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2013/2 (N° 218)

  • Pages : 240
  • DOI : 10.3917/pour.218.0121
  • Éditeur : GREP

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Établissements publics placés sous la tutelle de l’État, les Chambres d’agriculture sont administrées par des élus représentant l’activité agricole, les divers groupements professionnels agricoles et les propriétaires forestiers.

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La première mission que leur donne la loi est de représenter les intérêts de l’agriculture auprès des pouvoirs publics et des collectivités territoriales. Elles le font à travers leurs analyses, leurs propositions, leur participation au débat public sur le développement des agricultures. Elles contribuent aussi, par leurs services de proximité, au développement des territoires ruraux et des entreprises agricoles. C’est leur seconde mission, qui, à côté des services rendus aux agriculteurs et aux collectivités, leur donne l’expertise nécessaire et la capacité à prendre en compte la réalité du terrain lorsqu’elles parlent au nom de l’agriculture.

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Cette double mission s’articule dans l’accompagnement de la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire au développement de la méthanisation et du photovoltaïque en milieu rural.

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Mise en place d’une dynamique d’accompagnement : quelles réponses et anticipations à l’écoute des besoins et aspirations du terrain ?

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La mise en place de l’accompagnement démarre le plus souvent par la sollicitation, d’un agriculteur ou d’un groupe, de l’aide de la Chambre d’agriculture à propos d’une idée de développement de leur exploitation agricole.

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La réponse, formulée après un dialogue continu et un approfondissement de la demande, est adaptée selon l’orientation prise par les membres élus du bureau de la Chambre d’agriculture départementale ou régionale. Ainsi pour la méthanisation, dès 2005-2006 le groupe régional énergie des Chambres d’agriculture avait anticipé ce développement avec le mémoire de Yoan Collignon (IUT Montluçon) La méthanisation à la ferme : principe général et outils d’accompagnements pour la réalisation de projets. Cela avait permis de poser les bases pour développer des actions de formation des agriculteurs en région Centre, mais aussi de former les conseillers des Chambres d’agriculture via le réseau national Résolia. Ces expertises et reconnaissance continuent aujourd’hui…

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En novembre 2007, Pascal Berhault, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire, participe avec des agriculteurs porteurs de projet au voyage d’étude 4 frontières. Ce voyage, organisé avec des collègues d’Aquitaine, a permis de visiter des installations en fonctionnement en France, en Allemagne, au Luxembourg et en Belgique. Suite à ce déplacement, un travail avec la Faculté de sciences animales de Tours permet d’étudier la faisabilité de projets en Indre-et-Loire, et la mise en place d’un outil de simulation informatique sous Excel.

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Ensuite se sont enchaînées des formations via le soutien de Vivéa afin de passer de l’idée au projet, puis du projet à la réalisation via la prestation individuelle de préfaisabilité Plein’gaz complétée éventuellement par une mission d’expertise et d’analyse du gisement en fermentescible. Une synthèse de ces démarches est présentée par le tableau 1.

Tableau 1 - Exemple des étapes d’accompagnement par la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire des projets de méthanisationTableau 1

La réponse au développement du photovoltaïque…

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La réponse aux sollicitations sur le développement du photovoltaïque s’est organisée selon le même schéma avec une particularité : une forte sollicitation dès 2007 des agriculteurs par des sociétés privées à l’exemple de l’Allemagne pour développer des projets. La mise en place de l’accompagnement s’est alors faite à plusieurs niveaux simultanément :

  • assistance téléphonique rapide aux exploitants agricoles via l’accueil consulaire (financé en propre par la Chambre d’agriculture sur sa mission de service public) pour répondre aux premières questions ;

  • mise en place de formations via Vivéa pour préciser chaque projet à l’aide du conseiller et du groupe, visites sur des installations en place depuis deux ans ;

  • Photo’consult, prestation payante d’analyse de devis pour que l’exploitant agricole puisse s’engager en confiance dans son projet.

Cette action a permis d’éviter de nombreux problèmes grâce à l’analyse des offres et des garanties légales, souvent inexistantes à l’époque pour de nombreux prestataires.

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Conscients que le développement du photovoltaïque ne repose alors que sur une décision politique d’attribuer par décret un tarif incitatif au rachat de l’électricité photovoltaïque, les élus de la Chambre d’agriculture souhaitent explorer un autre mode de valorisation de cette production plus en phase avec la réalité du marché de l’électricité.

