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Population

2006/5-6 (Vol. 61)

  • Pages : 150
  • ISBN : 9782733230749
  • DOI : 10.3917/popu.605.0623
  • Éditeur : I.N.E.D


Pages 623 - 733 Article suivant

I - Introduction

1 - Un ensemble régional divers

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Derrière une apparente unité, la région constituée de l’Amérique latine et de la Caraïbe présente une grande diversité, fruit d’une longue histoire de peuplement. La venue massive de migrants originaires d’Europe et d’Afrique lors du processus de colonisation a largement contribué au peuplement de la région, bien que la population du territoire ait décru lors des premiers contacts des migrants européens avec les civilisations amérindiennes.

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À l’époque où les conquistadores posèrent le pied en Amérique, celle-ci comptait au moins 2 000 langues natives et offrait une immense variété de modes d’organisation sociale, des plus complexes et avancés comme ceux des Aztèques, des Mayas et des Incas aux plus simples, tels que ceux des groupes sylviculteurs d’Amazonie [1]  Les populations autochtones d’Amérique latine ont traversé... [1] . À l’heure actuelle, il existe en Amérique latine plus de 500 populations autochtones ; leur effectif est évalué, selon les sources, de 30 à 50 millions d’individus. Ces communautés sont les plus nombreuses au Pérou, au Mexique, en Bolivie et au Guatemala ; dans ces deux derniers pays, les populations autochtones constituent une majorité nationale (tableau annexe A.1) [2]  Traditionnellement considérées comme rurales, les populations... [2] .

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Dès le XVIe siècle, le processus de colonisation est allé de pair avec l’arrivée massive d’esclaves. Les populations autochtones ont été soumises et asservies pour fournir de la main-d’œuvre, notamment dans les mines et l’agriculture. Mais les massacres et les épidémies les ont décimées. Très tôt après la conquête a débuté la traite négrière au départ de l’Afrique vers les Caraïbes (Cuba et Saint-Domingue), le Brésil et d’autres pays ; la traite a pris de l’ampleur au XVIIe siècle avec le développement des plantations, en particulier de canne à sucre. L’abolition de l’esclavage est annoncée par les révoltes d’esclaves puis la création de la République d’Haïti en 1804 ; elle gagne ensuite les autres pays, le Brésil étant le dernier pays à abolir l’esclavage en 1888.

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La géographie régionale est diverse. La région s’étend du 32e parallèle nord, à la frontière entre les États-Unis d’Amérique et l’État mexicain de Basse-Californie, jusqu’aux îles argentines et chiliennes de la Terre de Feu au sud (cf. carte p. 685). Elle recouvre des terres arides au nord du Mexique et dans le désert septentrional du Chili et des forêts humides en Amazonie et dans une partie de l’Amérique centrale. Ses reliefs vont des plaines du Venezuela et de la Pampa argentine aux zones montagneuses des pays andins, des terres basses du Guyana aux hauteurs de la Cordillère des Andes. Aux grandes étendues continentales répond la multiplicité des îles de la Caraïbe.

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La région compte en tout plus de 50 États et territoires, dont certains extrêmement peu peuplés, tels que les îles de Grenade et de Dominique dans la Caraïbe, et d’autres très peuplés comme le Mexique et le Brésil. La présente chronique analyse les données relatives à 35 pays (dont la population est formée d’au moins 80 000 personnes en 2005), regroupant au total plus de 560 millions d’individus. Aux fins de la présente chronique, les pays sont regroupés géographiquement en quatre régions : la Méso-Amérique (Mexique et pays d’Amérique centrale), la Caraïbe (qui comprend des pays latins et non latins), les pays andins (Venezuela, Colombie, Pérou, Équateur et Bolivie) et le Cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay et Paraguay) auquel est adjoint le Brésil.

2 - La région dans le monde : vue d’ensemble démographique

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La population de l’Amérique latine et de la Caraïbe est estimée en 2005 à 563,7 millions d’habitants, soit près de 8,7 % de la population mondiale (tableau A.10). Ses taux de croissance démographique actuels peuvent être considérés comme modérés dans le contexte mondial. Le taux de croissance annuel s’élève à 1,4 %, soit un niveau légèrement supérieur à celui de la population mondiale, de l’ordre de 1,2 %, mais inférieur à celui de l’Afrique, notamment l’Afrique sub-saharienne où il atteint 2,3 %. La population régionale a ainsi augmenté de 7,7 millions d’habitants par an entre 2000 et 2005, contribuant à plus de 10 % de la croissance démographique mondiale sur cette période.

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La fécondité de la région est estimée à 2,6 enfants par femme en 2000-2005, soit un niveau légèrement inférieur à la moyenne mondiale (2,7). Le niveau de la fécondité est similaire à celui de l’Asie (2,5) et nettement plus faible que celui de l’Afrique (5,0).

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L’espérance de vie est quant à elle estimée pour toute la région à près de 72 ans (68 ans pour les hommes et 75 ans pour les femmes), supérieure d’un peu plus de 4 ans à celle de la population mondiale, qui est de 67 ans.

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La migration internationale est en augmentation, avec un solde migratoire négatif estimé à 3,4 millions pour la période 2000-2005.

3 - Une croissance supérieure à celle de la population mondiale

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En dépit de niveaux de mortalité encore assez élevés, le taux de croissance de la région est supérieur depuis le XVIIIe siècle au taux de croissance de la population mondiale (tableau 1). Le poids relatif de la population régionale passe de 2 % seulement en 1750 à près de 7 % en 1950 et de 9 % en 2000. C’est au XXe siècle, notamment dans sa seconde moitié, que la population de la région connaît la croissance la plus soutenue, que beaucoup ont qualifiée alors d’explosion démographique. Tandis que l’effectif de la population mondiale était multiplié par 3,7 entre 1900 et 2000, celui de la population latino-américaine et caribéenne était multiplié par 7.

Tableau 1 - Évolution de la population de l’Amérique latine et de la Caraïbe et de la population mondiale de 1750 à 2000Tableau 1

4 - La diversité régionale : aspects démographiques et socio-économiques

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La région regroupe un ensemble de pays dont la population est de taille très inégale. Six pays seulement sur la cinquantaine d’États et de territoires rassemblent en effet près de 80 % de sa population totale : Brésil, Mexique, Colombie, Argentine, Pérou et Venezuela. Le Brésil et le Mexique, avec respectivement 188 et 107 millions d’habitants, concentrent à eux seuls plus de la moitié de la population de la région (53 %). À l’autre extrême, la vingtaine de pays de la Caraïbe représentent à peine plus de 7 % de la population totale de la région (tableau 2).

Tableau 2 - Amérique latine et Caraïbe : population totale et densité de la population, par pays et sous-région en 2005Tableau 2
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Une superficie plus étendue correspond de façon générale à une population plus importante mais à une densité plus faible. Les densités les plus élevées s’observent dans la Caraïbe (plus de 200 habitants/km2), devant la Méso-Amérique (le Salvador dépasse certaines densités caribéennes avec 300 hab./km2), les pays andins, puis le Cône Sud et le Brésil (tableau 2).

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Bien que les indicateurs économiques et sociaux de la région se situent dans la moyenne mondiale, voire dans certains cas au-dessus, les estimations de la CEPAL [3]  CEPAL : Commission économique pour l’Amérique latine... [3] pour 2005 indiquent que 41 % de la population latino-américaine souffrirait de pauvreté et 17 % d’extrême pauvreté. En chiffres absolus, cela représenterait un total de 213 millions de pauvres. Ces chiffres rejoignent ceux du revenu national brut par habitant, estimé par la Banque mondiale à 3 704 dollars américains en 2004, à comparer à la moyenne mondiale de 6 487 dollars. Ces chiffres varient sensiblement d’un pays à l’autre, atteignant plus de 10 000 dollars dans certaines petites îles des Caraïbes contre 1 000 dollars environ ou moins en Haïti, au Nicaragua et en Bolivie (tableau annexe A.2).

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Les niveaux élevés de pauvreté sont liés non seulement au faible niveau de l’activité économique dans de nombreux pays, mais aussi à la persistance de structures sociales très inégalitaires (CEPAL, 2006). L’Amérique latine et la Caraïbe est considérée comme la région du monde présentant les plus fortes inégalités de revenus, sans qu’aucun signe n’annonce un changement généralisé à court ou moyen terme. Les niveaux de pauvreté sont les plus élevés parmi les populations rurales, autochtones ou d’ascendance africaine. La combinaison de ces caractéristiques constitue un « cumul de handicaps » qui perpétue les conditions de reproduction sociale et intergénérationnelle de la pauvreté.

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Cette pauvreté est alimentée par l’étroitesse des marchés du travail formels qui s’avèrent incapables d’absorber l’arrivée croissante de populations en âge de travailler. Dans le prolongement de la tendance des années 1980, la décennie suivante a vu passer le taux d’emploi dans le secteur informel urbain de 43 % en 1990 à 47 % en 2003 (Weller, 2005).

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Les indicateurs de la dynamique démographique ont eux aussi des niveaux variables. Selon les données du CELADE [4]  CELADE : Centre latino-américain de démographie (Centro... [4] , la fécondité, si elle a connu une réduction significative dans la plupart des pays, reste supérieure à 4 enfants par femme au Guatemala tandis qu’elle est nettement inférieure au seuil de remplacement à Cuba (1,6 enfant par femme). L’espérance de vie est de 78 ans au Costa Rica mais elle n’atteint pas 60 ans en Haïti.

II - Évolution de la collecte et de la mise à disposition des données démographiques

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Dès les XVIIIe et XIXe siècles, des recensements de population ont été réalisés dans la région (Sánchez-Albornoz, 1977). Au cours de la première moitié du XXe siècle, plusieurs pays ont procédé à ces recensements de manière périodique, une fois tous les dix ans pour le Mexique, le Chili et le Panama, voire plus fréquemment : au Honduras, six recensements ont eu lieu entre 1925 et 1950 [5]  Cf. le site de l’Institut national de la statistique... [5] . À partir des années 1950, la majorité des pays ont lancé des programmes de recensement décennaux. Pour des raisons politiques, financières ou autres, certains pays n’ont pas respecté cette périodicité et ont laissé s’écouler des périodes supérieures à dix ans entre deux recensements. Tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes hispaniques ont effectué un recensement au début des années 1970, mais plusieurs n’ont pas participé à la série de recensements de la décennie suivante et, surtout, de la décennie 1990-1999, essentiellement du fait de la crise économique (tableau annexe A.3). La plupart des pays ont effectué un recensement depuis l’an 2000 et les progrès en matière de traitement et de diffusion des données avec le développement d’Internet ont considérablement réduit les délais entre la collecte et la mise à disposition des résultats (Jaspers et Poulard, 2002). Dans les pays de la région, les recensements constituent la source principale de données, non seulement en ce qui concerne l’effectif de la population et sa répartition territoriale, mais également en matière de migrations internes et sur certains aspects de la migration internationale ; ils permettent aussi d’effectuer des estimations de la fécondité et de la mortalité infantile qu’il est possible de ventiler par zones géographiques.

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Malgré les progrès enregistrés dans la collecte et la diffusion des données démographiques, le niveau de sous-enregistrement lors des recensements dépasse encore 3 % dans un grand nombre de pays (tableau 3). Les progrès sont assez inégaux, les derniers recensements faisant apparaître à la fois des signes d’amélioration dans des pays qui présentaient un sous-enregistrement élevé (Bolivie, Équateur, Guatemala) mais aussi une détérioration dans d’autres pays à faible niveau de sous-enregistrement (Argentine et Chili).

Tableau 3 - Taux estimé de sous-enregistrement dans les recensements de population réalisés de 1950 à 2000 (en %)Tableau 3
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L’évolution de la qualité des statistiques d’état civil durant les dernières décennies est quant à elle assez contrastée. Si la couverture s’est améliorée dans certains pays, dans d’autres, où les registres de naissances et de décès sont défectueux, les données collectées sont très incomplètes. Les registres de décès montrent des signes d’amélioration dans la plupart des pays (tableau annexe A.4). Malgré cette tendance, la sous-déclaration des décès est encore proche de 40 %, voire plus élevée dans quatre pays (Paraguay, Pérou, Nicaragua et République dominicaine). Elle varie entre 10 % et 30 % dans sept pays au moins. Les registres de naissances sont en général de meilleure qualité que les registres de décès ; néanmoins, ils ne semblent pas s’améliorer dans les pays où ils sont défectueux (Équateur, Brésil, République dominicaine et Venezuela). La relative bonne qualité des registres au Guatemala est à souligner (surtout pour l’enregistrement des naissances) en dépit d’un contexte de forte pauvreté. Pour toutes ces raisons, les estimations démographiques de nombreux pays basées sur l’état civil sont incertaines, en particulier celles qui sont relatives à la mortalité.

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Les données comparatives utilisées proviennent notamment des enquêtes démographiques et de santé (EDS), coordonnées et financées par ORC-Macro, et des enquêtes de santé de la reproduction, financées par le CDC (Center of Disease Control d’Atlanta) (tableau annexe A.5). Ces enquêtes, ainsi que les enquêtes nationales réalisées en dehors de tels programmes [6]  Les enquêtes démographiques peuvent relever de programmes... [6] , constituent la source la plus importante pour estimer la fécondité, la mortalité infantile et la nuptialité. Les enquêtes nationales s’intéressent également de plus en plus aux comportements sexuels et reproductifs des individus. La couverture thématique des informations collectées s’est étendue, en s’ouvrant notamment à la problématique du genre (les enquêtes incluant de plus en plus souvent les deux sexes), au VIH-sida, à la mortalité maternelle, aux violences faites aux femmes, etc. Trois faits importants sont cependant à souligner concernant ces programmes d’enquêtes nationales. En premier lieu, tous les pays n’en ont pas bénéficié et tous n’ont pas manifesté la volonté d’étendre la couverture thématique des enquêtes. C’est le cas du Chili, de l’Argentine, de l’Uruguay et de plusieurs pays de la Caraïbe. Ensuite, toutes les enquêtes ne sont pas strictement comparables ; certaines variations dans les résultats concernant la fécondité et la mortalité infantile peuvent être dues à une relative imprécision de ces mesures. Enfin, elles apportent peu d’informations en matière de mortalité adulte.

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Les données relatives aux mouvements migratoires internationaux posent elles aussi des problèmes compte tenu de l’importance du flux de migrants irréguliers et des difficultés intrinsèques à leur quantification. Pour remédier au manque d’informations et tirer parti des sources disponibles, le CELADE a mis sur pied il y a déjà plusieurs décennies le projet IMILA (Project on investigation of international migration in Latin America) [7]  Pour un point récent sur le programme IMILA, voir Bay... [7] . L’information fournie par ce projet est basée sur les données des recensements de l’Amérique latine et donne à chaque recensement la population née (ou résidant cinq années auparavant) dans un autre pays. Les données sur les personnes nées à l’étranger permettent de connaître un certain nombre de leurs caractéristiques socio-démographiques (sexe, âge, fécondité, mortalité infantile, état matrimonial, niveau d’instruction, activité). Les informations de la banque de données de l’IMILA sont également utilisées dans de nombreuses études sur la migration internationale en Amérique latine afin d’analyser les causes et les conséquences de cette migration (CEPAL-CELADE-OIM, 1999 ; Martínez, 2003a, 2003b et 2000 ; Pellegrino, 1993, 1995 et 2000 ; Villa, 1996). Les autres sources de données permettant l’étude des migrations internationales sont les enquêtes sur les ménages. Elles renseignent notamment sur les caractéristiques des immigrants et sur les liens entre les familles et leurs membres partis vivre à l’étranger. Le CELADE cherche aussi à obtenir des données sur les Latino-Américains recensés dans des pays extérieurs à la région, en particulier les États-Unis et le Canada. Enfin, les registres d’entrées et de sorties, qui captent le flux continu des voyageurs, fournissent des données sur les fluctuations conjoncturelles des mouvements migratoires.

III - Les différents modèles de la transition démographique

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L’Amérique latine a connu, comme d’autres régions du monde, un processus de transition démographique plus rapide que les régions aujourd’hui dites développées. Le recul de la mortalité s’est amorcé dans la première moitié du XXe siècle tandis que les taux de natalité sont demeurés élevés, voire ont augmenté dans certains pays entre 1950 et 1960 (Guzmán et Rodriguez, 1993). Ensuite, on a observé une baisse accélérée et presque généralisée de la fécondité dans la plupart des pays à partir de la première moitié des années 1960.

1 - Une croissance naturelle accélérée

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Le taux de croissance démographique de la région est estimé actuellement à 1,5 %. Les niveaux de ce taux de croissance dans les années 1950 et 1960 n’ont eu d’équivalent dans aucune autre région du monde, sauf en Afrique. L’association d’une fécondité élevée à une mortalité en baisse s’est en effet traduite au début de la période de transition latino-américaine par des croissances supérieures à 3 % dans 11 des 22 pays de la région (tableau 4). Ces taux se sont maintenus au-dessus de 2 % jusqu’au milieu des années 1990 dans plus de la moitié des pays. À partir de 1995, la majeure partie des pays ont un taux de croissance naturelle inférieur à 2 %, trois passant même au-dessous de 1 %. Par delà ces évolutions, une grande hétérogénéité demeure entre les pays : le taux de croissance naturelle varie de 0,5 % à Cuba à près de 3 % au Guatemala.

Tableau 4 - Disribution des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe(a) selon le taux de croissance naturelle et totale, 1950-2005Tableau 4
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Si la natalité a eu un rôle déterminant dans l’évolution de la croissance de la population, la migration a aussi joué un rôle important. À l’heure actuelle, dans plus de la moitié des pays, l’émigration vient réduire la croissance totale ; c’est le cas depuis cinq décennies pour de nombreux pays.

