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Revue Projet

2004/1 (n° 278)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/pro.278.0087
  • Éditeur : C.E.R.A.S


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Emplois à Lille…

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Le problème de l’emploi n’est pas nouveau pour l’agglomération lilloise. Depuis trente ans, on a assisté à la fermeture des mines et des usines textiles. Aujourd’hui, la région n’a pas achevé sa mutation économique, avec les délocalisations. L’année dernière, Metaleurop annonçait son départ de la région de Dunkerque. Dans ce contexte, la stratégie de Pierre Mauroy fut toujours d’obtenir un consensus qui rassemble l’agglomération, la communauté urbaine et la région. Même si les disparités entre les territoires sont fortes (la plus petite commune a 178 habitants, la plus grande 180 000), l’essentiel de la pauvreté se concentre à Lille, Roubaix et Tourcoing.

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Le premier levier d’action fut la mise en route des projets-phares qui redonnent une image positive à l’agglomération. Cela supposait d’abord la requalification des centres-villes. Alors que la Sncf y était opposée, la Communauté urbaine a subventionné l’arrivée du Tgv au cœur de la métropole lilloise, faisant de l’agglomération une plaque tournante des communications entre Bruxelles, les Pays-Bas, Londres et la région parisienne. Le deuxième pari a été la reconversion de friches industrielles. Aujourd’hui, s’ouvre, à Roubaix, une maison « Folie », à l’endroit même où l’on conditionnait et l’on pesait les textiles. On a utilisé l’outil des zones franches pour attirer les entreprises, comme McArthur Glenn. Cette même dynamique a permis de construire le moteur tertiaire d’échanges d’Euralille.

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Avec persévérance, une concertation a été organisée entre acteurs économiques et politiques : la chambre de commerce, le conseil de développement régional (constitué au moment de la candidature de Lille aux Jeux olympiques), etc. Une logique de consensus identique, au sein de la communauté urbaine a prévalu pour faire aboutir le projet « Lille, capitale européenne de la culture 2004 ».

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Ces projets dynamisent la vie économique. Mais ils incluent aussi des leviers spécifiques pour l’emploi, par exemple en introduisant des clauses d’insertion dans les aides aux entreprises. Euralille a ainsi bénéficié de contrats aidés pour l’espace commercial. Le risque existe toujours, cependant, d’une coupure entre les aménageurs et ceux qui s’occupent de l’insertion. Du côté de l’économie sociale et solidaire, une impulsion est donnée à la reprise d’entreprises par les salariés dans le cadre de Scoop, grâce à un accompagnement et des fonds d’investissement émanant des collectivités locales. À Lille, le PLIE en est à sa troisième édition et demeure un des outils principaux pour l’emploi : conjuguant aide à la qualification des personnes et aux embauches, il permet de dépasser les réserves des entreprises face aux chômeurs. Enfin, pour suivre ces dispositifs, un nouvel observatoire économique a été créé, l’agence régionale de développement.

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Malgré un réel dynamisme, on peut s’interroger sur quelques limites de vingt ans de politique de l’emploi. Du côté des plus jeunes, il est clair que leurs ambitions professionnelles ne se satisfont plus de contrats aidés ou précaires ; ils attendent davantage un accès direct à l’emploi. D’où un ras-le-bol qui se manifeste vis-à-vis des missions locales. Le recours aux dispositifs publics connaît des tensions réelles : ils ne cessent pas de se modifier, et nécessitent aussi une ingénierie financière très lourde. On peut déplorer une sorte de déséquilibre entre la phase préparatoire, dans laquelle on monte des dossiers pour utiliser ces dispositifs en essayant de contrer les effets d’aubaine, et la phase de mise en œuvre dans laquelle les moyens de contrôle font souvent défaut. De plus, le troc entre instances politiques et acteurs économiques dans cette mise en œuvre ne favorise pas la transparence des liens et encourage parfois des échanges qui n’auraient pas lieu d’être.

…Et à Valenciennes

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L’arrondissement de Valenciennes, dans le département du Nord, a été, durant les vingt dernières années, l’un des plus sinistrés de France en termes de chômage, à la suite de la fermeture des mines de charbon dans les années 60-70, puis des usines sidérurgiques dans les années 1980. Aucun autre bassin industriel de la France n’a connu le cumul de ces deux régressions : cette conjonction a conduit à un taux de chômage de 22,7 % en 1997. Une partie importante des jeunes qui arrivent aujourd’hui sur le marché de l’emploi n’ont jamais vu leur père ni leur grand-père travailler.