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Ce sera le dépôt en 2008 de la manifestation d’intérêt à l’appel à projet CasDar : Électricité photovoltaïque et développement local : quel accompagnement des exploitations agricoles et de l’innovation ? Animé par la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire et avec l’aide méthodologique de l’APCA, le projet fédère dix Chambres d’agriculture et notamment le CEA de Monts et le laboratoire de microélectronique de puissance de Polytech’Tours. Un des enjeux est d’étudier l’opportunité du stockage de l’électricité photovoltaïque sur l’exploitation agricole sous forme du vecteur hydrogène pour l’injecter sur le réseau au moment le plus opportun. Le projet n’a pas reçu un accueil favorable par les experts de la commission du ministère de l’Agriculture. Actuellement, ce concept appliqué aux éoliennes est néanmoins devenu une réalité en Allemagne suite aux travaux du Fraunhofer Institut ! Parallèlement, fin 2009, le prix des céréales est très bas et la demande d’accompagnement est forte pour des projets d’installation photovoltaïque au sol : le revenu proposé alors aux agriculteurs est de 10 à 20 fois supérieur à celui que procure la vente de céréales ! Les élus réagissent vivement en session le 19 mars 2010 et prennent une délibération estimant que les objectifs du Grenelle de l’environnement (mesure 29) pouvaient être atteints sans emprise sur les sols agricoles et forestiers, et que tant que le potentiel des toitures n’est pas saturé, il n’est pas du tout opportun de requérir des surfaces à vocation agricole. Les exploitants agricoles, mais aussi les collectivités souhaitant mettre en place des installations photovoltaïques au sol sur des terrains agricoles n’auront pas le soutien de la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire.

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Actuellement, l’accompagnement des projets sur toiture se poursuit. Compte tenu d’un retour sur investissement estimé aux alentours de 13 ans sur un contrat de rachat de 20 ans, et d’un autofinancement demandé souvent équivalent au prix d’achat d’un bâtiment neuf, les projets aboutissent rarement ! Par ailleurs, l’augmentation des coûts de raccordement – de l’ordre de 30 000 euros – amène à privilégier les projets d’environ 100 kWc pour diluer cette mise initiale. Or ce type de projet nécessite environ 700 m2 de toiture, un investissement de l’ordre de 150 k€ (195 k€ avec les frais financiers…) qui pèse souvent trop lourdement et hypothèque alors le financement d’autres projets de développement que pourrait avoir l’exploitant…

Enquête sur la méthanisation à la ferme en région Centre

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Revenons à la méthanisation… Courant 2012, la région Centre compte dix unités de méthanisation en fonctionnement en voie humide, dont six depuis plus d’un an. Les gérants de ces exploitations ont accepté de participer à une enquête régionale menée par les Chambres d’agriculture avec le co-financement de France AgriMer dans le cadre du contrat de plan État-Région. C’est un étudiant de la faculté de Tours, Quentin Belliard, qui réalisa les enquêtes avec les conseillers des Chambres d’agricultures de la région Centre sous la coordination de l’Indre-et-Loire. Techniquement la puissance du groupe de cogénération en kilowatt électrique (kWe) est proportionnelle à la production de biogaz. Elle caractérise la taille des installations et permet de comparer le montant des investissements (cf. Tableau n° 2). Celui-ci varie en fonction du lieu (terrassement…) mais aussi des choix technologiques (post-digesteur, séparation de phase…). Avec l’augmentation du tarif de rachat le 21 mai 2011, le développement de cette production est en forte croissance avec près de 30 projets agricoles pour 2013-2015, soit, si tous les projets aboutissent, l’équivalent de 45 millions d’euros d’investissement pour la région Centre ! Le retour d’expérience est donc précieux pour accompagner les nouveaux arrivants !

Tableau 2 - Récapitulatif des investissements. Compte tenu de l’autoconstruction, le tarif « clef en main » estimé est d’environ 7 200 €/kW*Tableau 2

* dont 200 k€ de terrassement

Repères : La méthanisation en bref…

Les effluents d’une vache produisent 600 à 900 m3 de biogaz/an.

1 m3 de biogaz contient 50 à 60 % de méthane, soit 5 kWh ou 2 kWh d’électricité et 3 kWh de chaleur à valoriser.

