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Revue Projet

2005/2 (n° 285)

  • Pages : 98
  • DOI : 10.3917/pro.285.0035
  • Éditeur : C.E.R.A.S


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En France, 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, dont 60 000 sans aucune qualification. Ils sont souvent proches de l’illettrisme. Le chômage des jeunes est largement supérieur à la moyenne européenne. Simultanément, des secteurs entiers de notre économie sont en manque de main-d’œuvre qualifiée. On connaît les raisons de ces difficultés : des métiers méconnus des jeunes , des métiers dévalorisés par l’école, des jeunes sans repères qui ne tiennent pas sur la durée ou ignorent les règles de vie en société…

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Peut-on répondre, même en partie, à ce défi et rapprocher des jeunes en quête de reconnaissance et d’avenir avec des entreprises en attente de personnels qualifiés ? Peut-on renverser les obstacles intérieurs et extérieurs qui bloquent les jeunes en situation précaire et leur progression professionnelle ?

Un réseau de centres de formation

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Depuis une dizaine d’années, sept centres de formation professionnelle, réunis dans le « Réseau Ignatien des centres de Formation », adossés à des institutions proches de la Compagnie de Jésus (Institut catholique des Arts et Métiers, lycée professionnel ou classique), mettent en commun leurs projets, partagent des outils, se soutiennent dans leurs initiatives. Leur souci prioritaire, mais non exclusif : les jeunes en difficulté d’insertion professionnelle. Cinq centres de formation préparent aux professions industrielles et deux sont des « écoles de production » qui forment des apprentis. Ensemble ils ont conçu un programme, avec le soutien du Fonds social européen, pour sensibiliser 2000 jeunes en trois ans, en former 500 et en placer 400 en entreprise.

Du Booster à l’atelier

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Aujourd’hui, un drôle de camion,  « le Booster », sillonne les rues des cités dans cinq villes de France. Il porte en ses flancs des outils de communication ni austères ni étrangers au langage des jeunes. Au moyen d’un jeu vidéo (sur cinq ordinateurs), il les rend acteurs de la fabrication d’un kart cross, il instille l’idée que « transformer la matière » peut donner du bonheur, que la pratique est à portée de main. Il invite à passer du virtuel au réel, du camion à l’atelier. Alors pourra commencer le parcours d’un apprenti, qui ne croyait plus en lui et pensait que seules les « réalités télévisuelles » pouvaient le sortir de son anonymat

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Le jeune a été invité, souvent personnellement, par son éducateur, son professeur ou l’animateur de la maison de jeunes. Il sera sensibilisé, informé, stimulé. Car il s’agit de franchir l’obstacle de l’inertie et de la mésestime de soi. Grâce à de multiples partenariats avec des éducateurs, des travailleurs sociaux, des équipements de quartier, l’accompagnement des jeunes s’en trouve fortement enrichi : 1500 jeunes ont déjà été accueillis sur le camion. L’arrivée dans l’atelier, après la visite du camion, est un moment test : ou le sentiment prévaut que cet univers est hostile, ou le jeune trouve des repères qui le mettent en confiance. La plupart des jeunes en insertion vivent hors des réalités économiques et professionnelles. Il s’agit de reconstruire un rapport entre ce monde et eux. Pour les intéresser, il importe de faire toucher la matière et de leur permettre très vite de « réaliser », de fabriquer. En général, après une journée découverte et un entretien personnalisé, ils repartent avec un objet qu’ils ont fait.

La formation

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La formation sera la plus adaptée possible au niveau de chacun, à son orientation et à sa capacité. Les centres du Réseau ont mis en chantier des ateliers de réflexion et de proposition pour aborder les apprentissages au plus près des besoins, en liant pratique et théorie : faire une règle de trois à partir d’un objet à construire, acquérir du vocabulaire en travaillant les mots du métier, écrire en fonction des besoins quotidiens repérés… Découvrir l’économie en analysant les procédures économiques de l’école de production, apprendre les règles de vie en société en acquérant les savoirs administratifs utiles.

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La 4e phase du programme se propose de faciliter l’intégration dans l’entreprise de 400 jeunes en innovant dans les modalités d’accompagnement : partenariat centre/entreprise et mise en place de médiations pour faciliter l’acclimatation et l’acquisition des us et coutumes de l’entreprise. Celle-ci est l’un des derniers lieux où l’individualisme n’est pas payant : entrer dans une équipe de travail suppose une part d’oubli de soi pour un objet commun, quoi qu’il en soit des questions sociales permanentes. Les jeunes ne sont pas spécialement préparés à cet exercice : le programme des publicités consommatrices et les coups qu’ils ont reçus de la vie, ne les y ont pas disposés.

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Ce Réseau de centres de formation veut redonner la parole aux jeunes les plus fragiles, faciliter leur montée dans le train de la qualification. En mutualisant les initiatives et les expérimentations, il veut répondre au défi d’une exclusion massive d’une part importante de la jeunesse. Immense chantier, mais rien n’est jamais perdu avec des jeunes qui rebondissent au travers d’épreuves qui emporteraient bien des adultes installés.

Plan de l'article

  1. Un réseau de centres de formation
  2. Du Booster à l’atelier
  3. La formation

Pour citer cet article

Jousse Georges, « Un camion pour l'insertion professionnelle », Revue Projet 2/ 2005 (n° 285), p. 35-37
URL : www.cairn.info/revue-projet-2005-2-page-35.htm.
DOI : 10.3917/pro.285.0035


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