-saharienne. Ces travaux ont montré que le développement de l’instruction féminine l’emportait sur les indicateurs d’organisation sociale pour expliquer les variations de l’écart d’âge au premier mariage entre populations.
La différence entre les âges moyens au premier mariage ne rend cependant que partiellement compte des écarts d’âge existant entre les conjoints. En effet ceux-ci dépendent non seulement du décalage entre les calendriers d’entrée en union des hommes et des femmes mais aussi de l’intensité des ruptures d’union et des remariages (qui peuvent varier selon la différence d’âge des conjoints) et surtout des modalités de l’appariement conjugal (les mariages entre célibataires ne représentent qu’une partie des premiers mariages des individus). Par ailleurs la différence entre les âges moyens au premier mariage est un indicateur déduit de données transversales qui ne fournit aucune information sur la distribution des écarts d’âge et ne se prête pas, à plus forte raison, à des analyses à l’échelle individuelle.
Les seules analyses de ce type réalisées sur l’écart d’âge entre conjoints ont été entreprises par John Casterline et son équipe (Casterline et al., 1986) à partir des enquêtes mondiales de fécondité réalisées à la fin des années soixante-dix dans 28 pays en développement (9 en Afrique, dont 5 en Afrique sub-saharienne, 11 en Asie et 8 en Amérique latine). Par la suite Mead Cain (1984, 1993) a utilisé ces résultats sur la différence d’âge comme marqueur du statut de la femme et du degré de patriarcat et les a mis en relation avec les niveaux de fécondité. Ses travaux attestent de l’existence d’une corrélation importante, à l’échelle des 28 pays, entre l’écart d’âge médian et le niveau de fécondité. Cette corrélation résulte principalement de la mise en opposition de deux groupes de pays : d’un côté les pays d’Amérique latine et du Sud-Est asiatique (avec un faible écart d’âge et une faible fécondité), de l’autre les pays africains et de l’Asie du Sud et de l’Ouest (avec des écarts d’âge et une fécondité élevés). Les analyses distinguaient ainsi les pays où la transition était engagée de ceux où elle n’avait pas encore débuté. En revanche, il n’apparaissait pas de relation claire entre la différence d’âge des conjoints et le niveau de fécondité au sein de chacun de ces deux groupes. La situation a pu se modifier depuis avec le démarrage de la baisse de la fécondité en Afrique. Les enquêtes démographiques et de santé permettent de reprendre la question avec des données récentes.
2. Données
La question sur l’âge du conjoint a été introduite dans le questionnaire « femme » des enquêtes démographiques et de santé de la troisième génération (EDS-III), réalisées à partir du milieu des années quatre-vingt-dix. Nous utilisons ici les enquêtes de 18 pays d’Afrique sub-saharienne continentale qui ont enregistré cette variable [9] : Bénin (2001), Cameroun (1998), Éthiopie (2000), Gabon (2000), Ghana (1998), Guinée (1999), Kenya (1998), Malawi (2000), Mali (2001), Mozambique (1997), Niger (1998), Nigeria (1999), République Centrafricaine (1994-1995), Tanzanie (1996), Tchad (1996-1997), Togo (1998), Zambie (1996) et Zimbabwe (1999). L’échantillon traité compte près de 100000 femmes âgées de 15 à 49 ans en union au moment de l’enquête [10].
La question sur l’âge du conjoint n’est posée qu’aux femmes en union et porte sur leur partenaire au moment de l’enquête. Les enquêtes EDS reconnaissent une définition large du mariage ou de la vie en union, s’appuyant sur la déclaration des enquêtées, plutôt que sur des critères de reconnaissance légale ou coutumière. Ce point de vue est appréciable en Afrique sub-saharienne où les procédures matrimoniales sont variées, souvent longues et complexes (Radcliffe-Brown, 1953; Meekers, 1992; Hertrich, 1996) et où bon nombre d’unions échappent à tout enregistrement. Notons en particulier que les femmes ne résidant pas avec leur conjoint sont comptabilisées parmi les femmes en union et que les questions portant sur leur conjoint leur ont été posées au même titre qu’aux autres femmes mariées. Dans cet article, nous traiterons globalement des femmes vivant en union, et nous parlerons de leur « mariage », de leur « couple », de leur « mari », « conjoint » ou « partenaire » que leur union ait été régularisée ou non, qu’elle donne lieu à une co-résidence ou non.
Le fait que l’âge du conjoint ne soit connu que pour l’union en cours constitue une limite importante. L’évolution de l’appariement conjugal au fil des générations ne peut être abordée, les femmes des différentes générations se situant, au moment de l’enquête, à des étapes variables de leur histoire matrimoniale. Cette contrainte est d’autant plus importante que la mobilité matrimoniale est élevée : à 45-49 ans un tiers des femmes mariées n’en sont plus à leur première union contre 7 % à 20-24 ans.
L’examen des relations entre l’évolution des écarts d’âge entre conjoints et la transition de la fécondité ne peut donc être mené qu’à partir d’une analyse comparative d’indicateurs transversaux. Cette démarche est cependant facilitée par la diversité des pays traités, en matière de fécondité comme d’écart d’âge entre conjoints. Une large gamme de situations est couverte en terme d’avancement dans la transition de la fécondité, allant de pays où la contraception moderne est quasiinexistante (Tchad) à des pays où elle est largement diffusée, tels que le Zimbabwe, le Gabon ou le Kenya, où plus de la moitié des femmes ont déjà pratiqué une méthode moderne de contraception. De même, avec des moyennes variant de 6 ans (Malawi) à 14 ans (Guinée), on observe une grande diversité de situations concernant l’écart d’âge entre conjoints.
3. Qualité des données sur l’âge
La difficulté à évaluer les âges et à dater les événements est reconnue comme l’un des problèmes majeurs de la collecte et de l’analyse des données en Afrique. Ces concepts, étrangers aux sociétés de tradition orale, donnent souvent lieu à des déclarations imprécises ou peu fiables, se traduisant par des déformations de la distribution par âge ou des données incomplètes (Ewbank, 1981; IRD, 1990; Roger et al., 1981). La situation tend à s’améliorer avec le développement de la scolarisation et les progrès réalisés dans la conception et la réalisation des opérations de collecte. On observe ainsi une amélioration de la qualité des données EDS au fur et à mesure que le programme s’est développé (Gage, 1995).
La fiabilité des données sur l’écart d’âge mérite cependant d’être examinée, d’autant plus que cet indicateur est établi à partir de deux déclarations : il est calculé par différence entre l’âge (en années) de l’époux et celui de la femme enquêtée. L’enquêteur enregistre la date de naissance de la femme (dont l’âge est alors calculé par différence avec la date de l’entretien) si elle la connaît, sinon son âge. L’âge de l’époux est enregistré à partir d’une question directe à sa femme. Pour évaluer la qualité de l’information sur l’écart d’âge, on s’intéressera donc à celle de l’âge des deux conjoints, en terme de complétude et de régularité des distributions.
L’information sur l’âge est disponible pour la totalité des femmes et pour la quasi-totalité de leurs conjoints (tableau 1). Seuls deux pays (Guinée et Mozambique) enregistrent plus de 3 % de données manquantes sur l’âge des époux. Cette bonne complétude ne signifie cependant pas que l’on dispose de données précises et fiables. Dans 12 des 18 pays traités, plus de 40 % des femmes n’ont pas été en mesure de fournir leur date de naissance au mois près. Dans 6 d’entre eux, principalement localisés en Afrique de l’Ouest, cette méconnaissance concerne la quasi-totalité des femmes (plus de 80 %).

