Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
64 pages

p. 53 à 62
doi: en cours

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Volume 23 2003/1

2003 Psychothérapies

Charles Rycroft et le thème de l’« ablation »  [1]

Paul Roazen  [2] Adresse de l’auteur :Paul Roazen73, Prince StreetCambridge, Mass. 02139USA
L’un des articles les plus originaux de Rycroft porte sur le problème de la façon caractéristique dont les analystes substituent leur héritage analytique à leurs origines biologiques, créant ainsi une sorte particulière de nouveau lignage qui pourra être justifié avec passion.Mots-clés : anhistoricité, continuités, psychanalyse britannique, idéalisation, autoritarisme. One of Rycroft’s most original papers bore on the issue of how analysts characteristically substitute their analytic heritage for their biological origins, thus creating a special sort of new lineage apt to be passionately defended.Keywords : ahistoricism, continuities, british psychoanalysis, idealization, authoritarianism.
Charles Frederick Rycroft (1914-1998)IMGIMGCharles Frederick Rycroft (1914-1998)IMGIMF
C’est pour moi un plaisir d’essayer de rendre hommage à l’originalité de Charles dans la psychanalyse, même si, malheureusement, il n’est plus là pour entendre les hommages sincères qu’il méritait pleinement d’entendre quand il était encore en vie [3]. Je l’ai connu de 1965 jusqu’en 1998, et je devine qu’il était assez sauvage pour n’avoir pas apprécié son succès en tant que penseur indépendant. Nous avions pris l’habitude de nous rencontrer pour un repas quand il m’arrivait de venir à Londres, mais j’ai vérifié mes documents et je n’ai, approximativement, que quatre-vingts lettres de lui. Lors d’une de nos dernières soirées ensemble, il remarqua qu’à son avis, sa carrière d’analyste avait été « ruinée » par le pouvoir respectif de deux femmes, Melanie Klein et Anna Freud. Il est sans aucun doute vrai que la réputation et la situation de Charles ont souffert de la politique complexe de la psychanalyse britannique d’alors, quand les luttes idéologiques rendaient difficile pour une personne indépendante d’esprit d’être reconnue. Bien que son A Critical Dictionary of Psychoanalysis (1968a) soit devenu capital et se soit largement vendu, un livre tel que The Innocence of Dreams (1979), même s’il fut admiré par quelqu’un comme Graham Greene, ne s’est pas vendu aussi bien qu’on aurait pu l’espérer.
En même temps, je pense qu’il serait compréhensible que Charles ait sous-estimé sa propre réussite ; bien qu’on ne puisse s’attendre à ce que les ouvrages d’essais et de revues (Rycroft, 1966, 1968a, 1968b, 1971, 1991) puissent avoir un grand succès commercial, son travail, ne serait-ce qu’à cause de l’impact de sa publication dans The New York Review of Books, eut une large audience. Charles, comme d’autres parmi les premiers psychanalystes pionniers, était très bien formé et cultivé. Il me semble qu’en regard des lubies transitoires et de la léthargie bureaucratique qui affligent tous les domaines, il a réussi à être une voix distinctive et originale. Même si nous n’avons plus le plaisir personnel de son esprit et de sa personne, je trouve naturel de réfléchir sur quelques-unes de ses manières de penser les plus caractéristiques.
La psychanalyse a eu sa façon caractéristique de procéder, et les analystes britanniques ont élaboré leurs propres modes particuliers de conceptualiser les choses. Bien que cent ans de l’école de Freud ne doivent pas sembler longs historiquement, ils ont suffi pour établir certains traditions de pensée remarquables. L’habitude exerce ses moyens nuisibles de nous inhiber, cependant Donald Winnicott a été cité particulièrement à propos de l’impossibilité de devenir créatif si l’on ne s’écarte pas de certains préjugés. Dans un sens, Charles était curieusement retenu par certaines idées reçues ; comme pour beaucoup d’entre nous, son arrière-plan l’empêcha d’aller aussi loin qu’il l’aurait pu intellectuellement. Et encore, je pense qu’il s’arrangea pour se frayer un chemin indépendant sur une variété de fronts.
J’ai choisi de parler de l’étude de Charles : On Ablation of the Parental Images, or The Illusion of Having Created Oneself (1985). Selon le Oxford English Dictionary, le mot « ablation » commença par signifier, au XVIe siècle, « removal », enlèvement, le fait d’enlever ; et « ablation » en est venu à signifier cessation, suspension ou rémission dans les contextes chirurgical [4], médical et géologique. Pendant pas mal de temps, j’ai pensé que ce terme avait des connotations religieuses, ce qu’un de mes amis, catholique, m’assure être en fait le cas, mais je réalise maintenant que je l’ai surtout confondu avec celui d’« oblation ». Il me semble important de noter que Charles distinguait implicitement l’ablation du refoulement ou du déni, qu’il avait traités tous deux dans son dictionnaire critique. J’ai choisi cet essai particulier sur l’ablation, qui parut pour la première fois en 1985, parce qu’il me semble l’un des meilleurs de Charles, et en même temps le plus pertinent pour mes propres intérêts dans l’histoire de la psychanalyse.
