Psychothérapies 2004/4
Psychothérapies
2004/4 (Vol. 24)
236 pages
Editeur
DOI 10.3917/psys.044.0223
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Vous consultezLes Anciens marchent sur La Paz (Bolivie).

De l’usage pluridisciplinaire du témoignage dans la recherche psychosociale psychanalytique

AuteurDr André Gautier[1] [1] Docteur en psychologie. Responsable du secteur socio-thérapeutique...
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du même auteur

Calle Capitán Ravelo 2197
Edificio « Amadeus »
La Paz
Bolivie
E-mail : bravogautier@megalink.com

Introduction


Avec La morale sexuelle « culturelle », La maladie nerveuse des temps modernes et Totem et Tabou, Freud introduit l’intérêt pour la psychanalyse d’utiliser son savoir et sa méthode d’investigation dans les sciences sociales, Totem et Tabou étant l’œuvre fondatrice de l’ethnopsychanalyse. Il s’agit d’un travail interdisciplinaire d’un psychanalyste qui s’imprègne de la lecture ethnographique pour dégager les interactions possibles entre collectivité et individu.

2 Après avoir étendu son champ d’investigation à la Normalpsychologie avec la Psychopathologie de la vie quotidienne, Freud s’aventure donc en pénétrant dans le domaine « non psychologique » du sociologique et de l’histoire de la civilisation. L’apport en est l’étude de l’influence de la culture sur l’individu et l’analyse de la subjectivité dans des processus collectifs, l’étude des mécanismes subjectifs qui peuvent rendre compréhensibles des constructions sociales.

3 Ce qui s’annonçait avec L’interprétation des rêves qui fait exploser la psychanalyse hors du cadre médical, trouve très tôt son application dans les œuvres mêmes de Freud.

4 A l’origine, dans ce qui deviendra Totem et Tabou, Freud voulait reprendre la question de l’origine de la religion en mettant à profit le savoir acquis dans la clinique psychanalytique. Reprenant le questionnement de Ludwig Feuerbach sur la religion, il va s’intéresser au bénéfice des apports cliniques de la psychanalyse aux causes fondamentales qui poussent une société humaine à créer des constructions aussi importantes que sont les religions. Au cours du processus d’élaboration de Totem et Tabou, il fera un pas de plus, situant le phénomène religieux dans le contexte de la naissance de la culture dans la société humaine.

5 Dans son approche sur la naissance et la fonction de la culture, le savoir acquis au cours des traitements des névroses obsessionnelles lui sera d’une grande aide pour trouver des clés de compréhension des mécanismes culturels étudiés. Dans l’étude parallèle que fait Freud entre la phylogenèse et l’ontogenèse, il pense trouver des explications à la phylogenèse dans l’ontogenèse. A travers Totem et Tabou, il montre à la fois l’intérêt pour la psychanalyse de sortir du setting du traitement analytique et l’apport de la psychanalyse pour comprendre des phénomènes de société, comme il le dira dans son article publié dans la revue de renommée scientifique de l’époque « Scientia » et écrit à la même époque que Totem et Tabou : « …la psychanalyse est capable de jeter un éclairage sur les origines de nos grandes institutions culturelles, de la religion, de la moralité… La psychanalyse établit un rapport intime entre toutes ces productions psychiques des individus et des communautés en postulant la même source dynamique pour les uns et les autres » (Freud, 1912-13, pp. 87-88).

6 Totem et Tabou est à la fois une étude interdisciplinaire, dans le sens de la complémentarité définie dans les années 1950 par Georges Devereux, et à la fois une prise de position à dimension politique en faveur de la culture contre l’état de nature. Comme le dit très justement le biographe de Freud Emilio Rodrigué : « Totem et Tabou peut être abordé comme un mythe politique, comme un contrat qui transforme l’état de nature en état de société » (Rodrigué, 1996, vol. 2, p. 79). Entre la pulsion et la culture, Freud prend position pour la culture.

7 Depuis lors, l’usage de la psychanalyse en dehors de la cure a intéressé psychanalystes et non psychanalystes et non seulement dans son corps de connaissance comme dans Totem et Tabou, mais aussi dans sa méthode d’investigation et dans son mode de traitement. Rodrigué dira : « Si l’exploration des rêves fut la porte de l’inconscient, le totem constitue la via regia pour l’exploration du lien social » (ibid., p. 69).

8 Le travail de recherche que nous présentons dans cet article se situe dans cette tradition, considérant que la psychanalyse a un rôle important à jouer dans la recherche psychosociale et analysant les facteurs de société favorisant sa construction ou au contraire sa destruction.

Naissance d’une recherche

9 Au début de 2003, la Confédération Nationale des Retraités et Rentiers de Bolivie décide une marche sur La Paz, capitale politique de la Bolivie, pour empêcher l’abaissement des rentes, déjà misérables, d’un peu plus de 100 dollars US par mois. En effet, fin 2002, le gouvernement avait obtenu l’approbation du Parlement pour désindexer du dollar les rentes des anciens, ce qui signifiait la baisse du pouvoir d’achat graduel.

10 Le point de rencontre des anciens était Patacamaya, localité située à 100 kilomètres de La Paz. C’est de là que partirent plus de 10 000 personnes pour marcher sur La Paz, face à l’indifférence du gouvernement quant à leur situation.

11 Or, que se produit-il au cours de cette marche sacrifiée ? Alors que les anciens dorment à Calamarca, une des localités sur le chemin vers La Paz, la police intervient comme des brigands, par surprise, au milieu de la nuit, à 2 h du matin, pour obliger manu militari les anciens à rentrer dans leurs localités de provenance. Soixante-dix bus attendent pour les emmener de force. Beaucoup résistent, ils sont frappés, reçoivent des coups de pied, des coups de crosse, sont jetés par terre, des femmes sont tirées par les cheveux. La même nuit, un des bus qui ramenait les anciens a un accident et six anciens meurent. Le gouvernement tente de dissimuler son action répressive en présentant son intervention comme sanitaire, vu l’état de santé des anciens, mais très vite les informations de la presse, la radio et la télévision arrivent pour démentir cette affirmation. De fait, le gouvernement voulait empêcher cette multitude d’arriver à La Paz. La même nuit, beaucoup réussissent à s’enfuir dans les monts avoisinants, d’autres réussissent à rester cachés dans les maisons d’hébergement. De plus, le lendemain, un grand nombre des déportés reviennent en bus pour reprendre la marche, qui arrivera à La Paz, recevant un accueil triomphal de la population. Une partie importante des marcheurs est hébergée à l’Université.

12 C’est à ce moment-là qu’Emma Bolshia Bravo, responsable de la recherche à l’Institut de Thérapie et de Recherche sur les Séquelles de la Torture et de la Violence d’Etat (ITEI)[2] [2] En espagnol : Instituto de Terapia e Investigación sobre...
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, propose à l’équipe de l’ITEI un travail de recherche sur les séquelles psychosociales de la violence d’Etat sur les anciens qui avaient participé à la marche.

13 Pour ce projet de recherche, la question à étudier était de savoir quelle signification avaient, pour ces personnes qui avaient marché plus de 100 km pour arriver à La Paz, leur action et la répression subie, et quelles en étaient les séquelles. Pour les interviewés, il s’agissait en même temps d’offrir un espace d’expression de leur vécu, accompagné d’une promesse de publication sur leur marche et leur vécu.

