2005
Psychothérapies
Éditorial
Dr Alain Braconnier
Centre Psychiatrique etPsychothérapique Philippe Paumelle11, rue Alfred BayetF-75013 Paris
La répartition actuelle des savoirs, en particulier ceux qui nous intéressent dans le champ des psychothérapies, n’est-elle pas aujourd’hui héritière de l’humanisme de la Renaissance, qui distingue l’esprit de la matière ? Le débat actuel sur la recherche psychothérapique et en particulier, mais pas uniquement, sur la recherche psychanalytique, oppose les tenants de la formalisation à ceux de l’expérimentation. Les tenants de la formalisation soutiennent qu’il n’y a pas de recherche sur le fonctionnement de l’esprit sans une déconstruction et une analyse de la mentalisation. Les tenants de l’expérimentation soutiennent l’intérêt du développement d’études empiriques sur les pratiques psychothérapiques, y compris psychanalytiques, soit pour évaluer leur utilité, soit pour préciser le plus objectivement possible les faits relevés par la clinique. Certes, faire science avec l’humain et en fonction de l’humain n’a jamais été simple et, dans notre domaine, n’est-ce pas la confrontation entre les réflexions issues de la formalisation et les données recueillies par l’expérimentation qui fait science ?
Notre littérature est souvent riche en théories et hypothèses. Elle est étonnamment pauvre en définitions de champs d’ignorance. Qu’ignorons-nous ? Que faudrait-il connaître ? Comment définir nos énigmes ? Ces questions ne constituent-elles pas les problèmes clés qu’un esprit de recherche s’intéressant aux psychothérapies devrait se poser ?
En fait, la recherche dans notre domaine peut être entendue sous de multiples acceptions. Il peut s’agir de recherches conceptuelles, de recherches appliquées, de recherches planifiées, de recherches actions, etc. Qui osera dire aujourd’hui qu’une de ces approches actuelles des phénomènes humains émergeant du champ du travail psychothérapique domine les autres ou est totalement satisfaisante ? Ne faut-il pas aujourd’hui se limiter dans notre domaine à quelques prérequis communs à toute recherche : la définition de l’objet étudié, le souci d’un esprit de recherche, le choix explicite d’une méthode, ou encore le respect de l’éthique indispensable de notre profession ? Les différents articles de cette revue paraissent répondre à ces exigences. Ils proposent des approches différentes, certains d’entre eux relèvent incontestablement plus de la formalisation, d’autres de l’expérimentation, mais ils répondent tous pour moi à un esprit de recherche. Certains articles se situent plus dans ce qu’on pourrait appeler un temps exploratoire, d’autres dans le temps où l’on teste une hypothèse, d’autres enfin dans la clarification d’un objet étudié. L’ensemble de ces articles montre bien qu’il ne s’agit pas de se limiter à un seul type d’approche ou de méthodologie, mais d’étudier dans un esprit de recherche les différents types de recueils de données. Nos recherches dans leur diversité n’en seront que mieux reconnues et respectées.