2007
Psychanalyse
Hommages à Rosine et Robert Lefort
Hommage à Robert Lefort
Pierre Bruno
[*]
Sur l’instigation de mon analyste Maud Mannoni, j’ai été voir Robert Lefort pour un contrôle dans l’année 1977. Ma pratique d’analyste était alors débutante et je travaillais à l’hôpital de Montauban où je recevais des enfants, psychotiques pour la plupart. J’ai été ainsi le voir pendant environ cinq ans et je me souviens de la grande patience dont il témoignait à mon égard. La plupart du temps, il m’écoutait, j’étais assez disert. De temps à autre, il faisait, avec sa voix que je n’ai pas oubliée, une remarque. Par exemple : « Attention à ne pas trop aller du côté pédagogique. » Ou bien, à propos d’une fillette qui rechignait à venir me voir : « Ne l’encouragez pas à s’absenter. » Ou encore : « Vous avez affaire à un sujet » ; et aussi : « Attention à la colère, c’est une réaction narcissique. »
Au moment de la dissolution de l’École freudienne de Paris, les séances de contrôle prirent un autre tour, parce que j’étais impatient d’avoir son avis sur ce qui se passait autour de Lacan. Là encore, il n’essaya pas de me convaincre, bien qu’il eût choisi très tôt de s’engager dans la jeune troupe de l’École de la cause freudienne. Début 1981, si je ne me trompe, il avait écrit une lettre qui m’avait confirmé dans mon choix qui, pour ma part, était simplement déterminé par la décision de m’en tenir aux indications écrites de Lacan.
Nos liens se sont alors renforcés, sont devenus amicaux, avec cette légère inflexion filiale tenant à la différence de génération. Lui et Rosine aimaient beaucoup Toulouse, la ville, mais aussi le signifiant, puisque « Toulouse » connotait une énigmatique résistance à toute dogmatique. Ainsi Robert Lefort est-il resté fidèle à cet incipit d’un texte qu’il écrivit en 1975 : « Un savoir plus ou moins codé peut se constituer comme un trait unaire dans l’Autre, pour mettre le sujet dans la dépendance d’une identification fascinée
[1]. »
[*]
Pierre Bruno, <pierre. bruno@ wanadoo. fr>
[1]
Dans
Un lieu pour vivre de Maud Mannoni, Paris, Seuil, 1976, p. 241.