2 - Non pas une, mais diverses transitions

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La transition démographique peut être considérée comme un des changements sociaux les plus importants qu’ait connus la région au cours du siècle passé. Elle n’a pas seulement eu un impact à court terme sur le nombre absolu de naissances, mais ses effets se sont fait sentir aussi à moyen et long terme en restructurant la pyramide des âges. Comme dans d’autres régions du monde, il existe une grande diversité des modèles de transition démographique. En Amérique latine, il est ainsi possible d’identifier quatre grands modèles de transition (figure 1).

Figure 1 - Exemples de transition démographique en Amérique latine et dans la Caraïbe 1950-2005Figure 1
Source : Tableaux annexes A.6, A.7, A.8.
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Tout d’abord, deux pays du Cône Sud, l’Argentine et l’Uruguay, ont connu des transitions très précoces, semblables au modèle européen de transition. La baisse de la fécondité s’est produite dans ces pays au cours de la première moitié du XXe siècle et dans les années 1950, le nombre moyen d’enfants par femme y était déjà proche de 3. En Argentine, on estime que cette baisse a commencé vers 1915-1920 : l’indicateur conjoncturel de fécondité est passé de 6,2 enfants par femme à cette époque à 3,2 en 1947 (Pantelides, 1996) [8]  L’auteur cite comme causes de cette transition plus... [8] . La mortalité ayant également baissé de façon significative avant 1960, le taux de croissance naturelle de ces deux pays se situait déjà au-dessous de 1,5 % au début du XXe siècle. L’immigration européenne est considérée comme un facteur clef dans l’apparition précoce de la transition de la fécondité dans ces deux pays. Ils appartiennent à la catégorie des pays où la transition est très avancée, aux côtés de Cuba où la fécondité et la mortalité étaient déjà basses dans les années 1950, mais où la fécondité a augmenté lors de la révolution amenant la croissance naturelle de la population à des taux supérieurs à 2,5 % au début des années 1960. Pour la période 2000-2005, Cuba est le pays de la région dont le taux de croissance naturelle est le plus faible (0,5 % environ), avec l’Uruguay, Trinité-et-Tobago et d’autres pays plus petits des Caraïbes dont le taux de croissance se situe au-dessous de 1 %. Dans ces pays, l’émigration contribue à réduire la croissance démographique : à diverses périodes, on y observe une « perte » qui représente 25 % à 50 % de la croissance naturelle de la population. Dans les Caraïbes, la migration a constitué dès les années 1960 le régulateur principal de la croissance démographique, possédant sa dynamique propre, indépendante des cycles économiques des pays d’accueil (Guengant, 1993). En revanche, l’Argentine est restée une terre d’immigration, notamment en provenance des pays voisins, d’où une moindre baisse de sa croissance démographique.

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À l’autre extrême, on trouve des pays qui sont à l’heure actuelle en situation de transition qualifiée de débutante ou modérée (Chackiel, 2004). Ces pays ont entamé plus tardivement et plus lentement leur transition de la fécondité ; c’est le cas du Guatemala et du Honduras pour la zone méso-américaine, de Haïti pour la Caraïbe et de la Bolivie dans le groupe des pays andins. Ces pays ont en commun d’avoir amorcé leur transition en partant de niveaux élevés de fécondité et d’avoir présenté des taux de croissance presque stables jusqu’aux années 1980 (et sans grand changement depuis dans le cas du Guatemala), soit qu’il n’y ait pas eu d’évolution significative de la fécondité, soit, quand il y a eu évolution, que la natalité et la mortalité aient diminué à la même vitesse. Le cas de Haïti est particulier. La mortalité y étant élevée et la natalité n’ayant pas baissé, la croissance naturelle de sa population était relativement faible au début des années 1960 (moins de 2 %) ; cette croissance atteint au début des années 1980 des taux proches de 3 %. Ce n’est que dans la décennie 1990-1999 que ces taux reviennent au niveau du milieu des années 1960. Toutefois, sa croissance totale est nettement moindre en raison d’une forte émigration.

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Un troisième groupe, majoritaire, comprend les pays qui suivent le modèle le plus typique de transition durant la période considérée et dont font partie les deux pays les plus peuplés de la région, le Mexique et le Brésil. On trouve également dans ce groupe quatre des cinq pays andins (Pérou, Équateur, Colombie et Venezuela), trois pays méso-américains (Panama, Costa Rica et Salvador), et deux pays caribéens (République dominicaine et Jamaïque). Dans presque tous ces pays, le taux de croissance naturelle atteint entre les années 1950 et 1960 des valeurs proches de 3 % ou nettement supérieures. Le Mexique (figure 2) et le Brésil constituent des extrêmes, le premier opérant sa transition plus tard que le second. Le taux d’accroissement naturel du Mexique ne commence en effet à diminuer qu’à la fin des années 1970, soit une décennie après le Brésil.

Figure 2 - Population, taux de croissance naturelle et totale au Mexique, 1930-2000Figure 2
Source : Tuirán et al. (2002).
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Enfin, le Chili et Trinité-et-Tobago représentent un cas intermédiaire ; ils ont connu un processus de transition similaire à celui du groupe précédent, mais en partant de taux plus faibles.

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Soulignons que dans un grand nombre de ces pays, l’émigration contribue à freiner la croissance démographique totale : c’est le cas au Mexique, en République dominicaine, au Salvador, en Bolivie, au Pérou et en Colombie. D’autres pays, comme le Venezuela (jusqu’aux années

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1980) et le Costa Rica, voient au contraire leur croissance augmenter avec l’immigration. Au Venezuela, la population a ainsi augmenté de 40 % entre 1970 et 1980. Au Costa Rica, le taux de croissance reste stable dans la décennie 1990, grâce essentiellement à un fort afflux de Nicaraguayens : ceux-ci représentent 83 % des immigrants de ce pays et 8,3 % de sa population (Cortes, 2005).

IV - La fécondité : changements et inégalités

1 - Des changements importants en termes d’intensité et de calendrier

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Le recul de la fécondité a constitué l’un des changements sociaux majeurs dans la région. Le nombre d’enfants par femme a baissé presque partout, conduisant à un nouveau régime démographique caractérisé par une restructuration de la cellule familiale. Les quatre dernières décennies du XXe siècle voient se répandre l’idéal de la famille peu nombreuse (apparu au début de la transition), et se diffuser la norme de deux ou trois enfants par femme.

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Les caractéristiques les plus importantes de ce processus sont les suivantes (Guzmán, 1996) :

  1. au début de la transition, les indices de fécondité étaient dans plusieurs pays très élevés, avec des niveaux pouvant atteindre ou dépasser 7,5 enfants par femme ;

  2. tous les pays ne sont pas partis du même niveau et n’ont pas suivi la même évolution, d’où un schéma régional diversifié ;

  3. dans la plupart des pays, la transition a commencé au début ou au milieu des années 1960 ;

  4. l’utilisation de méthodes contraceptives, conséquence du désir croissant de maîtrise de la fécondité, ajoutée au fait que ces méthodes sont devenues de plus en plus disponibles et accessibles, est considérée comme le facteur essentiel de baisse de la fécondité ;

  5. la hausse de la nuptialité dans les années 1950 a conduit à une certaine augmentation de la fécondité dans la période pré-transitionnelle de l’après-guerre (Guzmán et Rodríguez, 1993), mais ne semble pas, en général, avoir eu d’effet significatif sur le cours même de la transition ;

  6. ce changement général s’accompagne d’une importante diversité aux niveaux social et spatial, qui s’est encore accentuée depuis une décennie dans certains pays.

2 - Un modèle de changement généralisé mais diversifié

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Dans les années 1960, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) dépassait 6 enfants par femme dans les deux tiers des pays, et il était supérieur à 7 enfants par femme dans quatre d’entre eux (figure 3). Au début des années 2000, le niveau de fécondité était dans plusieurs pays de la Caraïbe inférieur au seuil de remplacement des générations, soit 2,1 enfants par femme (à La Barbade, Trinité-et-Tobago et Cuba, pays pour lequel cet indicateur est bas depuis une bonne quinzaine d’années). Dans le Cône Sud, la fécondité du Chili est à l’heure actuelle un peu en dessous du seuil de renouvellement, et d’autres pays comme le Brésil en seraient proches [9]  Dans 12 villes latino-américaines sur 15 étudiées,... [9] . À l’opposé, la fécondité se situe au-dessus de 3 enfants par femme dans huit pays, dont le Guatemala, où elle est la plus élevée avec plus de 4 enfants par femme.

Figure 3 - Indicateur conjoncturel de fécondité en 1960-1965 et en 2000-2005Figure 3
Source : tableau annexe A.11.
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L’analyse des tendances fait apparaître en matière de fécondité plusieurs modèles de transition (figure 4). Tout d’abord, deux pays pionniers du Cône Sud, l’Argentine et l’Uruguay, sous l’influence du développement économique et social et de l’immigration européenne, ont amorcé précocement cette transition, vers le début du XXe siècle (CEPAL, 2006 ; Pantelides, 1996). Il est intéressant de constater que pour ces deux pays, les changements observés à partir des années 1960 ont été moins rapides que pour les autres ; finalement, ils n’ont pas aujourd’hui la fécondité la plus basse de la région. Dans la Caraïbe, Cuba peut être considéré comme un exemple de transition assez précoce, dont le processus fut interrompu par les transformations politiques et économiques qui ont accompagné la révolution de 1959. La fécondité cubaine est estimée à un niveau inférieur à 4 enfants par femme à la fin des années 1950 (Alfonso-Fraga, 2006). Plusieurs pays des Caraïbes suivent un modèle assez similaire.

Figure 4 - Transition de la fécondité en Amérique latine, 1950-2005Figure 4
Source : tableau annexe A.11.
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Vient ensuite un deuxième groupe de pays, majoritaire, où le niveau de la fécondité est aujourd’hui situé entre 2 et 3 enfants par femme, et qui ont commencé leur processus de transition dans les années 1960. Dans ce groupe figurent les deux pays les plus peuplés de la région, le Mexique et le Brésil, ainsi que trois pays méso-américains, les pays andins à l’exception de la Bolivie, et la République dominicaine dans les Caraïbes. On trouve dans ce groupe un pays comme le Costa Rica, où la baisse de la fécondité a été très rapide, en recul de 3 enfants par femme en seulement dix ans (entre 1960-1965 et 1970-1975), et d’autres comme le Mexique, où la transition de la fécondité a débuté tardivement (dans la seconde moitié des années 1960) et s’est accélérée au début de la décennie suivante, à la faveur de la mise en place en 1974 d’une politique nationale de planification familiale (Cosio-Zavala, 1994). Dans le cas du Brésil, la baisse de la fécondité, quoique pas toujours synchrone d’une région à l’autre, est généralisée et se poursuit dans les périodes de croissance économique comme de crise [10]  Pour plus de détail sur les déterminants de l’évolution... [10] , malgré l’absence d’appui public explicite à la planification familiale.

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Un troisième groupe comprend trois pays méso-américains (Guatemala, Honduras et Nicaragua) ainsi que le pays le moins développé de chaque sous-région (le Paraguay pour le Cône Sud, Haïti pour la Caraïbe et la Bolivie pour les pays andins). Il s’agit de pays où la tendance à la baisse est plus lente, et qui conservent des indices de fécondité supérieurs à 3 enfants par femme, voire 4 dans le cas du Guatemala. Ces pays figurent parmi les plus pauvres de la région et/ou se caractérisent par une population autochtone importante (Bolivie et Guatemala).

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Les pays non latins de la Caraïbe sont analysés séparément afin de mettre en évidence la grande diversité existant au sein de la région. Indépendamment des cas de Cuba, de la République dominicaine et de Haïti, déjà abordés, les pays de cette sous-région, à l’exception de Belize où les modalités de la baisse de la fécondité s’apparentent à celles des pays voisins d’Amérique centrale, peuvent être classés soit dans le premier groupe (pour la Barbade et les Antilles néerlandaises), soit dans le deuxième groupe pour tous les autres pays.

3 - Un rajeunissement des calendriers de fécondité

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Si l’on analyse la baisse de la fécondité sur les quatre dernières décennies, l’une de ses caractéristiques est le rajeunissement du calendrier de la fécondité. Pour l’ensemble de la région, l’âge moyen à la maternité est passé d’environ 30 ans dans les années 1960 à 27 ans en 2000-2005. De même, au début de la transition, la fécondité était maximale à 25-29 ans, contre 20-24 ans actuellement.

40

L’analyse de l’évolution des taux de fécondité par groupe d’âges (tableau annexe A.12) ne semble pas indiquer de tendance à retarder la naissance des enfants (Chackiel, 2004). Il faut s’attendre, avec la baisse de la fécondité et la diminution du nombre de naissances, à une poursuite de la baisse de l’âge moyen à la maternité. Mais cet indicateur pourrait remonter du fait de la hausse de l’âge à la première maternité. Néanmoins, le processus transitionnel des pays de la région ne semble pas les conduire vers le modèle de fécondité tardive qui prévaut en Europe occidentale ; ce phénomène serait lié au comportement prédominant des couples, qui préfèrent avoir leurs enfants tout de suite après le mariage, l’âge de celui-ci baissant ou se stabilisant. Comme on le verra, le fait que l’âge à la première union reste constant et relativement précoce montre la persistance de facteurs culturels expliquant que la fécondité ne soit pas retardée.

41

Dans quelques pays toutefois, les naissances tendent à se produire plus tard, ou continuent à être plus tardives comme par le passé. À cet égard, les cas du Chili et de l’Uruguay sont intéressants : dans ces deux pays, le recul marqué de la fécondité au cours des quinze dernières années est dû presque exclusivement à la baisse de la fécondité entre 20 et 29 ans (INE, 2004 ; Paredes, 2003), alors que paradoxalement la fécondité des adolescentes augmente.

4 - La fécondité adolescente : peu de changements dans le calendrier de la fécondité

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Une particularité de la fécondité adolescente – entendue comme antérieure à l’âge de 20 ans – dans la région est que, par comparaison avec d’autres régions du monde, elle est plus élevée que le niveau attendu à la lumière des processus de transition démographique et de développement économique et social [11]  L’approche de la fécondité adolescente en tant que... [11] . En effet, l’évolution de la fécondité des adolescentes ne présente pas la même tendance systématique à la baisse que la fécondité totale (tableau annexe A.13). Après avoir baissé au début de la transition dans la majorité des pays, elle se stabilise, voire augmente légèrement dans certains cas, notamment au cours des années 1980-1990 (Argentine, Uruguay, Chili, Brésil, République dominicaine et Colombie). Cette augmentation concerne surtout les adolescentes les plus jeunes. Au Chili par exemple, entre 1985 et 1998, le taux de fécondité est passé de 57 à 71 pour mille à 17 ans (soit une augmentation de 25 %), de 32 à 50 pour mille à 16 ans (augmentation de 57 %) et de 13 à 23 pour mille à 15 ans (augmentation de 73 %) (Rodríguez, 2005). Mais des données récentes de l’Institut national de Statistique du Chili montrent une inversion de tendance, la fécondité adolescente passant de 65 à 55 pour mille entre 2000 et 2003 (www.ine.cl).

43

Les données les plus récentes des enquêtes EDS et CDC confirment une certaine augmentation des taux de fécondité adolescente en Équateur, en République dominicaine, en Colombie et en Haïti, tandis que ces taux baisseraient au Guatemala, en Bolivie, à Belize, au Nicaragua, au Salvador, au Paraguay et au Pérou (tableau 5). Au-delà des différences existantes et des tendances récentes, l’âge auquel débute la procréation reste précoce, malgré l’augmentation du niveau d’instruction des femmes qui devrait avoir pour effet de le retarder.

Tableau 5 - Taux de fécondité adolescente d’après les enquêtes réalisées dans 13 pays d’Amérique latine et de la CaraïbeTableau 5
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Le modèle actuel de fécondité adolescente ne correspond pas à celui qui prévalait en début de transition (Rodríguez, 2005), qualifié de traditionnel, dans lequel la fécondité adolescente élevée était liée à une nuptialité précoce et à l’absence de maîtrise de la procréation. Il est apparu, en particulier à partir des années 1990, un modèle de fécondité à deux ou trois enfants par femme, débutant par des maternités précoces et en marge d’une union stable (Rodríguez, 2005).

5 - Les facteurs de changement

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À l’exception de l’Argentine, de l’Uruguay et, dans une certaine mesure, de Cuba, les pays de la région ont amorcé la baisse de la fécondité dans les années 1960. Si ce moment varie peu d’un pays à l’autre, la vitesse de la baisse apparaît liée à des caractéristiques socio-économiques, en particulier au niveau moyen d’instruction et au stade de développement des pays (Guzmán, 1994).

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La généralisation de l’idéal d’une famille peu nombreuse a débuté tôt dans la région (CEPAL, 2005). Les enquêtes sur la prévalence de la contraception réalisées dans le cadre du PECFAL (programme d’enquêtes sur la fécondité pour l’Amérique latine) durant les années 1960 mettaient déjà en évidence un idéal de fécondité situé sous son niveau effectif, notamment en zone urbaine (CELADE, 1972). Ce résultat fut confirmé par l’enquête mondiale sur la fécondité puis, dans les années 1980 et 1990, par les enquêtes démographiques et de santé. Les données des enquêtes de la décennie 1990-1999 montrent que le nombre moyen d’enfants souhaité est proche de 2 enfants par femme, voire, dans de nombreux pays, inférieur au seuil de remplacement (Hakkert, 2004).