J’ai rencontré Charles pour la première fois en été 1965, alors que j’étais venu en Angleterre pour interviewer des analystes des premiers temps à propos de Freud. J’eus aussi l’occasion de travailler sur les papiers non classés de Jones dans le sous-sol de la Société Psychanalytique Britannique ; je tombai sur le nom de Charles en premier lieu à cause des comptes rendus réguliers qu’il faisait alors pour l’Observer, et je le rencontrai une fois dans son bureau [5]. Quand je l’eus vu, cet été-là, je pris des notes. Il venait juste de rentrer d’Italie, le dimanche précédant une fête légale, et il m’avait téléphoné que sa voiture n’était pas en état. Notre conversation ce jour-là dura, selon mes souvenirs, neuf heures et demie ; mais le premier sujet que je consignai – et ce fut la seule occasion avec Charles pour laquelle je fis un tel rapport écrit – concernait le résultat des « fantasmes autocréés », l’oblitération du parent du même sexe qui pourrait être « destructeur » et aussi « créatif ». Je compris que Charles proposait une variante intéressante de l’histoire familière d’Œdipe.
Je notai pour moi-même, en pensant probablement à Freud, l’argument de Charles que si l’on est à la fois soi et le père, alors l’opposition à soi-même devient lèse-majesté – les dieux eux-mêmes ont été offensés [6]. Dans mon premier livre, je citais Charles à propos du désir de longue date de Freud d’aller à Rome, qui pourrait être expliqué symboliquement comme le vœu de transcender la religion d’obédience du père par la religion de l’amour (Roazen, 1968, p. 209, note 120). Dans ce contexte, j’avais recommandé à Charles la récente biographie de Freud par Helen Walker Puner (1992), et il la lut ; son idée sur Freud et le christianisme ressortit dans une lettre qu’il m’écrivit comme une partie de sa réponse au travail de Puner. Mais sa thèse plus générale était que si quelqu’un devient son propre père, alors il doit se créer lui-même – ce qui impose tout un travail qui ne peut être accompli que par l’œuvre d’une vie. La généalogie des analystes est importante, et ce qu’un père a fait pour quelqu’un de vivant a du poids. Mais si l’on a occulté ses propres parents biologiques, il y a beaucoup à expier – on doit le combler d’une manière ou d’une autre.
Il se trouve que la version originale de l’essai sur l’ablation fut écrite en 1965, mais fut refusée à la fois par les éditeurs de l’International Journal of Psycho-Analysis et par ceux de l’International Psychoanalytic Library, qui publia le Imagination and Reality de Charles (1968b). Ils pensaient, écrivit-il plus tard, qu’il n’était « pas judicieux de publier un essai traitant de quelques-unes des raisons psychopathologiques qui pourraient conduire les gens à devenir psychanalystes » (Rycroft, 1985, p. 214). Après que j’eus publié un livre sur Erik H. Erikson (Roazen, 1976), Charles m’écrivit ce qui suit (10.11.1976) :
« A propos du changement de nom d’Erikson : il y a quelques années, j‘ai écrit un papier appelé On Ablation of the Parental Images or The Illusion of Having Created Oneself, dans lequel je décrivais un groupe de patients qui essayaient de désavouer entièrement leur passé, qui déniaient que leurs parents aient eu quelque effet que ce soit sur eux et qui, s’ils étaient attirés vers l’analyse, comme souvent ils semblaient l’être, dataient leur vie à partir du moment où ils avaient commencé l’analyse et regardaient leur vrai parent (sic) comme ayant été leur analyste et leurs vrais ancêtres leur lignée analytique. De telles personnes, disais-je, aspiraient à être des self-made-men dans le sens le plus littéral du terme, ou, s’ils n’y parvenaient pas, à avoir des parents qu’ils choisiraient eux-mêmes. Quand je lus ce papier à un groupe d’analystes, je fus embarrassé de découvrir que ma thèse s’appliquait trop bien à tellement d’analystes ; beaucoup des exemples que j’avais choisis étaient des gens qui avaient aspiré en vain à devenir analystes, mais mon papier donnait l’impression d’être un roman à clé sur des analystes réels. Cela sonne comme si Erikson exemplifiait ma thèse jusqu’à un certain point, bien que je ne l’aie certainement pas eu à l’esprit quand j’écrivis cela. »
Charles, alors, à l’évidence en réponse à ce que je lui avais écrit, m’envoya (le 29.11.1976) un manuscrit de son On Ablation, qui ne parut pas avant presque une autre décennie encore. Entre parenthèses, Charles, en m’envoyant ce texte dactylographié, commentait : « Si jamais vous pensez revenir voir l’ensemble de mes travaux, lisez-les en ordre inverse de leur parution. Environ à mi-chemin, j’ai commencé d’éliminer les termes techniques de mon style et les derniers papiers sont tout à fait lisibles ».
Relisant une nouvelle fois l’essai sur l’« Ablation » de Charles en vue du présent article, je fus frappé au début par sa référence à « la tendance anhistorique caractéristique des “ablateurs” [7] de l’image parentale » (Rycroft, 1985, p. 215). J’émettrai peut-être maintenant ma conviction qu’écrire l’histoire est en soi une activité subversive ; ceux qui étudient l’histoire ébranlent généralement le savoir reçu. Les régimes autoritaires dans tous les temps n’ont eu aucune sympathie pour une activité historique franche. Je renonce à un travail purement célébratoire, ce qu’aux Etats-Unis on appellerait des déclarations cocardières, en faveur de l’objectivité de l’histoire pour développer nos imaginations. La condescendance envers le passé peut s’exprimer d’une variété de manières, telles qu’une juste inclination pour le présent.
