Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
60 pages

p. 59 à 59
doi: en cours

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Volume 22 2002/1

2002 Psychothérapies

In memoriam

J.-P. Bachmann M. Struchen
 
Michel SAPIR (1915-2002)
 
 
Michel Sapir est décédé à Paris en janvier dernier. D’origine judéo-russe, né en 1915 à Moscou, il choisit de venir en France faire ses études de médecine. Pendant la seconde guerre mondiale, il est le responsable de la Résistance de la région Nice-Côte d’Azur. Il s’inscrit au parti communiste, jusqu’aux révélations des crimes de Staline et au Printemps de Prague.
Après la guerre, il se tourne vers la psychanalyse. Adepte de Ferenczi et de Balint, il est l’un des premiers à souligner l’importance du corps en psychanalyse et dans toute relation soignant-soigné. A propos de la relation analytique, il écrit: «Le corps joue dans cette rencontre un rôle central. Corps morphologique, tel qu’il s’offre au regard. (…) Corps qui, aussi, se présente à travers des productions sensorielles, l’olfaction, la voix, la parole et sa musicalité, enfin le discours où la sensorialité se mêle encore à l’intellectualité». Le biologisme de Freud, que d’aucuns lui reprochent, paraît à Michel Sapir un élément essentiel de son enseignement: «Il donne au corps sa place: la première. Le cerveau, siège de l’intelligence qui est une donnée innée, n’est-il pas logé dans le corps? Et l’intelligence elle-même (…) n’est-elle pas dominée en large partie par l’irrationnel, le subjectif, le sensoriel, et surtout les pulsions, tous éléments qui ramènent au corps?»
Cet intérêt pour le corps le conduit d’abord à la relaxation: dès 1954, il développe la méthode de relaxation à inductions variables et l’intègre à ses pratiques médicales. C’est alors que, sous l’impulsion de l’œuvre de Balint, il s’intéresse à la relation soignant-soigné, à laquelle il consacrera une grand partie de sa vie professionnelle. Il insiste sur la formation psychologique du soignant, tant médecin que non-médecin.
En 1956, il fonde, avec Léon Chertok, la Société de Médecine Psychosomatique et, en 1959, la «Revue de Médecine Psychosomatique», qui deviendra quelques années plus tard «Champ Psychosomatique». En 1972, il organise, avec Myriam de Senarclens, gynécologue genevoise, les premières Journées Franco-Suisses de Formation à la Relation soignante, qui se tiendront plusieurs années de suite à Divonne, puis actuellement à Annecy.
Auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La formation psychologique du médecin (Payot, 1972), La relaxation à inductions variables (La Pensée Sauvage, 1993), La relation au corps (Dunod, 1996), il a parlé avec une grande richesse et sans complaisance de sa vie dans Du côté de chez Marx, du côté de chez FreudMémoires d’un homme de plaisir (Flammarion, 1998). En 1995, il avait bien voulu écrire pour notre revue un article intitulé «Psychothérapie du généraliste – psychothérapie du psychanalyste» (Vol. 15, no 3, pp. 119-123).
Très attentif aux problèmes de notre société – en lien avec ses engagements politiques antérieurs – c’était un esprit très libre, original, généreux. Ouvert à différents courants de la psychanalyse, il s’est tenu à l’écart de son histoire mouvementée en France, ce qui ne l’a pas empêché d’être combatif contre «ceux qui manifestaient à l’égard de Freud un attachement tout à fait pathologique parce que fondé sur le respect obsessionnel de la lettre de l’œuvre freudienne.»
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