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Comme nous le verrons plus loin, la préférence pour une famille réduite n’a pu devenir réalité que grâce à l’usage croissant des contraceptifs. Cette « révolution contraceptive » s’est faite sous l’influence d’une combinaison de facteurs (CEPAL, 2005) : facteurs biotechnologiques, avec le développement de la capacité de production et les progrès de l’efficacité et de la qualité des moyens de maîtrise de la fécondité ; facteurs politiques, avec le développement de programmes de planning familial bénéficiant d’une large couverture et d’une forte légitimité ; facteurs culturels, avec l’érosion des barrières psychologiques à l’utilisation de méthodes anticonceptionnelles. Il convient d’y ajouter l’importance de facteurs contextuels tels que l’urbanisation et le développement des médias, qui ont agi en renforçant l’impact des précédents. Tous ces facteurs, au demeurant, n’ont pas agi simultanément ni avec la même intensité. Au Brésil, par exemple, la diffusion de la contraception s’est faite en l’absence de toute politique publique, à la différence du Mexique. Néanmoins, l’État brésilien a directement suscité des transformations structurelles et socioculturelles en appliquant des politiques et des programmes qui non seulement ont rendu possible une réduction de la demande d’enfants, mais ont contribué à faire entrer le contrôle des naissances dans les mœurs en s’appuyant sur le marché plutôt que sur une politique publique (Perpetuo et Wong, 2006).

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La progression du recours à la contraception, des années 1970 au début des années 1990, s’explique par le souhait de couples de plus en plus nombreux d’avoir moins d’enfants, et par la disparition progressive des divers obstacles à la mise en œuvre de leurs préférences (Feyisetan et Casterline, 2000). Néanmoins, la possibilité de faire coïncider fécondité idéale et fécondité effective reste liée à la position dans l’échelle sociale, au niveau d’instruction et à d’autres variables socio-économiques. Dans les milieux les plus défavorisés, l’accès aux méthodes contraceptives n’est pas systématique, ce qui ne leur permet pas d’atteindre leurs objectifs en matière de procréation. Au Pérou, par exemple, l’enquête démographique et de santé de 1996 a montré que le nombre d’enfants souhaité était quasiment le même chez toutes les femmes, variant seulement de 1,8 à 2,0 selon le niveau d’instruction. Mais les femmes sans aucune instruction ont encore en moyenne 7 enfants, celles qui sont allées à l’école primaire en ont 4,6 et les autres 2,6 (Hakkert, 2004).

6 - L’emploi de la contraception, facteur clef de la transition

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Pour mieux comprendre le processus de baisse de la fécondité dans la région, analysons ses principaux déterminants (Bongaarts, 1982) : la contraception, la nuptialité et l’interruption volontaire de grossesse.

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De manière générale, la pratique contraceptive est le déterminant qui a eu le plus d’impact sur l’évolution de la fécondité en Amérique latine et dans la Caraïbe au cours des dernières décennies [12]  L’effet d’autres déterminants proches est considéré... [12] . L’usage des contraceptifs a joué un rôle décisif dans la diminution de la fécondité, avec une prévalence qui est allée en augmentant chez les femmes vivant en couple (figure 5) [13]  Plusieurs pays de la région ont connu récemment une... [13] . Par exemple, en se basant sur plusieurs études, Lerner et Quesnel (1994) indiquent qu’au Mexique, le recul rapide de la fécondité peut être imputé pour 80 % à l’emploi des méthodes contraceptives [14]  Les mêmes auteurs signalent toutefois que les programmes... [14] .

Figure 5 - Évolution de la prévalence contraceptive chez les femmes en couple dans 9 pays latino-américainsFigure 5
Sources : enquêtes EDS et CDC.
51

En Amérique latine, l’utilisation de méthodes modernes de contraception est en grande partie le reflet des politiques adoptées par l’État, mises en œuvre par les institutions de santé publique. Au Mexique, par exemple, 23 % des femmes vivant en couple avaient recours en 1973 à une méthode contraceptive moderne ; en 1987, ce chiffre était passé à 45 % (Lerner et Quesnel, 1994). Cependant, l’intervention de l’État n’est pas de nature et d’intensité semblable dans tous les pays, ni identique au sein d’un même pays ; elle a créé de fortes inégalités en privilégiant nettement les zones urbanisées. À l’exception de la Colombie, d’Haïti et de la République dominicaine, la prévalence contraceptive est sensiblement moins élevée en zone rurale, surtout dans les pays à forte population autochtone (Bolivie, Guatemala et Mexique) pour lesquelles l’accès aux méthodes contraceptives est très limité (figure 6).

Figure 6 - Prévalence de l’usage de la contraception chez les femmes en couple selon le lieu de résidence, dans 13 pays d’Amérique latineFigure 6
Sources : enquêtes EDS et CDC.
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Dans les pays où la fécondité est la plus élevée, comme le Guatemala et Haïti, la prévalence des méthodes contraceptives (modernes ou traditionnelles) est inférieure à 50 % chez les femmes mariées ou vivant en couple, alors que dans les pays où la fécondité est faible, tels que la Colombie et le Brésil, elle est d’environ 80 % (tableau A.16). Dans certains pays comme la Bolivie et le Paraguay, cette prévalence a augmenté de plus de 20 points en un peu plus de dix ans, la Conférence internationale sur la population et le développement tenue au Caire en 1994 ayant peut-être eu un rôle majeur. Il en a résulté une diminution significative de la demande insatisfaite de contraception, et donc une baisse de la fécondité.

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La prévalence des méthodes modernes de contraception est nettement supérieure à celle des méthodes traditionnelles, la part de ces dernières étant toutefois assez élevée dans des pays comme la Bolivie ou le Pérou qui comptent une forte population autochtone (tableau A.15). En dépit de niveaux élevés de prévalence contraceptive moderne, il reste prioritaire pour la région d’étendre la couverture à certains groupes défavorisés. Il convient également de noter la relative stagnation dans divers pays du monde de la pratique contraceptive (Bongaarts, 2005), attribuée par l’auteur à une diminution de l’investissement dans les programmes de planning familial. Dans le cas de l’Amérique latine, l’exemple le plus significatif en est la République dominicaine, où la proportion d’utilisatrices parmi les femmes vivant en couple n’a pratiquement pas augmenté entre 1999 et 2002 (tableau A.16).

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Par ailleurs, au Mexique comme dans la plupart des pays de la région, les programmes de planning familial ont été axés presque exclusivement sur les femmes (CONAPO, 2001), ce qui contribue à expliquer la faible proportion de méthodes impliquant directement une participation masculine. Les méthodes les plus fréquemment employées par les couples latino-américains sont la stérilisation féminine, suivie de la pilule et du stérilet (tableau annexe A.16), largement préconisés dans les programmes. La baisse de la fécondité est imputable essentiellement à la stérilisation féminine, notamment dans des pays comme le Brésil, la Colombie, l’Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua et la République dominicaine. Le recours à cette méthode progresse dans la plupart des pays, tandis que l’utilisation de la pilule, du stérilet et d’autres méthodes reste quasiment stable.

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Il est regrettable, comme le signalent Lerner et Quesnel (1994), que ce recours massif à la stérilisation féminine soit dû pour une grande part à une offre insuffisante d’autres méthodes, ainsi qu’aux ressources limitées des femmes vivant dans les zones défavorisées (en particulier à la méconnaissance des droits en matière de procréation). Ce constat s’applique aussi à l’utilisation d’autres méthodes : au Mexique, par exemple, beaucoup de femmes ayant choisi le stérilet ou la stérilisation ont déclaré ne pas avoir été informées d’autres possibilités (CONAPO, 2001). Pour que le recours à la stérilisation soit véritablement choisi, il est nécessaire que les choix soient éclairés et effectués en l’absence de contrainte ; or, en République dominicaine par exemple, 17 % des femmes stérilisées déclarent avoir ensuite regretté leur choix (EngenderHealth, 2002).

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Le fait que la stérilisation féminine soit la pratique la plus utilisée – bien avant d’autres méthodes dans certains pays – a des implications en termes d’équité entre les sexes. Cela signifie que la responsabilité de la transition de la fécondité continue à relever des femmes, les hommes restant très à l’écart. Le phénomène peut être lié également aux limites des programmes de planning familial incapables de promouvoir un éventail plus large de méthodes, et aux avantages de la stérilisation en tant que méthode définitive dans des situations où l’utilisation suivie d’une méthode s’avère difficile. Sans oublier l’existence, par exemple au Brésil, des pratiques médicales d’accouchement par césarienne qui entraînent presque automatiquement une stérilisation (Berquó, 1994). On a montré pour ce pays que les femmes stérilisées ont plus de mal à négocier leurs relations sexuelles avec leurs partenaires et, de façon générale, possèdent un niveau d’instruction inférieur à celui des autres femmes (Barbosa et Vieira, 1995).

7 - Nuptialité : stabilité et changement

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L’un des éléments les plus caractéristiques de la nuptialité dans la région est la relative constance de l’âge à la première union, qui s’accompagne de changements importants d’autres indicateurs de la nuptialité.

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L’analyse d’ensemble des pays de la région, sur la base des données des recensements effectués depuis les années 1960 (Rosero-Bixby, 1996 ; Fussell et Palloni, 2004 ; García et Rojas, 2001 ; Bay et al., 2004), montre que l’âge à la première union a très peu varié sur plusieurs décennies (tableau annexe A.17). Le choix de différer le moment de vivre ensemble ne s’observe pas dans la région (García et Rojas, 2001). Selon Fussell et Palloni (2004), cette stabilité de l’âge à la mise en couple, ainsi que les faibles taux de célibat observés dans la plupart des pays, s’expliqueraient par la place centrale de l’institution du mariage dans la vie sociale et sa valeur de repère dans une ère de mutation de la société. Toutefois, nous n’avons pas affaire à un modèle unique ; les auteurs cités mentionnent la persistance dans la région de deux modèles distincts de cohabitation. Dans une partie des pays, principalement du Cône Sud, l’âge à la première union reste tardif et les unions consensuelles minoritaires, quoique en augmentation ; dans un autre groupe de pays, principalement méso-américains et caribéens, on observe une nuptialité plus précoce, avec un taux plus élevé d’unions consensuelles [15]  Le poids relatif des unions consensuelles est en augmentation,... [15] .

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Enfin, il est à noter que le célibat définitif des femmes est presque partout en baisse (tableau annexe A.19). Il est passé de 8 % à 5 % entre 1960 et 2000 au Brésil et d’environ 30 % à 14 % sur la même période au Venezuela. Ce dernier, avec le Chili, le Paraguay et le Costa Rica sont les seuls pays où la fréquence du célibat féminin à 45-49 ans reste supérieure à 10 %. À l’inverse, cette fréquence est très faible en République dominicaine, au Nicaragua et au Salvador. Ces résultats sont néanmoins à prendre avec précaution, en raison de possibles sous-estimations ou surestimations (il arrive par exemple que des femmes en couple ou séparées se déclarent célibataires [16]  Peuvent s’y ajouter au Chili les femmes séparées légalement... [16] ).

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L’impact de la nuptialité sur la baisse de la fécondité est considéré comme peu significatif, à l’exception de la République dominicaine, où la diminution du nombre de femmes vivant en couple dans les années 1970 aurait contribué à 43 % de la baisse de la fécondité (Rosero-Bixby, 1996). Mais la nuptialité a également eu un effet inverse. Selon le même auteur et d’autres (Guzmán et Rodríguez, 1993), l’augmentation de la fécondité constatée dans beaucoup de pays de la région dans les années 1950 s’expliquerait avant tout par une hausse de la nuptialité, liée, pour certains auteurs, à de meilleures conditions de vie, à la croissance économique et au progrès de la condition féminine (Cosio-Zavala, 1993). Dans les années récentes, les tendances n’ont pas varié de façon significative, et elles n’ont pas eu l’influence décisive sur la baisse de la fécondité qu’a eue la contraception. Au Pérou cependant, la nuptialité a été le deuxième facteur, derrière la contraception, du recul de la fécondité dans l’ensemble du pays entre 1994 et 2004 ; elle a même constitué le premier facteur parmi les populations les plus aisées (Ortiz, 2006).

8 - L’interruption volontaire de grossesse : des effets moins connus

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Il est difficile de mesurer en Amérique latine le nombre d’avortements provoqués (IVG) [17]  Pour une revue de littérature récente sur l’avortement... [17] . Leur pratique étant illégale dans la plupart des pays (tableau annexe A.20), les chiffres déclarés dans les enquêtes démographiques sont peu fiables. L’information disponible ne permet donc pas une analyse très approfondie du phénomène ni de son impact sur la fécondité.

62

Indépendamment de sa pertinence en tant que facteur de limitation de la fécondité, cette question est importante sur le plan des droits de la femme et de la santé publique, en raison des risques élevés liés aux conditions dans lesquelles l’avortement est souvent pratiqué, sauf à Cuba, au Guyana et à Porto Rico où il est légal. Le Chili et le Salvador représentent un cas extrême, puisqu’il y est totalement interdit, même lorsque la vie de la mère est en jeu. Dans d’autres pays comme le Mexique, la législation s’est assouplie depuis quelques années.

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En l’absence de chiffres exacts, on estime que chaque année, quatre millions de femmes environ se font avorter dans la région (OMS, 2004), la majorité dans des conditions clandestines, donc dangereuses. On estime aussi que 17 % des décès maternels sont dus à des avortements effectués dans de mauvaises conditions (Lafaurie et al., 2005 ; OMS, 2004) ; en Colombie, ce chiffre atteint presque 30 %, ce qui en fait la deuxième cause de décès maternels du pays (Deulaire et al., 2002 ; Lafaurie et al., 2005). La gravité du problème est confirmée par l’estimation de l’Institut Alan Guttmacher (2001) selon laquelle 800 000 femmes environ souffrent chaque année de complications consécutives à un avortement provoqué en Amérique latine et dans la Caraïbe. La même source situe le taux d’IVG autour de 35 pour mille femmes en âge de procréer, ce taux dépassant même 45 pour mille dans certains pays comme le Chili et le Pérou.

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S’appuyant sur les données publiées, notamment par l’Organisation des Nations unies (2001) et l’Institut Alan Guttmacher (1999), Bay et al. (2004) estiment qu’en Argentine, une femme sur deux a recours à au moins un avortement au cours de sa vie, et que dans divers pays comme le Brésil, le Pérou et la République dominicaine, on compte 30 avortements pour 100 conceptions chez les femmes âgées de 15 à 49 ans ; cette proportion atteint 60 % à Cuba (Guzmán et al., 2001b).

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À la différence de la situation qui prévaut dans les pays développés, où les femmes qui recourent à l’IVG sont en majorité de jeunes célibataires, les Latino-Américaines qui choisissent d’avorter seraient plutôt des femmes mariées, vivant en zone urbaine et déjà mères de famille, qui ont le nombre d’enfants qu’elles souhaitaient et qui ne peuvent faire face aux difficultés économiques que représenterait un enfant de plus (Bay et al., 2004 ; Institut Alan Guttmacher, 2001). Il est fort probable que le nombre d’avortements soit allé en augmentant, sachant qu’avant les années 1970, les couples ne cherchaient pas vraiment à contrôler le nombre des naissances (Institut Alan Guttmacher, 2001).

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Malheureusement, les conditions socio-économiques font que cette pratique est vécue très différemment par les femmes urbaines des catégories moyennes et aisées (plus à même de faire appel à un médecin privé et d’avorter dans des conditions peu risquées) et par les femmes vivant en milieu rural et économiquement défavorisées (avortant fréquemment dans des conditions insalubres et dangereuses et tendant, par conséquent, à souffrir de complications). Dans le contexte patriarcal et inégalitaire prédominant en Amérique latine, la pratique de l’avortement demeure un problème complexe et grave.

9 - Les différences sociales de fécondité

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Dans toute la région, on observe des différences importantes de fécondité en termes socio-économiques et géographiques. Ces différences persistent en dépit des changements enregistrés. La fécondité reste plus élevée en milieu rural qu’en milieu urbain (une fois et demie supérieure en moyenne) et celle des femmes sans instruction est de 2 à 3 fois plus élevée que celle des femmes ayant fait des études secondaires ou supérieures (figure 7 et tableau A.14). Les Latino-Américaines les plus instruites ont une fécondité assez homogène d’un pays à l’autre. Cela suppose la propagation non seulement d’un idéal de famille réduite, mais aussi l’accès à la contraception. Dans ce groupe, le nombre moyen d’enfants se situe entre 2 et 2,5, alors que les pays concernés se trouvent à différentes étapes de la transition. À l’autre extrême, les femmes sans instruction peuvent avoir en moyenne de 4,5 à plus de 6 enfants selon les pays.

Figure 7 - Indicateur conjoncturel de fécondité selon le niveau d’instruction des femmes dans 11 pays d’Amérique latine (fin des années 1990, début des années 2000)Figure 7
Source : tableau A.14.
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L’analyse en fonction du niveau socio-économique des ménages [18]  L’indicateur de niveau socio-économique combine le... [18] donne une illustration des inégalités (figure 8). Au Panama, au Venezuela et au Brésil, la fécondité dans le quintile le plus défavorisé (Q1) est deux fois plus élevée que dans le quintile le plus favorisé (Q5). La seule exception est celle du Chili, où l’écart est minime. Ces différences s’accentuent chez les adolescentes : leur fécondité est de 4 à 6 fois plus élevée dans les populations les plus défavorisées par rapport aux plus favorisées (figure 9). Ces résultats ont été confirmés par les enquêtes EDS réalisées dans les années 1990 (Guzmán et al., 2001).