Tableau 1
Complétude des informations sur les âges et attraction des âges ronds (femmes en union, effectifs pondérés)
IMGIMGPays	Données manquantes sur l’âge du...IMGIMF
Pays Données manquantes sur l’âge du conjoint (%) Sans date de naissance avec précision du mois et de l’année (%) Âges terminés par 0 ou 5 (%) Âge de la femme (17-46 ans) Âge du conjoint (22-61 ans) Écart d’âge (2-21 ans) Afrique australe, centrale et orientale Éthiopie (2000) 0,2 88,1 30 37 24 Kenya (1998) 1,6 33,3 24 33 21 Malawi (2000) 0,5 31,0 23 27 20 Mozambique (1997) 12,3 49,2 26 24 19 Rép. Centrafri caine (1994/95) 0,5 33,8 23 27 19 Tanzanie (1996) 1,4 47,9 25 31 21 Zambie (1996) 0,8 23,0 18 20 20 Zimbabwe (1999) 2,8 4,0 20 24 21 Golfe de Guinée Bénin (2001) 1,1 81,9 35 48 29 Cameroun (1998) 1,2 40,6 27 35 22 Gabon (2000) 1,2 4,5 22 26 20 Ghana (1998) 2,5 48,1 29 36 23 Togo (1998) 0,7 80,0 28 26 24 Guinée (1999) 5,7 90,7 33 36 26 Afrique sahélienne Mali (2001) 2,1 86,0 32 35 25 Niger (1998) 2,8 91,9 35 51 29 Nigeria (1999) 2,6 47,5 43 57 35 Tchad (1996/97) 0,7 58,2 38 46 29 Nombre de pays où la proportion d’âges terminés par 0 ou 5 est : inférieure à 25 % 6 3 12 de 25 % à 29 % 5 4 5 de 30 % à 39 % 6 7 1 de 40 % ou plus 1 4 0 Champ: femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans. Sources: enquêtes EDS-III des 18 pays d’Afrique sub-saharienne continentale ayant enregistré la question sur l’âge du conjoint.

La distribution des déclarations concernant l’âge des enquêtées et plus encore celui de leur conjoint confirme l’imprécision des données dans une grande partie des pays. Une surreprésentation des âges « ronds », multiples de 5 et de 10, s’observe en effet dans la plupart des pays : en l’absence d’erreur de déclaration, ces âges devraient regrouper environ 20 % des déclarations; or la proportion observée n’est inférieure à 25 % que dans 6 pays pour l’âge de la femme et dans 3 pays pour l’âge du conjoint (tableau 1). Le phénomène d’attraction s’observe de façon systématique dans les 10 pays d’Afrique de l’Ouest, avec une concentration aux âges ronds généralement supérieure à 30 % pour les deux sexes, et dépassant même, pour l’âge de l’homme, 40 % dans 4 pays. Dans les autres régions, les femmes connaissent mieux leur âge; l’attraction est inexistante ou faible (inférieure à 30 %) dans tous les pays à l’exception de l’Éthiopie. La qualité des données sur l’âge de l’homme y est cependant discutable dans 5 pays, particulièrement l’Éthiopie, le Kenya et la Tanzanie où on enregistre plus de 30 % d’âges ronds. Pour importantes qu’elles soient, ces déformations s’avèrent cependant bien plus faibles que celles qui ont pu être constatées sur les enquêtes mondiales de fécondité et les premières EDS. Les valeurs se terminant par 0 ou 5 regroupaient alors parfois plus de 2/3 des enregistrements et la situation était pire encore avec les données censitaires (Goldman et al., 1985; IRD, 1990).
L’examen des répartitions par âge ne permet d’aborder qu’un aspect des erreurs de déclaration des âges, mais suffit à montrer que les âges déclarés ne peuvent être assimilés à des valeurs quantitatives précises. Les femmes connaissent mal l’âge de leur conjoint et les erreurs de déclarations ne sont probablement pas aléatoires. L’âge étant reconnu comme un attribut du pouvoir masculin et les analyses des données censitaires révélant une tendance au vieillissement plus importante chez les hommes que chez les femmes après 50 ans [11], il est vraisemblable que l’âge des maris soit surestimé et, en conséquence, que l’écart d’âge entre conjoints le soit également. Remarquons que les pays du Sahel, qui figurent parmi les pays les plus marqués par les schémas de déformation des âges, sont aussi ceux où le phénomène d’attraction au niveau de l’écart d’âge est le plus prononcé (tableau 1). On ne peut donc pas exclure l’hypothèse que les femmes (ou les enquêteurs) aient eu tendance à estimer l’âge des hommes en fonction de l’écart d’âge attendu entre les conjoints. Il est cependant rassurant de constater que la déformation est beaucoup plus limitée sur la distribution des écarts d’âge que sur celle des âges.
L’imprécision des déclarations sur les âges suggère que les intéressés les abordent davantage d’un point de vue qualitatif que quantitatif. On se gardera donc d’accorder à l’écart d’âge la précision d’une variable continue. On utilisera cette information principalement pour distinguer deux situations conjugales opposées :
  • celle des conjoints proches en âge, pour lesquels on fait l’hypothèse qu’ils sont dans une situation plus égalitaire, plus favorable à la constitution d’un pôle affectif et décisionnel dans leur couple. Sont classés dans cette catégorie les couples dont l’écart d’âge est d’une valeur absolue inférieure à 4 ans [12];
  • celle des conjoints très éloignés en âge qui, compte tenu de la distance générationnelle, des conditions probables du mariage (initiative familiale) et de la vie en union (polygamie), et de la position subalterne de la femme instituée par la différence d’âge, laisse peu de place au rapprochement des conjoints. Sont classés dans cette catégorie, les femmes mariées à un homme de 15 ans au moins leur aîné.
Ces catégories ont été volontairement marquées par des limites « extrêmes » pour leur garantir une certaine homogénéité, en dépit des erreurs d’estimation des écarts d’âge. Compte tenu des situations restantes, 4 modalités seront ainsi prises en compte pour analyser les relations entre l’écart d’âge et les comportements de fécondité :
  • les couples « fortement inégalitaires », avec des écarts de 15 ans et plus, qui représentent 19 % des couples de l’échantillon total;
  • les couples « modérément inégalitaires », avec des écarts de 5 à 15 ans (53 % des couples);
  • les couples « égalitaires », avec des écarts de plus ou moins 4 ans (27 %);
  • les couples où la femme est plus âgée que son mari d’au moins 5 ans. Il s’agit là d’une catégorie résiduelle (moins de 1 % de l’ensemble des observations) mais qu’il convenait de distinguer en raison des situations atypiques qu’elle recouvre.
L’appartenance à ces quatre types d’unions est mise en relation dans nos analyses avec le comportement reproducteur. La propension des femmes à l’adoption de nouveaux comportements de fécondité est mesurée dans notre étude par la pratique passée (ever use) et présente (current use) d’une méthode moderne de contraception. En effet, nous ne cherchons pas tant à mesurer la pratique contraceptive per se mais à distinguer les femmes qui, à travers des comportements de limitation des naissances, peuvent être considérées comme porteuses de changements démographiques. Il nous fallait donc inclure les femmes qui ont pratiqué la contraception moderne dans le passé mais ne la pratiquent plus au moment de l’enquête, soit parce qu’elles ne sont pas soumises au risque de concevoir (femmes enceintes, qui allaitent, stériles ou dont le mari est absent), soit parce qu’elles n’ont pas atteint le nombre d’enfants désirés (femmes les plus jeunes notamment).
Avant de décrire les résultats de ces analyses, nous présentons ci-après une vue d’ensemble de la structure des écarts d’âge dans les 18 pays.
 
