2005
Psychothérapies
Éditorial
Dr Dora Knauer
5, chemin Jean-PortierCH – 1255 Veyrier/Genève
Donnez-moi sur la branche
un oiseau à aimer
Et l’arbre grandira
(Georges Haldas, La blessure essentielle)
Ce numéro consacré à l’enfance, les enfances, reflète combien l’exercice des psychothérapies précoces ne se limite pas à la seule étude d’une tranche d’âge déterminée, mais oblige à entrevoir la complexité du développement du psychisme humain, dès son origine, et appelle notre réflexion sur l’indispensable capacité de rêverie, issue de l’enfance, qui nous accompagne tout au long de notre vie.
Constatation qui pourrait aujourd’hui sembler banale, mais qui fonde l’intérêt des adultes à propos de l’importance du développement fantasmatique et symbolique de l’enfant, intérêt qui n’a cessé de croître, jusqu’à ses développements récents, avec l’apparition de la psychiatrie du bébé et de la prévention précoce. A ce sujet, Montaigne disait déjà, en 1580 : « Les jeux des enfants ne sont pas des jeux, et il les faut juger en eux comme leurs plus sérieuses actions ».
Les descriptions, encore actuelles, des trajectoires de maturation, qui se déroulent selon des étapes bien définies, relèvent pour une grande part des études psychanalytiques menées depuis près d’un siècle, d’abord au sujet de l’enfant découvert à travers la psychanalyse des adultes, et ensuite par les études psychanalytiques dévolues à l’enfant lui-même.
Ainsi, dans La connaissance de l’enfant par la psychanalyse (Lebovici et Soulé, 1970), ont été séparées en chapitres différents « la connaissance des enfants à travers la psychanalyse des adultes » et « la reconstruction du passé de l’enfant à travers la psychanalyse des enfants », caractérisant comment les psychothérapeutes de l’enfant construisent leurs fondements théoriques à travers un parcours rétrospectif et prospectif.
Les thèmes d’intérêts principaux de la psychanalyse des enfants, tels que la sexualité infantile, les processus primaire et secondaire, le statut ontogénique du fantasme, la sublimation ou le traumatisme pathogène de l’expérience vécue, pour n’en citer que quelques-uns, sont actuellement complétés par celui de l’observation directe du nourrisson, des effets de la carence des soins maternels ou parentaux, des liens entre psychanalyse et éducation et psychanalyse et société.
Vaste domaine auquel le soignant doit étendre sa curiosité scientifique, et où, dans sa technique, il se doit d’appliquer les diverses modalités d’adaptation aux différentes pathologies de l’enfant, tout en tenant compte de l’intrication du vécu de celui-ci avec son monde environnant. Les parents, occupant une place importante autant dans la constitution de la personnalité de l’enfant que dans celle de l’alliance thérapeutique, deviennent alors des partenaires de soins nécessaires.
Depuis deux décennies, les recherches sur les cultures animales, l’émergence du langage, l’évolution du cerveau, les origines de l’art et de la religion, ont renouvelé profondément la question du « propre de l’homme ». L’émergence du comportement nouveau humain, dans la création du monde animal, la naissance de son esprit, a intéressé de nombreuses disciplines, notamment dans les sciences humaines et cognitives, dégageant de nouveaux pôles d’intérêt dans les diverses théories du développement. Parallèlement, l’essor des neurosciences et de la neurobiologie, quoique prometteur pour de nouvelles approches thérapeutiques, laisse en définitive une place prépondérante à la relation, qui se maintient bien au centre de toutes les tentatives de communication et d’éducation avec l’enfant, et ceci dans toute sa complexité psychodynamique.
Le développement se voit dès lors considéré selon une série de réorganisations structurales impliquant les systèmes biologiques, psychologiques et sociaux, selon une série d’adaptations à des tâches nouvelles, et où un éventuel échec d’adaptation au cours d’une période rendrait plus difficile l’adaptation à la période suivante du développement. Les nouvelles approches allient la valeur organisationnelle nécessaire des interactions précoces à une vision dynamique du psychisme, dans une perspective de traversée entre facteurs de risques, facteurs de protection, capacités d’adaptation et d’apprentissage, où les expériences affectives correctrices sont susceptibles d’induire une poursuite évolutive essentielle.
En réalité, le passage d’une vision structurelle globale à une description actuelle des problématiques du jeune patient, à une meilleure observation des effets intrinsèques de la pathologie sur le développement psychique lui-même, peut nous enrichir et nous aider à mieux cibler nos interventions psychothérapeutiques, dans le but de prévenir de manière plus spécifique certains défauts à combler. Ainsi, la psychothérapie de l’enfant, renforcée par les notions de résilience et de plasticité neuronale, confirme toute sa valeur comme un instrument de soin indispensable.
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Diatkine R. (1994) : L’enfant dans l’adulte ou l’éternelle capacité de rêverie. Neuchâtel, Delachaux et Niestlé.
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Dortier J.-F. (2004) : L’homme, cet étrange animal... Auxerre, Editions Sciences Humaines.
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Lebovici S., Soulé M. (1970) : La connaissance de l’enfant par la psychanalyse. Paris, PUF.
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Montaigne M. de (1580) : Essais, L’homme. Paris, Larousse, 1934.