14 En deux jours et deux nuits, cinq membres de l’équipe ITEI interrogent 46 marcheurs, 26 hommes et 20 femmes dont 23 rentières et rentiers,17 veuves de rentiers et 6 enfants et petits-enfants de rentiers.

15 Dans la conception présentée par Emma Bolshia Bravo, il s’agit :

  1. D’analyser la signification de la violence qui vient de l’Etat du point de vue socio-politique.
  2. De situer la lutte contre la dégradation de la sécurité sociale dans le contexte national et international des effets pervers du néolibéralisme.
  3. D’analyser les témoignages sur le vécu de la répression.

Emma Bolshia Bravo se charge du premier point, Susana Bacherer, une jeune historienne, du second, et le rédacteur du présent article du troisième. Les deux premiers points ont pour fonction de contextualiser l’analyse psychosociale des témoignages. Comme le dit Emma Bolshia Bravo présentant la publication : « Il était fondamental (…) de comprendre l’histoire de la sécurité sociale en Bolivie. Parler des personnes affectées sans contextualiser les revendications, ni expliquer les causes de la répression dont elles furent l’objet, implique faire fi de la dimension de sujets historiques. »[3] [3] La Represión de la Marcha para la Sobrevivencia, numero...
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16 Il en résultera une publication de 200 pages parue en Bolivie sous le titre La répression de la « marche pour la survie » (ibid., p. 11 – notre trad.).

17 La recherche initiée et coordonnée par Emma Bolshia Bravo, et qui avait pour but prioritaire d’analyser l’impact de la répression d’Etat sur les marcheurs, se situe dans un vaste projet de l’ITEI fondée en 1999, dont voici les termes : « Un objectif important de l’Institut de Thérapie et de Recherche est de contribuer au développement d’une conscience collective sur les séquelles de la violence d’Etat, interpellant la société pour qu’elle participe aux tâches qui permettent la réparation de ses effets. L’ITEI cherche, à la fois, à créer une mémoire historique et sociale qui consciemment et volontairement déploie les forces nécessaires pour l’éradication des pratiques de violence d’Etat en Bolivie » (ibid., p. 9).

18 L’enjeu fondamental est politique et éthique. Politique, dans la mesure où le politique qui traite de la construction sociale peut être porteur de culture ou de barbarie. Éthique, dans la mesure où l’on considère qu’il existe des conditions cadres d’une coexistence entre individus et qu’il faut dénoncer ce que sont des transgressions fondamentales contre l’individu et la collectivité et par conséquent la société dans son ensemble. Partageant avec Freud le concept sous-jacent au mythe de la horde primitive tel qu’il le conçoit dans Totem et Tabou, c’est à partir des séquelles psychiques provoquées par ce qui, dans un après-coup, peut être considéré comme fruit d’une transgression que naissent l’éthique, les règles de la coexistence et donc du politique. Comme le dit Nathalie Zaltzman (1999, p. 22) : « …le meurtre du père primitif accompli par le fils serait le premier acte de civilisation. »

19 Il s’agit de participer, par la divulgation de la recherche réalisée, à rendre visible ce que l’Etat coupable veut cacher, favorisant ainsi des mécanismes sociaux de refoulement et de négation et produisant un inconscient collectif porteur signifiant du trauma.

20 Emma Bolshia Bravo (ITEI, 2003, p. 10) reprend ici Derek Summerfield commentant la phrase de Primo Lévy : « Si comprendre est impossible, savoir est un impératif », ce dernier opinera que « l’on peut appliquer universellement la présomption que les victimes souffrent plus avec le temps, en particulier quand on ne parle pas de réparation pour ce qu’on leur a fait et qu’on leur nie une reconnaissance sociale » (Summerfield, 1998, p. 116 – notre trad.).

21 L’important de ce type de recherche, pour les sujets interviewés, c’est qu’il leur offre un espace d’expression et de divulgation sur un vécu à dimension individuelle et collective et de portée historique, nationale, voire internationale. Il permet de dénoncer les effets de la dégénérescence des Etats et de la société qui laissent à l’abandon enfants et vieillards, c’est-à-dire les couches humaines les plus démunies : « De manière générale, l’on peut affirmer que l’insensibilité pour la douleur dont souffrent les personnes contre lesquelles l’Etat exerce de la violence se réveille seulement quand celle-ci touche notre entourage… C’est pour cela qu’il est important de donner voix aux sans-voix, de mettre en paroles ce qui est arrivé » (Emma Bolshia Bravo, ITEI, 2003, p. 10 – notre trad.).

22 A l’instar du traitement psychanalytique, le fondement de la présente recherche est le fruit d’une alliance entre le chercheur et l’affecté. Non pas en vue d’un travail analytique avec un individu qui veut suivre un traitement pour sa névrose ou son traumatisme, mais en vue d’un travail de compréhension de personnes qui désirent témoigner et dénoncer.

23 Dans la suite de l’article, je décris d’abord les deux premiers points présentés par mes deux collègues, pour ensuite présenter le travail psychosocial psychanalytique.

Réflexions théoriques sur la violence d’Etat

24 Le texte qui suit est un condensé écrit par Emma Bolshia Bravo du chapitre sur la violence d’Etat de la publication de l’ITEI (pp. 25-35). Il pose le problème éthique du rôle de l’Etat et interpelle le psychanalyste face aux transgressions humaines, sociales et culturelles perpétrées par l’Etat.

25 Pour comprendre l’importance de la problématique de la violence exercée depuis l’Etat, nous devons partir de la remarque préliminaire suivante : l’Etat moderne est l’entité qui possède le monopole de la violence légitime et légale. Légitime, parce qu’elle prétend veiller au bien-être des citoyens et citoyennes et donner les garanties démocratiques aux personnes pour décider de leur futur, comme individu et comme peuple. Légal, parce qu’il prétend avoir établi un état de droit qui garantit justice et protection aux citoyens et citoyennes. Si une population lui attribue ce monopole c’est que dans l’imaginaire collectif, l’Etat va utiliser son pouvoir pour le bien de l’ensemble de la nation.

26 L’Etat, dans sa fonction de garantir le bien-être, la justice et la sécurité citadine, a une fonction civilisatrice, mais quand il ne l’accomplit pas, il met en question cette fonction civilisatrice avec des effets graves pour la population. Quand un gouvernement assassine, torture, blesse et use de mauvais traitements contre ses citoyens, non seulement il commet un abus, mais il introduit la barbarie dans son pays. Pour Paz Rojas, la violence qui provient du pouvoir de l’Etat est la pire, la plus perverse des agressions, « c’est le plus de la violence », le comble de celle-ci, parce qu’elle est le produit d’un système, d’un pouvoir qui occupe les fonctions les plus élevées de l’être humain (Paz Rojas, 1996, p. 65 – notre trad.).

27 Des penseurs classiques et contemporains comme Marx, Weber, Poulantzas et Bourdieu, analysant la violence d’Etat, mettent l’accent dans les processus de domination et de conflit, conceptualisant la violence d’Etat comme un instrument supplémentaire de domination de classe qui répond historiquement au niveau de développement et de lutte des classes populaires. Dans les pays où la dépendance est une manifestation interne des relations de type impérialiste, c’est une réalité qui s’organise selon les relations entre la bourgeoisie nationale et les déterminations du capitalisme mondial.