III. Structure des écarts d’âge entre conjoints
 
 
La répartition des écarts d’âge entre conjoints témoigne d’une grande diversité de situations dans les pays traités (annexe I, figure 1). La différence d’âge médiane varie de 5 ans (Malawi) à 12 ans (Guinée), la moyenne de 6 à 14 ans. La proportion de couples proches en âge varie du simple au quadruple (10 % à 44 %) et celle des couples avec un écart d’âge de 15 ans ou plus se situe dans un rapport de 1 à 6 (6 à 38 %). Le poids des écarts d’âge intermédiaires (5 à 14 ans) est plus stable (42 % à 59 %).
Figure 1
Distribution des écarts d’âge entre conjoints, par pays (classement des pays selon la proportion d’écarts de 15 ans et plus)
IMGIMGDistribution des écarts d’âge entre conjoints, par...IMGIMF
Champ : femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans.
Sources : enquêtes EDS-III, cf. annexe I.
1. Schémas régionaux
Des différences régionales assez nettes se dégagent (figure 2), conformes aux observations faites à partir de la différence d’âge au premier mariage (Lesthaeghe et al., 1989, 1994; United Nations, 1988).
Figure 2
Répartition (%) des écarts d’âge entre conjoints, par pays et groupe de pays (moyenne mobile sur 3 ans)
IMGIMGRépartition (%) des écarts d’âge entre conjoints, ...IMGIMF
Champ : femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans.
Sources : enquêtes EDS-III des 18 pays d’Afrique sub-saharienne continentale ayant enregistré la question sur l’âge du conjoint.
Les pays d’Afrique australe, centrale et orientale se caractérisent par les écarts d’âge les plus faibles. Exception faite de l’Éthiopie, la valeur modale de l’écart se situe entre 3 et 5 ans; 3 à 5 femmes sur 10 ont un conjoint d’âge proche du leur, et moins d’une femme sur six est mariée à un homme de 15 ans au moins son aîné. Le Malawi est le pays où les écarts d’âge faibles sont les plus fréquents; à l’opposé, l’Éthiopie et, dans une moindre mesure, la Tanzanie, ont des profils plus étalés se rapprochant de ceux des pays du golfe de Guinée.
Les pays du golfe de Guinée présentent un profil intermédiaire, avec des valeurs modales comprises entre 4 et 6 ans, proches de celles du groupe précédent, mais avec une dispersion plus importante en faveur des valeurs élevées. Les couples « égalitaires » en âge y restent cependant davantage représentés que les couples « très inégalitaires » (31 % contre 17 % en moyenne).
Tel n’est plus le cas dans les pays du Sahel (y compris le Nigeria), où les femmes mariées à un homme beaucoup plus âgés (29 % en moyenne) sont deux fois plus nombreuses que celles qui sont proches en âge de leur conjoint. L’écart d’âge modal est moins marqué dans ces pays que dans ceux des autres régions, il se situe sur une plage allant de 6 à 11 ans. Au sein de ce groupe, la Guinée est le pays où les écarts élevés sont les plus représentés, le Tchad, celui où ils le sont le moins.
Ces modèles régionaux se distinguent principalement par les valeurs modales et la dispersion des distributions, mais présentent cependant des profils proches. Les courbes sont dissymétriques, avec une faible représentation des valeurs négatives, une concentration des observations autour des valeurs modales et un étalement sur la droite. Tout se passe comme si l’appariement conjugal était impossible si un écart d’âge minimum n’était pas respecté : de fait, les unions avec un écart d’âge nettement inférieur à la valeur modale sont marginales, à plus forte raison si l’écart est en faveur de la femme. La concentration autour des valeurs modales renforce l’idée d’un contrôle social de cet appariement. Il est d’ailleurs probable que la répartition observée exagère la réalité, la norme ayant pu influencer les déclarations.
2. Écart d’âge entre conjoints, polygamie et rang de mariage de la femme
Le rang d’union de la femme (premier mariage ou remariage) et la situation polygamique ou monogamique de l’union conditionnent l’écart d’âge entre conjoints (figure 3, annexe II).
Figure 3
Répartition (%) des écarts d’âge entre conjoints selon les caractéristiques de l’union et le rang de mariage de la femme (Moyenne mobile sur 3 ans)
IMGIMGRépartition (%) des écarts d’âge entre conjoints s...IMGIMF
Champ : femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans.
Sources : enquêtes EDS-III, cf. annexe II.
Les écarts d’âge sont plus élevés et plus dispersés pour les femmes remariées que pour les femmes en première union, et cela dans tous les pays (figure 3). En particulier, les situations conjugales plaçant l’épouse en position d’aînée deviennent moins exceptionnelles : dans les pays non sahéliens, elles concernent, en moyenne, près d’une femme remariée sur dix contre moins de 3 % en cas de premier mariage. En Afrique sahélienne, elles restent cependant rares (3 % contre moins de 1 % pour les premiers mariages). La variation de l’écart d’âge selon le rang de mariage tient en partie à la précocité du calendrier d’entrée en union des femmes en Afrique qui rend leur mariage avec un homme plus jeune difficilement réalisable. Un tel appariement devient accessible à mesure que l’âge de la femme augmente, donc en cas de remariage. De plus, les remariages des femmes étant généralement moins contrôlés que leur premier mariage (Locoh et Thiriat, 1995), les modalités de l’appariement sont plus souples, donc plus diversifiées. La représentation plus importante des écarts d’âge élevés en cas de remariage va dans le même sens. Les premiers mariages regroupant l’essentiel des unions (8 sur 10 en moyenne dans chaque ensemble de pays), on retrouve au sein de cette catégorie les différentiels régionaux observés sur l’ensemble des unions (écarts les plus élevés en Afrique sahélienne, les plus faibles en Afrique australe, centrale et orientale, et de niveau intermédiaire dans le golfe de Guinée). En revanche, les écarts d’âge en cas de remariage distinguent principalement le groupe sahélien, les pays du golfe de Guinée suivant le même profil que ceux d’Afrique australe, centrale et orientale.
La polygamie est un autre facteur qui joue dans le sens d’une plus grande dispersion des écarts d’âge, mais systématiquement en faveur d’écarts d’âge plus élevés. Par définition, les mariages polygamiques concernent des hommes déjà mariées, et par conséquent plus vieux en moyenne que les hommes sans épouse (majoritairement célibataires) [13]. Il est donc normal qu’ils aient en moyenne un écart d’âge plus important avec leurs épouses. La relation passe peut-être aussi par un effet de sélection des individus les moins investis dans la construction conjugale, position signifiée à la fois par la pratique de la polygamie et par l’écart d’âge élevé. La pratique de la polygamie varie fortement entre les régions; elle concerne en moyenne 41 % des femmes enquêtées au Sahel, 33 % dans le golfe de Guinée, et 20 % dans les autres régions. Cependant les différentiels régionaux des écarts d’âge observés sur l’ensemble des unions ne peuvent être attribués à l’inégale représentation de cette pratique : on les retrouve à la fois au sein des sous-groupes monogamiques et polygamiques.
 
