Psychanalyse
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I.S.B.N.2749206251
132 pages

p. 111 à 111
doi: en cours

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L'inédit

no 7 2006/3

2006 Psychanalyse L’inédit

Note aux lecteurs

En 1957, à Paris comme correspondant d’un journal colombien, Gabriel Garcia Marquez écrivit Pas de lettre pour le colonel. La situation de violence que le pays vivait à cette époque détermina la suspension temporaire du journal. L’écrivain attendait avec impatience, jour après jour, l’envoi de son salaire. Cette situation et celle de son grandpère, un vieux militaire qui avait participé aux guerres de la fin du xixe siècle et qui mourut dans l’attente de la pension à laquelle il avait droit selon les traités qui avaient mis fin à ces guerres, se concrétisent dans son roman. Dans une population retirée de la Côte atlantique colombienne, qui préfigure déjà le Macondo de Cent ans de solitude, un vieux colonel à la retraite, attend l’annonce officielle qui atténuera quelque chose de sa souffrance : la remise de la pension qui de droit lui revient.
Pendant plusieurs années, un vendredi après l’autre, il se rend au port du village avec l’espoir chaque fois déçu de recevoir le courrier porteur de la lettre attendue. Il vit seul avec son épouse et un précieux coq de combat, seul bien qui lui reste de son fils, assassiné en d’étranges circonstances qui révèlent des mobiles politiques, représailles pour activités clandestines. Sans même une bonne paire de chaussures, il est poussé par les exhortations de sa femme, la faim et les offres séduisantes de l’usurier du village à vendre l’animal que tout le village espère voir triompher face au coq de l’adversaire, …
Après quelques vacillations, le colonel ne cède pas. Ayant conclu un marché, il l’annule dans un sursaut de dignité, pour récupérer le coq, provoquant la déception de tous ceux qui d’une manière ou d’une autre voyaient une issue : qui à la faim, qui à l’orgueil, qui à l’usure.
Cette courte histoire de l’attente d’une lettre en souffrance condense de façon magistrale une partie des avatars de la société colombienne reproduits dans de nombreux romans importants de leurs auteurs : la violence, la relation à l’objet, la spoliation, le deuil et l’oubli forcé, qui se refusent en l’absence d’écriture à venir servir de témoignage, et de restituer quelque chose de sa singularité au sujet. C’est la persistance de cette situation dans notre société qui m’a amené à adresser cette lettre au colonel, à lui communiquer les éléments communs entre son histoire et d’autres romans colombiens et à la rendre publique.
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