28 Suivant cette pensée, nous pouvons dire que la violence d’Etat est inhérente à une structure sociale injuste, à un ordre social basé sur l’exploitation du travail par le capital, conduisant à l’exclusion et à la marginalisation sociale et culturelle de vastes secteurs de la société. La violence d’Etat ne se réduit donc pas à sa manifestation la plus visible, qui est la répression. Cette dernière n’est que le moyen qui permet la violence structurelle que sont la misère, la pauvreté, le manque de logement et de santé. Dans ce sens, l’ordre et la stabilité que défend aujourd’hui l’Etat, c’est l’ordre et la stabilité du néolibéralisme qui se maintient grâce à trois axes fondamentaux :

  1. Cacher la violence structurelle.
  2. Légitimer la violence institutionnelle.
  3. Délégitimer toute réaction sociale contre le système.

Ce n’est pas un hasard si, pour les actes de violence organisés et perpétrés par l’Etat, on parle aujourd’hui de crime de Lèse-Humanité. Nathalie Zaltzman explique avec précision ce qu’est la catégorie juridique de crime contre l’humanité :

  1. Ce crime est un crime d’Etat, d’un Etat qui fonctionne comme une puissance criminelle…
  2. Le crime contre l’humanité est un crime unique qui se décompose en une infinité d’actes criminels indissociables les uns des autres.
  3. Ce crime est un crime collectif en tant que l’objet du crime est collectif et en tant que la participation au crime est collective (Zaltzman, 1999, p. 16).

La sécurité sociale avant et avec le néo-libéralisme

29 Dans le chapitre sur la sécurité sociale, Susana Bacherer fait l’historique et l’analyse des luttes sociales pour inscrire la garantie de la sécurité sociale comme une des responsabilités de l’Etat et pour l’inscription d’une loi sur l’Assurance Vieillesse. Elle analyse son démantèlement qui eut lieu en 1996 avec le transfert des fonds à un consortium transnational appelé Administration des Fonds de Pensions et dont les effets pour les salariés furent particulièrement néfastes. Beaucoup des marcheurs furent les témoins actifs de l’instauration de l’Assurance Vieillesse et les témoins impuissants de son démantèlement. La marche sacrifiée et héroïque des anciens, en particulier des ex-mineurs qui furent les instigateurs du mouvement, ne peut s’expliquer que par la conscience historique profonde de leurs droits acquis dans la lutte et de la signification catastrophique du démantèlement de la sécurité sociale.

Le psychanalyste face à la demande d’une non-psychanalyste

30 Convaincue d’un apport possible de la psychanalyse dans le travail avec des témoignages, suivant L’intérêt pour la psychanalyse de Freud, Emma Bolshia Bravo, psychologue de formation, demande au psychanalyste de travailler avec les quarante-six témoignages.

31 Celui-ci, selon la méthodologie développée par Georges Devereux dans le travail ethnologique, l’utilisera dans la lecture et la réflexion sur les textes des témoignages, en donnant une attention particulière au contre-transfert. Ce fut, en effet, Georges Devereux qui le premier s’intéressa à la subjectivité du chercheur dans De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement (1980) : les sentiments et réactions contre-transférentiels sont toujours présents dans les recherches de type psychosocial. Il fut le premier à exiger que le scientifique et son comportement soient partie intégrante de la recherche, puisque la neutralité du chercheur est un leurre dans tout travail intersubjectif. Dans la recherche comme durant le traitement psychanalytique, le chercheur est exposé à ses états d’âme, que ce soit de satisfaction, de peur, d’angoisse, de fatigue, d’ennui, de tension, d’irritation…, tous ces états ont leur signification dans la compréhension de la recherche.

32 Introduisant la subjectivité du chercheur comme instrument de connaissance, Georges Devereux provoque un changement de paradigme au niveau épistémologique et méthodologique.

33 C’est dans cet espace subjectif, en général nié, ignoré et annihilé, que se situe l’analyse de la dialectique entre l’entourage socio-économico-culturel et sa dynamique intrapsychique, c’est cet espace qui intéresse l’ethnopsychanalyse comme tout travail de recherche de type psychosocial. Comme le dit Ursula Hauser, psychanalyste zurichoise travaillant à Costa Rica : « Avec la méthodologie de la psychanalyse, la recherche sociale réussit une nouvelle forme de méthodologie qualitative qui utilise fondamentalement les connaissances psychanalytiques dans la dynamique entre le chercheur et son « objet-sujet » de recherche ; c’est-à-dire que la subjectivité des deux parties impliquées dans la recherche est objet d’étude » (Hauser, 1998, p. 8 – notre trad.).

34 L’intérêt d’une méthodologie qui inclut le chercheur comme objet d’investigation est de permettre de découvrir les dynamiques subjectives, sous-jacentes et inconscientes, sociales et individuelles qui déterminent la recherche même. L’intervieweur et la personne qui accepte de répondre aux questions sont porteurs d’histoire, de culture, de projections individuelles et collectives. Cette rencontre, indépendamment de la volonté des participants, sera chaque fois différente dans les comportements, les émotions et va se manifester par des histoires particulières. Ces comportements, ces émotions et projections vont intéresser le psychanalyste parce qu’ils ne sont pas le fruit du hasard et ont quelque chose à voir avec la recherche.

35 Comme la psychanalyse introduite par Freud signifia dans le travail thérapeutique une contre-position à une méthode d’investigation scientifique académique, rompant ladite distance scientifique entre le chercheur et son objet, transformant la relation de sujet à objet en une relation de deux sujets-objets, l’ethnopsychanalyse le fit dans le champ de la recherche sociale. Comme dans le travail de la cure psychanalytique où le transfert et le contre-transfert sont d’une égale importance, dans la recherche sociale la psychanalyse porte son intérêt tout autant sur le récit du vécu de l’interviewé que de l’intervieweur ou du chercheur.

36 Comme le souligne Ursula Hauser : « Les ethnopsychanalystes travaillent de façon analogue à la situation thérapeutique du psychanalyste, c’est-à-dire avec une « attention flottante », une autoréflexion et les associations des interlocuteurs » (Hauser, 1998, p. 9). Sa méthode est l’écoute de ce qui se dit, les observations des effets émotionnels produits et la perception motrice et l’agir réciproque. Le psychanalyste se sait exposé avec l’interviewé à des phénomènes transférentiels et contre-transférentiels et a à sa disposition un savoir qui lui permet de reconnaître des configurations psychologiques complexes. C’est Georges Devereux qui dégagea ces deux concepts centraux du cadre thérapeutique pour les intégrer dans la recherche de terrain, mettant l’accent dans le contre-transfert : « J’affirme que c’est le contre-transfert, plutôt que le transfert, qui constitue la donnée la plus cruciale de toute science du comportement » (Devereux, 1980, p. 15).

37 Cette méthode de recherche, qui reconnaît au chercheur d’être impliqué comme être humain dans la recherche, rompt la relation hiérarchique entre le chercheur et l’informateur, reconnaissant les deux comme faisant partie de la recherche, et en même temps donne au chercheur un instrument pour pouvoir comprendre et interpréter les processus auxquels il est exposé.