IV. Écarts d’âge entre conjoints et pratique contraceptive
 
 
1. Une pratique contraceptive plus faible quand l’écart d’âge entre conjoints est élevé
Les différences régionales en terme d’écarts d’âge se retrouvent en terme de pratique contraceptive (annexe III). La diffusion de la contraception moderne est la plus importante en Afrique australe, centrale et orientale : dans la moitié des pays traités, 4 femmes sur 10 au moins l’ont déjà pratiquée. Elle est la plus faible dans les pays du Sahel, avec une fréquence toujours inférieure à 25 %. Enfin les pays du golfe de Guinée se situent dans une position intermédiaire, la pratique touchant environ une femme sur quatre dans 3 des 5 pays traités, davantage dans les deux autres. À l’échelle agrégée, le mode d’appariement conjugal semble ainsi jouer sur la transition reproductive : dans les régions où les écarts d’âge élevés sont rares, la la contraception moderne est bien diffusée, alors qu’elle reste peu utilisée dans celles où le modèle inégalitaire est bien implanté.
L’association relevée à l’échelle régionale se retrouve à l’échelle individuelle : dans tous les pays, les femmes mariées à un homme bien plus âgé sont moins investies dans les nouveaux comportements de reproduction. Pour l’ensemble des femmes des 18 pays, lorsque la différence d’âge entre conjoints est faible, la probabilité d’avoir déjà pratiqué une méthode moderne de contraception est 2,4 fois supérieure à celle des conjoints dont la différence d’âge est élevée et environ d’un tiers supérieure à celle des conjoints dont la différence d’âge est modérée. L’effet de la différence d’âge est à la fois fort et très significatif (inférieur au seuil de 0,01 %). Il s’observe dans tous les pays de l’étude mais de manière plus ou moins marquée. Ainsi, la pratique de la contraception moderne entre groupes extrêmes (écarts d’âge faibles et écarts de 15 ans et plus) se situe dans un rapport de 1,1 à 1,4 dans 11 pays, de 1,5 à 1,8 dans 5 pays et dépasse 2,5 dans 2 pays (annexe III, figure 4). La pratique contraceptive des couples à écart d’âge intermédiaire (5 à 14 ans) est généralement plus proche de celle des couples à faible écart d’âge que de celle des couples à écart d’âge important. Il ne se dégage pas de schéma régional associé aux différentiels de pratique contraceptive entre catégories d’écarts d’âge.
Figure 4
Proportion de femmes mariées ayant pratiqué la contraception moderne selon l’écart d’âge avec leur conjoint
IMGIMGProportion de femmes mariées ayant pratiqué la con...IMGIMF
Champ : femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans.
Sources : enquêtes EDS-III, cf. annexe III.
2. Écarts d’âge entre conjoints, pratique contraceptive et déterminants socio-économiques et culturels
Le différentiel de pratique contraceptive selon l’écart d’âge entre conjoints, tel qu’il a été examiné dans notre étude jusqu’à présent, correspond à une « relation brute », une association qui pourrait traduire avant tout les effets conjugués de facteurs déterminant à la fois l’appariement conjugal et les comportements reproducteurs et qu’il convient de contrôler dans un modèle multivarié, afin de mesurer l’effet net de l’écart d’âge sur la pratique contraceptive.
Écart d’âge et sélection socio-économique
Les femmes ayant un âge proche de celui de leur conjoint et celles qui ont épousé un homme beaucoup plus âgé présentent en effet des caractéristiques socio-économiques, culturelles et matrimoniales très différentes (annexe IV). La probabilité d’épouser un homme d’âge proche augmente ainsi significativement avec le niveau d’instruction de la femme, la résidence en milieu urbain, la pratique de la monogamie, la pratique de la religion chrétienne. À l’opposé, la résidence en milieu rural, l’absence de scolarisation, la présence de coépouse(s) et la pratique de l’islam sont des caractéristiques individuelles associées à l’appartenance à un couple avec un écart d’âge de 15 ans ou plus. L’échelle des écarts d’âge reproduit ainsi de façon remarquable les différentiels socio-économiques et l’on peut se demander si les différences de pratique contraceptive qui lui sont associées ne correspondent pas seulement à un effet de sélection, les femmes les plus « modernes » étant tout à la fois davantage représentées parmi les couples égalitaires en âge et plus ouvertes aux nouveaux comportements de fécondité.
Une relation confirmée : l’écart d’âge est associé à la pratique contraceptive
Pour en juger, nous avons construit une analyse logistique multivariée où l’écart d’âge est introduit conjointement aux caractéristiques socio-économiques de la femme comme variable explicative de la pratique contraceptive (tableau 2, modèle 1). Ces variables portent sur le cycle de vie familiale de la femme (âge [14], nombre d’enfants survivants [15]), sur son milieu socio-économique et culturel (niveau d’instruction, milieu de résidence, religion) et sur les caractéristiques de l’union (rang de mariage, statut monogamique ou polygamique) [16]. Les variables ont toutes été dichotomisées.

