2006
Population
Etienne van de Walle, 1932-2006
Henri Leridon
Etienne van de Walle est décédé soudainement, dans son bureau du Population Studies Center à Philadephie le 21 mars, peu avant son 74e anniversaire. C’est une grande figure de la démographie internationale qui disparaît, l’un de ces rares chercheurs qui constituait un lien fort entre les démographes de trois continents, l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Afrique, et qui avait développé des relations toutes spéciales avec ses collègues français en général et l’Ined en particulier.
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Après des études de sciences économiques à Louvain, Etienne van de Walle a passé quatre années (1957-1961) à réaliser des enquêtes socio-économiques au Ruanda-Urundi, à l’époque sous tutelle belge. Cette expérience devait décider de son avenir, à la fois en fixant définitivement son intérêt pour le continent africain et en l’orientant progressivement vers les questions de population. Le second tournant de sa carrière se situe en 1961-1962 quand il suit un programme d’enseignements en démographie à l’Office of Population Research à Princeton. Le directeur du centre, Ansley Coale, a tôt fait de repérer ses grandes compétences et ses grandes qualités humaines : de 1962 à 1973, Etienne van de Walle occupe divers postes de chercheur au sein du centre, continuant de travailler sur l’Afrique tout en ouvrant un second champ de recherches en démographie historique. Il sera, en effet, l’une des chevilles ouvrières du grand programme lancé par A. Coale sur la transition démographique en Europe, réalisant le volume consacré à la population de la France (The Female Population of France in the Nineteenth Century) paru en 1974.
En 1972, il est recruté comme Professeur par l’université de Pennsylvanie à Philadelphie. Jusqu’en 2001, il occupera cette position, assurant tantôt les fonctions de directeur du Population Studies Center, tantôt celles de Chairman du Graduate Group en démographie. À cette époque, l’université de Pennsylvanie dispose d’un des plus importants programmes de formation en démographie, intégrant Master et PhD, et largement ouvert aux étudiants étrangers, qu’ils viennent de pays développés (Europe, Canada…) ou en développement : de 1980 à 1995, Etienne van de Walle sera aussi responsable du programme African Demography Training and Research. Ses travaux le conduisent souvent en Afrique, notamment au Mali où il conseille le jeune Institut du Sahel. En 2001, il devient Professeur émérite à l’université de Pennsylvanie, tout en conservant des activités de recherche.
Ses travaux, nous l’avons dit, ont porté d’abord sur la démographie africaine. Ses tout premiers articles sont parus en 1960-1962 dans la revue Zaïre et dans les Recherches économiques de Louvain, et dès 1965, il publie dans les meilleures revues démographiques (Population Studies, Demography…). En 1968, il participe à l’ouvrage collectif coordonné par William Brass et al. (Demography of Tropical Africa), qui restera longtemps une référence incontournable. Il a lui-même co-édité dans les années 1980 quatre ouvrages dans la série International Studies in Demography publiée par Oxford University Press, et rédigé de nombreux articles. Son intérêt pour la démographie africaine n’a, en fait, jamais fléchi.
Parallèlement, ses travaux en démographie historique ont fait autorité. Il était un spécialiste reconnu de l’histoire de la population française, depuis la publication de l’ouvrage déjà mentionné. Il s’est aussi intéressé à la démographie de la Belgique, et en particulier à celle de son village d’origine, La Hulpe, dont il a dépouillé les registres. Progressivement, il s’est centré sur les conditions du déclenchement de la baisse de la fécondité, notamment en recherchant de quels moyens les couples pouvaient disposer pour limiter leurs naissances. Il a relu, et parfois traduit, les auteurs les plus anciens sur la question, et explorait assidûment toutes les sources possibles, y compris électroniques, convaincu que l’on sous-estimait le rôle des méthodes traditionnelles avant la diffusion des nouveaux procédés. L’un de ses derniers articles, publié dans Population et Sociétés en décembre 2005, posait d’ailleurs la question : « Comment prévenait-on les naissances avant la contraception moderne ? ».
Dans ces deux champs de recherche, Etienne van de Walle a toujours eu un grand souci de la critique des sources, et une grande méfiance face aux approches trop standardisées et aux analyses comparatives trop hâtives. Dans un de ses domaines de prédilection, la nuptialité africaine, il a par exemple montré que le mariage est souvent un processus à étapes qui ne peut se résumer à une date ou un âge unique.
Né en Belgique, Etienne van de Walle s’était installé définitivement aux États-Unis en 1961. Il a cependant toujours conservé une véritable culture européenne et de fortes amitiés en France et en Europe. En 1975, il a traduit en anglais (avec Elisha Renne) le manuel de démographie de Louis Henry (Population. Analysis and Models). Au début des années 1980, il a préparé une nouvelle version anglaise du Dictionnaire démographique multilingue des Nations unies, sur la base du texte français également rédigé par Louis Henry. En 2002, au moment du lancement de la version anglaise de Population, il avait accepté avec enthousiasme d’en être l’Associate Editor, et la rédaction de la revue lui en est très reconnaissante. Depuis six mois, il participait aussi aux versions anglaises des textes de Population et Sociétés mis en ligne sur le site de l’Ined. Au milieu du mois d’avril, il aurait dû venir à Paris pour participer comme rapporteur à la soutenance d’une thèse.
Outre les responsabilités déjà mentionnées à l’Université de Philadelphie, il a dirigé de nombreux groupes de travail ou programmes de formation sur ses thèmes de prédilection. Il a présidé la Population Association of America durant l’année 1992.
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Avec son humeur toujours égale, son humour intelligent, sa grande courtoisie et sa vaste culture, il nous rendait toujours heureux de l’avoir rencontré. Les dernières années de sa vie auront pourtant été assombries par la maladie de sa femme, Francine, qui n’était pas seulement sa compagne au quotidien mais avait aussi été son associée dans ses activités de recherche, notamment sur la démographie africaine.
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À ses enfants Dominique, Jean-François, Nicolas et Patrice, ainsi qu’à ses sept petits-enfants, nous exprimons notre très vive sympathie. Nous tenons à leur faire part de notre grande admiration pour leur père et grand-père.