Un manque typique de respect pour les enchaînements historiques a, je pense, contrarié dans une mesure exceptionnelle le fait d’écrire sur la psychanalyse. Dans mon récent livre sur Edward Glover (Roazen, 2000) [8], j’essayais essentiellement de présenter un élément qui compliquait le roman familial des analystes britanniques. Une simple ligne de Freud à Abraham ou de Ferenczi à Klein nécessite, je crois, d’être sérieusement révisée. Et Charles, de façon général, mettait aussi le doigt sur un autre trait typique de la littérature sur l’analyse quand il commentait la manière dont les « ablateurs » cherchaient des ancêtres intellectuels « idéaux » pour remplacer les vrais qu’ils avaient écartés (ibid., p. 216).
Pour l’historien intellectuel, établir des continuités aussi bien que des discontinuités à l’intérieur de la psychanalyse – ce que j’ai constaté être un problème essentiel avec la littérature – apparaîtrait entièrement compatible avec la thèse de Charles sur l’ablation. Quand il se réfère à des patients qui ne suivent pas l’enterrement de leurs parents, ou « ressentent ensuite du soulagement plutôt que du chagrin », il pourrait bien avoir cité là l’exemple de la propre réaction de Freud à la mort de sa mère (cf. Roazen, 1975, p. 43). Charles voulait suggérer que « la créativité, la fausseté et la malhonnêteté dérivent toutes de la même source », l’ablation. Et il avait aussi à l’esprit que « les personnes de cette sorte peuvent être attirées par la psychanalyse et le mouvement psychanalytique d’une manière qui, peut-être, leur sera bénéfique, mais est nocive pour la psychanalyse » (Rycroft, 1985, p. 220). Le processus de recréer le soi « peut être vu comme imaginatif et créatif », mais « c’est également faux, puisqu’il ne peut être d’équerre avec la triste vérité que par la suppression de certains faits, par la distorsion d’autres, et par la subordination de la mémoire à la mythopoïèse » (ibid., pp. 220-221).
En effaçant le passé et en recommençant, « les valeurs parentales originales continuent d’opérer inconsciemment dans une forme inchangée ».
« Cette survivance inconsciente des images parentales consciemment amputées est responsable de la perspective paradoxale que de telles personnes présentent souvent au monde : messianiques dans leur plaidoyer pour leurs propres idées autocréées, mais faux et mal à l’aise dans leur manière de les exposer. S’ils écrivent des papiers scientifiques, leurs remerciements sont ou bien insuffisants ou obscurs, ou bien, au contraire, si étendus que leur dette réelle est cachée avec autant de succès qu’une aiguille dans une botte de foin. Ils sont uniformément antihistoriques, ou plutôt anhistoriques ».
(ibid., p. 222)
L’argument de Charles était que leur « déni de dettes… les rend créatifs » (ibid., p. 223). Et il utilisait un passage de l’autobiographie de Sartre, Les mots, dans le but de montrer comment « le désespoir suscité par l’absence d’une image paternelle vivante et par l’aliénation du corps peut être prévenu par l’auto-idéalisation » (ibid., p. 224). Charles pensait aussi que la série de ses patients qui étaient « ablateurs » étaient de façon caractéristique « incapables de chagrin » (ibid., p. 225).
Bien que les « ablateurs » viennent à la psychanalyse pour des raisons « authentiques », la « corruption » s’introduit aussi par intrusion : « Il y a certains aspects de la situation psychanalytique qui attirent les “ablateurs” parce qu’ils leurs semblent être désignés pour mettre en valeur le mythe de l’autocréation et fournir des occasions de renforcer, et non dissiper, leurs systèmes défensifs » (ibid., p. 227).
« Les patients et les élèves analysants qui réussissent en fait à être analysés par l’analyste de leur propre choix deviennent souvent, me semble-t-il, des prosélytes des théories de ce dernier, autant par vanité personnelle que par appréciation vraie et gratitude pour sa compréhension et sa compétence … renversant le fait biologique humiliant qu’il n’a pas choisi ses propres parents » (ibid.).
La psychanalyse est encore assez nouvelle pour les « ablateurs » « pour discuter, tandis que subsiste cette idée aberrante qu’on ne connaissait rien sur la nature humaine avant Freud » (ibid., p. 228).
Charles reliait explicitement son argument à l’état de la psychanalyse britannique. Il soulignait
« la réelle existence à l’intérieur de la British Psychoanalytic Society de trois – ou est-ce davantage ? – écoles différentes de théorie et de technique, dont chacune affirme avoir de meilleurs résultats thérapeutiques que les autres. Pour qu’une situation aussi bizarre ait surgi et existe encore, il faut que des gens se soient trompés, que certains aient idéalisé leurs propres idées, leur travail ou celui de leur analyste, et on manque totalement de critères objectifs pour décider quelles sortes de patients sont adéquats pour le traitement et quelles sortes de résultats seraient estimés être des succès ».