Tableau 2
Résultats des régressions logistiques sur la pratique d’une méthode moderne de contraception dans 18 pays d’Afrique sub-saharienne. Rapport des chances (Odds ratio)
IMGIMGVariables indépendantes	Modèle 1	Mod...IMGIMF
Variables indépendantes Modèle 1 Modèle 2 Rapport des chances Rapport des chances Différence d’âge entre les conjoints (en années) inverse (ð 5 ans) 0,873 0,745 égal (+ ou 4 ans) 1,095*** 0,860 moyen (5 à 14 ans) Réf. 1,000 1,000 inégal (15 ans ou +) 0,794*** 0,731*** Groupe d’âges à l’enquête 15-19 0,405*** 0,403*** 20-24 0,808*** 0,796*** 25-29 Réf. 1,000 1,000 30-34 0,966 0,952 35-39 0,953 0,879*** 40-44 0,888** 0,781*** 45-49 0,666*** 0,563*** Type d’union Monogame 1,280*** 1,147*** Polygame Réf. 1,000 1,000 Nombre d’unions Une seule Réf. 1,000 1,000 Deux ou plus 0,946 0,969 Nombre d’enfants survivants 4 ou moins 1,000 1,000 Plus de 4 1,666*** 1,731*** Religion Chrétienne 1,283** 1,034 Musulmane 0,816 0,947 Animiste ou sans religion Réf. 1,000 1,000 Niveau d’instruction Sans instruction Réf. 1,000 1,000 Primaire 3,207*** 2,265*** Secondaire 7,308*** 4,681*** Supérieur 11,696*** 8,985*** Lieu de résidence Zone rurale Réf. 1,000 1,000 Zone urbaine 1,919*** 1,709*** Proportion de femmes ayant déjà utilisé une méthode moderne dans la région < 15 % Réf. 1,000 [15% ; 35%[ 2,211*** 35% et plus 5,259*** Interaction entre écart d’âge et diffusion de la contraception inverse et [15%, 35%[ 1,635* inverse et 35+% 1,364 égal et [15%, 35%[ 1,184* égal et 35+% 1,243** inégal et [15%, 35%[ 0,964 inégal et 35+% 0,993
IMGIMGProportion de couples très inégalita...IMGIMF
Proportion de couples très inégalitaires (15+ ans d’écart) dans la région < 10 % Réf. 1,000 [10%, 25%[ 1,029 25% et plus 0,953 Interaction entre écart d’âge et % de couples très inégalitaires dans la région inverse et [10%, 25%[ 0,927 inverse et 25% et plus 1,090 égal et [10% ; 25%[ 1,038 égal et 25% et plus 1,134 inégal et [10% ; 25%[ 1,105 inégal et 25% et plus 1,190* Nombre d’observations 99 045 99 045 Log-vraisemblance Chi2 47 885,49 45 203,35 Pseudo R2 0,1722 0,2186 Significatif au seuil de: *** 1 pour cent ; ** 5 pour cent ; *10 pour cent Champ: femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans. Sources: enquêtes EDS-III des 18 pays d’Afrique sub-saharienne continentale ayant enregistré la question sur l’âge du conjoint.