Le processus analytique dans la lecture, réflexion et rédaction

38 Confronté à la lecture des quarante-six témoignages (un total de 500 pages d’enregistrements transcrites) d’entre les 15 000 retraités et de leurs proches, celui qui écrit ces lignes et qui a lu les témoignages, en partie en entier et en partie sous forme déjà présélectionnée par thèmes, a essayé de se laisser entraîner par les témoignages, tentant à la fois de comprendre vers quoi il était emmené.

39 Il s’agit d’un travail de présentation semblable à celui du psychanalyste qui, exposé au récit de l’analysant, attentif au processus dans lequel les deux personnes se trouvent impliquées, essaie d’en rendre compte.

Premières réactions

40 L’impact prédominant que la lecture des témoignages eut sur moi fut le courage des marcheurs qui, affrontant les obstacles de la nature (froid, fatigue, faim et souffrances physiques) et humains (la répression), ont su surmonter les difficultés. A la lecture, cette impression s’est renforcée en admiration, voire en idéalisation pour cette marche héroïque, à tel point qu’il m’a coûté de voir les aspects moins héroïques, comme cette veuve de mineur, mère de quatre enfants, qui raconte comment elle-même et d’autres femmes se mirent à genoux, pleurant et suppliant, essayant de toucher les représentants de l’ordre :

41

« …ils étaient là, les soldats et les carabiniers et je dis : “Que se passe-t-il ?” Et les filles viennent avec leur drapeau (il s’agit du drapeau bolivien)[4] [4] Note de l’auteur. ...
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. Nous les supplions : “Ne nous emmenez pas”. Nous nous sommes mises à genoux et nous avons pleuré. “Comment est-ce possible, n’êtes-vous pas nés d’une femme, ne vous rendez-vous pas compte que nous demandons nos droits…!” Ils ne nous répondirent pas. Ils nous entourèrent en silence et ils ont foulé aux pieds le drapeau et ils nous ont emmené toutes dans les bus, comme des brebis qui résistent. Ils les ont traînées par les quatre extrémités et les ont fourrées dans les bus et moi je me suis enfuie. »

42 Que ces femmes se mettent à genoux, acceptent de s’humilier pour attendrir ces jeunes représentants de l’ordre, ces jeunes « freluquets », touchait à l’insupportable parce que leur dignité était en question.

43 J’aurais voulu éliminer ce témoignage, niant une partie de la réalité psychosociale et protégeant l’idéalisation, ce qui aurait signifié renoncer à ma position psychanalytique et à l’éthique scientifique. En même temps, il faut dire que l’admiration n’était pas due au hasard. Il y eut des exemples, des symboles de courage parmi les marcheurs, comme doña Segundina García, veuve de Cano, âgée de 55 ans, qui voulut que son nom soit mentionné. Mère de six enfants, ex-dirigeante palliri[5] [5] La palliri, c’est l’ouvrière qui, des déchets des...
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et veuve de mineur, malgré un rapport de force inégal, elle trouve la force d’affronter les organes de répression :

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« … je leur ai dit, “ne pleurez pas, compagnes !”… je me suis dénudé la partie supérieure. Je me suis enlevé mon soutien-gorge et les soldats n’ont pas osé me toucher. Ils étaient en train d’emmener mes compagnes, cinq d’entre elles, et moi j’avais saisi mon drapeau et ils me l’on enlevé et l’ont piétiné. »

45 Elle me fit penser à l’œuvre de Delacroix, « La Liberté », représentée par la femme, les seins en l’air, brandissant le drapeau. Il est à remarquer que le chant unitaire des mineurs de Bolivie est la Marseillaise.

46 Quand un témoignage fait partie d’un mouvement de masse, il exprime à la fois une expérience individuelle et groupale. La dynamique entre le personnel et le groupal permet que les mots des participants soient à la fois la voix de l’autre, en particulier du reste de la collectivité.

47 Dans chaque personne interviewée, le témoignage était marqué par le désir de transmettre une expérience collective et qu’elle soit entendue, comme le disait un fils de mineur décédé marchant en lieu et place de sa mère de 78 ans :

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« Je pense que ce témoignage doit être rendu. Vraiment, nous n’avons pas eu la possibilité de nous exprimer, mais parfois il y a cette possibilité de s’exprimer et de dire la vérité sur nos souffrances et nos peines. Que la communauté bolivienne et la communauté internationale sachent que ce pays est en train d’endurer des moments réellement critiques. »

49 Cet homme dit ce qu’implicitement beaucoup d’interviewés auront pensé. S’il fut possible de faire les quarante-six interviews en deux jours avec l’accord de la direction syndicale, c’est que cela correspondait à un besoin des marcheurs : pouvoir dénoncer la répression subie par les organes de sécurité et expliquer la raison de la marche, dont ils avaient la fierté d’avoir pu la mener à bien, fiers d’avoir su mener à bout une marche héroïque pour défendre leurs droits minimaux dont dépendent dans bien des cas des familles entières de trois générations.

50 Dans une étude psychosociale confrontée à deux groupes sociaux bien définis, il s’agit en premier lieu de saisir l’intentionnalité manifeste et latente des groupes en question.

51 Du côté des marcheurs, il s’agissait de récupérer leurs droits spoliés garantissant une survie. Du côté du gouvernement, il s’agissait de ne pas céder dans leur décision. Du côté des marcheurs, de manière latente, il était question de dignité humaine et c’est cette dignité qui a interpellé les populations de El Alto et de La Paz, qui les ont reçus triomphalement. Du côté du gouvernement, il s’agissait de casser le mouvement pour faire taire des revendications, comme dans les époques dictatoriales.

52 Sur ce dernier point, un ex-mineur, père de quatre enfants, témoin de la manière dont été traitées les femmes du troisième âge, s’exprime dans ce sens :

53

« Sur le moment, des larmes me sont venues parce que cela ne me plaisait pas qu’à une dame de 80 ans, on la traîne comme un morceau de vieux cuir. Ce n’est pas la première fois, à Llalague et Siglo XX[6] [6] Deux centres miniers importants dans l’histoire de la...
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la répression fut brutale à l’époque de García Meza[7] [7] Ex-dictateur de la Bolivie. ...
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, jamais ils n’ont respecté les droits humains. Au milieu de la nuit, ils les sortaient, les battaient et les jetaient. J’ai beaucoup de compagnons qui furent traités ainsi. »

54 La structuration du présent travail a été déterminée par l’intentionnalité des organes de répression qui a été de surprendre et de détruire et par la réaction des marcheurs face à la répression.

Répression par surprise et effroi

55 La répression par surprise est une forme réfléchie de répression tendant à créer l’effroi[8] [8] En espagnol, il existe un terme spécifique pour exprimer...
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qui provoque la paralysie mentale nécessaire, rendant la personne impuissante pour se défendre. Freud a aussi nommé cet état originel d’insensibilité hébétée (1930a, p. 36). Bruno Bettelheim, dans Survivre (1952, p. 72), œuvre qui réunit plusieurs articles de réflexion sur le vécu dans les camps de concentration nazis, parle de « choc initial ». Dans Au-delà du principe de plaisir (1920g), Freud voit deux phases de la névrose traumatique, la première étant la surprise qui provoque l’effroi et, en second lieu, la blessure qui empêche la formation de la névrose.