(ibid., p. 229)
Charles paraissait inquiet, craignant qu’il soit « indûment cynique » de sa part de proposer que « dans un tel champ nébuleux, mal défini, inauthentique, des caractères faux puissent survivre et devenir florissants » (ibid.). Il insistait sur le fait que la psychanalyse « a un attrait particulier pour les gens dont la relation personnelle à leur corps et à leur passé est ambiguë et dont les propres cadres de référence intérieurs sont mal définis » (ibid., p. 230).
Charles soulignait que de tels « ablateurs » pouvaient être conduits « à l’idéalisation de l’analyse didactique et de la prétendue “succession apostolique”, et à une tendance à croire que la compétence d’un analyste tire son origine uniquement de son analyse personnelle » (ibid.) [9]. Il faisait aussi allusion à un facteur conduisant à « l’isolement social des psychanalystes », qui pouvaient poursuivre leur travail « non comme une profession, mais comme une vocation » (Rycroft, 1985, p. 231). Et il attirait l’attention sur la possibilité de négliger l’importance à la fois de la biologie et de la génétique. Il concluait ce papier, dans sa forme ré-écrite de 1973, en citant la distinction de Winnicott entre le « vrai self » et le « faux self » : « Le “vrai self” … est le dépositaire de ce que l’individu hérite de ses parents, et peut s’élaborer en quelque chose qui est vraiment et uniquement lui-même, alors que c’est le “faux self” qui héberge les défenses, les déguisements et les prétentions » (ibid., p. 232).
Maintenant, pourquoi ce papier de Charles, en dehors des mérites de sa thèse, me semble-t-il si important ? Tout d’abord, son argument a des antécédents dans ma propre éducation psychanalytique. L’une des premières personnes qui m’ont inspiré, pendant que je l’interviewais, fut Helene Deutsch ; elle avait publié de bonne heure un papier sur le mensonge pathologique (Deutsch, 1921), et écrit plusieurs articles fameux sur l’absence de chagrin (Deutsch, 1937), les imposteurs (Deutsch, 1955), et ce qu’elle appelait la personnalité « comme si » (Deutsch, 1934). Elle était aussi intéressée par la « parthénogenèse » comme un aspect de la psychologie féminine (Deutsch, 1933, pp. 193 sqq). Bien que ne déniant en aucune façon l’envergure de Freud dans l’histoire intellectuelle, Helene avait essayé de pointer d’autres aspects de la psychologie humaine qui étaient au-delà du strict complexe d’Œdipe.
La névrose implique la présence de conflits internes structurés, alors qu’Hélène – et Charles aussi avec les « ablateurs » – allait au-delà de la pensée psychanalytique classique. Je me souviens d’elle, âgée de plus de 90 ans, m’apprenant que « l’absence d’affect est aussi un sentiment ». Là, je pense que la grande littérature, y compris même Shakespeare, peut aisément être trompeuse ; Macbeth, Hamlet, Lear et Othello sont tous des exemples de héros tragiques dont les riches réponses émotionnelles peuvent paraître prototypiques. Cependant, en réalité, beaucoup parmi nous tombent souvent dans la catégorie de ce que Freud écarta plus d’une fois comme « riff-raff », des personnes incapables d’égaler l’exemple exigeant des plus grands modèles littéraires. Dans la réalité, les gens ne vivent pas dans l’éclat psychologique de l’Anna Karenine de Tolstoï ou de l’Emma Bovary de Flaubert. Ce serait une erreur romantique de penser que le Lord Jim de Conrad ou n’importe quel autre héros de la littérature soit autre qu’exceptionnel ; quand Conrad traite une autodestruction ou un suicide comme une marque de caractère, il promeut une vue particulièrement idéaliste de la nature humaine.
Mais on porte relativement peu d’attention au problème de l’absence relative de caractère. Si j’illustre cela par l’exemple d’Erik Erikson, il semblera normal, j’espère, que je le considère comme l’un des analystes les plus créatifs dans toute l’histoire de ce domaine. Mais son changement de nom faisait partie intégrante de la nouvelle identité que la psychanalyse des débuts pouvait offrir aux gens ; je pense ici à Otto Rank inventant aussi son propre nom de famille. Bien que les véritables ancêtres aient tenu une place mineure dans le travail qu’a fourni Erikson pour son autoprésentation autobiographique, en même temps il a amplifié son propre lignage direct à Freud. Selon le biographe d’Erikson le plus minutieux, quand les Erikson quittèrent Vienne en 1933, « Freud vint à la gare pour voir partir la famille, pressant Erikson d’avoir un cœur bon et aimant » (Friedman, 1999, p. 97).
La vérité est qu’en 1933, Freud était un vieil homme malade qui avait son cancer de la mâchoire depuis dix ans ; Erikson n’avait été accepté que récemment comme membre de la Société psychanalytique de Vienne, et n’avait de position éminente ni parmi les analystes ni auprès de Freud personnellement. Quitter Vienne était en général peu approuvé par Freud, même si Erikson était passé du statut de membre associé à celui de membre titulaire dans l’intérêt d’être une possible « marchandise d’exportation ». Pour moi, il semble absurde de croire que Freud vint réellement à cette gare, quoi qu’ait pu dire Erikson, la seule source à laquelle son biographe se soit fié plus tard. Pour moi, Erikson était occupé à fabriquer un roman familial de son crû [10].