La catégorie de référence des modèles de l’analyse multivariée est celle des femmes appartenant à un couple « modérément inégalitaire » (groupe majoritaire réunissant 53 % des femmes), âgées de 25 à 29 ans, ayant moins de 4 enfants survivants, sans instruction, résidant en zone rurale, sans religion ou de religion animiste, vivant en union polygame et n’ayant pas connu de rupture d’union.
Le tableau 2 fournit les rapports de chances plutôt que les coefficients afin de favoriser la lecture immédiate des résultats. Un rapport significativement supérieur à 1 atteste d’une relation positive entre la variable indépendante et l’indicateur testé, un rapport significativement inférieur à 1 atteste d’une relation négative entre les deux variables.
Les résultats confirment l’effet de l’écart d’âge entre les conjoints sur la pratique contraceptive des femmes. Comme on s’y attendait, les caractéristiques socio-économiques des femmes jouent un rôle important dans la relation, mais l’effet de l’écart d’âge reste très significatif et conforme au schéma attendu même après contrôle des variables de confusion : la probabilité d’avoir déjà pratiqué la contraception moderne est d’autant plus importante que l’écart d’âge entre conjoints est faible (abstraction faite du groupe atypique des femmes plus âgées que leur conjoint d’au moins 5 ans). Les femmes appartenant à un couple égalitaire en âge ont une probabilité de pratiquer la contraception supérieure à celle des femmes du groupe fortement inégalitaire (OR = 1,095 contre 0,794) et supérieure dans une moindre mesure à celle des femmes du groupe intermédiaire (de référence).
À l’exception du rang de mariage de la femme, toutes les autres variables introduites dans l’analyse ont un effet significatif sur la probabilité de pratiquer la contraception. Conformément aux résultats convergents des études sur les comportements de reproduction dans les pays en développement, le niveau d’instruction de la femme exerce, de loin, l’effet le plus important : la probabilité d’avoir déjà pratiqué la contraception moderne augmente régulièrement et fortement avec le niveau d’instruction, avec un rapport de 1 à près de 12 entre les femmes sans instruction et celles qui ont atteint le secondaire. La scolarisation est un indicateur à la fois du milieu social et du statut de la femme. Elle favorise l’adoption de nouveaux idéaux de fécondité par l’accès à des sources d’informations plus diversifiées, à des opportunités de réalisation personnelle en dehors des fonctions de mère et d’épouse. Au sein du couple et de la famille élargie, elle offre les moyens d’une grande marge de négociation pour adopter, voir imposer, des comportements novateurs. Autre indicateur du milieu social, le lieu de résidence exerce, après le niveau d’instruction, l’effet le plus élevé sur la pratique contraceptive : les citadines ont une probabilité nettement plus élevée d’utiliser la contraception moderne que les femmes vivant en milieu rural (OR = 1,119 contre 1), ce que l’on peut attribuer là aussi à des différentiels en terme de circulation des informations, de contrôle social et aussi d’accessibilité et de fréquentation des services de santé et de planification familiale. La variable « religion » distingue principalement les femmes chrétiennes, avec une probabilité de pratiquer la contraception supérieure à celle des femmes de religion traditionnelle ou se déclarant sans religion. Les femmes musulmanes ne se distinguent pas significativement de ces dernières.
Le type polygamique ou monogamique de l’union, que l’on peut considérer comme un autre indicateur de la nature des relations conjugales, exerce un effet d’importance proche (légèrement inférieur) à l’écart d’âge entre conjoints : l’appartenance à un couple monogamique augmente significativement la probabilité de pratiquer la contraception.
Enfin, les variables démographiques qui renseignent sur la position de la femme dans le cycle de vie exercent un effet significatif. La probabilité de recourir à la contraception augmente logiquement avec le nombre d’enfants survivants : celle des femmes ayant 5 enfants survivants au moins dépasse de deux tiers celle des femmes à la descendance plus faible. L’âge exerce un effet complexe car il rend compte à la fois des effets de calendrier et des effets de génération. L’effet de calendrier joue dans le sens d’une augmentation de la pratique contraceptive avec l’âge : la durée d’exposition au risque de pratiquer la contraception et la probabilité d’avoir constitué la descendance souhaitée augmentent avec l’âge. Au contraire, l’effet de génération va dans le sens d’un recours plus faible à la contraception quand l’âge augmente : les jeunes générations ont été confrontées à un environnement plus ouvert à l’innovation et ont été touchées plus que leurs aînées par les campagnes sur la contraception. Le télescopage de ces deux effets, de calendrier et de génération, explique que les rapports de cotes soient inférieurs à l’unité pour tous les groupes d’âges comparés à la catégorie de référence des 25-29 ans. La probabilité de pratiquer la contraception est significativement inférieure à la catégorie de référence en raison de l’effet de calendrier pour les femmes de moins de 25 ans, et en raison de l’effet de génération pour les femmes de 35 ans et plus.
L’appariement conjugal, tel qu’il est mesuré par l’écart d’âge, apparaît comme un facteur associé à l’adoption de nouveaux comportements de reproduction. À caractéristiques socio-économiques et culturelles égales, les femmes ont une probabilité d’autant plus importante de pratiquer la contraception moderne qu’elles sont proches en âge de leur conjoint. Cet effet n’est que partiellement absorbé par les indicateurs approchant ces facteurs, à savoir le niveau d’instruction de la femme et la nature, monogamique ou polygamique de l’union : l’écart d’âge exerce un effet net, indépendant sur la pratique contraceptive.
L’analyse de la pratique contraceptive à partir de variables explicatives individuelles trouve cependant ses limites dans le fait qu’elle néglige le contexte dans lequel s’inscrit la démarche individuelle. En d’autres termes, les femmes sont supposées agir dans un espace neutre, sous le seul effet de leurs attributs socio-économiques. Or les coûts psychologiques et sociaux du recours à la contraception moderne ne sont probablement pas les mêmes dans un milieu où la pratique est devenue fréquente et bénéficie ainsi d’une certaine légitimité sociale et dans un milieu où elle est exceptionnelle et passe par une transgression des règles morales et sociales. De même être l’épouse d’un homme d’âge proche du sien n’a probablement pas la même signification ni ne revêt les mêmes enjeux dans une société où les écarts d’âge élevés sont de règle et où ce type d’appariement conjugal est en lui-même un comportement novateur que dans une population où ils sont largement répandus.
3. Écarts d’âge entre conjoints, pratique contraceptive et variables contextuelles
Nous avons voulu évaluer le rôle des deux variables contextuelles qui nous paraissaient particulièrement pertinentes dans la relation entre l’écart d’âge entre conjoints et la pratique contraceptive, à savoir une variable décrivant le modèle dominant d’appariement conjugal et une autre mesurant le degré de diffusion de la contraception moderne dans la région afin de répondre aux questions suivantes :
  • la relation entre l’écart d’âge et la pratique contraceptive varie-t-elle en fonction du contexte?
  • les couples égalitaires en âge sont-ils des pionniers dans la diffusion de la pratique contraceptive : se distinguent-ils davantage des autres couples lorsque la transition de la fécondité est à ses débuts, ou faut-il attendre que celle-ci soit bien engagée pour qu’ils s’affirment sur la scène du changement social?
  • le fait d’être l’épouse d’un homme beaucoup plus âgé est-il toujours un frein à l’adoption de nouveaux comportements de reproduction ou la différence s’estompe-t-elle quand la pratique contraceptive se diffuse?
  • les couples « égalitaires » et les couples « très inégalitaires » se distinguent-ils davantage quand ils représentent une catégorie minoritaire de la population, sélectionnant des populations particulières, plus engagées peut-être dans la construction conjugale pour les uns, dans le respect des valeurs traditionnelles pour les autres?
Un modèle multivarié intégrant les variables contextuelles
Pour aborder ces questions, nous avons développé le modèle d’analyse logistique multivariée en ajoutant à la variable dépendante (pratique actuelle ou passée de la contraception moderne) et aux variables explicatives individuelles déjà traitées, deux types de variables permettant d’évaluer l’effet du contexte : deux variables contextuelles (type d’union dominant et degré de diffusion de la contraception au niveau régional) qui mesurent l’effet du contexte sur la pratique individuelle de la contraception moderne, et deux variables interactives qui mesurent l’effet du contexte sur la relation entre le comportement reproductif et l’écart d’âge entre conjoints, relation que l’on suppose d’une intensité variable selon le contexte (tableau 2, modèle 2) [17].
La variable décrivant le type d’appariement conjugal dominant dans la région a été définie à partir de la proportion de femmes mariées à un homme plus âgé qu’elles d’au moins 15 ans parmi l’ensemble des femmes de la région interrogées dans l’enquête individuelle. Trois groupes de régions ont été définies : celles où moins de 10 % des femmes ont une différence d’âge de 15 ans ou plus avec leur conjoint, celles où cette proportion est de 10 à 25 %, et celles où elle est de plus de 25 %. La variable décrivant la diffusion de la contraception dans la région a été définie à partir de la proportion de femmes enquêtées y ayant déjà pratiqué une méthode de contraception moderne. Trois modalités ont également été définies pour cette variable : moins de 15 %, 15 à 35 % et 35 % ou plus de femmes ayant déjà pratiqué une méthode moderne de contraception.
Ces variables contextuelles ont été calculées à l’échelle des régions définies par les enquêtes démographiques et de santé, soit 4 à 12 sub-divisions selon les pays. Leur large taille ne permet pas de garantir l’homogénéité culturelle des régions, ce qui aurait été l’idéal pour notre propos. En l’absence d’informations plus précises sur la localisation géographique des femmes, il ne nous a toutefois pas été possible de procéder à un découpage plus fin.
La catégorie de référence pour le modèle 2 est définie par les mêmes modalités que celles du modèle 1, auxquelles s’ajoutent la résidence dans une région où la contraception moderne est peu diffusée (moins de 15 % de pratique actuelle ou passée) et où les couples aux écarts d’âge élevés sont minoritaires (moins de 10 % des couples).
Dans ce modèle, la lecture de l’effet de l’écart d’âge sur la pratique contraceptive est plus complexe que dans le modèle 1 dans la mesure où il est nécessaire de prendre en compte à la fois le coefficient attaché à l’écart d’âge et celui mesurant l’interaction entre l’écart d’âge et les variables contextuelles. L’effet de l’écart d’âge sur la probabilité d’utiliser la contraception moderne est estimé en multipliant ces deux coefficients. Comparons par exemple deux femmes ayant des caractéristiques individuelles identiques, mais se différenciant par l’écart d’âge avec leur conjoint (entre 5 et 14 ans pour l’une, supérieur à 15 ans pour l’autre) et le modèle conjugal régional (moins de 10 % de couples très inégalitaires en âge dans la région où vit la première, plus de 25 % pour l’autre). La première de ces femmes appartient à la catégorie de référence, avec un rapport de chances égal à l’unité. Pour la seconde, ce rapport est de 0,87 (0,731 multiplié par 1,19), soit inférieur à celle de l’autre femme.
L’ajout des variables contextuelles augmente de manière significative la part de la variance expliquée, comme en atteste le rapport de vraisemblance, déjà très significatif dans le modèle précédent. Les résultats du deuxième modèle sont cohérents avec ceux du premier (tableau 2) dans la mesure où les variables relatives aux caractéristiques socio-économiques individuelles opèrent globalement dans le même sens pour les deux régressions, mais leur effet est, selon le cas, nuancé (niveau d’instruction, lieu de résidence, type d’union) ou renforcé (âge de la femme, nombre d’enfants survivants) par la prise en compte des indicateurs régionaux. L’effet de la religion n’est plus significatif après contrôle des variables contextuelles.
Parmi les variables contextuelles, le degré de diffusion de la contraception moderne dans la région exerce, comme on pouvait s’y attendre, un effet déterminant sur la pratique contraceptive individuelle : à caractéristiques individuelles égales, la probabilité d’avoir utilisé une méthode moderne varie dans un rapport de 1 à 5 selon que l’on réside dans une région où celle-ci est rare (moins de 15 %) ou dans une région où elle est développée (35 % au moins de femmes utilisatrices actuelles ou passées). En revanche la catégorie d’écart d’âge dominant n’exerce pas d’effet propre sur la probabilité de pratiquer la contraception des femmes, après contrôle de leurs caractéristiques individuelles et de la diffusion de la contraception dans la région.
Être l’épouse d’un homme beaucoup plus âgé freine systématiquement la pratique contraceptive…
La prise en considération des variables contextuelles confirme nos résultats précédents : l’appartenance à un couple très inégalitaire en âge est associée négativement à la pratique contraceptive (modèle 2, tableau 2). Les femmes qui ont une différence d’âge très élevée avec leur conjoint sont moins impliquées dans la pratique contraceptive moderne dans tous les contextes démographiques (OR = 0,731 significatif par rapport à celle des autres femmes). Leur pratique contraceptive augmente avec le degré de diffusion de la contraception dans la région mais parallèlement à celle des autres types d’unions, si bien que le différentiel par rapport aux autres catégories de couples ne se réduit pas.
Le modèle d’appariement conjugal prévalant dans la région influence en revanche de manière significative la relation entre écart d’âge et pratique contraceptive : quand les femmes résident dans un milieu où le modèle inégalitaire est fréquent (au moins un quart des couples), elles ont une probabilité de pratiquer la contraception moins éloignée de celle des autres couples (OR = 0,830 au lieu de 0,731), probablement parce que la catégorie des « couples inégalitaires en âge » correspond alors à un groupe plus hétérogène.
…être mariée à un homme d’âge proche l’augmente dans certains contextes
Si l’effet des écarts d’âge les plus élevés sur la pratique contraceptive est claire et univoque, on n’observe pas, en revanche, de différence systématique et significative entre les autres types de couples (femmes plus âgées que leur conjoint ou conjoints dont la différence d’âge est inférieure à 15 ans). Pour ces catégories, le différentiel de pratique contraceptive n’est significatif que dans certains contextes [18].
L’avantage comparatif des femmes ayant moins de 5 ans de différence d’âge avec leur conjoint sur celles ayant 5 à 15 ans d’écart n’est ainsi significatif que dans les régions où la diffusion de la pratique contraceptive est bien engagée (15 % de femmes au moins l’ayant déjà utilisée) Dans ce contexte, et dans ce contexte seulement, les femmes appartenant à des couples égalitaires en âge ont une probabilité de pratiquer la contraception supérieure à celles ayant 5 à 15 ans d’écart avec leur conjoint. Contrairement à l’hypothèse que nous avions envisagée au départ, les couples de faible écart d’âge n’occupent donc pas une position de pionniers dans le démarrage de la transition de la fécondité. En effet quand la pratique contraceptive en est à ses débuts, les couples les plus égalitaires en âge n’ont pas une probabilité significativement plus forte de l’adopter que les couples modérément inégalitaires en âge (5 à 15 ans d’écart). Toutefois, dès lors que celle-ci se développe, ils s’y engagent plus significativement et d’autant plus fortement que la pratique s’intensifie dans leur zone de résidence. Ainsi, lorsque la pratique contraceptive dans la région concerne entre 15 et 35 pour cent des femmes, les couples ayant une faible différence d’âge ont une probabilité de pratiquer la contraception supérieure à celle des autres couples et cette probabilité s’accroît dans les régions où la contraception est très répandue (pratiquée par au moins 35 % des femmes).
En revanche, l’autre variable contextuelle introduite dans notre analyse, à savoir le modèle dominant d’appariement des couples sur l’âge dans la région, n’a aucune influence sur la probabilité des couples égalitaires en âge d’utiliser une méthode contraceptive par rapport aux couples modérément inégalitaires (5-15 ans d’écart avec le conjoint) : les coefficients mesurant l’interaction entre écarts d’âge et proportion de couples très inégalitaires n’ont pas d’effet significatif sur la relation entre les deux variables d’intérêt dans la comparaison entre ces deux types de couples.
 