Figure 8 - Indicateur conjoncturel de fécondité selon le niveau socio-économique des ménages autour de 2000Figure 8
Source : estimations basées sur les recensements de population (CEPAL, 2005).
Figure 9 - Taux de fécondité des adolescentes selon les niveaux socio-économiques extrêmes des ménagesFigure 9
Source : estimations basées sur les recensements de population (CEPAL, 2005).
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On aurait pu s’attendre, avec le processus de transition démographique, à ce que les différences de fécondité selon le niveau socio-économique et le lieu de résidence s’atténuent. Or, une étude récente basée sur les données des recensements des années 1990 et suivantes révèle des tendances divergentes selon les pays (CEPAL, 2005). Les différences géographiques (entre grandes régions à l’intérieur des pays) s’atténuent dans certains cas (Brésil, Guatemala et Venezuela), restent stables (Chili) ou se creusent dans d’autres (Bolivie, Équateur, Honduras, Panama et Paraguay).

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Si l’on observe les écarts selon le niveau d’instruction des femmes et plus précisément le rapport entre la fécondité des femmes sans instruction [19]  Il convient de souligner que la proportion de femmes... [19] et celle des femmes qui ont suivi des études secondaires ou supérieures, les écarts relatifs entre les deux groupes sont importants (figure 7 et tableau annexe A.14) : la fécondité des femmes sans instruction est deux fois supérieure, voire trois fois, à celle des femmes les plus instruites. On ne constate pas de tendance générale à une augmentation ou une diminution de ces écarts.

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Les différences de fécondité en fonction du niveau socio-économique présentent une évolution plus diversifiée. Dans des pays comme le Brésil et le Chili, les écarts se maintiennent, dans d’autres comme le Paraguay et le Venezuela ils se sont accentués suite à une baisse très importante de la fécondité dans les milieux favorisés ; au Panama et au Honduras, ils auraient diminué.

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En définitive, on ne retrouve pas de relation univoque entre les niveaux de fécondité et les inégalités socio-économiques ou selon le lieu de résidence. L’existence d’un programme de planning familial à grande échelle peut atténuer les différences sociales et géographiques. Dans une étude comparative entre différents États du Mexique et du Brésil, il apparaît par exemple qu’en dépit de niveaux de fécondité plus bas au Brésil qu’au Mexique, la variation de la fécondité en fonction du niveau d’instruction est plus marquée au Brésil, où n’ont jamais été adoptées officiellement de politiques de planning familial, contrairement au Mexique (Amaral et Potter, 2004).

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Dans le cas de la fécondité des adolescentes, les différences en fonction du niveau socio-économique ont augmenté récemment dans cinq des six pays étudiés (Brésil, Chili, Honduras, Paraguay et Venezuela), ce qui confirmerait le fait que le « handicap structurel » résultant des inégalités sociales dans la région pose des limites à la possibilité d’une convergence de la fécondité selon la catégorie socio-économique et la zone géographique (CEPAL, 2005). À cet égard, pour faire reculer la fécondité aux jeunes âges, les programmes de planning familial devraient envisager globalement d’analyser les raisons de ces comportements précoces et la manière dont ils s’inscrivent dans des projets personnels et des trajectoires de vie individuelles.

V - La mortalité générale : des progrès importants

1 - Une transition vers une vie plus longue

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L’Amérique latine a connu un recul sans précédent de la mortalité, en particulier dans la seconde moitié du XXe siècle. Souvent amorcé après 1920, ce recul est associé à l’amélioration des conditions de vie, au contexte d’urbanisation accélérée, à une couverture plus large des services de santé car plus institutionnalisée, à la place plus importante faite aux soins de santé primaires, aux progrès rapides de la médecine (CEPAL, 2004 ; Chackiel, 2004 ; Cosio-Zavala, 1998), ainsi qu’à des campagnes massives de contrôle des vecteurs de transmission des maladies (dans les pays tropicaux du moins). Dans les pays du Sud, la baisse de la mortalité, notamment celle de la mortalité infantile, a aussi bénéficié de la mise en place de mesures de prévention efficaces et à faible coût (Hill, 1995).

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Peu d’informations sont disponibles concernant la mortalité dans les premières décennies du XXe siècle ; néanmoins, des estimations fragmentaires permettent de situer l’espérance de vie à cette époque entre 30 et 40 ans (Pérez Brignoli, 1993 ; Arriaga et Davis, 1969). Au Chili, on estime que l’espérance de vie n’était en 1909 que d’environ 30 ans (Preston et al., 1972).

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Entre 1950-1954 et 2000-2004, la durée moyenne de vie a augmenté de 20 ans pour l’ensemble de la région (passant de 51,4 à 71,5 ans), celle des femmes a augmenté de presque 22 ans, atteignant 74,9 ans en 2000-2004 (tableau 6). L’espérance de vie de la région est supérieure à la moyenne mondiale, mais derrière celles de l’Europe, de l’Océanie et de l’Amérique du Nord (figure 10). Les gains en termes d’espérance de vie à la naissance sur la période étudiée sont sensibles, notamment dans les pays où elle était peu élevée au départ. Il est frappant que l’Argentine et l’Uruguay, pionniers de la transition et de la baisse de la mortalité, aient été depuis dépassés par des pays où la longévité a fait un énorme bond, comme au Chili voisin.

Tableau 6 - Amérique latine et Caraïbe : espérance de vie à la naissance périodes 1950-1954 et 2000-2004 (en années)Tableau 6
Figure 10 - Espérance de vie à la naissance dans les grandes régions du monde, par périodes quinquennales de 1950 à 2004Figure 10
Source : Nations unies.
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Le chemin restant à parcourir par les pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe pour atteindre l’espérance de vie des pays du Nord est encore long : le niveau atteint en 2000-2004 par les premiers l’a été par les seconds il y a trente ans ; toutefois, les progrès médicaux de ces dernières années laissent présager qu’il faudra moins de temps à la région qu’il n’en a fallu à ces pays. Cela dit, le nombre d’années gagnées depuis 1950 est inférieur à celui de l’Asie, où l’espérance de vie a progressé de 25 ans durant la même période, mais deux fois supérieur à celui de l’Afrique, où le VIH-sida est responsable de deux décennies de stagnation, voire de recul de l’espérance de vie.

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Au-delà de ces progrès généralisés dans la lutte contre la mortalité, on observe une grande diversité de situations d’un pays à l’autre (tableau 6). À un extrême, Haïti est le seul pays où l’espérance de vie n’a pas dépassé le seuil des 60 ans, avec même le risque de connaître à moyen terme une régression en raison du VIH-sida. Avec une prévalence d’environ 4 %, Haïti est le pays le plus touché de la région (Onusida, 2006). La Bolivie conserve également une espérance de vie assez basse pour la région (63,8 ans) [20]  Selon les estimations, le Guyana présenterait une situation... [20] . Dans les autres pays, l’espérance de vie est supérieure à 67 ans. Dans ce groupe, le Costa Rica, le Chili et Cuba, ainsi que plusieurs îles des Caraïbes non hispanophones (La Barbade, la Martinique et la Guadeloupe), ont actuellement l’espérance de vie à la naissance la plus élevée, supérieure à 77 ans, proche de celle de nombreux pays développés. Soulignons que le Costa Rica a une des mortalités aux très grands âges les plus faibles du monde (Rosero-Bixby, 2006).

79

Dès le début des années 1950, on relevait un écart d’espérance de vie de 29 ans entre Haïti (où la durée de vie moyenne était de 37,6 ans) et l’Uruguay (66,3 ans). Ce dernier pays était, avec l’Argentine et quelques pays de la Caraïbe, à l’avant-garde, avec une espérance de vie supérieure à 60 ans. Sur la période 2000-2004, l’indicateur se situe dans presque tous les pays entre 69 ans (Guatemala) et 78 ans (Costa Rica) [21]  Dans certaines îles des Caraïbes, l’espérance de vie... [21] . Cette tendance à la convergence (si l’on excepte la Bolivie et surtout Haïti) est la conséquence de progrès plus rapides dans les pays où l’espérance de vie était la plus faible. De l’ordre de 42 ans au Guatemala et au Honduras en début de période, elle y a respectivement gagné 27 et 29 ans entre 1950-1954 et 2000-2004. Une évolution d’autant plus remarquable que ces deux pays étaient et restent parmi les plus pauvres de la région (CEPAL, 2005).

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Du reste, bien que l’on observe globalement une relation entre le niveau de pauvreté des pays (faibles niveaux de développement et de protection sociale) et l’espérance de vie à la naissance, la pauvreté n’est pas nécessairement synonyme de mortalité élevée. En témoignent les cas du Honduras et du Brésil, dont l’espérance de vie pour les deux sexes confondus est similaire, tandis que le niveau de pauvreté est deux fois supérieur dans le premier que dans le second. Néanmoins, s’il est impossible de définir un modèle sous-régional, les écarts entre pays en matière de mortalité correspondent souvent aux écarts de fécondité. Des pays comme la Bolivie, Haïti et le Guatemala ont à la fois une fécondité élevée et une forte mortalité.

2 - Les différences entre les sexes

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Quoique les femmes aient partout une espérance de vie à la naissance plus élevée que les hommes, les différences entre les deux sexes sont assez variables d’un pays à l’autre. On ne constate pas non plus de relation stricte avec le niveau de mortalité. C’est en Haïti que l’écart entre les sexes est le plus réduit, de 3 ans seulement. À l’autre extrême, le Brésil, l’Uruguay et l’Argentine, ainsi que le Chili jusque dans les années 1970, présentent l’écart le plus fort ; le Guatemala a rejoint récemment ce groupe, avec un écart de 7 années ou plus. Les pays où la mortalité est la plus faible tels que le Costa Rica et Cuba conservent des inégalités de l’ordre de 4 à 5 ans, tandis qu’au Chili la différence est un peu plus élevée (6 ans en 2000-2004) ; mais dans la majeure partie de ces pays, l’écart se creuse (tableau annexe A.24). En moyenne, la différence entre l’espérance de vie des femmes et celle des hommes est passée de 3,4 ans au début de la période étudiée (1950-1954) à 6,7 ans en 1990-1994 ; depuis, elle s’est stabilisée.

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On peut supposer que la surmortalité masculine tendra à diminuer, les maladies dégénératives à l’origine d’une mortalité précoce chez les hommes étant de mieux en mieux traitées, tandis que les femmes travaillent de plus en plus en dehors de leur foyer avec un éventail d’activités voisin de celui des hommes. Cette tendance serait actuellement confirmée par une légère décroissance de l’indicateur au Chili et au Mexique, et par sa stabilisation au Costa Rica, en Uruguay, au Panama, au Venezuela et dans d’autres pays (Chackiel, 2004).

3 - Surmortalité masculine à l’âge adulte : le poids des décès dus à la violence et aux accidents

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La mortalité infantile ayant fortement baissé, les écarts entre les sexes s’expliquent principalement par la mortalité adulte, notamment par l’augmentation de la surmortalité masculine chez les adolescents et les jeunes adultes (de 20 à 34 ans). Sur la période 2000-2004, la mortalité masculine à ces âges est trois fois plus élevée (voire plus) que la mortalité féminine. Ce phénomène résulte d’une diminution beaucoup plus lente de la mortalité chez les hommes que chez les femmes, voire d’une hausse de la mortalité masculine à ces âges, comme c’est le cas au Venezuela.

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Parmi les pays où la surmortalité masculine est la plus marquée figurent le Venezuela, la Colombie, le Mexique, le Chili et le Brésil. Ce phénomène est intrinsèquement lié aux décès imputables aux accidents et à la violence [22]  Selon une étude de l’Organisation panaméricaine de... [22] . En Colombie, à la violence liée à des facteurs politiques et économiques s’ajoute celle qui résulte d’activités criminelles liées au narcotrafic. Les taux d’homicide masculins ont fortement augmenté, en particulier entre le début des années 1980 et le début des années 1990 (DNP et PNUD, 2000). Les taux d’homicide par sexe chez les adolescents et les jeunes adultes âgés de 10 à 29 ans sont les plus élevés en Colombie, au Salvador et au Brésil [23]  Au Brésil, les décès dans le groupe d’âges 5-39 ans... [23] . Ils sont de 10 à 17 fois plus élevés chez les hommes que chez les femmes (tableau 7).

Tableau 7 - Taux d’homicide pour 100 000 habitants âgés de 10 à 29 ans dans quelques pays d’Amérique latine au milieu des années 1990Tableau 7
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En Argentine, une étude réalisée dans la province de Córdoba a fait apparaître que l’écart entre l’espérance de vie des hommes et des femmes est passé de 7,6 ans à 8,3 ans en raison d’une augmentation plus forte des décès dus aux accidents et à la violence chez les hommes (Peláez, 2004).

4 - Un changement complet de modèle épidémiologique

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La mortalité adulte a baissé moins rapidement que la mortalité à des âges plus jeunes et on estime que la progression des espérances de vie entre 1980 et 1994 est due pour moitié au recul de la mortalité parmi les personnes âgées de moins de 15 ans (Arriaga, 2003 ; PAHO, 2002).

87

Les évolutions principales de la mortalité par cause sont les suivantes :

  1. les décès par maladies de l’appareil circulatoire ont diminué dans tous les pays ;

  2. la mortalité due aux tumeurs est restée partout sans grand changement, avec toutefois chez les hommes une augmentation des cancers de la prostate et une diminution des cancers de la trachée, du poumon et du foie, tandis que chez les femmes les cancers du sein et de l’utérus ont progressé dans certains pays et reculé dans d’autres ;

  3. une hausse presque généralisée des décès dus au sida, au diabète et aux septicémies ;

  4. une certaine stagnation ou une légère augmentation des affections respiratoires aiguës.

Si l’on analyse la structure des décès par grands groupes de causes (maladies infectieuses, tumeurs, maladies cardiovasculaires, mortalité périnatale, morts violentes et autres causes), on voit apparaître le modèle classique de ce que l’on nomme transition épidémiologique, avec une diminution des décès dus aux maladies infectieuses (à l’exception du VIH-sida) ainsi que des décès de la période périnatale et une augmentation du poids relatif des décès résultant de maladies chroniques et dégénératives, telles que les affections de l’appareil circulatoire et les cancers (Chackiel, 2004). Au Costa Rica par exemple, la proportion de décès par maladies infectieuses est tombée de 39 % à 7 % chez les hommes et de 41 % à 8 % chez les femmes entre 1960-1965 et 1995. Au Mexique, ces proportions sont passées de 41 % à 10 % pour les hommes et de 46 % à 11 % pour les femmes. De même, on observe dans presque tous les cas une augmentation du poids relatif des décès par cancers et maladies de l’appareil circulatoire.

5 - Le VIH-sida et son impact

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La prévalence du VIH (% de personnes âgées de 15-49 ans qui vivent avec le VIH) en Amérique latine, de l’ordre de 0,5 %, est deux fois plus basse que la moyenne mondiale (Onusida, 2006). Toutefois, elle est élevée dans la sous-région des Caraïbes (1,6 %), qui rassemble le plus de pays à forte prévalence. Le pays le plus touché est Haïti, avec les Bahamas, où les taux de prévalence dépassent 3 % ; Trinité-et-Tobago, Belize et le Guyana ont des taux compris entre 2 % et 3 % ; le Suriname, la Barbade, le Honduras, la Jamaïque et la République dominicaine, entre 1 % et 2 %. À Cuba, la prévalence du VIH est en revanche inférieure à 0,2 %. Hors des Caraïbes, deux pays méso-américains, le Honduras et le Guatemala, ont un taux supérieur à 1 %. Dans quelques-uns de ces pays, on observe des signes de baisse de la prévalence de la maladie (Haïti) ou de stagnation.

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Pays le plus peuplé d’Amérique latine, le Brésil est le pays où vivent le plus grand nombre de personnes contaminées, soit près du tiers des personnes vivant avec le VIH en Amérique latine (Onusida, 2006, p. 46).

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L’impact des décès dus au sida sur l’espérance de vie a été estimé par la Division de la population des Nations unies pour les pays où la prévalence de cette maladie est la plus forte : cet impact est significatif en Haïti, aux Bahamas et à Trinité-et-Tobago, qui perdent pour cette raison 5 ans ou plus d’espérance de vie (tableau 8). La perte atteint plus de 4 ans au Guyana et, dans les autres pays, elle se situe entre 2 et 3 ans, à l’exception du Brésil où la prévalence du VIH-sida est moindre (environ 0,5 %).

Tableau 8 - Amérique latine et Caraïbe. Estimation de l’espérance de vie à la naissance, sans sida et avec sida en 2000-2005 (en années)Tableau 8
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Dans les pays à forte prévalence, en République dominicaine, à La Barbade, au Suriname et à Belize, l’épidémie reste surtout masculine [24]  Les relations sexuelles entre hommes représentent dans... [24]  ; elle touche autant les hommes que les femmes en Jamaïque, aux Bahamas et à la Trinité-et-Tobago ; elle est majoritairement féminine en Haïti, au Honduras et au Guyana (figure 11). Sachant que dans divers pays, les femmes, notamment les adolescentes et les jeunes femmes, sont plus nombreuses que les hommes parmi les personnes nouvellement contaminées (à Trinité-et-Tobago, en République dominicaine et en Jamaïque, elles sont de 2 à 6 fois plus nombreuses parmi les 15-19 ans), on peut s’attendre dans un proche avenir à une certaine féminisation de l’épidémie.