La propre relation torturée d’Erikson avec ses parents le conduisit à un problème public quand il apparut coupable de mauvaise foi autobiographique en rapport avec le fait de dissimuler toute son ascendance juive. Cependant, cet arrière-plan familial lourdement ambivalent n’avait pas seulement aidé à stimuler ses fantasmes professionnels sur ses origines au sein de la famille des psychanalystes, mais plus tard interféra avec son propre art d’être parent. Non seulement Erikson était moins qu’idéal dans l’accomplissement de sa capacité personnelle de production quand il s’agissait d’aider ses propres étudiants (il ne les assistait pas de façon remarquable), mais sa fille l’a publiquement attaqué comme ayant été pour elle un père médiocre et décevant. N’oublions pas que les familles biologiques sont pleines d’injustices naturelles – désaccords de talent, ordre de naissance, préférence émotionnelle –, ce à quoi toute personne intelligente peut avoir besoin d’échapper.
Avec toute la piété psychanalytique qui a été associée à la personne de Freud, il me semble que les analystes eux-mêmes ont eu un manque frappant d’allégeance filiale naturelle. A Paris, un analyste que je connais avait une mère qui était un peintre professionnel, et quand les Hartmann passèrent par là avant d’aller aux Etats-Unis, elle peignit un portrait de Dora Hartmann. Lorsque mon ami mentionna qu’elle avait encore le tableau, laissant entendre qu’il appartenait à quelqu’un d’autre, je suggérai que peut-être un des fils Hartmann le voudrait. Mais quand je le leur posai la question, non seulement il n’y eut aucun empressement, mais on me demanda : « Etait-ce une bonne peinture ? ». En même temps, il me semble valable de souligner que les jeunes petits-enfants de Ernst et Marianne Kris écrivaient à Anna Freud comme si elle était dans la réalité un membre de la famille.
Le concept de l’ablation de Charles aide à éclairer quelque chose qui manque chez beaucoup des analystes du début. Pour prendre un exemple devenu célèbre : l’analyse d’Anna Freud par son père (Roazen, 1999). On pourrait se demander dans quelle mesure la parenté psychanalytique dépassait celle familiale. Et plus tard, en conséquence, Anna Freud, s’occupant des problèmes de garde légale pour les enfants, proposa la notion de parenté psychologique comme opposée à la parenté biologique [11]. L’analyse d’Anna par son père resta un secret pendant des années, grâce à des personnes comme Marianne Kris et d’autres ; on doit se demander dans quel but de dévotion familiale ces gens ont adopté cette position de défense.
La notion de Charles de l’importance de l’ablation peut nous aider à comprendre des éléments de fausseté et de créativité. L’inauthenticité peut impliquer plus de problèmes subtils qu’on ne pourrait l’imaginer, et cela aide à expliquer que l’académisme associé à tant de littérature professionnelle frappe quelqu’un comme moi comme un village Potemkine de constructions artificielles. Quand, au cours de ma première interview avec Helene Deutsch, je lui demandai si elle aimerait que je lui rapporte l’autobiographie de son premier mentor, Julius Wagner-Jauregg, le seul psychiatre à avoir gagné un prix Nobel, elle n’eut réellement aucun intérêt pour ce sujet. Bien que Wagner ait été à une époque un grand personnage dans sa vie, une fois qu’elle était devenue analyste il était en quelque sorte parti, à peu près comme s’il avait cessé d’exister pour elle. Il pourrait presque aller sans dire qu’Helene Deutsch, comme tant d’autres parmi les premiers analystes, avait réussi à échapper à ses propres origines polonaises en se réfugiant dans la famille psychanalytique. De crainte de laisser sans raison d’autres personnes en dehors de l’histoire des ablations : l’effort de Melanie Klein de s’agripper à Abraham comme une source légitimant son travail revint réellement à une tentative trompeuse de soutenir son propre lignage psychanalytique. On pourrait estimer évident que le jugement personnel extrêmement dur de Freud à propos de sa contribution fut, après la mort de ce dernier, partiellement repris par Anna Freud et Edward Glover dans le cours de la bataille connue sous le nom de « Grandes Controverses » (Controversial Discussions).
Etablir des justificatifs devient une clé pour des aspects vides de sens et répétitifs des démarches de penseurs importants tout au long de l’histoire de la psychanalyse. Bruno Bettelheim inventa son passé comme tout le monde à cet égard (cf. Pollack, 1997 ; Sutton, 1996). Et le premier biographe de Masud Khan dut être surpris de s’apercevoir, en dépit des premières affirmations de Khan, qu’il n’y avait aucune mention au Balliol College, à Oxford, qu’il l’ait jamais fréquenté (Cooper, 1993). Les exemples que l’on pourrait rassembler pour illustrer l’importance de l’ablation au sein de la psychanalyse sont presque trop nombreux pour être cités. La manière dont n’importe lequel d’entre nous traite avec le passé est en partie un sujet culturel, et diffère d’un pays à l’autre ; les Japonais, par exemple, ont complètement fait disparaître les vieux bureaux du Général Mac Arthur à Tokyo, et les Italiens peuvent être curieusement aveugles au sujet de Mussolini. Mais Charles pointait sur l’ablation comme étant aussi une question psychologique.