1 projet de 100 kWe (200 vaches ou bien 80 vaches et 700 tonnes de déchets fermentescibles) peut fournir la consommation d’électricité de 50 foyers et l’équivalent de la consommation en chaleur de 25 foyers.

L’approvisionnement, entre richesse et dépendance !

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Les graphiques 1 et 2 représentent la part des intrants en tonnage et dans la production de biogaz pour l’ensemble des unités enquêtés selon l’origine :

  • interne (fumier, lisier…), ainsi que la part issue des intercultures à vocation énergétiques (Cive) ;

  • ou externe (issues de céréales, déchets d’IAA…).

Graphique 1 - Origine des substrats en tonnageGraphique 1
Graphique 2 - Production de biogaz produit selon l’origine du substratGraphique 2
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Ainsi les effluents représentent 60 % du tonnage des intrants. L’enquête montre que l’on peut démarrer un projet, même avec peu d’intrants sur l’exploitation, si l’on se regroupe avec un ou des élevages proches. Toutes les unités traitent des ressources externes qui sont une opportunité, mais aussi un risque en cas de rupture d’approvisionnement. En effet, elles représentent 32 % du tonnage pour 45 % du biogaz produit. Les intercultures produites sur l’exploitation permettent de monter en puissance, mais aussi de relativiser le risque de rupture d’un fournisseur externe avec 8 % du tonnage pour 21 % de la production. Ainsi une position de la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire est d’anticiper sur les ruptures d’approvisionnement et d’examiner la possibilité de substituer un substrat extérieur par la mise en place d’intercultures. Consciente de l’importance du gisement dans le développement de la méthanisation, la Région Centre a mené, en collaboration avec les Chambres d’agriculture départementales, un travail de recensement des ressources fermentescibles. Ce travail, publié sous forme d’un atlas (cf. illustration I), est disponible sur le site internet de la Région Centre. http://energies-centre.regioncentre.fr/home/batiments-et-enr/methanisation/action_methanisation.html

Illustration 1Illustration 1

L’atlas régional des ressources fermentescibles disponible sur le site du Conseil régional du Centre

La cogénération : un fonctionnement continu, une valorisation de la chaleur à trouver

Graphique n° 3Graphique n° 3

Valorisation de la chaleur des unités de méthanisation en région Centre. En bas, bâtiment de l’exploitation agricole 35 %

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Tous les moteurs des unités de l’enquête sont de type dual fuel avec ajout de fioul ou d’huiles végétales au biogaz pour optimiser la combustion. Le rendement est alors de 41 % en électricité et 38 % en chaleur. Ceci nécessite de valoriser la chaleur produite.

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L’accompagnement de la Chambre d’agriculture d’Indre-et-Loire vise à trouver une insertion cohérente de l’unité de méthanisation dans l’exploitation agricole. Ainsi le projet de La Bondonnière, qui démarre en juin 2013 (soutenu dans le cadre de l’appel à projet démonstrateur de la Région Centre), permet de développer l’autonomie alimentaire de l’élevage via la mise en place d’un séchage de fourrage. Cet atelier a nécessité la poursuite d’un travail déjà engagé de conversion du système fourrager de type maïs ensilage-concentré vers une alimentation basée sur les légumineuses (cf. schéma). C’est un exemple attendu pour mettre en avant la résilience des systèmes herbagés.

Schéma de principe du projet de méthanisation de la Bondonnière

Le digestat, opportunités de coopération sur un territoire ?

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Le digestat est le résidu de la digestion de la biomasse. Comme la méthanisation dégrade la fraction fermentescible, soit environ les 2/3 de la matière organique, il reste donc la matière organique stable. Celle-ci forme l’humus du sol avec une valeur d’amendement.

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La fermentation conserve la totalité des éléments minéraux qui se retrouvent en majorité sous forme minérale et donc directement assimilable par les plantes. Comparé au lisier, le digestat est plus homogène, plus fluide et enfin partiellement désodorisé et hygiènisé.