Figure 11 - Amérique latine et Caraïbe : Répartition par sexe des personnes contaminées par le VIH-sida dans les pays à forte prévalence en 2003 (en %)Figure 11
Source : Onusida.
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Certains pays ont progressé dans le suivi et le traitement de l’épidémie : c’est le cas de pays du Cône Sud (Argentine, Brésil, Uruguay et Chili), des Caraïbes (Cuba, Bahamas, La Barbade) et de Méso-Amérique (Costa Rica, Mexique et Panama) ainsi que du Venezuela où la couverture des thérapies antirétrovirales a progressé. Dans d’autres pays en revanche, l’attitude négative des autorités nationales, qui refusent notamment de publier les vrais chiffres sur la maladie, constitue un obstacle à l’extension de la couverture des thérapies antirétrovirales. C’est dans les pays où la prévalence du VIH-sida est la plus forte, comme Haïti et la République dominicaine, que la couverture est la plus faible (moins de 20 % des personnes infectées) (Onusida, 2006).

VI - La mortalité infantile : d’énormes progrès dans l’ensemble

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Aux alentours de 1950, un enfant sur huit né dans la région mourait avant la fin de sa première année. Dans plus de la moitié des pays d’Amérique latine, le taux de mortalité infantile était supérieur à 100 pour mille ; il atteignait ou dépassait même 150 pour mille dans certains pays de la Caraïbe

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(Haïti et République dominicaine), dans trois pays méso-américains (Nicaragua, Honduras et Salvador) et dans deux pays andins (Pérou et Bolivie).

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Au cours des décennies suivantes, une chute spectaculaire de la mortalité infantile s’est produite. Le taux est passé de 126 pour mille en 1950-1954 à 57 pour mille en 1980-1984 et 26 pour mille en 2000-2004 pour l’ensemble de la région (tableau annexe A.25). De façon plus ou moins marquée, il a reculé sensiblement dans tous les pays. Les risques de décès dans la prime enfance ont diminué en dépit de la pauvreté, des inégalités sociales considérables dans la plupart des pays de la région et des crises économiques. En 2000-2004, le taux de mortalité infantile est de 6,1 pour mille à Cuba, de 8 pour mille au Chili et de 10,5 pour mille au Costa Rica. À l’autre extrême, il dépasse 50 pour mille en Haïti, en Bolivie et au Guyana. Les pays où le taux reste compris entre 30 et 40 pour mille sont représentés dans toutes les sous-régions : Méso-Amérique (Honduras, Nicaragua et Guatemala), Caraïbe (Belize et République dominicaine), pays andins (Pérou) et Cône Sud (Paraguay).

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Cette évolution radicale serait due à la combinaison de nombreux facteurs : le développement des programmes de santé maternelle et infantile, axés essentiellement sur les soins de santé primaire, à fort impact et de faible coût (campagnes de vaccination massives, réhydratation orale, suivi médical des enfants) a été associé à d’importants changements socio-économiques et démographiques, tels que l’extension de la couverture des services de base (notamment l’alimentation en eau potable et l’assainissement), l’amélioration du niveau d’instruction de la population et la baisse de la fécondité. Cette baisse de la fécondité s’est accompagnée d’une diminution de la fréquence des grossesses à haut risque (grossesses tardives, nombreuses ou rapprochées) [25]  La fréquence des naissances à haut risque (se produisant... [25] . Tous ces facteurs ont pu faciliter l’affectation des ressources à la santé maternelle et infantile et l’amélioration de leur qualité. La pression étant moindre pour étendre la couverture des systèmes de santé, il a été possible d’investir davantage dans la qualité des soins et l’élargissement de l’éventail des services offerts.

1 - Les inégalités en matière de mortalité infantile

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En dépit des progrès importants accomplis, de fortes inégalités sociales ou géographiques persistent (tableau annexe A.28). Seuls les pays où la mortalité a le plus baissé présentent une moindre hétérogénéité, grâce à la portée des services de santé et de leurs programmes maternels et infantiles, touchant les zones les plus isolées (CEPAL, 2005). Pour les autres, des écarts considérables existent entre grandes régions à l’intérieur des pays. Au Brésil, par exemple, le risque de mourir avant l’âge d’un an est 4,4 fois plus élevé pour les enfants de l’État d’Alagoas que pour ceux du Río Grande do Sul [26]  De même, au Panama, les enfants nés dans la région... [26] . Dans la majorité des pays, on ne voit pas de nette diminution des inégalités entre régions les moins développées et régions les plus favorisées. Dans de nombreux pays, les communautés d’origine autochtone vivent dans des conditions d’exclusion et de pauvreté qui rendent difficile leur accès aux programmes sociaux. La mortalité infantile est un indicateur très sensible à ces facteurs (figure 12). Ainsi, les écarts de mortalité infantile sont très importants entre groupes autochtones et non autochtones (CEPAL, 2005). La mortalité infantile élevée dans les populations autochtones est associée à de bas niveaux de revenus, une scolarisation lacunaire, un accès restreint aux services de base tels que l’eau potable et l’assainissement, et une couverture limitée des services de santé, d’autant plus s’il s’agit de populations rurales vivant loin des centres urbains. Or, on continue à observer des écarts importants entre zones urbaines et rurales, variables selon le niveau d’instruction de la mère et la catégorie socio-économique. Le rapport entre la mortalité des enfants de mères analphabètes et celle des enfants dont la mère a fait au moins des études secondaires varie de 1,6 (Salvador) à 3,4 (Guatemala). L’analyse des tendances par niveau d’instruction ou par lieu de résidence n’indique pas de réduction des inégalités de mortalité infantile ; les écarts augmentent même dans certains cas. En analysant les tendances par catégorie socio-économique et en contrôlant selon le lieu de résidence, les résultats révèlent cependant une tendance plus favorable (CEPAL, 2005). En effet, dans tous les pays étudiés, la mortalité infantile précoce, spécialement dans les zones urbaines, a reculé ; les inégalités socio-économiques ont également diminué dans ces zones, parce que la mortalité infantile a davantage baissé dans les groupes défavorisés.

Figure 12 - Taux de mortalité infantile dans la population autochtone et non autochtone vers 2000. Pays sélectionnés d’Amérique latine (pour mille)Figure 12
Source : CEPAL (2005).
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Signalons enfin que dans tous les pays de la région, les taux de mortalité infantile des filles étaient dès les années 1950 inférieurs à ceux des garçons, contrairement aux autres régions du monde en développement (tableaux A.26 et A.27).

VII - La structure par âge : dividendes démographiques et vieillissement

1 - Une pyramide en mutation

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La transition démographique et surtout le déclin de la fécondité entraînent une transformation de la pyramide des âges de la région. En 1950, la pyramide a une large base, où prédominent les plus jeunes : les moins de 15 ans représentent 40 % de la population (figure 13). Puis elle évolue du fait de la baisse de la part relative des enfants et des jeunes : dans un premier temps, la base de la pyramide se rétrécit tandis que le centre s’élargit, sans que la proportion de personnes âgées augmente sensiblement. Dans les décennies suivantes, le rétrécissement de la base va se poursuivre et la proportion de personnes âgées va s’accroître. Le vieillissement, déjà observable en 2000, va s’accentuer d’ici 2020.

Figure 13 - Amérique latine et Caraïbe : pyramide des âges de la région et de 5 pays. Années 1950, 2000 et 2020 (projection)Figure 13Figure 13Figure 13
Source : estimations du CELADE et Nations unies (2005).
100

Examinons la situation dans quelques pays représentatifs de la diversité régionale (Cuba, Argentine, Mexique, Brésil et Guatemala). L’Argentine, pays où la transition a été précoce, va connaître en 2020 un vieillissement important de sa population, assez proche de celui de l’Europe. Le Mexique et le Brésil, partis de pyramides à large base, s’approchent à différents rythmes d’une structure vieillie ; le Guatemala, pays où la transition a été plus tardive, conserverait encore en 2020 une structure par âge que l’on peut qualifier de « jeune ». Le cas de Cuba se distingue par sa structure atypique, résultant d’une forte baisse de la fécondité et du maintien de celle-ci sous le seuil de remplacement, associés à l’émigration d’adolescents et de jeunes adultes.

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Ces modifications, parfois radicales, de la pyramide des âges soulèvent d’importants défis. Conséquence à court terme de la baisse de la fécondité, on observe une diminution plus ou moins rapide des rapports de dépendance, c’est-à-dire une situation favorable dans laquelle la charge potentielle des actifs s’allège avec la diminution du nombre d’enfants et d’adolescents, tandis que le poids de la population âgée reste faible [27]  Le rapport de dépendance est le rapport entre l’effectif... [27] .

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Cette étape de l’évolution démographique, propre à toute société qui connaît des changements importants de la fécondité et de la mortalité, est considérée comme une période d’opportunité, en raison d’une moindre demande relative de la population des jeunes enfants, ce qui ouvre des possibilités d’investissement dans la santé et l’éducation et permet d’améliorer les conditions de vie et la qualité des services offerts à la population. Elle permettrait de « récolter » ce que l’on qualifie parfois de « dividendes démographiques », soit une accélération de la croissance économique et du développement humain liée à ces modifications des structures démographiques. Toutefois, il a été souligné (CEPAL, 2004) que pour mettre à profit cette opportunité, il faut encourager la création d’emplois, ce qui s’avère complexe dans des pays comme ceux d’Amérique latine et des Caraïbes où la part du secteur informel et des emplois précaires est importante. On a fait observer également qu’il s’agit d’une étape limitée dans le temps, donc qu’il faut intervenir efficacement avant que le processus de vieillissement de la population ne prenne de l’ampleur (Carvalho, 2002).

2 - Une région qui vieillit rapidement

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L’un des effets les plus sensibles de ces changements sans précédent, qui va s’accentuer dans la première moitié de ce siècle, est le vieillissement de la population dû au recul de la fécondité depuis plusieurs décennies et à l’augmentation actuelle de l’espérance de vie.

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Dans tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, la proportion et le nombre absolu de personnes âgées vont connaître une hausse soutenue au cours des décennies à venir (tableau 9) (Miró, 2003). L’effectif des personnes âgées de 60 ans ou plus va augmenter de 58 millions, passant de 42 millions aujourd’hui à plus de 100 millions en 2025 ; entre 2025 et 2050, elles seraient 88 millions de plus [28]  Les données fournies sont basées sur des projections.... [28] . Il s’agit d’une population qui s’accroît rapidement (à un taux de 3,5 % sur la période 2000-2025), à un rythme supérieur à celui des groupes d’âges plus jeunes. Pour 2000-2025 et 2025-2050, la croissance de la population âgée sera respectivement de 3 et 5 fois supérieure à celle de la population totale.

Tableau 9 - Amérique latine et Caraïbe : indicateurs du processus de vieillissement démographique. Années 2000, 2025 et 2050 (projection)Tableau 9
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Conséquence de cette dynamique, l’effectif des plus de 60 ans va plus que doubler entre 2000 et 2025 et en 2050, un Latino-Américain sur quatre sera alors une personne âgée. Avec l’allongement de la vie, le pourcentage de personnes très âgées (75 ans ou plus) va lui aussi augmenter, passant de 1 % à 5 % entre 2000 et 2050. Deux indicateurs de la structure par âge montrent clairement certaines répercussions démographiques de ce processus. En premier lieu, l’âge médian de la population va augmenter de 15 ans entre 2000 et 2050 : la moitié de la population aura plus de 40 ans en 2050. En second lieu, le rapport entre l’effectif des personnes âgées et celui des jeunes de moins de 15 ans sera bouleversé : aujourd’hui, on compte 25 adultes de 60 ans ou plus pour 100 jeunes de moins de 15 ans ; vers 2050, ils seront 133 pour 100 jeunes.

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La région se caractérise par une forte hétérogénéité en matière de vieillissement. On peut classer les divers pays au sein de quatre groupes dominants, allant d’un vieillissement débutant à un vieillissement très avancé [29]  Cette classification a été réalisée en utilisant pour... [29] (figure 14).

Figure 14 - Part de la population âgée de 60 ans ou plus dans les groupes de pays où le vieillissement est débutant, modéré, avancé ou très avancé. Années 2000, 2025 et 2050Figure 14

Note : voir le texte pour les pays entrant dans chaque catégorie.

Sources : CEPAL/CELADE, projections démograhiques 2003 ; Nations unies (2001).
107

Le premier groupe de pays, où la population commence tout juste à vieillir, comprend la Bolivie, le Guatemala, Haïti, le Honduras, le Nicaragua et le Paraguay. La part des personnes âgées de 60 ans ou plus, de l’ordre de 5 % à 7 % en 2000, devrait atteindre des valeurs comprises entre 15 % et 18 % en 2050. Ce processus pourrait s’accélérer si la baisse de la fécondité s’amplifie.

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Dans le deuxième groupe de pays, dénommé à vieillissement modéré, la proportion de personnes de 60 ans ou plus est comprise entre 6 % et 8 % en 2000. Cette proportion devrait dépasser 20 % en 2050. Ce groupe rassemble 10 pays : Belize, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur, le Salvador, le Guyana, le Mexique, le Pérou, la République dominicaine et le Venezuela. Il s’agit de pays où la fécondité a connu des évolutions notables entre 1965 et 1990.

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Le groupe suivant comprend les pays où le vieillissement est avancé, comptant une proportion de personnes âgées allant de 8 % à 10 % en 2000. Leur part devrait rapidement augmenter pour atteindre 25 % à 30 % en 2050. Entrent dans cette catégorie les Bahamas, le Brésil, le Chili, la Jamaïque, le Suriname et Trinité-et-Tobago.

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Enfin, dans le groupe des pays à vieillissement très avancé, on trouve des pays comme l’Argentine et l’Uruguay, pionniers de la transition de la fécondité en Amérique latine, ainsi que Cuba et plusieurs pays des Caraïbes (Antilles néerlandaises, La Barbade, Guadeloupe, Martinique et Porto Rico).

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Le processus de vieillissement, diversifié, est généralisé dans l’ensemble de la région. Ce processus a des effets directs sur les systèmes de protection sociale, tant formels qu’informels et sur leur avenir en termes d’offre et de financement (Mesa-Lago, 1985 ; CEPAL, 2006). Il va exercer une pression considérable sur le financement des prestations sociales, tant dans les systèmes contributifs fondés sur la répartition que dans les systèmes non contributifs. À l’heure actuelle, seul un tiers des pays de la région qui ont adopté des réformes structurelles versent des pensions (Bertranou, 2005a, 2005b), les familles assumant dans de nombreux cas la charge des personnes les plus âgées. Certains pays de la région comme le Chili, dont la population vieillit rapidement (les 60 ans ou plus y représentent actuellement 11 % de la population totale) et qui ont développé un système de pensions reposant essentiellement sur les cotisations individuelles, laissent sans couverture une part significative des actifs, en particulier les femmes, ce qui augure de pressions de plus en plus fortes sur les ressources publiques (Bravo et Bertranou, 2006). Enfin, les dépenses de santé restent dans une large mesure à la charge des familles (CEPAL, 2006), qui soutiennent financièrement les personnes âgées ou les prennent en charge directement. Dans les années à venir, le vieillissement démographique exercera par conséquent une forte pression sur les familles elles-mêmes.

VIII - Répartition territoriale de la population et migrations internes

1 - Une région fortement urbanisée

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L’Amérique latine et la Caraïbe s’avèrent être la région la plus urbanisée du monde en développement. Selon les estimations des Nations unies [30]  Régulièrement actualisées en ligne à : http://esa.... [30] , la région avait un taux d’urbanisation de 77 % en 2005, supérieur à celui de l’Europe (72 %) et inférieur seulement à celui de l’Amérique du Nord (81 %). Les projections des Nations unies prévoient que la population urbaine sera de l’ordre de 610 millions d’habitants en 2030 (contre 434 en 2005) [31]  La population urbaine est la population qui vit dans... [31] , et que la population rurale se situera autour de 113 millions (contre 127 en 2005). À cette date, la population urbaine constituerait donc 84 % de la population totale (tableau 10).

Tableau 10 - Amérique latine et Caraïbe : population résidant en zone urbaine et en zone rurale (effectifs en milliers) et taux d’urbanisation (en %) de 1950 à 2030Tableau 10
113

Aujourd’hui, quatre Latino-Américains sur dix vivent dans une agglomération urbaine d’au moins 500 000 habitants, une proportion nettement supérieure à celle de l’Europe (tableau 11). Les résultats de recensements rassemblés dans la base de données du CELADE confirment ce caractère éminemment urbain de la plupart des pays de la région : la population vit en majorité dans des agglomérations de 20 000 habitants ou plus (figure 15).

Tableau 11 - Grandes régions du monde : population vivant dans des villes de 500 000 habitants ou plus, et part dans la population totale (en %) (estimations pour l’année 2005)Tableau 11
Figure 15 - Amérique latine et Caraïbe : part de la population nationale vivant dans des agglomérations de 20 000 habitants ou plus (recensements effectués depuis l’année 2000) (en %)Figure 15
Source : CELADE, 2006, base de données DEPUALC, www.eclac.cl/celade/depualc/
114

Le rythme d’urbanisation au sein de la région est variable d’un pays à l’autre (figure 16). Ces différences sont marquées et tendent à coïncider, à quelques exceptions près comme le Costa Rica et Cuba, à celles déjà observées en matière d’avancée dans la transition démographique.

Figure 16 - Amérique latine et Caraïbe : part de la population urbaine dans chaque pays en 1950 et en 2005 (en %)Figure 16
Source : Nations unies (2006).
115

À un extrême, on trouve un groupe de pays fortement urbanisés : les trois pays du Cône Sud (l’Argentine, l’Uruguay et le Chili), ainsi que le Venezuela, dans lesquels la part de la population urbaine atteint près de

116

90 % selon les définitions nationales et où plus de 70 % de la population vit dans une agglomération d’au moins 20 000 habitants. Dans ce groupe, il convient de distinguer l’Argentine et l’Uruguay, pays précocement urbanisés, du Chili et du Venezuela, à l’urbanisation plus tardive mais plus rapide.