Les étudiants que tout analyste éminent s’attache deviennent une part des légendes au sein de la famille. Bien que Charles et moi n’ayons jamais discuté de ceux qu’il a formés, peut-être serait-il temps de mentionner que parmi ses analysants se trouvaient des gens aussi distingués qu’Alan Tyson, Ronald D. Laing et Peter Lomas, pour ne citer que quelques-uns de ces gens talentueux qui le recherchèrent. Beaucoup d’attention ayant été portée à la construction d’un arbre généalogique de qui fut l’analyste de qui (cf. Falzeder, 1994), tout le monde a évité la question émotionnellement chargée des enfants réels des analystes et de ce qu’ils pourraient avoir à rapporter. La fille de Melanie Klein, Melitta Schmideberg, serait à l’extrême bout du spectre de ceux qui se sont sentis haïs de leur mère, mais hélas pas la seule à être amère envers la parenté analytique.
On doit s’étonner de constater le peu d’attention portée aussi aux gratifications et frustrations d’être un analyste formateur. Pour Charles, toutefois, les difficultés entre Melanie Klein et Anna Freud ont tendu vers une querelle familiale dont il désirait sortir. Sylvia Payne a eu, je pense, raison de considérer comme regrettable pour Charles que si tôt après la deuxième guerre mondiale il ait été poussé dans l’administration officielle de la Société Psychanalytique Britannique. Bien que son chemin hors des lignes traditionnelles soit devenu une des sources de son originalité, cette récompense fut contrebalancée par la facilité avec laquelle les autres purent ignorer ses contributions. Le danger de l’ostracisme pour avoir trahi la famille psychanalytique peut être redoutable ; bien que l’hérésie puisse en attirer certains, le conformisme inconscient risque d’être même plus inhibant pour beaucoup. L’assurance de Charles, issue de son intégrité aussi bien que de sa position sociale aristocratique, l’a peut-être rendu sensible aux fausses prétentions des autres [12].
Dans ses écrits sur l’importance de l’ablation au sein de la psychanalyse, Charles avait réussi à éclairer un aspect central de mon propre intérêt pour ce domaine. Pour moi, ce qui a compté plus que toute autre chose était l’histoire de la psychanalyse ; et c’est précisément à cause des parti-pris antihistoriques et anhistoriques dans ce champ que Charles avait essayé d’expliquer, que les historiens intellectuels tels que moi pourraient y trouver tant d’intérêt durable. Même maintenant, avec tout ce qui a été publié, je pense qu’il y a une pénurie relative de savoir historique réel dans toute cette sphère. Quel théoricien est venu avant quel autre penseur reste encore largement inexploré ; par exemple, autant Winnicott admirait Erik Erikson, pourtant un livre au moins sur lui ne mentionne pas Erikson. Ou encore, bien que j’aie déjà fait le point là-dessus par écrit, la biographie de Freud par Peter Gay s’est déroulée sans qu’apparaisse une seule fois le nom de Wilhelm Reich (Roazen, 2001a, pp. 246-247). Heinz Kohut a sauté par-dessus l’œuvre de Franz Alexander, exactement comme Alexander avait escamoté Jung. Je suis depuis longtemps convaincu que les premiers analystes étaient un groupe fascinant de pionniers dont les vies et les idées continueront d’être d’un intérêt historique. En fait, je soutiens que les gens impliqués dans l’analyse des débuts, et les histoires fascinantes autour d’eux, sont de beaucoup la part la plus importante de ce dont il faut se souvenir dans le futur. Ces analystes peuvent être des modèles des problèmes que doivent traiter les individus créatifs.
Au moins est-ce le côté historique dont j’ai parlé principalement avec Charles ; et je lui ai régulièrement envoyé des exemples de ce que j’avais écrit plus récemment. J’ai l’impression qu’au fil des années il est devenu plus audacieux et plus émancipé. Et je ne fais pas allusion ici au fait qu’il était d’accord pour que son statut de membre de la Société Psychanalytique Britannique prenne fin. Quand mon Animal, mon frère, toi, explorant la relation de Freud avec Victor Tausk, a paru pour la première fois, en 1969, Charles a dû avoir des difficultés avec lui ; son compte rendu réservé, dont je ne pense pas que nous ayons jamais discuté et qu’il n’a pas réédité, fut, à mon avis, entravé par les contraintes de la pensée traditionnaliste (Rycroft, 1970). L’opinion sur mon livre publiée par Charles a peut-être manqué de quelque chose de facile à rapporter à des fins publicitaires, mais ce qu’il a écrit était suffisant pour que Kurt Eissler inclue Charles comme ayant sa part dans la condamnation en gros de Animal, mon frère, toi ; Charles, en colère, lui écrivit pour protester. Anthony Storr, bien que je ne l’aie rencontré que bien après mon premier contact avec Charles, venait d’une tradition intellectuelle tellement différente qu’il n’a pas eu de difficulté à bien accueillir le livre dans une analyse enthousiaste. Peter Lomas, dont j’ai découvert seulement plus tard qu’il avait été formé par Charles, n’eut pas non plus de difficulté au sujet de Animal, mon frère, toi. Quand Charles, plus tard, fit le compte-rendu de la correspondance entre Freud et Jung pour la New York Review of Books, il fut si choqué qu’il se demanda si on aurait vraiment dû les publier. Le temps passant, il est devenu libre dans sa réflexion.