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La collectivité, jusqu’au milieu des années 90, n’avait pas pleinement pris conscience de la gravité de la situation. En effet, l’arrondissement de Valenciennes, partie du Département du Nord, ne constituant pas une unité statistique, la réalité spécifique du Valenciennois ne pouvait être perçue en tant que telle. Toutefois, en 1995, l’arrondissement a pu être inscrit par l’Union européenne, en même temps que le Hainaut belge, parmi les zones relevant du fonds européen de développement régional (FEDER) Objectif 1, qui a permis l’attribution d’aides pouvant aller jusqu’à 80 % pour les investissements publics ou le développement des entreprises.

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Pour redévelopper l’emploi, tout a été mis en œuvre pour attirer les entreprises dans le Valenciennois et les accueillir le mieux possible dans le cadre d’un partenariat associant tous les acteurs de l’arrondissement. Ainsi, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Valenciennes a monté un service de prospection d’entreprises et de création de zones d’activités. Ce service, sillonnant le monde à la recherche d’entreprises susceptibles de venir dans la région, a été informé de la volonté des dirigeants de Toyota de chercher une implantation européenne. Si le dossier de Valenciennes a été reconnu comme le meilleur par Toyota, c’est grâce à une forte mobilisation des acteurs locaux, à un travail commun entre la CCI, l’association des communes de l’arrondissement, les services de l’Etat, à un partenariat solide grâce auquel Toyota n’avait qu’un seul interlocuteur. Cette méthode sert désormais pour tout accueil d’entreprise nouvelle : les services de l’Etat, les collectivités locales et les organismes consulaires ne parlant que d’une seule voix dans le cadre d’un travail conjoint qui permet de faire très vite aux entreprises candidates des propositions concrètes en termes de financement et de calendrier : Toyota, suivie en 2001 par Daimler, reste le symbole d’une inversion de tendance de la situation économique.

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Les liens entre l’université et les entreprises offrent un autre levier pour stabiliser l’implantation des unités industrielles dans l’arrondissement : c’est en particulier le cas dans le domaine des transports : plusieurs laboratoires de recherche et un centre d’essais ferroviaires sont présents à Valenciennes.

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Cependant, l’accueil d’entreprises ne suffit pas seul à créer de l’emploi. Le taux de chômage est aujourd’hui encore de 14,7 % dans le bassin d’emploi de Valenciennes, même si l’écart avec le taux national s’est réduit de 8 à 5 %. Mais les populations restant au chômage retrouveront plus difficilement un emploi en raison de l’ancienneté de leur situation et de ses conséquences pour l’individu : absence de formation, degré important d’alcoolisme, problèmes de santé, instabilité des situations familiales…

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Ainsi, lorsque Toyota a voulu recruter, alors que ses services n’exigeaient pas de compétences particulières à l’embauche, des candidats confrontés à la difficulté d’envisager un changement de vie renonçaient à passer tous les tests de recrutement. 54 % des postes proposés n’ont pas pu être pourvus par des personnes originaires de l’arrondissement de Valenciennes.

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Compte tenu de ce profond éloignement de l’emploi d’une partie de la population, il fallait trouver d’autres moyens de leur permettre de retrouver une activité : ce furent les contrats emploi-solidarité puis les plans locaux d’insertion pour l’emploi (PLIE) mis en place en 2001 et 2003, dont la réussite a été favorisée par une meilleure conjoncture en 2001, puis en 2003, la création de deux entreprises d’insertion par l’économique.

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Une autre limite à ce retour de l’emploi est liée au contexte économique : depuis septembre 2003, trois groupes industriels étrangers ont décidé la fermeture de leur usine dans le Valenciennois, entraînant près de 500 licenciements, disparitions d’emplois auxquelles correspondent, heureusement encore, de nouvelles créations.

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D’où la nécessité d’une dynamique permanente et d’une mobilisation de tous les partenaires pour ne pas perdre le bénéfice des mesures qui avaient inversé la tendance.

Projet

Plan de l'article

  1. Emplois à Lille…
  2. …Et à Valenciennes

Pour citer cet article

« Initiatives pour l'emploi dans le Nord », Revue Projet 1/ 2004 (n° 278), p. 87-90
URL : www.cairn.info/revue-projet-2004-1-page-87.htm.
DOI : 10.3917/pro.278.0087


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