117

À l’autre extrême, on trouve des pays peu urbanisés avec un rythme d’urbanisation que l’on peut qualifier de modéré à lent. Il s’agit de plusieurs pays d’Amérique centrale (sous-région la moins urbanisée d’Amérique latine et des Caraïbes) : le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador.

118

Entre ces deux extrêmes, se situent la majeure partie des pays de la région, en particulier le Brésil et le Mexique, qui ont connu durant les dernières décennies une urbanisation accélérée et qui, en raison de leur poids démographique, ont imprimé leur rythme à l’ensemble de la région.

119

L’urbanisation de la région a été plus rapide que son développement économique et social. De fait, les villes latino-américaines et caribéennes sont confrontées, plus encore que celles des pays développés, à des problèmes tels que la pauvreté, la précarité, l’insécurité, la prédominance de structures informelles et l’insuffisance de la protection sociale.

120

La pauvreté est également davantage présente en milieu rural, où réside encore un Latino-Américain sur quatre. Dans plusieurs pays, la population vit en majorité en milieu rural ou dans de petites agglomérations (de 2 000 à 20 000 habitants), où les conditions de vie sont généralement très précaires (CEPAL, 2005).

121

L’urbanisation régionale s’est appuyée sur des systèmes urbains fortement hiérarchisés : la plupart des pays se caractérisent par un indice de primatie (rapport entre la population de la ville principale et la somme des populations des trois villes qui la suivent en taille) supérieur à 2, chiffre plutôt inhabituel dans les autres pays du monde, structurés autour de villes de grande taille (Nations unies, 2004). Un Latino-Américain sur trois vit en effet dans une ville de plus d’un million d’habitants, et sur les 14 métropoles les plus peuplées du monde en 2000, quatre se trouvaient dans la région : Sao Paulo, Mexico, Buenos Aires et Rio de Janeiro. La majorité de la population rurale est quant à elle dispersée dans une myriade de villages faiblement dotés en infrastructures et en services et qui sont mal desservis ; en outre, dans les quelques zones rurales assez denses (plateau mexicain, grandes îles des Caraïbes, haut plateau andin), les conditions de vie, comparées à celles des zones urbaines des mêmes pays, sont précaires.

122

La croissance des grandes villes (500 000 habitants ou plus) s’est ralentie et leur poids dans la population urbaine totale a diminué, pour différentes raisons : ces grandes villes ont une faible croissance naturelle du fait de la baisse de la fécondité ; les crises économiques du dernier quart de siècle ont été particulièrement sévères dans les métropoles ; enfin, les politiques publiques de décentralisation et de développement régional ont freiné leur croissance. En revanche, les villes de dimension intermédiaire (entre 50 000 et 500 000 habitants) ont connu la croissance la plus rapide, le poids de leur population progressant dans l’ensemble du système urbain. Cette catégorie regroupant des agglomérations urbaines nombreuses et très diversifiées, il est difficile de dégager des facteurs communs expliquant leur croissance [32]  On peut trouver à l’origine de leur expansion l’évolution... [32] . En tout état de cause, il en a résulté une déconcentration progressive, une diversification et une extension du tissu urbain. Si l’on a pu qualifier une telle déconcentration de fictive (on a parlé à cet égard de « déconcentration concentrée ») parce que basée sur l’expansion rapide d’une ceinture de villes de taille moyenne autour des grandes métropoles (Pinto da Cunha, 2002), plusieurs études récentes tendent à prouver sa réalité (Rodríguez, 2002 ; Rodríguez et Villa, 1998).

2 - Les migrations internes

123

En matière de migrations internes, l’analyse des données de recensement [33]  Depuis la série de recensements des années 1980, les... [33] permet de tirer quelques grandes conclusions générales :

  1. le flux migratoire est d’intensité variable selon les pays [34]  Les indicateurs d’intensité migratoire sont affectés... [34] . Cette variabilité est moins liée au degré de développement des pays qu’à la mise en œuvre de politiques publiques destinées à redistribuer la population sur le territoire. Ainsi, la plus forte intensité migratoire entre communes a été relevée au Paraguay du fait d’un changement radical de l’implantation territoriale de la population ;

  2. les déplacements entre zones urbaines prédominent, ce qui est peu étonnant dans une région aussi urbanisée que l’Amérique latine et la Caraïbe [35]  Dans le cas du Brésil, par exemple, une estimation... [35]  ;

  3. l’émigration nette des zones rurales persiste, car la région n’a pas connu de phénomène massif de « retour à la campagne », en dépit du dynamisme de l’agriculture et de la sylviculture d’exportation. De fait, si l’apport des migrants ruraux à l’expansion démographique des villes est en diminution, il reste positif. L’émigration rurale reste quantitativement importante, ce qui explique la stabilisation démographique et le vieillissement des zones rurales bien qu’elles ne soient pas encore à un niveau avancé de leur transition démographique ;

  4. les migrations des grandes métropoles vers d’autres villes continuent, avec des variations dans le temps et des spécificités nationales (tableau 12) ; ces migrants partent pour des agglomérations plus dynamiques ou offrant une meilleure qualité de vie. Le choix se portant dans certains cas sur celles situées autour des grandes villes, le recul du poids démographique de ces dernières est alors contrebalancé par l’extension de leur rayon d’influence ;

  5. l’attraction migratoire exercée par certaines capitales de petits pays, aux systèmes urbains fortement hiérarchisés, telles que la ville de Panama (tableau 12) reste inchangée, ce qui interdit toute généralisation relative aux métropoles « chassant » leurs habitants ;

  6. les migrations intra-métropolitaines augmentent et se polarisent (Rodríguez, 2004 ; Dureau et al., 2002) ; au flux historique de pauvres allant vers la périphérie s’ajoute celui de familles aisées qui vont vers les zones rurales proches de la métropole, dotées de services et d’une infrastructure urbaine et d’où l’on se rend à la métropole pour travailler ou étudier [36]  Le terme de « rurbanisation » a été forgé pour désigner... [36] .

Tableau 12 - Estimations du volume de migrations à destination, en provenance et à l’intérieur d’agglomérations métropolitaines sélectionnéesTableau 12
124

Enfin, il importe de mentionner l’une des conséquences les plus dramatiques de la migration interne vers les grandes villes : l’apparition à partir des années 1930 de bidonvilles [37]  Les bidonvilles (tugurios en espagnol, slums en anglais)... [37] abritant notamment les migrants venus des zones rurales. Ces bidonvilles représentent aujourd’hui dans certaines villes de la région une proportion significative de l’habitat. Avec le temps, certains d’entre eux se sont consolidés et insérés dans leur environnement. C’est pourquoi on ne parle plus de leur éradication (sauf cas exceptionnels de risques environnementaux) mais de consolidation, intégrant la dimension humaine et sociale aux aspects évidents du logement, des infrastructures et de la desserte. Les programmes Favela-Barrio au Brésil et Chile-Barrio au Chili en sont des exemples. Par ailleurs, l’expansion des bidonvilles existants et l’apparition de nouveaux bidonvilles sont de plus en plus liées aux migrations intra-métropolitaines ; dans plusieurs pays, on observe la situation paradoxale où des pauvres sortent de centres-villes relativement bien équipés pour s’installer dans les bidonvilles de la périphérie, où les coûts directs (les loyers notamment) sont moindres, mais où les coûts indirects (transports, accès aux services, risques sanitaires) peuvent se révéler beaucoup plus élevés.

IX - La migration internationale : quelques faits marquants [38]  La majeure partie des informations sur la migration... [38]

125

Les dernières décennies ont été le cadre d’une forte dynamique d’émigration vers des pays extérieurs à la région. Ce phénomène s’est accentué, les destinations se sont diversifiées et la proportion de femmes parmi les migrants a augmenté. On estime qu’en 2005, un peu plus de 27 millions de Latino-Américains et Caribéens résidaient hors de leur pays d’origine, soit plus de 10 % de l’effectif mondial de migrants internationaux.

126

Dans les années suivant la seconde guerre mondiale, l’immigration en provenance de pays extérieurs à la région a sensiblement diminué, en même temps que se produisait un mouvement de retour vers l’Europe. Ainsi, depuis les années 1960, le nombre d’immigrés nés hors de la région a baissé régulièrement : au nombre de 4 millions en 1970, ils n’étaient plus qu’à peine deux millions et demi en 1990 et moins de deux millions en 2000. La proportion d’habitants nés en dehors de la région au sein de l’effectif total de la population immigrée est passée d’un peu plus de 75 % en 1970 à un peu plus de 50 % en 1990 et à 40 % en 2000 (tableau 13).

Tableau 13 - Amérique latine et Caraïbe : population immigrante intra et extra-régionale (années 1970 à 2000)Tableau 13
127

Une des caractéristiques des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe est l’importance des mouvements de population intra-régionaux, tendance profondément enracinée dans l’histoire économique et sociale de ces pays. Facilités par la proximité géographique et culturelle, les déplacements intra-régionaux se font surtout vers les pays où le marché du travail offre le plus d’opportunités et où, en général, le niveau de protection sociale est plus élevé. Outre ces facteurs structurels, le développement de ce modèle migratoire a subi l’influence des cycles d’expansion et de récession économique et des événements sociopolitiques (Pellegrino, 1993, 1995, 2000). C’est le cas des pays d’Amérique centrale qui, durant les années 1970 et 1980, ont connu des conflits internes, et de l’Amérique du Sud sous les dictatures. Cependant, le rétablissement des régimes démocratiques dans les années 1990 n’a pas freiné l’émigration, dont les facteurs sont probablement plus complexes. Seuls le Chili et le Costa Rica ont enregistré une croissance de l’immigration en provenance des pays voisins en raison de leur stabilité économique et institutionnelle.

128

Les migrants internes à la région représentent 60 % du stock des immigrés en 2000 (tableau 13) ; ils en représentaient déjà la moitié en 1990. Les provenances et destinations des flux migratoires au sein de la région ont relativement peu changé, malgré l’évolution des conditions socio-économiques et politiques.

129

La Colombie a fourni le plus grand nombre de migrants intra-régionaux au début des années 1990 et 2000 : un peu plus de 600 000 Colombiens en 1990 et 700 000 en 2000 ont été comptabilisés dans les recensements d’autres pays latino-américains, dont près de 90 % au Venezuela. L’un des facteurs qui a pesé sur cette forte émigration est le fait que des populations déplacées à l’intérieur du pays aient cherché refuge dans les pays voisins. Viennent ensuite les Paraguayens et les Chiliens, avec un total respectif de 360 000 et 270 000 personnes (recensées pour la plupart en Argentine). Ces groupes, importants, représentent toutefois moins de 3 % de la population totale des pays d’origine [39]  L’émigration uruguayenne, principalement à destination... [39] (sauf pour le Paraguay).

130

Les migrations au sein des pays anglophones de la Communauté caribéenne (CARICOM) présentent une spécificité : les migrations définitives y sont relativement rares. Du fait de la proximité géographique entre pays de la sous-région, la migration circulaire prédomine (Simmons et Guengant, 1992). En 1990, un peu plus de la moitié des immigrants de la Communauté venaient de la sous-région elle-même ; ils représentaient presque 4 % de la population totale de l’ensemble des pays membres (Mills, 1997). De façon générale, la migration internationale a un impact très important sur la dynamique démographique des pays de la Caraïbe. Les flux migratoires de Haïti vers la République dominicaine ont des racines historiques profondes, et ne semblent pas avoir été récemment modifiés.

131

Les flux observés ces dernières années se caractérisent par une forte proportion de migrants sans papiers, une intégration dans le marché du travail informel, une nette sélection par le niveau d’instruction et une participation économique croissante des femmes (Silié et al., 2002).

132

Avec le recul de l’immigration en provenance de pays extérieurs à la région qui n’a pas été compensée par la hausse des mouvements intra-régionaux, l’émigration vers des destinations extérieures à la région est devenue le flux le plus important. On estime que les trois quarts ou presque des émigrants illégaux convergent vers les États-Unis, dessinant un schéma de migration Sud-Nord dont les implications sont nombreuses pour les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, en particulier du fait de la perte de ressources humaines qualifiées ; de plus, les migrants sans papiers sont eux-mêmes exposés à des risques divers (de l’absence de droits à l’expulsion). Cette émigration a entraîné en outre la formation de communautés transnationales de migrants qui envoient des devises dans leur pays d’origine et contribuent par là-même à soutenir leur économie.

133

L’émigration aux États-Unis de personnes nées dans la région, en particulier au Mexique et dans la Caraïbe, n’est pas un phénomène nouveau [40]  La communauté hispanique des États-Unis, formée d’anciens... [40]  ; elle a connu des fluctuations avec la conjoncture économique et socio-politique et avec l’évolution de la législation sur l’immigration aux États-Unis. La nouveauté réside dans la nette augmentation au cours des dernières années du nombre de migrants en provenance d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, amorcée au milieu du XXe siècle. Au total, le nombre d’immigrés latino-américains et caribéens vivant aux États-Unis a doublé entre 1980 et 1990 ; ils seraient environ 18 millions en 2004 (14,5 millions en 2000), soit un peu plus de la moitié des immigrés installés dans le pays. L’immigration en provenance d’Amérique latine et de la Caraïbe aurait ainsi augmenté de 100 % entre 1990 et 2004 (Lollock, 2001 ; www.census.gov). Les Méso-Américains représenteraient 68 % du total des immigrants provenant de la région (les Mexicains comptant pour plus de 50 %), suivis des Caribéens avec 19 % (figure 17 et tableau 14). Derrière les Mexicains, les principaux autres groupes d’immigrés aux États-Unis sont les Cubains, les Salvadoriens, les Dominicains et les Colombiens, bien que chaque nationalité compte moins de 1 million de personnes.

Figure 17 - Répartition de la population latino-américaine vivant aux États-Unis par sous-région d’origine, 1970-2000 (en %)Figure 17
Sources : Villa et Martínez (2002), d’après la base de données IMILA ; pour 2000, Current Population Survey.
Tableau 14 - Distribution de la population latino-américaine recensée aux États-Unis en 1970, 1980, 1990 et 2000Tableau 14
134

Les immigrants latino-américains et caribéens aux États-Unis forment un ensemble très hétérogène. Si, par exemple, les hommes sont globalement plus nombreux, c’est que beaucoup d’immigrants sont originaires du Mexique et d’Amérique centrale, où l’émigration est plutôt masculine, alors que les femmes sont majoritaires parmi les immigrants des Caraïbes et d’Amérique du Sud. Ces deux derniers groupes ont par ailleurs des niveaux d’instruction très supérieurs aux Méso-Américains et les femmes y sont plus souvent actives (Martínez, 2003a).

135

Les immigrés mexicains vivant aux États-Unis constituent un groupe aux caractères bien spécifiques : de loin les plus nombreux, ils comptent la plus forte proportion de sans papiers, sont les moins qualifiés, présentent la diversité ethnique la plus grande et la dispersion territoriale la plus forte. Les États-Unis comptent plus de 20 millions de personnes nées au Mexique ou descendantes d’immigrants mexicains, ce qui en fait une communauté possédant une très forte influence sur le plan social, économique et culturel.

136

Les mouvements migratoires vers d’autres destinations ont concerné trois millions de personnes en 2000. Le Canada [41]  Le Canada applique un large programme d’admission permanente... [41] , quelques pays européens (notamment l’Espagne et le Royaume-Uni), le Japon, l’Australie et Israël sont les premières de ces destinations. Dans plusieurs pays d’Europe et au Japon, le nombre de Latino-Américains et de Caribéens a augmenté, avec le retour d’anciens émigrants ayant acquis la nationalité de leur pays d’accueil, et l’arrivée de leurs descendants qui ont obtenu un droit à la citoyenneté dans le pays d’origine de leur famille. Ainsi, l’Espagne est devenue récemment le deuxième pays d’accueil de l’émigration latino-américaine et caribéenne. Le recensement de 2001 y a dénombré 840 000 personnes originaires de la région, principalement d’Amérique du Sud (84 %), de pays andins comme l’Équateur et la Colombie, ainsi que d’Argentine. Des estimations plus récentes, basées sur des registres municipaux, situent le nombre de migrants latino-américains à 1,7 million dans ce pays (CEPAL, SEGIB, 2006). La majorité de ces immigrants sont des femmes (Izquierdo et al., 2002). Plusieurs études ont montré que les Latino-Américains vivant en Espagne ont une qualification élevée ; si leur insertion professionnelle s’effectue dans des secteurs spécifiques, leur expérience et leur réseau social et familial leur permettent, le plus souvent, de parvenir rapidement à une mobilité sociale et professionnelle (Anguiano, 2002 ; Martínez Buján, 2003).

137

Dans le cas du Japon, l’immigration, essentiellement de Brésiliens et de Péruviens, a bénéficié des mesures adoptées dans les années 1990, facilitant l’obtention d’un visa d’entrée et de séjour temporaire pour les descendants directs des Japonais arrivés au Brésil et au Pérou dans les premières décennies du XXe siècle. En 2000, plus de 300 000 personnes résidant au Japon étaient des Latino-Américains (dont 80 % de Brésiliens). La majorité de ces immigrants sont des hommes travaillant dans l’industrie, mais les femmes sont de plus en plus nombreuses (Martínez, 2003a).