56 Une intervention de répression menée à bout à l’aube, au cours du sommeil le plus profond, quand la personne se trouve sans défense, est faite pour créer un effroi déstabilisant. C’est une forme efficace pour pouvoir manipuler la personne en état de choc. Suivant les entretiens, l’effet de surprise fut pleinement réussi. Un retraité de 64 ans, père de trois enfants, raconte :

57

« J’ai vraiment été effrayé. Je me suis dit : “Ils vont nous tuer.” …J’ai eu peur parce qu’ils sont venus armés pour nous sortir de nos logements. Je me suis enfui par la fenêtre. »

58 La veuve d’un mineur, qui avait pour seule arme sa longue expérience de lutte, ne put se dessaisir facilement de l’effroi causé par l’intervention policière :

59

« Oui, j’ai été effrayée. Ma tête a presque explosé. J’étais avec un de ces maux de tête. J’ai encore maintenant mal à la tête de la peur que j’ai eue. J’ai vraiment été effrayée. … Mais je leur ai répondu : “Si vous voulez me tuer, tuez-moi, tuez-moi, je n’ai pas peur de vous !” »

60 La veuve a dû faire un effort quasi surhumain pour se ressaisir. La tension entre le choc et la récupération de ses forces mentales a dû provoquer ces maux de tête. Et à la fois, sa réaction pour surmonter le choc est une réponse qui correspond à l’intention de l’intervention policière. C’est comme si elle disait : « Si vous voulez me faire peur en menaçant d’attenter à ma vie, sachez que je suis prête à mourir ! » La veuve a pu surmonter le choc, en assumant la possibilité de mourir.

Humiliation et impuissance

61 Avec une personnes perturbée par la surprise, si l’on veut la détruire psychiquement, c’est le bon moment d’utiliser l’humiliation et c’est ce qui s’est produit. Les témoignages racontent avec une profonde indignation les humiliations subies à l’aube du 15 janvier. Un dirigeant ex-mineur s’en fait le porte-parole :

62

« Ils (les services d’ordre) ont commencé à tirer par les pieds, à traîner par les pieds et les mains pour ensuite les charger dans les bus… Ils n’ont même pas respecté l’âge. Et ces pauvres dames sans défense, la seule chose qu’elles faisaient c’était de pleurer et de crier désespérément. Suppliant un peu de considération, leur rappelant qu’ils avaient aussi des mères et qu’ils sont nés d’une femme et que pour cela ils devaient avoir de la considération… »

63 L’effet de l’humiliation dans toute sa virulence s’exprime dans le récit de Christina Mamani, veuve de mineur qui dit ce qui suit :

64

« Ceux de la police sont venus pour nous faire crier à nous les anciens. Ils nous font pleurer et j’aimerais que ce gouvernement écoute son cœur. Le Président est aussi vieux. La pauvreté… il ne sait pas dans quelle condition nous vivons. C’est pour cela, pour nos droits que nous marchons, prêts à lutter. Mais comment est-ce possible qu’ils nous larguent des policiers ? Et les policiers, qu’ils écoutent leur cœur. Comment peuvent-ils se comporter de cette manière ? C’est pour cela que nos cœurs sont tristes et brisés. Nous ne sommes pas gaies, nous pleurons nuit et jour. »

65 L’impuissance humiliante pousse ces femmes à interpeller les soldats dans leur sensibilité, mais la réponse est brutale. Piétinant le drapeau bolivien, ils expriment de manière symbolique que le fait d’appartenir à la même nation ne les protège pas. Plus encore, des organes supérieurs de l’Etat poussent ses soldats et ses policiers à nier et rejeter le symbole d’appartenance patriotique par excellence, donc à commettre un acte de trahison. La dichotomie entre l’Etat et la nation apparaît de manière brutale. Comme fut piétiné le drapeau bolivien, ainsi furent traités les retraités, écrasant leurs droits. Comme le dit Serge Tisseron (1992, p. 59) : « L’humiliation est la pire des épreuves » pour l’être humain qui n’a pas perdu sa dignité. La réaction face à la répression fut marquée par la rage, l’impuissance, la peine et la douleur, mais aussi par la force et le courage. Si dans les interviews nous n’avons pas trouvé de traces traumatiques, c’est bien probablement parce que les retraités, face à la répression et l’humiliation subie, surent réagir, plus convaincus que jamais de leurs droits, et purent reprendre le chemin sur La Paz pour défendre leurs revendications.

La honte

66 Une des étudiantes qui ont accueilli les marcheurs pour les héberger dans l’université publique de La Paz s’exclama : « Comment avons-nous pu être capables de permettre une chose pareille ! », manifestant son indignation face à une réalité vécue par elle comme honteuse.

67 Et de fait, ce que nous venons de présenter est de l’ordre de la transgression, de la transgression de valeurs humaines fondamentales, de la transgression de type œdipal, et non pas comme phénomène individuel, mais de société où le représentant démocratiquement élu de l’Etat incite ses fonctionnaires à transgresser une des conquêtes culturelles fondamentales du respect, en particulier de celui qui pourrait être son père ou sa mère. Comme l’on peut constater dans les témoignages, il y a une consternation présente : que des jeunes puissent être amenés à montrer un tel manque d’égards face à des anciens et particulier à celles qui leur ont donné la vie : « N’êtes-vous pas né d’une femme ! » ou « Ils sont nés d’une femme et pour cela ils doivent avoir de la considération. »

68 Essentiel dans l’analyse de Freud du mythe de la horde primitive est le moment où, marquée par la culpabilité de la faute du meurtre, perçu comme transgression néfaste, la fratrie rebelle refoule le désir œdipal et de ce fait rompt le mécanisme répétitif de domination du père tout-puissant, violent et tyrannique de la horde sauvage, et « initie la morale humaine ». Ce qui est absent dans le mythe tel que le présente Freud est le rôle actif de la femme. Dans le mythe, il ne lui est octroyé qu’un rôle passif dans la construction de la Loi. Or, à la différence du mythe de la horde primitive, face au parricide et l’absence de loi, l’histoire humaine a des exemples où ce sont les femmes qui apparaissent comme le frein à la barbarie et les promoteurs de la loi. L’Amérique latine a des exemples historiques du rôle de la femme dans la reconstitution de la loi, comme les Mères de la Place de Mai en Argentine, surnommées « les folles de la place de Mai » parce que, inlassablement, elles ont marché pour retrouver leurs proches disparus durant la dictature et ont lutté pour que soient jugés les meurtriers. Dans notre recherche, ce sont également les femmes qui joueront un rôle central face à l’absence de loi.

69 En lançant les soldats et policiers contre les anciens, le gouvernement reprenait la position du père de la horde sauvage, poussant ses fonctionnaires à la perversion morale.

