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Psychanalyse

2007/2 (n° 9)

  • Pages : 132
  • ISBN : 9782749207636
  • DOI : 10.3917/psy.009.0125
  • Éditeur : ERES

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Rosine Lefort n’est plus.

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« C’est donc tout à la fois sur l’existence ou la non-existence de l’Autre, sur ce qui lui promet son existence et ce qui lui permet son inexistence ; c’est là-dessus que porte le choix et dans ce cas il est plausible », dit Lacan [1][1] J. Lacan, Le séminaire, Livre XVI, D’un Autre à l’autre.... Ce choix paradoxal se déplie tout au long de la cure analytique, et il aboutit à la conclusion que l’Autre est barré parce qu’il n’existe pas. Mais il arrive qu’il soit impossible.

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C’est sans doute à ces tourments de l’Autre qu’a été confrontée Rosine Lefort dès la rencontre avec ses très jeunes patients de la pouponnière de Parent de Rosan. La puissance de cette double découverte du choix et de son impossibilité l’a précipitée en analyse chez Lacan, et a précipité son désir d’analyste. Nous en avons un témoignage dans la leçon 8 du Séminaire I, Les écrits techniques. Elle y a fait une intervention très simple, mais bouleversante, relatant l’auto-baptême de Robert, « l’enfant au loup ». Cette nomination de l’enfant par lui-même n’a pu se faire que parce que son « trognon de parole », comme le désigne Lacan (« madame », et « le loup »), a été porté par Rosine qui s’en était faite la dépositaire.

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Elle ne manquera jamais de rappeler à quel point les trajets que les enfants ont faits avec elle font partie de sa propre cure analytique et ont engagé son désir d’analyste.

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Sa démarche a été freudienne : il était impensable pour elle d’embarrasser Robert, ou Marie-Françoise, ainsi que Nadia ou Maryse de sa propre subjectivité. Il s’agissait qu’elle puisse, avec le moins de contraintes moïques possibles, « prêter sa personne aux effets du transfert ». Pour se supporter dans la difficile plongée au cœur de ces vies en détresse, elle a pris soin de noter tout ce qui se passait dans chacune des séances.

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De ce travail minutieux et harassant, elle a produit plusieurs livres avec son mari Robert Lefort, dont la présence ne s’est jamais démentie auprès d’elle, dans la vie comme dans l’élaboration théorique. Leur premier ouvrage a été La naissance de l’Autre, explicite quant au cheminement fait sur cet Autre qui n’existe pas mais si menaçant, avec les cas de Nadia et de Marie-Françoise.

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Cela a suscité un tollé général à l’École de la Cause freudienne, le lieu de leur engagement après la dissolution de l’École freudienne de Paris. (Ils y ont été d’ailleurs cofondateurs du Centre d’études et de recherches sur l’enfant dans le discours analytique, le cereda). Les « penseurs » de l’ecf ne pouvaient envisager de tordre à l’aide de la clinique l’assertion de Lacan sur « l’Autre du langage préexistant au sujet ». Nous ne pouvons être qu’admiratifs de l’insistance de Robert et Rosine Lefort dans leurs recherches, par-delà les critiques parfois malveillantes auxquelles ils ont fait face avec courage, sans céder sur ce qui les orientait.

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Ils ont écrit d’autres livres : Maryse devient une petite fille, Les structures de la psychose qui rendent compte des cures de Maryse et de Robert « l’enfant au loup ». Mais la recherche sur l’autisme et l’énigme de l’Autre réel n’a pas lâché Rosine Lefort depuis la butée qu’elle a rencontrée dans la cure de Marie-Françoise, cette toute petite fille autiste qu’elle n’a pu arracher à son monde.

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C’est avec ce souci qu’elle a régulièrement apporté son soutien et sa vigilance à toute question concernant l’accrochage du langage sur le vivant et la toute petite enfance : lors de la création d’institutions, de placements familiaux, etc.

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Je lui suis personnellement reconnaissante de la générosité avec laquelle elle et Robert Lefort ont accompagné la création du Groupe petite enfance cereda et l’ont orienté pour que l’éthique et le désir y soient aux commandes.

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Rosine Lefort n’est plus depuis le 25 février 2007. Elle a suivi Robert quelques jours après que celui-ci s’est éteint. Je reste marquée par la puissance de son désir d’analyste, qui lui a permis de rester attentive au plus petit détail faisant signe du sujet, par la rigueur de son cheminement et son goût pour le sceau du signifiant.

Notes

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Laure Thibaudeau, <laurthib@ noss. fr>

[1]

J. Lacan, Le séminaire, Livre XVI, D’un Autre à l’autre (inédit), leçon du 12 février 1969.

Pour citer cet article

Thibaudeau Laure, « Hommage à Rosine Lefort », Psychanalyse, 2/2007 (n° 9), p. 125-126.

URL : http://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2007-2-page-125.htm
DOI : 10.3917/psy.009.0125


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