Conclusion
 
 
Depuis une quinzaine d’années, les recherches sur la fécondité en Afrique, jusque là centrées sur les femmes, se sont développées en s’intéressant aux hommes et aux interactions conjugales dans les comportements de reproduction. Les différences dans les attentes et projets en matière de fécondité et de contraception déclarés par les conjoints, ou encore l’existence d’une discussion sur la contraception y sont examinées comme autant de facteurs susceptibles de peser sur l’adoption de nouveaux comportements de fécondité. Les rapports entre conjugalité et pratique contraceptive sont également au cœur de cet article, mais plutôt que de recourir à des variables d’opinion et d’intention, de nature instable, généralement mobilisées, nous leurs avons préféré un indicateur des conditions objectives de l’interaction conjugale, correspondant à l’inégalité instituée par l’âge au sein du couple. Dans des sociétés où le sexe et l’âge sont au fondement des rapports de pouvoir et plus largement des rapports sociaux, il nous a semblé que l’écart d’âge entre conjoints était de nature à peser sur la marge de manœuvre individuelle et conjugale en matière de contraception.
Les résultats confirment largement cette hypothèse : la probabilité de recourir à la contraception moderne est d’autant plus élevée que la différence d’âge entre conjoints est faible. La relation passe en partie par les caractéristiques socio-économiques individuelles, mais elle reste significative après contrôle de ces dernières, y compris le niveau d’instruction, un indicateur majeur du statut de la femme, et le type monogamique ou polygamique de l’union, un autre indicateur de conjugalité.
L’existence d’une forte inégalité d’âge entre les conjoints apparaît comme un frein à la pratique contraceptive, probablement parce qu’elle crée des conditions défavorables à la fois à une prise de décision individuelle de la part des femmes, en position de cadettes, et à l’élaboration de projets conjugaux entre des personnes qui se situent à des étapes différentes de leur cycle de vie et n’ont pas partagé une même culture générationnelle. L’écart entre la pratique contraceptive des couples inégalitaires par rapport aux autres ne diminue pas avec la diffusion de la contraception, et le différentiel s’accroît quand cette catégorie de couples est faiblement représentée dans la région, regroupant sans doute les couples les plus attachés aux valeurs traditionnelles, en matière à la fois reproductive et conjugale.
Cet effet de sélection aurait pu se manifester pour les couples de faible différence d’âge par une pratique contraceptive plus élevée quand ils représentent une catégorie minoritaire de la population et dans un contexte de faible diffusion de la contraception, le pôle conjugal servant alors de levier pour assumer les coûts psychologiques et sociaux d’une pratique qui n’a pas encore acquis de légitimité sociale. Les analyses montrent qu’ils n’en est rien. D’une part la probabilité de recourir à la contraception des couples égalitaires est indépendante de leur poids dans la population générale. D’autre part, ils se distinguent d’autant plus fortement des autres catégories de couples que la contraception se développe dans la région : ils ne sont pas pionniers mais adhèrent plus vite à la contraception quand celle-ci commence à se diffuser de manière significative. L’appartenance à un couple égalitaire en âge n’est donc pas un élément moteur mais un facteur accélérateur des nouveaux comportements reproductifs.
Nos données ne permettent pas de discuter des mécanismes associés à l’investissement plus important dans la pratique contraceptive des femmes dont le conjoint est d’un âge proche : est-il lié à la plus grande marge d’autonomie des femmes pour agir sur leur fécondité, ou prend-il appui sur un projet conjugal concerté? Plutôt que d’opposer les deux processus, sans doute peut-on envisager qu’ils définissent des cheminements possibles dans l’accès à la contraception pour les femmes appartenant à des couples égalitaires en âge, alors qu’ils ne le sont pas, ou difficilement, pour les femmes mariées à des hommes beaucoup plus âgés qu’elles.