70 Douze jours après l’intervention délictueuse des organes de l’ordre, le Président de la République d’alors, Gonzalo Sanchez de Lozada, après avoir réussi un accord avec les planteurs de la feuille de coca et qu’ils avaient débloqué les routes, fait la déclaration suivante transcrite dans la presse[9] [9] La Prensa, lundi 27 janvier 2003, p.  9. ...
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 : « Les deux dernières semaines ont été une honte pour la Bolivie et une grande peine. »

71 C’est vrai que ce qui s’était produit ces deux semaines était une grande peine, mais à quoi le Président se référait-t-il, quand il parlait de honte ? Comment comprendre sa phrase ?

72 Comme le décrit Serge Tisseron (1992), la honte est une émotion difficile à nommer quand on la vit soi-même. Celui qui a honte désire en premier se cacher, disparaître ou cacher la raison de la honte. Pour ce faire, il fait usage de mécanismes secondaires comme la culpabilité, la dépression, la rage ou la colère. A partir de Imre Hermann (1943) et de Serge Tisseron, j’énumèrerai trois particularités fondamentales de la honte :

  1. C’est une catégorie émotionnelle sociale, un affect qui apparaît dans les relations familiales, groupales, de classe ou d’une nation. Depuis l’enfance c’est un produit du regard externe. C’est un état de soumission imposé. C’est un état d’angoisse dû à la crainte d’être exclu du groupe d’appartenance pour avoir commis un acte coupable qui questionne la personne dans sa totalité.
  2. La honte produit la sensation d’être abandonné de ses propres forces. La personne se sent perdre son équilibre psychique, baisse la tête et les yeux, cherche à échapper au regard de l’autre. Une inhibition s’installe autant dans les processus pulsionnels que dans la capacité d’agir sur le monde extérieur. Quand une personne est accaparée par la honte, elle désire dire : « Je ne peux rien, je ne peux rien ».
  3. La honte est contagieuse. La personne témoin d’un acte honteux peut se sentir elle-même honteuse. Plus encore, la honte peut être vécue en lieu et place de l’autre, dans une espèce de confusion de personnalités où la personne ne sait plus ce qui est à elle et ce qui est à l’autre.

Considérant l’intervention du Président, nous n’avons pas pu constater une symptomatique ci-dessus décrite. Il serait raisonnable de penser que le Président Gonzalo Sanchez de Lozada ait eu honte ou un sentiment de culpabilité pour la manière dont avaient été traités les anciens et pour les morts et les blessés des deux semaines écoulées[10] [10] En effet, d’abord il y eut la répression contre les anciens...
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. Mais ce n’est pas dans ce sens que s’exprima le Président. Selon le même journaliste de La Prensa, il s’était déclaré « agacé » par ces mobilisations. Ce qui fait penser à l’attitude du père face au comportement de ses enfants, dans une réaction anale face aux « emmerdements » causés par les manifestations et le blocage des routes. Ou bien encore, a-t-il voulu transférer, déplacer sa honte sur les manifestants, ces enfants insoumis ?

73 Les responsables des morts et des blessés civils, les auteurs intellectuels et les exécutants des mauvais traitements contre les anciens, des morts et des blessés restent impunis jusqu’à aujourd’hui. De plus, il n’y a pas de volonté politique pour faire la lumière sur les actes délictueux. Il semble que l’intention du Président fut de créer un sentiment de honte chez les personnes affectées, se libérant d’une honte qu’il devrait assumer lui-même comme représentant suprême de l’Etat. En leur transférant la honte, il soulageait la conscience de son gouvernement. En plus, il promettait de payer à eux et à leurs familles une indemnisation de 50 000 boliviens pour les morts (6 500 dollars U.S.) et une somme moindre selon le degré de la blessure aux blessés.

74 Quelques jours avant la déclaration du Président, un marcheur-rentier, ex-mineur, père de quatre enfants et de neuf petits-enfants, exprime à sa manière la honte :

75

« …comme personne, je me suis senti impuissant face aux hommes armés. Je me suis senti honteux que je sois brimé dans ma propre patrie par les forces répressives. Et je me sens indigné que nous ayons ce type de gouvernants… Humilié, vaincu par la force brutale qu’emploie le gouvernement néo-libéral, ce gouvernement corrompu, ce gouvernement qui est enivré d’ambition et de pouvoir…

76 Cet ex-mineur, du même âge que le Président de la Bolivie, avec une longue trajectoire du dur travail des mines, de sacrifice, de souffrance et de lutte pour la démocratie[11] [11] Les centres miniers ont toujours joué un rôle important...
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, parle aussi de honte. Il pense aussi qu’il y a des raisons pour le pays d’avoir honte. Il voit avec indignation la gestion des Droits Humains de la part du gouvernement. S’il se sent honteux, c’est parce qu’il s’identifie avec son pays qui est le même que celui de ses oppresseurs. Pour appartenir à la Bolivie, il sent la honte de la même manière qu’un enfant qui peut avoir honte pour le père alcoolique, partie intégrante de la même famille.

77 Comme les marcheurs sauront surmonter l’humiliation subie, un événement particulièrement significatif aura lieu dans la restitution de la honte.

78 Doña Segundina, déjà mentionnée plus haut, face à l’intervention brutale de la police, s’était dénudé la partie supérieure de son corps. Elle avait ainsi créé une situation imprévue pour le service d’ordre et avait initié une contre-attaque qui provoqua la surprise de ses agresseurs, les interpellant dans leur conscience, dans leur condition de fils qui ont aussi une mère qui leur a donné la vie. Par son acte, elle confronte les policiers au degré de dégradation humaine dans laquelle ils sont conduits en s’attaquant aux anciennes. En se dénudant, elle dévoile la perte de toute limite morale de la police :

79

« Les soldats ont ensuite voulu me traîner par terre. Alors je me suis enlevé ma “pollera”[12] [12] Jupe typique du Haut-Plateau andin. ...
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. Je n’étais plus qu’en caleçon. Alors je leur ai dit : “Que voulez-vous ? Emmenez-moi ! C’est ainsi qu’est ta mère, tu es sorti de là, tu as grandi avec ça (montrant les seins). C’est pour cela que tu peux être un militaire. D’ici tu as tété.” C’est comme ça que je leur ai parlé. “Emmenez-moi donc !” “Je ne vais pas m’habiller, si tu veux, emmène-moi !” C’est ainsi que j’ai parlé et personne n’a osé… »

80 Doña Segundina raconte dans son témoignage que le Vice-Ministre de l’Intérieur, voyant les soldats émotionnellement désarmés, donna l’ordre aux policières d’intervenir. Elles ne se laissèrent pas impressionner par la nudité d’une vieille et agirent en conséquence. Cependant, à un moment donné, la honte avait pu être restituée aux porteurs de la transgression.

81 Face à la désagrégation de l’Etat dans la barbarie, nous nous sommes trouvés dans cette recherche face à un phénomène transcendant, les anciens, qui dans la société moderne tendent à perdre leur place dans la structure familiale et sociale, sont apparus dans cette marche comme personnes d’identification et d’admiration, porteurs d’une longue histoire de lutte et de défense de valeurs humaines. Le contraste avec le rôle de l’Etat fut en conséquence d’autant plus manifeste, comme l’exprime un petit-fils de retraité :

82

« Personnellement, je n’ai pas souffert, mais psychologiquement, oui ; ce qui s’est passé a laissé un grand impact en moi. Pour moi, un grand mal a été fait, c’est une blessure… Mon corps n’a pas subi de dommage, mais psychologiquement, je suis vraiment endommagé… J’ai plus de colère et mon caractère est devenu rebelle. Sûrement que je vais transmettre cela à mes enfants… cela va de génération en génération. »

83 La désillusion sur l’Etat dit démocratique pour lequel beaucoup ont lutté dans les époques de dictature est profonde et détermine la situation politique actuelle :

84

Ce n’est pas juste que nous nous fassions tuer par nos enfants ou que nous devions tuer nos enfants (en effet, la plupart des soldats et des policiers viennent des mêmes couches sociales). Ce n’est pas juste comme le gouvernement nous traite.