X - L’accès à l’éducation des hommes et des femmes

138

Depuis cinquante ans, l’Amérique latine et la Caraïbe ont enregistré un progrès sans précédent du niveau d’instruction des populations. En 1950, la région comptait environ 40 % d’analphabètes parmi les personnes âgées de 15 ans ou plus ; en 2005, ils sont moins de 10 %. Ce progrès a eu lieu à des degrés divers dans tous les pays, même si les taux d’analphabétisme restent élevés dans certains d’entre eux, particulièrement dans les pays andins et méso-américains à forte population autochtone (Bolivie, Guatemala et Pérou) mais aussi au Salvador, au Honduras, au Nicaragua et au Brésil (tableau A.30). Dans les autres pays, l’analphabétisme est plus faible et touche principalement les personnes âgées, les populations les plus pauvres [42]  Malgré les progrès accomplis, les jeunes appartenant... [42] et vivant en milieu rural.

139

Dans tous les pays de la région, la proportion de personnes analphabètes ou peu alphabétisées (qui ont effectué une scolarité primaire incomplète) est en net recul au fil des générations (figure 18). Dans les pays du Cône Sud pionniers de la transition de la fécondité (l’Argentine et l’Uruguay), près de 80 % des femmes nées autour de 1940 avaient terminé l’école primaire, contre 15 % ou moins dans trois pays méso-américains (Guatemala, Nicaragua et Honduras). Si le niveau d’instruction progresse partout, des inégalités importantes, quoique en diminution, persistent entre les pays : dans les générations 1980-1984, la proportion de personnes ayant suivi une scolarité primaire complète va de 60 % au Guatemala à 95 % environ en Argentine, en Uruguay et au Chili (tableau A.31).

Figure 18 - Amérique latine et Caraïbe : évolution de la proportion de femmes ayant achevé leur scolarité primaire au fil des générations (en %)Figure 18
Source : tableau A.33.
140

Dans la plupart des pays, il n’y a plus aujourd’hui de différence significative entre les taux d’analphabétisme masculins et féminins (figure 19) ; seuls font exception le Pérou et la Bolivie dans la sous-région andine, le Guatemala dans la sous-région méso-américaine et, à un moindre degré, Haïti pour les Caraïbes. Ces chiffres concernent toutefois les habitants âgés de 15 ans ou plus, et ne prennent donc pas en compte l’évolution récente. Des données relatives aux générations plus jeunes indiquent que dans les pays cités, les écarts entre les sexes ont disparu, résultat de la généralisation de l’enseignement primaire à l’échelle régionale. Chez les plus jeunes, on constate même dans un certain nombre de pays une inversion de la tendance : de plus en plus, ce sont les garçons qui prennent du retard (tableau A.34). En outre, dans le secondaire et le supérieur, les filles et les femmes sont majoritaires dans un nombre croissant de pays (CEPAL, 2004).

Figure 19 - Taux d’analphabétisme des hommes et des femmes en 2000 (en %)Figure 19
Source : tableau A.30.

XI - Conclusion

141

L’Amérique latine et la Caraïbe connaissent depuis plusieurs décennies un processus de transition démographique. Avec le recul de la mortalité, l’espérance de vie a gagné en moyenne vingt ans entre 1950 et 2000. La fécondité a baissé à partir du milieu des années 1960, passant de près de 6 enfants par femme en 1960-1964 à 2,5 au début des années 2000. Le rythme de croissance naturelle a fortement diminué ; quant au solde migratoire, il s’est vu affecté par une plus forte émigration vers des pays extérieurs à la région.

142

En dépit des limites relatives à la qualité des données sur lesquelles reposent les estimations démographiques, on connaît de mieux en mieux les éléments clefs de cette dynamique démographique, en particulier grâce aux enquêtes récentes, de plus en plus nombreuses. L’analyse a permis de distinguer certaines caractéristiques de cette dynamique, résumées ci-après.

143

La population latino-américaine s’accroît de plus en plus lentement. Dans la majorité des pays, la croissance de la population des jeunes est très lente ; dans certains pays, leur poids s’est même stabilisé. Cette situation engendre des possibilités d’investissement en capital humain. Il est à espérer que les pays de la région saisissent les chances offertes par la transition, en augmentant les investissements dans l’éducation et en améliorant l’efficacité et la couverture des systèmes de protection sociale, afin d’être mieux préparés à répondre à la demande croissante de services d’une population vieillissante. De même que la seconde moitié du XXe siècle a été celle de la baisse de la natalité, la première moitié du XXIe sera dans tous les pays celle du vieillissement de la population.

144

La baisse généralisée de la fécondité résulte de la diffusion du désir de famille réduite. Malgré la persistance de barrières qui entretiennent, voire accentuent les inégalités sociales, l’usage des méthodes contraceptives progresse partout récentes ; leur disponibilité croissante, par le biais du secteur public aussi bien que privé, donne la possibilité aux femmes, y compris aux femmes peu instruites et pauvres, de maîtriser leur fécondité. Il est probable que d’ici la fin de cette décennie, le nombre moyen d’enfants par femme passe en dessous de deux enfants dans un grand nombre de pays.

145

Par ailleurs, la mortalité a fortement chuté, conduisant à un allongement sensible de la durée de vie moyenne. Même si des inégalités persistent entre pays, la transition de la mortalité est partout bien avancée. Les gains en termes d’espérance de vie sont souvent énormes ; seule l’épidémie de VIH-sida les freine dans quelques-uns. L’augmentation des morts violentes limite aussi la progression de l’espérance de vie masculine, et creuse même parfois l’écart entre les sexes. En tout état de cause, l’espérance de vie féminine a atteint 80 ans dans plusieurs pays de la région (Chili, Costa Rica et Porto Rico), un niveau similaire à celui des pays dits développés. Toutefois, l’espérance de vie reste faible dans quelques pays, tout particulièrement en Haïti, où les conditions sanitaires sont mauvaises et l’offre de soins de santé insuffisante.

146

L’Amérique latine et la Caraïbe constituent la région du monde dit en développement la plus urbanisée et, à ce titre, elle apparaît comme un espace à la fois riche de possibilités mais confronté à de lourds défis, dans l’ensemble abordés tardivement et de façon peu efficace par les pouvoirs publics. Au-delà de cette réalité urbaine, la région est le cadre de vastes processus de redistribution de sa population, répondant à des mécanismes plus complexes et diversifiés que les flux traditionnels allant de la campagne vers la ville. Ces processus ont été parfois suscités ou encouragés par des politiques spécifiques mais, dans la majorité des cas, ils se sont produits de manière spontanée, exposant en conséquence une proportion non négligeable de la population, en particulier des catégories les plus pauvres, à des environnements dégradés ou dangereux.

147

La région est devenue une source importante d’émigration et près de 20 millions de Latino-Américains vivent en dehors de la région. L’émigration est en augmentation, les destinations se diversifient progressivement, le niveau d’instruction des émigrants s’élève et les flux se féminisent. À l’émigration vers les États-Unis, particulièrement forte dans les années 1990 (ce pays accueille alors les trois quarts des émigrants de la région), s’ajoute celle à destination de l’Europe, qui connaît aussi un essor depuis une quinzaine d’années. Le poids de la migration intra-régionale est également significatif ; il est lié aux possibilités offertes dans les pays voisins, en particulier à la conjoncture économique.

148

Les changements dans les comportements démographiques sont généralisés, mais les inégalités entre groupes sociaux perdurent. Dans certains domaines même, celui par exemple de la fécondité adolescente, elles se creusent. Le fait que l’Amérique latine présente les plus fortes disparités de revenus au monde montre la persistance de structures sociales inégalitaires face à l’accès aux biens et services, et l’insuffisance des politiques publiques.

149

Au-delà de ces caractéristiques, certains paradoxes méritent d’être soulignés. L’un est la persistance du niveau élevé de la fécondité des adolescentes, malgré la baisse de la fécondité totale. Ce phénomène va de pair avec des modèles d’entrée précoce dans la vie conjugale, qui semblent totalement insensibles aux changements sociaux majeurs survenus dans la région. Un autre paradoxe est le maintien des inégalités sociales, voire leur aggravation, au lieu d’une homogénéisation progressive des comportements que l’on pourrait attendre du continent le plus urbanisé du monde en développement. Enfin, on ne trouve pas de véritable modèle sous-régional de dynamique démographique : dans chaque sous-région coexistent et subsistent des schémas très différenciés.

150

Finalement, la démographie a profondément transformé le visage des populations latino-américaines, et cela se poursuivra sans doute, les projections indiquant qu’au cours des prochaines décennies la région sera encore plus urbanisée, sa croissance démographique encore plus faible, l’espérance de vie à la naissance de plus en plus élevée, et ses habitants de plus en plus mobiles à l’intérieur comme à l’extérieur de la région. Mais d’autres scénarios sont possibles. Une accélération de la baisse de la fécondité entraînerait un vieillissement encore plus rapide de la pyramide des âges ; un ralentissement de la baisse de la mortalité dû, par exemple, à la hausse des décès accidentels limiterait le gain d’espérance de vie des hommes ; une émigration hautement sélective pourrait réduire considérablement la capacité des pays à sortir du sous-développement. Quoi qu’il en soit, avec l’inertie démographique (une structure et une dynamique de population ne se modifient pas du jour au lendmain), la prochaine étape (d’ici 2030) nous est déjà en partie connue. Il est à souhaiter que cette connaissance soit mise à profit dans les politiques publiques des différents États pour répondre aux besoins des prochaines générations.


Annexe

Tableau A.1 - Amérique latine : effectif et part de la population autochtone dans chaque pays, années 1970, 1980, 1990 et 2000Tableau A.1
Tableau A.2 - Revenu national brut par habitant dans les pays d’Amérique latine et de la Caraïbe en 2004Tableau A.2
Tableau A.3 - Dates de réalisation des recensements de la population dans les pays d’Amérique latine et la Caraïbe non anglophoneTableau A.3
Tableau A.4 - Amérique latine et Caraïbe : évaluation du sous-enregistrement des décès entre 1980 et 2005 par période quinquennaleTableau A.4
Tableau A.5 - Liste des enquêtes réalisées dans la région de l’Amérique latine et de la Caraïbe dans le cadre des trois grands programmes internationaux d’enquêtesTableau A.5
Tableau A.6 - Amérique latine et Caraïbe : taux brut de natalité estimé, par période quinquennale et par pays, de 1950 à 2004Tableau A.6
Tableau A.7 - Amérique latine et Caraïbe : taux brut de mortalité estimé, par période quinquennale et par pays, de 1950 à 2004Tableau A.7
Tableau A.8 - Amérique latine et Caraïbe : taux d’accroissement naturel estimé par période quinquennale et par pays, de 1950 à 2004Tableau A.8
Tableau A.9 - Amérique latine et Caraïbe : taux d’accroissement total estimé par période quinquennale et par pays, de 1950 à 2004Tableau A.9
Tableau A.10 - Amérique latine et Caraïbe : population totale par pays, au milieu de l’année, de 1950 à 2005 (en milliers)Tableau A.10
Tableau A.11 - Amérique latine et Caraïbe : indicateur conjoncturel de fécondité estimé par période quinquennale et par pays, de 1950 à 2004Tableau A.11
Tableau A.12 - Amérique latine et Caraïbe : taux de fécondité par groupe d’âges et âge moyen à la maternité, estimés en 1980-1984 et 2000-2004 par paysTableau A.12Tableau A.12
Tableau A.13 - Amérique latine et Caraïbe : taux de fécondité des adolescentes, estimés par période quinquennale et par pays, de 1950 à 2004Tableau A.13
Tableau A.14 - Amérique latine et Caraïbe : évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité selon le lieu de résidence et le niveau d’instruction de la mère (15 pays)Tableau A.14
Tableau A.15 - Amérique latine et Caraïbe : évolution des variables intermédiaires de la fécondité, dans les années 1980, 1990 et 2000 (14 pays)Tableau A.15
Tableau A.16 - Amérique latine et Caraïbe : prévalence des différentes méthodes contraceptives (15 pays) (en %)Tableau A.16
Tableau A.17 - Amérique latine et Caraïbe : âge moyen à la première union (19 pays), de 1970 à 2000 (en années)Tableau A.17
Tableau A.18 - Amérique latine et Caraïbe : proportion de femmes de 20 à 29 ans en union consensuelle (19 pays), de 1970 à 2000 (en %)Tableau A.18
Tableau A.19 - Amérique latine et Caraïbe : proportion de femmes célibataires à 45-49 ans (19 pays), de 1970 à 2000 (en %)Tableau A.19
Tableau A.20 - Situation légale de l’avortement en Amérique latine et dans la CaraïbeTableau A.20
Tableau A.21 - Amérique latine et Caraïbe : espérance de vie à la naissance par période quinquennale, de 1950 à 2004 (hommes et femmes)Tableau A.21
Tableau A.22 - Amérique latine et Caraïbe : espérance de vie à la naissance des hommes par période quinquennale, de 1950 à 2004Tableau A.22
Tableau A.23 - Amérique latine et Caraïbe : espérance de vie à la naissance des femmes par période quinquennale, de 1950 à 2004Tableau A.23
Tableau A.24 - Amérique latine et Caraïbe : écart entre les espérances de vie féminines et masculines par période quinquennale, de 1950 à 2004Tableau A.24
Tableau A.25 - Amérique latine et Caraïbe : taux de mortalité infantile estimés par période quinquennale, de 1950 à 2004 (garçons et filles)Tableau A.25
Tableau A.26 - Amérique latine et Caraïbe : taux de mortalité infantile masculins estimés par période quinquennale, de 1950 à 2004Tableau A.26
Tableau A.27 - Amérique latine et Caraïbe : taux de mortalité infantile féminins estimés par période quinquennale, de 1950 à 2004Tableau A.27
Tableau A.28 - Amérique latine et Caraïbe : taux de mortalité infantile selon le lieu de résidence et le niveau d’instruction de la mère (14 pays) années 1980,1990 et 2000 (pour mille)Tableau A.28
Tableau A.29 - Évolution de la part de la population résidant dans des villes latino-américaines de plus de 20 000 habitants dans chaque pays (20 pays) (en %)Tableau A.29
Tableau A.30 - Amérique latine et Caraïbe : taux d’analphabétisme dans la population âgée de 15 ans ou plus en 2000 (en %)Tableau A.30
Tableau A.31 - Amérique latine et Caraïbe : proportion de personnes (hommes et femmes) ayant achevé leurs études primaires, par génération (18 pays) (en %)Tableau A.31
Tableau A.32 - Amérique latine et Caraïbe : proportion d’hommes ayant achevé leurs études primaires, par génération (18 pays) (en %)Tableau A.32
Tableau A.33 - Amérique latine et Caraïbe : proportion de femmes ayant achevé leurs études primaires (18 pays), par génération (en %)Tableau A.33
Tableau A.34 - Rapport entre la proportion des femmes et la proportion des hommes ayant achevé leurs études primaires, par génération (f/h) (18 pays)Tableau A.34
Remerciements

Les auteurs remercient pour leur collaboration Sandra Huenchuan, Jorge Bravo et Fabiana del Popolo.


RÉFÉRENCES

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Notes

[*]

Centre latino-américain de démographie, Division de la Population du CEPAL, Nations unies, Santiago, Chili.

[**]

Fonds des Nations unies pour la population, Mexico, Mexique.

[1]

Les populations autochtones d’Amérique latine ont traversé quatre grands cycles de crise qui ont mis au défi leur survie : la conquête au XVIe siècle ; les réformes bourboniennes à la fin du XVIIIe ; l’expansion des républiques libérales dans la seconde moitié du XIXe et, depuis la fin du XXe siècle, les ajustements structurels néolibéraux et mondiaux (Toledo, 2005).

[2]

Traditionnellement considérées comme rurales, les populations autochtones sont à l’heure actuelle diverses, allant de populations isolées vivant en milieu rural à des regroupements importants de populations établies en milieu urbain, avec une mobilité urbaine-rurale et transnationale.

[3]

CEPAL : Commission économique pour l’Amérique latine et la Caraïbe (Comisión Económica para América Latina y el Caribe) : http://www.eclac.cl

[4]

CELADE : Centre latino-américain de démographie (Centro Latinoamericano y caribeño de Demografia) – Division de la Population de la CEPAL : http://www.eclac.cl/celade/default.asp

[5]

Cf. le site de l’Institut national de la statistique (INE) du Honduras, à l’adresse : http://www.ine-hn.org/censos/indice.htm

[6]

Les enquêtes démographiques peuvent relever de programmes internationaux comme le programme de l’enquête mondiale de fécondité (EMF), puis le programme américain des enquêtes démographiques et de santé (EDS). Beaucoup d’enquêtes sur les ménages menées à l’échelle nationale incluent des modules démographiques, notamment les PNAD au Brésil (Pesquisa Nacional por Amostra de Domicílios). Nombre d’enquêtes ont été réalisées hors des principaux programmes internationaux au Mexique, en Uruguay et dans d’autres pays. Nous n’avons pas mobilisé les sources nationales dans cette chronique car elles ne sont pas systématiquement comparables.

[7]

Pour un point récent sur le programme IMILA, voir Bay et Martinez (2005).

[8]

L’auteur cite comme causes de cette transition plus précoce l’arrivée massive d’immigrants venus de pays à plus faible fécondité et le processus d’urbanisation accéléré et lui-même précoce.

[9]

Dans 12 villes latino-américaines sur 15 étudiées, les jeunes qui ont 20 ans autour de l’an 2000 devraient avoir un nombre d’enfants proche de deux (Rosero-Bixby, 2004).

[10]

Pour plus de détail sur les déterminants de l’évolution de la fécondité au Brésil, voir Martine (1996).