ANNEXE I


Répartition (%) des écarts d’âge entre conjoints
IMGIMGPays	Répartition des écarts d’âge	Éc...IMGIMF
Pays Répartition des écarts d’âge Écart médian Écart moyen Écart type Nb obs. <– 4 – 4 à + 4 5 à 14 15 + Total Afrique australe et orientale(1) 1,2 35,8 50,9 12,1 100 5,9 7,4 7,0 Éthiopie 0,6 23,7 59,2 16,6 100 7,7 9,1 7,3 9359 Kenya 0,4 35,5 54,3 9,7 100 6,0 7,3 6,3 4767 Malawi 0,8 43,9 49,4 5,9 100 5,0 6,0 5,1 9317 Mozambique 2,4 39,8 43,6 14,2 100 5,4 7,3 7,8 5487 Rép. Centrafricaine 3,5 42,3 42,1 12,1 100 5,1 6,5 7,4 4035 Tanzanie 0,7 31,0 52,8 15,6 100 6,8 8,7 7,9 5328 Zambie 0,6 33,4 56,5 9,5 100 6,1 7,2 5,8 4911 Zimbabwe 0,9 36,6 49,3 13,2 100 5,8 7,6 7,3 3452 Golfe de Guinée(1) 1,5 30,9 50,1 17,5 100 6,9 8,5 7,8 Bénin 1,5 27,6 52,8 18,1 100 7,0 8,8 8,0 4533 Cameroun 1,1 24,4 50,3 24,2 100 8,4 10,3 8,9 3486 Gabon 1,7 36,3 47,1 14,8 100 7,6 7,2 6,2 3429 Ghana 1,4 35,6 49,1 13,9 100 6,0 7,6 7,0 3145 Togo 1,6 30,7 50,9 16,7 100 6,8 8,4 7,5 5936 Afrique sahélienne(1) 0,3 14,3 56,4 29,0 100 10,0 11,8 8,3 Guinée 0,5 10,4 50,8 38,4 100 11,9 13,7 8,9 5214 Mali 0,2 12,5 58,4 28,9 100 10,2 11,9 7,8 10472 Niger 0,4 15,1 59,4 25,1 100 9,6 10,9 7,6 5947 Nigeria 0,2 13,6 58,1 28,2 100 9,8 11,5 8,1 5608 Tchad 0,5 19,9 55,3 24,4 100 8,8 10,9 8,1 5692 (1) Les indicateurs des régions correspondent à la moyenne arithmétique simple des indicateurs des pays étudiés. Champ: femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans. Sources: enquêtes EDS-III collectées au Bénin (2001), Cameroun (1998), Éthiopie (2000), Gabon (2000), Ghana (1998), Guinée (1999), Kenya (1998), Malawi (2000), Mali (2001), Mozambique (1997), Niger (1998), Nigeria (1999), République Centrafricaine (1994/95), Tanzanie (1996), Tchad (1996/97), Togo (1998), Zambie (1996) et Zimbabwe (1999).

ANNEXE II


Répartition (%) des écarts d’âge entre conjoints selon la situation monogamique ou polygamique de l’union et le rang de mariage de la femme (premier mariage ou remariage)
IMGIMGRégion(1) 	Répartition des écarts d’...IMGIMF
Région(1) Répartition des écarts d’âge Écart médian Écart moyen Écart type <– 4 – 4 à + 4 5 à 14 15 + Total Selon le type de l’union Monogamie Afrique australe et orientale 1,3 37,9 51,6 9,2 100 5,6 6,8 6,1 Golfe de Guinée 1,4 35,4 51,9 11,3 100 6,0 7,2 6,5 Afrique sahélienne 0,2 14,1 58,7 27,1 100 8,9 10,0 6,8 Polygamie Afrique australe et orientale 1,0 27,3 47,2 24,5 100 7,9 10,2 8,8 Golfe de Guinée 1,5 21,6 46,6 30,3 100 9,7 11,3 9,0 Afrique sahélienne 0,4 10,4 46,3 43,0 100 12,6 14,4 9,4 Selon le rang de mariage de la femme Premier mariage Afrique australe et orientale 0,5 36,4 52,5 10,6 100 5,8 7,3 6,4 Golfe de Guinée 0,6 29,9 52,3 17,2 100 7,0 7,1 6,0 Afrique sahélienne 0,2 14,1 58,7 27,1 100 9,8 11,5 7,9 Remariage Afrique australe et orientale 3,5 33,4 44,3 18,8 100 6,5 8,2 8,4 Golfe de Guinée 4,0 34,2 43,3 18,6 100 6,2 7,9 8,6 Afrique sahélienne 1,1 16,0 45,7 37,1 100 10,9 12,8 9,5 (1) Les indicateurs des régions correspondent à la moyenne arithmétique simple des indicateurs des pays étudiés. Afrique australe et orientale: Ethiopie, Kenya, Malawi, Mozambique, Rép. Centrafricaine, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe. Golfe de Guinée: Bénin, Cameroun, Gabon, Ghana, Togo. Afrique sahélienne: Guinée, Mali, Niger, Nigeria, Tchad. Champ: femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans. Sources: enquêtes EDS-III collectées au Bénin (2001), Cameroun (1998), Éthiopie (2000), Gabon (2000), Ghana (1998), Guinée (1999), Kenya (1998), Malawi (2000), Mali (2001), Mozambique (1997), Niger (1998), Nigeria (1999), République Centrafricaine (1994/95), Tanzanie (1996), Tchad (1996/97), Togo (1998), Zambie (1996) et Zimbabwe (1999).

ANNEXE III


Proportion (%) de femmes ayant déjà pratiqué la contraception moderne selon l’écart d’âge au sein du couple
IMGIMGPays	Écarts d’âge	Rapport (a)/(b)	<–...IMGIMF
Pays Écarts d’âge Rapport (a)/(b) <– 4 – 4 à + 4 (a) 5 à 14 15 + (b) Total Afrique australe, centrale et orientale Ethiopie 18 15 14 11 14 129 Kenya 70 60 52 40 53 150 Malawi 41 45 46 37 45 120 Mozambique 6 15 14 11 12 128 Rép. centrafricaine 10 12 12 8 11 154 Tanzanie 27 28 26 21 26 132 Zambie 26 40 40 26 39 153 Zimbabwe 75 85 79 67 79 128 Golfe de Guinée Bénin 20 23 24 17 22 136 Cameroun 23 37 29 13 27 278 Gabon 45 68 63 53 63 129 Ghana 31 40 39 31 38 129 Togo 26 31 23 17 25 176 Afrique sahélienne Guinée 4 13 10 8 10 168 Mali 12 23 22 18 21 128 Niger 11 11 13 9 11 122 Nigeria 24 28 20 11 18 266 Tchad 4 2 3 2 3 113 Champ: femmes en union, âgées de 15 à 49 ans, dont l’âge du conjoint est connu et compris entre 15 et 95 ans. Sources: enquêtes EDS-III collectées au Bénin (2001), Cameroun (1998), Éthiopie (2000), Gabon (2000), Ghana (1998), Guinée (1999), Kenya (1998), Malawi (2000), Mali (2001), Mozambique (1997), Niger (1998), Nigeria (1999), République Centrafricaine (1994/95), Tanzanie (1996), Tchad (1996/97), Togo (1998), Zambie (1996) et Zimbabwe (1999).

ANNEXE IV


Régressions logistiques multivariées de la différence d’â