Je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il aurait pensé de mes récentes découvertes concernant la manière dont Freud, Anna Freud et Jones ont traité le problème posé pour l’Association Psychanalytique Internationale par la montée du pouvoir des Nazis (Roazen, 2001b). Le principal responsable de l’histoire, Ernest Jones, a jeté un écran de fumée rétrospectif sur ce qui s’est passé [13]. Charles avait une amitié personnelle avec Jones, qui l’avait interviewé comme candidat analytique, et plus tard, quand Jones se rendit en Amérique pour la célébration du centième anniversaire de la naissance de Freud, il transmit temporairement à Charles un de ses patients de longue durée issu d’une des familles britanniques les plus éminentes. Le concept de l’ablation aide-t-il à rendre compréhensible la grande idéalisation de Freud de la part de Jones ? Je suis enclin à être moins charitable envers ce dernier que peut l’impliquer le concept de Charles ; car lorsqu’on en vint au comportement personnel de Jones au nom de l’IPA, et à la manière dont il essaya plus tard de dissimuler cela dans sa biographie de Freud, il m’est difficile de ne pas penser que Jones mentait délibérément sur ce qui s’était passé. Pour résumer l’histoire en un mot : l’IPA a réagi aux Nazis sur le plan organisationnel tout à fait comme Jung l’avait fait, en ceci que fut créée une catégorie d’adhésion internationale directe pour ces analystes juifs en Allemagne qui, autrement, n’auraient pas eu une légitimité psychanalytique. Mais le concept de Charles de l’ablation aide à comprendre pourquoi les justificatifs psychanalytiques légitimes ont toujours tellement compté.
En tant qu’intellectuel, je pense que Charles aurait été intrigué par l’histoire de la psychanalyse après la deuxième guerre mondiale en Allemagne. Un analyste (Carl Müller-Braunschweig) qui, on le sait maintenant, a livré les noms d’analystes italiens juifs aux autorités allemandes devint plus tard, après la chute du régime nazi, avec une petite poignée d’autres – y compris un ancien membre du parti nazi – le leader de ce qui est aujourd’hui un vaste groupe d’analystes allemands de l’IPA. La collaboration avec Adler et Jung fut jugée plus répréhensible pour les autorités de l’IPA que tout ce qui s’était passé avec Hitler, et les analystes allemands « révisionnistes » furent exclus de l’IPA. Ils avaient à traiter avec leur passé personnel douteux, et l’ablation ne s’est pas révélée pleinement réussie. Mais Charles, je pense, a trouvé le moyen de relever un aspect clé de leur besoin psychologique d’une succession légitime.
Je suppose qu’avec ce petit article j’essaie de faire cadrer mon propre travail avec une sorte de lignage historique. Si ma manière de penser était O.K. avec Charles, alors peut-être Anna Freud pourrait-elle s’être trompée quand elle déclara un jour dans une lettre à Eva Rosenfeld : « Tout ce que je peux dire est que Roazen est une menace quoi qu’il écrive » (Roazen, 1993, p. 201) [14]. Charles, en 1965, m’avait encouragé à voir Eva comme quelqu’un de probablement désinhibé, et il sembla content plus tard quand il s’avéra qu’il avait eu raison. Lorsque je présentai quelques-unes de mes idées sur Edward Glover à la Portman Clinic en 2000, je fus un peu perplexe de m’entendre dire par un membre de l’auditoire que je devrais les présenter au Centre Anna Freud. J’aime à penser que ce qui est valable dans mon travail sur Glover, c’est que j’ai réussi à montrer que la controverse à son sujet ne s’accorde avec aucun des stéréotypes standard. Créer un mythe à propos d’« hérétiques » comme Adler et Jung, qui restent même aujourd’hui les « suspects habituels » de la psychanalyse, est une partie de la mythopoièse sur laquelle Charles a écrit. Quand, rendant compte du Psycho-Analysis and Beyond de Charles pour The New Statesman, je le taquinai, naturellement, pour n’avoir pas mentionné l’une de ses propres analystes, Sylvia Payne, il m’écrivit (20.9.1985) : « Pour autant que je prête attention à vos restrictions, je suis content de recevoir une critique constructive – votre insinuation que je suis un peu un “ablateur” moi-même doit, je pense, être juste ». Je fus évidemment heureux quand Charles me cita en 1990 en rendant compte d’un livre de Peter Gay dans le Times Literary Supplement (Rycroft, 1990).
La biographie de Dickens par Peter Ackroyd contenait un passage qui me rappela l’importance générale de la notion d’ablation de Charles ; Ackroyd faisait référence à une « sorte de loyauté filiale » de la part de Dickens :
« D’une certaine façon, il avait rejeté ses deux parents quand il se recréa lui-même dans le langage. Dans cet auto-engendrement qui prend place dans l’acte de composition, il se dépossédait en un sens de ses origines et revendiquait une sorte d’orphelinage imaginaire. En partie hors de l’ambition, en partie hors de l’égoïsme ».