Le courage d’un peuple

85 Nous nous sommes trouvés dans cette recherche face à un phénomène paradoxal. Les mineurs et leurs familles souffrirent une défaite historique profonde en 1986, due aux ajustements structurels imposés par le Fonds Monétaire International et appliqués par le gouvernement bolivien qui ferma la plupart des mines nationales. Des milliers d’ouvriers durent abandonner le peu qu’ils avaient pu construire durant la vie dure de mineur. Ils durent se « relocaliser » par toute la Bolivie sans perspective assurée de travail. Cette défaite signifiait la perte de leur rôle d’avant-garde dans le mouvement ouvrier bolivien et donc un questionnement profond de leur identité. En d’autres mots, ils étaient exposés à ce qu’on appelle en sociologie « la mort sociale ».

86 Or, qu’est ce qui apparaît avec la recherche que nous avons menée ? C’est que cette mort sociale n’a pas eu lieu. La vigueur, la détermination, le courage et la volonté des rentiers dans leur marche est une manifestation éloquente d’une capacité de deuil et de dépassement surprenante. Dix-sept ans après avoir dû abandonner les mines, ils revenaient toujours et encore organisés, mais cette fois dans la Confédération des rentiers et retraités de Bolivie.

87 Du point de vue de la psychologie sociale, il était prévisible qu’ils perdent toute capacité organisationnelle et politique. Il était probable qu’ils abandonnent leur vieille lutte pour leur droit à une vie digne, que, dispersés et exsangues, ils tombent dans une déprime face à eux-mêmes, leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, abandonnant les repères et valeurs collectives, leur culture sociale et leur agir politique. Enfin, il était probable qu’ils s’identifient à leurs agresseurs de toujours et déchoient dans une forme de vie sans principes ni valeurs. Cependant c’est le contraire qui est arrivé. Ils n’ont pas renoncé à leurs valeurs et ont su les transmettre à leurs descendants. Pour le moins parmi les marcheurs du troisième âge et leurs familles interviewées, il n’y a pas eu de rupture générationnelle :

88

« Lorsque les anciens ont vu les jeunes, cela leur a donné plus de force. Après cette nuit de répression, les anciens se sont levés avec plus de force et ont dit : “Non, ici ça ne se termine pas. Même si nous devons mourir, mais nous allons les affronter.” Alors, il ne nous restait qu’à les suivre… Ils avaient cette force parce que nous, les fils, étions là. »

89 C’est d’ailleurs certainement cette identification transgénérationnelle, cette responsabilité familiale (de pouvoir contribuer au soutien de la famille grâce aux maigres rentes perçues) qui leur a donné cette force pour affronter tous les obstacles. Comme le dit Silvia Amati, en développant le concept d’« objet à sauver », en opposition au concept d’« adaptation à n’importe quoi » : « L’objet à sauver pourrait alors prendre la valeur transculturelle d’une résistance psychique qu’exprime la plus universelle fantaisie de complémentarité humaine et qui préserve dans l’inconscient la représentation et le sens de base de la réciprocité intersubjective (protecteur-protégé) » (Amati Sas, 1997). Dans le même texte, Silvia Amati relève « l’existence d’une capacité inconsciente du sujet d’aller au-delà de l’effroi et de l’adaptation », justement à cause de ce qu’elle appelle « la fantaisie de la complémentarité ».

Discussion

90 Paul Parin, dans un article intitulé « Warum die Psychoanalytiker so ungern zu brennenden Zeitproblemen Stellung nehmen. Eine ethnologische Betrachtung »[13] [13] « Pourquoi les psychanalystes ont tant de peine à prendre...
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(1978), conclut son texte par ces mots : « Nous (les psychanalystes) avons l’illusion que nous prenons déjà assez position sur les sujets brûlants d’actualité quand nous rencontrons les séquelles de la vie affective de nos analysants. Nous les y rencontrons et là est notre place. Nous ne pouvons cependant pas entreprendre grand-chose contre elles aussi longtemps que nous ne considérons pas la société dans sa réalité en la dispensant de notre critique ».

91 La Bolivie est un pays où les structures sociales sont très fragiles et où l’Etat a très rarement répondu aux intérêts de la nation. Il fut d’abord un instrument du colonialisme espagnol marqué par la culpabilité de l’assujettissement de l’exploitation exacerbée, et ensuite un instrument des intérêts d’une petite oligarchie bolivienne liée aux intérêts impérialistes, en particulier des Etats-Unis, marqués par la culpabilité d’avoir soutenu des gouvernements dictatoriaux ou démocratiques qui ont exercé torture et violence d’Etat sans retenue. Dans ce contexte, le psychanalyste ne peut pas ne pas prendre position à moins d’un clivage ou d’un refoulement parce qu’il est confronté à des transgressions qui s’attaquent aux fondements mêmes de toute culture, telle qu’elle est comprise dans Totem et Tabou. Il s’agit d’un positionnement en faveur du complexe d’Œdipe, de la névrose et contre la liberté originelle du père de la horde primitive, d’une identification avec la fratrie qui instaure la Loi.

92 Comme dans le travail analytique qui est le produit d’un travail commun, il fut très important de restituer aux personnes affectées les résultats de cette recherche. C’est ainsi qu’après la publication du livre, ses auteurs l’ont présenté à La Paz, à Oruro et au centre minier de Llallagua. Aux interviewés que nous avons pu trouver, nous avons offert un exemplaire. Chaque régionale de la Confédération de retraités a également reçu un livre, pour qu’il soit accessible à tous. Pour les autres retraités, nous avons déposé dans les Confédérations régionales une certaine quantité de livres vendus au prix accessible pour eux de 20 boliviens (2.70 dollars US). Beaucoup l’ont acheté avec leurs maigres rentes. On peut dire que les retraités se sont vus reconnus dans le livre, que c’est devenu leur livre, le témoin de leur histoire qui doit être divulguée et connue.

93 Si dans les témoignages nous n’avons pas observé de personnes traumatisées psychiquement, c’est fort probablement parce qu’après une profonde situation d’impuissance durant l’affligeante nuit du 14 au 15 janvier, parce que disposés à affronter une nouvelle répression, les anciens reprirent le dessus en reprenant le chemin sur La Paz pour y arriver en recevant un accueil triomphal de la population dénonçant la répression soufferte. La honte et la culpabilité étaient restituées aux auteurs intellectuels du gouvernement qualifiés d’assassins.

94 En lisant le récit de ce texte, nous pouvons nous demander pourquoi la honte est beaucoup plus présente que la culpabilité. Nous pensons que nous pouvons trouver une réponse à partir de la distinction que fait Tisseron entre culpabilité et honte : « Le propre de la culpabilité (est)… de laisser place à la possibilité de réparation, elle est une forme d’intégration sociale. Au contraire, la honte est une forme de désintégration psychique, donc de marginalisation sociale » (Tisseron, 1992, p. 117).