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Aujourd’hui la réflexion vise à associer éleveurs et céréaliers sur un même territoire. On expérimente l’échange de menue paille contre du digestat dans le cadre d’une étude co-financée par France AgriMer avec le contrat de plan État-Région. Le céréalier trouve là une valorisation de la récupération des menues pailles et une ressource en engrais sous forme minérale tout en étant d’origine organique ! L’éleveur réalise une économie en paille compte tenu du pouvoir absorbant supérieur de la menue paille. Celle-ci est assimilable à de la paille broyée, donc facilement incorporable dans le digesteur à condition d’être passée sous les sabots des animaux (sinon elle flotte !).

Les unités de méthanisation de 2023 : des bioraffineries territoriales ?

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Dans le contexte actuel de raréfaction des ressources fossiles, d’impact sur l’environnement et de besoin croissant en biomasse (alimentaire et industrielle), le ministère de l’Agriculture souligne l’importance de travailler selon un nouveau modèle de production agricole, permettant d’apporter des solutions à l’ensemble de ces enjeux ; c’est le « projet agro-écologique pour la France » (Produisons Autrement, décembre 2012). Ce nouveau modèle propose de ne plus considérer le sol agricole et son environnement physique et biologique comme un simple support de production, mais de le réhabiliter comme écosystème complexe capable de remplir de multiples fonctions, en plus de la production de denrées alimentaires, comme la production de biomasse (énergie, construction, chimie verte…) et de services environnementaux (stockage de carbone, préservation de la biodiversité, épuration et stockage de l’eau…).

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Pour mettre en place ces nouveaux modes de production, il est nécessaire de se doter de nouveaux outils. L’utilisation de Cive (cultures intermédiaires à valorisation énergétiques) et d’effluents d’élevage convertis au sein d’une unité de méthanisation en azote minéral et en énergie permet à la fois d’améliorer l’autonomie en azote et en énergie du territoire, tout en réduisant les émissions de GES. En ce sens, la méthanisation agricole semble un outil prometteur. C’est dans cette optique que la Chambre départementale d’Indre-et-Loire s’est associée en 2013 au dépôt de projet CasDar Eco2métha (optimisation économique de la méthanisation agricole et évaluation de son intérêt pour la transition agro-écologique) piloté par Trame. Dans le cadre de cette action, nous souhaitons évaluer la méthanisation comme outil pour mettre en œuvre les principes de l’agro-écologie. Il s’agira par conséquent de replacer l’utilisation des effluents et de la biomasse produite par les Cive dans une logique systémique aux échelles de la parcelle, de l’exploitation et du territoire.

Nécessité d’une cohérence des accompagnements ?

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L’exemple de l’Indre-et-Loire montre l’intérêt d’une cohérence entre la réponse aux attentes des agriculteurs, l’arbitrage par les élus de la Chambre d’agriculture des moyens à apporter et du soutien à la création de références au niveau de l’État et de la Région. Ainsi la conférence biomasse, qui réunit chaque année en région Centre les services de la Draff (représentant France AgriMer) et de la Région, permet de présenter les résultats des travaux engagés, les développements sur le terrain et les nouvelles attentes. Sans cette concertation relayée au niveau départemental par la DDT et le Conseil général, la Chambre d’agriculture n’aurait pas seule les moyens d’accompagner le développement de références. En cela la Région Centre dispose d’une organisation proche du futur mode de développement européen avec les PEI : Partenariats européens d’innovation. En effet, ceux-ci mettent en avant une logique multi-acteurs autour d’un projet ayant une dimension européenne. Lors du salon régional Ferme Expo à Tours en 2012, la présence d’une délégation allemande pour témoigner sur le développement de la méthanisation en Basse-Saxe est une nouvelle étape dans ce sens…

Plan de l'article

  1. La réponse au développement du photovoltaïque…
  2. Enquête sur la méthanisation à la ferme en région Centre
  3. L’approvisionnement, entre richesse et dépendance !
  4. La cogénération : un fonctionnement continu, une valorisation de la chaleur à trouver
  5. Le digestat, opportunités de coopération sur un territoire ?
  6. Les unités de méthanisation de 2023 : des bioraffineries territoriales ?
  7. Nécessité d’une cohérence des accompagnements ?

Pour citer cet article

Bersonnet Christophe, « L'accompagnement des projets méthanisation et photovoltaïque par les Chambres d'agriculture », Pour, 2/2013 (N° 218), p. 121-130.

URL : http://www.cairn.info/revue-pour-2013-2-page-121.htm
DOI : 10.3917/pour.218.0121


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