(Ackroyd, 1990, p. 830) [15]
Cependant, si central que puisse être le problème de l’ablation dans la créativité artistique, je pense qu’il a une pertinence particulière pour la psychanalyse. Récemment, à Paris, un analyste me prit à part pour me montrer qu’il avait acquis à une vente aux enchères l’anneau que Freud avait donné à Marie Bonaparte. Et je me souvins combien j’avais été un jour frappé par le fait qu’Erik Erikson avait dédicacé un livre à Anna Freud, à un moment où elle gardait ses distances vis-à-vis de son travail. Par-dessus tout, peut-être l’ablation comme concept peut-elle aider à comprendre pourquoi cela a été si souvent un cas de lèse-majesté de parler de Freud au sein des catégories habituelles de l’histoire intellectuelle.
L’illusion de s’être créé soi-même a joué un rôle dans la biographie de Freud même à l’époque de sa mort. Car la décision de se faire incinérer, en désaccord avec la coutume juive, et les dispositions selon lesquelles ses cendres seraient placées dans une urne grecque ancienne que lui avait donnée Marie Bonaparte, signifie que Freud s’autocréa au moment final [16]. Le concept d’ablation aide aussi à comprendre les complexités de la relation de Freud avec ses prédécesseurs intellectuels, de même que la raison pour laquelle il fut, tout au long de sa carrière, si préoccupé par le thème du plagiat.
J’espère que le tribut que je paie à la mémoire de Charles reflète la conviction qu’il a réussi à se construire lui-même en un penseur authentiquement original dans la tradition au sein de laquelle il avait mûri. Le défi spirituel que j’ai trouvé chez lui était en un sens une extension de l’indépendance historique personnelle de Freud, même si ce trait commun devait inévitablement conduire dans des directions différentes. J’ai trouvé que la remarquable intelligence de Charles était pleinement en accord avec sa large humanité. Cet article devrait, j’espère, aider à s’assurer que notre gratitude envers la vie et l’œuvre de Charles ne manque pas d’être reconnue.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
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NOTES
 
[1]Traduction par Maud Struchen d’un chapitre d’un ouvrage sur Charles Rycroft édité par sa veuve, Jenny Pearson, à paraître aux Editions Karnac (Londres).
[2]Professor Emeritus, York University (Canada).
[3]Né en 1914, Charles Rycroft est décédé à Londres en 1998.
[4]Remarquons qu’en chirurgie, le mot « ablation » reste utilisé au sens d’enlèvement : ablation d’un organe (NdT).
[5]Il me montra alors un album qu’il avait gardé des divers comptes rendus de journaux qu’il avait publiés ; et j’ai aussi un souvenir précis des instructions utiles qu’il me donna pour savoir dans quel ordre je devais lire les différents chapitres des Collected Papers (1968) de Winnicott.
[6]Cela pourrait aider à expliquer, pensait Charles, l’une des sources de l’intolérance de Freud vis-à-vis des idées des autres.
[7]Faute d’un terme approprié en français, le choix a été fait de créer le néologisme « ablateur » tout au long de ce texte (NdT).
[8]Quelqu’un que Charles admirait en tant que clinicien, alors qu’ils pratiquaient ensemble comme locataires du même appartement au 18 Wimpole Street).
[9]Le problème des analyses didactiques et des possibles retours en arrière, ou même son histoire, a été, je pense, un sujet curieusement négligé (Roazen, 2002).
[10]Peut-être faisait-il inconsciemment concurrence à son ancien rival Heinz Kohut, qui, dit-on, était allé à la gare, à Vienne, pour voir Freud partir en 1938.
[11]Elle était d’accord avec la situation préférentielle spéciale du gardien psychologique.
[12]Il se peut que ma propre ignorance américaine des règles sociales purement britanniques ait aidé Charles à être à l’aise avec moi.
[13]Dans mon livre sur Glover (Roazen,2000), je me suis senti si mal à propos du rôle malheureux qu’a joué Jones que j’ai inséré une photographie particulièrement sympathique de lui dans ses derniers jours.
[14]Le fait qu’en Angleterre Eva Rosenfeld avait réussi à cacher sa première analyse personnelle avec Felix Boehm à Berlin pourrait aussi être interprété dans le concept d’ablation de Charles (Roazen, 2001a, p. 87).
[15]Dickens, qui rassemblait soigneusement les esquisses et les corrections de chacun de ses livres, enfants idéaux, était abominablement pauvre quant à sa descendance naturelle (Roazen, 2001c).
[16]Son épouse, plus traditionnellement juive, aux funérailles de qui plus tard se trouvait un rabbin, demanda néanmoins que ses propres cendres soient ajoutées à celles de Freud. Comme il n’y avait pas assez de place, une partie de ses restes furent dispersés.
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Né en 1914, Charles Rycroft est décédé à Londres en 1998. Suite de la note...
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Remarquons qu’en chirurgie, le mot « ablation » reste utili...
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Il me montra alors un album qu’il avait gardé des divers co...
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Cela pourrait aider à expliquer, pensait Charles, l’une des...
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Charles Frederick Rycroft (1914-1998)