95 Dans la nuit du 14 au 15 janvier, il s’agissait de provoquer un échec honteux en humiliant les anciens et en déclarant nulle et non avenue la lutte des anciens. Le gouvernement voulait annihiler leur mouvement pour la survie, donc contre la faim et, de fait, il réinitiait une mort sociale. Il était question de désagrégation et de marginalisation. Ce faisant, c’était l’Etat dans ses auteurs intellectuels et dans ses exécuteurs qui s’engageait dans un processus de désagrégation de sa légitimité.

96 Au moment où les anciens arrivaient à La Paz victorieux, déclarant Gonzalo Sanchez de Lozada un assassin, ils réinstauraient la culpabilité, appelant à un jugement des coupables. L’Etat était réinstauré dans sa légitimité.

97 Même si l’Etat bolivien, au travers de ses différents gouvernements dictatoriaux ou démocratiquement élus, mais soumis aux intérêts de la politique extérieure des Etats-Unis, a conservé une certaine légitimité dans l’imaginaire de la population, c’est que la Bolivie a connu sa révolution qui en 1952 nationalise les mines et restitue aux paysans une partie des terres. L’idée d’un État au service de la nation reste une représentation vivante. Le drapeau bolivien accompagne presque tout acte revendicatif important. La légitimité de l’Etat est cependant mise en question aujourd’hui plus que jamais.

98 Comme psychanalyste suisse impliqué dans une histoire de société et dans un processus de découverte d’un monde qui lui était inconnu, j’ai été particulièrement frappé, en pénétrant dans les quarante-six témoignages recueillis, par la capacité de verbalisation du vécu individuel et social des interviewés qui, face à la violence brutale, ont su exprimer un vécu douloureux, dans leur histoire individuelle comme collective. La lecture des témoignages m’a renvoyé à la théorie des conditions d’émergence de la culture telle que Freud la présente dans Totem et Tabou. La relecture de Totem et Tabou dans un pays où la liberté du parricide perdure, avec l’appui de la plus puissante démocratie du monde que sont les Etats-Unis, m’a montré l’actualité fondamentale de cet ouvrage qui réfléchit sur les conditions cadre pour l’existence de toute civilisation humaine.

99 Ce qui a été rendu visible dans cette recherche, c’est l’existence d’une société humaine qui, indépendamment d’un Etat en danger de désagrégation, est porteuse de culture, de valeurs éthiques et humaines, et en particulier au travers des femmes, Ce que Freud a probablement sous-estimé dans son analyse des conditions de culture, c’est la fonction profondément active de la femme dans l’institution de la Loi.

100 L’admiration envers ces anciens qui a marqué cette recherche psychosociale a été une admiration partagée avec toute une population. Ces anciens, en surmontant les obstacles de cette longue marche de 100 km., surmontent le froid et les intempéries et, last but not least, la répression brutale des serviteurs de l’Etat pour défendre leurs droits, la survie de leurs familles et une dignité humaine. Le revers de la médaille, c’est le nombre d’anciens qui n’ont pas survécu à cette longue marche, qui sont morts dans les mois suivants ou qui sont très malades, comme nous avons pu l’apprendre au cours de la présentation du livre dans les villes de La Paz, Oruro, Cochabamba et le centre minier de Llallagua.

Bibliographie

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Notes

[ 1] Docteur en psychologie. Responsable du secteur socio-thérapeutique à l’Institut de Thérapie et Recherche sur les séquelles de la torture et de la violence d’Etat (Bolivie). Coordinateur du groupe de travail « Torture et Violence d’Etat » de l’European Federation for Psychoanalytic Psychotherapy in the Public Sector (EFPP).Retour

[ 2] En espagnol : Instituto de Terapia e Investigación sobre las Secuelas de la Tortura y de la Violencia Estatal.Retour

[ 3] La Represión de la Marcha para la Sobrevivencia, numero 1 de Estudios sobre las secuelas psico-sociales de la violencia estatal, publicación del ITEI, La Paz-Bolivia, novembre 2003.Retour

[ 4] Note de l’auteur.Retour

[ 5] La palliri, c’est l’ouvrière qui, des déchets des minéraux, extrait encore un reste de minéral.Retour

[ 6] Deux centres miniers importants dans l’histoire de la Bolivie.Retour

[ 7] Ex-dictateur de la Bolivie.Retour

[ 8] En espagnol, il existe un terme spécifique pour exprimer la réaction face à l’effet de surprise, « el susto », que j’ai essayé de rendre par les termes effroi, peur et choc, selon le contexte. On peut aussi rendre le terme par « faire sursauter ».Retour

[ 9] La Prensa, lundi 27 janvier 2003, p. 9.Retour

[ 10] En effet, d’abord il y eut la répression contre les anciens avec l’accident du bus, ensuite un franc-tireur de l’armée a tué un mineur à Oruro et pour finir il y eut plusieurs cultivateurs de la coca tués ou blessés.Retour

[ 11] Les centres miniers ont toujours joué un rôle important pour le rétablissement de la démocratie dans les époques de dictature.Retour

[ 12] Jupe typique du Haut-Plateau andin.Retour

[ 13] « Pourquoi les psychanalystes ont tant de peine à prendre position sur des sujets brûlants d’actualité. Une considération ethnologique. »Retour

Résumé

Ce travail présente l’insertion d’un psychanalyste dans un groupe de recherche pluridisciplinaire. La fonction du psychanalyste était de travailler avec 46 témoignages recueillis à la suite d’une marche de plus de 100 km. effectuée par plus de 15 000 retraités de Bolivie pour défendre leur maigre rente. A mi-parcourt, les forces de l’ordre ont voulu interrompre la marche des retraités sur la capitale en intervenant brutalement, de nuit, à 2 heures du matin, alors que les retraités dormaient dans le village de Calamarca. L’intention était de les rapatrier dans leurs lieus d’origine. L’objet de la recherche était de savoir les effets et séquelles produits par la répression sur les marcheurs.

Mots-clés

Totem et Tabou, recherche psychosociale, psychanalyse et témoignage, culture et transgression, neutralité versus prise de position



This work presents the insertion of a psychoanalyst into a pluridisciplinary research group. His function was to work into the testimonies of 46 among the 15000 retired Bolivian pensioners following their 100 km march to defend their meagre pensions. Halfway along, the police force intervened brutally at 2.00 o’clock in the morning while they were sleeping in the village of Calamarca to stop them from reaching the capital. The intention was for them to return home. The object of this research was to discover what after effects were experienced by the pensioners due to the repression.

Keywords

Totem and taboo, psychosocial research, psychoanalysis and testimony, culture and transgression, neutrality versus strong line

PLAN DE L'ARTICLE

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POUR CITER CET ARTICLE

Andrée Gautier « Les Anciens marchent sur La Paz (Bolivie). », Psychothérapies 4/2004 (Vol. 24), p. 223-235.
URL :
www.cairn.info/revue-psychotherapies-2004-4-page-223.htm.
DOI : 10.3917/psys.044.0223.