Psychothérapies
Médecine & Hygiène

I.S.B.N.sans
122 pages

p. 73 à 74
doi: en cours

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Volume 23 2003/2

2003 Psychothérapies

Éditorial

Dora Knauer Adresse de l’auteur :Dr Dora Knauer5, chemin Jean PortierCH-1255 Veyrier
« Chaque individu est unique et chaque individu est de nombreux individus qu’il ne connaît pas. »
Octavio Paz
La palette des réflexions présentées dans ce numéro se diffuse en sujets sans liens apparents, et au-delà de la diversité des approches techniques et théoriques, chacun de ces articles pourrait se concevoir comme un modèle de ce que donne à voir le fonctionnement de l’humain et des différents regards portés sur celui-ci.
Dans son essai sur l’Identité humaine, E. Morin propose la complexité de notre nature humaine en termes de pluralités et de trinités « individu-société-espèce », « cerveau-culture-esprit » et « raison-affectivité-pulsion » où le sujet individuel émerge en tant que « drôle de sujet » qui doit se confronter, tout au long de son existence, au problème de l’unité multiple, de son enracinement biologique à son organisation psycho-socio-culturelle : « Etre sujet fait de nous des êtres uniques, mais cette unicité est ce qu’il y a de plus commun ». « Si grande soit notre possibilité de nous intégrer dans un Nous, l’équation subjective Moi-Je est personnelle et inaliélable. On peut partager et vivre par empathie la joie et la douleur d’autrui, mais la joie et la souffrance, bien que partageables sont intransférables », nous déclare l’auteur.
C’est au centre de cette complexité que s’inscrit l’activité clinique et scientifique des diverses approches psychothérapeutiques. Placé à la recherche d’une compréhension subjective utile de son patient, le psychothérapeute est néanmoins confronté aux besoins d’explicitations objectives du fonctionnement psychique humain, dans le souci d’insérer sa démarche thérapeutique dans une technique et une démarche scientifiques, approuvées par la culture dominante. Dans ce contexte, la réflexion autour du paradigme dominant en psychologie clinique ouvre de nouvelles perspectives dans le retour de la subjectivité au centre du scénario de la discussion scientifique, où l’auteur souligne la nécessité de prendre en compte l’inverse du déterminisme scientifique afin d’appréhender les processus actifs à l’œuvre dans la construction du sujet.
Si nous assistons ainsi à une crise du paradigme dominant en psychologie clinique, nous permettant d’élargir notre compréhension des divers comportements humains au-delà des limites abréactives connues, les différents articles présentés dans ce numéro illustrent bien la richesse de nos interrogations actuelles dans ses divers questionnements techniques et théoriques, selon des points de vues différents.
L’interrogation posée autour des questions d’éthique en psychothérapie met l’accent sur les avatars d’un pouvoir mal conçu qui sous-tend la dimension asymétrique de la relation d’aide menée dans le secret du cabinet. Les principes de la bio-éthique contemporaine s’appuient sur les notions de l’autonomie (que demande le patient ?), de la bienfaisance (que peut-on faire ?) et de la justice (est-ce équitable vis-à-vis de la société ?), considérant que les enjeux éthiques sont multidimensionnels dans une situation clinique donnée jusqu’à ouvrir le débat sur la notion de risque/bénéfice. En réalité, l’éthique médicale non seulement doit définir les libertés du patient et les principes de justice sociale mais se heurte également aux nécessités de régulariser les ressources de soins. Comment garder un caractère éthique face à un rationnement des ressources de soins ? S’il est difficile de ne pas craindre les risques d’une victimisation de la personne malade au nom d’une rationalisation économique des soins axée sur la notion d’un bien social qui compromettrait le bien individuel, nous voyons combien l’oscillation permanente entre la position téléologique et la position déontologique de la morale humaine est encore d’actualité.
Toutefois, nous savons que dans notre pratique psychothérapeutique, notre devoir demeure celui d’offrir au patient un contrat égalitaire et éthique, afin de lui permettre au mieux de s’approprier son traitement.
De même, le souci actuel de traiter les patients pervers, agresseurs sexuels pédophiles, ou criminels et délinquants au sens plus large, appartient à un souci d’éthique sociale évident. « La névrose est le négatif de la perversion », a écrit S. Freud, et nombreux sont les psychanalystes et psychothérapeutes qui ont dû adhérer au consensus stipulant le manque d’efficacité de leurs interventions auprès de cette population : efficacité affaiblie par une certaine persistance d’un jugement moral chez le thérapeute ou par manque de techniques thérapeutiques appropriées ?
Néanmoins, ce vaste sujet préoccupe bel et bien les psychanalystes qui se confrontent à la clinique des configurations perverses « aux limites de l’analysable ». « L’urgence d’une réflexion sur la perversion, ou sur ce qui est réputé tel, devient de plus en plus pressante et s’impose comme une nécessité aussi bien clinique que métapsychologique », déclare R. Roussillon. La clinique des perversions ne représente-t-elle pas précisément la difficulté paradigmatique du sujet qui, en proie à ses pulsions égocentriques, se permet d’utiliser l’autre à ses fins propres, sans empathie aucune ? Il s’agit donc d’une pathologie propre au dysfonctionnement de la trinité « individu-société-espèce », qui réclame un élargissement vers de nouveaux concepts métapsychologiques sur la constitution de la relation d’objet… de la relation aux autres et à la société elle-même.
Si nous adhérons à l’importance du rôle actif du patient dans l’utilisation de son traitement, en tant que facteur essentiel de succès thérapeutique, nous constatons combien l’évolution vers les démarches thérapeutiques « égalitaires », où le patient est considéré pleinement responsable, trouvent leurs développements dans les attitudes « éthiques » modernes qui prennent distance des attitudes médicales paternalistes propres au XIXe siècle.
Nous voici face à un homo sapiens responsable prenant son essor dans toute la complexité de ses déviances et de sa créativité, un « drôle de sujet » face à lui-même.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Morin E. (2001) : L’identité humaine, in : La Méthode, 5. L’humanité de l’humanité. Paris, Seuil.
·  Roussillon R. (1999) : Agonie, clivage et symbolisation. Paris, P.U.F.
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