[11]

L’approche de la fécondité adolescente en tant que problème de société renvoie d’une part aux risques en termes de santé, en particulier lorsqu’elle survient très précocement, d’autre part au fait qu’elle peut porter atteinte au projet de vie, donc au potentiel d’accumulation de capital scolaire. Même si ces aspects les plus alarmistes, pris en compte dans l’élaboration de politiques et de programmes à l’échelle régionale, ont été récemment remis en question (Hakkert, 2001), chacun s’accorde à penser qu’un modèle de fécondité précoce ne semble pas compatible avec un projet d’éducation et d’insertion sociale visant à promouvoir le développement intégral de la femme tout au long du cycle de vie.

[12]

L’effet d’autres déterminants proches est considéré comme moindre. Par exemple, on a montré que l’infécondité postnatale, qui n’est pas étudiée ici en détail, a eu moins d’incidence sur la baisse de la fécondité que les autres facteurs analysés (Moreno et Singh, 1996 ; Chackiel, 2004). Néanmoins, elle explique d’importantes différences dans des pays comme la Bolivie, où apparaissent des schémas régionaux bien différenciés, associés à une spécificité culturelle et ethnique (Guzmán et al., 1991).

[13]

Plusieurs pays de la région ont connu récemment une augmentation du nombre de femmes célibataires sexuellement actives, ayant dans leur majorité recours à une méthode contraceptive. Dans la plupart des pays, le recours à la contraception est légèrement plus fréquent chez celles-ci que chez les femmes vivant en couple.

[14]

Les mêmes auteurs signalent toutefois que les programmes de promotion de la contraception ont été mis en place à un moment où les conditions d’une modification des comportements reproductifs étaient réunies ; ces programmes ont simplement accéléré et amplifié un phénomène qui se serait de toute façon produit.

[15]

Le poids relatif des unions consensuelles est en augmentation, en particulier dans les pays où elles n’étaient pas fréquentes (tableau annexe A.18). En revanche, dans les pays où leur poids était traditionnellement élevé, on n’observe pas de grand changement. Ainsi, au Nicaragua, au Honduras, en République dominicaine et au Salvador, la proportion d’unions consensuelles chez les femmes âgées de 20 à 29 ans reste proche de 40 %, voire davantage. Ces chiffres conforteraient l’idée de l’apparition, dans des pays où prédominait l’union légale, d’un nouveau schéma d’union consensuelle liée au début de la vie en couple, considérée comme une étape nécessaire (pour des motifs économiques ou autres) à la consolidation de celle-ci. Cette augmentation a un net impact sur la proportion d’enfants nés hors mariage : au Costa Rica, la part de ces naissances est passée de 38 % à 59 % entre 1990 et 2004 ; en Uruguay, elle est passée de 32 % à 55 % entre 1990 et 2002. Cette tendance à l’augmentation des naissances hors mariage s’observait déjà dans les années 1970 et 1980 au Costa Rica, au Chili et en Argentine (Rosero-Bixby, 1996).

[16]

Peuvent s’y ajouter au Chili les femmes séparées légalement à l’issue d’une procédure d’annulation, qui retrouvent alors leur statut de célibataire.

[17]

Pour une revue de littérature récente sur l’avortement dans la région, voir le travail de A. Guillaume et S. Lerner : http://ceped.cirad.fr/article.php3?id_article = 138

[18]

L’indicateur de niveau socio-économique combine le niveau d’équipement du ménage et le niveau d’instruction du chef de ménage. Il est calculé à partir des données du recensement. Pour plus de détail, voir CEPAL (2005).

[19]

Il convient de souligner que la proportion de femmes analphabètes (sans aucune instruction) a sensiblement diminué dans tous les pays ; elle est aujourd’hui inférieure à 8 % dans la plupart d’entre eux, à l’exception du Guatemala et de Haïti, où elle dépasse 20 %, et du Nicaragua et du Salvador, où elle avoisine 15 %.

[20]

Selon les estimations, le Guyana présenterait une situation similaire, avec une stagnation depuis deux décennies au moins du niveau de mortalité.

[21]

Dans certaines îles des Caraïbes, l’espérance de vie est encore plus élevée, notamment en Martinique et en Guadeloupe.

[22]

Selon une étude de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), le Chili, le Mexique, la Colombie et Cuba figurent parmi les pays de la région où la mortalité violente a été la plus forte entre 1978 et 1989 (Yunes et Rajs, 1994).

[23]

Au Brésil, les décès dans le groupe d’âges 5-39 ans sont dus d’abord à des morts violentes, dont plus de la moitié à des accidents de la circulation et à des actes de violence, ces deux causes étant en hausse dans les années 1990. L’inquiétude soulevée par ces deux problèmes s’est traduite par la mise en place en mai 2001 d’une politique nationale de lutte contre la morbidité et la mortalité par accidents et actes de violence.

[24]

Les relations sexuelles entre hommes représentent dans toute la sous-région méso-américaine une importante source de transmission du VIH. En Argentine et au Brésil, la principale cause est la consommation de drogues injectables. Dans la Caraïbe, la principale source de transmission sont les rapports hétérosexuels. Porto Rico et les Bermudes font exception à cette règle avec un poids élevé de la transmission par injection de drogues en intraveineuse (Onusida, 2004).

[25]

La fréquence des naissances à haut risque (se produisant à intervalles de moins de deux ans ou de rang supérieur à 5) a baissé. D’après les enquêtes EDS, la proportion des grossesses survenant moins de deux ans après la précédente a chuté de 36 % à 20 % en Colombie entre 1986 et 2005 ; elle est passée de 42 % à 28 % en République dominicaine entre 1986 et 2002, et de 35 % à 20 % au Pérou entre 1986 et 2005. Dans ces trois pays, les enfants nés à intervalles rapprochés (inférieurs à deux ans) ont un risque de décéder de 1,6 à 1,9 fois supérieur à celui des enfants nés à intervalles égaux ou supérieurs à deux ans.

[26]

De même, au Panama, les enfants nés dans la région de Ngöbe Gublé ont un risque de mourir avant l’âge d’un an 4,8 fois plus élevé que ceux nés dans la province de Panamá, où se trouve la capitale nationale.

[27]

Le rapport de dépendance est le rapport entre l’effectif de la population « dépendante » (les jeunes et les personnes âgées) et l’effectif de la population d’âge actif.

[28]

Les données fournies sont basées sur des projections. Néanmoins, elles suggèrent de grandes tendances démographiques qui s’infléchiront relativement peu, puisque les personnes âgées des soixante prochaines années sont déjà nées.

[29]

Cette classification a été réalisée en utilisant pour chaque pays les valeurs estimées de l’indicateur conjoncturel de fécondité et de l’indice de vieillissement pour la décennie 1990-1999. Certains pays pourraient changer de catégorie si les derniers recensements conduisaient à revoir de manière prononcée ces estimations.

[30]

Régulièrement actualisées en ligne à : http://esa.un.org/unup/

[31]

La population urbaine est la population qui vit dans des localités classées en zone urbaine selon les critères propres à chaque pays, ce qui implique des problèmes de comparabilité. Cependant, le recours à d’autres indicateurs tels que la part de la population qui vit dans des villes d’au moins 20 000 habitants confirme le caractère très urbanisé de la région (figure 15).

[32]

On peut trouver à l’origine de leur expansion l’évolution de la stratégie de développement ; c’est le cas pour les villes frontières, touristiques ou situées dans des zones franches, ainsi que dans des zones de production de produits primaires destinés à l’exportation. La croissance rapide des agglomérations de la frontière nord du Mexique (dont certaines dépassent aujourd’hui le million d’habitants), l’essor des villes touristiques (comme Cancún, simple village de pêcheurs en 1950, qui comptait plus de 400 000 habitants en 2000), l’essor de villes accueillant des conglomérats régionaux de production pour l’exportation (comme Puerto Montt au Chili) n’en sont que quelques exemples. Dans d’autres cas, il s’agit davantage de facteurs locaux et contingents, qui permettent à des villes de dimension moyenne de s’imposer au cœur de systèmes urbains sub-nationaux. Enfin, une catégorie significative de villes de cette taille se situent à la périphérie des métropoles, croissant rapidement à leurs dépens : ce sont ces dernières qui ont alimenté l’hypothèse de la « déconcentration concentrée » évoquée ici.

[33]

Depuis la série de recensements des années 1980, les données sont disponibles dans la base de données Migración Interna en América Latina y el Caribe (MIALC) du CELADE (www.eclac.cl/migracion/migracioninterna/).

[34]

Les indicateurs d’intensité migratoire sont affectés par des facteurs exogènes, comme la quantité et la taille des divisions administratives considérées dans le calcul (Bell, 2005 ; Greenwood, 1997). Toutefois, on dispose d’une mesure homogène, à savoir la commune de résidence (municipio) 5 ans avant le recensement, qui permet de comparer les proportions de personnes âgées de 5 ans ou plus qui vivaient il y a cinq ans dans une autre commune.

[35]

Dans le cas du Brésil, par exemple, une estimation pour la période 1995-2000 montre que le nombre de migrants entre zones urbaines, compte non tenu des déplacements entre communes d’une même agglomération, s’élevait à 10,8 millions, alors que celui des migrants entre villes et campagnes dépassait à peine 2 millions (Rodríguez, 2004, p. 119-122). Des estimations basées sur la classification des communes urbaines ou rurales ont abouti à la conclusion que les migrations entre agglomérations urbaines étaient déjà majoritaires au Mexique dans les années 1980. Sur la période 1995-2000, elles ont représenté 70 % des migrations entre communes, tandis que 14 % des migrations ont eu lieu de la campagne vers la ville (Rodríguez, 2004, p. 121-122).

[36]

Le terme de « rurbanisation » a été forgé pour désigner ce phénomène.

[37]

Les bidonvilles (tugurios en espagnol, slums en anglais) ont reçu diverses appellations nationales : favelas au Brésil, villas miseria en Argentine, barrios au Venezuela, poblaciones callampas ou campamentos au Chili, etc.

[38]

La majeure partie des informations sur la migration internationale sont tirées des résultats de recensements disponibles dans la banque de données du projet IMILA (Project on Investigation of International Migration in Latin America) mis en œuvre par le Centre latino-américain de démographie (CELADE) (www.eclac.cl/celade) de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC). Le contenu du présent chapitre s’inspire essentiellement d’un document présenté à la réunion du groupe d’experts sur les migrations, les droits de l’homme et le développement de la CEPALC, tenue à Port of Spain en 2005.

[39]

L’émigration uruguayenne, principalement à destination de l’Argentine, est un cas particulier : au début des années 1970, le taux d’émigration nationale était égal au taux de mortalité (Fortuna et Niedworok, 1985).

[40]

La communauté hispanique des États-Unis, formée d’anciens et de nouveaux immigrants et de leurs descendants, constitue à l’heure actuelle la première minorité ethnique de ce pays.

[41]

Le Canada applique un large programme d’admission permanente d’immigrants.

[42]

Malgré les progrès accomplis, les jeunes appartenant à des ménages pauvres dans la région ont toujours beaucoup moins de chances d’atteindre un niveau d’études élevé : dans les pays de l’Amérique latine, seuls 30 % des jeunes dont les parents n’ont pas achevé la scolarité primaire parviennent à la fin du secondaire, contre plus de 80 % de ceux dont les parents ont terminé leurs études secondaires (CEPAL, 2004, Una década de desarrollo social en América Latina, 1990-1999, Santiago de Chile).

Résumé

Français

Consacrée à l’Amérique latine et à la Caraïbe (un peu plus de cinquante États et territoires, 564 millions d’habitants), cette chronique propose à la fois une synthèse des grands changements socio-démographiques et sanitaires depuis les années 1950, et un bilan statistique rassemblant les données des recensements et des grandes enquêtes sur chaque pays. Y sont notamment examinés les effectifs et les structures de la population, la fécondité, la nuptialité, la mortalité, les migrations, l’urbanisation et l’accès à l’éducation. L’Amérique latine et la Caraïbe connaissent depuis plusieurs décennies un processus de transition démographique rapide, imputable à un recul de la mortalité qui a conduit à une hausse moyenne de l’espérance de vie de 20 ans entre 1950 et 2000, pour atteindre 68 ans chez les hommes et 75 ans chez les femmes, et à une baisse de la fécondité à partir du milieu des années 1960. Le rythme de croissance naturelle a fortement diminué (1,4 % en 2000-2004), tandis que le solde migratoire est affecté par une plus forte émigration vers des destinations extra-régionales. Dans un contexte de baisse généralisée de la fécondité (2,6 enfants par femme en 2000-2004), les modèles d’entrée précoce dans la vie familiale persistent. Parmi les régions dites en développement, l’Amérique latine et la Caraïbe présentent le taux d’urbanisation le plus élevé (77 % en 2005). Une autre spécificité des pays de cette région du monde est que leur structure par âge commence a être marquée par les effets du vieillissement, qui sont en revanche encore peu apparents dans les pays d’Afrique sub-saharienne et du monde arabe et du Moyen-Orient décrits dans les précédentes chroniques (Population, 2004, n° 5 ; 2005, n° 5-6).

English

Covering Latin America and the Caribbean (more than fifty states and territories, 564 million inhabitants), this chronicle gives an overview of the main socio-demographic and health developments in the region since the 1950s. It includes a summary of census and survey data on each country, with statistics on population size and structure, fertility, nuptiality, mortality, migration, urbanization and education. For several decades, Latin America and the Caribbean have been engaged in a rapid process of demographic transition, attributable to the fertility decline from the early 1970s and a decrease in mortality which raised average life expectancy by 20 years between 1950 and 2000. It now stands at 68 years for men and 75 years for women. The rate of natural increase has slowed down rapidly (1.4% in 2000-2005), while net migration is affected by more massive emigration to destinations outside the region. Against a backdrop of general fertility decline (2.6 children per woman in 2000-2005), the models of early family formation have persisted. Among the so-called developing regions of the world, Latin America and the Caribbean have the highest level of urbanization (77% in 2005). Another specific feature of the countries in this region is the onset of population ageing, a phenomenon yet to emerge in sub-Saharan Africa and in the Arab World and the Middle East, the regions covered in our two previous chronicles (Population, 5, 2004 and 5-6, 2005).

Español

ResumenEste artículo, dedicado a América latina y el Caribe (un poco más de cincuenta Estados y territorios, 564 millones de habitantes), propone una síntesis de los grandes cambios sociodemográficos y sanitarios desde los años 1950 y a la vez, un balance estadístico que reúne los datos de los censos y de las grandes encuestas sobre cada país. En él se examinan en particular los efectivos y las estructuras de la población, la fecundidad, la nupcialidad, la mortalidad, las migraciones, la urbanización y la educación. América Latina y el Caribe experimentan desde hace varios decenios un proceso rápido de transición demográfica, debido a un descenso de la fecundidad a partir del principio de los años 1970 y a un retroceso de la mortalidad que ha conducido a un alza media de la esperanza de vida de 20 años entre 1950 y 2000, para alcanzar 68 años en los hombres y 75 años en las mujeres. El ritmo de crecimiento natural ha disminuido en gran medida (1,4% en 2000-2005), mientras que el saldo migratorio se ve afectado por una mayor emigración hacia destinos extra-regionales. En una situación de baja generalizada de la fecundidad (2,6 niños por mujer en 2000-2005), los modelos de entrada precoz a la vida familiar persisten. América latina y el Caribe presentan la tasa de urbanización más elevada del mundo en desarrollo (77% en 2005). Otra especificidad de los países de esta región del mundo es que su estructura de edad comienza a estar afectada por envejecimiento, el cual es todavía poco aparentes en los países de África subsahariana y del mundo árabe y de Medio Oriente descritos en las anteriores crónicas (Population, 5, 2004 y 5-6, 2005).

Plan de l'article

  1. Introduction
    1. Un ensemble régional divers
    2. La région dans le monde : vue d’ensemble démographique
    3. Une croissance supérieure à celle de la population mondiale
    4. La diversité régionale : aspects démographiques et socio-économiques
  2. Évolution de la collecte et de la mise à disposition des données démographiques
  3. Les différents modèles de la transition démographique
    1. Une croissance naturelle accélérée
    2. Non pas une, mais diverses transitions
  4. La fécondité : changements et inégalités
    1. Des changements importants en termes d’intensité et de calendrier
    2. Un modèle de changement généralisé mais diversifié
    3. Un rajeunissement des calendriers de fécondité
    4. La fécondité adolescente : peu de changements dans le calendrier de la fécondité
    5. Les facteurs de changement
    6. L’emploi de la contraception, facteur clef de la transition
    7. Nuptialité : stabilité et changement
    8. L’interruption volontaire de grossesse : des effets moins connus
    9. Les différences sociales de fécondité
  5. La mortalité générale : des progrès importants
    1. Une transition vers une vie plus longue
    2. Les différences entre les sexes
    3. Surmortalité masculine à l’âge adulte : le poids des décès dus à la violence et aux accidents
    4. Un changement complet de modèle épidémiologique
    5. Le VIH-sida et son impact
  6. La mortalité infantile : d’énormes progrès dans l’ensemble
    1. Les inégalités en matière de mortalité infantile
  7. La structure par âge : dividendes démographiques et vieillissement
    1. Une pyramide en mutation
    2. Une région qui vieillit rapidement
  8. Répartition territoriale de la population et migrations internes
    1. Une région fortement urbanisée
    2. Les migrations internes
  9. La migration internationale : quelques faits marquants38
  10. L’accès à l’éducation des hommes et des femmes
  11. Conclusion

Pour citer cet article

Guzmán José Miguel et al., « La démographie de l'Amérique latine et de la Caraïbe depuis 1950 », Population 5/ 2006 (Vol. 61), p. 623-733
URL : www.cairn.info/revue-population-2006-5-page-623.htm.
DOI : 10.3917/popu.605.0623

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